Billets publiés en octobre 2012

Les enfants boomerang

Mercredi 31 octobre 2012 à 12 h 36 | | Pour me joindre

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Les États-Unis ressemblent à un édredon tissé de 50 morceaux différents, mais dont les coutures réussissent à tenir le coup quels que soient les attaques et les tiraillements dont il est l’objet. Ce peuple puissant demeure, encore et toujours, celui qui fait le plus rêver les immigrants. Voici les États-Unis : une société bâtie sur une classe moyenne qui se sent au cœur du développement social et économique; un univers créatif où toutes les innovations sont accueillies comme vecteurs de l’autonomie et de la justice; un régime politique où même les membres d’une minorité peuvent se coaliser pour faire évoluer les mentalités.

À la veille du grand rendez-vous électoral américain du 6 novembre 2012, Une heure sur terre vous propose un portrait inédit de cette société qui n’a pas hésité à inclure Dieu dans son parcours en inscrivant sur ses pièces de monnaie et ses billets de banque « In God we trust »!

La famille est le moteur de la société américaine. Or, la grande récession de 2007-2009 a creusé un véritable cratère au cœur du rêve américain. Une fois les cendres de cette explosion volcanique dispersées on a découvert un phénomène insoupçonné, celui des « enfants boomerang ».

Quelques lignes publiées dans le Wall Street Journal au printemps 2012 ont retenu mon attention. On y révélait une statistique étonnante : en moins de 10 ans, le nombre de jeunes âgés de 25 à 34 ans qui vivent encore chez leurs parents a augmenté de 50 %. Depuis 2007, 8 millions de jeunes de 25 à 34 ans sont retournés vivre chez leurs parents. La grande récession est la principale responsable de cette migration.

Pendant quatre jours, le caméraman Martin Cloutier et moi avons été accueillis par une de ces familles en Virginie. Une expérience déroutante.

La classe moyenne frappée de plein fouet

Blacksburg est une ville de 43 000 habitants qui a été qualifiée de « meilleur endroit pour élever des enfants aux États-Unis » par le magazine Businessweek en 2011. On y trouve, entre autres, la célèbre Université Virginia Tech. C’est là que nous avons rencontré la famille Coluni.

Val, le père, a 79 ans. Sa femme, Ginny, a 75 ans. Ils ont eu trois enfants dont Maribeth, 35 ans, infirmière responsable du programme de prévention et de contrôle des infections à l’hôpital régional. Salaire : 60 000 $ par année. Son conjoint, Herbie, travaille à la cafétéria de Virginia Tech, où il gagne 15 000 $ par année. Ils ont deux enfants, un garçon de 2 ans et une fille de 10 ans.

Il y a deux ans, cette jeune famille a basculé dans la pauvreté au point de n’avoir d’autre choix que venir s’installer au sous-sol de la maison des parents. On ne parle pas ici de chômeurs, mais d’un couple dont le revenu annuel est de 75 000 $. C’est le cœur de la classe moyenne!  Que s’est-il donc passé pour en arriver là? Ils nous ont tout raconté. Mais, surtout, nous nous sommes intéressés à l’impact que ce retour dans la maison des parents retraités peut avoir.

À l’échelle du pays, le portrait est réfrigérant.

En juin 2012, la Réserve fédérale américaine révélait que la valeur nette médiane de l’avoir des familles avait perdu 40 %, effaçant 18 ans de richesse accumulée.

Aujourd’hui, le tiers des parents américains qui ont des enfants de 25 à 34 ans ont accueilli au cours des dernières années un de leurs enfants adultes à la maison. À ce jour, 17 % de la population américaine — 52 millions de personnes — vit dans une maison « intergénérationnelle ».

Quelques statistiques :

  • 60 % des parents ont contribué récemment au soutien financier de leurs enfants adultes;
  • 26 % ont augmenté leur endettement;
  • 7 % ont retardé l’âge de la retraite.

Même si les Coluni ne prévoient le départ de la famille de leur fille que dans deux ans, le retour à la maison familiale de cette enfant boomerang montre à quel point la solidarité demeure au coeur des valeurs défendues depuis longtemps par les Américains. Malgré les malheurs, on trouve toujours une fenêtre qu’on peut ouvrir avec optimisme sur l’avenir.

Être homosexuel et mormon : un combat contre le suicide

La statistique fait frémir : 74 % des étudiants homosexuels ont pensé un jour se suicider en Utah. À Provo, troisième ville de l’État, la célèbre Université Brigham Young – contrôlée par l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours – a fait la chasse aux homosexuels sur son campus jusqu’en 2007. Récemment, une vingtaine d’entre eux ont eu le courage de produire une vidéo dans laquelle ils faisaient un coming out, une sortie du placard publique, sur YouTube. Il fallait du courage, mais, aussi, ils pouvaient compter sur un profond changement survenu dans la société mormone de l’Utah au cours des 10  dernières années.

En 2001, j’avais le privilège d’assister à la première réunion des gais et lesbiennes à Salt Lake City, où l’on mettait sur pied Equality Utah, un comité d’action politique qui allait se charger d’amasser des fonds pour soutenir la candidature des politiciens qui acceptaient de voter une loi contre la discrimination. Onze ans plus tard, je suis retourné voir ce qu’était devenue cette organisation. Cette histoire illustre bien comment, aux États-Unis, la mobilisation et l’organisation sociale et politique mènent à des changements majeurs. Tout cela se passe dans un des États les plus conservateurs du pays, l’Utah, dont le mormon le plus célèbre en 2012 est justement le candidat républicain à la présidence, Mitt Romney.

Yémen : la guerre d’Obama

Jeudi 25 octobre 2012 à 10 h 17 | | Pour me joindre

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@mebedardSRC

 Le Yémen, l’Arabie heureuse. Une atmosphère qui rappelle les contes des Milles et une nuits règne toujours dans certains coins du Vieux Sanaa avec ses hauts murs de pierres et ses mosquées millénaires. Mais au détour des rues étroites et sinueuses qui témoignent d’un passé riche d’une longue tradition de culture islamique, on découvre vite un pays en crise profonde.

Des enfants dans une rue de la vieille ville de Sanaa, un site protégé de l'UNESCO.

Des enfants dans une rue de la vieille ville de Sanaa, un site protégé de l’UNESCO.

Un bidonville de la capitale Sanaa

Un bidonville de la capitale Sanaa

Même les enfants consomment le qat, une plante euphorisante dont les effets sur la santé sont désastreux.

Même les enfants consomment le qat, une plante euphorisante dont les effets sur la santé sont désastreux.

Le Yémen est pauvre et manque de presque tout. Même s’il est entouré d’eau, seule une petite partie de sa population a accès à de l’eau potable. Le taux de chômage y est catastrophique et la majorité de la population qui n’a pas assez à manger est droguée au qat, cette herbe amère et euphorisante que les trois quarts des Yéménites mâchent pendant de longues séances de discussion. Au marché, dans les ministères et même au combat, on croise des hommes, des femmes et des enfants à la joue anormalement gonflée par leur chiquée de qat.

Le rite social est une des rares distractions que peut s’offrir le peuple yéménite, mais c’est aussi un fléau social. Au moment où Sanaa est en voie de devenir la première capitale au monde complètement privée d’eau, 60 % de l’eau irriguée passe à la culture du qat. C’est sans compter les effets néfastes sur la santé et l’économie. Le Yémen donne l’impression de se mâcher à mort.

À midi, les vendeurs de qat, qui sont par centaines à Sanaa, font de bonnes affaires.

À midi, les vendeurs de qat, qui sont par centaines à Sanaa, font de bonnes affaires.

Mais surtout, le Yémen est un pays sous l’emprise d’Al-Qaïda. Et c’est pour ça que nous y sommes venus, le caméraman Sylvain Castonguay et moi.

Les fantômes du passé

« Tout est la faute de Saleh », nous dira-t-on un peu partout. Ali Abdallah Saleh, le président déchu, celui qui avait régné d’une main de fer sur son pays pendant près de 30 ans, s’était fait l’allié des Américains dans la guerre contre le terrorisme. Le Yémen a reçu beaucoup d’argent des États-Unis pour lutter contre le terrorisme, plus de 250 millions de dollars selon un rapport du Congrès, au cours de la dernière décennie. Mais c’était jusqu’à ce que les Américains, ne pouvant peut-être plus ignorer la violence avec laquelle le président Saleh a réprimé les foules réclamant son départ, le larguent. Deux mille personnes ont perdu la vie au cours des 11 mois qu’a duré la révolte.

En pleine tourmente, Al-Qaïda s’est emparée de provinces entières dans le sud du pays, une des conséquences les plus désastreuses de cette douloureuse transition politique. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire complexe du pays que des guerriers djihadistes débarquent dans cette région.

Le Yémen unifié est un jeune pays. En 1990, le sud communiste et le nord se sont réunis. Mais une guerre civile a vite éclaté. Le président Saleh a accueilli des combattants islamistes, des vétérans d’autres conflits comme la guerre contre l’empire soviétique en Afghanistan, pour écraser le mouvement séparatiste du sud. Bon nombre d’entre eux sont restés. En 2009, d’autres sont venus gonfler les rangs d’un réseau déjà bien établi.

À Aden, ville principale du Sud, l'ancien drapeau flotte toujours et rappelle un important mouvement séparatiste parfois violent, malgré l'unification du pays en 1990.

À  Aden, ville principale du Sud, l’ancien drapeau flotte toujours et rappelle un important mouvement séparatiste parfois violent, malgré l’unification du pays en 1990.

La révolte populaire a offert l’occasion pour Al-Qaïda de solidifier ses bases, et Ansar Al-Sharia est né. Les partisans de la charia, la loi islamique, ne sont qu’un pseudonyme pour Al-Qaïda selon le Département d’État américain, une façon de refaire son image auprès des populations locales. Ce sont eux qui ont tenté l’expérience de la gouvernance dans les provinces d’Abyan et de Shabwha après avoir mené les troupes du gouvernement à battre en retraite.

Une rencontre avec Ansar Al-Sharia

Difficile de faire un reportage sur les frappes de drones américains au Yémen sans parler avec ceux qui en sont la cible. À l’aide de contacts locaux, nous nous étions entendus pour un entretien. La seule condition posée par mon interlocuteur : je devrais me couvrir de la tête aux pieds. Mais à la veille de notre rencontre prévue avec un chef d’Ansar Al-Sharia, le doute s’installe.

Et si c’était un piège? Après tout, l’organisation s’est déclarée en guerre contre l’Occident et nous pouvions en être perçus comme les représentants. Nous mesurions tout le poids des conséquences si la rencontre devait mal tourner. Nous ne sommes jamais seuls dans l’exercice du métier à l’étranger. Nos dévoués collaborateurs locaux, nos guides-interprètes, qui s’efforcent avec nous d’obtenir les accès et les entrevues essentiels à nos reportages, peuvent payer cher leur association à des étrangers. Ils restent derrière avec les leurs quand nous montons à bord de l’avion du retour.

Le cheik Abu Ghanem arrive avec quelques minutes de retard dans le petit hôtel du centre-ville que nous avions choisi, simplement parce qu’il ressemble à tous les autres hôtels fréquentés quasi uniquement par une clientèle locale. L’homme se décrit comme un chef de la branche politique d’Ansar Al-Sharia. Après avoir pensé au pire, ce qui nous troublera finalement le plus de cette rencontre, c’est d’être devant un être on ne peut plus humain, faisant même des blagues sur les ceintures d’explosifs tout en nous parlant de ses enfants et de son père mort récemment. Il est là le malaise : derrière les actes horribles et innommables des terroristes, se trouvent des hommes en chair et en os.

Le caméraman Sylvain Castonguay en compagnie d'une unité des Forces spéciales avec laquelle nous sommes allés à Jaar, une ville ou Al-Qaïda avait établi son gouvernement islamique.

Le caméraman Sylvain Castonguay en compagnie d’une unité des Forces spéciales avec laquelle nous sommes allés à Jaar, une ville ou Al-Qaïda avait établi son gouvernement islamique.

Malgré la campagne aérienne des Américains, Al-Qaïda et Ansar Al-Sharia demeurent une menace dans la Péninsule arabique. Le leadership des organisations a été lourdement déstabilisé, mais leur force de frappe ne semble pas diminuée. La semaine dernière seulement, une voiture piégée a réussi à pénétrer dans une baraque militaire aux abords de la ville de Jaar. L’attaque a fait plus de 20 morts, 12 étaient des soldats. Les autres étaient des hommes d’Al-Qaïda à bord du véhicule.

Tout est la faute de Saleh  donc… et des Américains. Les gens que nous avons rencontrés dans les villes détruites, après l’année de combats féroces qui vient de s’écouler, ne pardonnent pas aux États-Unis leur appui au gouvernement de l’ex-président Saleh. Ils les tiennent pour responsables de toutes les années de corruption, de difficultés économiques et d’insécurité.

Un nouveau gouvernement est maintenant en place. Dans une élection au candidat unique le printemps dernier, l’ancien vice-président a été élu pour mener un processus de réconciliation nationale. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi peut à son tour compter sur l’aide américaine pour redresser son pays. Il a d’ailleurs salué les frappes de drones des Américains au Yémen. Mais sa proximité avec les Américains lui vaut la méfiance d’un peuple qu’il ne contrôle pas complètement. Les fractures nombreuses et profondes au Yémen semblent bien loin de se résorber.

Regardez le reportage diffusé à Une heure sur terre le 26 octobre

Pour en savoir plus :

http://www.longwarjournal.org/

http://bigthink.com/blogs/waq-al-waq

 

 

Du rififi au mur des Lamentations

Vendredi 19 octobre 2012 à 14 h 50 | | Pour me joindre

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chartrlu

Quand des féministes vont provoquer les ultrareligieux sur le site le plus sacré du judaïsme…

Une fois par mois, des juives féministes – la plupart elles-mêmes pratiquantes orthodoxes – se rendent au pied du mur des Lamentations de Jérusalem pour y pratiquer des rites qui constituent une pure hérésie aux yeux des juifs les plus conservateurs.

Ces femmes – dont une vingtaine étaient présentes au moment de notre tournage (voir Une heure sur terre, émission du 19 octobre 2012) – se couvrent du châle de prière. Certaines portent une kippa sur la tête et parfois même enroulent des phylactères autour de leur bras. Chacun de ces gestes, dans le rite juif, appartient aux hommes. Venir les accomplir dans l’enceinte la plus sacrée du judaïsme tient de la provocation. Ces femmes ne s’en cachent pas. « C’est un mouvement féministe radical », explique Peggy Cidor, une des participantes.

Elles font partie d’un groupe appelé Les femmes du mur. Elles veulent « libérer le mur » de la mainmise des ultraorthodoxes et y donner aux femmes qui le désirent, le même droit qu’aux hommes de pratiquer selon les rites de leur choix.

Le mur — le kotel, en hébreu – a été reconquis par les Israéliens pendant la guerre des Six Jours de 1967. Depuis, la supervision religieuse du site est régie par un code strict. L’espace de prière, au pied du mur, est séparé en une section réservée aux hommes et une autre, beaucoup plus petite, réservée aux femmes.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Cette photo datée des années1880 montre qu’hommes et femmes y ont prié jadis dans le même espace.

Félix Bonfils, Mur des juifs, un vendredi

« Les ultraorthodoxes ont littéralement conquis le mur, dit Peggy Cidor. Or, ce n’est pas une synagogue. C’est un lieu national. »

Les femmes du mur veulent donc briser l’interprétation ultraorthodoxe qui, selon elles, les empêche de prier comme bon leur semble dans un lieu qui appartient à tous.

Jusqu’ici, les tribunaux israéliens n’ont pas accepté leur argumentation, une loi sur la protection des Lieux saints interdisant d’y tenir des cérémonies contraires à la tradition.

« Si je mets un châle de prière ici, dit Peggy Cidor, je me fais arrêter et je risque six mois de prison et 10 000 shekels (2600 $CA) d’amende. »

Trois de ses camarades viennent de se faire arrêter, le 17 octobre, pour avoir porté un châle de prière au mur.

Plusieurs Israéliens et Israéliennes voient dans ce mouvement, encore marginal, le symbole d’une lutte plus large contre l’imposition de normes de vie orthodoxes sur la société israélienne en général (le sujet d’Une heure sur terre, le 19 octobre).

« Les arrestations des Femmes du mur nous rappellent la nécessité de revoir la relation entre la religion et l’État en Israël et de renverser le monopole orthodoxe, selon le rabbin réformiste Gilad Kariv. La bataille du kotel est de même nature que celle visant à laisser les femmes s’asseoir à l’avant des autobus. »

Le Plan Sud du Chili

Vendredi 19 octobre 2012 à 11 h 57 | | Pour me joindre

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jmleprince

Au Québec, le nouveau gouvernement du Parti québécois veut reprendre à son compte le Plan Nord du gouvernement Charest. Mais il veut davantage le planifier et engager totalement les populations locales.

À l’extrême sud du continent, au Chili, il existe un projet semblable pour développer l’hydroélectricité de la Patagonie, qui servirait en partie l’énorme industrie minière du pays. Mais c’était sans compter sur une opposition farouche des écologistes et surtout de la population locale de la région d’Aysen, au centre de la Patagonie. Ils se sont révoltés.

Le fjord d'Aysen, en Patagonie
Le fjord d’Aysen, en Patagonie

Jean-Michel Leprince (à gauche) en compagnie d'Ivan Fuentes, pêcheur artisanal qui est devenu l'emblème de la révolte des gens d’Aysen.
Jean-Michel Leprince (à gauche) en compagnie d’Ivan Fuentes, pêcheur artisanal qui est devenu l’emblème de la révolte des gens d’Aysen.

L'humble « chaumière » d'Yvan Fuentes
L’humble « chaumière » d’Yvan Fuentes

Ivan Fuentes, pêcheur artisanal et syndicaliste, est devenu le chef naturel, emblématique de la révolte des gens d’Aysen. Sa réputation de meneur intelligent, rassembleur et modeste a fait le tour du pays. Les partis politiques le courtisent. Phénomène rare, c’est un Chilien à surveiller.

Le pont de Puerto Aysen, symbole des affrontements avec la police
Le pont de Puerto Aysen, symbole des affrontements avec la police

Le pont de Puerto Aysen est resté le symbole des violentes manifestations qui ont opposé les habitants aux forces de police en février 2012.

Puerto Chacabuco
Puerto Chacabuco

Ils protestaient d’abord contre le centralisme de Santiago, l’isolement de la Patagonie. Le manque de routes. Le bateau est le moyen de transport le moins coûteux, mais le plus long.

La carretera austral (Ruta 7)

Route légendaire à cause des paysages extraordinaires qu’elle traverse. Le dictateur Augusto Pinochet l’a commencée en 1975. Elle devait joindre Puerto Montt, la « Porte de la Patagonie » et Punta Arenas, 2286 kilomètres au sud, à la pointe du continent. Elle n’a jamais été terminée. Une partie infime de la route est asphaltée. Le reste est du gravier. Elle est coupée à plusieurs reprises, il faut prendre un traversier. Pour la terminer, il faudrait traverser deux parcs naturels privés, Pumalin, propriété du fondateur de la compagnie North Face, Douglas Thomkins. Il ne veut rien savoir.

Cette route, commencée par le dictateur Augusto Pinochet, n'a jamais été terminée.

Ce portique n’existe plus de nos jours.

Cette route, commencée par le dictateur Augusto Pinochet, n’a jamais été terminée.

Le projet d’HidroAysen

Les écologistes s’opposent aux projets de construction de centrales hydroélectriques dans l’Aysen. Le projet qu’ils visent le plus est celui de la compagnie privée d’HidroAysen, qui veut construire cinq barrages sur les fleuves Baker et Pascua.

Un hélicoptère de la compagnie HydroAysen, qui veut construire cinq barrages en Patagonie.
Un hélicoptère de la compagnie HydroAysen, qui veut construire cinq barrages en Patagonie.

Le gouvernement y ajoutera une ligne de transmission publique vers Puerto Montt, qui se connectera au réseau central et alimentera Santiago et la puissante industrie minière du nord. Les gens d’Aysen sont divisés et se demandent ce qu’ils y gagneront.

Sylvain Castonguay, cameraman, le pilote, German Wulf Gonzales, HidroAysen, Fernando Grarabito, recherchiste.

Les négociations entre le gouvernement et les gens d’Aysen sur les projets hydroélectriques, l’isolement et le manque d’infrastructures en santé et en éducation sont pratiquement rompues. Le gouvernement de Sebastian Piñera a soumis le projet de ligne électrique au Congrès pour accélérer sa construction, au grand dam des écologistes.

La population d’Aysen a le sentiment que s’il y a une sorte de « Plan Sud » au Chili (le gouvernement a des plans nommés Plan austral, Plan Aysen, Plan de développement des régions extrêmes), il n’est pas très bien planifié et ne tient pas compte de leurs besoins et de leurs revendications.

À ne pas manquer : mon reportage à Une heure sur terre le 19 octobre

Je me suis rendu à New York avec le caméraman Alfonse Mondello pour comprendre comment sorganise la lutte contre la corruption et voir aussi sil ny a pas quelques leçons à tirer de la longue expérience des autorités new-yorkaises dans ce domaine.

Il faut dire que dans la Big Apple  la corruption ne date pas dhier. Dans le reportage, nous montrons que la construction de quelques-uns des bâtiments historiques les plus connus de la ville a été entachée par des scandales, des rackets et des trafics de toutes sortes.

La corruption dans lindustrie de la construction sest érigée en système à partir des années 1920. Des membres de la Cosa Nostra, la mafia sicilienne, nouvellement arrivés à New York, ont alors pris graduellement le contrôle des chantiers.

Le pouvoir de la mafia new-yorkaise sur lindustrie a atteint son apogée dans les années 1980. Les cinq clans mafieux qui régnaient sur la ville accaparaient une bonne part des contrats de travaux publics. Une situation qui nest pas sans rappeler celle que lon découvre aujourdhui au Québec.

Les pratiques illégales et les stratagèmes de corruption utilisés par la mafia new-yorkaise ressemblent étrangement à ceux décrits par nos collègues de lémission Enquête et par les témoins de la Commission Charbonneau.

Or, aujourdhui, la situation a complètement changé à New York. Un des acteurs de la lutte contre la corruption que nous avons interviewés va même jusquà dire que la ville a été « libérée de lemprise de la mafia ».

Mais que sest-il passé? Comment les autorités new-yorkaises ont-elles réussi à remettre de lordre dans lindustrie de la construction?

Comme on le montre dans le reportage, le combat sest fait sur plusieurs fronts. Dabord, le Construction Industry Task Force a été créé. Il sagit dun groupe dintervention chargé denquêter et de mettre fin à la suprématie du crime organisé sur les chantiers de construction. Cinq ans denquête qui vont mener à des arrestations massives et donner un dur coup à la mafia new-yorkaise.

De plus, et cest fondamental, plusieurs des recommandations faites par les experts du groupe dintervention nont pas été tablettées à la fin de lenquête. Elles ont été mises en pratique.

Les autorités municipales ont mis en place de nouvelles mesures administratives pour empêcher lattribution de contrats de travaux publics aux entreprises liées à la mafia. Comme le montre aussi notre reportage, lexécution même des travaux est maintenant surveillée par des experts de la lutte à la corruption.

Plus de pouvoirs ont aussi été conférés au Department of Investigation (DOI), lescouade anticorruption de la ville de New York. Les outils légaux et les effectifs dont dispose maintenant le DOI feraient rougir denvie les enquêteurs de lUPAC, lUnité permanente anticorruption du Québec.

Bref, à New York, ce qui aura permis de faire un grand ménage dans lindustrie de la construction, cest une réelle volonté politique, des arrestations massives et ladoption des recommandations des experts de la lutte contre la corruption.

Nous verrons dans les mois qui viennent si le Québec suivra la même voie.

Il reste quà New York, le travail est loin dêtre terminé. Même si les familles mafieuses ne sont plus que lombre delles-mêmes, elles sont encore très habiles à tirer profit des moindres faiblesses du système.

À la fin du reportage, on découvre que des entreprises liées au crime organisé ont réussi encore récemment à infiltrer lun des chantiers les plus surveillés de la planète, devinez lequel…

Références :

http://www.nyc.gov/html/doi/html/home/home.shtml

Portrait de la mafia new-yorkaise selon le FBI.

http://www.fbi.gov/about-us/investigate/organizedcrime/italian_mafia

Reportage sur la lutte anticorruption à New York Téléjournal

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/09/28/009-newyork-doi-corruption.shtml

L’émission de télévision Une heure sur terre proposera, le vendredi 19 octobre à 21 h, deux reportages qui devraient avoir une résonance particulière pour la société québécoise.  Le premier reportage porte sur le Department of Investigation, l’équivalent new-yorkais de l’Unité permanente anticorruption qui existe au Québec.  L’autre reportage porte sur le Plan Sud chilien proposé par l’administration du président Sebastian Piñera et qui ressemble, à certains aspects, au Plan Nord proposé au Québec.

Les situations vécues à New York et au Chili ont-elles des enseignements qui pourraient nous être utiles ici et inspirer nos décideurs?  Je vous en laisse juger par vous-mêmes.

Lutte à la corruption, l’exemple de New York

Le Department of Investigation (DOI) de la ville de New York a servi de modèle à la constitution de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) au Québec. Depuis des années, New York a fait le ménage dans l’attribution de ses contrats de travaux publics. Le DOI a des pouvoirs qui dépassent ceux du FBI. L’agence a procédé à 806 arrestations en 2011 et a permis à la ville de recouvrer plus de 500 millions de dollars à ce jour.

Parmi les personnes arrêtées se trouvait une conseillère municipale du quartier de Brooklyn à qui un entrepreneur offrait une maison. André Gariépy nous raconte les succès du DOI et nous permet de comprendre comment New York a réussi à mettre de l’ordre dans l’attribution de ses contrats de travaux publics.

Le Plan Sud du Chili

Le Québec a son « Plan Nord », le Chili, son « Plan Sud ». Une heure sur terre présente  un reportage exceptionnel de Jean-Michel Leprince sur les plans de développement du gouvernement de Sebastián Piñera pour la Patagonie. Comme le Québec, le Chili est riche en matières premières, particulièrement en minéraux. D’autre part, le sud du Chili dispose d’un potentiel hydroélectrique important, autant d’avantages dont veulent profiter le gouvernement chilien et des investisseurs privés. Mais tout comme au Québec, le développement des régions éloignées ne va pas sans opposition.

Aussi dans cette émission :

Être femme en Israël

Lors de la création d’Israël, peu de femmes dans le monde pouvaient revendiquer autant de droits et de libertés que les Israéliennes. À l’origine, les ultrareligieux ne formaient qu’une toute petite partie de la population juive d’Israël. Mais aujourd’hui, leur nombre a grandi et leur influence se fait sentir dans plusieurs aspects de la société. Leur vision des rapports entre les hommes et les femmes tient davantage du modèle patriarcal que de l’égalitarisme. Dans ce reportage fascinant, Luc Chartrand nous montre la lutte de femmes israéliennes contre l’autoritarisme d’un autre âge des religieux ultraorthodoxes. Des scènes qui ne sont pas sans rappeler certains accommodements dits « raisonnables. »

UNE HEURE SUR TERRE�
Vendredi 19 octobre, 21 h
Rediffusion dimanche à 20 h sur RDI
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Cette semaine, nous lançons notre nouvelle saison à UHST avec une émission exceptionnelle entièrement consacrée à la question des urgences dans nos hôpitaux. On le sait, la situation ici est catastrophique. Les temps d’attente moyens frisent la vingtaine d’heures entre l’arrivée à l’urgence et la prise en main des patients par l’hôpital.

En France, comme nous le montrons dans l’émission, quand le temps d’attente dépasse une heure et demie, le public est aux abois. Pourquoi? Parce que le système de santé français a pour mission de protéger les urgences. C’est-à-dire de faire en sorte que l’urgence de l’hôpital soit la porte d’entrée des cas lourds nécessitant une mobilisation du personnel et non une porte d’entrée universelle du système de santé, où les cas sociaux se mêlent aux cas médicaux comme cela se passe trop souvent chez nous.

Pour protéger leurs urgences, les Français ont développé un système préhospitalier efficace qui prend en charge les patients avant qu’ils ne se rendent à l’urgence :

  • système ambulancier où la répartition et les soins dans l’ambulance sont effectués par des médecins urgentologues;
  • service de médecins à domicile – SOS Médecins– , qui garantit l’envoi d’un médecin en moins de deux heures aux patients qui le demandent;
  • un médecin de famille disponible pour chaque citoyen.

Depuis des années, nos politiciens nous le promettent. En France, c’est chose faite. Comment pouvons-nous profiter de l’expérience française? C’est le sujet du reportage proposé cette semaine par Michel Rochon et Yanic Lapointe.

Corruption à New York, drones et situation en Chine

Au cours des prochaines semaines, nous vous préparons d’autres excellents sujets à Une heure sur terre :

  • les mesures prises par la ville de New York pour lutter contre la corruption dans la construction;
  • un dossier complet sur une nouvelle arme de guerre redoutable : les drones;
  • une émission sur l’état de la Chine, au moment où le leadership du pays va connaître un changement majeur;
  • un dossier sur Georges Saint-Pierre, l’athlète canadien le plus populaire du monde;
  • un reportage sur les difficultés de la classe moyenne aux États-Unis,  dans le contexte de l’élection présidentielle en cours.

Bref, comme chaque année depuis 2008, l’équipe d’Une heure sur terre est au cœur de l’actualité internationale.

Bonne saison avec nous et merci de nous être fidèles!

 

POUR COMPRENDRE LE SYSTÈME DE SANTÉ FRANÇAIS :

Le SAMU

SOS Médecins

Le salaire des médecins (Le Figaro)

Pour comparer tous les systèmes de santé du monde

Relevé quotidien de l’état des urgences de Montréal