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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

La semaine dernière, nous avons reçu la visite de Patrice Madgin, le scénographe attitré de Véronick Raymond. C’est lui qui aidera nos jeunes à réaliser les décors et les accessoires qu’ils veulent utiliser dans leur courte pièce.

 




Quand on passe du concept au concret, de l’idée au matériel, parfois, les opinions sont tellement différentes, que trouver LA solution qui satisfera tout le monde tient presque du miracle. La bonne nouvelle, c’est que chacun s’exprime haut et fort. L’autre bonne nouvelle, c’est que Patrice est très à l’écoute et que, les miracles scénographiques, il connaît ça!

Ce vendredi, on vous dévoile (presque) tout!

Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Ah! L’écriture! Ce noble geste, cet élan lyrique! Trouver la justesse des mots pour exprimer l’essence de toute chose! L’alchimie de la solitude dont on extrait la quintessence du monde! C’est vraiment loin de ce que nous faisons dans nos ateliers de création à Vues d’ado, la suite. Nous préférons travailler en gang, les deux mains dans la pâte du quotidien, parmi les voix qui s’empilent et les perles qui se forment, par frottement des idées.

Nos jeunes, ils sont géniaux pour travailler dans cette ambiance. On n’a pas de texte? Pas grave! On se lève, on invente la scène, on la joue, on se réplique à qui mieux mieux et boum! On tient quelque chose.

C’est ce qui s’est passé lors des deux dernières rencontres. Pour amorcer le travail, nous avons ressorti les thèmes que nos ados avaient soulevés durant une rencontre précédente (le jeu des post-it!). Ce qui nous avait le plus marqués, c’était le thème que tous les participants, sans exception, avaient nommé : l’amour. Plus précisément, le fait que, selon nos jeunes, les adultes n’y comprennent rien. Ah bon? Autour du traditionnel bol de pistaches, nous entamons la discussion.

Rachelle ne tourne pas autour du pot : « Les adultes font n’importe quoi! Ils trouvent un amoureux ou une amoureuse, ils se marient et bing! Deux mois, deux ans, cinq ans après, c’est fini! Et ils se chicanent tout le temps! Nous, on est pris là-dedans et c’est pas l’fun. » Louise nuance : « Justement, parfois, c’est mieux qu’ils se séparent parce que, sinon, ils se chicaneraient encore plus et, à un moment donné, il faut que ça s’arrête! » La réponse d’Annie est sans équivoque : « Oui, mais ils ne sont pas obligés de mettre un mur entre eux ou entre les enfants, ni entre un parent et les enfants! »

Alors, c’est donc cela qui fait mal. Le fameux mur. Celui qui se dresse parfois quand la famille s’effondre. Celui qui divise encore plus qu’il ne sépare. Cette frontière tracée, souvent inconsciemment, par des parents dans le coeur de leurs enfants. Fanny résume : « C’est injuste. »

Nous allons parler de ce mur-là. Ou plutôt, nous allons laisser nos jeunes vous en parler. Place à l’impro, pour créer la courte pièce… De toutes pièces!




En deux séances de travail énergique, nos jeunes ont écrit la pièce qu’ils vont jouer le 10 avril prochain au Lion d’Or. Nous les encadrons, certes, mais ce qui est vraiment remarquable, c’est leur engagement et leur générosité. Ils sont là toutes les semaines, qui avec ses tracas, qui avec ses joies, mais ils sont là! Et ils osent se raconter, et ils ont des messages très précis à livrer.

Finalement, malgré nos méthodes, nous ne sommes peut-être pas si loin de ce que l’écriture a de plus raffiné. Parce que nous travaillons avec des êtres humains qui sont vrais. Nos jeunes ne craignent pas, devant nous, d’aller saisir le coeur des choses. Au contraire, ils ont la volonté de l’exprimer le plus justement possible. Et souvent, ils nous surprennent et nous touchent avec leur poésie spontanée.

* Titre inspiré d’une citation d’Édouard Manet : « Qui a dit que le dessin est l’écriture de la forme? La vérité est que l’art doit être l’écriture de la vie. » Source : http://www.evene.fr/citations/mot.php?mot=ecriture

Écrire, créer, jouer, ensemble!

lundi 25 mars 2013 à 6 h 00 | | Pour me joindre

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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Le 10 avril approche à grands pas, et nous travaillons plus que jamais à la création de la courte pièce que les jeunes présenteront ce jour-là. Ils y mettent tout ce qu’ils sont, et vous fabriquent une histoire qui les touche vraiment.

Lisez-nous vendredi pour savoir quel est le sujet de l’heure parmi nos ados d’Hochelaga. Nous parions que vous serez surpris!

On bouge à Hochelag

vendredi 22 mars 2013 à 6 h 00 | | Pour me joindre

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Un texte de Serge Mandeville

Le processus de création se poursuit et nos ados ont fait leurs premiers choix artistiques pour la prestation du 10 avril.

Leur performance s’intègrera au centre d’une pièce qui est déjà écrite : Un taxi pour la vie, de Mark Harvey Levine. Cette fiction raconte la vie d’un homme, de l’enfance à la naissance de son premier enfant, racontée comme s’il s’agissait d’une course en taxi. À un certain moment, le taxi freine brusquement et il y a collision. Le chauffeur de taxi annonce : « on vient de frapper l’adolescence! » C’est là que nos ados envahiront la scène. Comment? Nous ne voulons quand même pas tout vous révéler, mais ce sera – à leur demande – en mouvement et sur une musique qu’ils ont choisie.

Nous avons donc fait appel à une collègue chorégraphe et danseuse, Stéphanie Decourteille. Nous ne savions pas à quoi nous attendre : la concentration et la rigueur de nos ados seraient-elles au rendez-vous pendant la création de ce moment « bougé »?

Eh bien, nous avons été agréablement surpris! Il y a bien sûr eu, au départ, quelques protestations : Calvin voulait continuer à manger ses pistaches! Mais Annie et Fanny s’étaient préparées : musique en mp3 et vidéos à l’apui, elles se sont assurées que nous comprenions bien leurs désirs artistiques!

Vuesadodanse-VIMEO-HD from KSL on Vimeo.

En deux temps trois mouvements, tout le monde était l’œuvre et c’était magnifique. Stéphanie, qui a beaucoup d’expérience avec les jeunes, les a dirigé de main de maître et trente minutes plus tard, le tout était placé!

 

Le samedi suivant, nous sommes invités à La Sphère, émission diffusée à la radio de Radio-Canada et animée par Mathieu Dugal pour y parler de notre blogue et de notre projet. Nous aurions aimé y amener tous nos ados, mais l’espace ne le permet pas. Nous décidons en équipe que Fanny et Véro seront les représentantes désignées.

Annie et Serge les accompagnent pour le support moral, ainsi que pour prendre des photos et pour filmer. Avant d’entrer dans le studio, Fanny est nerveuse, même si ce n’est pas sa première participation à une émission de radio (sa classe avait déjà participé à C’est bien meilleur le matin, sauf que ce n’était pas en studio). Une fois dans la cabine, elle a se détend et fait ça comme une pro : ses réponses sont posées et profondes, comme toujours. Vous pouvez l’entendre ici.

Après l’entrevue, nous profitons de l’occasion pour lancer un défi à Mathieu Dugal : jouer avec nous, sur la scène du Lion d’Or le 10 avril. Et à notre grand plaisir, il accepte! Alors voilà Mathieu, c’est dit publiquement, tu ne peux plus revenir sur ta parole!




Il est difficile pour nous de ne pas penser au chemin parcouru avec les jumelles depuis un an. L’an dernier, elles ont longtemps refusé de participer à Vues d’ado. Elles étaient physiquement là, mais restaient à distance. Puis tout à coup, pendant le dernier mois du projet, elles ont commencé à venir aux sorties et depuis, elles n’ont jamais remis en question leur engagement. Comme pour cette entrevue à la radio, un samedi matin, elles n’ont eu aucune hésitation. Elles étaient à l’heure au rendez-vous. Nous savons que nous pouvons compter sur elles. Elles sont notre roc, notre fondation. C’est une joie de travailler avec elles, leur collaboration est très précieuse.

C’est là le grand privilège d’étaler notre projet sur deux ans : le lien de confiance établi est mutuel et solide. Vraiment, ça peut être très beau, la médiation culturelle!

De vrais pros!

lundi 18 mars 2013 à 15 h 30 | | Pour me joindre

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Un texte de Véronick Raymond

Le temps file : dans quelques semaines, nos ados se retrouveront sur la scène du Lion d’Or. Dans le cadre d’une soirée-bénéfice, ils joueront de courtes capsules devant 250 convives. [m1] Maintenant qu’ils ont assisté à des pièces de théâtre deux fois et qu’ils ont fait des exercices, l’équipe fait ses premiers choix artistiques : une musique et une chorégraphie seront intégrées à leur création.

Ce n’est pas tout : les comédiens de Vues d’ado sont invités à donner une entrevue à la radio! 

Vendredi, on vous en dit un peu plus long…

Fanny un peu avant son entrevue à la radio | Photo : Annie

Aller au théâtre, qu’ossa donne?

vendredi 15 mars 2013 à 15 h 35 | | Pour me joindre

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Une texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Le 28 février dernier, nous avons assisté au spectacle des NéosPièces pour emporter, présenté à la Petite Licorne. C’était la deuxième fois que nous amenions les jeunes au théâtre depuis le début du projet. D’abord, ils nous avaient demandé d’y retourner, et de notre côté, nous ne pouvions qu’être ravis de les exposer à plus de théâtre.

Qu’est-ce que le théâtre? Pour les Néos, la réponse est surprenante. Voici le principe sur lequel repose leur acte : « Nous sommes qui nous sommes, vous êtes qui vous êtes, nous sommes où nous sommes, et à aucun moment durant cette pièce, nous prétendrons qu’il en est autrement. » Pas de prétention et pas de comédiens qui se font passer pour des personnages . Pas non plus de 4e mur invisible entre l’action qui se déroule sur scène et le public, dans la salle. Que reste-t-il du théâtre? L’essentiel : raconter des histoires.

C’est comme ça que les Néos ont concocté un menu de 35 courtes pièces dans lesquelles ils racontent leur expérience d’humains. Pendant 75 minutes, ils nous présentent celles que l’on veut voir : c’est le public qui décide, à la criée et en se basant uniquement sur les titres des pièces, ce qu’il veut commander.

Dans ce contexte nos jeunes détonnent moins. Tout le monde rit, réagit, parle fort. C’est comme si tous les adultes dans la salle libéraient leur ado intérieur et les vrais ados, eux, étaient plus sages, moins survoltés, mais très, très attentifs tout de même.




Après le spectacle, les comédiens David Leblanc et Caroline Gendron sont venus rencontrer les jeunes dans le hall du théâtre. Cette dernière n’a pas manqué de faire sensation auprès de quelques ados, car elle est connue pour ses rôles sur la chaîne de télévision Vrak. En discutant avec les comédiens, nos ados ont pu se rendre compte que les histoires de la soirée leur étaient vraiment personnelles. Par exemple, dans une de ses courtes pièces David parlait de son père et de sa manière de raconter des blagues. À la fin de cette pièce, on entend un homme raconter une blague et rire de bon coeur. David nous a expliqué que c’était bel et bien son père que l’on avait entendu.

Dans un deuxième temps, nous avons fait un retour sur le spectacle avec les jeunes. Nous voulions savoir ce qu’ils avaient aimé, ce qu’ils pensaient de la formule de théâtre-restaurant. À l’unanimité, la courte finale – une pièce dansée sur un air de pop – obtenait l’approbation de nos ados. Mais chacun avait aussi son choix personnel…

 

L’une des courtes pièces a marqué Fanny : deux comédiennes manipulaient un poulet cru et une pomme, comme si elles tenaient un enfant victime de négligence et d’abus. Un autre comédien faisait la narration et partageait des éléments troublants sur la négligence infantile. Même pour les adultes, c’était dur à regarder.

Les jeunes, au moins autant que les adultes, ont des histoires à raconter. Parfois, ils ne savent pas comment les dire, les montrer. Aller au théâtre ce soir-là, a donné l’occasion à nos ados de voir qu’avec peu d’artifices, sans gros costumes et sans se faire passer pour un autre, on peut transmettre quelque chose. Mais surtout, ils ont été témoins que les gens, le public, dont beaucoup sont des adultes, aiment et veulent connaître ces histoires, ces réalités. Pour la courte pièce qu’ils auront à créer, c’est exactement ce que nos jeunes veulent faire : raconter l’histoire d’une journée dans la vie d’un ado. Nous ça nous intéresse vraiment beaucoup! Et vous?

Pièces pour emporter!

lundi 11 mars 2013 à 17 h 12 | | Pour me joindre

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Une texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Pièces pour emporter, menu 2013 | Source : site web Les Néos

Il y a les courtes pièces et il y a les très courtes pièces. Pour explorer ces fictions miniatures, nous nous rendons avec nos ados à la Petite Licorne. Dans ce magnifique théâtre de la rue Papineau à Montréal, ils verront Pièces pour emporter, du collectif Les Néos. Les cinq acteurs se jouent eux-mêmes et partagent leurs histoires et points de vue personnels, sociaux, politiques, dans une forme de théâtre interactif.

Comment les jeunes vivent cette expérience de spectateurs?

Est-ce que ça les inspire en tant que créateurs?

Vendredi, on vous raconte tout ça!

Groupe devant la Licorne | Photo : Kristel

 

Que la création commence!

vendredi 8 mars 2013 à 15 h 06 | | Pour me joindre

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Un texte de Serge Mandeville

Aujourd’hui, nous vous parlons du processus de création qui est maintenant amorcé pour la courte pièce que réalisent nos jeunes, depuis deux rencontres déjà!

D’abord, la tradition, à Vues d’ados, c’est de commencer nos séances hebdomadaires par un petit goûter, la meilleure façon de reprendre contact. Ensuite, pour l’atelier en tant que tel, nous nous assurons d’intégrer un petit jeu préparatoire afin de délier corps et esprit.

En voici un exemple : le jeu des statues. On bouge librement, et au moment où Serge crie « Stop! », tout le monde fige. Quand nous sommes désignés, nous disons ce que nous inspire la position prise par notre corps. Ça peut donner des choses étonnantes. Une fois que nous sommes bien réchauffés, le travail de création peut commencer.

Après avoir fait un exercice du genre, nous voici prêts pour un jeu de remue-méninges avec des Post-its qui vise à cerner les thèmes chers à la gang de Vues d’ado pour, éventuellement, les intégrer dans notre fiction. Nous posons des questions : Qu’est-ce que vous aimez le plus? Qu’est-ce qui vous fait le plus peur? Qu’est-ce que les adultes ne comprennent pas? Nos ados doivent remplir autant de Post-its qu’il est humainement possible de le faire en un laps de temps aussi court et les coller partout sur les murs!

01-Jérémie et Calvin en action | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 02-Fanny et Annie sont prolifiques | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 03-Quelques réponses : ce qui vous fait le plus peur? | Photo : Véronick Raymond

Nous nous amusons, nous rions, nous écrivons certaines bêtises, nous faisons des farces, mais en fin de compte, nous obtenons beaucoup de matériel, parfois loufoque et absurde, d’autres fois d’une grande profondeur. De la belle matière à théâtre, sans l’ombre d’un doute…

Une réponse en particulier nous a fait réfléchir. Ce qui vous fait le plus peur? Les prostituées… Une réalité qui n’est pas celle de tous les ados du Québec. Mais dans Hochelaga-Maisonneuve, les prostituées font partie du paysage, et les jeunes semblent avoir eu peur de rencontres où certaines étaient en détresse ou intoxiquées.

04-Des réponses d’une grande profondeur | Photo : Véronick Raymond / 05-Ce que vous aimez le plus? | Photo : Gaële Cluzel- Gouriou

La rencontre suivante, ayant fait un tri parmi toutes ces réponses, nous nommons certaines d’entre elles qui sont revenues à plusieurs reprises. Le groupe est séparé en deux équipes, et chacune doit préparer une petite capsule en s’inspirant d’un des thèmes proposés. Dans un premier temps, nous choisissons le thème : qu’est-ce que les adultes ne comprennent pas?

Avec ma moitié de groupe, nous avons choisi de travailler sur l’idée suivante : les adultes n’ont pas toujours conscience du tort qu’ils font à l’environnement. Nous élaborons une séquence où l’on voit des comportements irresponsables : jeter son mégot de cigarette dans la rue, jeter son mouchoir, laisser son verre en styromousse et, la finale, un automobiliste qui ne s’arrête pas à un passage pour piétons. Le message est sans équivoque.

06-Les thèmes répertoriés | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 07-Annie en fumeur/pollueur | Photo : Véronick Raymond

08-Le mouchoir laissé par Fanny | Photo : Véronick Raymond / 09-Retour sur nos créations | Photo : Véronick Raymond

De son côté, Gaële travaille avec Calvin et Rachel, qui joueront, à tour de rôle, le parent qui refuse de laisser son ado sortir et  l’ado en question. Improviser une scène quand c’est notre première fois peut être une expérience gênante. Gaële travaille fort pour leur faire surmonter cette gêne, mais en fin de compte, le résultat est surprenant.

En présentation, Calvin est celui du tout et du rien : quand nous faisons l’exercice des statues et que je lui demande à quoi ça lui fait penser, il dit systématiquement « à rien », quand on lui demande ce qu’il a aimé d’une pièce que nous sommes allés voir, il répond «  tout ». Bref, ses réponses sont succinctes. Eh bien, en « représentation », il nous sort une perle, un bijou de réplique qui nous a bien fait rire. Voyez par vous-même.

Par la suite, nous faisons un retour sur ce qui a été créé. Chose intéressante, nos ados notent qu’au départ, nous voulions dénoncer ce que les adultes ne comprennent pas, mais le résultat final, c’est qu’en tenant compte de leur point de vue, nous prenons conscience que, le plus souvent, s’ils nous empêchent de faire quelque chose, c’est parce qu’ils veulent notre bien. On ne saurait mieux définir l’essence même du théâtre : on met en scène un conflit en tenant compte des deux parties, et le plus souvent, au final, le point de vue de départ a évolué. Reste maintenant à trouver des manières efficaces d’intégrer cette matière à notre courte pièce. À suivre…

Les premiers pas

lundi 4 mars 2013 à 15 h 07 | | Pour me joindre

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Un texte de Serge Mandeville

L’échéance du spectacle approche, et nous devons nous attaquer à la création de la courte pièce que nous allons jouer. Nous avons fait un exercice de remue-méninges, avec des Post it, pour nous mettre en marche. Une foule d’idées sont sorties des imaginations de nos ados. Par la suite, nous avons fait de courtes présentations à partir de certaines d’entre elles. Vendredi, nous vous racontons tout ça en détail!

01-Les jumelles | Photo : Véronick Raymond / 02-Naomie | Photo : Véronick Raymond

03-Les cousines| Photo : Véronick Raymond / 04-On se met en marche : répétition d’une première capsule | Photo : Véronick Raymond

Enfin de bonnes critiques!

vendredi 1 mars 2013 à 19 h 27 | | Pour me joindre

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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

La semaine dernière, nous vous avons parlé de médiation culturelle et de ce que c’était en théorie. Nous sommes contents de pouvoir vous parler aujourd’hui de ce que ça signifie, concrètement, pour les jeunes d’Hochelaga-Maisonneuve, mais aussi pour les artistes qui travaillent avec eux.

Quelques jours avant la première des soirées théâtre tout court X, présentées au Théâtre La Licorne au début de février, quelques comédiens se sont réunis avec les metteurs en scène pour enchaîner deux des courtes pièces qui y seraient jouées. Un enchaînement, c’est jouer une pièce ou un segment de pièce sans interruption, du début à la fin, comme lors d’un spectacle. On le fait le plus souvent possible en fin de processus de création, pour s’assurer que tout se déroule bien et pour régler les derniers détails.

La première courte pièce s’intitule Rachel : Véronick y tient un rôle, et c’est Serge qui en assure la mise en scène. Mylène Bérubé, diplômée de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, joue l’amie de Véro. Cette pièce est intrigante. Les jeunes suivent le dialogue et le langage non verbal des comédiennes avec grande attention pour tenter de deviner ce qui s’y passe. Et ils sont vites en titi! Tellement, qu’au moment de dévoiler le punch, Véronick se fait voler sa réplique par Annie, qui avoue avoir tout compris depuis le début. Rachel, le personnage interprété par Mylène, ment! La plupart de nos jeunes sont révoltés par le comportement trompeur de Rachel, et ils ne se cachent pas pour le dire. Après la prestation, on discute pendant que d’autres comédiens s’installent. Croient-ils que Rachel et Sarah, le personnage de Véronick, pourront redevenir amies? « Si elle demande pardon, oui. » « Si Rachel cesse ses manigances, peut-être. » Il y a de la place pour la nuance dans leur esprit. Pour les comédiennes, qui n’ont eu que trois répétitions, la rétroaction des jeunes était très précieuse et leur a permis d’améliorer leur jeu.

 

01-Initiation au combat scénique avec Rachelle, Véronick Raymond et Martin Desgagnés | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

03-Le groupe : Alexis, Louise, Samuel (intervenant), Rachelle, Calvin, Naomie, Annie | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 04-Mylène Bérubé et Véronick Raymond | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 05-Annie, Mylène Bérubé et Véronick Raymond | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

06-Mylène Bérubé, Véronick Raymond et Alexis | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

La seconde courte pièce présentée aux jeunes, Dans la peau du personnage, a été écrite spécialement pour l’occasion par Patrick Senécal, le maître de l’horreur. Vous savez, on aurait pu s’attendre à ce qu’une pièce violente, ça réjouisse les jeunes : « Enfin! Du théâtre comme à la télé! » Mais… non!

Nous avons pris le temps, avant la présentation, d’initier les jeunes au combat scénique. Juste pour les mettre en contexte. Un petit coup de (fausse) batte de baseball, l’explosion d’une capsule de (faux) sang, explications sur le niveau de contrôle et de communication que ça prend pour que la scène soit réaliste, mais surtout, sécuritaire. Jusque-là, ça va, tout le monde s’amuse, les accessoires intriguent les jeunes, ils veulent les manipuler. Super! Martin Desgagné et Stéfan Perreault, les comédiens, sont prêts. Les jeunes sont attentifs, ils savent qu’ils auront le droit (le devoir!) de commenter la prestation à la fin. Véronick Raymond, qui signe la mise en scène de cette courte pièce, donne le départ. Et là on a droit à toutes les réactions. Il y a des ados qui restent distants, d’autres qui regardent avec sérieux, une qui sort dehors sans ses bottes parce que c’est trop difficile de regarder quelqu’un qui se fait arracher une (fausse) dent avec un (vrai) marteau (presque) dans la bouche. Les 10 minutes que dure la pièce sont vite passées, mais les réactions demeurent vives même après. On pose des questions, on veut approfondir, qu’ils nous expliquent ce qu’ils ont vécu.

Alexis est catégorique : Martin se remet beaucoup trop rapidement de ses blessures, il devrait boiter beaucoup plus. Louise a remarqué que Stéfan plaçait sa main pour se faire menotter. « Ça s’peut pas! » C’est noté! Pour les comédiens et pour Véronick, recevoir des réactions spontanées et vocales, ainsi que des critiques en cours de travail, ça permet de faire des ajustements et d’améliorer le spectacle. Pour celui qu’ils vont créer, justement, les ados se sont décidés dans les minutes qui ont suivi la présentation de cette courte pièce : ils ne veulent pas de violence dans leur production!

Deux jours plus tard, le public qui assiste à la 10e édition de théâtre tout court ne le sait pas, mais si le spectacle qu’ils voient est si bon, c’est entre autres grâce à Alexis, à Calvin, à Naomie, à Rachelle, à Louise, à Annie et à Fanny. Pour nos ados, être entendus et faire une différence en exprimant un point de vue, c’est important. Et pour les artistes, justement, ces points de vue sincères sont précieux. La médiation culturelle, c’est ça!