Stéphane Laporte publiait hier « La dictature de l’instantanéité » dans le journal La Presse. Dans sa chronique, il compare le cellulaire à une laisse. Je ne suis pas vraiment d’accord, et comme à la fin de son texte il demande de lui transmettre notre avis sur la question, j’ai décidé de le faire.
Selon moi, ça dépend de chaque personne. En amour, il y a des dépendants. Mais ce n’est pas une généralité. C’est un peu la même chose avec le cellulaire. Certains sont dépendants de cette instantanéité, d’autres peuvent très bien attendre au lendemain pour écouter leurs messages. Je connais des gens qui font le même métier stressant et pourtant, lorsque l’on soupe ensemble, un a l’oreillette Bluetooth continuellement connectée et répond à tous ses appels, tandis que l’autre filtre les numéros et ne répond qu’aux appels vraiment urgents. Souper avec le premier est insupportable. Surtout lorsque tu entends sa conversation et que plusieurs appels sont loin d’être importants.
Bref, tout dépend de notre relation avec notre appareil. Oui, il peut devenir une laisse. Il s’agit de ne pas en devenir esclave et de garder le contrôle. C’est à nous de gérer nos priorités.
Alors voilà mon avis sur quelques-unes de ces observations :
L’urgence de répondre
Il écrit : « Quand son cellulaire sonne, on répond. C’est le cellulaire qui a priorité sur toutes les activités. »
Pourquoi? Si on choisit d’avoir l’afficheur et la boîte vocale, ce n’est pas pour rien. Je vous avertis, ce n’est pas parce que vous m’appelez sur mon cellulaire que je vais répondre instantanément. Votre appel n’est pas plus important que le reste. Au contraire. D’ailleurs, mon cellulaire est toujours sur vibration, alors dans de nombreuses occasions, je ne l’entends même pas. Si je suis disposée à répondre, je le ferai. Sinon, je rappellerai lorsque j’aurai le temps. Et si vous ne laissez pas de message sur ma boîte vocale, je vais considérer qu’il n’y avait rien d’urgent et que je n’ai pas à rappeler.
Frôler le harcèlement
Puis, Stéphane Laporte se fait insistant : « Quand on appelle quelqu’un sur son cellulaire, c’est parce qu’on veut lui parler tout de suite. Pas plus tard. Tout de suite. Vous l’appelez en rafale jusqu’à ce qu’il réponde. »
Ça dépend de la relation de chacun avec le cellulaire. De plus en plus de gens ne possèdent maintenant qu’un cellulaire. Si on veut leur parler, urgent ou pas, c’est le numéro à composer.
Téléphoner en rafale est juste impoli. Quelqu’un qui fait ça est réellement énervant. Si on créait une liste de bonnes manières du cellulaire, il y aurait assurément « Si la personne ne répond pas, elle est vraisemblablement occupée. Laissez un message et attendez son retour d’appel. » Et les « Rappelle-moi », à part venant de la part d’un ami ou de quelqu’un de ta famille qui ne veut que jaser, c’est tannant. Ça ne veut rien dire. Pour un retour d’appel plus rapide, vaut mieux donner des détails. Si c’est vraiment urgent, un message texte risque d’être plus efficace si la personne n’a pas répondu. Elle aura possiblement l’occasion de le voir avant d’avoir le temps de prendre ses messages vocaux. « Je cherche à te joindre rapidement parce que xx. Peux-tu me rappeler dès que tu peux? » est rapide et efficace. En ce sens, je suis d’accord avec Stéphane Laporte : le texto est souvent le message prioritaire et on s’attend à une réponse rapide. En même temps, les textos sont souvent envoyés par les gens qu’on connaît le plus. Rares sont les connaissances qui envoient des textos. Et il faut peu de temps pour y répondre.
15 minutes pour répondre à un courriel?
Sur le courriel, il écrit : « Le courriel, lui, prend un peu plus de temps. Quoique… Vous envoyez un courriel à quelqu’un, si vous êtes sans réponse après un quart d’heure, vous commencez à fatiguer. Surtout si votre destinataire a le malheur d’avoir un BlackBerry ou un iPhone, car vous savez que votre courriel, il l’a reçu à l’instant où vous l’avez envoyé. »
Stéphane Laporte me semble très impatient. Personnellement, j’ai enlevé toutes les alertes de mon téléphone intelligent. Tant que je ne vérifie pas manuellement, je n’aurai aucune notification de mes nouveaux courriels, de mes messages Twitter ou Facebook. Lorsque j’envoie un courriel, je ne m’attends pas à une réponse dans les minutes à moins que je spécifie l’urgence de mon message dans le sujet.
Obligatoire, la messagerie instantanée?
Il continue avec « Vous passez votre journée à répondre au cellulaire, aux textos, aux courriels. Quand vous avez deux minutes d’accalmie, une fenêtre Facebook « pope » sur votre écran. »
Mais pourquoi se mettre en ligne si on n’en a pas envie? Je suis hors ligne depuis le lancement de la messagerie instantanée Facebook. Je ne m’en porte pas plus mal. Mais si nous aimons la messagerie Facebook, nous pouvons facilement créer une liste d’amis proches. Ils seront les seuls à nous voir en ligne et à pouvoir communiquer avec nous. J’utilise surtout Skype pour la messagerie instantanée et je n’ai accepté que des amis proches dans mes contacts. Et encore là, malgré tout, je me mets en mode « occupée » en permanence quand je l’ouvre. Seuls ceux qui veulent vraiment me dire quelque chose d’important osent me déranger.
À part l’instantanéité, à quoi servent les cellulaires?
Il continue avec « C’est ça le problème avec l’homme moderne. On sait qu’il est là. Il est à côté de son cellulaire, devant ses textos, ses courriels, son Facebook. On a accès à lui instantanément. Alors, il est mieux de nous répondre instantanément, sinon qu’ossa donne tous ces machins? »
J’avais déjà écrit mon avis sur la question dans mon billet « Déconnecter pour mieux connecter (et vice versa) », publié en décembre dernier. Pour moi, c’est au contraire la liberté. La liberté de pouvoir sortir de chez moi lorsque j’attends un appel (ou un courriel) important, ce que je ne pouvais pas faire avant l’arrivée des cellulaires. La possibilité d’avertir mes amis de mon retard si ma réunion a duré plus longtemps que prévu. L’assurance de ne pas perdre de super contrats parce que je n’étais pas chez moi pour prendre l’appel. C’est aussi savoir que si un proche a besoin de moi, je pourrai courir à son secours.
Votre cellulaire, vous le voyez comme une laisse ou comme un symbole de liberté? Êtes-vous dépendant de l’instantanéité?