La compagnie canadienne Research in Motion (RIM) est en partie responsable de la popularité des téléphones intelligents. Il y a quelques années, les gens d’affaires voulaient tous un BlackBerry. Plusieurs compagnies ont alors signé des ententes de plusieurs années pour leurs employés. Puis, Apple est arrivé avec son iPhone, plus mince, tactile et avec une boutique en ligne remplie d’applications. La clientèle des téléphones intelligents s’est étendue à bien plus large que le marché des affaires. Les fabricants qui visaient plutôt le développement du plus petit téléphone possible ont été obligés de changer de stratégie pour entrer dans la course. Mais RIM a pris beaucoup de temps à s’intéresser au tactile, en plus d’avoir une grande lacune en ce qui concerne les applications. La compagnie a perdu beaucoup de parts de marché dans les dernières années. Pour plusieurs analystes, le succès du PlayBook sera déterminant pour la survie de RIM. Est-ce que leur tablette tactile réussira à relancer la compagnie? Ce n’est pas gagné d’avance. La sortie de la tablette semble avoir été précipitée. Le BlackBerry PlayBook vient donc avec plusieurs lacunes et plusieurs promesses de mises à jour qui sauront tout régler… dans deux mois. Il vaut donc peut-être mieux attendre ces mises à jour avant de décider d’acheter ou non un PlayBook. À vous de voir…

Le BlackBerry PlayBook
Dimensions et poids
Le PlayBook a un écran de 7 pouces et une résolution de 1024 x 600. Il pèse 425 grammes. Même s’il est 14 % plus épais que l’iPad 2, il demeure plus petit et 33 % plus léger. Les dimensions de la tablette permettent plus facilement son utilisation pour la prise de photos et les enregistrements vidéo, et elle est encore plus facile à transporter. Ceux qui souhaitent une tablette davantage pour consommer du contenu multimédia ou pour remplacer leur ordinateur en voyage risquent de préférer une des tablettes de 10 pouces.
Système d’exploitation et applications
Le PlayBook roule sous un tout nouveau système d’exploitation : BlackBerry Table OS, fruit de leur achat de la compagnie QNX. On est reparti de zéro afin de créer une expérience optimisée pour une tablette. Ce nouvel OS va devenir la norme pour tous les produits de RIM. Malheureusement, les 27 000 applications existantes pour les téléphones BlackBerry ne sont pas compatibles. Au lancement, les utilisateurs auront le choix parmi 3000 applications. C’est loin de ce qu’on trouve chez les concurrents, mais certaines personnes ne désirent que certains essentiels. Toutefois, des applications de bases n’existent pas encore. Par exemple, le PlayBook n’a pas encore d’application de courriel (voir le point suivant pour plus de détails), n’a qu’une application pour la location de films et une pour la vidéo-conférence. Tout ça devrait être réglé dans deux mois, nous promet-on.
Il faut dire que depuis longtemps, les développeurs trouvent compliqué de créer des applications pour BlackBerry. Ça ne semble pas avoir changé pour le PlayBook. Plusieurs ont fait la remarque publiquement, recevant en retour une promesse de l’amélioration du processus. C’est pourtant un problème connu depuis longtemps…
Dans deux mois, un émulateur permettra le fonctionnement des applications pour téléphones Android et celles des téléphones BlackBerry. L’avantage est de permettre aux utilisateurs l’accès à une multitude d’applications. Mais on ne sait pas encore comment ça fonctionnera. Plusieurs croient que ça va nuire à la vitesse d’exécution, en plus d’être gourmand en énergie. Mais les développeurs risquent de perdre tout intérêt pour le PlayBook en se disant que les consommateurs qui désirent leurs applications pourront utiliser la version Android.
La dépendance du Playbook envers le BlackBerry
RIM mise beaucoup sur la connectivité entre la tablette et un BlackBerry. Un « pont » permet d’avoir accès à certaines applications du téléphone telles que le calendrier et le courriel. Lorsque l’on coupe la connexion, on perd toute information. On doit retourner au téléphone en cas de besoin. Ça offre plus de sécurité, mais ce n’est pas pratique pour tout le monde. Malheureusement, sans un BlackBerry, il est impossible d’avoir accès à ses courriels ou à son calendrier sans passer par le navigateur. RIM promet que des applications dédiées seront disponibles dans deux mois.
On peut partager la connexion 3G de son téléphone intelligent - pas uniquement le BlackBerry - avec sa tablette Wi-Fi.
Multitâche et navigation Internet
Une des caractéristiques intéressantes du PlayBook est la possibilité de faire rouler plusieurs applications en même temps. RIM parle de la possibilité de faire fonctionner 10 applications en même temps. Évidemment, en abuser diminuera la capacité de la batterie, mais on peut donc écouter de la musique en écrivant un texte tout en faisant de la recherche sur Internet.
Ce qui est surtout intéressant pour les gens qui font des présentations est la capacité de se brancher à un téléviseur par la sortie micro-HDMI (et à l’achat du câble nécessaire). Le multitâche nous permet, par exemple, de montrer une présentation PowerPoint sur le téléviseur tout en ayant accès à ses notes sur la tablette.
Le PlayBook supporte la version mobile d’Adobe Flash (10.2). L’avantage est d’avoir un navigateur complet, sans tomber sur la version mobile des sites Internet. L’expérience ressemble de très près à ce qu’on connaît sur un ordinateur. Le désavantage est la lenteur de la navigation, causée, entre autres, par Flash. On peut au moins désactiver les fenêtres Internet publicitaires (pop-up). Les dimensions de l‘écran ne sont pas idéales pour bien profiter de cette expérience de navigation. Des zooms incessants dans la page sont nécessaires.
Un échec?
Adam Hartung du Forbes a écrit une chronique intéressante dimanche dernier à propos de la stratégie incompréhensible de RIM. Selon lui, la compagnie tente de protéger ses acquis et ses vieux produits au lieu de suivre la vague et de se moderniser afin d’aller chercher un nouveau marché. RIM verrait même d’un bon œil que de plus en plus d’employés possèdent deux téléphones : un BlackBerry fourni par la compagnie, et un iPhone ou Android pour leur besoin personnel. Pour les dirigeants de RIM, c’est la preuve qu’ils possèdent le téléphone des affaires et que les compagnies risquent de choisir la tablette conçue essentiellement pour une bonne communication entre les deux appareils. Mais pour Adam Hartung, c’est ce qui va les mener à leur perte. Les ententes de certaines compagnies avec RIM se terminent, et de plus en plus de compagnies permettent maintenant à leurs employés de choisir le téléphone intelligent de leur choix. Selon lui, Microsoft et Nokia ont plus de chance de s’en sortir que RIM.
Ce qui est certain, c’est que RIM aurait mieux fait de sortir sa tablette cet été au lieu de se lancer dans un paquet de promesses de mises à jour. Les nombreuses critiques négatives dans tous les médias (spécialisés ou non) n’aideront en rien la popularité du PlayBook. Pour les consommateurs, il vaut mieux attendre les améliorations annoncées et aller l’essayer en magasin avant de se lancer dans l’achat d’un PlayBook.
Je suis allée à RDI matin parler du lancement du PlayBook aujourd’hui. Si vous l’avez manqué, on peut écouter ici.
Pour toutes les caractéristiques de l’appareil: blackberry.com/playbook-tablet