Billets classés sous ‘reportage’

Quelques jours avant que Twitter célèbre son cinquième anniversaire, le service de microblogage a fait coïncider la publication d’un communiqué concernant l’avenir de ses développeurs tiers avec l’ouverture de la portion interactive du festival South by Southwest (SXSW). En somme, elle décourage formellement les développeurs de poursuivre la réalisation d’un « simple » client Twitter, une application qui reproduit les mêmes fonctionnalités que les applications officielles.

Tout ceci afin de ne pas semer la confusion auprès de sa clientèle. Du moins, c’est ce qu’on tente de nous faire croire…

La mort de Twitter?

So long and thanks for all the fish

Selon Ryan Sarver, directeur de la plateforme pour Twitter, les utilisateurs sont embrouillés quand vient le moment d’utiliser leur service par le biais d’applications tierces, des applications produites par des développeurs indépendants de Twitter. Puisque l’affichage du contenu n’est pas constant entre les diverses applications, Twitter considère qu’elle est la seule disposée à entretenir le contact direct avec ses utilisateurs.

With more people joining Twitter and accessing the service in multiple ways, a consistent user experience is more crucial than ever. As we talked about last April, this was our motivation for buying Tweetie and developing our own official iPhone app. It is the reason why we have developed official apps for the Mac, iPad, Android and Windows Phone, and worked with RIM on their Twitter for Blackberry app. As a result, the top five ways that people access Twitter are official Twitter apps.

Ryan Sarver, directeur de la plateforme chez Twitter

Il faut comprendre qu’un tel changement de mentalité est un affront majeur fait aux développeurs externes qui ont grandement contribué au succès de Twitter. À l’époque où l’attention des effectifs de la compagnie était concentrée sur le maintien de la plateforme, elle encouragea les développeurs indépendants à proposer des applications dédiées de toutes sortes avec le dévoilement de son API. De plus, sa communauté est responsable de l’évolution du service sur plusieurs plans : l’utilisation de @ pour diriger notre message vers un autre utilisateur et l’utilisation du # pour identifier des filtres (hashtags), deux éléments aujourd’hui essentiels au fonctionnement de Twitter, ont été proposés par des sources extérieures à l’entreprise. Sans oublier le retweet (RT), une autre convention d’abord propulsée par la communauté.

Cesser d’innover, c’est le temps de rentabiliser

Reportage est un client Twitter pour iPhone, développé à Montréal. Il favorise la lecture des messages par conversation plutôt que par chronologie. Votre attention est donc portée sur un fil de discussion spécifique plutôt que sur l’ensemble des intervenants. Telle une vieille radio, il vous est possible de syntoniser un voisin sur une ligne de temps horizontale afin de changer de conversation. Cette façon de consulter Twitter est radicalement différente de celle proposée par ses concepteurs.

Aujourd’hui, Twitter tolère la communication entre les applications tierces existantes comme celle-ci et sa plateforme, mais pour encore combien de temps?

Je crois que Twitter est en train de resserrer de façon radicale la façon d’accéder à son service. Cela afin de mieux contrôler la façon de le monnayer. Avec plus de 750 000 applications enregistrées chez eux, ils veulent s’assurer que l’ensemble des utilisateurs a une expérience semblable. Cependant, pour les développeurs de client Twitter comme nous avec Reportage, c’est un peu comme développer sous une épée de Damocles. On ne sait jamais quand on va se faire retirer l’accès à son API.

Martin Dufort, président de WhereCloud

On comprend que la principale motivation derrière la décision de Twitter est pécuniaire, sans quoi elle aurait transmis à ses développeurs une charte de règles à respecter afin d’assurer une certaine uniformité à l’ensemble des applications. Surtout que cette nouvelle coïncide avec l’arrivée de la bande des tendances (trends), introduite récemment dans les applications officielles. Constituée d’une dizaine de termes, elle comprend généralement un ou deux filtres promotionnels (clairement identifiés), parmi lesquels Twitter génère du profit. Vous devinez que dans ce contexte, les applications tierces n’ont aucun intérêt à servir d’intermédiaire entre les termes promus et ses utilisateurs.

Sans oublier que Twitter a déjà annoncé son intention d’incorporer des tweets promotionnels, qui pourraient également être (accidentellement) bloqués par des applications proposant un mode visuel différent, comme dans le cas de Reportage.

Une solution de rechange libre?

Plutôt qu’être à la merci d’une autre compagnie, les développeurs auraient tout avantage à développer sur une plateforme ouverte, comme celle proposée par StatusNet avec le service Identica. Malheureusement, le principal désavantage de cette solution de rechange est son taux d’adoption par les internautes, de loin inférieur à celui de Twitter.

Néanmoins, cette initiative pourrait gagner en popularité, advenant le cas où l’introduction du concept publicitaire de Twitter serait mal accueillie par sa communauté. On ne doit rien tenir pour acquis.