Billets publiés en février 2012

Photo : Alfonse Mondello

Le printemps arabe a attiré les journalistes du monde entier, mais il a fait fuir les touristes dans l’ensemble du Moyen-Orient. Qu’on pense, en plus de l’Égypte, à la Tunisie, la Syrie, la Jordanie et à d’autres pays de la région comme le Liban, Israël et la Palestine. En fait, tous les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, à l’exception des pays du golfe Persique, ont subi des diminutions draconiennes de leur taux de fréquentation touristique depuis le début du printemps arabe.

Et la situation n’est pas près de se rétablir parce que la situation politique et la sécurité dans tous ces pays resteront mouvementées pendant quelques années. En outre, l’arrivée au pouvoir de partis islamistes dans plusieurs de ces pays pourrait aussi, à maints égards, retarder un retour à la normale.

Le tourisme est une industrie sensible et le moindre soubresaut dans l’actualité fait fuir la clientèle qui choisit aussitôt d’autres destinations parmi les centaines d’autres dans le monde. C’est ainsi que l’Égypte vient de lancer une campagne mondiale de publicité pour convaincre les touristes de revenir. Les voyagistes québécois vont bientôt relayer ici aussi cette campagne.

Ironiquement, malgré cette crise, l’Égypte va peut-être réussir éventuellement à relancer son industrie touristique grâce aux changements qu’on observe dans ce secteur à l’échelle mondiale. Loin de se décourager de la baisse actuelle de fréquentation, le ministère égyptien du Tourisme prévoit en fait doubler le nombre de visiteurs étrangers au cours des prochaines années en misant en particulier sur la Chine.

On dit que plus de 60 millions de Chinois voyagent à l’étranger chaque année, et ce nombre augmente de 20 % par an. Cela veut dire 14 millions de touristes de plus chaque année dans les circuits touristiques du monde entier, seulement en provenance de la Chine. À cela, il faut ajouter les Russes, les Brésiliens et surtout les Indiens. Bref, les marchés émergents sont un réservoir de clientèle fabuleux pour les entreprises et les pays qui vivent de tourisme. 

Photo : Alfonse Mondello

En Égypte, c’est 1 emploi sur 7 qui dépend directement de cette industrie, et 12 % du PIB. C’est énorme. Le tourisme a aussi une importance économique cruciale en Tunisie, en Jordanie et en Syrie, des pays sans ressources naturelles, où dans les circonstances, cette industrie est complètement à plat. 

Photo : Alfonse Mondello

La question du tourisme a aussi été au cœur des discussions entre le premier ministre Harper et ses interlocuteurs chinois récemment. Le gouvernement canadien a signé en 2009 — très tard, par rapport à d’autres pays comme la France — un accord avec la Chine dans le domaine touristique, en vertu duquel le Canada s’est vu accorder le statut de destination approuvée par Pékin. Le nombre de visiteurs chinois au Canada a augmenté d’environ 25 % depuis. Au cours des 11 premiers mois de l’année 2011, on estime que 232 000 touristes chinois ont visité le Canada. 

C’est ainsi que durant sa récente tournée en Chine, Harper a procédé à l’ouverture officielle d’un nouveau centre de la Commission canadienne du tourisme (CCT)  à Pékin. Il s’agissait là du lancement de la campagne de marketing touristique 2012 en Chine de la CCT.

Nous aussi, en fait, nous comptons sur les marchés émergents pour rehausser notre industrie touristique un peu stagnante, surtout depuis que les Américains nous boudent parce que notre dollar est en hausse. 

Le tourisme dans le monde va d’ailleurs évoluer beaucoup au cours des prochaines années pour s’adapter à toutes ces nouvelles clientèles. Une évolution qui sera aussi influencée par les nouveaux médias comme Facebook, qui favorisent une transmission rapide des modes et des tendances dans le monde.

Le tourisme de niche, par exemple, prend de plus en plus d’importance avec l’arrivée massive des baby-boomers à la retraite. Ceux-ci veulent voyager différemment, comme ils ont vécu leur vie active : des voyages taillés sur mesure, personnalisés. De plus en plus d’agences s’intéressent à ce marché en expansion. C’est ainsi que de nouvelles destinations exotiques s’ouvrent aux touristes en mal de nouveautés. Citons les cas de l’Ouzbékistan ou de la Mongolie, par exemple. Deux destinations maintenant très à la mode. 

Cette semaine, à Une heure sur terre, Jean-Michel Leprince nous emmène en Colombie, un pays déchiré jusqu’à tout récemment par la terreur des barons de la drogue et la présence, sur une grande partie du territoire, d’une guérilla féroce, les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie. Sur ces territoires où régnaient les FARC, le gouvernement, avec l’aide de l’armée, a réussi à développer un tourisme très exotique, là où il y a quelques mois encore, la guérilla détenait des otages célèbres comme l’ancienne politicienne Ingrid Betancourt.

Enfin, l’enrichissement foudroyant des plus riches dans le monde transforme aussi le tourisme de luxe. C’est ainsi que les safaris de chasse aux espèces animales menacées en Afrique suscitent de plus en plus d’attrait auprès des touristes fortunés qui sont prêts à débourser des dizaines de milliers de dollars pour un rhinocéros ou un éléphant. Bientôt, d’autres seront prêts à payer 200 000 $ et plus pour participer à un vol suborbital de quelques minutes. Virgin a déjà développé son propre appareil pour être la première entreprise à conquérir ce marché prometteur.

Comme tous les secteurs de l’économie, le tourisme devra faire des pas de géants au cours des prochaines années pour s’adapter à l’évolution de la planète.

Voir les tendances prévues par l’OMT (Organisation mondiale du tourisme)

 

Place Tahrir, le 25 janvier 2012. Photo : Alfonse Mondello

On me demande souvent : « À ton avis, le printemps arabe, est-ce que cela valait la peine pour les populations de tous ces pays? »  Un ex-politicien très connu ici me disait récemment : « Vous, les journalistes, vous avez glorifié les révoltes dans le monde arabe, mais ça n’a contribué qu’à amener au pouvoir des religieux fanatiques! »

Un an après le tsunami qui a secoué les régimes dictatoriaux du monde arabe, l’heure est aux bilans. Et sous certains aspects, on peut se demander, en effet, si la révolution qui a déferlé sur plusieurs pays de différentes façons a produit les résultats que ceux qui l’ont déclenchée espéraient.

 Il est vrai, par exemple, qu’à la faveur des élections qui ont suivi la révolte, les partis islamistes ont accédé au pouvoir dans la plupart des pays touchés. Ils composent maintenant la majorité du gouvernement au Maroc, la majorité du Parlement en Tunisie et en Égypte. Ils contrôlent le Conseil national de transition en Libye, et ils constituent la principale force d’opposition au régime de Bachar Al-Assad en Syrie.

Avec l’arrivée au pouvoir des islamistes, les droits des femmes vont-ils reculer, les minorités religieuses vont-elles souffrir d’ostracisme encore davantage? Vont-ils respecter les règles fondamentales de la démocratie?

Un an après le déclenchement du printemps arabe, on peut aussi se demander si les dictateurs qui étaient ciblés par les révoltes ont vraiment été éliminés. En Égypte, le Conseil suprême des forces armées, qui avait appuyé la dictature de Moubarak pendant trente ans, est encore le seul organe qui décide des destinées du pays. C’est lui qui nomme le gouvernement, contrôle la police, décide des lois adoptées par le Parlement et fixe les conditions des échéances électorales.

En Tunisie, malgré la chute brutale de Ben Ali, la clique qui a détourné pendant toutes ses années de pouvoir les fonds publics est encore très active dans le pays. Au point que les Tunisiens disent à la blague, Ali est parti depuis des mois, mais ses quarante voleurs sont encore là.

En Libye, malgré la mise en échec complète de la famille Kadhafi, des anciens du régime siègent au Conseil national de transition. Et le pouvoir des armes, maintenant entre les mains des anciens rebelles, menace chaque jour de relancer les hostilités.

Puis, il y a la situation économique. Dans tous les pays bouleversés par le printemps arabe, les motifs qui avaient entraîné les populations dans la rue sont encore très présents aujourd’hui. Le chômage et les inégalités sociales, qui avaient poussé le jeune Mohammed Bouazizi à s’immoler par le feu, font rage encore aujourd’hui.

Malheureusement, la révolution a ralenti encore davantage des économies déjà éprouvées par la corruption extrême et le clientélisme. Et l’instabilité va probablement durer encore plusieurs années. 

Place Tahrir, le 25 janvier 2012. Photo : Alfonse Mondello

Il y a donc plusieurs raisons de désespérer des résultats de cette année de bouleversements dans le monde arabe. Mais qu’en pensent les populations qui ont elles-mêmes lancé ce vaste mouvement de raz le-bol? Il fallait être au Caire, le 25 janvier dernier, à la place Tahrir, avec, selon certaines estimations, près de 3 millions de personnes venues marquer le premier anniversaire de la révolution, pour comprendre à quel point les Égyptiens, par exemple, sont fiers de ce qu’ils ont accompli. Si certains se désolent de la victoire des islamistes aux élections, ce n’est que pour se dire aussitôt qu’ils se battront mieux la prochaine fois pour eux-mêmes se faire élire.

Mes collègues Sophie Langlois et Christine Campestre ont retrouvé en Égypte trois de ces jeunes héros qui, un an plus tôt, avaient animé le mouvement de révolte contre Moubarak. Ramy Essam, le chanteur révolutionnaire, dont la chanson « Irhal » a fait le tour du monde et a procuré la joie aux foules du Caire. Samira Ibrahim, la courageuse, qui a poursuivi l’armée égyptienne pour avoir imposé aux femmes arrêtées par les forces de l’ordre le fameux test de virginité violent et humiliant. Et Abdul-Rahman Yusuf, le poète qui a animé la place Tahrir et qui est devenu aujourd’hui animateur de télé.

Ils nous disent tous les trois leur fierté d’avoir osé affronter un pouvoir qu’ils ne croyaient même pas eux-mêmes réussir à ébranler. Mais comme la majorité de leurs compatriotes, ils ne sont pas naïfs pour autant. Ce qui a été entrepris par les populations du monde arabe il y a un an est un long processus qui comportera ses espoirs et ses difficultés pour des années à venir. Un cadre du nouveau pouvoir libyen nous disait l’automne dernier : « Faire la guerre, c’est facile, mais construire la démocratie, c’est beaucoup plus difficile! »  

Il faudra des années de persévérance aux populations arabes qui ont osé se révolter pour voir se concrétiser les demandes que les Égyptiens, par exemple, répètent aujourd’hui sur la place Tahrir et qui étaient les demandes originelles du printemps arabe : du pain, de la liberté et de la justice sociale.

 

Quelques références :

Quel bilan pour le printemps arabe?
Article du Figaro

The Arab Spring one year later: an assessment of impact
The American University in Cairo

Arab Spring One Year On : What Happened? What changed?
Article duHuffington Post

Vieillir autrement

Cette semaine, nous reprenons la diffusion d’Une heure sur terre avec le premier de deux reportages de Gilles Gougeon sur un phénomène répandu dans le monde et qui est très d’actualité ces jours-ci au Canada : la volonté des gens âgés de vieillir dans de meilleures conditions.

Selon Statistiques Canada, en 2010, pour la première fois au Canada, la part des 65 ans et plus dans la population a dépassé les 15 %. Elle atteindra les 26 % en 2031, et 28 % en 2056.  Les Canadiens vieillissent, mais d’autres pays dans le monde connaissent déjà le même phénomène depuis quelque temps. Les 65 ans et plus représentent 23 % de la population au Japon, plus de 20 % en Allemagne et en Italie, et 17 % en France.

Dans plusieurs pays, les gouvernements et les groupes d’intérêts se mobilisent pour préparer l’avenir de ces sociétés où les gens âgés auront un poids démographique plus important,  pour faire en sorte que le vieillissement ne soit pas un poids trop lourd pour les jeunes générations qui auront à soutenir leurs aînés et, surtout, pour améliorer leurs conditions de vie.

Bientôt, des hordes de baby-boomers atteindront l’âge de la retraite. Et, comme ils l’ont fait toute leur vie, ils voudront, plus que les générations qui les ont précédés, « vieillir comme ils ont vécu ». C’est-à-dire d’une manière autonome, dans un environnement agréable pour éviter autant que possible le piège des résidences de personnes âgées.

Dans une série de deux reportages, Gilles Gougeon explore des solutions déjà expérimentées en France et aux États-Unis : colocation, cohabitation intergénérationnelle, béguinage, services à domicile sophistiqués. Autant de pistes pour envisager de nouvelles façons de vieillir. 

Pour voir quelques-unes des pistes pour vieillir autrement :

L’association Aider

Le béguinage : une alternative pour l’habitat des personnes âgées

Photo de Jean-François Lépine

La corruption en Afghanistan

En Afghanistan, ce n’est pas le vieillissement de la population qui pose problème, mais l’avenir de la jeunesse, qui compose la plus grande partie du pays. Or, au moment où les puissances occidentales, qui ont collaboré depuis 10 ans à la reconstruction de l’Afghanistan, commencent déjà à prévoir leur retrait, l’avenir du pays n’a jamais été aussi préoccupant. 

Au-delà même des menaces à la sécurité interne, des attentats de plus en plus fréquents et de la progression de la résistance menée par les talibans, c’est la corruption généralisée qui mine de plus en plus l’avenir des jeunes Afghans. On estime qu’en moyenne les Afghans dépensent le quart de leurs maigres revenus en pots-de-vin pour obtenir des services essentiels comme la justice, la police, l’éducation ou la santé. 

Le problème est tel que, dans les sondages menés à la grandeur du pays, une majorité d’Afghans rêvent de revenir à la période où les talibans étaient au pouvoir et où l’administration publique, à tous les niveaux, était beaucoup plus transparente et efficace.

Nous sommes allés sur place rencontrer des gens qui ont eu le courage de dénoncer la corruption, qui essaient de la combattre au quotidien et qui demeurent malgré tout persuadés qu’avec l’arrivée au pouvoir de nouvelles générations de politiciens, ils pourront changer les choses.  Unanimement, ils demandent tous à la communauté internationale de ne pas quitter le pays en 2014 et de continuer à accompagner et à appuyer le changement en Afghanistan.   

Pour lire un rapport de l’ONU en 2010 sur l’état de la corruption en Afghanistan :

UNODC : Corruption in Afghanistan (en anglais)