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L’Office national du film prouve une fois de plus qu’il excelle dans l’art de vulgariser à peu près n’importe quoi. Dans sa plus récente production, qui pourrait en quelque sorte se qualifier de webdocumentaire, l’ONF raconte le cheminement d’un mème Internet, de sa capture dans la vie réelle à son intronisation dans la culture populaire.

Conçu et réalisé par François Côté, Marc-Antoine Jacques et David Mongeau-Petitpas, Mythes 2.0 jouit d’une présentation qui amalgame l’esthétisme de la Grèce antique avec l’interface moderne des outils d’édition vidéo et du web d’aujourd’hui. Dès l’introduction, la narration impeccable de Michel Keable se présente comme un parfait équilibre entre un ton sérieux et sympathique : « Il fut un temps où les mythes étaient issus du bouche-à-oreille, mais de nos jours, pas l’temps d’niaiser avec ça. »

Le document est divisé en trois chapitres : le réel, le viral et la culture populaire. Bien qu’il propose quelques portions interactives, parfois superflues, l’information qu’il renferme est pertinente pour quiconque ne connaît pas bien le phénomène. Il utilise comme trame de fond la vidéo bien connue Téquila, Heineken, pas l’temps d’niaiser.

Comment produire une vidéo virale?

Une question à laquelle autant de particuliers que d’entreprises ont tenté de répondre sans succès. La réalité est que personne ne peut propulser unilatéralement un contenu au rang de mème, encore moins en provoquer la propagation. Certes, quelques personnes influentes du web (que l’on nomme influenceurs) peuvent en prédire le potentiel et même contribuer à son déploiement. Mais telle une pâte mal oxygénée, si une masse critique ne partage pas le point de vue de l’influenceur, le mème ne lèvera pas.

Voilà pourquoi j’ai quelques réserves quant à la première moitié du document, qui porte sur la création et la propagation du mème. Non seulement on illustre l’intention du monteur de l’extrait vidéo à vouloir rendre virale sa création (un comportement loin d’être systématique lorsque le phénomène se concrétise), mais on semble accorder beaucoup d’importance au rôle des influenceurs, pourtant souvent accessoire.

Heureusement, une certaine modestie se dégage des propos tenus par ces chasseurs de mèmes. Selon Gab Roy, blogueur interrogé par l’ONF, même lorsqu’un influenceur repère quelque chose qui « buzze » et ne s’en mêle pas, le contenu peut tout de même être catapulté au rang de mème.

Remix et perte de contrôle

Une fois qu’un contenu devient viral, les internautes s’amusent à remixer ce dernier, afin d’accorder son message à différents contextes. Bientôt, on y fait référence à l’extérieur du web, incitant ainsi les gens moins branchés à s’informer sur le mème. Finalement, les médias traditionnels attrapent tardivement la vague, concluant ainsi le cycle.

Parfois, le mème atteint une telle ampleur que les sujets en subissent les répercussions. Ce fut le cas de Sophia V. Ferreira, l’animatrice que l’on retrouve dans la vidéo « Téquila, Heineken, pas l’temps d’niaiser », qui raconte avoir préféré fermer son compte Facebook que de gérer les nombreuses interactions alimentées par le succès du mème si populaire.

Que vous considériez le phénomène comme simplement amusant ou que vous le qualifiez de pollution moderne, je vous invite à consulter Mythes 2.0, afin d’en apprendre davantage sur la question. Une autre belle collaboration entre l’ONF et Le Devoir (certains se souviendront du webdocumentaire Des maux illisibles paru en novembre dernier).

Jon Lajoie, comédien et humoriste très populaire sur YouTube (dont certains se rappelleront les débuts à la télévision québécoise dans le téléroman L’auberge du chien noir) a lancé cette semaine une campagne de financement en ligne, afin de devenir « super riche ».

Reprenant un principe popularisé par le service de financement collaboratif Kickstarter, il invite les internautes à lui remettre leur argent gagné durement; ce n’est pas comme si la plupart avaient les moyens de se payer le luxe de la santé, de l’éducation ou du bonheur de toute façon. Ainsi, Jon Lajoie pourrait devenir super riche sans subir la pression d’avoir à fournir le moindre effort.

Le projet Help Jon become super rich!!! a déjà accumulé plus de 10 milliards de dollars sur un montant cible de 500 millions. Comment est-ce possible? Il s’agit d’un canular, tout simplement.

Si le ton de la vidéo n’éveille aucun soupçon chez certains internautes, le simple fait que la page Kickstarter de Jon se trouve sur son site Internet et que les mots « hypothetical money » se retrouvent à l’entête du formulaire de don rassurent les plus crédules d’entre nous.

Combien d’argent gagne Jon Lajoie?

Grâce à des partenariats publicitaires, les producteurs de contenu vidéo peuvent être rémunérés selon le nombre de visionnements qu’obtiennent leurs créations. Puisque les ententes varient d’un membre à l’autre, et que celles-ci sont strictement confidentielles, il est difficile de calculer le rendement d’une chaîne en particulier.

Social Blade est un service de statistiques YouTube qui analyse les activités des chaînes du populaire portail vidéo, afin d’en estimer le succès, avec un résultat plus qu’approximatif. Selon cet outil, Jon Lajoie ferait entre 23 800 $ et 222 500 000 $ par année. Malgré un tel écart, on peut tout de même croire que les revenus générés par la chaîne YouTube de Jon Lajoie doivent être significatifs.

Et n’oublions pas que le comédien donne des spectacles, qu’il participe à une série télévisée et que deux de ses albums sont toujours en vente sur iTunes. Bref, si Jon Lajoie n’est pas super riche, il n’est pas à plaindre.

Se moquer de Kickstarter

L’ironie de cette prétendue campagne de financement démontre la principale lacune de ce nouveau moyen d’investissement, qui repose sur la bonne foi du porteur de projet. Bien que plusieurs idées se soient concrétisées grâce à Kickstarter (notamment la montre Pebble que j’ai critiquée le mois dernier), le manque d’encadrement offert aux nouveaux entrepreneurs peut transformer le rêve au cauchemar. Seth Quest l’a appris à ses dépens lorsqu’il a soumis à Kickstarter son projet de support à iPad, Hanfree. Bien qu’il ait accumulé plus du double de la somme souhaitée (35 000 $ au total), le produit ne verra jamais le jour. Faisant face à une poursuite judiciaire entamée par un de ses investisseurs, l’entrepreneur a déclaré faillite l’an dernier.

Je persiste à croire en cette nouvelle méthode de campagne de financement, qui renverse le traditionnel système d’investissement en transférant le pouvoir de financement à la communauté. Cependant, je suis d’avis que les services tels que Kickstarter et Indiegogo devraient mieux outiller (et surveiller) les porteurs de projets.

Peut-on réellement ne faire reposer la confiance de milliers d’investisseurs que sur la bonne foi?

Alors que sur le web circulent des vidéos montrant des crimes réels, des artistes voient leurs œuvres de fiction censurées et décriées pour une utilisation trop explicite de la violence. Au cours des derniers jours, deux cas de censure ou de soubresauts de morale ont fait les manchettes : le faux film « snuff » Broken, de Nine Inch Nails, retiré de Vimeo, et les critiques contre la violence poétique du récent clip d’Indochine, «College boy», réalisé par Xavier Dolan. Pourquoi s’attaquer à ces œuvres de fiction?

On trouve déjà tout sur le web, n’en rajoutez point!

Par curiosité, j’ai sondé l’opinion de Simon Laperrière, programmateur à Fantasia et auteur d’un mémoire sur le mythe du film « snuff ». À son avis, ce qui choque pour ces deux clips n’est pas tant la dureté de leurs images, mais plutôt leur accessibilité : « Internet, on le sait, est une plateforme de diffusion qui, contrairement à la télévision et de façon plus prononcée que la littérature, résiste à toute tentative de censure. Une simple requête sur un moteur de recherche suffit pour accéder à des documents qu’on pourrait qualifier d’obscènes. » Les autorités ont beau, selon lui, s’obstiner à faire retirer des œuvres, celles-ci réapparaissent toujours tôt ou tard, remises en ligne par un internaute qui en a gardé un exemplaire.

Censuré en théorie, mais dans les faits…

College boy est hautement symbolique et se termine avec une crucifixion suivie d’une exécution. On peut imaginer que cela ait fait grincer les dents des groupes catholiques. Cela dit, Françoise Laborde, présidente du Conseil supérieur de l’audiovisuel, faisait elle aussi un geste symbolique en le bannissant de la télévision. Car nul besoin de la télé pour diffuser un clip. Comme le souligne Dolan dans une lettre ouverte publiée dans le Huffington Post Québec, « les plateformes de diffusion en ligne ont pu nous assurer, depuis jeudi dernier, un nombre de visionnages approchant le million ». Qu’on se le tienne pour dit : la télévision n’est plus un vecteur incontournable de popularité.

Par exemple, l’artiste Riff Raff diffuse des vidéoclips pour des pièces qui ne sont pas encore endisquées et a présentement plus de 35 millions de vues sur sa chaîne YouTube. De même, il expose sur Vine, à raison de plusieurs miniclips par jour, sa vie quotidienne qui serait, faut-il le dire, censurée par bien des chaînes de télé.

Quand le web profond remonte à la surface…

Au début de la semaine, en préparation du retour du groupe Nine Inch Nails, son directeur artistique, Rob Sheridan, publie sur Vimeo Broken, un court-métrage culte. Le film circulait depuis 1992 et pouvait être vu sur Daily Motion ou Pirate Bay; il a pourtant été retiré du réseau en moins de deux heures. Les raisons de son retrait? Violence extrême, obscénité, etc. On y propose une suite d’images monstrueuses, allant du faux-snuff hyperréaliste à des séquences de tortures surréalistes, mêlant tour à tour grotesque et brutalité. Créée il y a 20 ans, cette œuvre est assez similaire au cinéma d’horreur actuel. Alors pourquoi une telle réaction, sur le web de surcroît?

Simon Laperrière considère que la présence de ces clips en ligne « réactualise une conception primitive d’Internet où il apparaît comme un territoire barbare où circulent librement les pires atrocités ». Selon lui, le public perçoit ces vidéos comme la pointe d’un iceberg, puisque leur présence sur des médias populaires comme YouTube et Vimeo sous-entend qu’il pourrait s’y trouver du contenu encore plus obscène.

Le retrait du court-métrage de Nine Inch Nails a effectivement incité des fans à découvrir ce film, toujours offert sur les plateformes pirates. Et il ne fait aucun doute que la couverture médiatique autour du clip de Dolan a suscité la curiosité de plus d’un de ces jeunes que le CSA voulait protéger.

Interrogé par The Verge, Ron Sheridan concluait que le retrait de Broken par Vimeo ne faisait qu’ajouter une aura de mystère à l’œuvre. Simon Laperrière conclut en ce sens que  »la grande ironie de ce débat est que la dénonciation de l’excès de liberté de partage du web ne fait que le mettre en pratique en invitant chaque individu à découvrir par lui-même ces clips qui génèrent la polémique. Xavier Dolan a donc raison de remercier Françoise Laborde pour la visibilité infinie que lui auront donnée ces propos dénonciateurs ».

Qui sera le prochain artiste à tirer profit des honneurs de la censure?

Nadia SeraioccoLes dirigeants d’entreprise et le Web social

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 publié le 26 mars 2013 à 10 h 50

Depuis quelques années déjà, on présente des chiffres qui confirment que les hauts dirigeants d’entreprise ont compris l’importance d’une stratégie pour le web et les médias sociaux. Certains en concluent un peu trop vite que ceux-ci utilisent les réseaux et que tous les autres devraient en faire autant. En 2012, selon l’agence Weber Shandwick, qui s’intéresse à la question, 18 % des hauts dirigeants avaient des comptes sur les réseaux sociaux. C’est bien peu, mais cela ne signifie pas qu’ils ne soient pas engagés autrement auprès de leur clientèle.

Être présent sans être soi-même sur les réseaux

Dans la première version de Socializing your CEO, réalisée en 2010, Weber Shandwick concluait que les dirigeants des plus grandes entreprises s’engageaient peu sur les réseaux, ratant ainsi une belle occasion de solidifier leurs relations avec la clientèle. Comme la perception qu’on a d’un phénomène change avec l’usage, cette étude, plutôt que de voir si les dirigeants géraient eux-mêmes leur compte (un pas souvent difficile à franchir), les analystes ont mesuré l’interaction sociale, notamment la présence sur le site de l’entreprise, et la collaboration aux médias de l’entreprise (vidéos, photos, blogue, etc.).

Dans ce contexte, le fait que le pourcentage de dirigeants d’entreprise qui ont des comptes personnels sur les réseaux est plutôt stable (16 % en 2010 et 18 % en 2012) prend une tout autre signification : leur réputation demeure importante pour le succès de l’entreprise, mais le contact social peut s’effectuer autrement. Or, les dirigeants collaborent plus au contenu du site, et leur taux d’engagement est passé de 32 % à 50 % en 2012. Ils ont aussi compris qu’il était important de se prêter au jeu des nouvelles formes de communication : en 2012, quelque 40 % (c’est plus que le double du taux de 2010) d’entre eux ont accepté de figurer dans des vidéos destinées aux médias sociaux.

Extrait de l’infographie : bit.ly/socializingyourCEO2013

Comment s’y prendre pour convaincre son patron?

En fait, la première chose à comprendre pour un dirigeant d’entreprise, c’est que, même s’il n’y prend pas part, la conversation à propos de son entreprise continuera d’évoluer. C’est un fait qui a toujours été mis de l’avant, mais les meilleurs dirigeants d’entreprise mettent un certain temps à prendre le train du social. Or, dans une infographie résumant son document de recherche, Weber Shandwick l’illustre bien : on trouve le plus haut taux d’engagement dans le groupe de ceux qui sont en poste depuis plus de trois ans. Lorsque, dans son rapport, la firme dit qu’il est plus important d’avoir quelques comptes bien animés qu’une dizaines de présences inertes, je suis tout à fait d’accord. L’idée étant de donner un visage et une présence à la direction d’une entreprise, si un dirigeant a un compte Twitter lié à celui de l’entreprise, même si ses messages sont rares, il aura des abonnés.

La veille et l’observation font partie d’une présence efficace

Lorsque moins de 20 % des dirigeants ont un compte sur les réseaux sociaux, cela indique possiblement qu’ils auront rarement accès à l’information en provenance des réseaux sociaux. Pourtant, l’écoute et l’observation de l’activité de ces réseaux peut être un facteur important pour un gestionnaire qui doit tous les jours prendre maintes décisions touchant ses clients. Ce n’est pas nouveau pour ceux qui cherchent à sensibiliser des dirigeants d’entreprise à l’importance d’une action concertée sur les réseaux sociaux. Toutefois, c’est cette observation soutenue qui fera que l’engagement de ces derniers sur les réseaux sociaux continuera d’augmenter.

Sources :

La page du rapport de Weber Shandwick : Socializing your CEO, 2013

La page de l’infographie résumant l’étude.

Forbes : Study : CEOs and social media are an unlikely pair

 

Laurent LaSalleWe Are Hunted deviendra Twitter Music

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 publié le 22 mars 2013 à 15 h 11

Depuis quelques semaines, les rumeurs de l’arrivée imminente d’un service musical vont bon train chez Twitter. Baptisé Twitter Music, une application mobile offrant des recommandations musicales basées sur vos relations Twitter, devrait voir le jour avant le mois d’avril (et ce n’est pas un canular). Le compte officiel consacré aux nouvelles musicales du monde entier, Twitter Music, aura bientôt 2,4 millions d’abonnés. Il a été mis en ligne le 14 septembre 2011.

Cette rumeur s’inscrit d’ailleurs dans une tendance observée dans plusieurs services web, dont le principal concurrent de Twitter, Facebook. En effet, le populaire réseau social a présenté au début du mois la refonte de son fil d’actualité en y ajoutant divers filtres, dont un pour la musique. De son côté, Google serait également sous le point de lancer un service musical (payant, cette fois-ci) par le biais du populaire portail vidéo YouTube. À noter qu’une grande majorité d’internautes a déjà le réflexe de chercher des chansons sur YouTube lorsque le besoin de les écouter sur-le-champ se fait sentir.

Et c’est sans mentionner les divers sites spécialisés dont SoundCloud, Spotify, Myspace (avec sa refonte centrée sur les artistes musicaux), Rdio et Grooveshark.

We Are Hunted : hors ligne depuis des semaines

Certains d’entre vous se souviendront que j’ai écrit à propos de We Are Hunted en novembre 2010. Très visuel, le service australien collige les chansons les plus populaires provenant de diverses sources : blogues spécialisés, réseaux sociaux, etc. Résultat? Le palmarès des 99 chansons les plus populaires du moment, présenté telle une mosaïque de tuiles uniformes de façon hiérarchique.

Peut-être devrait-on écrire au passé quand vient le moment de décrire We Are Hunted, puisque le service est hors ligne depuis plusieurs semaines? Difficile de ne pas faire de rapprochement avec la rumeur mentionnée en introduction de cet article, puisque Twitter s’est porté acquéreur de We Are Hunted l’an dernier (les détails de cette transaction restent inconnus).

Contrairement à Vine, une application de partage vidéo lancée par Twitter en janvier dernier, l’application sur laquelle travaillerait l’équipe de We Are Hunted ne conserverait pas le nom, ni l’image de marque du site musical rosé. Le design de Twitter Music sera donc conforme à celui de la plateforme de micromessagerie.

Stephen Phillips, fondateur de We Are Hunted, semble d’ailleurs être en train de tester l’application en question. Du moins, si on en croit ses plus récentes publications :

Selon une source anonyme ayant discuté avec le CNET, l’application sera divisée en trois sections. « Suggested » proposera des chansons inspirées par vos contacts Twitter (les artistes auxquels vous ou vos contacts êtes abonnés). « Popular » devrait utiliser le même algorithme du service We Are Hunted, qui consiste, comme son nom l’indique, à présenter les chansons les plus populaires du moment. « Emerging » quant à elle sera la section réservée aux artistes de la relève. Visuellement, l’application conservera la même grille que We Are Hunted. Si vous avez la chance d’utiliser l’application Music Hunter (également développée par l’équipe australienne), tout porte à croire que l’expérience de Twitter Music sera similaire.

Pour la suite du monde

Avec autant de concurrence, il ne sera pas facile pour Twitter de tirer son épingle du jeu. Son application se classera-t-elle parmi les services amusants sporadiques ou va-t-elle se tailler une place comme outil incontournable pour mélomanes avertis? Est-ce que la parfaite intégration d’un service musical à Twitter sera suffisante pour voir Twitter Music prendre son envol?