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Laurent LaSalleCopyright, mashup et compagnie

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 publié le 5 juillet 2011 à 15 h 39

Mercredi dernier avait lieu la projection de RIP : A Remix Manifesto à l’occasion d’un ciné-débat organisé par HEC Montréal et Mosaic, en collaboration avec l’ONF (coproducteur du film en question). Le documentaire, réalisé en 2008 par le Montréalais Brett Gaylor, interroge le rôle du droit d’auteur dans l’ère numérique.

RIP: A Remix Manifesto

Il met en scène le travail créatif du musicien Gregg Michael Gillis, autrement connu sous le pseudonyme de Girl Talk, qui s’amuse à découper des microsegments de pièces musicales existantes, pour ensuite les manipuler dans le but de créer un collage musical (communément appelé mashup).

Whether or not you think this music is original isn’t the point. Because the rules of this game don’t depend on who made the songs. They depend on who owns the copyright. And according to the people that do, sampling even a single notes is ground for a lawsuit.

Brett Gaylor, réalisateur de RIP : A Remix Manifesto.

Il va sans dire que Girl Talk n’a pas libéré les droits des extraits qu’il utilise comme matériaux de construction dans ses chansons avec les organismes concernés. Le documentariste estime des frais de 4 200 000 $ pour la production d’un album de 16 mashups, advenant que tous les intervenants légaux soient d’accord avec la manipulation imposée à leurs oeuvres.

Le documentaire en version intégrale, aussi sur le site de l’ONF.

Le documentaire est ainsi divisé en quatre grandes parties, correspondant à la structure du Remix Manifesto.

  1. La culture se construit sur le passé.
  2. Le passé tente toujours de contrôler le futur.
  3. Notre futur est de moins en moins libre.
  4. Pour construire une société libre, nous devons limiter le contrôle du passé.

Le cas de Walt Disney

Alors que la loi américaine sur le terme des droits d’auteurs (Copyright Act of 1976) accordait la propriété intellectuelle d’une oeuvre jusqu’à 50 ans après la mort d’un auteur (75 ans après la publication d’une oeuvre en nom collectif d’entreprise), la Walt Disney Corporation exerça des pressions dans les années 90 pour prolonger cette période afin d’éviter de perdre la propriété de sa plus importante mascotte. Cette prolongation, nommée Copyright Term Extension Act, empêcha le personnage de Mickey Mouse de tomber dans le domaine public lors de son application en 1998.

Aujourd’hui, une oeuvre américaine est protégée jusqu’à 70 ans après la mort de son auteur, ou 95 ans suivant sa publication dans le cas d’une oeuvre en nom collectif d’entreprise. Ironique, quand on sait que Steamboat Willie (1923), le court métrage ayant introduit la populaire souris au monde entier, est une réinterprétation de Steamboat Bill, un long métrage paru la même année.

Le film présente des portions d’une conférence livrée par Lawrence Lessig, avocat américain et fondateur de Creative Commons, qui décrit le travail de Walt Disney comme un exemple de créations inspirées directement de contenus provenant du domaine public. Si les restrictions actuelles avaient été appliquées lors de l’ascension de Disney au siècle dernier, il aurait été difficile pour la compagnie de produire plusieurs chefs-d’oeuvre, tels que Pinocchio, Blanche Neige et Fantasia.

Ce qui était bon pour Disney n’est donc plus en vigueur pour la relève d’aujourd’hui.

Non pas un débat, mais une discussion

La soirée au titre trompeur a été plutôt l’occasion d’entendre une discussion harmonieuse sur la question du droit d’auteur dans un monde où le web est omniprésent. Malgré la présence d’intervenants aux parcours professionnels divergents, on ne semble pas avoir été en mesure de développer le sujet davantage à la suite de la projection d’un film trop bien ficelé pour qu’il soit remis en question.

Des nuances ont tout de même été apportées lors de la table ronde. La distinction entre le copyright à saveur britannique (droit patrimonial, surtout lié à la rétribution financière au propriétaire de l’oeuvre) et le droit d’auteur à saveur française (droit moral, surtout lié à l’attribution de la source originale de l’oeuvre, de l’idée) a retenu mon attention. Même si ces nuances sont aujourd’hui harmonisées par la Convention de Berne, l’histoire n’en demeure pas moins intéressante pour autant.

De revoir ce documentaire m’a fait me rendre compte à quel point le concept de Creative Commons était encore méconnu de mon entourage et du public en général. Je compte revenir sur ce concept vendredi prochain.