Billets classés sous ‘vie privée’

Catherine MathysTraque interdite : le web a changé

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 publié le 16 avril 2015 à 16 h 42

Le web a changé. Et pas pour le mieux. Ce n’est pas juste moi qui le dis. C’est le constat que font plusieurs observateurs et artisans du web en observant son évolution depuis ses débuts.

La grande collecte

Brett Gaylor, jeune documentariste canadien et producteur web, fait partie de ceux-là. On le connaît surtout pour son film Rip! A Remix Manifesto qui explore la créativité numérique. Il a passé toute sa carrière comme disciple du web et de ses potentiels. Mais là, quelque chose a changé.

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« Je crois toujours que le web a le potentiel d’être une force pour que le monde soit égal, pour la justice sociale. Mais la tendance à collecter des quantités croissantes d’information sur nos données et nos comportements sur le web a des conséquences très dommageables sur la société civile. Donc, j’ai senti qu’il était de mon devoir, en tant que quelqu’un qui aime le web et qui travaille à sa création, d’avoir un autre regard, plus approfondi, plus critique, sur le sujet… »

Éveiller les consciences

Concrètement, Brett Gaylor propose qu’on pose ce nouveau regard avec lui à travers Traque interdite. Cette série en sept épisodes vise à éveiller les consciences sur la façon dont les renseignements sur nos comportements en ligne sont recueillis, analysés et, oui, vendus. Je vous parlais du phénomène dans cette émission-ci de La sphère et des entreprises comme Datacoup qui veulent vous aider à récupérer certaines sommes reliées à la valeur des données que vous transmettez.

Dans Traque interdite, on nous propose donc un documentaire en sept parties dans lequel on expose les divers problèmes reliés au fonctionnement du web. Dans les deux premiers épisodes, déjà accessibles en ligne, on découvre la façon dont nos faits et gestes sont suivis sur le web ainsi que la genèse du cercle infernal de la publicité qui se nourrit de nos données.

Les prochains épisodes seront mis en ligne au fur et à mesure, toutes les deux semaines, et ce, en quatre versions : anglaise, française, canadienne-française et allemande. Il faut dire que les collaborateurs du projet sont nombreux. Traque interdite est produite par la maison de production parisienne Upian, l’Office national du film du Canada, le diffuseur public franco-allemand Arte et le diffuseur public allemand Bayerischer Rundfunk. Radio-Canada et la chaîne d’information numérique américaine AJ+ sont les principaux partenaires de diffusion.

D’ailleurs, la série interactive est l’un des cinq projets sélectionnés pour l’édition 2015 de Storyscapes, une vitrine annuelle consacrée aux œuvres transmédias du Festival du film de Tribeca, qui commence aujourd’hui à New York.  

Jouer le jeu du web

Traque interdite est certes un documentaire traditionnel, mais il propose aussi une expérience interactive intéressante. Dans chaque épisode, on vous pose des questions dans le but de vous démontrer la portée réelle de vos comportements en ligne. L’expérience se poursuit entre chaque épisode, avec du contenu supplémentaire accessible sur le blogue de Traque interdite et les réseaux sociaux.

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Mais là où ça devient véritablement intéressant, c’est dans la mise en abîme de cette collecte de données. En effet, Traque interdite nous invite à consentir à communiquer nos données personnelles pour observer en temps réel comment notre identité est traquée en ligne. C’est perturbant de voir l’ampleur de la trace numérique qu’on laisse, mais aussi tout ce qu’il est facile de déduire à partir des données qu’on transmet dans nos allées et venues sur le web. Ce sont ces corrélations et ces associations qui font souvent le plus peur. On peut voir se dresser peu à peu notre profil, notre personnalité, notre vie privée. Et plus on dévoile nos données, plus les épisodes sont personnalisés. Intéressant!

Étrange de voir qu’on divulgue nos données machinalement, sans y penser, tous les jours, et que quand on nous demande directement de les livrer dans ce jeu, on y pense à deux fois. En cela, le documentaire fait déjà son œuvre. Et si on tentait de mieux contrôler ce qu’il advient de nos données?

 

 

Facebook-dislikeBusiness Insider annonçait il y a près d’une semaine l’intégration d’une nouvelle fonction sur Facebook : « demander ». Certains l’auront peut-être déjà remarqué, mais si un contact a laissé un champ vide dans la section « À propos », par exemple la ville ou l’emploi, ce bouton apparaît. D’une part, la tentation est donc forte d’en savoir toujours plus sur autrui et, d’autre part, il devient difficile à un utilisateur de maintenir le flou autour de sa vie privée. Cela en agace plusieurs.

D’indiscrétion en indiscrétion : en couple ou pas?

Une fois qu’un curieux a appuyé sur le bouton « demander » pour en savoir plus, la demande est faite à l’utilisateur visé. Il peut donc choisir de répondre en privé ou de rendre l’information publique sur son profil, ou encore simplement d’ignorer la requête.

Selon Facebook, cette fonction est encore en période d’essai. Au Canada, les demandes sont limitées à certaines informations de base : ville, lieu d’études, emploi. Cela dit, une autre question ouverte seulement aux États-Unis (pour le moment) soulève les passions : la situation amoureuse. Constatant au cours des derniers jours cette nouvelle « possibilité », plusieurs commentateurs ont fortement réagi. On ne lésine pas sur les termes utilisés, « harcèlement » chez Gizmodo et « stalking » dans L’Express, des expressions qui donnent une bonne idée de la perception de cette fonction. Les critiques tournent autour de deux raisons principales : cela a un effet déagréable sur les relations interpersonnelles et c’est une brèche supplémentaire dans la notion de vie privée.

Le droit de ne pas tout dire

L’auteur et blogueuse Jen Glantz du Huffington Post, dans un billet intitulé The problem with Facebook’s new « Ask » button, n’y va pas de main morte, qualifiant cette fonction de « douloureusement anti-romantique ».  Souhaiter connaître la situation amoureuse d’un « ami », que ce soit par intérêt ou par curiosité malsaine, exige quelques aptitudes sociales ou simplement une bonne dose de hardiesse. Facebook écarte ce que l’on pourrait qualifier de rapport social normal, par une interface qui rend légitime de poser la question sans trop se mouiller. C’est sans compter le risque, surtout pour les femmes, si l’on se fie aux études à propos des sites de rencontres, de recevoir un flot de propositions amoureuses indésirables. Car, bien sûr, la fonction ne peut être désactivée.

Le fond du problème, plus concret, concerne la vie privée. Nous savons depuis décembre que Facebook conserve tout ce que nous écrivons, même ce qui n’est pas publié. Le modèle d’affaires du géant des médias sociaux repose sur la vente des données personnelles des utilisateurs à des fins publicitaires. Il a d’ailleurs sa propre plateforme publicitaire interne : Facebook Exchange. Il ne fait donc aucun doute qu’il s’agit d’une autre tactique dans le but d’obtenir un maximum de données sur les utilisateurs.

Comme le rapporte The Guardian, la fonction « demander » est aussi une tentative pour Facebook de prendre sa place dans le marché grandissant des rencontres en ligne. Cela est un réflexe d’affaires normal, étant donné son importance dans les services offerts pour trouver l’âme sœur. L’application Tindr dépend des données recueillies sur Facebook pour créer ses « connexions » entre les membres. Zoosk et Ok! Cupid, deux joueurs importants des sites de rencontres traditionnels offrent tous les deux la connexion sociale par Facebook.

En voulant être au cœur de toutes les interactions humaines et en tirer parti, Facebook atteindra-t-il le point où les utilisateurs se sentiront cernés? Ou ce pas a-t-il déjà été franchi et ce sursaut n’est-il alors qu’un petit mouvement de révolte avant de rentrer dans le rang pour aussitôt aller « liker » les publications des amis?

Image tirée du site pro1.net.com

Image tirée du site pro1.net.com

Microsoft publie la suite de son rapport sur les tendances numériques. Cette fois-ci, il est question dans un des volets de vie privée. On a tous des souvenirs qu’on souhaite préserver longtemps et d’autres moins… Mais veut-on traîner avec soi des années encore ou, pire, laisser sur le web à la portée de « fouineux » des moments moins glorieux et des photos floues?

Tout archiver ou pas?

Le rapport de Microsoft, dont la présente partie a été dévoilée cette semaine, fait partie de ses études sur les tendances numériques (j’avais parlé de sa première partie sur Triplex en février). Il est justement sous-titré « Ce message s’autodétruira dans… » Cela ne peut que faire penser à ces nouvelles applications, comme Snapchat, qui permettent de communiquer sans nécessairement archiver par défaut tous les messages et photos. De même, on voit apparaître des services de messagerie dont les courriels s’autodétruisent, ce qui semble marquer que les utilisateurs apprécient de pouvoir communiquer sans tout nécessairement archiver.

C’est une tendance qui s’affirme, parce que plusieurs utilisateurs veulent que leur expérience en ligne reflète leur vie… Et dans la vie, chacun souhaite immortaliser certains moments et en effacer d’autres. En ce moment, on laisse des traces numériques un peu partout qu’on le veuille ou non, et très souvent si le choix était donné à l’utilisateur, il ne garderait pas tout. C’est que trop souvent, dans un réseau par exemple comme Facebook, effacer ses traces est plus compliqué que d’archiver paresseusement la moindre pensée ou photo ratée.

Des renseignements personnels livrés avec une date d’expiration

« Avec le temps, les gens seront aussi avisés en matière de protection de la vie privée qu’ils ne l’ont été pour la gestion de leur situation financière, et ils voudront contrôler leur profil », affirme Dave Coplin, responsable de la planification, Microsoft Royaume-Uni. Il ne faut pas se leurrer si très souvent, si on avait le choix et qu’en plus la chose était facilitée, on opterait pour effacer beaucoup des traces qu’on laisse sur le web par défaut.

Près des trois quarts des répondants (73 %) ont affirmé qu’ils souhaiteraient utiliser un service qui leur permettrait de supprimer leurs renseignements et de définir une longévité pour chaque renseignement qu’ils mettent en ligne. De plus, 45 % des répondants souhaitent que tous les renseignements qu’ils publient soient automatiquement supprimés après un délai prédéterminé.

Si une marque permet aux consommateurs de mettre à jour leurs paramètres de confidentialité, 65 % des répondants seront plus enclins à acheter ses produits.

Préserver la vie privée des consommateurs pour gagner leur confiance

Côté affaires, selon Microsoft, les entreprises du secteur bancaire et de la pharmaceutique, et même les réseaux mobiles auraient intérêt à se démarquer en affirmant leur respect de la vie privée et en offrant des options pour éliminer par défaut les informations qui ne sont pas nécessaires. Pourquoi ne le font-elles pas déjà? L’étude des données marketing qui découle de tout ce qu’on laisse comme traces est bien trop intéressante, voire lucrative pour le moment. La publicité ciblée, les listes de consommateurs, il y a là tout un marché des données de volumes dont ne veulent pas se priver les entreprises.

Les conseils de Microsoft pour ceux qui paveront le chemin du retour de la vie privée :

  • Offrir aux utilisateurs un accès complet aux données qui sont recueillies;
  • Établir avec les utilisateurs un protocole où la permission est demandée de préserver des données et communiquer les dates pendant lesquelles ces données seront conservées;
  • Devenir un promoteur de la protection de la vie privée en alimentant les discussions et les études à ce sujet;

Pour se protéger, les consommateurs commencent à utiliser des profils différents selon le service qu’ils sollicitent, très bientôt, les marketeurs devront gagner leur confiance pour accéder à des données plus précises. Enfin, c’est ce que l’on peut souhaiter.

Pour télécharger le rapport on suit le lien.

Laurent LaSalleOn tue la une : toute votre vie est sur Facebook

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 publié le 27 septembre 2012 à 11 h 37

Vous avez certainement entendu parler en début de semaine d’une faille sur Facebook, qui aurait affiché vos messages privés antérieurs à 2009 sur votre journal public. En somme, depuis peu, une nouvelle boîte apparaît dans la colonne de droite lorsqu’on se rend au début d’une année, regroupant tous les messages publics que des membres du réseau social ont laissés sur votre mur pendant l’année. Le problème : on rapporte que tous les messages privés couvrant la même période seraient maintenant entremêlés à ceux-ci.

Facebook a rapidement démenti la rumeur. Selon la compagnie, les gens interprètent ce qu’ils croient être des messages privés, alors qu’en réalité ces messages ont toujours été publics; écrits à une époque où les internautes étaient moins sensibles à la notion de vie privée.

Difficile de déterminer qui dit vrai, puisqu’on parle de messages rédigés il y a plus de trois ans. D’ailleurs, pourquoi une faille affecterait-elle une période de façon si aléatoire? Personnellement, j’ai croisé au moins à deux reprises des numéros de téléphone en observant la nouvelle boîte sur le journal d’amis. Est-ce dire que cette correspondance était nécessairement privée à l’origine? Chose certaine, elle aurait dû l’être.

Mais ce qui est encore plus difficile, c’est de croire que plusieurs d’entre vous sont encore surpris d’apprendre que toute votre vie est sur Facebook. Semble-t-il qu’on doive encore le répéter : toute votre vie est sur Facebook. Laissez-moi même en faire un sous-titre pour être certain de capter l’attention de tout le monde.

Toute votre vie est sur Facebook

Vos photos, vos humeurs, vos préférences, vos soucis, vos joies et vos peines. Au moment où la rumeur concernant les messages privés rendus publics se propageait, une campagne de sensibilisation parrainée par la fédération financière belge Febelfin se répandait sur la toile. Coïncidence?

Vous arrive-t-il de communiquer votre numéro de carte bancaire par courriel? Discutez-vous sur Facebook de l’état de votre compte? Si oui, vous êtes une proie idéale pour les fraudeurs opérant par Internet. Febelfin a loué les services de Dave pour en faire la preuve.

— Introduction de l’article « Partager des informations sur Internet, c’est s’exposer aux abus »

L’être humain est une machine à communiquer, à partager. L’information confidentielle que vous ne divulguez pas sur Facebook, vous la répétez à un ami dans un café, à la bibliothèque ou dans la rue. Sommes-nous véritablement capables de garder autant de secrets?

Face à ce constat, une solution s’impose : restreindre l’accès à votre journal. Rendez-vous dans vos paramètres de confidentialité et limitez-y l’accès. Cependant, devant l’incompétence de Facebook à respecter ces paramètres lors d’une éventuelle refonte, certains extrémistes préfèrent fermer leur compte pour de bon, au risque de déménager vers un autre réseau social.

Allez voir ailleurs

Déménager? Tout le monde parlait de Google Plus l’été dernier, mais force est de constater qu’il n’y a peut-être pas suffisamment de différence entre l’offre de Google et celle de Facebook pour pousser la communauté à changer ses habitudes.

Est-ce qu’un concurrent pourrait gagner sur le plan esthétique? Ça fonctionne plutôt bien pour Apple sur le plan matériel.

Vous ne rêvez pas : Myspace, autrefois le premier réseau social en terme de popularité, est sur le point de faire un retour en force. Rappelons qu’en juin 2011, un groupe d’actionnaires chapeauté par le chanteur Justin Timberlake s’est porté acquéreur de Myspace pour la somme de 35 millions.

On dirait que ceux-ci avaient les poches plutôt profondes quand est venu le temps de renouveler le site. Il va de soi que je suis charmé par le design de ce qu’on nous présente, mais je demeure sceptique quant à la convivialité de l’interface : c’est beau, mais est-ce bon?

Pourvu qu’on ne nous force pas à être amis avec Justin Timberlake (rôle autrefois détenu par Tom Anderson, cofondateur du site)… De plus, un site paraît toujours bien quand tous les membres fictifs sont des mannequins provenant de séances photo. Je n’ai malheureusement pas un portfolio de la sorte en guise de collection photo. Et vous?

Bref, la réelle solution est peut-être de se rabattre sur Twitter. Car son pire défaut, celui de ne pas permettre la recherche de messages antérieurs à une semaine ou deux, est peut-être sa plus grande force.

À lire également :

Dans un monde numérique où le web est omniprésent, êtes-vous conscient de l’information que vous diffusez à travers tous les différents canaux de communications? Êtes-vous du genre à partager vos moindres faits et gestes ou au contraire, à préférer la discrétion à tout prix?

On nous espionne…

Gina, Martin, Philippe et moi-même nous sommes penchés sur la question de la vie privée et tout ce qui entoure la confidentialité sur Internet. Savons-nous vraiment ce que les entreprises font de nos données personnelles? Où est la limite entre le domaine privé et la vie publique sur la toile? Voilà quelques questions que nous avons explorées et auxquelles nous proposons humblement des pistes de solutions.

De retour en audio pour une dernière fois, c’est ainsi que se conclut cette série de huit balados. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires au sujet de Triplex en balado. Nous espérons que vous avez apprécié la formule et nous vous invitons à continuer de lire notre blogue cet été.

Émission 8 : sommaire

L’émission d’une quarantaine de minutes a été tournée au café Laïka et est divisée en sept chapitres :

00:00 – Introduction
01:28 – Sommes-nous conscients de l’utilisation de nos données personnelles sur le web?
06:15 – Donnons-nous notre autorisation trop facilement
10:55 – Sommes-nous désensibilisés au danger sur le web?
18:50 – Où tracer la limite?
27:50 – Le phénomène de la ludification
35:55 – Questions en rafale

Vous pouvez vous abonner à la baladodiffusion sur iTunes. Si vous utilisez un autre agrégateur de contenu, copiez / collez l’adresse du fil RSS à l’endroit approprié.

Finalement, vous pouvez aussi télécharger la huitième émission, tout simplement.

Équipe de Triplex en balado :

Participants et blogueurs : Gina Desjardins, Laurent LaSalle et Martin Lessard
Animateur : Philippe Marcoux
Musique : Pierre Crube
Réalisatrice : Marine Fleury
Preneur de son et monteur : Martin Boulanger
Édimestre : Félix Antoine-Viens
Photographe : Christian Côté
Infographe et intégratrice web : Marie-Anne Seim

Pour en savoir plus

Voici quelques articles sur le sujet à lire à titre de complément d’information :