Accueil

Pendant deux ans, après le déclenchement de ce qu’on a appelé le printemps arabe, des équipes d’Une heure sur terre ont couvert les bouleversements qui ont secoué cette région du monde. Aujourd’hui, deux ans plus tard, nous avons voulu retourner sur place, pour constater l’état des lieux après cette vague de fond qui avait suscité tant d’espoir.

Deux ans plus tard, malheureusement, le bilan est terrible.

Et tous ceux qui avaient cru à la « révolution », après la chute des dictatures, sont quittes pour attendre encore des années avant d’en mesurer quelques résultats favorables.

En Tunisie, où des jeunes continuent à se suicider, comme l’avait fait Mohammed Bouazzizi, dans un geste dramatique qui a déclenché la chute du régime de Ben Ali, l’économie est encore plus déprimée et l’impasse politique perdure.

J’ai entendu beaucoup de Tunisiens me dire : « Au moins, on a la liberté d’expression, maintenant. » Mais même ce nouvel acquis ne résiste pas à l’épreuve. Les religieux qui dominent la coalition gouvernementale imposent de plus en plus leur intolérance, et la moindre critique est décrite comme une attaque à l’islam.

En face du ministère de l’Intérieur, où le printemps tunisien a commencé, une section de la promenade au centre de l’avenue Bourguiba, au centre de Tunis, encore interdite aux manifestants
En face du ministère de l’Intérieur, où le printemps tunisien a commencé, une section de la promenade au centre de l’avenue Bourguiba, au centre de Tunis, encore interdite aux manifestants.

En Égypte, la situation est encore plus dangereuse. Les Égyptiens sont beaucoup plus nombreux et beaucoup moins éduqués. Pour mobiliser les masses impatientes, le gouvernement des Frères musulmans mise sur le conservatisme religieux et attise la répression à l’endroit des femmes, par exemple, qui sont maintenant décrites ouvertement comme des voleuses d’emplois et incitées à retourner à la maison.

Mais les nouveaux dirigeants peuvent difficilement cacher leur inefficacité, et la stagnation du pays est devenue intolérable même pour leurs partisans. Une autre hausse des prix des denrées alimentaires de bases comme le pain, comme cela s’est produit dans les mois avant le printemps arabe, il y a deux ans, et la situation pourrait redevenir explosive.

Murale, près de la place Tahrir, au centre du Caire, illustrant les agressions contre les femmes
Murale, près de la place Tahrir, au centre du Caire, illustrant les agressions contre les femmes.

Mais la Tunisie et l’Égypte, malgré leurs difficultés, sont encore des États fonctionnels. Ce qui est inquiétant, c’est là où le chaos a remplacé les anciennes dictatures.

Après la guerre civile qui a mené à la chute de Kadhafi, la Libye, même si elle a retrouvé une certaine prospérité, grâce à la reprise de la production pétrolière, est dirigée par une coalition fragile et corrompue, soumise aux impulsions des nombreuses milices encore armées qui contrôlent les régions du pays. Pour l’instant, elles ont accepté un ordre relatif, en échange de fortunes qui leur sont payées, chaque mois, à même les revenus du pétrole. Cela fait des miliciens, les « travailleurs » les mieux payés de la Libye. Mais la menace est constante d’un effritement du pays le long des frontières tribales, qui compromettrait l’avenir de l’État libyen.

C’est déjà fait, par contre, en Syrie, un pays dont on dit qu’il est déjà mort, tellement les deux années de guerre civile qui viennent de s’écouler ont été destructrices. On n’a qu’à penser au 4 millions de Syriens — près de 40 % de la population du pays — qui ont dû quitter leurs maisons pour fuir la guerre. Aujourd’hui, personne ne peut prédire la survie de la Syrie telle qu’on l’a connue à l’intérieur de ses frontières actuelles.

Et que dire de l’Iraq voisin, où le gouvernement Maliki, dominé par la majorité chiite, creuse graduellement et de façon de plus en plus inexorable, le fossé avec les deux autres communautés du pays, sunnite et kurde?

En fait, la région dans son ensemble est bouleversée par une instabilité jamais connue depuis l’écroulement de l’Empire ottoman. Dans ce contexte, un leadership visionnaire, innovateur et moderne s’impose. Or, à l’inverse, c’est une mouvance conservatrice, réactionnaire et sans expérience de gouvernement qui s’est installée dans tous ces États ébranlés par le printemps arabe. Comme me disait un ex-grand commis de l’État tunisien, découragé par la relève politique incarnée par le parti Ennahda : « Comment peut-on convaincre des investisseurs de vous écouter et de vous faire confiance, quand vous n’avez à offrir, comme expérience de gestion, que des années passées en prison ou dans la clandestinité? »

La foi en Dieu, et la dictature qui se pointe à l’horizon en son nom, n’est pas prometteuse d’avenir pour l’économie du monde arabe et pour la paix dans cette région du monde, au contraire. Sans perspective d’avenir, la jeunesse, qui constitue plus de 60 % de la population arabe, allumera à nouveau la flamme qui avait provoqué l’éclatement que l’on sait; et nous en souffrirons tous.

Nous avons, politiciens, journalistes, gens d’affaires, et humanistes, souhaité une nouvelle transparence dans cette région après les décennies de dictature. S’ils ont vraiment à cœur son avenir, maintenant, ceux qui le peuvent doivent faire pression sur le leadership arabe issu du « printemps » pour qu’il opte franchement pour la démocratie et la modernité.

Au royaume du bonheur national brut

Jeudi 7 février 2013 à 11 h 09 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Cela faisait plusieurs années que je souhaitais me rendre au Bhoutan pour réaliser un reportage sur sa fameuse politique du bonheur national brut. Une conférence à l’ONU, au printemps dernier, a ravivé mon intérêt. Chefs d’État, dirigeants de l’ONU, Prix Nobel de l’économie, ils étaient tous réunis pour une conférence baptisée « Bonheur et bien-être : définir un nouveau paradigme économique ». L’initiateur et vedette de cette rencontre : le Bhoutan. L’événement consacrait ce petit pays comme chef de file d’un mouvement qui prend de l’ampleur, et selon lequel le développement actuel, basé uniquement sur le PIB et la richesse matérielle, mène la planète à un cul-de-sac.

Des recherches pour tenir compte davantage du bien-être des populations dans le développement sont menées un peu partout présentement, y compris au Canada. Mais le Bhoutan est le seul endroit au monde où l’expérience est menée à l’échelle d’un pays. Il était temps, me semblait-il, d’aller voir de plus près de quoi avait l’air ce modèle unique de développement, qui attire autant l’attention.

D’autant plus que le pays s’ouvre progressivement aux touristes et aux journalistes. Quoique dans ce dernier cas, la démarche est encore longue et fastidieuse.

Le Nid du tigre, le plus célèbre des monastères du Bhoutan
Le Nid du tigre, le plus célèbre des monastères du Bhoutan

Premières impressions

On m’avait dit que l’arrivée en avion était un des moments forts de tout voyage au Bhoutan. Vol au-dessus de l’Everest, avion qui se faufile entre des sommets enneigés, spectaculaire atterrissage dans une vallée si étroite que seuls quelques pilotes spécialement formés y parviennent. Bref, l’impression inoubliable, disait-on, d’arriver au bout du monde. Nous comptions témoigner de cela en images. Eh bien, non. Nous avons atterri un jour d’épais brouillard et de pluie. Déception.

Le bonheur est sans tabac

Par contre, le passage aux douanes était tout sauf routinier. Première question que nous posent des fonctionnaires en costume traditionnel : avez-vous du tabac avec vous? Nous savions que le Bhoutan avait une politique très sévère en matière de tabagisme. La vente de tabac y est interdite, même s’il est permis d’en importer une petite quantité, pour consommation personnelle et discrète. Mon collègue caméraman, Sylvain Castonguay, fume à ses heures. Il avait donc apporté un paquet de petits cigares. On nous a confirmé que tout était en règle, à condition de payer les taxes requises : 50 US$ pour ce pauvre petit paquet! Et on ne rigole pas. En cas d’infraction grave, c’est de trois à cinq ans de prison que risquent les contrevenants. En fait, cette politique sur le tabac a donné lieu à la première campagne de protestation populaire sur Facebook au Bhoutan et au premier test de la jeune démocratie. Elle a mené à quelques assouplissements de la loi. Cela dit, le marché noir existe, et nous avons vu de nombreux jeunes bhoutanais fumer.

Le « tout-inclus » du bonheur

Que ce soit comme touriste ou journaliste, la règle est la même. On ne va pas au Bhoutan sans passer par une agence de voyages accréditée par l’État et sans payer à l’avance 250 US$ par jour. Ce prix inclut toutefois l’hôtel, les repas, toute l’organisation du voyage, le transport et le guide. Si nous étions las du restaurant de l’hôtel, nous n’avions qu’à avertir notre guide, et la table était mise dans un autre restaurant. Tout avait été prépayé. Un peu étrange de ne presque jamais sortir son portefeuille et d’avoir l’impression d’être dans un « tout-inclus » à l’échelle d’un pays.

Le caméraman Sylvain Castonguay avec notre chauffeur et notre guide, Younten Phuntsho
Le caméraman Sylvain Castonguay avec notre chauffeur et notre guide, Younten Phuntsho

Phallus sacrés

Grâce à son isolement, le Bhoutan a su préserver sa religion, son environnement et ses traditions. Certaines sont plus étonnantes que d’autres. Dans l’ouest du pays, on voit souvent des peintures de phallus sur les maisons. Certaines stylisées, d’autres plus réalistes. Il y a aussi des phallus en bois, plus discrets, suspendus aux toitures. Rien de grivois. Plutôt une façon de se protéger du mauvais œil.

Dans l’ouest du Bouthan, on voit souvent des peintures de phallus sur les maisons.

Sur la route

Tous les visiteurs vous diront que les déplacements au Bhoutan sont mémorables. Les distances à parcourir ne sont pas grandes, mais il faut se lancer sur de petites routes étroites en lacet, bordées de précipices vertigineux, et qui se détériorent rapidement en cas de pluie. Régulièrement, des camions indiens surgissent au détour d’une courbe à toute vitesse. Grincements de frein… et de dents. Il nous a fallu 10 heures pour parcourir 212 kilomètres. Amplement le temps d’apprécier les paysages spectaculaires.

Que conclure sur le bonheur national brut?

Il n’y a pas de doute que le bonheur national brut est un habile coup de marketing. Cette politique originale a permis au minuscule Bhoutan d’acquérir une visibilité sur la scène internationale. Elle attire des touristes. Et peut-être aide-t-elle à faire oublier la délicate question des milliers de citoyens d’origine népalaise, expulsés dans les années 90.

Cela dit, il semble aussi y avoir une démarche sérieuse pour définir et appliquer le concept du BNB. Le Bhoutan est le laboratoire économique parfait. Petit, facilement gérable. Il part aussi de zéro, puisqu’il vient à peine de commencer à se développer. Il est donc plus libre de tester de nouvelles idées.

Un laboratoire prometteur donc, notamment sur le plan environnemental. Mais il est encore trop tôt pour le présenter comme un nouveau modèle de développement.

Séance de méditation quotidienne pour les élèves du Bhoutan. Selon le bonheur national brut, le bien-être spirituel et émotionnel est aussi important que la richesse matérielle.
Séance de méditation quotidienne pour les élèves du Bhoutan. Selon le bonheur national brut, le bien-être spirituel et émotionnel est aussi important que la richesse matérielle.

Les problèmes de notre système de santé sont connus, et en particulier celui de l’engorgement des salles d’urgence d’hôpitaux dans nos villes. Les enjeux sont tels que même les médecins, qui sont au cœur du système, en mesurent la gravité. Ainsi, selon un sondage dévoilé par le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec, seulement un médecin sur quatre (27 %) estime que le système de santé du Québec fonctionne bien. En comparaison, 48 % des médecins ontariens sont satisfaits de la performance de l’administration de la santé dans leur province. Et plus de la moitié des médecins québécois (57 %) jugent que la qualité des soins médicaux s’est détériorée depuis trois ans.

Ces données critiques, révélées dans un sondage du Commonwealth Fund et du Conseil canadien de la santé, dont nous publions d’autres éléments en ouverture de notre site, ont poussé l’équipe d’Une heure sur terre à chercher des solutions ailleurs dans le monde.

Alors qu’à ce moment de l’année en particulier, nos urgences débordent, nous vous présentons à nouveau cette semaine « Urgence d’agir », un excellent reportage de nos collègues Yanic Lapointe et Michel Rochon, qui propose des solutions pratiques aux problèmes que nos hôpitaux n’arrivent pas à résoudre.

L’équipe s’est rendue en France, où le système de santé a réussi, principalement grâce à l’établissement d’une médecine préhospitalière efficace, à réduire l’affluence aux urgences. Ainsi, alors que le temps d’attente moyen dans les urgences de Montréal est de 20 heures, dans la plus grande urgence de Paris, à l’hôpital Lariboisière, l’attente moyenne est de moins de deux heures. Un délai que les Français, habitués à un système efficace, trouvent déjà très long.

« Urgence d’agir », à voir à Une heure sur terre le vendredi 1er février à 21 h.

L’émission Une heure sur terre reprend l’antenne le vendredi 25 janvier en présentant un documentaire du réalisateur israélien Ra’anan Alexandrowicz, intitulé La loi de l’Occupant, qui est d’une grande actualité, au moment où le pays est en élections et où, selon les sondages, la population s’apprête à reporter au pouvoir une coalition de partis de droite dominée par le premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou.

La loi de l’Occupant, un film qui a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival du film de Jérusalem, en 2011, ainsi que le Prix du jury au Festival de Sundance aux États-Unis, en 2012, est le résultat d’une recherche de plusieurs années s’appuyant sur des milliers de pages de documents officiels des services juridiques de l’armée israélienne. Le film constitue, pour la première fois peut-être dans l’histoire moderne d’Israël, une critique sévère et documentée du système de justice militaire qui a été imposé aux Palestiniens des territoires occupés.

Depuis la guerre des Six Jours de 1967 entre Israël et ses voisins arabes, la vie quotidienne des Palestiniens, dans les territoires qui ont été conquis par l’armée israélienne, est réglée par des centaines de lois édictées par celle-ci et sanctionnées par un système de justice différent de celui d’Israël, dont la juridiction est confiée à des tribunaux militaires.

La loi décrétée par l’armée israélienne ne s’applique plus aux habitants de Gaza depuis le retrait d’Israël de ce territoire très particulier. Mais, depuis 45 ans, les Palestiniens de Cisjordanie, eux, vivent sous le régime des lois militaires qui régissent presque tous les aspects de leur quotidien.

C’est ainsi que les tribunaux militaires, constitués par des juges et des procureurs nommés par l’armée israélienne, ont condamné à la prison des milliers de Palestiniens, et, comme nous le montre très habilement le documentaire, favorisé l’établissement d’un demi-million de colons juifs dans les territoires occupés de Cisjordanie.

Jusqu’à quel point une démocratie comme Israël peut-elle imposer une occupation militaire prolongée à un autre peuple sans renier ses valeurs fondamentales? C’est la question que pose le réalisateur du documentaire présenté à Une heure sur terre, le 25 janvier. Un sujet troublant, au moment où les Israéliens élisent un nouveau gouvernement.

Deux liens pour des informations sur le documentaire :

Sur le site de Praxis Films

Le site officiel du film

Une heure sur terre sera de retour à l’antenne le vendredi 25 janvier 2013 avec un documentaire israélien qui révèle le fonctionnement du système juridique israélien appliqué dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Depuis plus de 40 ans, des tribunaux militaires rendent la justice dans les territoires occupés de Cisjordanie, et il y a quelques années encore à Gaza. Des centaines de Palestiniens ont ainsi été sanctionnés par ce pouvoir judiciaire très controversé. Une réalisation de Ra’anan Alexandrowicz

Le bonheur national brut

On connaît le produit national brut, cet indice mesurant la performance économique des pays du monde. Au Bhoutan, un petit royaume très fermé au nord de l’Inde, on a adopté depuis 1972 un indice très différent — et beaucoup plus complet, diront certains, — pour mesurer la performance du pays : le bonheur national brut. Cet indice rend compte de l’état du pays en mesurant l’état de l’économie, mais aussi, et peut-être surtout, celui des individus qui y vivent. Tout cela, en rapport avec les valeurs fondamentales du bouddhisme. Chantal Lavigne nous présente ce petit pays dont elle est revenue transformée…

Des pédophiles canadiens à l’abri des lois, à l’étranger

Depuis des années, le Canada dispose d’une loi lui permettant de poursuivre les citoyens canadiens accusés de pédophilie à l’étranger. Mais comme nous l’avons constaté pendant notre enquête au Cambodge, un pays où les pédophiles étrangers prolifèrent, les autorités canadiennes restent inactives, même lorsque la justice cambodgienne, elle, dénonce les abus répétés de citoyens originaires du Canada. Un reportage bouleversant que nous présente Yvan Côté.

Beaucoup d’autres sujets intéressants sont en préparation pour notre saison 2013 à Une heure sur terre. Nous espérons que vous serez des nôtres dès notre retour à l’antenne, le 25 janvier prochain. Entre-temps, toute l’équipe vous souhaite de joyeuses fêtes et une excellente année 2013.

La capacité de se mobiliser rapidement est une des grandes forces de la société américaine. Des mouvements de contestation comme Occupy Wall Street l’ont montré une fois de plus l’an dernier. Des milliers de personnes ont alors dénoncé les dérives du capitalisme financier et les inégalités croissantes entre riches et pauvres. Mais au-delà de l’expression de leur indignation, de plus en plus de jeunes militants cherchent des façons concrètes de changer les choses.

Un de ces moyens est la pétition en ligne. En combinant un vieil outil du militantisme à la force des médias sociaux, des groupes comme Change.org pensent avoir trouvé un moyen redoutable de redonner le pouvoir aux citoyens.

Change.org n’est pas le seul site de pétitions en ligne. SignOn.org, Avaaz, Care2.com offrent aussi ce service aux internautes. Mais l’entreprise veut devenir la référence en ce domaine, une sorte de Facebook ou de YouTube de l’action sociale. Elle est en voie d’y parvenir. La consécration est venue avec l’affaire Trayvon Martin, ce jeune noir tué en février 2012 par un vigile blanc en Floride. Plus de deux millions de personnes ont signé une pétition en ligne sur Change.org pour protester contre la décision des autorités judiciaires de ne pas porter d’accusations contre le meurtrier, qui invoquait la légitime défense.

Avec le succès viennent aussi les critiques, principalement en ce qui concerne le modèle économique de Change.org. La plateforme fait partie d’une nouvelle catégorie d’entreprises aux États-Unis, les B Corporations. Ces compagnies sont à but lucratif, mais elles se donnent aussi une mission sociale. Alors que tout individu peut lancer gratuitement une pétition sur Change.org, l’entreprise tire ses revenus d’organismes à but non lucratif qui, eux, doivent payer pour avoir accès à sa banque de 20 millions de membres.

La formule convient parfaitement à son fondateur Ben Rattray, qui se destinait au départ à devenir un jeune loup de Wall Street. Ben Rattray est persuadé qu’elle permet à son entreprise, dont les revenus ont atteint 15 millions de dollars l’an dernier, d’avoir les moyens de ses ambitions. Par contre, pour ses critiques, cette recherche de profits est inconciliable avec la mission sociale de Change.org et l’éloigne petit à petit de ses idéaux progressistes. Des soupçons qui auraient été confirmés par la récente décision de Change.org de dorénavant offrir à tous ses services payants, plutôt qu’aux seuls organismes qui partagent ses valeurs de justice, d’égalité et d’honnêteté, comme c’était le cas jusqu’à maintenant.

Pour le moment, en tous cas, Change.org connaît une expansion fulgurante. Le chapitre canadien, ouvert il y a moins d’un an, compte déjà près de un million de membres. Ben Rattray rêve maintenant de trouver une façon d’offrir ses services aux populations dans le monde qui n’ont pas d’ordinateurs ou de téléphones intelligents, au moyen des textos.

Les enfants boomerang

Mercredi 31 octobre 2012 à 12 h 36 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les États-Unis ressemblent à un édredon tissé de 50 morceaux différents, mais dont les coutures réussissent à tenir le coup quels que soient les attaques et les tiraillements dont il est l’objet. Ce peuple puissant demeure, encore et toujours, celui qui fait le plus rêver les immigrants. Voici les États-Unis : une société bâtie sur une classe moyenne qui se sent au cœur du développement social et économique; un univers créatif où toutes les innovations sont accueillies comme vecteurs de l’autonomie et de la justice; un régime politique où même les membres d’une minorité peuvent se coaliser pour faire évoluer les mentalités.

À la veille du grand rendez-vous électoral américain du 6 novembre 2012, Une heure sur terre vous propose un portrait inédit de cette société qui n’a pas hésité à inclure Dieu dans son parcours en inscrivant sur ses pièces de monnaie et ses billets de banque « In God we trust »!

La famille est le moteur de la société américaine. Or, la grande récession de 2007-2009 a creusé un véritable cratère au cœur du rêve américain. Une fois les cendres de cette explosion volcanique dispersées on a découvert un phénomène insoupçonné, celui des « enfants boomerang ».

Quelques lignes publiées dans le Wall Street Journal au printemps 2012 ont retenu mon attention. On y révélait une statistique étonnante : en moins de 10 ans, le nombre de jeunes âgés de 25 à 34 ans qui vivent encore chez leurs parents a augmenté de 50 %. Depuis 2007, 8 millions de jeunes de 25 à 34 ans sont retournés vivre chez leurs parents. La grande récession est la principale responsable de cette migration.

Pendant quatre jours, le caméraman Martin Cloutier et moi avons été accueillis par une de ces familles en Virginie. Une expérience déroutante.

La classe moyenne frappée de plein fouet

Blacksburg est une ville de 43 000 habitants qui a été qualifiée de « meilleur endroit pour élever des enfants aux États-Unis » par le magazine Businessweek en 2011. On y trouve, entre autres, la célèbre Université Virginia Tech. C’est là que nous avons rencontré la famille Coluni.

Val, le père, a 79 ans. Sa femme, Ginny, a 75 ans. Ils ont eu trois enfants dont Maribeth, 35 ans, infirmière responsable du programme de prévention et de contrôle des infections à l’hôpital régional. Salaire : 60 000 $ par année. Son conjoint, Herbie, travaille à la cafétéria de Virginia Tech, où il gagne 15 000 $ par année. Ils ont deux enfants, un garçon de 2 ans et une fille de 10 ans.

Il y a deux ans, cette jeune famille a basculé dans la pauvreté au point de n’avoir d’autre choix que venir s’installer au sous-sol de la maison des parents. On ne parle pas ici de chômeurs, mais d’un couple dont le revenu annuel est de 75 000 $. C’est le cœur de la classe moyenne!  Que s’est-il donc passé pour en arriver là? Ils nous ont tout raconté. Mais, surtout, nous nous sommes intéressés à l’impact que ce retour dans la maison des parents retraités peut avoir.

À l’échelle du pays, le portrait est réfrigérant.

En juin 2012, la Réserve fédérale américaine révélait que la valeur nette médiane de l’avoir des familles avait perdu 40 %, effaçant 18 ans de richesse accumulée.

Aujourd’hui, le tiers des parents américains qui ont des enfants de 25 à 34 ans ont accueilli au cours des dernières années un de leurs enfants adultes à la maison. À ce jour, 17 % de la population américaine — 52 millions de personnes — vit dans une maison « intergénérationnelle ».

Quelques statistiques :

  • 60 % des parents ont contribué récemment au soutien financier de leurs enfants adultes;
  • 26 % ont augmenté leur endettement;
  • 7 % ont retardé l’âge de la retraite.

Même si les Coluni ne prévoient le départ de la famille de leur fille que dans deux ans, le retour à la maison familiale de cette enfant boomerang montre à quel point la solidarité demeure au coeur des valeurs défendues depuis longtemps par les Américains. Malgré les malheurs, on trouve toujours une fenêtre qu’on peut ouvrir avec optimisme sur l’avenir.

Être homosexuel et mormon : un combat contre le suicide

La statistique fait frémir : 74 % des étudiants homosexuels ont pensé un jour se suicider en Utah. À Provo, troisième ville de l’État, la célèbre Université Brigham Young – contrôlée par l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours – a fait la chasse aux homosexuels sur son campus jusqu’en 2007. Récemment, une vingtaine d’entre eux ont eu le courage de produire une vidéo dans laquelle ils faisaient un coming out, une sortie du placard publique, sur YouTube. Il fallait du courage, mais, aussi, ils pouvaient compter sur un profond changement survenu dans la société mormone de l’Utah au cours des 10  dernières années.

En 2001, j’avais le privilège d’assister à la première réunion des gais et lesbiennes à Salt Lake City, où l’on mettait sur pied Equality Utah, un comité d’action politique qui allait se charger d’amasser des fonds pour soutenir la candidature des politiciens qui acceptaient de voter une loi contre la discrimination. Onze ans plus tard, je suis retourné voir ce qu’était devenue cette organisation. Cette histoire illustre bien comment, aux États-Unis, la mobilisation et l’organisation sociale et politique mènent à des changements majeurs. Tout cela se passe dans un des États les plus conservateurs du pays, l’Utah, dont le mormon le plus célèbre en 2012 est justement le candidat républicain à la présidence, Mitt Romney.

Yémen : la guerre d’Obama

Jeudi 25 octobre 2012 à 10 h 17 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

@mebedardSRC

 Le Yémen, l’Arabie heureuse. Une atmosphère qui rappelle les contes des Milles et une nuits règne toujours dans certains coins du Vieux Sanaa avec ses hauts murs de pierres et ses mosquées millénaires. Mais au détour des rues étroites et sinueuses qui témoignent d’un passé riche d’une longue tradition de culture islamique, on découvre vite un pays en crise profonde.

Des enfants dans une rue de la vieille ville de Sanaa, un site protégé de l'UNESCO.

Des enfants dans une rue de la vieille ville de Sanaa, un site protégé de l’UNESCO.

Un bidonville de la capitale Sanaa

Un bidonville de la capitale Sanaa

Même les enfants consomment le qat, une plante euphorisante dont les effets sur la santé sont désastreux.

Même les enfants consomment le qat, une plante euphorisante dont les effets sur la santé sont désastreux.

Le Yémen est pauvre et manque de presque tout. Même s’il est entouré d’eau, seule une petite partie de sa population a accès à de l’eau potable. Le taux de chômage y est catastrophique et la majorité de la population qui n’a pas assez à manger est droguée au qat, cette herbe amère et euphorisante que les trois quarts des Yéménites mâchent pendant de longues séances de discussion. Au marché, dans les ministères et même au combat, on croise des hommes, des femmes et des enfants à la joue anormalement gonflée par leur chiquée de qat.

Le rite social est une des rares distractions que peut s’offrir le peuple yéménite, mais c’est aussi un fléau social. Au moment où Sanaa est en voie de devenir la première capitale au monde complètement privée d’eau, 60 % de l’eau irriguée passe à la culture du qat. C’est sans compter les effets néfastes sur la santé et l’économie. Le Yémen donne l’impression de se mâcher à mort.

À midi, les vendeurs de qat, qui sont par centaines à Sanaa, font de bonnes affaires.

À midi, les vendeurs de qat, qui sont par centaines à Sanaa, font de bonnes affaires.

Mais surtout, le Yémen est un pays sous l’emprise d’Al-Qaïda. Et c’est pour ça que nous y sommes venus, le caméraman Sylvain Castonguay et moi.

Les fantômes du passé

« Tout est la faute de Saleh », nous dira-t-on un peu partout. Ali Abdallah Saleh, le président déchu, celui qui avait régné d’une main de fer sur son pays pendant près de 30 ans, s’était fait l’allié des Américains dans la guerre contre le terrorisme. Le Yémen a reçu beaucoup d’argent des États-Unis pour lutter contre le terrorisme, plus de 250 millions de dollars selon un rapport du Congrès, au cours de la dernière décennie. Mais c’était jusqu’à ce que les Américains, ne pouvant peut-être plus ignorer la violence avec laquelle le président Saleh a réprimé les foules réclamant son départ, le larguent. Deux mille personnes ont perdu la vie au cours des 11 mois qu’a duré la révolte.

En pleine tourmente, Al-Qaïda s’est emparée de provinces entières dans le sud du pays, une des conséquences les plus désastreuses de cette douloureuse transition politique. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire complexe du pays que des guerriers djihadistes débarquent dans cette région.

Le Yémen unifié est un jeune pays. En 1990, le sud communiste et le nord se sont réunis. Mais une guerre civile a vite éclaté. Le président Saleh a accueilli des combattants islamistes, des vétérans d’autres conflits comme la guerre contre l’empire soviétique en Afghanistan, pour écraser le mouvement séparatiste du sud. Bon nombre d’entre eux sont restés. En 2009, d’autres sont venus gonfler les rangs d’un réseau déjà bien établi.

À Aden, ville principale du Sud, l'ancien drapeau flotte toujours et rappelle un important mouvement séparatiste parfois violent, malgré l'unification du pays en 1990.

À  Aden, ville principale du Sud, l’ancien drapeau flotte toujours et rappelle un important mouvement séparatiste parfois violent, malgré l’unification du pays en 1990.

La révolte populaire a offert l’occasion pour Al-Qaïda de solidifier ses bases, et Ansar Al-Sharia est né. Les partisans de la charia, la loi islamique, ne sont qu’un pseudonyme pour Al-Qaïda selon le Département d’État américain, une façon de refaire son image auprès des populations locales. Ce sont eux qui ont tenté l’expérience de la gouvernance dans les provinces d’Abyan et de Shabwha après avoir mené les troupes du gouvernement à battre en retraite.

Une rencontre avec Ansar Al-Sharia

Difficile de faire un reportage sur les frappes de drones américains au Yémen sans parler avec ceux qui en sont la cible. À l’aide de contacts locaux, nous nous étions entendus pour un entretien. La seule condition posée par mon interlocuteur : je devrais me couvrir de la tête aux pieds. Mais à la veille de notre rencontre prévue avec un chef d’Ansar Al-Sharia, le doute s’installe.

Et si c’était un piège? Après tout, l’organisation s’est déclarée en guerre contre l’Occident et nous pouvions en être perçus comme les représentants. Nous mesurions tout le poids des conséquences si la rencontre devait mal tourner. Nous ne sommes jamais seuls dans l’exercice du métier à l’étranger. Nos dévoués collaborateurs locaux, nos guides-interprètes, qui s’efforcent avec nous d’obtenir les accès et les entrevues essentiels à nos reportages, peuvent payer cher leur association à des étrangers. Ils restent derrière avec les leurs quand nous montons à bord de l’avion du retour.

Le cheik Abu Ghanem arrive avec quelques minutes de retard dans le petit hôtel du centre-ville que nous avions choisi, simplement parce qu’il ressemble à tous les autres hôtels fréquentés quasi uniquement par une clientèle locale. L’homme se décrit comme un chef de la branche politique d’Ansar Al-Sharia. Après avoir pensé au pire, ce qui nous troublera finalement le plus de cette rencontre, c’est d’être devant un être on ne peut plus humain, faisant même des blagues sur les ceintures d’explosifs tout en nous parlant de ses enfants et de son père mort récemment. Il est là le malaise : derrière les actes horribles et innommables des terroristes, se trouvent des hommes en chair et en os.

Le caméraman Sylvain Castonguay en compagnie d'une unité des Forces spéciales avec laquelle nous sommes allés à Jaar, une ville ou Al-Qaïda avait établi son gouvernement islamique.

Le caméraman Sylvain Castonguay en compagnie d’une unité des Forces spéciales avec laquelle nous sommes allés à Jaar, une ville ou Al-Qaïda avait établi son gouvernement islamique.

Malgré la campagne aérienne des Américains, Al-Qaïda et Ansar Al-Sharia demeurent une menace dans la Péninsule arabique. Le leadership des organisations a été lourdement déstabilisé, mais leur force de frappe ne semble pas diminuée. La semaine dernière seulement, une voiture piégée a réussi à pénétrer dans une baraque militaire aux abords de la ville de Jaar. L’attaque a fait plus de 20 morts, 12 étaient des soldats. Les autres étaient des hommes d’Al-Qaïda à bord du véhicule.

Tout est la faute de Saleh  donc… et des Américains. Les gens que nous avons rencontrés dans les villes détruites, après l’année de combats féroces qui vient de s’écouler, ne pardonnent pas aux États-Unis leur appui au gouvernement de l’ex-président Saleh. Ils les tiennent pour responsables de toutes les années de corruption, de difficultés économiques et d’insécurité.

Un nouveau gouvernement est maintenant en place. Dans une élection au candidat unique le printemps dernier, l’ancien vice-président a été élu pour mener un processus de réconciliation nationale. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi peut à son tour compter sur l’aide américaine pour redresser son pays. Il a d’ailleurs salué les frappes de drones des Américains au Yémen. Mais sa proximité avec les Américains lui vaut la méfiance d’un peuple qu’il ne contrôle pas complètement. Les fractures nombreuses et profondes au Yémen semblent bien loin de se résorber.

Regardez le reportage diffusé à Une heure sur terre le 26 octobre

Pour en savoir plus :

http://www.longwarjournal.org/

http://bigthink.com/blogs/waq-al-waq

 

 

Du rififi au mur des Lamentations

Vendredi 19 octobre 2012 à 14 h 50 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

chartrlu

Quand des féministes vont provoquer les ultrareligieux sur le site le plus sacré du judaïsme…

Une fois par mois, des juives féministes – la plupart elles-mêmes pratiquantes orthodoxes – se rendent au pied du mur des Lamentations de Jérusalem pour y pratiquer des rites qui constituent une pure hérésie aux yeux des juifs les plus conservateurs.

Ces femmes – dont une vingtaine étaient présentes au moment de notre tournage (voir Une heure sur terre, émission du 19 octobre 2012) – se couvrent du châle de prière. Certaines portent une kippa sur la tête et parfois même enroulent des phylactères autour de leur bras. Chacun de ces gestes, dans le rite juif, appartient aux hommes. Venir les accomplir dans l’enceinte la plus sacrée du judaïsme tient de la provocation. Ces femmes ne s’en cachent pas. « C’est un mouvement féministe radical », explique Peggy Cidor, une des participantes.

Elles font partie d’un groupe appelé Les femmes du mur. Elles veulent « libérer le mur » de la mainmise des ultraorthodoxes et y donner aux femmes qui le désirent, le même droit qu’aux hommes de pratiquer selon les rites de leur choix.

Le mur — le kotel, en hébreu – a été reconquis par les Israéliens pendant la guerre des Six Jours de 1967. Depuis, la supervision religieuse du site est régie par un code strict. L’espace de prière, au pied du mur, est séparé en une section réservée aux hommes et une autre, beaucoup plus petite, réservée aux femmes.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Cette photo datée des années1880 montre qu’hommes et femmes y ont prié jadis dans le même espace.

Félix Bonfils, Mur des juifs, un vendredi

« Les ultraorthodoxes ont littéralement conquis le mur, dit Peggy Cidor. Or, ce n’est pas une synagogue. C’est un lieu national. »

Les femmes du mur veulent donc briser l’interprétation ultraorthodoxe qui, selon elles, les empêche de prier comme bon leur semble dans un lieu qui appartient à tous.

Jusqu’ici, les tribunaux israéliens n’ont pas accepté leur argumentation, une loi sur la protection des Lieux saints interdisant d’y tenir des cérémonies contraires à la tradition.

« Si je mets un châle de prière ici, dit Peggy Cidor, je me fais arrêter et je risque six mois de prison et 10 000 shekels (2600 $CA) d’amende. »

Trois de ses camarades viennent de se faire arrêter, le 17 octobre, pour avoir porté un châle de prière au mur.

Plusieurs Israéliens et Israéliennes voient dans ce mouvement, encore marginal, le symbole d’une lutte plus large contre l’imposition de normes de vie orthodoxes sur la société israélienne en général (le sujet d’Une heure sur terre, le 19 octobre).

« Les arrestations des Femmes du mur nous rappellent la nécessité de revoir la relation entre la religion et l’État en Israël et de renverser le monopole orthodoxe, selon le rabbin réformiste Gilad Kariv. La bataille du kotel est de même nature que celle visant à laisser les femmes s’asseoir à l’avant des autobus. »

Le Plan Sud du Chili

Vendredi 19 octobre 2012 à 11 h 57 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

jmleprince

Au Québec, le nouveau gouvernement du Parti québécois veut reprendre à son compte le Plan Nord du gouvernement Charest. Mais il veut davantage le planifier et engager totalement les populations locales.

À l’extrême sud du continent, au Chili, il existe un projet semblable pour développer l’hydroélectricité de la Patagonie, qui servirait en partie l’énorme industrie minière du pays. Mais c’était sans compter sur une opposition farouche des écologistes et surtout de la population locale de la région d’Aysen, au centre de la Patagonie. Ils se sont révoltés.

Le fjord d'Aysen, en Patagonie
Le fjord d’Aysen, en Patagonie

Jean-Michel Leprince (à gauche) en compagnie d'Ivan Fuentes, pêcheur artisanal qui est devenu l'emblème de la révolte des gens d’Aysen.
Jean-Michel Leprince (à gauche) en compagnie d’Ivan Fuentes, pêcheur artisanal qui est devenu l’emblème de la révolte des gens d’Aysen.

L'humble « chaumière » d'Yvan Fuentes
L’humble « chaumière » d’Yvan Fuentes

Ivan Fuentes, pêcheur artisanal et syndicaliste, est devenu le chef naturel, emblématique de la révolte des gens d’Aysen. Sa réputation de meneur intelligent, rassembleur et modeste a fait le tour du pays. Les partis politiques le courtisent. Phénomène rare, c’est un Chilien à surveiller.

Le pont de Puerto Aysen, symbole des affrontements avec la police
Le pont de Puerto Aysen, symbole des affrontements avec la police

Le pont de Puerto Aysen est resté le symbole des violentes manifestations qui ont opposé les habitants aux forces de police en février 2012.

Puerto Chacabuco
Puerto Chacabuco

Ils protestaient d’abord contre le centralisme de Santiago, l’isolement de la Patagonie. Le manque de routes. Le bateau est le moyen de transport le moins coûteux, mais le plus long.

La carretera austral (Ruta 7)

Route légendaire à cause des paysages extraordinaires qu’elle traverse. Le dictateur Augusto Pinochet l’a commencée en 1975. Elle devait joindre Puerto Montt, la « Porte de la Patagonie » et Punta Arenas, 2286 kilomètres au sud, à la pointe du continent. Elle n’a jamais été terminée. Une partie infime de la route est asphaltée. Le reste est du gravier. Elle est coupée à plusieurs reprises, il faut prendre un traversier. Pour la terminer, il faudrait traverser deux parcs naturels privés, Pumalin, propriété du fondateur de la compagnie North Face, Douglas Thomkins. Il ne veut rien savoir.

Cette route, commencée par le dictateur Augusto Pinochet, n'a jamais été terminée.

Ce portique n’existe plus de nos jours.

Cette route, commencée par le dictateur Augusto Pinochet, n’a jamais été terminée.

Le projet d’HidroAysen

Les écologistes s’opposent aux projets de construction de centrales hydroélectriques dans l’Aysen. Le projet qu’ils visent le plus est celui de la compagnie privée d’HidroAysen, qui veut construire cinq barrages sur les fleuves Baker et Pascua.

Un hélicoptère de la compagnie HydroAysen, qui veut construire cinq barrages en Patagonie.
Un hélicoptère de la compagnie HydroAysen, qui veut construire cinq barrages en Patagonie.

Le gouvernement y ajoutera une ligne de transmission publique vers Puerto Montt, qui se connectera au réseau central et alimentera Santiago et la puissante industrie minière du nord. Les gens d’Aysen sont divisés et se demandent ce qu’ils y gagneront.

Sylvain Castonguay, cameraman, le pilote, German Wulf Gonzales, HidroAysen, Fernando Grarabito, recherchiste.

Les négociations entre le gouvernement et les gens d’Aysen sur les projets hydroélectriques, l’isolement et le manque d’infrastructures en santé et en éducation sont pratiquement rompues. Le gouvernement de Sebastian Piñera a soumis le projet de ligne électrique au Congrès pour accélérer sa construction, au grand dam des écologistes.

La population d’Aysen a le sentiment que s’il y a une sorte de « Plan Sud » au Chili (le gouvernement a des plans nommés Plan austral, Plan Aysen, Plan de développement des régions extrêmes), il n’est pas très bien planifié et ne tient pas compte de leurs besoins et de leurs revendications.

À ne pas manquer : mon reportage à Une heure sur terre le 19 octobre