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Catherine MathysLa balado : un moyen de diffusion qui a de l’avenir

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 publié le 28 novembre 2014 à 11 h 53

Connaissez-vous la baladodiffusion Serial? Véritable phénomène avec ses 5 millions de téléchargements ou d’écoute en flux continu sur iTunes seulement, elle serait même le plus grand succès que le genre ait connu depuis sa création. Elle raconte l’histoire, sur le mode du radio-documentaire, d’une journaliste qui rouvre une enquête sur le meurtre d’une adolescente de Baltimore en 1999. On vient d’ailleurs de confirmer qu’il y aura une deuxième saison de la série.

SERIAL

Baladodiffusion : la petite histoire

La baladodiffusion a environ 10 ans. Le mot anglais podcasting vient de la contraction d’iPod, le baladeur numérique d’Apple et de broadcasting, qui veut dire « diffusion ». Ce nom aurait été trouvé par Adam Curry, ex-VJ à MTV, qui a grandement contribué à la popularisation du concept. On l’appelle d’ailleurs le « podfather », soit « père de la baladodiffusion ».

La baladodiffusion a connu un développement en dents de scie. Dans les dernières années, le New York Times et le Boston Globe ont peu à peu abandonné les leurs par manque d’intérêt et de revenu. Mais le vent semble tourner.

Le vent dans les voiles

Dans les six derniers mois aux États-Unis, plusieurs réseaux de baladodiffusions issus de radiodiffuseurs publics ont vu le jour : Infinite Guest par American Public Media, SoundWorks par PRI, et Radiotopia par PRX. La chaîne publique WNYC a également ajouté davantage de baladodiffusions à son offre, qui comprenait déjà Radiolab, qui a eu beaucoup de succès. C’est la même chaîne qui produit Serial. 

Même les médias écrits se sont lancés dans la mêlée. Le magazine Slate aurait doublé sa production de baladodiffusion dans les deux dernières années. Il en produit même une sur l’épisode de la semaine de Serial. Une balado sur une balado. Mise en abyme, s’il en est.

Cela dit, le financement de la première saison de Serial n’a pas été de tout repos. L’équipe a même dû puiser à même les fonds de l’émission de radio This American life, produite par la même station. Il fallait trouver d’autres moyens de financer une éventuelle seconde saison. Le public a répondu présent à ces demandes de dons. Additionnés aux commandites, ces derniers assurent donc une continuité à la série.

La clé du succès des balados

Selon le Washington Post, il y a eu 1 milliard d’abonnements à des baladodiffusions en tout genre l’an dernier aux États-Unis. Ils sont 75 millions d’auditeurs chaque mois. Alors que la radio traditionnelle rejoint encore 240 millions d’auditeurs par semaine, les avancées de la mobilité promettent un brillant avenir pour les baladodiffusions.

Cela dit, l’engouement renouvelé autour de ce mode de diffusion ne serait pas étranger à sa monétisation. Il semble que la publicité des baladodiffusions ait trouvé un auditoire complètement captif. En effet, comme le souligne Andy Bowers, de Slate, on ne peut pas changer de poste comme à la radio, et peu font l’effort de sauter la publicité de peur de manquer du contenu.

Selon une étude interne de Midroll Media, qui produit notamment le réseau de baladodiffusions Earwolf et qui vend de la publicité pour baladodiffusions, sur 300 000 auditeurs, 63 % auraient acheté un produit après sa présentation dans une balado. Ce genre de chiffres fait monter les enchères pour l’achat d’espace publicitaire et, en bout de piste, ce sont les baladodiffusions qui en bénéficient.

La relation d’intimité des auditeurs avec l’animateur de la balado serait également un facteur. Ce serait vu comme une recommandation plutôt que comme une publicité, d’où l’intérêt de signaler clairement le contenu créatif du contenu publicitaire pour éviter toute confusion.

La mobilité garante de l’avenir

Et quand on aime les balados, on les aime beaucoup. Un Américain sur 5 qui en consomme, en écoute en moyenne 6 par semaine. Une des explications à cette popularité réside dans la facilité d’utilisation, mais aussi dans la croissance fulgurante de la mobilité un peu partout. En juin dernier, comScore dénombrait 18 millions de téléphones intelligents au Canada, soit une augmentation de 12 % par rapport à juin 2013.

Cela dit, au Canada, la baladodiffusion ne génère pas encore les mêmes chiffres qu’aux États-Unis, que ce soit en matière d’auditoire ou de revenus. Notre partenaire anglophone, CBC, serait le plus gros joueur de notre côté de la frontière avec plus de 1 million de téléchargements de baladodiffusions par semaine.

Jusqu’à présent, CBC faisait des tests en créant du contenu exclusivement pour la baladodiffusion avec l’appui de commanditaires. Toutefois, comme l’auditoire était considéré comme trop petit, les publicitaires ne semblaient pas convaincus. Mais, selon Chris Boyce, directeur de la radio et de l’audio à CBC, le vent semble tourner grâce aux plateformes numériques, qui permettent de consommer du contenu radiophonique n’importe où et n’importe quand.

 

Vendredi dernier, j’étais l’invité de l’émission Bande à part afin de parler de l’état des lieux de la baladodiffusion au Québec dans une table ronde avec Benoît Mercier et Laurent Maisonnave. J’ai trouvé les questions de l’animateur Alexandre Courteau si bonnes qu’il m’est venu l’idée d’écrire sur le sujet, afin de compléter mes réponses (tout en relevant les bonnes interventions de mes collègues).

Benoît Mercier, moi-même et Laurent Maisonnave

Il faut dire que le sujet s’inscrit dans l’actualité, puisque l’équipe de l’émission Les mystérieux étonnants ont organisé le Podcast All-Stars, un premier rendez-vous des acteurs de certains des meilleurs balados du Québec sur la terrasse d’Ubisoft Montréal en début de semaine.

Un déséquilibre entre les hommes et les femmes?

D’entrée de jeu, Alexandre nous demande pourquoi aucune femme ne se trouve à la table de discussion. S’il est vrai que la gent féminine n’était à peu près pas représentée à l’événement, il serait faux de croire que ce fut toujours le cas.

En fait, j’ai de la difficulté à ne pas avoir en tête des noms de femmes quand je pense aux premiers balados québécois m’ayant le plus influencé. Il y a d’abord Vu d’ici / Seen from here, une émission musicale animée par Marie-Chantale Turgeon, mise à jour de 2005 à 2007. Ensuite 45 tours, le balado de P45 était une émission également musicale, animée par Julien Cayer, accompagné d’Annie et Catherine Bélanger, mise en ligne de 2006 à 2008. Du côté de la vidéo, on retrouve Casey Mckinnon à la barre de Kitkast, une capsule informative sur le sexe, ayant débuté en 2005 (sans oublier Galacticast lancée en 2006). Finalement, urler.tv, un collage vidéo collectif mensuel, piloté par Véronique Boisjoly et Anne-Marie Bergeron.

Ça fait quand même beaucoup de femmes. Mais où sont-elles aujourd’hui? La question demeure entière. Je dois admettre que je ne connais pas la totalité de l’offre de baladodiffusion québécoise, alors si vous en connaissez, je vous invite à nous les faire découvrir dans la section commentaires ci-bas.

L’avenir de la baladodiffusion

Est-ce une mode passagère ou est-ce que ça va rester? La sacro-sainte question. Selon Benoît, puisque les outils sont maintenant dans les mains du public, il va de soi que cette méthode de transmission est là pour rester. Ce débat me fait beaucoup penser à la mort annoncée de la radio, au moment où la télévision gagnait en popularité dans les foyers (particulièrement en Amérique du Nord). Une hypothèse qui ne sera jamais confirmée à mon humble avis.

Selon Patrick Beauduin, responsable à Radio-Canada de la Première Chaîne et d’Espace musique, la baladodiffusion est une technologie de transition qui cédera bientôt sa place à la diffusion sur le web, un moyen plus simple d’obtenir du contenu. Effectivement, cette façon de s’alimenter est plus efficace, mais ne peut devenir la norme dans un monde où on n’est pas perpétuellement connecté à Internet – lorsqu’on se trouve en avion ou dans le métro par exemple.

Je crois qu’il ne faut pas confondre l’outil et le contenu. La baladodiffusion est une méthode de transmission sur le web de contenu audio ou vidéo par fil RSS. L’auditeur peut s’abonner à une émission (communément appelée podcast, ou balado) en ajoutant l’adresse du fil RSS dans les signets d’un agrégateur de contenu (un logiciel, tel iTunes) d’obtenir le plus récent contenu de façon automatique. Le RSS est une technologie « béton » qui est au centre de tout le web d’aujourd’hui.

Par rapport au contenu, il faut faire une distinction claire entre le contenu des médias traditionnels et le contenu indépendant (qui englobe une importante sous-catégorie : le journalisme citoyen). Les invités à l’événement Podcast All-Stars sont tous des créateurs de contenu indépendant. Si la baladodiffusion disparaît du jour au lendemain, ceux-ci trouveront le moyen de livrer leur contenu autrement.

Le cas CUTV, la télévision communautaire de l’Université de Concordia qui a joué un rôle important avec sa couverture des manifestations du printemps dernier, ferait frémir les médias de masse selon l’animateur de Bande à part. Outre le fait qu’il ne s’agit pas concrètement d’un balado, cette démarche s’inscrit dans le journalisme citoyen, une sorte de retour du balancier face à la crainte que certains médias puissent influencer la manière de rapporter l’information. Ces deux types de journalisme sont complémentaires, selon Laurent Maisonnave.

L’auditeur ne risque-t-il pas de préférer les contenus spécialisés au détriment de ceux proposés par les grands médias? Je crois que l’être humain aime la variété. Sans compter que cette préférence peut varier d’une personne à l’autre.

Le contenu indépendant, tant audio que vidéo, est loin d’être sur le point de disparaître. Heureusement.

À lire également :

Les amateurs de médias sociaux et de baladodiffusion ont rendez-vous à Toronto cette fin de semaine pour la cinquième édition de PodCamp Toronto, la plus importante anticonférence spécialisée en nouveaux médias au Canada. 

PodCamp Toronto 2011

Pour ma part, visiter la Ville Reine en février afin de partager ma passion pour la baladodiffusion est maintenant un rituel annuel. Mais qu’est-ce que ça mange en hiver, un PodCamp?

Pod… comme dans podcasting?

Effectivement, PodCamp est un concept d’anticonférence, inspiré par BarCamp, ayant comme thème la baladodiffusion. Les réseaux sociaux sont rapidement devenus un sujet connexe à l’événement, à un point tel que malgré son nom contradictoire, les ateliers d’un PodCamp ont tendance à traiter plus souvent de médias sociaux que de baladodiffusion. C’est d’ailleurs à la suite d’un atelier livré à PodCamp Toronto que j’ai joint Twitter en 2008.

Tout comme le BookCamp Montréal ayant eu lieu en novembre dernier, PodCamp Toronto est un événement qui se caractérise par son fonctionnement participatif et ouvert. Si vous avez déjà assisté à une conférence exposant un point de vue complètement réactionnaire, prétentieux ou ennuyant sur un sujet que vous maîtrisez, vous allez adorer la formule. Le concept d’anticonférence se base sur le principe que la somme de l’expertise des gens qui assistent à une conférence est souvent plus grande que celle du conférencier. Évidemment, cette hypothèse n’est pas absolue, mais quand elle se confirme, les participants sont heureux de se trouver dans une anticonférence.

PodCamp Toronto 2010 par Eva Blue

PodCamp Toronto 2010. Photo (cc) Eva Blue

Contrairement à certaines conférences traditionnelles, qui forcent les visiteurs à assister au même monologue en communion, PodCamp propose différents ateliers livrés en parallèle. Les participants ont donc le loisir de choisir des sujets qui les intéressent et ainsi de vivre une expérience plus personnalisée. PodCamp Toronto propose 11 salles où se tiendront des ateliers simultanés, totalisant un maximum de 110 ateliers en 2 jours. La variété sera donc au rendez-vous, sans compter que plusieurs événements improvisés viendront peupler les salles libres.

Voici les règles appliquées lors d’un PodCamp :

  • Les participants doivent être traités de façon équitable. Tout le monde est une rock star.
  • Le contenu des ateliers doit être publié sous une licence Creative Commons.
  • Quiconque doit être en mesure de participer s’il le désire.
  • Les ateliers doivent respecter la « règle des deux pieds » – si un atelier vous ennuie, on vous encourage à vous lever et aller voir d’autres ateliers

Sujets en vedette cette année

Même si je suis un amoureux des discussions de corridor que permet ce genre d’événement, j’ai quand même une liste de quelques sujets à surveiller :

PodCamp Toronto aura lieu les 26 et 27 février prochains à l’Université Ryerson, à Toronto. L’événement est gratuit et ouvert à tous. Visitez le site web pour vous y inscrire, vous familiariser avec le comité organisateur et consulter l’horaire. Surveillez le filtre #pcto2011 sur Twitter en fin de semaine, afin d’obtenir un compte rendu de certains ateliers en direct.

À noter que l’équivalent montréalais, PodCamp Montréal, devrait avoir lieu en septembre prochain, pour ceux et celles qui ne peuvent malheureusement pas assister à celui-ci.

Laurent LaSalleJournée nationale de la baladodiffusion au Canada

par

 publié le 2 décembre 2010 à 14 h 20

Êtes-vous familiers avec la baladodiffusion canadienne? Je ne parle pas ici du contenu proposé par Radio-Canada ou autres dérivés récupérés de la radio, mais bien de productions indépendantes dont la destination principale est le web.

La plupart des baladodiffuseurs indépendants commencent par une simple expérimentation, pour combler le temps perdu. Le concept se présente d’abord comme un passe-temps, et devient finalement un sérieux projet. Malheureusement, il arrive trop souvent qu’on note une légère baisse dans la fréquence de diffusion : la vie personnelle et professionnelle rattrape le bénévole, qui revoit l’ordre de ses priorités. Jusqu’au jour où l’émission ne revient plus.

 
Réveillez-vous!

Dans une tentative de réveiller les balados endormis, Bob Goyetche et Mark Blevis ont décidé de faire du 1er décembre la Journée nationale de la baladodiffusion canadienne. Les animateurs du Canadian Podcast Buffet ont invité leurs fidèles auditeurs ayant déjà réalisé des balados à mettre en ligne une nouvelle émission pour cette journée. On n’exigeait rien d’autre qu’une émission régulière, représentative des épisodes antérieurs.

C’est dans ce contexte que je vous invite à découvrir (ou redécouvrir) l’ensemble des balados indépendants produits au pays. Il est toujours plus agréable de faire connaissance avec une émission fraîche qu’un épisode plus âgé. CanadaPodcasts.ca est le principal répertoire de baladodiffusions canadiennes, avec 508 inscriptions. De son côté, CastRoller permet l’écoute des émissions ayant participé au mouvement, par le biais de leur lecteur audio (inutile de télécharger quoi que ce soit).

En espérant une plus grande présence francophone l’an prochain…