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À propos de Jean-François Lépine

Jean-François Lépine incarne à la télévision de Radio-Canada la tradition du grand reportage et du documentaire. Ses qualités de courage, de sensibilité et de grande rigueur ont permis la production de grands documents de télévision. Au cours de sa longue carrière, il s'est mérité de nombreuses distinctions professionnelles, dont trois Prix Gémeaux de la meilleure animation pour Une heure qu’il anime depuis sa création en 2008.

Pendant deux ans, après le déclenchement de ce qu’on a appelé le printemps arabe, des équipes d’Une heure sur terre ont couvert les bouleversements qui ont secoué cette région du monde. Aujourd’hui, deux ans plus tard, nous avons voulu retourner sur place, pour constater l’état des lieux après cette vague de fond qui avait suscité tant d’espoir.

Deux ans plus tard, malheureusement, le bilan est terrible.

Et tous ceux qui avaient cru à la « révolution », après la chute des dictatures, sont quittes pour attendre encore des années avant d’en mesurer quelques résultats favorables.

En Tunisie, où des jeunes continuent à se suicider, comme l’avait fait Mohammed Bouazzizi, dans un geste dramatique qui a déclenché la chute du régime de Ben Ali, l’économie est encore plus déprimée et l’impasse politique perdure.

J’ai entendu beaucoup de Tunisiens me dire : « Au moins, on a la liberté d’expression, maintenant. » Mais même ce nouvel acquis ne résiste pas à l’épreuve. Les religieux qui dominent la coalition gouvernementale imposent de plus en plus leur intolérance, et la moindre critique est décrite comme une attaque à l’islam.

En face du ministère de l’Intérieur, où le printemps tunisien a commencé, une section de la promenade au centre de l’avenue Bourguiba, au centre de Tunis, encore interdite aux manifestants
En face du ministère de l’Intérieur, où le printemps tunisien a commencé, une section de la promenade au centre de l’avenue Bourguiba, au centre de Tunis, encore interdite aux manifestants.

En Égypte, la situation est encore plus dangereuse. Les Égyptiens sont beaucoup plus nombreux et beaucoup moins éduqués. Pour mobiliser les masses impatientes, le gouvernement des Frères musulmans mise sur le conservatisme religieux et attise la répression à l’endroit des femmes, par exemple, qui sont maintenant décrites ouvertement comme des voleuses d’emplois et incitées à retourner à la maison.

Mais les nouveaux dirigeants peuvent difficilement cacher leur inefficacité, et la stagnation du pays est devenue intolérable même pour leurs partisans. Une autre hausse des prix des denrées alimentaires de bases comme le pain, comme cela s’est produit dans les mois avant le printemps arabe, il y a deux ans, et la situation pourrait redevenir explosive.

Murale, près de la place Tahrir, au centre du Caire, illustrant les agressions contre les femmes
Murale, près de la place Tahrir, au centre du Caire, illustrant les agressions contre les femmes.

Mais la Tunisie et l’Égypte, malgré leurs difficultés, sont encore des États fonctionnels. Ce qui est inquiétant, c’est là où le chaos a remplacé les anciennes dictatures.

Après la guerre civile qui a mené à la chute de Kadhafi, la Libye, même si elle a retrouvé une certaine prospérité, grâce à la reprise de la production pétrolière, est dirigée par une coalition fragile et corrompue, soumise aux impulsions des nombreuses milices encore armées qui contrôlent les régions du pays. Pour l’instant, elles ont accepté un ordre relatif, en échange de fortunes qui leur sont payées, chaque mois, à même les revenus du pétrole. Cela fait des miliciens, les « travailleurs » les mieux payés de la Libye. Mais la menace est constante d’un effritement du pays le long des frontières tribales, qui compromettrait l’avenir de l’État libyen.

C’est déjà fait, par contre, en Syrie, un pays dont on dit qu’il est déjà mort, tellement les deux années de guerre civile qui viennent de s’écouler ont été destructrices. On n’a qu’à penser au 4 millions de Syriens — près de 40 % de la population du pays — qui ont dû quitter leurs maisons pour fuir la guerre. Aujourd’hui, personne ne peut prédire la survie de la Syrie telle qu’on l’a connue à l’intérieur de ses frontières actuelles.

Et que dire de l’Iraq voisin, où le gouvernement Maliki, dominé par la majorité chiite, creuse graduellement et de façon de plus en plus inexorable, le fossé avec les deux autres communautés du pays, sunnite et kurde?

En fait, la région dans son ensemble est bouleversée par une instabilité jamais connue depuis l’écroulement de l’Empire ottoman. Dans ce contexte, un leadership visionnaire, innovateur et moderne s’impose. Or, à l’inverse, c’est une mouvance conservatrice, réactionnaire et sans expérience de gouvernement qui s’est installée dans tous ces États ébranlés par le printemps arabe. Comme me disait un ex-grand commis de l’État tunisien, découragé par la relève politique incarnée par le parti Ennahda : « Comment peut-on convaincre des investisseurs de vous écouter et de vous faire confiance, quand vous n’avez à offrir, comme expérience de gestion, que des années passées en prison ou dans la clandestinité? »

La foi en Dieu, et la dictature qui se pointe à l’horizon en son nom, n’est pas prometteuse d’avenir pour l’économie du monde arabe et pour la paix dans cette région du monde, au contraire. Sans perspective d’avenir, la jeunesse, qui constitue plus de 60 % de la population arabe, allumera à nouveau la flamme qui avait provoqué l’éclatement que l’on sait; et nous en souffrirons tous.

Nous avons, politiciens, journalistes, gens d’affaires, et humanistes, souhaité une nouvelle transparence dans cette région après les décennies de dictature. S’ils ont vraiment à cœur son avenir, maintenant, ceux qui le peuvent doivent faire pression sur le leadership arabe issu du « printemps » pour qu’il opte franchement pour la démocratie et la modernité.

Les problèmes de notre système de santé sont connus, et en particulier celui de l’engorgement des salles d’urgence d’hôpitaux dans nos villes. Les enjeux sont tels que même les médecins, qui sont au cœur du système, en mesurent la gravité. Ainsi, selon un sondage dévoilé par le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec, seulement un médecin sur quatre (27 %) estime que le système de santé du Québec fonctionne bien. En comparaison, 48 % des médecins ontariens sont satisfaits de la performance de l’administration de la santé dans leur province. Et plus de la moitié des médecins québécois (57 %) jugent que la qualité des soins médicaux s’est détériorée depuis trois ans.

Ces données critiques, révélées dans un sondage du Commonwealth Fund et du Conseil canadien de la santé, dont nous publions d’autres éléments en ouverture de notre site, ont poussé l’équipe d’Une heure sur terre à chercher des solutions ailleurs dans le monde.

Alors qu’à ce moment de l’année en particulier, nos urgences débordent, nous vous présentons à nouveau cette semaine « Urgence d’agir », un excellent reportage de nos collègues Yanic Lapointe et Michel Rochon, qui propose des solutions pratiques aux problèmes que nos hôpitaux n’arrivent pas à résoudre.

L’équipe s’est rendue en France, où le système de santé a réussi, principalement grâce à l’établissement d’une médecine préhospitalière efficace, à réduire l’affluence aux urgences. Ainsi, alors que le temps d’attente moyen dans les urgences de Montréal est de 20 heures, dans la plus grande urgence de Paris, à l’hôpital Lariboisière, l’attente moyenne est de moins de deux heures. Un délai que les Français, habitués à un système efficace, trouvent déjà très long.

« Urgence d’agir », à voir à Une heure sur terre le vendredi 1er février à 21 h.

L’émission Une heure sur terre reprend l’antenne le vendredi 25 janvier en présentant un documentaire du réalisateur israélien Ra’anan Alexandrowicz, intitulé La loi de l’Occupant, qui est d’une grande actualité, au moment où le pays est en élections et où, selon les sondages, la population s’apprête à reporter au pouvoir une coalition de partis de droite dominée par le premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou.

La loi de l’Occupant, un film qui a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival du film de Jérusalem, en 2011, ainsi que le Prix du jury au Festival de Sundance aux États-Unis, en 2012, est le résultat d’une recherche de plusieurs années s’appuyant sur des milliers de pages de documents officiels des services juridiques de l’armée israélienne. Le film constitue, pour la première fois peut-être dans l’histoire moderne d’Israël, une critique sévère et documentée du système de justice militaire qui a été imposé aux Palestiniens des territoires occupés.

Depuis la guerre des Six Jours de 1967 entre Israël et ses voisins arabes, la vie quotidienne des Palestiniens, dans les territoires qui ont été conquis par l’armée israélienne, est réglée par des centaines de lois édictées par celle-ci et sanctionnées par un système de justice différent de celui d’Israël, dont la juridiction est confiée à des tribunaux militaires.

La loi décrétée par l’armée israélienne ne s’applique plus aux habitants de Gaza depuis le retrait d’Israël de ce territoire très particulier. Mais, depuis 45 ans, les Palestiniens de Cisjordanie, eux, vivent sous le régime des lois militaires qui régissent presque tous les aspects de leur quotidien.

C’est ainsi que les tribunaux militaires, constitués par des juges et des procureurs nommés par l’armée israélienne, ont condamné à la prison des milliers de Palestiniens, et, comme nous le montre très habilement le documentaire, favorisé l’établissement d’un demi-million de colons juifs dans les territoires occupés de Cisjordanie.

Jusqu’à quel point une démocratie comme Israël peut-elle imposer une occupation militaire prolongée à un autre peuple sans renier ses valeurs fondamentales? C’est la question que pose le réalisateur du documentaire présenté à Une heure sur terre, le 25 janvier. Un sujet troublant, au moment où les Israéliens élisent un nouveau gouvernement.

Deux liens pour des informations sur le documentaire :

Sur le site de Praxis Films

Le site officiel du film

Une heure sur terre sera de retour à l’antenne le vendredi 25 janvier 2013 avec un documentaire israélien qui révèle le fonctionnement du système juridique israélien appliqué dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Depuis plus de 40 ans, des tribunaux militaires rendent la justice dans les territoires occupés de Cisjordanie, et il y a quelques années encore à Gaza. Des centaines de Palestiniens ont ainsi été sanctionnés par ce pouvoir judiciaire très controversé. Une réalisation de Ra’anan Alexandrowicz

Le bonheur national brut

On connaît le produit national brut, cet indice mesurant la performance économique des pays du monde. Au Bhoutan, un petit royaume très fermé au nord de l’Inde, on a adopté depuis 1972 un indice très différent — et beaucoup plus complet, diront certains, — pour mesurer la performance du pays : le bonheur national brut. Cet indice rend compte de l’état du pays en mesurant l’état de l’économie, mais aussi, et peut-être surtout, celui des individus qui y vivent. Tout cela, en rapport avec les valeurs fondamentales du bouddhisme. Chantal Lavigne nous présente ce petit pays dont elle est revenue transformée…

Des pédophiles canadiens à l’abri des lois, à l’étranger

Depuis des années, le Canada dispose d’une loi lui permettant de poursuivre les citoyens canadiens accusés de pédophilie à l’étranger. Mais comme nous l’avons constaté pendant notre enquête au Cambodge, un pays où les pédophiles étrangers prolifèrent, les autorités canadiennes restent inactives, même lorsque la justice cambodgienne, elle, dénonce les abus répétés de citoyens originaires du Canada. Un reportage bouleversant que nous présente Yvan Côté.

Beaucoup d’autres sujets intéressants sont en préparation pour notre saison 2013 à Une heure sur terre. Nous espérons que vous serez des nôtres dès notre retour à l’antenne, le 25 janvier prochain. Entre-temps, toute l’équipe vous souhaite de joyeuses fêtes et une excellente année 2013.

L’émission de télévision Une heure sur terre proposera, le vendredi 19 octobre à 21 h, deux reportages qui devraient avoir une résonance particulière pour la société québécoise.  Le premier reportage porte sur le Department of Investigation, l’équivalent new-yorkais de l’Unité permanente anticorruption qui existe au Québec.  L’autre reportage porte sur le Plan Sud chilien proposé par l’administration du président Sebastian Piñera et qui ressemble, à certains aspects, au Plan Nord proposé au Québec.

Les situations vécues à New York et au Chili ont-elles des enseignements qui pourraient nous être utiles ici et inspirer nos décideurs?  Je vous en laisse juger par vous-mêmes.

Lutte à la corruption, l’exemple de New York

Le Department of Investigation (DOI) de la ville de New York a servi de modèle à la constitution de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) au Québec. Depuis des années, New York a fait le ménage dans l’attribution de ses contrats de travaux publics. Le DOI a des pouvoirs qui dépassent ceux du FBI. L’agence a procédé à 806 arrestations en 2011 et a permis à la ville de recouvrer plus de 500 millions de dollars à ce jour.

Parmi les personnes arrêtées se trouvait une conseillère municipale du quartier de Brooklyn à qui un entrepreneur offrait une maison. André Gariépy nous raconte les succès du DOI et nous permet de comprendre comment New York a réussi à mettre de l’ordre dans l’attribution de ses contrats de travaux publics.

Le Plan Sud du Chili

Le Québec a son « Plan Nord », le Chili, son « Plan Sud ». Une heure sur terre présente  un reportage exceptionnel de Jean-Michel Leprince sur les plans de développement du gouvernement de Sebastián Piñera pour la Patagonie. Comme le Québec, le Chili est riche en matières premières, particulièrement en minéraux. D’autre part, le sud du Chili dispose d’un potentiel hydroélectrique important, autant d’avantages dont veulent profiter le gouvernement chilien et des investisseurs privés. Mais tout comme au Québec, le développement des régions éloignées ne va pas sans opposition.

Aussi dans cette émission :

Être femme en Israël

Lors de la création d’Israël, peu de femmes dans le monde pouvaient revendiquer autant de droits et de libertés que les Israéliennes. À l’origine, les ultrareligieux ne formaient qu’une toute petite partie de la population juive d’Israël. Mais aujourd’hui, leur nombre a grandi et leur influence se fait sentir dans plusieurs aspects de la société. Leur vision des rapports entre les hommes et les femmes tient davantage du modèle patriarcal que de l’égalitarisme. Dans ce reportage fascinant, Luc Chartrand nous montre la lutte de femmes israéliennes contre l’autoritarisme d’un autre âge des religieux ultraorthodoxes. Des scènes qui ne sont pas sans rappeler certains accommodements dits « raisonnables. »

UNE HEURE SUR TERRE�
Vendredi 19 octobre, 21 h
Rediffusion dimanche à 20 h sur RDI
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Cette semaine, nous lançons notre nouvelle saison à UHST avec une émission exceptionnelle entièrement consacrée à la question des urgences dans nos hôpitaux. On le sait, la situation ici est catastrophique. Les temps d’attente moyens frisent la vingtaine d’heures entre l’arrivée à l’urgence et la prise en main des patients par l’hôpital.

En France, comme nous le montrons dans l’émission, quand le temps d’attente dépasse une heure et demie, le public est aux abois. Pourquoi? Parce que le système de santé français a pour mission de protéger les urgences. C’est-à-dire de faire en sorte que l’urgence de l’hôpital soit la porte d’entrée des cas lourds nécessitant une mobilisation du personnel et non une porte d’entrée universelle du système de santé, où les cas sociaux se mêlent aux cas médicaux comme cela se passe trop souvent chez nous.

Pour protéger leurs urgences, les Français ont développé un système préhospitalier efficace qui prend en charge les patients avant qu’ils ne se rendent à l’urgence :

  • système ambulancier où la répartition et les soins dans l’ambulance sont effectués par des médecins urgentologues;
  • service de médecins à domicile – SOS Médecins– , qui garantit l’envoi d’un médecin en moins de deux heures aux patients qui le demandent;
  • un médecin de famille disponible pour chaque citoyen.

Depuis des années, nos politiciens nous le promettent. En France, c’est chose faite. Comment pouvons-nous profiter de l’expérience française? C’est le sujet du reportage proposé cette semaine par Michel Rochon et Yanic Lapointe.

Corruption à New York, drones et situation en Chine

Au cours des prochaines semaines, nous vous préparons d’autres excellents sujets à Une heure sur terre :

  • les mesures prises par la ville de New York pour lutter contre la corruption dans la construction;
  • un dossier complet sur une nouvelle arme de guerre redoutable : les drones;
  • une émission sur l’état de la Chine, au moment où le leadership du pays va connaître un changement majeur;
  • un dossier sur Georges Saint-Pierre, l’athlète canadien le plus populaire du monde;
  • un reportage sur les difficultés de la classe moyenne aux États-Unis,  dans le contexte de l’élection présidentielle en cours.

Bref, comme chaque année depuis 2008, l’équipe d’Une heure sur terre est au cœur de l’actualité internationale.

Bonne saison avec nous et merci de nous être fidèles!

 

POUR COMPRENDRE LE SYSTÈME DE SANTÉ FRANÇAIS :

Le SAMU

SOS Médecins

Le salaire des médecins (Le Figaro)

Pour comparer tous les systèmes de santé du monde

Relevé quotidien de l’état des urgences de Montréal

Voici un aperçu des grands dossiers de l’actualité internationale qui seront particulièrement suivis par l’équipe du module international de Radio-Canada durant l’été. Des événements qui vont avoir de l’influence sur nous.

La Grèce et l’Europe

D’abord la Grèce, mais aussi tout l’avenir à court terme de l’économie de l’Europe. Beaucoup d’autres pays européens sont en difficulté. Même la France. Récemment, l’entourage du nouveau président français, François  Hollande, a laissé laisse planer la menace de suppression de postes dans la fonction publique. La France – c’est un sujet qu’on n’aborde pas encore de plein front au sein de la classe politique – vit largement au-dessus de ses moyens.

Tout cela se déroule en marge d’un débat entre François Hollande et Angela Merkel sur la façon de réagir à la crise appréhendée : doit-on forcer l’imposition de contraintes budgétaires qui vont accentuer la récession dans les pays les plus à risques, ou lancer une nouvelle forme de Plan Marshall? Un programme de stimulation des économies en difficulté qui impliquerait une ponction de centaines de milliards de dollars dans ces économies pour créer de l’emploi. Tout cela devrait être à l’agenda du prochain sommet européen le 28 juin à Bruxelles.

Des conséquences pour nous tous

Nous y sommes tous liés à l’avenir économique de l’Europe. C’est un marché important pour la Chine, par exemple,  qui voit sa croissance se contracter parce que ses exportations vers l’Europe diminuent. Si la croissance économique ralentit trop brutalement,  en Chine, il y a menace de crise sociale majeure.

Le Brésil, autre marché d’exportation de la Chine et de l’Inde, est aussi en période de ralentissement économique. Tout cela crée un potentiel de récession à l’échelle du globe.

Un impact majeur aux États-Unis

Si l’économie mondiale ralentit, la première puissance économique de la planète risque d’en subir les conséquences, et les espoirs de Barack Obama de se faire réélire pourraient diminuer.

L’élection présidentielle américaine sera le deuxième point important de l’actualité estivale, avec les conventions des grands partis, qui se tiendront à la fin de l’été : du 27 au 30 août à Tampa Bay, en Floride, pour les républicains, et du 3 au 6 septembre à Charlotte, en Caroline du Nord, pour les démocrates.

La réélection du président Obama est loin d’être assurée. Une première échéance importante, à court terme, sera la décision de la Cour suprême sur le droit de l’État fédéral de forcer les Américains à souscrire à un régime d’assurance maladie. C’est la pierre angulaire de la réforme de la santé proposée par Barack Obama. Une des plus importantes réalisations de son mandat. Certains disent que c’est la seule.

Un retour en arrière au Mexique?

À court terme, il faudra observer les résultats des élections présidentielles au Mexique, le premier juillet. Le retour prévisible du PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel, qui a régné sur le pays pendant 70 ans, fait craindre à beaucoup de Mexicains un retour à un régime de favoritisme et de corruption institutionnalisé. Tout cela au moment où le Mexique connaît une croissance importante, entre 4 et 5 %.

Il faudra aussi surveiller les Jeux olympiques de Londres et la suite des élections en Égypte.

D’autres dates importantes à surveiller cet été :

  • 28 juin : le 300e anniversaire de naissance de Jean-Jacques Rousseau
  • 30 juin : le Tour de France avec, peut-être pour la première fois, un participant québécois, David Veilleux, de l’équipe Europcar. Natif de Cap-Rouge, il serait le deuxième Canadien dans la course, avec Ryder Hesjedal.
  • 1er juillet : Chypre va assumer la présidence de l’Union européenne jusqu’à la fin de l’année. Signe des temps que l’accession de ce petit pays à un rôle aussi important.
  • 5 juillet : le 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie
  • 20 juillet : le début du ramadan dans tout le monde musulman
  • 1er août : c’est la date prévue par l’ancien président français pour l’introduction en France de la taxe Tobin sur les transactions financières. François Hollande ira-t-il de l’avant?
  • 6 août : le robot américain Curiosité arrive sur Mars dans le cadre de la mission Mars Science Laboratory de la NASA.

L’année 2011-2012 d’Une heure sur terre a pris fin le 30 mars, et nous sommes déjà en production pour la saison prochaine, qui reprendra à l’automne.

Cette année, nous avons évidemment couvert les suites du printemps arabe en Libye, où on a assisté à la fin du régime Kadhafi, et en Égypte, où les Frères musulmans ont obtenu une majorité de sièges au nouveau Parlement. Nous avons marqué la fin de la mission de combat des troupes canadiennes en Afghanistan, avec un regard sur l’avenir de ce pays, où les Canadiens ont contribué généreusement à une reconstruction qui se fait attendre. Nous sommes retournés au Japon six mois après la catastrophe du tsunami de mars 2011.

Encore une fois, nous avons aussi été branchés sur les grands enjeux de la planète avec un reportage sur la disparition possible des petits pays insulaires comme Kiribati, à cause du réchauffement climatique. Nous sommes allés au Brésil, puissance agricole devenue grenier de la planète. Nous avons fait une enquête déroutante sur le trafic d’organes. Nous avons dressé, en Ouganda, un bilan de la lutte contre le sida au cœur de l’Afrique. Nous avons présenté une émission complète sur la musique qui change le monde, et une autre sur l’avenir de la vie en ville.

Nous avons poursuivi aussi notre réflexion sur la façon dont les êtres humains, ailleurs sur la planète, trouvent des solutions à des défis auxquels nous devons faire face : l’éducation, le vieillissement des populations, le traitement des déchets, la congestion urbaine, la prostitution.

Bref, encore une fois, nous pouvons être fiers de dire : mission accomplie! Et nous vous remercions de nous avoir suivis tout au long de cette année de reportages passionnants

Voici, en images, un résumé de cette production 2011-2012 d’Une heure sur terre. Des photos prises par nos équipes en tournage, qui nous rappellent les univers fascinants dans lesquels elles sont passées.

Toute cette production de reportages exceptionnels ne serait pas possible sans une équipe qui n’est pas visible dans ces photos, mais dont le travail est essentiel à la réalisation d’une émission comme Une heure sur terre. Un merci énorme aux monteurs Patrick Fry, Sylvie Mallard, Karl Paré, André Roch et à l’équipe de production et de coordination à Montréal :

  • Danielle Lauer, à l’infographie
  • Michel Caron, Jean Diamant et Sacha Rioux, au mixage sonore
  • Dominique Fournier et Julie Perreault, à la recherche
  • Robert Hynes, à la réalisation des adaptations
  • Danielle Bouchard et Lydie Lacroix, assistantes à la réalisation
  • Paul Morin, réalisation-coordination
  • Diane Lecours et Louise Paquet, à la coordination de la production
  • Guy Parent, rédacteur en chef

À l’automne prochain!

Depuis l’an dernier, plus de la moitié de la population mondiale vit maintenant en ville. Au cours des deux dernières décennies, on a assisté en Chine, par exemple, à une des plus grandes migrations de l’histoire de l’humanité : des centaines de millions de gens ont quitté les campagnes pour s’établir dans les grands centres urbains.

Résultat, en plus des grandes mégapoles comme Pékin, Qongqing ou Shanghai, qui regroupent chacune près de 20 millions d’habitants, le pays compte une cinquantaine de villes dont la population oscille entre un et cinq millions de gens. Des villes comme Zibo ou Shijiazhuang,  dont on ne parlait même pas il y a 30 ans dans le monde. Et le phénomène n’est pas unique à la Chine. Parmi les grandes mégapoles de la planète, on peut nommer Jakarta, en Indonésie, Mumbai (Bombay), en Inde, ou Mexico. 

L'avenue Bourguiba et le Théâtre national, au centre de Tunis. Photo : Sophie Langlois

Si les êtres humains quittent les campagnes, c’est parce qu’ils trouvent en ville les services, les emplois et les produits qui peuvent améliorer leur vie. Mais tout cela a un prix. La vie en ville coûte cher. Trois de nos correspondants à Moscou, à Paris et à Pékin ont magasiné pour un appartement dans leur ville respective, avec l’équivalent du prix moyen qu’ils paieraient pour une maison à Montréal, soit 280 000 $. Dans les trois cas, avec ce montant, les habitants de Paris, Moscou et Pékin vivraient dans un taudis ou un placard.

Paris

À Moscou, l’exode vers la ville s’est accentué dès la chute du communisme. Résultat, la capitale russe est aujourd’hui la ville la plus populeuse d’Europe, mais aussi la plus chère. Le prix du mètre carré au centre de Moscou est deux fois plus cher qu’à Paris. 

La ville comporte aussi des défis colossaux de salubrité, d’approvisionnement et de sécurité. C’est ainsi qu’en Chine, une cinquantaine de villes connaissent des problèmes majeurs d’affaissement de terrain parce que l’urbanisation à outrance a vidé les nappes phréatiques qui ne suffisent plus à approvisionner les villes en eau.   

À São Paulo, la mégapole brésilienne, une nouvelle favela se crée tous les huit jours. Essentiellement des gens pauvres qui viennent des campagnes, qui squattent des terrains et les transforment du jour au lendemain en villages de carton et de métaux recyclés.  

En fait, dans les villes des pays en émergence, les nouveaux citadins s’installent la plupart du temps dans ces bidonvilles — des cités temporaires en marge des centres urbains —, qui deviennent rapidement des concentrations permanentes de misère et de violence. 

C’est ce qui s’est passé à Caracas, la capitale du Venezuela, où plus de 50 % de la population vit dans les barrios, où la violence atteint des niveaux record. On compte en moyenne plus de 50 meurtres par jour dans la capitale vénézuélienne. Il y en a eu 19 000 en 2011.   

La ville sera de plus en plus le mode de vie de prédilection des habitants de la planète. L’avenir de la vie en ville constitue par contre un défi de taille pour les urbanistes et les architectes. Ils devront inventer de nouvelles solutions pour faire face à l’attraction des concentrations urbaines. 

Certains pensent que plutôt que de développer à outrance des mégapoles ingérables, il faut entourer les grands centres urbains de villes moyennes, où la vie collective est plus humaine et mieux gérable, et qui seraient reliées aux centres par des systèmes de transport efficaces. Bientôt, Strasbourg, une ville française de taille moyenne très innovatrice en terme d’urbanisme, ne sera qu’à une heure à peine en train de Paris.

Strasbourg, la nuit. Photo : Maxence Bilodeau

Quelle sera la ville de demain? Cette question, qui a de tout temps fait rêver les artistes et les amateurs de futurologie, est plus que jamais pertinente.

À consulter :

Article du Courrier international sur les problèmes d’affaissement des villes chinoises 

Document de l’UNFPA sur l’évolution de la population urbaine mondiale 

Photo : Alfonse Mondello

Le printemps arabe a attiré les journalistes du monde entier, mais il a fait fuir les touristes dans l’ensemble du Moyen-Orient. Qu’on pense, en plus de l’Égypte, à la Tunisie, la Syrie, la Jordanie et à d’autres pays de la région comme le Liban, Israël et la Palestine. En fait, tous les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, à l’exception des pays du golfe Persique, ont subi des diminutions draconiennes de leur taux de fréquentation touristique depuis le début du printemps arabe.

Et la situation n’est pas près de se rétablir parce que la situation politique et la sécurité dans tous ces pays resteront mouvementées pendant quelques années. En outre, l’arrivée au pouvoir de partis islamistes dans plusieurs de ces pays pourrait aussi, à maints égards, retarder un retour à la normale.

Le tourisme est une industrie sensible et le moindre soubresaut dans l’actualité fait fuir la clientèle qui choisit aussitôt d’autres destinations parmi les centaines d’autres dans le monde. C’est ainsi que l’Égypte vient de lancer une campagne mondiale de publicité pour convaincre les touristes de revenir. Les voyagistes québécois vont bientôt relayer ici aussi cette campagne.

Ironiquement, malgré cette crise, l’Égypte va peut-être réussir éventuellement à relancer son industrie touristique grâce aux changements qu’on observe dans ce secteur à l’échelle mondiale. Loin de se décourager de la baisse actuelle de fréquentation, le ministère égyptien du Tourisme prévoit en fait doubler le nombre de visiteurs étrangers au cours des prochaines années en misant en particulier sur la Chine.

On dit que plus de 60 millions de Chinois voyagent à l’étranger chaque année, et ce nombre augmente de 20 % par an. Cela veut dire 14 millions de touristes de plus chaque année dans les circuits touristiques du monde entier, seulement en provenance de la Chine. À cela, il faut ajouter les Russes, les Brésiliens et surtout les Indiens. Bref, les marchés émergents sont un réservoir de clientèle fabuleux pour les entreprises et les pays qui vivent de tourisme. 

Photo : Alfonse Mondello

En Égypte, c’est 1 emploi sur 7 qui dépend directement de cette industrie, et 12 % du PIB. C’est énorme. Le tourisme a aussi une importance économique cruciale en Tunisie, en Jordanie et en Syrie, des pays sans ressources naturelles, où dans les circonstances, cette industrie est complètement à plat. 

Photo : Alfonse Mondello

La question du tourisme a aussi été au cœur des discussions entre le premier ministre Harper et ses interlocuteurs chinois récemment. Le gouvernement canadien a signé en 2009 — très tard, par rapport à d’autres pays comme la France — un accord avec la Chine dans le domaine touristique, en vertu duquel le Canada s’est vu accorder le statut de destination approuvée par Pékin. Le nombre de visiteurs chinois au Canada a augmenté d’environ 25 % depuis. Au cours des 11 premiers mois de l’année 2011, on estime que 232 000 touristes chinois ont visité le Canada. 

C’est ainsi que durant sa récente tournée en Chine, Harper a procédé à l’ouverture officielle d’un nouveau centre de la Commission canadienne du tourisme (CCT)  à Pékin. Il s’agissait là du lancement de la campagne de marketing touristique 2012 en Chine de la CCT.

Nous aussi, en fait, nous comptons sur les marchés émergents pour rehausser notre industrie touristique un peu stagnante, surtout depuis que les Américains nous boudent parce que notre dollar est en hausse. 

Le tourisme dans le monde va d’ailleurs évoluer beaucoup au cours des prochaines années pour s’adapter à toutes ces nouvelles clientèles. Une évolution qui sera aussi influencée par les nouveaux médias comme Facebook, qui favorisent une transmission rapide des modes et des tendances dans le monde.

Le tourisme de niche, par exemple, prend de plus en plus d’importance avec l’arrivée massive des baby-boomers à la retraite. Ceux-ci veulent voyager différemment, comme ils ont vécu leur vie active : des voyages taillés sur mesure, personnalisés. De plus en plus d’agences s’intéressent à ce marché en expansion. C’est ainsi que de nouvelles destinations exotiques s’ouvrent aux touristes en mal de nouveautés. Citons les cas de l’Ouzbékistan ou de la Mongolie, par exemple. Deux destinations maintenant très à la mode. 

Cette semaine, à Une heure sur terre, Jean-Michel Leprince nous emmène en Colombie, un pays déchiré jusqu’à tout récemment par la terreur des barons de la drogue et la présence, sur une grande partie du territoire, d’une guérilla féroce, les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie. Sur ces territoires où régnaient les FARC, le gouvernement, avec l’aide de l’armée, a réussi à développer un tourisme très exotique, là où il y a quelques mois encore, la guérilla détenait des otages célèbres comme l’ancienne politicienne Ingrid Betancourt.

Enfin, l’enrichissement foudroyant des plus riches dans le monde transforme aussi le tourisme de luxe. C’est ainsi que les safaris de chasse aux espèces animales menacées en Afrique suscitent de plus en plus d’attrait auprès des touristes fortunés qui sont prêts à débourser des dizaines de milliers de dollars pour un rhinocéros ou un éléphant. Bientôt, d’autres seront prêts à payer 200 000 $ et plus pour participer à un vol suborbital de quelques minutes. Virgin a déjà développé son propre appareil pour être la première entreprise à conquérir ce marché prometteur.

Comme tous les secteurs de l’économie, le tourisme devra faire des pas de géants au cours des prochaines années pour s’adapter à l’évolution de la planète.

Voir les tendances prévues par l’OMT (Organisation mondiale du tourisme)