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Laurent LaSalleApple contre Samsung : apprendre à mieux plagier

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 publié le 28 août 2012 à 15 h 01

Vendredi dernier, après seulement deux jours et demi de délibérations, un verdict a été rendu dans l’affaire ayant retenu tout l’été l’attention des médias spécialisés en technologie. Le jury de neuf personnes a tranché en faveur d’Apple, obligeant ainsi Samsung à verser une somme pouvant atteindre 2,5 milliards de dollars au fabricant américain pour avoir plagié le design de ses appareils iOS.

Ce qui surprend un peu dans cette histoire, c’est que le jury n’a posé aucune question – c’est d’autant plus étonnant lorsqu’on considère qu’il devait lire un document de 109 pages avant de remplir un formulaire complexe afin de rendre sa décision.

La victoire d’Apple pourrait avoir des répercussions sur l’industrie, puisqu’elle créé un précédent et pourrait inciter les fabricants à revoir comment leurs concepteurs s’inspirent de la concurrence. Plutôt que de m’étendre sur ces hypothèses, je vais plutôt m’inspirer (moi aussi) des commentaires envoyés par des lecteurs de Triplex à la suite de mon premier billet résumant cette affaire.

Le plagiat d’Apple

Croyant citer Picasso, Steve Jobs, lors de la conception du premier Macintosh, lancé en 1984, s’amusait à répéter : « Les bons artistes copient, les grands artistes volent. » Parmi les éléments révolutionnaires du premier Mac, on trouve la souris, son pointeur et la base de l’environnement graphique des ordinateurs Apple : tous des éléments originellement conçus par le département de recherche et développement de Xerox.

Vers le début des années 2000, on note des similarités troublantes entre le design des produits d’Apple et ceux de la compagnie allemande Braun, sortis tout droit des années 60.

Le T3 de Braun – L’iPod classique d’Apple

La calculatrice de Braun – La première version de l’application pour iPhone

Jonathan Ive, designer industriel à Apple, puise directement son inspiration dans des produits conçus par un vétéran du design minimaliste : Dieter Rams. Père entre autres du système universel d’étagères Vistoe (mis en marché en 1960), Rams a été le chef de la conception chez Braun de 1961 à 1995, influençant ainsi le design de tous les produits de la marque.

Le T1000 de Braun – Le Mac Pro d’Apple

Il est courant de voir certains designers industriels s’inspirer de leurs prédécesseurs, jusqu’à carrément recycler de vieilles idées. Dieter Rams a lui-même mentionné que ce genre d’emprunts d’idées était à son avis la plus belle flatterie qui soit.

En s’inspirant étroitement des créations de son mentor spirituel, Jonathan Ive s’est assuré de respecter les 10 principes d’un bon design selon Dieter Rams :

  • Un bon design est innovateur.
  • Il donne une utilité à chaque produit.
  • Il est esthétique.
  • Il aide à comprendre le produit.
  • Il est discret.
  • Il est honnête.
  • Il a une valeur à long terme.
  • Il présente chaque détail avec précision.
  • Il est respectueux de l’environnement.
  • Il est minimaliste.

La différence entre Apple et Samsung

Pourquoi Apple s’est-elle sorti indemne de ce plagiat? Est-ce parce que celui-ci a eu lieu à une époque où la guerre de brevets entre concurrents n’était pas encore déclarée? Est-ce un coup de chance? Est-ce parce que Rams a en quelque sorte donné sa bénédiction à ses plagiaires?

Il semble que le nombre d’années qui sépare la sortie des produits de Braun et ceux d’Apple (environ 40 ans) a bénéficié au fabricant américain. Est-ce à dire que Samsung aurait dû puiser son inspiration dans une autre époque? Peut-être…

Laurent LaSalleLa gestion des droits numériques, un concept désuet?

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 publié le 12 octobre 2011 à 12 h 50

À une époque où le piratage semblait devenir un véritable fléau aux yeux de l’industrie musicale, les restrictions imposées par le concept de gestion des droits numériques (DRM pour digital rights management) sont apparues comme la seule solution pouvant contrer la propagation illégale de contenus protégés par le droit d’auteur. Cette logique est aujourd’hui remise en question par Dinah A. Vernik, de l’Université Rice à Houston au Texas, et Devavrat Purohit et Preyas S. Desai, de l’Université Duke à Durham en Caroline du Nord.

Dans un ouvrage intitulé Music Downloads and the Flip Side of Digital Rights Management, le trio d’économistes tente de démontrer un des effets pervers des restrictions imposées par DRM : inciter les consommateurs au piratage.

L’envers de la médaille

En effet, selon la recherche, seuls les consommateurs (ayant payé pour leur musique) doivent composer avec les restrictions imposées par DRM, puisque les pirates obtiennent leur musique autrement sans aucune restriction du genre. Puisque dans certains cas, les restrictions par DRM empêchent un consommateur de faire une copie de sauvegarde de sa musique, certains consommateurs vont préférer le piratage.

Depuis que le téléchargement de musique est possible sur la toile, l’industrie musicale a toujours craint les effets nocifs à long terme du piratage en ligne. L’industrie a adopté le concept des restrictions imposées par DRM puisqu’elles rendent la copie plus difficile, ce qui réduit le piratage et augmente la profitabilité de l’industrie. Par contre, les restrictions imposées par DRM peuvent réduire la valeur d’un produit aux yeux du consommateur. Cet article démontre que bien que les restrictions par DRM, le piratage et les profits soient liés, leur relation demeure complexe. La logique traditionnelle ne prend pas en considération l’effet des restrictions par DRM sur la nature compétitive du marché musical, et par conséquent, incite certains consommateurs au piratage.

Dans certains cas, on remarque qu’éliminer les restrictions par DRM peut conduire à une augmentation de ventes par téléchargement, une diminution de ventes physiques et une diminution du piratage. Cette conclusion s’explique par le fait que lorsque l’achat de musique sans restrictions par DRM est permis, le téléchargement légal se retrouve au même niveau que l’achat physique, ce qui augmente la compétition entre les deux formats et incite une réduction du prix des CD [pour rivaliser l'attrait de la version téléchargeable].

Extrait de Music Downloads and the Flip Side of Digital Rights Management

J’ai trouvé amusante l’analyse du coût moral, psychologique et technique du piratage dans ce rapport : quelqu’un d’honnête ou un novice de l’informatique trouvera le piratage « dispendieux », contrairement à quelqu’un qui ne perçoit pas le piratage comme du vol ou une personne aux habiletés informatiques avancées.

Bien que l’ouvrage soit plutôt aride (17 pages et des formules mathématiques à faire rêver un théoricien), il est intéressant de voir les conclusions d’une recherche venant appuyer la tendance qui fait sa marque depuis peu chez les détaillants en ligne : la vente de musique sans restriction.

Thoughts on Music

Cette réflexion n’est pas sans rappeler la lettre ouverte publiée par Steve Jobs en février 2007, dans laquelle il incite les quatre grandes compagnies de disques (Universal, Sony BMG, Warner et EMI) à accorder à Apple le droit de vendre leur musique sans restrictions par DRM.

Dans sa lettre, il décrit les débuts de la relation d’Apple avec ces maisons de disques et les conditions qu’Apple doit respecter pour continuer à vendre leurs contenus par le biais de l’iTunes Store. Il vulgarise le concept de la protection de la musique restreinte par DRM et met en lumière un problème insoluble : puisque le « secret » d’une protection doit être transmis aux diverses plateformes pour qu’un contenu soit consommable, quelqu’un quelque part trouvera toujours le moyen d’obtenir cette information et contourner un document numérique crypté.

Cette lettre amorcera une longue négociation qui aura comme conséquence, en avril 2009, de permettre à iTunes de vendre la totalité de sa librairie musicale sans restrictions par DRM. De son côté, si Amazon avait déjà obtenu l’accord des grandes compagnies pour vendre de la musique sans restrictions, l’offre est depuis toujours réservée au marché américain.

C’est vrai pour la musique, mais pour le reste?

Bien que la recherche de Vernik, Purohit et Desai se base principalement sur le marché musical, le trio est d’avis que la logique est applicable également à la vente de livres et de films.

Steve Jobs, l’homme derrière le Macintosh, l’iPod, l’iPhone et l’iPad est mort hier en Californie à l’âge de 56 ans.

Le cofondateur d’Apple a démissionné de son poste de PDG en août dernier à la suite de complications liées à son état de santé. Il a notamment lutté contre un cancer du pancréas en 2004 et a dû subir une greffe de foie en 2009.

Que l’on soit en accord ou pas avec les pratiques d’Apple, souvent considérée comme très restrictive en ce qui a trait à la liberté qu’elle accorde aux développeurs et aux utilisateurs de ses plateformes, on ne peut nier l’influence que l’homme derrière l’entreprise a eue sur l’industrie informatique, musicale et numérique.

J’ai toujours dit que si jamais je venais à ne plus être en mesure d’assumer mes fonctions et obligations en tant que PDG d’Apple, je serais le premier à vous le faire savoir. Malheureusement, ce jour est arrivé.

Je crois que les jours les plus brillants et les plus innovants d’Apple sont à venir. Et je suis impatient d’observer et de contribuer à son succès dans un nouveau rôle.

Je me suis fait d’excellents amis chez Apple et je vous remercie tous pour toutes les années durant lesquelles il m’a été permis de travailler avec vous.

Extrait de la lettre de démission de Steve Jobs, datée du 24 août 2011

The computer for the rest of us

Lors de son introduction le 24 janvier 1984, le Macintosh s’adressait clairement à un large public. L’ordinateur proposait une interface graphique et un périphérique révolutionnaires pour l’époque (la souris) afin d’exécuter diverses fonctions. Pour la première fois, il n’était pas nécessaire de connaître les commandes informatiques pour réussir à accomplir les différentes tâches.

Même si l’idée a été « empruntée » à Xerox (qui ne voyait pas l’intérêt de commercialiser une telle caractéristique), un visionnaire comme Steve Jobs était essentiel pour propulser le concept au stade auquel on le retrouve aujourd’hui : omniprésent. Microsoft a par la suite introduit un concept similaire avec Windows, maintenant le plus populaire système d’exploitation sur le marché.

Steve and I first met nearly 30 years ago, and have been colleagues, competitors and friends over the course of more than half our lives.

The world rarely sees someone who has had the profound impact Steve has had, the effects of which will be felt for many generations to come.

Extrait du communiqué de Bill Gates, à la suite du décès de Steve Jobs

Pour mieux comprendre la confrontation entre Apple et Microsoft, je vous invite à regarder le docudrame Pirates of Silicon Valley. Bien que le téléfilm prenne certaines libertés, il parvient tout de même à dresser un portrait juste de l’histoire, au point où Noah Wyle lui-même a amorcé la conférence du Macworld de 1999 en interprétant le rôle de Steve Jobs devant la foule amusée. L’événement est non pas sans rappeler le numéro d’ouverture d’Andy Samberg lors de la dernière conférence de Facebook, alors qu’il imitait Mark Zuckerberg.

Le Macintosh connaîtra la gloire et la déception au cours de ses premières années, alors que Jobs quitte l’entreprise en 1985 à la suite d’un conflit le liguant contre le conseil d’administration de sa compagnie. L’homme sera de retour en 1996 lorsqu’Apple fait l’acquisition de NeXT, la seconde entreprise fondée par Jobs lors de son long périple à l’extérieur de la pomme. Un autre ordinateur tout-en-un, l’iMac, connaîtra par la suite le succès qu’aurait certainement dû connaître le Macintosh original.

Une industrie musicale bouleversée

En introduisant l’iPod et iTunes en 2001, Steve Jobs savait pertinemment où il se dirigeait. Tandis que le service de partage musical en ligne Napster se voyait refuser son offre de 1 milliard à la Recording Industry Association of America (RIAA) pour l’obtention d’une licence qui aurait permis à ses utilisateurs de poursuivre leurs activités, Apple de son côté était sur le point de développer le premier magasin musical en ligne.

L’iTunes Music Store est devenu opérationnel le 28 avril 2003, avec plus de 200 000 chansons en vente de manière individuelle au coût de 99 ¢. La librairie musicale, toujours grandissante depuis, était composée de pièces d’artistes signés sous les 5 plus importantes maisons de disques au monde (EMI, Universal, Warner, Sony et BMG), sans compter plus de 2000 étiquettes indépendantes.

Sans connaître le détail de toutes les négociations nécessaires pour la réalisation d’un tel projet, on peut parier que les compétences oratoires extraordinaires de Jobs y ont été mises à profit.

Aujourd’hui, le magasin comprend plus de 18 millions de chansons, comprenant entre autres la musique d’artistes (The Beatles) qui traditionnellement n’acceptaient pas que leurs oeuvres soient disponibles autrement que par le médium audio adopté par l’industrie : le vinyle, la cassette ou le disque compact.

Depuis, l’iPod est devenu rapidement le baladeur numérique numéro un mondial, grâce notamment à sa facilité d’utilisation (sa roulette tactile a été imitée à plusieurs reprises) et à sa relation avec l’application iTunes, par laquelle il était facile de numériser sa discographie déjà existante.

L’iTunes Music Store est ensuite devenu l’iTunes Store, offrant désormais l’achat de vidéoclips, de séries télé et de films. Son succès combiné à celui du baladeur a été le tremplin pour une troisième révolution.

Le sauveur des téléphones intelligents est parmi nous

Dès son dévoilement le 9 janvier 2007, l’iPhone fut rapidement comparé au messie tant attendu par les gens qui n’osaient pas faire l’achat d’un téléphone cellulaire multifonction. Sans clavier, il était le premier appareil à offrir un écran tactile comme seule interface de communication entre l’homme et la machine.

La plupart des sceptiques ont été charmés dès la première utilisation. Non seulement l’iPhone offrait une interface hors du commun, mais il était également possible pour la première fois de naviguer sur Internet avec une facilité désarmante. Le web, dans votre poche, amalgamé à votre librairie musicale et votre lien téléphonique : l’iPhone avait tout pour plaire. Le succès ne s’est pas fait attendre.

Si l’iPhone connaît aujourd’hui son lot de compétiteurs, par sa vision, Steve Jobs a su redynamiser une industrie en stagnation. Son concept a évolué, le système d’exploitation mobile derrière l’appareil alimente maintenant l’iPod touch et l’iPad, le plus récent succès qui pourrait bien se traduire en une quatrième révolution par la firme de Cupertino.

Mais ne nous égarons pas…

Penser autrement

Steve Jobs était un innovateur, un précurseur, un ergomane qui a donné sa vie à l’entreprise qu’il a cofondée avec Steve Wozniak et Ronald Wayne en 1976. Sa vision et son arrogance lui ont permis d’accomplir ce que peu parviennent à réaliser : changer le monde.

Gina DesjardinsSteve Jobs, un homme inspirant

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 publié le 25 août 2011 à 17 h 56

Lorsque je suis allée à San Francisco pour une conférence d’Apple donnée par Steve Jobs, les gens autour de moi m’enviaient. J’avais l’impression d’aller assister au concert d’une rock star légendaire. C’est bien la seule fois où j’ai eu autant de personnes envieuses d’un de mes événements dans le monde de la techno. J’étais fascinée.

Pas étonnant que l’annonce de son départ en tant que chef de direction a fait couler autant d’encre dans les médias traditionnels et sociaux. Apple n’a pas annoncé son décès, mais le sachant malade, plusieurs envisagent le pire. Au Québec, ça nous fait penser à Jack Layton. Surtout que dans sa lettre de démission, il écrit :

« J’ai toujours dit que si jamais je venais à ne plus être en mesure d’assumer mes fonctions et obligations en tant que chef de la direction d’Apple, je serais le premier à vous le faire savoir. Malheureusement, ce jour est arrivé. »

Quelques minutes après l’annonce de sa démission, il était un des sujets les plus populaires sur Twitter. Sur Facebook et Google+, on témoignait sa tristesse et on exprimait à quel point Jobs était un modèle.

Peu de compagnies peuvent se vanter d’avoir un CEO aussi connu et aussi aimé. Quand je vous disais que Steve Jobs jouissait du statut de rock star!

Un homme inspirant

L’homme au jean bleu et au col roulé noir est passé maître dans l’art des déclarations publiques. Ce qu’il dit est clair et limpide, et on boit ces paroles. Et il continue d’impressionner et de fasciner parce qu’il continue d’innover. Il ne tente pas de résister dans les sphères où il considère avoir perdu, il tente toujours de penser plus loin. Il a dit lui-même en 1996, juste avant son retour chez Apple, que s’il dirigeait la compagnie, il arrêterait de s’acharner sur la popularité du Macintosh. Selon lui, Microsoft avait gagné la guerre des PC il y a longtemps. Il fallait penser plus loin et mettre ses énergies sur la prochaine grosse affaire.

À son retour, c’est ce qu’il a fait. L’arrivée de l’iPod est déterminante pour Apple. Il a relancé la compagnie et aussi la façon dont on consomme la musique. Le logiciel iTunes offrait une solution au piratage. On pouvait acheter facilement notre musique à la pièce, puis par la suite louer ou acheter la version numérique des vidéos ou des films. L’iPhone a changé le monde des télécommunications. Ce n’était plus uniquement les « early adopters » ou les gens d’affaires – surtout tournés vers les BlackBerry à l’époque – qui se voyaient pourvus d’un téléphone intelligent. Il a démocratisé et rendu populaire ce qui demeurait dans une niche, faisant exploser du même coup le marché des applications mobiles. Finalement, il a sorti l’iPad, un gadget dont il rêvait depuis longtemps. La fameuse tablette, malgré son nombre de concurrents, ne s’est pas encore fait déloger. Il a fait ce qu’il avait dit, il a vu plus loin en misant sur la mobilité et a sauvé la compagnie.

Steve Jobs est reconnu pour penser qu’il ne faut pas créer ce que les gens veulent, mais plutôt ce qu’ils ne savent pas encore qu’ils veulent. C’est pourquoi il est vu comme un visionnaire et qu’il est une inspiration pour plusieurs; autant les entrepreneurs, les développeurs que les artistes.

Même les compétiteurs d’Apple ne peuvent nier l’importance de son fondateur et ancien CEO dans l’industrie.  Le vice-président senior de l’ingénierie chez Google, Vic Gundotra, écrivait hier sur son profil Google+ une anecdote concernant Steve Jobs. Ce dernier lui téléphona un dimanche pour une erreur dans la couleur du 2e o de Google sur l’icône de leur application iPhone. Il voulait l’informer qu’il avait demandé à quelqu’un de la corriger. Gundotra écrit avoir beaucoup appris de Jobs, entre autres que pour être un bon président, il fallait aussi s’attarder aux détails, même un dimanche matin. La relation entre Google et Apple n’est plus ce qu’elle était, mais ils ont déjà été amis. Ça s’est détérioré lorsque Google a décidé de se lancer dans la téléphonie mobile alors que son président de l’époque, Eric Schmidt, siégeait au conseil d’administration d’Apple. Steve Jobs, qui avait laissé à Google le marché de la recherche, a considéré cette décision comme une trahison, un coup de couteau dans le dos. Les liens entre Google et Apple n’ont plus été les mêmes à ce moment.

Le respect des compétiteurs pour l’entrepreneur passionné est indéniable. Pour plusieurs, il demeure un modèle.

Bien entouré

Steve Jobs laisse son poste à la direction pour celui de président du conseil d’administration. Plusieurs espèrent que ce poste n’a pas seulement été confirmé pour rassurer les investisseurs et le public. N’empêche, sa succession est préparée depuis longtemps. Tim Cook devient ainsi officiellement chef de direction.

Tim Cook est à la direction depuis un moment déjà. Il est chef des opérations depuis 2007, mais a aussi été chef de la direction par intérim en 2004 et 2009, lorsque Steve Jobs s’est absenté d’abord pour traiter son cancer du pancréas, ensuite pour sa transplantation du foie. C’est aussi celui qui est en poste depuis janvier en remplacement durant le congé de maladie de Jobs.

Comme on peut le voir sur la page présentant les cadres de la compagnie, Steve Jobs était bien entouré (le site Internet a été mis à jour hier). On doit à Jonathan Ive le design des appareils, et à Scott Forstall, les logiciels mobiles. Michael Grothaus, un ancien employé d’Apple, a d’ailleurs écrit une lettre expliquant son admiration pour Tim Cook. Selon lui, il a tout ce que ça prend pour être un bon directeur. Tim Cook a écrit aux employés aujourd’hui pour les rassurer : il n’a pas l’intention de changer Apple.

Mais saura-t-il être visionnaire? Trouver ce que les gens ne savent pas encore qu’ils veulent? Et saura-t-il performer en conférence autant que son mentor? Seul le temps nous le dira.

Un discours à réécouter

En 2005, l’Université Stanford a invité Steve Jobs à faire un discours aux étudiants à leur remise des diplômes. Son discours est précieux. Il est inspirant. Il ébranle. Il nous donne le goût de nous fouetter et d’accomplir de grandes choses. Ce n’est pas pour rien que les gens le font circuler depuis hier.

Il parle de son parcours, de sa mère biologique qui voulait absolument qu’il soit adopté par des gens éduqués, de ses parents adoptifs qui finalement n’étaient pas éduqués, mais ont promis d’encourager leur enfant à aller au collège, des moments où il a échangé des bouteilles consignées pour se payer à manger, de la fois où il a lâché l’école, mais continué à étudier librement, des choses anodines qu’il a apprises et qui ont servi à Apple, de la difficulté d’avoir été mis à la porte d’une compagnie qu’il avait fondée alors que le conseil d’administration préférait garder à sa tête un homme qu’il avait lui-même engagé, de sa décision de continuer à faire ce qu’il aimait malgré son envie initiale de tout lâcher, et de sa remontée avec la fondation de NeXT et le rachat de Pixar, de son retour à Apple et, finalement, de son combat contre le cancer et de sa vision de la mort.

Voici deux extraits traduits :

« Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez. »

« Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire. »

Pour une biographie détaillée, lire Du Garage à la richesse

Le WWDC (World Wide Developers Conference) se déroule en ce moment à San Francisco. L’événement annuel qui a attiré plus de 5000 développeurs a été lancé hier par une présentation donnée par Steve Jobs. On peut l’écouter dans la section événement sur le site Internet d’Apple. Plusieurs s’attendaient à l’annonce d’un nouvel iPhone, mais il n’en est rien. Cette fois, on nous a présenté uniquement des nouveautés côté logiciels, « l’âme de leurs produits », selon Steve Jobs, soit OS X Lion, iOS 5 et iCloud.

OS X Lion

Mac OS a maintenant 10 ans. En une décennie, le système d’exploitation a évolué et le nombre d’utilisateurs Mac également. Il y en aurait maintenant 54 millions. La courbe de croissance est assez impressionnante. La sortie de l’iPod en 2001 a sauvé Apple. La sortie de l’iPhone en 2007 et de l’iPad en 2010 a permis à la compagnie de séduire une toute nouvelle clientèle. Lors de l’achat d’un nouvel ordinateur, certains se sont plutôt tournés vers les Mac. Même s’il est loin derrière les propriétaires d’ordinateurs Windows, Apple est de moins en moins un petit joueur dans une classe à part.

Il y a 250 nouvelles fonctionnalités dans le nouvel OS. À la présentation, on s’est concentré sur 10 fonctions d’OS X Lion.  En voici quelques-unes.

D’abord une expérience plus riche avec les gestes multi-touch. On peut déjà en utiliser plusieurs avec le pavé tactile du MacBook, mais peu le font. Je conseille donc à tous de bien les apprendre avant de commencer à utiliser Lion puisqu’ils semblent être assez incontournables avec Lion. En voici quelques-uns.

Les applications pourront être plein écran et plusieurs pourront être ouvertes en même temps. Elles seront réunies sur le « Mission Control ». J’aime bien l’idée de pouvoir se créer plusieurs bureaux (desktops) différents. Plusieurs fichiers et fenêtres de navigations qui concernent un projet en particulier en cours peuvent donc être regroupés sur desktop 1, puis des fichiers différents en lien avec un autre projet sur desktop 2.  Il sera possible de tout laisser ouvert et de naviguer entre les deux.

J’aime aussi la fonction Reprise, qui permet de quitter une application sans rien fermer, puis la retrouver dans le même état en l’ouvrant de nouveau. Même ce qui était surligné aura été enregistré. Auto Save et Versions sont aussi intéressants. OS X fait des sauvegardes automatiques, mais garde aussi en mémoire toutes les versions précédentes.

Airdrop permet de partager rapidement des documents avec les gens se situant à une dizaine de mètres.

Mac OS X Lion sera offert à partir du mois de juillet via le Mac App Store au prix de 29,99 $.

iOS 5

Apple a commencé par donner quelques chiffres

- Apple a vendu plus de 200 millions d’appareils avec iOS. Ce serait donc le système d’exploitation pour mobile le plus répandu (44 %), suivi par Android (28 %).

- En 14 mois, la compagnie a vendu 25 millions d’iPad.

- Avec 15 milliards de chansons achetées dans l’iTunes Store, ce dernier serait considéré comme le plus grand marchand de musique au monde.

- 130 millions de livres électroniques vendus dans l’iBookstore (Ça inclut probablement les téléchargements des titres classiques gratuits).

- l’App Store contient 425 000 applications, dont 90 000 développées spécifiquement pour l’iPad.

- En moins de 3 ans, il y aurait eu 14 milliards de téléchargements d’applications.

- 2,5 milliards de dollars ont été redistribués aux développeurs d’applications (Apple garde 30 % des revenus, les développeurs récoltent 70 %).

- L’iTunes Store possède 225 millions de comptes de clients avec cartes de crédit.

Donc, le nouveau système d’exploitation pour appareils mobiles aurait plus de 200 nouvelles fonctionnalités. Encore une fois, on s’est concentré sur 10 nouveautés à la présentation.

La plus grosse nouvelle est qu’on n’aura plus besoin d’un ordinateur. Les appareils fonctionneront directement dès leur sortie de la boîte. Il sera donc possible de posséder un iPhone ou un iPad sans avoir d’ordinateur. Apple veut ainsi percer les marchés comme la Chine, où 70 % de la population ne possède pas de PC, mais voudrait bien un appareil mobile. Du même coup, la synchronisation vers iTunes se fera sans fil. Lorsque les deux appareils sont connectés sur le même réseau WiFi, dès que nos appareils seront sur une recharge, la sauvegarde va commencer.

Dans le nouvel OS, les notifications seront regroupées et elles ne feront plus d’interruption. Il y aura un Newstand pour l’achat et l’abonnement de magazines. Une section y sera consacrée dans l’App Store. Twitter sera également intégré à l’OS. En signant une fois, Twitter sera disponible dans les différentes applications. Il sera possible de tweeter des photos et des vidéos directement via l’application caméra. Celles-ci seront attachées aux messages Twitter (à la façon du nouveau service photo de Twitter). Il y aura une intégration Twitter pour le carnet d’adresses. Apple n’a pas mentionné si l’intégration Facebook pour les contacts fonctionnera encore.

Safari est le navigateur pour mobile dans 64 % des cas. Il y aura maintenant des onglets.

La liste de choses à faire, Reminders, offrira plus d’options, comme la possibilité d’associer un lieu pour avoir un rappel dans certains endroits uniquement.

Sur Flickr, il y aurait plus de photos provenant d’iOS que de tout autre appareil, sauf la Nikon D90, qui arrive au premier rang. Un bouton spécial sur l’écran verrouillé permettra d’accéder directement à l’appareil photo sans devoir mettre son mot de passe, et le bouton d’augmentation du volume pourra être utilisé pour prendre la photo. Des modifications pourront se faire directement sur la photo, comme zoomer, modifier l’exposition, recadrer, pivoter, changer le ton de couleur, etc.

iOS serait devenu la plateforme de jeux la plus populaire. Dans l’App Store, 100 000 jeux sont offerts. En 9 mois, ils ont atteint 50 millions d’utilisateurs pour le Game Center, qui permet de jouer en multijoueurs et de comparer ses résultats. Il a comparé le service à Xbox live, qui, après 8 ans, compte 30 millions d’utilisateurs (c’est un peu normal, compte tenu du fait que plusieurs propriétaires de téléphones peuvent aimer jouer quelques fois sans nécessairement vouloir le faire sur une console de salon). Facebook aura de la compétition, car il y aura maintenant des applications qui permettent de jouer à tour de rôle, comme le Scrabble.

Un peu comme le service connu des utilisateurs de BlackBerry, iMessage va permettre aux utilisateurs d’appareils iOS de communiquer entre eux par textes, photos et videos de façon cryptée via 3G ou WiFi. Un message de réception, une confirmation de lecture du message et autres seront disponibles.

iOS 5 pour iPhone 3GS, iPhone 4, iPod touch 3e et 4e génération et iPad 1re et 2e génération.

iCloud

iCloud permet d’entreposer du contenu dans le nuage tout en l’envoyant vers tout autre appareil sans fil. Le service sera intégré directement dans les applications. Steve Jobs a admis que Mobile Me n’était pas leur meilleur service, mais que ça leur a permis d’apprendre. Une fois l’adresse me.com entrée, tout se fera automatiquement. Ça fonctionne en envoyant les changements dans le nuage, puis en les poussant vers les autres appareils de l’utilisateur.

Les contacts, courriels et calendriers seront donc toujours synchronisés d’un appareil à l’autre. Pour le calendrier, ça le sera également vers les appareils avec lesquels on partage un calendrier.

iBooks avec iCloud permettra de continuer une lecture commencée sur iPad sur son iPhone en retrouvant le signet marqueur de page. Même principe pour les documents permettant de retrouver facilement la dernière version d’une présentation créée sur son iPad dans son iPhone et vice versa.

Avec Photo Stream, toutes les photos prises par un de ses appareils iOS seront envoyées directement vers ses autres appareils et vers son ordinateur, Mac ou PC. iCloud va conserver les dernières 1000 photos pendant 30 jours. Ces photos seront également accessibles via Apple TV.

iCloud sera gratuit. L’espace disponible sera de 5 Go, essentiellement pour les messages et documents, puisque ça n’inclut pas les photos, la musique, les livres et les applications achetées sur l’Itunes Store. Les développeurs peuvent utiliser iCloud pour leurs applications.

Tous les achats faits sur iTunes seront transférés via iCloud. Le téléchargement sur un autre appareil se fera en allant dans la section achat et en pressant sur l’icône nuage sur l’élément souhaité. On pourra choisir l’option automatique pour synchroniser tous les achats directement.

Si les chansons ont été achetées ailleurs que sur iTunes, ou si elles proviennent de CD transféré en fichiers numériques, il sera possible d’y accéder avec le service iTunes Match sans devoir transférer sa bibliothèque. Ce dernier tentera de reconnaître ses chansons parmi les 18 millions de titres de l’iTunes Store. En quelques minutes, les chansons seront disponibles en fichier audio amélioré (256 kbps AAC DRM-free).

iTunes Match sera 24,99 $ par année. Apple l’a comparé aux autres sur le marché (dont celui de Google, décrit par Laurent récemment).

iTunes pour iCloud est maintenant offert en version beta pour iPhone 4, mais sera offert à l’automne avec iOS 5.