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Depuis l’an dernier, plus de la moitié de la population mondiale vit maintenant en ville. Au cours des deux dernières décennies, on a assisté en Chine, par exemple, à une des plus grandes migrations de l’histoire de l’humanité : des centaines de millions de gens ont quitté les campagnes pour s’établir dans les grands centres urbains.

Résultat, en plus des grandes mégapoles comme Pékin, Qongqing ou Shanghai, qui regroupent chacune près de 20 millions d’habitants, le pays compte une cinquantaine de villes dont la population oscille entre un et cinq millions de gens. Des villes comme Zibo ou Shijiazhuang,  dont on ne parlait même pas il y a 30 ans dans le monde. Et le phénomène n’est pas unique à la Chine. Parmi les grandes mégapoles de la planète, on peut nommer Jakarta, en Indonésie, Mumbai (Bombay), en Inde, ou Mexico. 

L'avenue Bourguiba et le Théâtre national, au centre de Tunis. Photo : Sophie Langlois

Si les êtres humains quittent les campagnes, c’est parce qu’ils trouvent en ville les services, les emplois et les produits qui peuvent améliorer leur vie. Mais tout cela a un prix. La vie en ville coûte cher. Trois de nos correspondants à Moscou, à Paris et à Pékin ont magasiné pour un appartement dans leur ville respective, avec l’équivalent du prix moyen qu’ils paieraient pour une maison à Montréal, soit 280 000 $. Dans les trois cas, avec ce montant, les habitants de Paris, Moscou et Pékin vivraient dans un taudis ou un placard.

Paris

À Moscou, l’exode vers la ville s’est accentué dès la chute du communisme. Résultat, la capitale russe est aujourd’hui la ville la plus populeuse d’Europe, mais aussi la plus chère. Le prix du mètre carré au centre de Moscou est deux fois plus cher qu’à Paris. 

La ville comporte aussi des défis colossaux de salubrité, d’approvisionnement et de sécurité. C’est ainsi qu’en Chine, une cinquantaine de villes connaissent des problèmes majeurs d’affaissement de terrain parce que l’urbanisation à outrance a vidé les nappes phréatiques qui ne suffisent plus à approvisionner les villes en eau.   

À São Paulo, la mégapole brésilienne, une nouvelle favela se crée tous les huit jours. Essentiellement des gens pauvres qui viennent des campagnes, qui squattent des terrains et les transforment du jour au lendemain en villages de carton et de métaux recyclés.  

En fait, dans les villes des pays en émergence, les nouveaux citadins s’installent la plupart du temps dans ces bidonvilles — des cités temporaires en marge des centres urbains —, qui deviennent rapidement des concentrations permanentes de misère et de violence. 

C’est ce qui s’est passé à Caracas, la capitale du Venezuela, où plus de 50 % de la population vit dans les barrios, où la violence atteint des niveaux record. On compte en moyenne plus de 50 meurtres par jour dans la capitale vénézuélienne. Il y en a eu 19 000 en 2011.   

La ville sera de plus en plus le mode de vie de prédilection des habitants de la planète. L’avenir de la vie en ville constitue par contre un défi de taille pour les urbanistes et les architectes. Ils devront inventer de nouvelles solutions pour faire face à l’attraction des concentrations urbaines. 

Certains pensent que plutôt que de développer à outrance des mégapoles ingérables, il faut entourer les grands centres urbains de villes moyennes, où la vie collective est plus humaine et mieux gérable, et qui seraient reliées aux centres par des systèmes de transport efficaces. Bientôt, Strasbourg, une ville française de taille moyenne très innovatrice en terme d’urbanisme, ne sera qu’à une heure à peine en train de Paris.

Strasbourg, la nuit. Photo : Maxence Bilodeau

Quelle sera la ville de demain? Cette question, qui a de tout temps fait rêver les artistes et les amateurs de futurologie, est plus que jamais pertinente.

À consulter :

Article du Courrier international sur les problèmes d’affaissement des villes chinoises 

Document de l’UNFPA sur l’évolution de la population urbaine mondiale 

Photo : Alfonse Mondello

Le printemps arabe a attiré les journalistes du monde entier, mais il a fait fuir les touristes dans l’ensemble du Moyen-Orient. Qu’on pense, en plus de l’Égypte, à la Tunisie, la Syrie, la Jordanie et à d’autres pays de la région comme le Liban, Israël et la Palestine. En fait, tous les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, à l’exception des pays du golfe Persique, ont subi des diminutions draconiennes de leur taux de fréquentation touristique depuis le début du printemps arabe.

Et la situation n’est pas près de se rétablir parce que la situation politique et la sécurité dans tous ces pays resteront mouvementées pendant quelques années. En outre, l’arrivée au pouvoir de partis islamistes dans plusieurs de ces pays pourrait aussi, à maints égards, retarder un retour à la normale.

Le tourisme est une industrie sensible et le moindre soubresaut dans l’actualité fait fuir la clientèle qui choisit aussitôt d’autres destinations parmi les centaines d’autres dans le monde. C’est ainsi que l’Égypte vient de lancer une campagne mondiale de publicité pour convaincre les touristes de revenir. Les voyagistes québécois vont bientôt relayer ici aussi cette campagne.

Ironiquement, malgré cette crise, l’Égypte va peut-être réussir éventuellement à relancer son industrie touristique grâce aux changements qu’on observe dans ce secteur à l’échelle mondiale. Loin de se décourager de la baisse actuelle de fréquentation, le ministère égyptien du Tourisme prévoit en fait doubler le nombre de visiteurs étrangers au cours des prochaines années en misant en particulier sur la Chine.

On dit que plus de 60 millions de Chinois voyagent à l’étranger chaque année, et ce nombre augmente de 20 % par an. Cela veut dire 14 millions de touristes de plus chaque année dans les circuits touristiques du monde entier, seulement en provenance de la Chine. À cela, il faut ajouter les Russes, les Brésiliens et surtout les Indiens. Bref, les marchés émergents sont un réservoir de clientèle fabuleux pour les entreprises et les pays qui vivent de tourisme. 

Photo : Alfonse Mondello

En Égypte, c’est 1 emploi sur 7 qui dépend directement de cette industrie, et 12 % du PIB. C’est énorme. Le tourisme a aussi une importance économique cruciale en Tunisie, en Jordanie et en Syrie, des pays sans ressources naturelles, où dans les circonstances, cette industrie est complètement à plat. 

Photo : Alfonse Mondello

La question du tourisme a aussi été au cœur des discussions entre le premier ministre Harper et ses interlocuteurs chinois récemment. Le gouvernement canadien a signé en 2009 — très tard, par rapport à d’autres pays comme la France — un accord avec la Chine dans le domaine touristique, en vertu duquel le Canada s’est vu accorder le statut de destination approuvée par Pékin. Le nombre de visiteurs chinois au Canada a augmenté d’environ 25 % depuis. Au cours des 11 premiers mois de l’année 2011, on estime que 232 000 touristes chinois ont visité le Canada. 

C’est ainsi que durant sa récente tournée en Chine, Harper a procédé à l’ouverture officielle d’un nouveau centre de la Commission canadienne du tourisme (CCT)  à Pékin. Il s’agissait là du lancement de la campagne de marketing touristique 2012 en Chine de la CCT.

Nous aussi, en fait, nous comptons sur les marchés émergents pour rehausser notre industrie touristique un peu stagnante, surtout depuis que les Américains nous boudent parce que notre dollar est en hausse. 

Le tourisme dans le monde va d’ailleurs évoluer beaucoup au cours des prochaines années pour s’adapter à toutes ces nouvelles clientèles. Une évolution qui sera aussi influencée par les nouveaux médias comme Facebook, qui favorisent une transmission rapide des modes et des tendances dans le monde.

Le tourisme de niche, par exemple, prend de plus en plus d’importance avec l’arrivée massive des baby-boomers à la retraite. Ceux-ci veulent voyager différemment, comme ils ont vécu leur vie active : des voyages taillés sur mesure, personnalisés. De plus en plus d’agences s’intéressent à ce marché en expansion. C’est ainsi que de nouvelles destinations exotiques s’ouvrent aux touristes en mal de nouveautés. Citons les cas de l’Ouzbékistan ou de la Mongolie, par exemple. Deux destinations maintenant très à la mode. 

Cette semaine, à Une heure sur terre, Jean-Michel Leprince nous emmène en Colombie, un pays déchiré jusqu’à tout récemment par la terreur des barons de la drogue et la présence, sur une grande partie du territoire, d’une guérilla féroce, les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie. Sur ces territoires où régnaient les FARC, le gouvernement, avec l’aide de l’armée, a réussi à développer un tourisme très exotique, là où il y a quelques mois encore, la guérilla détenait des otages célèbres comme l’ancienne politicienne Ingrid Betancourt.

Enfin, l’enrichissement foudroyant des plus riches dans le monde transforme aussi le tourisme de luxe. C’est ainsi que les safaris de chasse aux espèces animales menacées en Afrique suscitent de plus en plus d’attrait auprès des touristes fortunés qui sont prêts à débourser des dizaines de milliers de dollars pour un rhinocéros ou un éléphant. Bientôt, d’autres seront prêts à payer 200 000 $ et plus pour participer à un vol suborbital de quelques minutes. Virgin a déjà développé son propre appareil pour être la première entreprise à conquérir ce marché prometteur.

Comme tous les secteurs de l’économie, le tourisme devra faire des pas de géants au cours des prochaines années pour s’adapter à l’évolution de la planète.

Voir les tendances prévues par l’OMT (Organisation mondiale du tourisme)