Il est devenu monnaie courante aujourd’hui, lorsqu’un nouveau jeu PC arrive sur les tablettes, de voir des niveaux créés de façon indépendante par des joueurs s’avérant d’excellents concepteurs. Par le biais de l’éditeur de cartes fourni avec le jeu, ils font preuve de beaucoup d’imagination, afin d’offrir gratuitement aux internautes un complément prolongeant ainsi la durée de vie du jeu en question.
Néanmoins, en ce qui concerne le jeu Counter Strike : Global Offensive, des Montréalais ont eu l’idée de reproduire avec fidélité la station de métro Berri-UQAM. Une idée qui déplaît à la Société de transport de Montréal (STM), sans doute en raison de la nature violente du jeu. Il s’agit d’un jeu de tir multijoueurs où on peut choisir d’incarner soit un membre d’une unité antiterroriste, soit… un terroriste.
Diego Liatis, instigateur du projet de reproduction de la très fréquentée station de métro, a communiqué avec la STM il y a quelques semaines afin d’obtenir l’approbation de cette dernière. La réponse fut catégorique : « La STM vous a avisé qu’elle n’autorisait pas, pour ce projet, l’utilisation de son image et la reproduction de ladite station .;» Une mise en demeure contre M. Liatis et ses associés a alors été envoyée par la STM, afin d’empêcher la distribution du niveau en question. Selon Liatis, la STM aurait peur « de provoquer une panique chez les usagers ».
Les concepteurs ont l’intention de faire fi de cette mise en demeure et d’aller de l’avant avec la distribution de leur niveau. Ils risquent de devoir payer une amende de 49 200 $ pour violation de droits de propriété intellectuelle.
Où s’arrête la propriété intellectuelle?
La géographie d’une ville, la devanture d’un lieu public ou le coin d’une rue peuvent-ils faire l’objet de droit d’auteur? Dès 1889, la tour Eiffel a fait l’objet de très nombreuses reproductions. Après avoir reçu une offre de rachat des droits exclusifs de sa conception, Gustave Eiffel décide de faire entrer ceux-ci dans le domaine public. Si le design de la tour même est libre de droits, il en va autrement de son éclairage. En effet, en 1992, un tribunal français accorde à la Société d’exploitation de la tour Eiffel des droits sur la publication de la tour illuminée, citant le fait que « la composition de jeux de lumière destinés à révéler et à souligner les lignes et les formes du monument constitution une création visuelle originale ».
Tout porte à croire que l’architecture de la station de métro Berri-UQAM sera assujettie au droit d’auteur. Au Canada, le droit d’auteur subsiste jusqu’à 50 ans après le décès de l’auteur. La station de métro Berri-UQAM a été ouverte au public il y a 46 ans, soit le 14 octobre 1966. Pour qu’elle tombe dans le domaine public, il aurait fallu que les architectes Longré et Marchand meurent quatre ans avant son édification.
Qu’en est-il des services comme Google Streetview et Microsoft Photosynth? Ceux-ci reproduisent les devantures de millions (pour ne pas dire de milliards) de bâtiments assujettis aux droits d’auteur. Est-ce considéré comme de l’utilisation raisonnable (fair use en anglais), qui permet une certaine flexibilité quant à l’utilisation de contenu protégé sans autorisation?
Difficile de savoir si ce qui irrite le plus la STM est l’utilisation de son image de marque, présente sur les wagons reproduits par l’équipe de Liatis, ou la reproduction même de sa station centrale. Sans compter que la prise de photos dans le métro est interdite sans le consentement de la société.
Un procès inévitable?
Diego Liatis n’a pu être joint pour répondre à nos questions. Dans des entretiens accordés à d’autres médias, il semble décidé à vouloir aller de l’avant avec la sortie du niveau conçu par lui et ses associés. Il est même prêt à se rendre au tribunal pour régler la question.
La reproduction d’endroits publics dans des jeux vidéo de nature violente n’a rien de nouveau. Par contre, ces derniers ont tendance à positionner le scénario à une autre époque : dans le passé (L.A. Noire et sa reproduction fidèle de Los Angeles des années 1940) ou dans le futur.
Les images des drames comme ceux de l’Assemblée nationale, de l’école Polytechnique et du Collège Dawson resteront toujours gravées dans la mémoire collective québécoise. Pour avoir discuté de ce sujet avec des amis, il m’apparaît évident que si l’affaire se rend en cour, elle fera couler beaucoup d’encre.
Le fabricant nippon a publié la semaine dernière 



