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Retour sur l’aventure

Lundi 6 mai 2013 à 16 h 29 | | Pour me joindre

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Un village pour élever un enfant

J’aurais mille choses à dire sur ce projet et sur tout ce qu’il m’a apporté comme artiste et comme être humain… Mais je me limiterai, pour ne pas faire surchauffer mon clavier et vos yeux!

S’il ne faut retenir qu’une chose, c’est que j’ai enfin compris pourquoi un proverbe africain dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant.

Au début, certains jeunes n’étaient pas intéressés à s’asseoir à la même table que nous. Lentement, mais sûrement, certains se sont engagés. Pas tous, mais certains. Au final, ce sont eux qui portent le projet et si on leur donnait le choix, il n’y aurait pas de pause estivale! Ils ont également fait rayonner le projet autour d’eux, ce qui a eu des répercussions positives jusque dans leurs familles respectives. On a même eu une maman qui est venue nous proposer son aide. Et on en a une autre qui nous a confiés que toute seule, elle n’y arrivait pas… mais là, elle se sentait moins seule.

Elle a raison cette maman [et beaucoup de courage de le dire] : tout seul, on n’y arrive pas. Il faut regrouper nos forces, s’entraider et s’épauler pour que nos jeunes se développent. C’est un investissement pour notre avenir collectif. Et franchement, on en profite énormément individuellement!

Véronick Raymond

C’était comment de brûler les planches?

Nous avons pu constater à travers la lumière de leurs regards à quel point la fierté s’était imprimée en eux, suite à leur présentation au Lion d’Or. Mais j’ai voulu savoir comment ils s’étaient sentis sur scène. Comment ils avaient vécu leur baptême de feu.

Tu veux rire, me dit Fanny, j’étais très calme. Annie, elle, s’est sentie nerveuse, Kim aussi, mais toutes deux ont surmonté brillamment leur nervosité et elles ont fait ça comme des chefs…

Rachelle, qui avait connu des moments difficiles avant la présentation, se sentait très bien quand est venu le moment de la performance. Une vraie star! Louise était très fière d’elle-même, avec raison. Elle se sentait bien, elle aurait voulu, par contre, que notre pièce soit plus longue. Les cinq minutes sont passées beaucoup trop rapidement, ajoute-t-elle! Et Calvin, notre seul homme, s’est senti nerveux, lui aussi. Mais il a surmonté la peur et a très bien réagi.

J’espère qu’ils garderont dans leur coffre à outils le souvenir de ce moment de réussite devant plus de 200 spectateurs. C’est ce genre de matériau qui permet de construire la confiance en soi. Nous sommes tous fragiles à ce niveau et c’est à coup de réussites de ce genre qu’on se bâtit une confiance en soi. Mais ce n’était qu’un pas : je vous en souhaite d’autres, tout plein d’autres, des réussites! Bonne route! Et au plaisir de vous recroiser.

Serge Mandeville

 

La fin du début

Vendredi 3 mai 2013 à 17 h 01 | | Pour me joindre

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Pour clore l’année, nous avions prévu faire notre bilan d’équipe au Carrefour Parenfants, un lundi comme à l’habitude. C’était important à nos yeux que cette dernière rencontre se fasse là plutôt que dans notre local de répétition; symboliquement, nous voulions les reconduire à la maison, les ramener là où tout a commencé, pour mesurer le chemin parcouru.

Mais ce fameux lundi entrait en conflit une activité de grand nettoyage dans Hochelaga, à l’occasion du Jour de la Terre. Rachelle a donc fait une proposition sur le mur du groupe Facebook que nous utilisons pour nos communications : « Pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable? » Le mercredi, au Carrefour Parenfants, il y a toujours un atelier de cuisine pour les ados. André Larouche, le bénévole responsable de ces ateliers, parvient chaque semaine à faire cuisiner aux jeunes une multitude de plats nourrissants, dont ils peuvent rapporter des portions à la maison. Rachelle proposait donc de nous inviter à partager les plats de leur ultime atelier!

Oubliez la collation. Nous avons eu droit à un banquet digne des rois : grâce aux précieux conseils d’André, ils ont cuisiné un délectable festin pour 15 personnes, pour la modique somme de 40 $. Des pizzas maison, une délicieuse salade asiatique tiède, un riz au poulet, la meilleure salade de patates n’ayant jamais existé, du porc style spareribs et beaucoup, beaucoup de plaisir.

Cela a mis la table pour une ambiance relax et joyeuse. Alors? Qu’avez-vous préféré cette année? Toi Annie? « Monter en haut du Stade! Faire la pièce! » Toi Louise? « Aller voir Pièces pour emporter, des Néos, à la Licorne! » « Oh oui! réplique Fanny, surtout le dernier numéro dansé! » Calvin? « Tout! » Nos jeunes répondent succinctement entre deux bouchées. Si nous avions reposé la question une deuxième fois à chacun, nous aurions obtenu de nouvelles réponses, et si, en plus, nous leur en avions suggéré, la liste aurait probablement été longue. Nous sommes émus que les jeunes se soient autant approprié le projet, qu’il soit pour eux une expérience positive.

Justement, nous voulons récolter leurs idées pour les prochains groupes. Maintenant qu’ils ont visité les lieux culturels, rencontré les artisans et fait du théâtre, qu’envisagent-ils de faire ensuite? « Du cinéma! », « Plus de danse! », « Aller plus au théâtre! », « Faire une pièce de théâtre plus longue! » Là aussi, les idées fusent, et chacun veut passer sa commande. Nous notons.

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Nous pensons à la suite, nous aussi, mais pas seulement la suite de Vues d’ado. Nous pensons à la suite de leurs études, à l’été qui s’en vient et qui, pour certains d’entre eux, recèle des obstacles potentiels comme l’ennui, le marché du travail ou le désengagement. Nous pensons à la suite de leurs découvertes et de leurs espoirs. Avec le printemps qui resplendit, nous nous permettons de croire que ces derniers continueront de pousser!

Après deux ans, les ados de Vues d’ado commencent à s’habituer à ce que nous respections nos promesses. C’est un grand progrès. Ils pensent à l’année prochaine et ils expriment clairement leur souhait de participer à une autre cuvée. Derrière leur enthousiasme évident, nous sentons de la confiance. Celle qui fait que les idées se développent en continu, s’élancent au-delà du court terme et n’attendent que la patience pour mûrir et évoluer, pour enfin se réaliser, de l’autre côté de l’été. Mais les semaines passeront. Les jeunes nous oublieront-ils? Garderont-ils vivante cette faim de culture? Continueront-ils de chérir leur créativité?

01-Calvin et Véronick | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 02-Samuel | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 03-Fanny, Annie, Samuel et Marco | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 04-Kim et Louise | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Nous joignons nos voix, Véronick, Serge et Gaële, pour dire merci aux ados magnifiques qui incarnent avec nous cette rencontre entre la vie et la culture, entre les deux côtés de la rue Ontario, entre la jeunesse de corps et la jeunesse de coeur. Annie, Fanny, Kim, Louise, Rachelle et Calvin, vous êtes importants pour nous!

Nous remercions chaleureusement l’équipe du Carrefour Parenfants, dont Sandy, Samuel, Laure, Krystel et Marco, l’équipe de Radio-Canada, dont David Champagne, Jo-Annie Larue, Naima Benabdallah. Les magiciennes à la révision de texte, le Conseil des Arts du Canada, la Ville de Montréal, l’Espace Libre et son directeur artistique, Philippe Ducros, le Théâtre la Licorne et son directeur artistique, Denis Bernard, nos collaborateurs bénévoles Nathalie Pelletier, Alexandre Trudeau, Patrice Madgin et Stéphanie Decourteille, Les Néos, la Régie des installations olympiques et le directeur du centre sportif, M. Guy Dubuc, et toutes les autres généreuses personnes qui nous ont soutenus.

Et ensemble, tous ensemble, nous vous remercions, vous, lecteurs qui avez cueilli notre aventure sur ce blogue, de semaine en semaine et l’avez relayée dans vos réseaux. Vous qui avez participé à notre évolution et qui avez été nombreux à nous envoyer vos commentaires et vos encouragements. Merci mille fois.

C’est donc la fin de Vues d’ado, la suite, dont nous sortons changés et heureux. Pour nous aussi, à Absolu Théâtre, d’autres projets se concrétiseront dans les prochains mois. La prochaine production de Théâtre tout court, présentée à la Petite Licorne en mai prochain, nous occupera beaucoup et nous passerons sûrement une bonne partie de l’été à écrire toujours plus de théâtre. Nous ferons également de la médiation culturelle avec des mamans d’Hochelaga, ce qui nous emballe. Et nous rêverons à la prochaine aventure de Vues d’ado.

« Est-ce qu’on pourrait se voir encore même si c’est terminé? » Oui Annie, nous vous le promettons, nous nous verrons deux fois avant la fin de l’année scolaire. « Nous irons au théâtre? » Oui Louise. Nous irons.

01-Riz au poulet | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 02-Salade de patates | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 03-Rachelle, Fanny et Annie | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 04-Kim et Louise | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

 

Et c’est pas fini (mais presque!)

Lundi 29 avril 2013 à 13 h 15 | | Pour me joindre

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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Exceptionnellement, nous nous sommes rencontrés un mercredi. Pour la première fois, ce sont les jeunes qui nous ont reçus autour d’une collation qu’ils ont eux-mêmes préparée. C’est que ce jour-là, au Carrefour Parenfants, c’était le dernier atelier de cuisine auquel les jeunes prenaient part depuis le début de l’année scolaire.

Pour la der des ders, nous vous racontons les témoignages, les suggestions, les souhaits, mais aussi les projets de tous ces beaux ados qui nous rendent si fiers. À vendredi!

01-Kim, Louise et Krystel | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 02-Rachelle, Fanny et Annie | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Pizza maison

 

Ensemble, on voit plus loin

Vendredi 26 avril 2013 à 18 h 07 | | Pour me joindre

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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Célébrer la réussite de nos jeunes, leurs apprentissages, leur créativité, leur détermination, leur engagement, l’amitié renforcée et le travail d’équipe accompli, c’était un de nos objectifs avoués, dès le départ. Cinq jours après leur performance au Lion d’Or, les applaudissements et les bravos résonnaient encore en nos jeunes. Le sourire un tantinet plus prompt qu’à l’habitude, ils portaient fraîchement leur fierté dans les yeux et leur rêve proche du cœur. Nous avons voulu souligner ça et en grand!

Toute l’année, les jeunes avaient en tête la fête de fin d’année. De temps en temps, ils nous faisaient des demandes spéciales : « Je veux qu’il y ait des macarons! » Ce serait un festin, notre première séance sans travail, un moment de récompense absolue. Et pour couronner le tout, nous monterions au sommet de la Tour de Montréal pour contempler le quartier et peut-être voir plus loin encore.

01-Déballer les surprises | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 02-Tour de Montréal | Photo : Jo-Annie Larue

Nous avons déballé sur la table le grand buffet des vainqueurs. Comme pour tous les lundis précédents, nous avons fait nos achats en privilégiant la qualité nutritive et la variété des aliments que nous leur présenterions, tout en tenant compte des découvertes intéressantes que pourraient faire nos jeunes : de nouvelles saveurs, textures, des produits québécois, etc. Le tout encadré par un budget assez mince pour nous challenger, mais pas assez pour nous décourager!

Devant leurs yeux, des crudités, des fruits coupés, de la tartinade d’épinards, des smoothies, du fromage bleu, du fromage de Portneuf, une spirale de spanakopita, des miniquiches, du melon enroulé de prosciutto, les délicieuses et tant aimées pistaches et encore d’autres menus ravissements, comme du saumon fumé, d’énormes olives cérignola, des cakes pops et, bien sûr, des macarons!

03-Fanny | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 04-Vue sublime | Photo : Jo-Annie Larue

Autour de la table, des jeunes qui avaient faim. Ils avaient faim de nourriture terrestre – après tout, c’était la fin d’une journée pédagogique! Faim de projets aussi et, surtout, faim d’avenir. Parmi les peurs qui les habitent et qu’ils avaient énoncées maintes fois, il y a celle de ne pas réussir à l’école. Si cela les effraie, c’est parce qu’ils savent que pour accéder au meilleur avenir, il faut d’abord décrocher un diplôme. Un diplôme d’études secondaires, un diplôme de métier, un diplôme technique ou un diplôme d’études universitaires : pourquoi s’arrêter sur une belle lancée? En tout cas, il faut bien commencer.

Au début de ce projet, 12 jeunes ont signé un contrat : s’ils se rendaient au bout, ils auraient – en plus de la satisfaction du travail accompli — une récompense éducative ou culturelle. La fête était donc aussi le moment de remettre aux six courageux restés jusqu’au bout un précieux objet pour les appuyer dans leur défi de scolarisation : un mini-portable! Cependant, après qu’ils eurent ouvert les boîtes, il fallait un argument de taille pour ravoir leur attention. En l’occurrence, ça tombait bien : nous avions justement un argument très très haut!

01-Festin! | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 02-Dégustation | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 03-Déballage de cadeaux | Photo : Serge Mandeville / 04-Filles concentrées | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Grâce à la générosité de la Régie des installations olympiques (RIO), et à la précieuse collaboration du directeur du Centre sportif, M. Guy Dubuc, le clou de nos festivités serait le célèbre sommet de la Tour de Montréal, en haut du mât du Stade olympique. Aucun des jeunes, vivant et étudiant pourtant dans Hochelaga-Maisonneuve, n’avait encore visité ce monument emblématique de leur quartier.

En route vers le stade, nous avons profité du soleil. Fanny et Annie étaient en tête, pressées de réaliser un de leurs rêves. Kim appréhendait la montée et le vertige, mais se sentait rassurée par la présence de sa mère. Louise était accompagnée de sa jeune nièce dont elle avait la responsabilité ce soir-là. Samuel et Laure, respectivement intervenant social et bénévole au Carrefour Parenfants, ainsi que Jo-Annie Larue, notre magique édimestre de Radio-Canada, accompagnaient Serge, Véronick et Gaële. Rachelle et Calvin manquaient malheureusement à l’appel, ce serait partie remise pour eux.

Installés dans l’étage de l’ascenseur qui nous était réservé (oui! c’est un ascenseur à deux étages!), nous nous sommes élevés, la ville se déployant lentement autour des baies vitrées. Chacun avait son appareil photo prêt. Il y avait de la fébrilité dans l’air.




Arrivés en haut, nous avons admiré la vue complètement dégagée que le temps printanier nous offrait. Nous sommes restés perchés pendant plus d’une heure. Les jeunes tentaient de repérer les lieux qu’ils connaissaient déjà, leur maison, leur école, la tour de Radio-Canada… Notre guide dévoué, Étienne, répondait aux questions et a même joué au photographe. Puis, en pointant la longue vue, nos jeunes ont vu plus loin. Au-delà de leurs rues, au-delà du connu. Ils ont scruté l’horizon, par-delà le parc Maisonneuve, par-delà le fleuve.

Nous espérions que leurs yeux disent à leurs rêves que c’est possible, qu’il existe un monde vaste dans lequel ils ont leur place. Un monde auquel d’autres personnes comme nous veulent qu’ils participent, avec toute leur passion, leur fougue, leur sincérité, leur générosité. Nous ne pouvons pas mesurer déjà toute la portée de ce que nous avons vécu ensemble cette année. Mais il faisait tellement soleil ce jour-là, en haut du mât, que bien des espoirs sont permis.

01-On voit loin | Photo : Jo-Annie Larue / 02-Jo-Annie et Véronick | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

03-Kim au sommet de la Tour | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 04-Les jumelles Annie et Fanny | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

05-Contemplation | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 06-Laure, Samuel et Gaële | Photo : Étienne

07-Louise | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 08-Véronick et Serge | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Nous avons bien dû redescendre. Qui devait rejoindre de la famille, qui devait rentrer faire ses devoirs ou préparer le souper. Nous nous sommes donc quittés. Mais pas séparés. Nous nous retrouverons encore, une ultime fois cette année, pour faire le bilan, raconter ce qui nous a marqués. Mais aussi pour entrevoir la suite de la suite. Parce que nous sommes engagés, jeunes et anciens jeunes, dans la créativité, mais aussi dans la réussite personnelle et collective. Parce qu’on sait bien qu’ensemble, on va plus loin.

09-Photo de groupe | Photo : Lysanne Larivière

P.-S. Nous tenons à remercier sincèrement la Régie des installations olympiques : pour ces jeunes vivant à l’ombre du stade, c’était un lumineux voyage que de monter tout là-haut.

Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Nos guerriers de la création ont vaincu maints obstacles et relevé bien des défis pour accomplir leur exploit. C’est le moment de se réjouir, de les récompenser, de manger des trucs exotiques comme du prosciutto et des spanakopita, puis de monter à l’Observatoire de la Tour de Montréal, au Stade olympique, pour contempler la ville… Et peut-être l’avenir.

Les jeunes ont exprimé dès le début du projet, le souhait de visiter pour la première fois ce lieu emblématique de leur quartier. Est-ce que cette sortie sera à la hauteur de leurs espérances? Est-ce que le vertige les assaillira?

Vous saurez tout en lisant notre avant-dernier billet de la saison, vendredi.

01-Stade olympique | Photo : Fanny / 02-La montée! | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

 

03-Groupe | Photo : Véronick Raymond / 04-On regarde au loin | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Le moment de gloire!

Vendredi 19 avril 2013 à 15 h 16 | | Pour me joindre

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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou et Véronick Raymond

C’est le jour J! Les participants de Vues d’ado ont rendez-vous à 16 h, ils doivent prendre l’autobus et se diriger vers le Lion d’Or. Gaële, Véronick et Serge sont déjà à la salle, où ils font du montage, des tests de son, de projection, tout ce qu’il faut pour accueillir un grand spectacle : c’est le cabaret-bénéfice conjoint annuel d’Absolu Théâtre et du Carrefour Parenfants, des dizaines de personnes sur scène vont divertir 200 spectateurs pour les remercier de leur générosité. C’est dans ce contexte que la performance des jeunes de Vues d’ado, la suite sera enfin présentée.

Quand Calvin, Annie, Fanny, Rachelle, Louise et Kim arrivent, nous sommes en retard sur l’horaire de répétition et ne disposons que de quelques minutes pour les ajustements techniques et la répétition générale sur la scène, avec son et images. S’adapter à un nouvel environnement à cette vitesse est tout un défi!

D’abord, il faut savoir que nos jeunes comédiens ont choisi de commencer leur pièce de théâtre à partir de la salle, en faisant un flash mob! Voilà pourquoi nous avions fait venir, cet hiver, une chorégraphe! Heureusement, Stéphanie de Courteille est de nouveau avec nous pour replacer les déplacements chorégraphiés dans ce lieu où il y a des tonnes d’obstacles : chaises, spectateurs, caméra, poteaux, alouette!

Patrice Madgin, qui a fait la scénographie avec les jeunes, est là également pour nous aider pendant que nous répétons le déplacement du décor. Un peu plus en avant, un peu plus en arrière… Nous marquons le sol avec un ruban et hop, nous serons maintenant efficaces pour placer notre grand mur de boîtes de carton.

Nous réussissons tant bien que mal à enfiler la pièce une fois au complet. La nervosité est à son comble, l’une des comédiennes a un tel trac qu’elle en a la nausée. Il y a plein de monde dans les loges et en coulisses, même des vedettes comme Sophie Lorain et Ève Landry : c’est impressionnant! Nous nous encourageons, nous nous motivons, et bientôt, les portes de la salle s’ouvrent et on commence à remettre aux spectateurs de petits paquets de chocolat fabriqués par les ados dans le cadre de leur microentreprise Choco Hochma! Fierté!

01-Comédiens professionnels | Photo : Alexandre Trudeau / 02-Chocolats! | Photo : Alexandre Trudeau

03-Réservé Vues d’Ado | Photo : Alexandre Trudeau / 04-Serge | Photo : Alexandre Trudeau

05-Calvin | Photo : Alexandre Trudeau / 06-Kim | Photo : Alexandre Trudeau

Le spectacle commence : tous les intervenants du Carrefour Parenfants et d’Absolu Théâtre, ainsi que les présidents d’honneur Jean-Pierre Bergeron et Isabelle Péladeau chantent un hymne au travail d’équipe sur un air connu de Bernard Adamus, un chanteur du quartier. Puis, il y a des discours, nous regardons une vidéo des débuts de Vues d’ado, et c’est enfin la partie théâtrale.

Rachelle | Photo : Alexandre Trudeau

Véronick file à la régie pour la narration et les projections. Serge et Stéphanie s’installent avec les ados. Gaële est en coulisses pour la régie de plateau. L’éclairage passe au noir, la musique retentit, un éclairage ciblé révèle nos jeunes comédiens au centre de la salle, à une table réservée. En une belle série de gestes coordonnés, ils se rendent sur scène sous le regard admiratif des spectateurs.

07-À bas le mur | Photo : Alexandre Trudeau / 08-Que le spectacle commence! | Photo : Alexandre Trudeau

La fin de la chorégraphie nous révèle une lutte entre deux femmes. Puis, ellipse de temps, et nous nous retrouvons dans une cuisine, où une mère et un père se disputent devant leurs enfants. Exaspérés, ces derniers se fâchent et envoient les parents s’engueuler dans leur chambre! Mais ça tourne mal, la famille se déchire, le père part avec sa nouvelle conjointe et emmène un de ses enfants, alors que la mère prend l’autre. Chacun des personnages adultes déplace des boîtes pour construire un mur symbolique qui sépare maintenant les enfants. Tristes, ces deux jeunes filles tentent de communiquer l’une avec l’autre en se lançant des avions de papier. Elles gèrent leur angoisse en dessinant de beaux personnages, que nous voyons reproduits en projections. En fond sonore, un bruit de jeu vidéo, illustrant le passage du plaisir du jeu à la souffrance de la guerre. Enfin, le silence se fait et un personnage féminin surgit lentement du mur et annonce qu’elle est la représentante de la DPJ et qu’elle est là pour aider. Avec les enfants, elle transforme le mur en grande table autour de laquelle tous les personnages se réunissent, puis ils étendent une nappe sur laquelle est inscrit un énorme « Ensemble ». Enfin, laissant le soin aux spectateurs de choisir l’issue de la pièce, Fanny prononce la phrase-clé qu’elle a préparée et que ses collègues de scène reprennent en choeur : « Dans le noir, il y a toujours de la lumière. »

La salle applaudit à tout rompre! Nos ados ont réussi à transmettre leur message par le théâtre de façon si authentique qu’ils ont touché les centaines de personnes présentes. Des spectateurs essuient une petite larme, c’est mission accomplie!

Jamais nous – intervenants, médiateurs culturels, artistes – n’aurions pu nous préparer à recevoir une telle charge émotive. Nous les avons vus construire la courte pièce. Nous les avons accompagnés, nous avons été témoins de leur cheminement et de l’évolution de leur création. Nous en connaissions chaque détail. Et pourtant, l’histoire qu’ils nous ont racontée le 10 avril dernier au Lion d’Or, avec leurs boîtes de carton, leurs répliques et leurs silences chargés, nous a profondément émus. Nous avons été pris de court par la charge des émotions.

Au micro, Serge et Véronick ont lutté, les yeux dans l’eau, pour garder une certaine contenance au moment où ils devaient reprendre la parole. Car une surprise attendait nos jeunes comédiens : une remise de diplôme publique! Oui, ils étaient 12 au départ, 6 ont persévéré jusqu’au fil d’arrivée – tout en poursuivant leur engagement scolaire –, leur constance et leurs talents individuels méritaient d’être soulignés.

Il est difficile de saisir ce qu’une telle réussite représente quand on a des défis scolaires ou familiaux importants, quand, autour de soi, les histoires tristes sont pas mal plus nombreuses que les contes de fées, quand on est plus souvent souffre-douleur que vedette adulée. Il a fallu beaucoup de courage et d’acharnement à Annie, à Fanny, à Calvin, à Rachelle, à Louise et à Kim pour faire ce chemin, et ce fut un privilège immense pour nous de marcher avec eux. Ils nous ont apporté beaucoup plus qu’ils ne pourront jamais l’imaginer. Il ne nous reste que deux rencontres avec eux : l’une pour festoyer, et l’autre pour faire un bilan. Il y a fort à parier que nous lutterons encore pour retenir nos larmes…




Stars d’un soir!

Lundi 15 avril 2013 à 13 h 38 | | Pour me joindre

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Un texte de Véronick Raymond

C’est fait! L’équipe de Vues d’ado a bondi de la salle, dansé jusqu’à la scène du Lion d’Or et joué sa courte pièce de théâtre devant des dizaines et des dizaines de spectateurs attentifs et touchés! Vendredi, nous vous racontons ça en détail, photos à l’appui!

Un mille à la fois, ensemble!

Vendredi 12 avril 2013 à 16 h 11 | | Pour me joindre

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Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Le fil d’arrivée est droit devant : c’est le moment de la répétition générale avant le spectacle. Les jeunes ont accompli ce à quoi ils se préparaient depuis le mois de janvier, il ne leur reste que quelques heures avant la présentation publique. Mais avant de savourer l’aboutissement de notre travail et de notre créativité, encore bien des défis — et non les moindres — se présentent sur notre route. Et nous les relevons ensemble.

Dans le contexte de Vues d’Ado, la suite!, Annie, Calvin, Fanny, Kim, Louise et Rachelle ont abordé le théâtre dans toute sa simplicité. Mais nous avons aussi voulu leur donner l’occasion de se servir de technologies de plus en plus utilisées au théâtre. Ainsi, dans un segment de la courte pièce qu’ils ont créée, il y a une grosse chicane entre les parents. Pour donner plus de texture à cet événement (et aussi, peut-être, pour enlever un peu de pression aux jeunes acteurs qui jouent les rôles de papa et maman), nous leur avons proposé de créer une bande sonore parlée, qu’on ferait jouer pendant la scène!

Cela s’est fait en deux étapes. La première était plutôt « politiquement  incorrecte ». Nous avons demandé à nos jeunes de dire les répliques que les adultes se lancent, selon eux, pendant une chicane. Les ados ont fait preuve de beaucoup de retenue. Ils ne voulaient pas vraiment dire les mots qu’ils ont déjà entendus. Nous ne les avons pas poussés, parce que, parfois, il faut laisser le fond des lacs tranquille… N’empêche, ils en ont révélé juste assez pour que ça serve la courte pièce.

Ensuite, Rachelle, qui joue la mère dans la courte pièce, a enregistré ses répliques de colère envers le père, joué par Calvin. Serge et Véronick ont fait de même, pour augmenter la charge dramatique, la cacophonie, et aussi pour que cette chicane symbolise toutes les chicanes. Serge s’est occupé du montage et du mixage des différentes pistes préenregistrées. Ça fait son effet : on ressent très bien la haine et la cruauté des déchirements familiaux.

Une autre tâche nous attendait. Si le décor a été relativement simple à bâtir, les costumes et les accessoires ont aussi exigé leur part de boulot. Nous nous sommes rendu compte, en effet, que dégoter les costumes et préparer tous les accessoires nécessaires nous coûterait pas mal de temps. Et il file à cent milles à l’heure celui-là.

 




Alors, tout le monde a mis la main à la pâte. Patrice Madgin, notre scénographe, s’est dévoué jusqu’au bout et est allé magasiner avec Véronick les éléments des costumes de nos ados comédiens. Ils ont aussi acheté du papier coloré. Patrice a ensuite confectionné une vingtaine d’avions de papier pour un segment où les jumelles Annie et Fanny, séparées par le mur, s’envoient des messages. Enfin, Patrice a dessiné la cuisinière sur les boîtes de carton après les avoir peintes en blanc, et Serge a loué une casserole chez notre accessoiriste préféré d’Hochelaga.

Les jeunes aussi ont participé. Rachelle et Louise ont reçu la mission d’apporter des coiffes et des chaussures pour leurs personnages. Fanny, avec l’aide d’Annie, a peint la nappe pour le clou de la courte pièce. Pendant ce temps, Véronick a préparé un montage de projections à partir des dessins que les jeunes font, dans la pièce, pour atténuer l’angoisse quand la famille éclate.

01-Louise | Photo : Alexandre Trudeau / 02-Annie et une projection | Photo : Alexandre Trudeau

03-Moment de détente | Photo : Alexandre Trudeau / 04-Annie et le mur | Photo : Alexandre Trudeau

05-Un accessoire | Photo : Alexandre Trudeau / 06-Kim | Photo : Alexandre Trudeau

07-Chorégraphie | Photo : Alexandre Trudeau / 08-Nappe en devenir | Photo : Alexandre Trudeau

Les costumes sont arrivés! | Photo : Alexandre Trudeau

Beaucoup de menus détails requièrent notre entière attention jusqu’à la dernière minute. Si un seul de ceux-ci nous échappe, le résultat final ne sera pas assez précis pour être efficace. Ce que cela veut dire, c’est que chaque détail que nous peaufinons définit l’oeuvre que les jeunes présenteront, de sorte que le public en ressente toute l’envergure et la portée.

 

Et puis soudain, après quelques enchaînements mécaniques, on la joue une dernière fois pour vrai en salle de répétition… Et c’est les yeux dans l’eau que nous, les adultes, recevons cette charge : nos ados, armés de silence, de quelques accessoires et de mots, nous font clairement comprendre la souffrance, mais aussi l’espoir qu’ils associent à la famille. Nous ne doutons pas un instant que le public sera touché, dans quelques heures, au Lion d’Or : la générosité de nos jeunes créateurs nous permettra de faire encore un mille, le dernier avant de brûler les planches.

Avions de papier

Un texte de Gaële Cluzel-Gouriou

Le grand spectacle aura lieu dans quelques jours et nous réglons mille et un détails essentiels au bon déroulement de l’événement avec nos ados. On court partout, on peint, on danse, on stresse sainement et on répète… le tout dans l’ordre et le désordre!

Avant de vous régaler du récit de cette soirée qui ne manquera pas d’être époustouflante, on vous raconte, ce vendredi, comment on arrive à boucler les boucles, autant sur les costumes que dans la surprenante trame sonore!

Rachelle et Louise | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Une texte de Gaële Cluzel-Gouriou

C’est fait, la courte pièce que les jeunes devaient créer existe! Nous avons la trame narrative, les dialogues, les rôles sont distribués… Mais c’est loin d’être terminé. La semaine dernière, nous avons reçu la visite d’un artiste peintre, scénographe et prof d’arts plastiques au secondaire, Patrice Madgin, venu nous aider à imaginer l’habillage scénique de la courte pièce.

Patrice est arrivé au local de répétition sans savoir exactement à quoi s’attendre. C’est le cas de la plupart de nos collaborateurs! Il y a deux raisons pour lesquelles nos invités se sentent comme les explorateurs d’un nouveau continent quand ils arrivent à Vues d’Ado. La première, c’est que nous leur donnons beaucoup de liberté (ce qui est très excitant pour un créateur!). La seconde, c’est que nous favorisons la rencontre humaine avant le travail conceptuel. Elle crée toujours une pointe d’incertitude, une minute d’instabilité : un apprivoisement mutuel s’impose… mais nous avons la foi : dans l’action, cette rencontre se concrétise toujours en une entreprise de création réussie!




Concevoir le décor est un défi de taille. Nous avons un tout petit budget, la durée de la courte pièce et l’espace scénique ne nous permettent pas d’utiliser des éléments complexes. Nous devons évoquer des objets familiers comme une cuisinière, un mur et une table, et les manipulations doivent être faciles et sécuritaires. Enfin, la solution doit naître des six visions d’autant de jeunes tenant passionnément à ce que le public vive la meilleure expérience possible et, surtout, qu’il comprenne l’histoire! Avec l’aide de Patrice Madgin, nous avons donc choisi un matériau de base : des boîtes de carton. Mais une fois armés de ces blocs, certains jeunes ont vécu une petite angoisse…

Le sujet qu’ils ont choisi, la division familiale et l’intervention de la DPJ, les touche personnellement. Pour plusieurs d’entre eux, cela fait partie de leur expérience de vie. Alors quand on discute de ces vécus en groupe dans le but de préciser soit l’issue de la courte pièce, ou, dans ce cas-ci, la manière de donner un lieu aux événements grâce aux décors, les cœurs peuvent s’enflammer. Et les débats s’intensifier.

Avec ces simples et légères boîtes de carton, comment exprimer la complexité de la situation, ou le déchirement, la peine, la profondeur de la douleur et la beauté de l’espoir, la résilience qui habitent ces jeunes? « Il faudrait plus de boîtes. » « Il faudrait qu’il y en ait jusqu’au plafond. » « Il faudrait que les dessins soient plus gros, pour que rien n’échappe à personne dans le public. » « Pourquoi est-ce qu’on construirait le mur, est-ce qu’on a vraiment besoin d’une division physique de l’espace pour que ce soit clair? » Tant de questions et de commentaires pertinents de la part de ces jeunes créateurs.

Ce que nous entendons surtout, c’est qu’ils ont très bien saisi que le processus créatif doit leur permettre de se faire comprendre du public et leur donner les moyens de communiquer toute la passion qui les anime.

01-Manipuler le décor | Photo : Véronick Raymond / 02-Fatalité | Photo : Véronick Raymond

01-Le matin dans la cuisine | Photo : Véronick Raymond / 02-Finalité? | Photo : Véronick Raymond / 03-Annie nous montre son dessin | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou / 04-On parle de lumière et de projections! | Photo : Gaële Cluzel-Gouriou

Pour les jeunes, cette démarche les oblige à voir certains événements de leur vie différemment. D’abord parce que la courte pièce est une fiction, ensuite parce que, pour la mettre en scène, ils ont dû s’approprier l’espace scénique et son univers matériel en faisant appel à des ressources et des outils concrets. Ici, déplacer des boîtes, c’est prendre le contrôle, même si on doit parfois faire des compromis de groupe.

Pour Patrice, notre scénographe invité, cela remet aussi des choses en perspective, notamment son rapport avec les jeunes à qui il enseigne, le jour. Lors de son passage parmi nous, il a été touché et surpris de voir des jeunes sans contrainte de performance dévoiler des épisodes délicats de leur vie pour nourrir la création. Il souligne que cela ne peut pas arriver dans le contexte scolaire, où la taille des groupes, la structure d’autorité et les enjeux pédagogiques conditionnent autrement les rapports. On peut comprendre : à l’école, c’est l’enseignant qui a la responsabilité d’amener les jeunes du point A au point B, pour qu’ils répondent aux exigences d’apprentissage nécessaires pour décrocher un diplôme. Dans le programme de médiation culturelle qu’est Vues d’ado, la suite, les jeunes sont libres de tracer la route dont ils ont besoin, et les adultes servent plutôt à baliser le chemin. On se retrouve entre créateurs d’âges variés, finalement!

Comme nos artistes invités, nous ne savions pas, au début de cette aventure, à quoi nous attendre. Plus le jour J approche, plus nous sommes heureux du voyage… bien qu’un peu angoissés de voir poindre déjà, à l’horizon, la destination.