Blogue de vuesdado

Le moment de gloire!

vendredi 19 avril 2013 à 15 h 16 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou et Véronick Raymond

C’est le jour J! Les participants de Vues d’ado ont rendez-vous à 16 h, ils doivent prendre l’autobus et se diriger vers le Lion d’Or. Gaële, Véronick et Serge sont déjà à la salle, où ils font du montage, des tests de son, de projection, tout ce qu’il faut pour accueillir un grand spectacle : c’est le cabaret-bénéfice conjoint annuel d’Absolu Théâtre et du Carrefour Parenfants, des dizaines de personnes sur scène vont divertir 200 spectateurs pour les remercier de leur générosité. C’est dans ce contexte que la performance des jeunes de Vues d’ado, la suite sera enfin présentée.

Quand Calvin, Annie, Fanny, Rachelle, Louise et Kim arrivent, nous sommes en retard sur l’horaire de répétition et ne disposons que de quelques minutes pour les ajustements techniques et la répétition générale sur la scène, avec son et images. S’adapter à un nouvel environnement à cette vitesse est tout un défi!

D’abord, il faut savoir que nos jeunes comédiens ont choisi de commencer leur pièce de théâtre à partir de la salle, en faisant un flash mob! Voilà pourquoi nous avions fait venir, cet hiver, une chorégraphe! Heureusement, Stéphanie de Courteille est de nouveau avec nous pour replacer les déplacements chorégraphiés dans ce lieu où il y a des tonnes d’obstacles : chaises, spectateurs, caméra, poteaux, alouette!

Patrice Madgin, qui a fait la scénographie avec les jeunes, est là également pour nous aider pendant que nous répétons le déplacement du décor. Un peu plus en avant, un peu plus en arrière… Nous marquons le sol avec un ruban et hop, nous serons maintenant efficaces pour placer notre grand mur de boîtes de carton.

Nous réussissons tant bien que mal à enfiler la pièce une fois au complet. La nervosité est à son comble, l’une des comédiennes a un tel trac qu’elle en a la nausée. Il y a plein de monde dans les loges et en coulisses, même des vedettes comme Sophie Lorain et Ève Landry : c’est impressionnant! Nous nous encourageons, nous nous motivons, et bientôt, les portes de la salle s’ouvrent et on commence à remettre aux spectateurs de petits paquets de chocolat fabriqués par les ados dans le cadre de leur microentreprise Choco Hochma! Fierté!

01-Comédiens professionnels | Photo : Alexandre Trudeau / 02-Chocolats! | Photo : Alexandre Trudeau

03-Réservé Vues d’Ado | Photo : Alexandre Trudeau / 04-Serge | Photo : Alexandre Trudeau

05-Calvin | Photo : Alexandre Trudeau / 06-Kim | Photo : Alexandre Trudeau

Le spectacle commence : tous les intervenants du Carrefour Parenfants et d’Absolu Théâtre, ainsi que les présidents d’honneur Jean-Pierre Bergeron et Isabelle Péladeau chantent un hymne au travail d’équipe sur un air connu de Bernard Adamus, un chanteur du quartier. Puis, il y a des discours, nous regardons une vidéo des débuts de Vues d’ado, et c’est enfin la partie théâtrale.

Rachelle | Photo : Alexandre Trudeau

Véronick file à la régie pour la narration et les projections. Serge et Stéphanie s’installent avec les ados. Gaële est en coulisses pour la régie de plateau. L’éclairage passe au noir, la musique retentit, un éclairage ciblé révèle nos jeunes comédiens au centre de la salle, à une table réservée. En une belle série de gestes coordonnés, ils se rendent sur scène sous le regard admiratif des spectateurs.

07-À bas le mur | Photo : Alexandre Trudeau / 08-Que le spectacle commence! | Photo : Alexandre Trudeau

La fin de la chorégraphie nous révèle une lutte entre deux femmes. Puis, ellipse de temps, et nous nous retrouvons dans une cuisine, où une mère et un père se disputent devant leurs enfants. Exaspérés, ces derniers se fâchent et envoient les parents s’engueuler dans leur chambre! Mais ça tourne mal, la famille se déchire, le père part avec sa nouvelle conjointe et emmène un de ses enfants, alors que la mère prend l’autre. Chacun des personnages adultes déplace des boîtes pour construire un mur symbolique qui sépare maintenant les enfants. Tristes, ces deux jeunes filles tentent de communiquer l’une avec l’autre en se lançant des avions de papier. Elles gèrent leur angoisse en dessinant de beaux personnages, que nous voyons reproduits en projections. En fond sonore, un bruit de jeu vidéo, illustrant le passage du plaisir du jeu à la souffrance de la guerre. Enfin, le silence se fait et un personnage féminin surgit lentement du mur et annonce qu’elle est la représentante de la DPJ et qu’elle est là pour aider. Avec les enfants, elle transforme le mur en grande table autour de laquelle tous les personnages se réunissent, puis ils étendent une nappe sur laquelle est inscrit un énorme « Ensemble ». Enfin, laissant le soin aux spectateurs de choisir l’issue de la pièce, Fanny prononce la phrase-clé qu’elle a préparée et que ses collègues de scène reprennent en choeur : « Dans le noir, il y a toujours de la lumière. »

La salle applaudit à tout rompre! Nos ados ont réussi à transmettre leur message par le théâtre de façon si authentique qu’ils ont touché les centaines de personnes présentes. Des spectateurs essuient une petite larme, c’est mission accomplie!

Jamais nous – intervenants, médiateurs culturels, artistes – n’aurions pu nous préparer à recevoir une telle charge émotive. Nous les avons vus construire la courte pièce. Nous les avons accompagnés, nous avons été témoins de leur cheminement et de l’évolution de leur création. Nous en connaissions chaque détail. Et pourtant, l’histoire qu’ils nous ont racontée le 10 avril dernier au Lion d’Or, avec leurs boîtes de carton, leurs répliques et leurs silences chargés, nous a profondément émus. Nous avons été pris de court par la charge des émotions.

Au micro, Serge et Véronick ont lutté, les yeux dans l’eau, pour garder une certaine contenance au moment où ils devaient reprendre la parole. Car une surprise attendait nos jeunes comédiens : une remise de diplôme publique! Oui, ils étaient 12 au départ, 6 ont persévéré jusqu’au fil d’arrivée – tout en poursuivant leur engagement scolaire –, leur constance et leurs talents individuels méritaient d’être soulignés.

Il est difficile de saisir ce qu’une telle réussite représente quand on a des défis scolaires ou familiaux importants, quand, autour de soi, les histoires tristes sont pas mal plus nombreuses que les contes de fées, quand on est plus souvent souffre-douleur que vedette adulée. Il a fallu beaucoup de courage et d’acharnement à Annie, à Fanny, à Calvin, à Rachelle, à Louise et à Kim pour faire ce chemin, et ce fut un privilège immense pour nous de marcher avec eux. Ils nous ont apporté beaucoup plus qu’ils ne pourront jamais l’imaginer. Il ne nous reste que deux rencontres avec eux : l’une pour festoyer, et l’autre pour faire un bilan. Il y a fort à parier que nous lutterons encore pour retenir nos larmes…