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Un mille à la fois, ensemble!

vendredi 12 avril 2013 à 16 h 11 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Le fil d’arrivée est droit devant : c’est le moment de la répétition générale avant le spectacle. Les jeunes ont accompli ce à quoi ils se préparaient depuis le mois de janvier, il ne leur reste que quelques heures avant la présentation publique. Mais avant de savourer l’aboutissement de notre travail et de notre créativité, encore bien des défis — et non les moindres — se présentent sur notre route. Et nous les relevons ensemble.

Dans le contexte de Vues d’Ado, la suite!, Annie, Calvin, Fanny, Kim, Louise et Rachelle ont abordé le théâtre dans toute sa simplicité. Mais nous avons aussi voulu leur donner l’occasion de se servir de technologies de plus en plus utilisées au théâtre. Ainsi, dans un segment de la courte pièce qu’ils ont créée, il y a une grosse chicane entre les parents. Pour donner plus de texture à cet événement (et aussi, peut-être, pour enlever un peu de pression aux jeunes acteurs qui jouent les rôles de papa et maman), nous leur avons proposé de créer une bande sonore parlée, qu’on ferait jouer pendant la scène!

Cela s’est fait en deux étapes. La première était plutôt « politiquement  incorrecte ». Nous avons demandé à nos jeunes de dire les répliques que les adultes se lancent, selon eux, pendant une chicane. Les ados ont fait preuve de beaucoup de retenue. Ils ne voulaient pas vraiment dire les mots qu’ils ont déjà entendus. Nous ne les avons pas poussés, parce que, parfois, il faut laisser le fond des lacs tranquille… N’empêche, ils en ont révélé juste assez pour que ça serve la courte pièce.

Ensuite, Rachelle, qui joue la mère dans la courte pièce, a enregistré ses répliques de colère envers le père, joué par Calvin. Serge et Véronick ont fait de même, pour augmenter la charge dramatique, la cacophonie, et aussi pour que cette chicane symbolise toutes les chicanes. Serge s’est occupé du montage et du mixage des différentes pistes préenregistrées. Ça fait son effet : on ressent très bien la haine et la cruauté des déchirements familiaux.

Une autre tâche nous attendait. Si le décor a été relativement simple à bâtir, les costumes et les accessoires ont aussi exigé leur part de boulot. Nous nous sommes rendu compte, en effet, que dégoter les costumes et préparer tous les accessoires nécessaires nous coûterait pas mal de temps. Et il file à cent milles à l’heure celui-là.

 




Alors, tout le monde a mis la main à la pâte. Patrice Madgin, notre scénographe, s’est dévoué jusqu’au bout et est allé magasiner avec Véronick les éléments des costumes de nos ados comédiens. Ils ont aussi acheté du papier coloré. Patrice a ensuite confectionné une vingtaine d’avions de papier pour un segment où les jumelles Annie et Fanny, séparées par le mur, s’envoient des messages. Enfin, Patrice a dessiné la cuisinière sur les boîtes de carton après les avoir peintes en blanc, et Serge a loué une casserole chez notre accessoiriste préféré d’Hochelaga.

Les jeunes aussi ont participé. Rachelle et Louise ont reçu la mission d’apporter des coiffes et des chaussures pour leurs personnages. Fanny, avec l’aide d’Annie, a peint la nappe pour le clou de la courte pièce. Pendant ce temps, Véronick a préparé un montage de projections à partir des dessins que les jeunes font, dans la pièce, pour atténuer l’angoisse quand la famille éclate.

01-Louise | Photo : Alexandre Trudeau / 02-Annie et une projection | Photo : Alexandre Trudeau

03-Moment de détente | Photo : Alexandre Trudeau / 04-Annie et le mur | Photo : Alexandre Trudeau

05-Un accessoire | Photo : Alexandre Trudeau / 06-Kim | Photo : Alexandre Trudeau

07-Chorégraphie | Photo : Alexandre Trudeau / 08-Nappe en devenir | Photo : Alexandre Trudeau

Les costumes sont arrivés! | Photo : Alexandre Trudeau

Beaucoup de menus détails requièrent notre entière attention jusqu’à la dernière minute. Si un seul de ceux-ci nous échappe, le résultat final ne sera pas assez précis pour être efficace. Ce que cela veut dire, c’est que chaque détail que nous peaufinons définit l’oeuvre que les jeunes présenteront, de sorte que le public en ressente toute l’envergure et la portée.

 

Et puis soudain, après quelques enchaînements mécaniques, on la joue une dernière fois pour vrai en salle de répétition… Et c’est les yeux dans l’eau que nous, les adultes, recevons cette charge : nos ados, armés de silence, de quelques accessoires et de mots, nous font clairement comprendre la souffrance, mais aussi l’espoir qu’ils associent à la famille. Nous ne doutons pas un instant que le public sera touché, dans quelques heures, au Lion d’Or : la générosité de nos jeunes créateurs nous permettra de faire encore un mille, le dernier avant de brûler les planches.

Avions de papier