Billets classés sous ‘travailleurs du sexe’

Sudhir Venkatesh, un professeur de sociologie à l’Université de Columbia, a passé un an avec des escortes new-yorkaises pour observer l’évolution du plus vieux métier du monde. Sa conclusion : les outils technologiques ont transformé le milieu de la prostitution. Le résumé de son enquête, l’article « The flesh trade » et les nombreuses brèves sur « How tech tools transformed New York’s sex trade », se retrouve dans le magazine Wired ce mois-ci.

Ce n’est pas surprenant, mais je n’y avais jamais pensé. J’ai trouvé son reportage fascinant.

Les travailleuses du sexe préfèrent le BlackBerry

Les téléphones intelligents sont de plus en plus utilisés. Ils servent entre autres à prendre des rendez-vous, mais surtout comme parure. Les travailleuses du sexe (70 % d’entre elles) préfèrent le BlackBerry aux autres puisqu’on le considère comme un symbole professionnel. Les clients croient ainsi qu’elles ne prennent pas de drogue et qu’elles n’ont pas d’infections transmissibles sexuellement. Eh bien!

L'application Facebook pour BlackBerry

Facebook : outil de marketing

En 2003, les escortes devaient compter d’abord sur les agences, puis les clubs de danseuses, le site de petites annonces Craigslist, les bars et hôtels et finalement, les références des autres clients. L’importance de tous ces éléments a diminué pour faire place à un nouveau joueur : Facebook. Le réseau social se retrouve maintenant en deuxième position des endroits où trouver des clients. Parmi les travailleuses du sexe, 83 % y ont une page. Avec Craigslist qui a fermé sa section adulte à l’automne dernier, Facebook devrait jouer un rôle encore plus important au cours des prochains mois. Venkatesh croit que le site créé par Mark Zuckerberg montera à la position numéro 1 cette année.

Une page Facebook n’est pas tout, la plupart gèrent un site Internet personnel. Elles peuvent ainsi s’afficher tout en contrôlant leur image et indiquer clairement leur prix. Comme les agences prennent un gros pourcentage sans leur offrir de protection, plusieurs préfèrent demeurer indépendantes, ce que les outils technologiques leur permettent. Mais puisque ça rassure certains clients, elles inventent des noms de compagnie afin de mentionner sur leur site web être affiliées à une agence…

Le fossé entre les escortes et les prostituées de rue s’agrandit. De moins en moins de travailleuses du sexe et de clients auraient envie de se rencontrer aléatoirement et aveuglément sur un coin de rue. Les prostituées de rue sont donc plus rares et le métier de proxénète serait en voie de disparition. Selon le reportage dans le Wired, bon nombre d’anciens proxénètes sont maintenant sans emploi, ou devenus sans-abri.

Les sites communautaires

Faisant un peu plus de recherche sur le sujet, j’ai réalisé à quel point la toile pouvait leur être utile pour autre chose que la trouvaille de clients. Pour leur sécurité, elles feraient exactement comme les employeurs en faisant une recherche sur les clients potentiels. Avoir une mauvaise identité numérique peut faire en sorte que le client potentiel n’est pas attrayant aux yeux d’une escorte, et une absence d’identité numérique éveille les soupçons. Il existe aussi des sites où les clients peuvent s’informer sur celles à qui ils voudraient faire appel. Un peu à la façon de TripAdvisor, où l’on peut noter des établissements touristiques pour aviser les futurs voyageurs, des sites permettent aux clients de consulter les commentaires de la communauté tels que « Irresponsable, elle ne retourne pas toujours ses messages textes et ses courriels » ou « C’est une vraie passionnée qui aime son travail ».

C’est fou de voir à quel point on peut avoir besoin de donner son avis sur tout avec les plateformes sociales, surtout lorsque l’on peut rester anonyme…