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De nombreux téléviseurs 4K, ou ultra-haute définition (UHD), seront vendus au rabais au cours des prochains jours à l’occasion du Vendredi fou (ou « Black Friday »), une tradition américaine de magasinage de plus en plus populaire au Canada également. Malgré une année 2015 importante pour la 4K, les consommateurs avertis devraient toutefois patienter encore un peu avant d’adopter cette technologie.

La 4K, une résolution quatre fois plus grande que la haute définition habituelle, a le vent dans les voiles cette année : les nouveaux modèles dévoilés en janvier au CES 2015 étaient beaucoup plus abordables que par les années précédentes, le service Netflix a commencé la diffusion de séries en UHD, et Vidéotron a même lancé au Québec un service UHD sur demande.

Malgré tout, et même s’il serait grand temps de changer ma vieille télé bon marché incapable de distinguer le noir du gris foncé, je ne profiterai pas des rabais offerts en fin de semaine. Voici pourquoi.

Le standard évolue
La raison la plus importante de ne pas opter dès maintenant pour une nouvelle télé UHD, surtout les modèles plus abordables, est que le standard évolue toujours et que la plupart des télés sur le marché ne sont pas compatibles avec tous les avantages de la nouvelle technologie.

C’est tout particulièrement le cas avec la HDR, ou l’imagerie à grande gamme dynamique, une technologie qui permet aux téléviseurs d’afficher de meilleurs contrastes et de meilleures couleurs. Si l’industrie de la télévision annonce souvent des nouveautés du genre qui tombent rapidement à plat, la HDR a véritablement un effet positif sur la qualité de l’image et devrait, avec le temps, être adoptée par l’ensemble de l’industrie (Netflix a notamment annoncé son intention de diffuser ses séries en HDR, probablement au début de 2016).

Malheureusement, seule une poignée de téléviseurs sont compatibles pour l’instant. Certains téléviseurs UHD et HDR sont vendus au rabais à l’occasion du Vendredi fou, mais ceux-ci ne sont généralement pas équipés d’une prise HDMI 2.0a.

Cette prise sera notamment nécessaire pour profiter de la HDR avec les futurs lecteurs de disques Blu-ray UHD, qui n’ont toujours pas été lancés.

Les prix continuent de baisser
La 4K est aussi de plus en plus abordable, une tendance qui ne semble pas près de s’arrêter.

En fait, il serait étonnant que le prix des modèles les plus abordables diminue radicalement au cours de la prochaine année – après tout, certains téléviseurs 4K ne coûteront que 700 $ lors du Vendredi fou –, mais le prix des modèles de meilleure qualité devrait continuer de baisser, et l’on devrait pouvoir obtenir de meilleures caractéristiques pour un prix équivalent avec les gammes lancées en 2016 et en 2017.

Bref, les téléviseurs 4K seront vendus lors du Vendredi fou à un prix acceptable, mais ceux qui ne sont pas pressés d’acheter pourront en obtenir plus pour leur argent avec le temps.

Le contenu est encore limité
Avec Illico 4K Ultra-HD de Vidéotron et avec Netflix qui propose ses propres séries en UHD, il y a beaucoup plus de contenu UHD accessible en 2015 qu’en 2014. Et il y en aura encore plus en 2016, avec Rogers qui a, par exemple, promis de diffuser 100 événements sportifs en direct en 4K.

Dans la vie de tous les jours, on ne peut toutefois tirer le plein potentiel de son téléviseur UHD qu’avec une petite fraction de ce qu’on écoute.

Le contenu offert est suffisant pour permettre d’apprécier son téléviseur 4K (ce qui n’était pas le cas l’année dernière), mais force est de constater que ceux qui possèdent une télé HD ordinaire ne ratent pas grand-chose pour l’instant.

Pas de presse
La technologie 4K est plus prête qu’elle ne l’a jamais été, et les acheteurs précoces qui profiteront des aubaines du Vendredi fou cette année ne regretteront probablement pas leur investissement.

Ceux qui attendront un peu plus longtemps feront toutefois une meilleure affaire, tant à court terme (à cause des prix qui diminuent) qu’à long terme (à cause de la technologie qui évolue), et ce, sans rater quoi que ce soit d’important d’ici là (à cause du contenu encore limité).

Bref, même si ce n’est pas l’envie qui manque, je vais passer mon tour encore une fois cette année.

Catherine MathysShomi : la nouvelle concurrence de Netflix

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 publié le 20 août 2015 à 12 h 04

Shomi, le service de visionnement en flux continu, devient accessible à tous. Jusqu’à présent, il n’était réservé qu’aux abonnés de Rogers et de Shaw. Mais à partir d’aujourd’hui, tout ce dont vous aurez besoin pour y accéder est une connexion Internet.

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Après votre premier mois gratuit, il vous en coûtera 8,99 $ par mois pour accéder aux plus de 340 heures de télévision et aux 1200 films qui viennent compléter l’offre en ligne de Netflix (dont l’offre standard est fixée au même prix). Notons que l’autre service du même genre, CraveTV, est encore réservé aux abonnés de Bell, mais un accès universel est prévu dès janvier 2016.

La nouvelle donne

Comme Shomi n’était accessible qu’à 4,3 millions d’abonnés par câble, la plupart des utilisateurs en profitaient par le biais de leur décodeur. La donne risque de changer avec l’augmentation du phénomène de désabonnements au câble, ceux qui délaissent la télévision traditionnelle pour se rabattre sur Internet comme principale source de contenu vidéo.

Si on en croît cette étude rapportée sur le site Branchez-vous, les services comme Shomi seraient, en partie, à blâmer.

« Au banc des accusés, on trouve sans surprise Netflix, mais également des périphériques comme l’Apple TV, le Chromecast et le Roku, dont le fonctionnement est beaucoup plus convivial aujourd’hui qu’il y a 5 ou 10 ans. »

Shomi sera d’ailleurs offert sur ces équipements en plus des tablettes, mobiles, web et Xbox360.

La différence Shomi?

Shomi souhaite se distinguer de ses concurrents entre autres par un service d’édition de contenu humain. En effet, le service propose les recommandations d’une équipe de contenu de 10 à 15 personnes qui personnalisent des listes pour les utilisateurs. De plus, l’offre de Shomi propose 30 % de contenu canadien.

Cela dit, sans grande surprise, le contenu qui fonctionne le mieux sur ce type de plateforme est un peu le même que celui qui fait le succès de Netflix, c’est-à-dire les séries qu’on peut écouter en rafale. D’ailleurs, on y trouve de nombreuses séries exclusives, comme Fresh Off the Boat, Empire, Vikings, Transparent, Jane the Virgin, Outlander, Sons of Anarchy, Black Sails, et iZombie.

Êtes-vous tentés?

Catherine MathysPourquoi les diffuseurs français ont peur de Netflix

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 publié le 22 septembre 2014 à 14 h 35

Depuis une semaine, les Français, mais aussi les Allemands, les Autrichiens, les Belges, les Suisses et les Luxembourgeois, ont enfin accès à Netflix, 17 ans après les Américains. Même si une panne de service a marqué son premier dimanche en Europe du Nord, le géant de la vidéo à la demande, fort de ses 50 millions d’abonnés, fait trembler la concurrence européenne, mais surtout française, et ce, tant en ligne qu’au petit écran. Retour sur un succès made in USA à la conquête de nouveaux marchés.

Netflix

Le succès de Netflix

C’est d’abord l’industrie du club vidéo qui a subi la concurrence de Netflix. En effet, on a parfois tendance à l’oublier, mais au départ, et ce, pour le plus clair de son histoire, Netflix a été un service de location illimitée de DVD qu’on recevait par la poste pour une somme dérisoire. Comme le mentionne Robert Thompson, professeur de culture populaire à l’Université de Syracuse, dans l’État de New York, dans cet article de La Presse, il est ironique de constater que les débuts de Netflix, maintenant un fleuron du numérique, reposaient en bonne partie « sur la plus vieille technologie possible : la poste! ».

Certains n’hésitent pas à dire que si des clubs vidéo comme la chaîne BlockBuster ont périclité, c’est en partie à cause de Netflix, qui offrait le même service de location de films, mais à moindre coût et sans sortir de chez soi. Internet est apparu beaucoup plus tard dans l’histoire de l’entreprise américaine. En effet, ce n’est qu’en 2010 que Netflix s’est tournée vers la diffusion en ligne. D’ailleurs, lorsque son service a été lancé au Canada cette même année, l’envoi de DVD n’était déjà plus dans son offre.

Cela dit, la transition du DVD au visionnement en ligne ne s’est pas faite sans heurts. En effet, après avoir augmenté ses prix de 60 % pour une offre combinée de DVD et de visionnement en ligne, Netflix a soulevé l’ire de sa clientèle. C’est que les droits du numérique ne se négocient pas de la même façon que les droits des DVD. Et Netflix a dû à nouveau se repositionner pour ne pas disparaître.

La voilà, la clé du succès de Netflix. Elle se situe dans sa capacité à s’adapter aux changements du marché. Ainsi, les négociations avec les producteurs devenant de plus en plus ardues, Netflix s’est elle-même lancée dans la production de contenu. Dans une entrevue parue dans le magazine GQ de février 2013, le responsable des contenus de Netflix, Ted Sarandos, l’a clairement énoncé : « The goal is to become HBO faster than HBO can become us. » Netflix devenait, par le fait même, un féroce concurrent dans l’industrie de la diffusion en ligne, mais aussi, et surtout, un nouveau concurrent des diffuseurs traditionnels.

Les craintes des diffuseurs français

C’est pour ça que les diffuseurs français voient l’arrivée de Netflix d’un bien mauvais œil, et tout indique qu’ils ont raison de s’inquiéter. Cet article de La Presse rapporte que Reed Hastings, le patron de Netflix, souhaite s’implanter en Europe dans « un tiers des foyers d’ici 5 à 10 ans ». Dans ce même article, Nicolas Reffait, du cabinet BearingPoint, l’explique bien : « La croissance territoriale est nécessaire pour que le business fonctionne. Quand on crée un marché à bas prix, on a intérêt à élargir la base des utilisateurs. » C’est que la majorité des utilisateurs de Netflix se trouve encore aux États-Unis (36 des 50 millions d’abonnés sont américains). L’entreprise cherche donc à étaler ses tentacules.

Et ses concurrents l’ont bien compris. Une étude réalisée par la Chaire Médias et Marques de ParisTech mentionne que les financements de ces deux secteurs de l’audiovisuel et du cinéma français pourraient s’effondrer en raison de la présence de l’entreprise américaine. Plusieurs entreprises ont donc déjà commencé à revoir leur offre ou à baisser leur prix. C’est le cas de Canal + et de son service de vidéo à la demande Canal Play. Un autre acteur du milieu, Numéricable, lance aussi Séries-Flix, un service de vidéo à la demande uniquement consacré aux séries.

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La France plus menacée que les autres?

Les craintes des diffuseurs français sont nombreuses, mais citons d’abord celle que l’on appelle la distorsion de concurrence. C’est que Netflix fournira son service à partir des Pays-Bas, ce qui lui permet de se soustraire aux règles fiscales françaises et à l’obligation de contribuer au financement de la création.

Une autre crainte concerne les bas prix de l’offre de Netflix. Les concurrents français n’auront pas le choix de baisser leurs tarifs pour s’aligner sur les siens. Mais au final, c’est un vieux système qui se frappe à l’instantanéité du web qui fait peur. Comme le mentionne Agnès Lanoë, directrice de la prospective et de la stratégie d’Arte dans un article de 01net.com : « Avec Netflix, l’individu se retrouve seul face à un catalogue immense. Et c’est une machine qui lui adresse des recommandations pour faire ses choix. C’est toute la différence avec une chaîne de télévision comme la nôtre qui fait des choix éditoriaux. »

Mais ce qui fait le plus peur, selon cet article, c’est la grande dépendance des Français envers le contenu américain, et justement, Netflix en sera un vecteur direct. « La télévision française est devenue un organe de rediffusion plutôt qu’un organe de création. Son principal fournisseur? Le pays de Netflix! Il serait hasardeux d’affirmer que ce rapport de force représente l’avenir de la télévision française… mais il en constitue en revanche une faiblesse qui fait de notre pays une terre d’asile pour le géant américain de la vidéo à la demande. »

Ce ne sont donc pas que les concurrents de la vidéo à la demande qui tremblent devant l’arrivée de Netflix, mais aussi tous les diffuseurs français, puisque que le géant américain diffuse également du contenu original comme House of cards et Orange is the new black. Les séries américaines sont une partie importante de la programmation télévisuelle en France, puisqu’elles représentent 41,7 % de l’offre de fiction, contre 37,4 % pour la fiction française.

Étrangement, les diffuseurs français pourraient mieux concurrencer Netflix en offrant plus de… contenus français. Ironie, quand tu nous tiens!

Catherine MathysLa télévision n’est pas encore morte

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 publié le 9 septembre 2014 à 14 h 48

Jeudi dernier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) publiait un certain nombre de données sur le secteur de la radiodiffusion au pays provenant du Rapport de surveillance des communications de 2014. Bien que des changements d’habitudes continuent d’être observés, les Canadiens ne consomment pas moins de télévision, au contraire.

Richard Harrington. Canada. Office national du film du Canada. Bibliothèque et Archives Canada, PA-111390

Richard Harrington. Canada. Office national du film du Canada. Bibliothèque et Archives Canada, PA-111390

Moins de salon, plus d’écrans

Comme c’est la tendance depuis quelques années, on passe moins de temps à regarder la télé sur un téléviseur. En effet, en 2013, le temps passé à regarder la télévision de manière conventionnelle a diminué, et ce, pour tous les groupes d’âge. La plus forte baisse concerne, sans surprise, les jeunes de 18 à 34 ans qui sont passés de 22,8 heures par semaine en 2012 à 21,9 heures par semaine en 2013.

Cela dit, ils ne regardent pas moins de contenu télévisuel. C’est plutôt que leur attention est divisée par le nombre de plateformes qu’ils utilisent. Ainsi, les Canadiens ont augmenté leur consommation de contenu télévisuel sur Internet en passant de 1,3 heure à 1,9 heure par semaine en 2013. Il s’agit là d’une tendance mondiale. La compagnie suédoise Ericsson vient elle aussi de publier un rapport sur la question après des entrevues réalisées auprès de 23 000 individus dans 23 pays, dont les données vont essentiellement dans le même sens que celles du CRTC. La télévision conventionnelle reste compétitive bien qu’elle soit en baisse et le visionnement en ligne gagne du terrain. Ainsi, 77 % des consommateurs continuent de regarder la télévision conventionnelle bien que 75 % d’entre eux regardent du contenu en ligne plusieurs fois par semaine. Cela dit, il demeure certains obstacles de taille pour la progression du visionnement en ligne comme le coût du trafic des données, surtout au Canada.

Le prix du visionnement en ligne

En 2013, l’OCDE réalisait une étude selon laquelle le Canada se classait parmi les 10 pays où l’accès à Internet est le plus coûteux, que ce soit sur le plan de la bande passante ou celui des forfaits de données mobiles. Et pendant que la vitesse de la bande passante augmente, les coûts, eux aussi, continuent d’augmenter. Cet état de fait peut vous sembler dans l’ordre des choses, mais sachez que c’est le contraire dans la majorité des pays membres de l’OCDE, c’est-à-dire que la vitesse d’Internet augmente pendant que les prix d’abonnement sont à la baisse.

À moyen terme, il s’agit là d’un frein à la consommation de contenu sur le web. Et bien qu’on mentionne souvent la popularité de Netflix, il convient de relativiser les attentes. Dans le rapport du CRTC, on apprend que Netflix, bien qu’il gagne en popularité, reste un phénomène somme toute très marginal chez les francophones. Le taux d’adoption est passé de 5 à 7 % pour les auditeurs de langue française, alors qu’il se situe à 29 % chez les anglophones. Il faut dire que l’offre de produits québécois ou en français reste limitée.

Qu’à cela ne tienne, le patron du géant américain est convaincu qu’il s’agit de l’avenir pour le visionnement de contenu. Dans une récente entrevue accordée au magazine Télérama à l’occasion du lancement imminent du service en France, il a affirmé que la télévision traditionnelle était vouée à la disparition. Il croit que c’est le sport qui offrira un sursis au modèle, mais selon lui, la télévision « aura disparu dans 20 ans, car tout sera offert sur Internet ». Mais à quel prix?

Notre attachement à la télé conventionnelle

Bien que nous soyons de plus en plus nombreux à varier nos sources de visionnement de contenu télévisuel, les téléspectateurs traditionnels demeurent les plus nombreux dans de nombreux marchés. C’est la conclusion de l’étude de Strategy Analytics menée en décembre 2013 et en janvier 2014 auprès de plus de 4000 Européens et 2000 Américains. Les téléspectateurs passifs sont encore très présents. Ils sont très concentrés sur la télévision, ils ne parlent pas au téléphone, n’envoient pas de messages texte et ne consultent pas les médias sociaux. Pour le moment, c’est 3 personnes sur 10 qui font du visionnement multi-écrans, toujours selon Strategy Analytics. C’est beaucoup, mais c’est encore loin de la majorité et les habitudes des divers segments de population sont beaucoup plus variées qu’on ne le croirait. L’auteur du rapport mentionne d’ailleurs qu’il faudra repenser les façons de diviser les auditoires selon l’âge et le sexe qui sont utilisées tant par les diffuseurs que les annonceurs depuis 70 ans. Dans un même groupe d’âge, on peut retrouver des habitudes de visionnement complètement différentes.

Ainsi, la consommation de contenu sur une télévision conventionnelle diminue, mais certains indices montrent que nous y sommes toujours bien attachés et qu’elle serait encore là pour quelque temps. Le rapport du CRTC indique que les Canadiens sont encore peu nombreux à se débrancher du câble. Nous étions 11,93 millions d’abonnés en 2012, nous sommes 11,92 millions en 2013. La différence est minime malgré l’impression du raz-de-marée numérique. Il semblerait que l’on tienne encore à l’offre télévisuelle traditionnelle malgré tout.

Maxime JohnsonLes studios hollywoodiens doivent-ils craindre Netflix?

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 publié le 21 février 2014 à 9 h 00

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La 86e cérémonie des Oscars marquera cette année l’arrivée de Netflix grâce à son film The square, en nomination comme meilleur documentaire. Après avoir fait sa place en télé (particulièrement grâce à la série House of cards) et dans le documentaire, est-ce que le service de diffusion de vidéos par abonnement sur Internet pourrait maintenant s’attaquer au cinéma?

Comprendre Netlfix
Comme je l’expliquais l’été dernier dans un billet, Netflix a une attitude particulière quand vient le temps de financer un projet. Alors qu’une chaîne de télé normale cherche simplement à obtenir de bonnes cotes d’écoute, afin de transformer son auditoire en revenus publicitaires, la popularité des projets n’est pas la principale considération de Netflix.

L’entreprise ne tire en effet aucun revenu de la publicité ou de l’écoute à la pièce, mais plutôt des frais d’abonnement de ses utilisateurs, généralement de 7,99 $ par mois.

Lorsque Netflix finance un documentaire ou une série télé, la compagnie le fait donc en espérant qu’elle pourra lui faire augmenter son nombre d’abonnés, et non simplement que la série soit regardée par ses abonnés actuels.

Pour Netflix, une série à succès est donc une série qui lui offre une bonne visibilité, que ce soit par le bouche à oreille, par les médias ou encore par les galas comme les Emmys l’été dernier, alors que sa série House of cards, avec Kevin Spacey, était en nomination dans neuf catégories.

Une bonne série devrait aussi séduire un nouveau public, qui pourrait autrement ne pas être intéressé par le service en ligne, et elle devrait contribuer à augmenter la satisfaction de ses clients existants pour qu’ils conservent leur abonnement.

Selon tous ces critères, House of cards, dont la seconde saison a été mise en ligne la semaine dernière, est évidemment un succès important pour l’entreprise. Mais même des séries moins populaires, comme Arrested development, pourraient donc aussi avoir valu la peine pour Netflix, alors qu’elles auraient probablement été considérées comme des échecs à la télévision traditionnelle.

Le cinéma convient à la stratégie de Netflix
Netflix a beaucoup d’argent à dépenser pour offrir du contenu à ses utilisateurs : plus de 3 milliards de dollars américains en 2014 seulement, selon la compagnie.

Une grande partie de ce budget sera évidemment occupée par des films et des séries produits par d’autres studios, ainsi que par les séries télé originales de Netflix, mais le financement d’un véritable film, qui devrait toutefois respecter certaines conditions, sera certainement considéré par l’entreprise.

Comme la compagnie l’a fait en s’associant à Kevin Spacey et à David Fincher pour House of cards, Netflix pourrait en effet financer un film d’auteur avec une bonne distribution d’acteurs.

Le nouveau film de George Clooney diffusé non pas au cinéma, mais directement chez vous? Pourquoi pas. Surtout qu’à 7,99 $ pour un mois, un abonnement à Netflix est moins cher qu’un billet de cinéma, même sans compter le popcorn.

Combien de personnes essaieraient Netflix pour la première fois, si c’était la seule façon de voir le nouveau film de Kathryn Bigelow ou de Quentin Tarantino? Quelle visibilité pourrait obtenir Netflix en offrant le nouveau film de Steven Spielberg?

Si la chose était inconcevable il n’y a pas si longtemps, elle l’est tout à fait aujourd’hui envisageable. Argo (44,5 millions), The artist (15 millions), Le discours du roi (15 millions), Démineurs (15 millions), Slumdog millionaire (15 millions): les cinq derniers films à avoir remporté le prix du meilleur film aux Oscars ont un budget total (104,5 millions de dollars) à peine plus élevé que ce que Netflix a payé pour mettre la main sur House of cards (100 millions $).

Si Netflix a l’occasion de mettre la main sur un projet de film avec de gros noms associés et un bon potentiel pour gagner des prix, elle serait folle de ne pas sauter sur l’occasion.

Kevin Spacey comme meilleur acteur et David Fincher comme meilleur réalisateur dans un film produit par Netflix aux Oscars en 2015 ou en 2016? Personnellement, je ne serais pas surpris.