Blogue de Chantal Lavigne

Change.org ou le nouveau militantisme en ligne

Vendredi 2 novembre 2012 à 13 h 40 | | Pour me joindre

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La capacité de se mobiliser rapidement est une des grandes forces de la société américaine. Des mouvements de contestation comme Occupy Wall Street l’ont montré une fois de plus l’an dernier. Des milliers de personnes ont alors dénoncé les dérives du capitalisme financier et les inégalités croissantes entre riches et pauvres. Mais au-delà de l’expression de leur indignation, de plus en plus de jeunes militants cherchent des façons concrètes de changer les choses.

Un de ces moyens est la pétition en ligne. En combinant un vieil outil du militantisme à la force des médias sociaux, des groupes comme Change.org pensent avoir trouvé un moyen redoutable de redonner le pouvoir aux citoyens.

Change.org n’est pas le seul site de pétitions en ligne. SignOn.org, Avaaz, Care2.com offrent aussi ce service aux internautes. Mais l’entreprise veut devenir la référence en ce domaine, une sorte de Facebook ou de YouTube de l’action sociale. Elle est en voie d’y parvenir. La consécration est venue avec l’affaire Trayvon Martin, ce jeune noir tué en février 2012 par un vigile blanc en Floride. Plus de deux millions de personnes ont signé une pétition en ligne sur Change.org pour protester contre la décision des autorités judiciaires de ne pas porter d’accusations contre le meurtrier, qui invoquait la légitime défense.

Avec le succès viennent aussi les critiques, principalement en ce qui concerne le modèle économique de Change.org. La plateforme fait partie d’une nouvelle catégorie d’entreprises aux États-Unis, les B Corporations. Ces compagnies sont à but lucratif, mais elles se donnent aussi une mission sociale. Alors que tout individu peut lancer gratuitement une pétition sur Change.org, l’entreprise tire ses revenus d’organismes à but non lucratif qui, eux, doivent payer pour avoir accès à sa banque de 20 millions de membres.

La formule convient parfaitement à son fondateur Ben Rattray, qui se destinait au départ à devenir un jeune loup de Wall Street. Ben Rattray est persuadé qu’elle permet à son entreprise, dont les revenus ont atteint 15 millions de dollars l’an dernier, d’avoir les moyens de ses ambitions. Par contre, pour ses critiques, cette recherche de profits est inconciliable avec la mission sociale de Change.org et l’éloigne petit à petit de ses idéaux progressistes. Des soupçons qui auraient été confirmés par la récente décision de Change.org de dorénavant offrir à tous ses services payants, plutôt qu’aux seuls organismes qui partagent ses valeurs de justice, d’égalité et d’honnêteté, comme c’était le cas jusqu’à maintenant.

Pour le moment, en tous cas, Change.org connaît une expansion fulgurante. Le chapitre canadien, ouvert il y a moins d’un an, compte déjà près de un million de membres. Ben Rattray rêve maintenant de trouver une façon d’offrir ses services aux populations dans le monde qui n’ont pas d’ordinateurs ou de téléphones intelligents, au moyen des textos.