Billets classés sous ‘médias sociaux’

Gina DesjardinsLes Oscars et les médias sociaux

par

 publié le 27 février 2012 à 15 h 26
recommander

Avez-vous regardé la Cérémonie des Oscars hier soir? Si oui, utilisiez-vous un deuxième écran (une tablette, un téléphone intelligent ou un portable) en plus de regarder la télévision? La stratégie pour les médias sociaux de l’Académie était excellente. Facebook, Twitter, Instagram et leur site Internet ont été efficacement utilisés avant, pendant et après le gala. On a tout mis en place pour offrir du contenu aux adeptes du deuxième écran. Un bon exemple pour tout événement.

Le site Internet

Sur le site Internet, on pouvait regarder une diffusion en direct de ce qui se passait en coulisses (aussi sur l’application iOS). On donnait ainsi accès à une douzaine de caméras cachées dans la salle, sur le tapis rouge, dans le lobby, au party après gala, etc.

Le site comporte une section blogue, en plus d’une section regroupant les conversations Twitter. Maintenant que le gala est terminé, on a accès à de nombreuses photos et vidéos. On peut donc revoir les remerciements ou les stars sur le tapis rouge.

Twitter

D’abord, plusieurs jours avant, on a commencé à publier des messages Twitter en utilisant le mot-clic de la soirée (#Oscars) sur le compte de l’Académie (@TheAcademy) et celui de Billy Crystal (@BillyCrystal). Comme je le conseille souvent, ça ne sert à rien de mettre l’année de l’événement. Ça aurait été inutile d’utiliser #Oscars2012. Twitter n’archive pas assez longtemps pour que quelqu’un tombe sur un message de l’an dernier et ceux qui suivent le mot-clic savent bien dans quelle année ils sont. On évite ainsi la perte de 4 caractères inutile.

On avait aussi encouragé les gens à utiliser différents mots-clics pour la soirée. #CelebrateTheMovies pour partager ses souvenirs, #RedCarpetQA pour poser des questions aux stars (certaines questions étaient choisies par les animateurs du tapis rouge) et #bestdressed pour permettre de créer le palmarès des cinq célébrités les mieux habillées selon les abonnés Twitter.

Pour suivre la conversation, les gens pouvaient se rendre directement sur http://oscar.go.com/oscar-buzz.

L’académie pouvait ainsi faire ressortir quelques statistiques, comme les mieux habillés selon les internautes (basés sur l’utilisation du mot-clic #bestdressed)…

… et les moments qui ont fait le plus jaser, comme Meryl Streep ou la jambe droite d’Angelina Jolie.

Parlant d’Angelina Jolie, sa pose faisant sortir sa jambe de sa robe échancrée a fait beaucoup parler. Non seulement l’actrice a la même pose sur toutes ses photos de tapis rouge, mais elle l’a aussi faite sur scène lors de la présentation d’un prix. Quelqu’un a donc ouvert un compte Twitter pour s’amuser : Angelina Jolie’s leg (@Angiesrightleg - près de 13 000 abonnées depuis hier soir. Certains s’amusent aussi avec Photoshop en ajoutant la jambe d’Angelina Jolie sur des photos (voir Buzzfeed). Un blogue Tumblr (angelinajolieing) a également été créé. Les internautes y publient leur pose à la Angelina Jolie.

Tout au long de la soirée, des photos prises en coulisses étaient publiées sur Instagram, puis partagées sur le compte Twitter de l’Académie (@TheAcademy). Deux autres comptes Twitter officiels pouvaient être suivis : @oscargoer pour des commentaires provenant de la salle de spectacle et @Oscarinterviews pour des citations des gagnants, provenant de leurs entrevues dans la salle de presse. Comme @TheAcademy a beaucoup plus d’abonnés que les deux autres comptes (175 000 contre 3227 et 1859), son animateur s’assurait de retransmettre les messages les plus pertinents provenant des deux autres comptes.

Instagram

Plusieurs photos ont été publiées au courant de la soirée. La personne responsable du compte Instagram a même couvert le party. Son job a fait plusieurs jaloux. Toutes les photos étaient retransmises sur Twitter, mais seulement quelques-unes l’étaient aussi sur Facebook. Voici des exemples (provenant du partage sur Twitter) :

 

Facebook

Avant le gala, Facebook a servi à communiquer la stratégie médias sociaux en partageant le lien du billet de blogue où l’on trouvait les mots-clics de la soirée et les informations pour l’accès en coulisses.

La page Facebook (393 823 fans) n’a pas été aussi active pendant le gala, mais on a quand même fait participer les gens en plus d’y partager quelques-unes des photos d’Instagram.

Chez nous…

La soirée des Jutra, qui récompense le cinéma québécois, aura lieu le 11 mars prochain. Un concours a été lancé, mais il n’y a pas encore de compte Twitter. Sylvie Moreau n’est pas sur Twitter, mais son coanimateur, Yves Pelletier, l’est (@ancienmaigre). On semble miser surtout sur l’utilisation du mot-clic #Jutra et sur les animateurs de communauté de Radio-Canada. À suivre…

Gina DesjardinsAttention aux fausses rumeurs sur les médias sociaux

par

 publié le 1 février 2012 à 15 h 00
recommander

Depuis quelques semaines, les rumeurs non fondées n’arrêtent pas de circuler sur mon fil Facebook. Arrêtez de cliquer et de partager n’importe quoi! Voici comment vérifier la source d’une photo et la véracité d’une histoire.

 

Vérifier la source d’une photo

Les médias sociaux donnent le goût aux gens de partager l’information le plus rapidement possible, mais il vaut mieux vérifier en la source avant de le faire. Ce n’est pas parce que c’est sur Internet que c’est vrai. Une photo ou une vidéo se trafiquent facilement. Puis il y a toutes ces légendes urbaines que les gens font circuler en s’indignant…

La semaine dernière, une image s’est mise à circuler sur Facebook. Plusieurs personnes s’en offusquaient. Cette photo provenait apparemment des usines Canada Goose, et on y voyait les carcasses de centaines de coyotes auxquels on avait enlevé la fourrure. La photo était allègrement partagée alors qu’elle avait été publiée sur un compte personnel. Sa provenance était loin d’être certaine.

Vincent Grou explique dans le blogue Sur le web que Canada Goose a publié sur sa page Facebook un commentaire spécifiant la provenance de la photo, qui n’a aucun lien avec la compagnie. Le photographe s’est également manifesté, tout en précisant que sa photo, prise en 2004, avait été utilisée sans son consentement.

Mais avant même la déclaration des responsables de Canada Goose, il était possible de savoir que cette photo était utilisée dans un contexte qui n’était pas le sien à l’origine. Une vérification faite sur le web, en cherchant dans les autres sites où la photo a été publiée, a permis de trouver que la photographie a été prise il y a quelques années en Russie. Bref, aucun lien avec Canada Goose. Deux sites nous permettent d’accéder aux sites où se trouve une photo en particulier : TinEye et Google images.

Sur Google images, il suffit de cliquer sur la petite caméra à droite. On peut ensuite importer une image ou copier son URL.

Même principe sur TinEye.

 

 

Rumeurs non fondées

Depuis quelques jours, plusieurs personnes partagent une histoire de racisme impliquant le geste héroïque d’un agent de bord. Une simple vérification permet de savoir que c’est en fait une légende urbaine. Selon le site hoax-slayer.com, cette histoire se promène sur Internet depuis 1998. Elle a été modifiée un peu avec le temps. Par exemple, elle se déroule maintenant sur un vol TAM Airlines plutôt que sur un vol British Airways.

Ce cas en particulier a une belle morale et peut paraître inoffensif. Mais ce n’est pas le cas de toutes les rumeurs. Par exemple, il y a quelques mois, l’une d’elles concernait la disparition d’une petite Québécoise. Je trouvais étrange de ne trouver aucune information là-dessus dans les médias. En vérifiant sur le site francophone hoaxbuster.com, j’ai découvert que cette histoire circulait depuis des années, ses détails étant adaptés selon la région. La photo, en revanche, demeurait la même d’une version à l’autre. On a tellement besoin de nos ressources lorsqu’un individu disparaît qu’on ne va pas commencer à partager de faux avis de recherche. Il faut faire attention. Il y a de moins en moins de chaînes de courriels propageant ces rumeurs, mais celles-ci vivent maintenant grâce aux médias sociaux et à l’urgence des gens de partager rapidement l’information.

Mais lorsque celle-ci ne provient pas d’une source crédible, il vaut mieux la vérifier.

Dans mon prochain billet, je parlerai de détournement de clic (clickjacking) en donnant des trucs pour reconnaître le contenu « spam » de Facebook.

 

Gina DesjardinsL’engouement pour les médias sociaux au Québec

par

 publié le 26 septembre 2011 à 14 h 59
recommander

On me demande souvent si les médias sociaux sont là pour rester ou s’ils sont une mode passagère. Puisqu’avec les années, leur popularité ne fait qu’augmenter, on ne peut plus croire à un effet de mode. Leurs plateformes ou notre façon de les utiliser vont possiblement changer et évoluer, mais les médias sociaux sont là pour rester.

Martin Lessard en parlait également la semaine dernière, le CEFRIO lançait la semaine dernière le document L’engouement pour les médias sociaux au Québec, et les chiffres sont plutôt éloquents. Avant mes réflexions, je rappelle les faits saillants (tels qu’écrits au début du fascicule) :

- Au Québec, 73 % des internautes, ou 59 % des adultes, réalisent au moins une activité sur les médias sociaux minimalement une fois par mois.

- C’est plus de 2 internautes québécois sur 3 (ou 70 %) qui consultent du contenu sur les médias sociaux en 2011.

- C’est 2 internautes québécois sur 3 qui réalisent au moins une activité sur les médias sociaux entre 45 à 54 ans (69 %), un peu plus de la moitié chez les 55 à 64 ans (55 %) et plus du tiers chez les 65 ans et plus (39 %).

- De façon quotidienne ou hebdomadaire, 60 % des internautes québécois vont sur les médias sociaux pour consulter du contenu, 44 % pour interagir avec d’autres utilisateurs et 42 % pour entretenir leur profil.

- Près du tiers des internautes québécois qui utilisent les médias sociaux y ont déjà suivi une marque, une entreprise, un organisme ou un ministère (31 %), par exemple sur Facebook ou Twitter, et c’est un peu plus de la moitié de ces derniers qui ont déjà interagi avec une entreprise ou un organisme (56 %) sur un média social.

 

Une question d’âge, de revenu et d’emploi

On apprend également que les 18-34 ans sont les plus gros utilisateurs, même si les pourcentages concernant les tranches d’âges chez les plus de 35 ans sont loin d’être négligeables. Normal, c’est l’âge où on communique le plus souvent avec nos amis. Je pense qu’avec le temps, l’intérêt demeure, mais on ne ressent plus le besoin de tout savoir. Les gens gèrent possiblement mieux leur consommation. Évidemment, avec les activités professionnelles et la famille, le temps manque. Ceci dit, pour rester en contact avec ses proches, c’est très utile. Pas étonnant que les gens qui ont des enfants utilisent davantage les médias sociaux (73,3 %) que ceux qui n’en ont pas (51,7 %). C’est aussi une bonne façon pour les parents de comprendre l’attrait de leurs enfants pour certaines plateformes et de s’assurer qu’ils utilisent bien les paramètres de confidentialité.

Plus le revenu familial est élevé, plus l’utilisation des médias sociaux est présente. Les étudiants, les professionnels et les travailleurs de bureau utilisent beaucoup plus les médias sociaux que les sans emploi ou les travailleurs manuels. Comme les statistiques concernent les internautes, tous les répondants ont accès à l’ordinateur. On peut donc comprendre que plus notre métier nous lie à un ordinateur, plus on ira sur les médias sociaux dans les temps libres (ou dans les périodes de procrastination).

Une source d’information

Et qu’est-ce que les gens vont y faire principalement? Observer ce qui se passe. Les gens consultent et interagissent davantage qu’ils y créent du contenu ou relayent de l’information. Donc, les gens veulent principalement savoir ce qui se passe. En se connectant, ils ont un aperçu du nouveau chez leurs amis ou la famille.

Les médias sociaux sont également reconnus comme une bonne source pour les nouvelles d’actualité. Une majorité considère qu’ils sont un bon moyen pour se tenir informé et même que le champ d’information est plus large que dans les médias classiques. Bref, les gens se fient à ceux qui aiment partager et relayer du contenu pour les tenir au courant des nouvelles importantes ou celles qui alimenteront leurs conversations.

Êtes-vous plus du type observateur ou faites-vous partie de ceux qui partagent des liens? Est-ce que vos sources d’information incluent les médias sociaux?

 

recommander

Malgré le titre que j’ai choisi, je pense qu’on parlera d’éthique encore beaucoup dans les prochains mois, les prochaines années… Les médias se transforment et les questionnements sont importants, voire nécessaires. Mais c’est mon dernier billet (sur Triplex du moins) sur le sujet. Déjà, lors de l’écriture de mon premier billet sur la question, j’ai dû me restreindre à ne pas écrire 50 pages.

J’ai pas mal résumé ce que j’en pensais. Mais je propose toutefois de publier prochainement un guide des bonnes pratiques web. L’ASNE, une association qui regroupe les dirigeants des principaux médias américains, a publié un guide à l’attention des journalistes. Alors pourquoi ne pas en faire un pour les blogueurs et les gens de marketing et de relations de presse? Je vous invite à suggérer des règles en commentaires (je sais, il faut s’inscrire, mais c’est tellement plus facile pour suivre la conversation sur un sujet).

Tous importants et là pour rester

J’ai eu plusieurs commentaires à la suite de la publication de mon premier billet sur la question. Certains directement sous le blogue, d’autres sur mes réseaux sociaux, d’autres en privé. Marie-Julie Gagnon a aussi poursuivi la discussion sur son blogue personnel.

On peut rapidement voir que plusieurs réfléchissent sur le sujet. Certains blogueurs tentent de garder leur intégrité, des spécialistes du marketing et des relations de presse tentent de s’ajuster aux nouvelles demandes des clients causées par les médias sociaux et des lecteurs deviennent plus méfiants. Des journalistes deviennent blogueurs et des blogueurs deviennent journalistes. Chaque groupe peut apprendre de l’autre. Ils sont tous importants et là pour rester. Il faut apprendre à coexister. Il y a des blogueurs, des journalistes et des compagnies sans éthique. Dans tous les domaines, il y a des gens dépourvus de scrupules qui ne pensent qu’à leur profit personnel.

Au fond, ces questionnements sont bons. Ils font avancer notre compréhension de la nouvelle ère des médias. Et comme les plus grands utilisateurs de réseaux sociaux prônent la transparence, les forbans finissent habituellement par être démasqués et risquent de perdre le respect de leur communauté durement bâtie.

Des réflexions de blogueurs, de journalistes et de relationnistes

Voici quelques réflexions pertinentes prises un peu partout où il y a eu des commentaires sur le sujet (lorsqu’ils ont été émis publiquement).

Sylvain-Carle :

« La difficulté dans cet exercice d’analyse se trouve dans la définition de « professionnel » et de « média ». »

Marie-Julie Gagnon :

« Pour avoir travaillé au sein d’un magazine féminin, je dirais que le problème est encore plus grave dans ce milieu puisque tout est caché et que le lecteur peut difficilement distinguer les vrais coups de coeur des plogues. Combien de fois ai-je vu des rédacteurs être obligés de parler des produits des annonceurs dans les guides cadeaux à Noël? Avec les blogueurs, on réalise rapidement que certains sont complaisants. Mais dans les médias traditionnels, il est beaucoup plus difficile de faire la part des choses. Et je ne parle même pas des plogues obligatoires des autres membres de la « famille » médiatique… »

Gabrielle Chalifoux :

« En tant que blogueur, je crois qu’il est important de rester authentique et malheureusement, pour plusieurs, la tentation semble prendre le dessus sur la raison. Non, je ne suis pas une journaliste avec un code déontologique déterminé mais ca me met en rogne de me faire mettre dans le même panier que les plogueurs qui ne désirent que des invitations en échange de billets positifs. De mon côté, j’ai fait le choix de ne parler que de ce que j’aime, c’est pas pour autant que je parle positivement des mauvaises expériences, je les mets juste de côté (parfois, au grand damne des relationnistes). Mais bon! On fait ca pour le plaisir et on n’est pas des pantins non payés qui en échangent d’un cocktail fera de la promotion auprès de milliers de personnes. »

Jean-Sebastien Dussault :

« La réussite, à mon avis, réside dans un mode inclusif et évolutif. Inclure les gens intéressés tout en les poussant à des pratiques éthiques, dans l’application de la profession et dans celles pour mener ses affaires. Inclure le journalisme citoyen et reconnaître sa place au point d’attendre de lui aussi une ligne de conduite. Faire évoluer l’expérience des journalistes via un système de « niveau » (apprenti, initié, senior, etc.) »

Pascal :

« Leurs écrits sont des paroles et, par la force des choses, ils sont des « porte-paroles ». Qu’ils disent qu’ils ont obtenu le séjour gratuit dans tel spa, dans tel hôtel ou dans tel restaurant est ESSENTIEL pour leur crédibilité, et ce, à chaque fois qu’ils mentionnent tel spa, tel hôtel ou tel restaurant dans un post, dans un tweete, dans un status Facebook, dans un article,… Sinon, il y aura toujours confusion. Le journalisme d’investigation est à l’agonie. Nous sommes entrés dans l’ère des communiqués et des conférences de presse. »

Mariane Leduc :

« L’adaptation aux médias sociaux ne s’est pas fait sans heurts. C’est tout un monde à apprivoiser au début… surtout quand tu n’es pas la personne qui rédige le blogue ou l’article! J’ai définitivement vu ou lu des cas où il y avait de l’abus de la part des compagnies. Par contre, je dois dire que j’ai aussi constaté beaucoup de maladresse de la part de gens en communications. Je crois, et peut-être suis-je un peu naïve, qu’il y a encore beaucoup de méconnaissance des médias sociaux, ce qui entraîne plusieurs gaffes et contribue à la mauvaise réputation des relations publiques. Je t’avoue être sidérée quand j’entends que des entreprises veulent payer cash pour des plogues ou menacent pour faire changer des billets dont ils ne sont pas satisfaits. Pas surprise du tout, mais tout à fait contre mes valeurs. »

Aurelien Leclerc :

« Je constate que l’éthique passe un bouleversement profond avec la présence des blogues et des médias sociaux. Je constate, malgré ce bouleversement et à la lecture de tes commentaires et de ceux de responsables de blogues, que le fond est sensiblement le même. L’honnêteté reste prioritaire. Elle nécessite la transparence. Le lecteur doit savoir qui parle au nom de qui et pourquoi? Le rédacteur du blogue ou le journaliste écrit pourquoi ? Pour donner de l’information, pour faire connaître, pour aider les prises de décisions ou à se comporter comme un citoyen éclairé. Ou pour vendre sa salade ou celle des autres qui l’ont payé pour le faire?

J’oserais ajouter la dignité ici. L’éthique, il me semble, prend ses racines dans l’estime de soi, dans la satisfaction du travail accompli. Elle repose sur des attitudes, des comportements et des fondements intimes qui témoignent d’une honnêteté vis-à-vis de soi. Pour être plus terre-à-terre ou plus imagé: est-ce que j’ai fait « la pute »? Est-ce que je suis fier de moi quand je me regarde dans le miroir le matin? J’admettrais que les adhérents à ces idées ne sont pas légion! L’expérience démontre cependant que les adhérents à ce principe de dignité sont encore là après 10, 15 ou 20 ans. »

Mandoline Royer :

« Sans affirmer que les pratiques de toutes les firmes de marketing sont des plus vertueuses, il est normal qu’une entreprise saisisse les opportunités qui s’offrent à elle, comme elle le fait par exemple, en envoyant un produit à un blogueur populaire. Par la suite, le blogueur a le choix d’écrire son billet comme il le voudra, avec les conséquences qui viendront avec, j’en conviens.
L’enthousiasme du blogueur lui appartient. S’il n’est pas capable de le maîtriser, ce n’est certainement pas la faute d’une boîte de marketing. De plus, il en revient au lecteur de garder un esprit critique lorsqu’il consulte un blogue… tout comme lorsqu’il consulte un média traditionnel. »

Victor Henriquez :

« Je travaille en relations publiques et plusieurs de mes anciens employeurs m’obligeaient à avoir l’attitude que tu dénonces. Je te dirais que la présence de plusieurs blogueurs qui demandent sans trop de scrupule des faveurs en échange de bons articles reliés aux patrons de certaines boîtes de relations publiques qui ne connaissent absolument rien aux blogues amènent à un point où on ne sait pas comment agir avec qui. »

recommander

Nathalie Collard de La Presse a lancé un débat intéressant cette semaine sur l’éthique et les médias sociaux.

Elle écrit : « Le problème, il me semble, c’est de ne plus savoir à qui l’on a affaire. À un observateur objectif (le journaliste professionnel) ou à un influenceur enthousiaste qui ploguera tous les produits qu’on lui enverra, tous les endroits où il sera gracieusement invité, etc.? La distinction est importante. »

Effectivement, on remarque une prolifération de blogues qui semblent avoir été ouverts dans le seul but de se trouver dans le circuit des invitations. Souvent, on se rend compte facilement que l’unique but du blogue est de ploguer les cadeaux, mais parfois, ce n’est pas si évident.

Depuis que les compagnies ont reconnu l’influence des médias sociaux, il y a de l’abus. Elles tentent d’acheter les blogueurs en leur envoyant des produits et des invitations. On peut comprendre certains blogueurs d’avoir du mal à faire la part des choses. Plusieurs bloguent gratuitement à temps perdu parce qu’ils ont une réelle passion pour le sujet, et ils perdent un peu la tête lorsque les cadeaux commencent à arriver. Certains y voient même une fierté d’être reconnus par des compagnies qu’ils affectionnent.

Il y a un relationniste de presse qui m’a dit dernièrement avoir changé de métier parce qu’il n’avait plus de défi : « Avant, je devais convaincre des gens critiques que notre produit était hot, maintenant, je n’ai qu’à l’envoyer à des fans qui ont décidé d’ouvrir un blogue ou un site devenu populaire. Parfois, je sais très bien que je leur envoie quelque chose de ridicule, mais ils sont toujours contents et publient quelque chose dans les heures qui suivent. C’est toujours positif. Les compagnies ont davantage besoin de messagers que de relationnistes. »

C’était l’avis d’une personne, mais je pense que ça change beaucoup la façon de travailler des boîtes de relations publiques et de marketing. Et elles sont les plus grandes coupables de ce qui se passe. Étant bien servies par plusieurs blogueurs, elles sont devenues affamées des plogues immédiates. C’est comme si elles avaient oublié que, dans la majorité des cas, on écrit pour les lecteurs, et non pour les compagnies. Avant d’écrire un article, je me demande tout le temps si ça peut intéresser les lecteurs de mon blogue, pas si ça peut faire plaisir à telle compagnie que j’écrive sur son produit. Ça, je m’en balance pas mal. Comment en sont-elles venues à croire que nous étions des panneaux publicitaires?

Les pratiques douteuses de certaines compagnies

J’ai un blogue personnel (que je n’ai pas mis à jour depuis des lustres), puis deux blogues professionnels (MSN et Triplex). Pour chacun des blogues, j’ai une adresse courriel unique qui diffère de mon courriel professionnel. Ça me permet de savoir quel blogue est visé par l’invitation. Les invitations reçues sur mon blogue personnel frôlent parfois le ridicule. Mais je sais que si je la reçois, je ne suis pas la seule. Plusieurs agences ne se rendent même pas compte qu’ils m’invitent parfois en tant que journaliste et aussi en tant qu’auteure d’un blogue personnel. Les invitations sont différentes. Celle pour les blogueurs comporte souvent une suggestion d’échange de bons procédés.

Par exemple, on m’a déjà proposé de me donner plusieurs entrées gratuites dans un endroit « style de vie » en échange de quelques messages emballés sur Twitter et Facebook. Évidemment, j’ai refusé. Mais quand j’ai vu plusieurs personnes le faire, j’ai eu un malaise. Je savais très bien ce qui se cachait derrière ces statuts.

Le blogue La Clique du Plateau décrit dans son billet « Prendre la Clique pour des clowns » un étrange courriel qu’il a reçu d’une compagnie qui demandait de faire la promotion de sa vidéo virale. J’ai reçu le même et je me suis dit la même chose que lui : « Tu ne crées pas une vidéo virale… Tu crées une vidéo en espérant, peut-être, qu’elle deviendra virale avec le temps. » Comment peut-on me demander de faire la promotion d’une vidéo avant même que je la voie et qu’elle soit mise en ligne? Comment peut-on aussi me donner une date limite pour leur confirmer que j’écrirai bien un article sur leur vidéo?

Des gens qui travaillent fort à un site devenu populaire m’ont avoué aussi se faire régulièrement offrir de l’argent pour publier une bonne critique. Ils m’ont dit refuser, mais apparemment, ça arrive souvent. Il y en a donc qui acceptent.

D’autres se sont fait menacer (retrait de publicités, retrait des listes de presse, etc.) parce qu’ils avaient émis un commentaire négatif.

Il y a un festival qui avait accrédité une blogueuse au même titre que les journalistes. Elle était tellement motivée par leur thème qu’elle a écrit un nombre incroyable de billets sur tous les spectacles qu’elle a vus. Mais lorsqu’elle a écrit un billet sur un autre festival concurrent, on lui a retiré son accréditation. Elle n’était pas une blogueuse officielle de ce festival. Je n’en suis pas revenue.

Il y a de plus en plus de blogueurs engagés par des agences de communications. Des blogues commandités par une marque. Une compagnie a récemment invité plusieurs blogueurs – dont moi – à écrire des billets technos pour leur site. En cliquant sur le lien, j’ai vite réalisé qu’il était commandité par un fabricant de cellulaires même si ce n’était pas clairement dit ou écrit. J’ai refusé.

Mais il ne faudrait pas croire que ces pratiques existent uniquement sur les blogues et les sites indépendants. Plusieurs magazines doivent rendre des comptes à leurs annonceurs et choisir des sujets qui ont des chances de leur faire plaisir. Leur survie en dépend.

L’objectivité, ça existe?

On peut se dire aussi que personne n’écrit en étant complètement objectif. Vrai, il y a toujours un fond de subjectivité, même si on tente de rester objectif. Il y a aussi les chroniqueurs qui ont pour mandat de donner leur opinion, ce qui est un peu la ligne des blogueurs. Cela dit, il y a une différence entre avoir un fond de subjectivité, donner son opinion ou ploguer quelque chose en échange d’une invitation.

Avec le temps, je me suis fait retirer de plusieurs listes de presse, et je précise toujours que ce n’est pas parce que je vais à un événement ou que j’essaie un produit que je vais nécessairement en parler. Peut-être que je n’aimerai pas ça, peut-être que j’aurai un sujet plus intéressant le jour de ma publication, peut-être que ça ne sera pas ce à quoi je m’attendais, peut-être que je vais en parler dans six mois ou dans un an lorsque je ferai une rétrospective. Alors, si le but est de me mettre au courant pour que mes futurs articles soient mieux informés, c’est parfait. Si le but est que j’en fasse une plogue le lendemain, c’est autre chose. Certaines compagnies ont commencé à me harceler pour connaître mes dates de publication. Certains me supplient. Certains me demandent de les aider à promouvoir leur événement sans même que je sache de quoi il s’agit. Ces compagnies, j’ai arrêté de répondre à tous leurs courriels, invitations y compris. Je ne travaille pas pour eux.

Le but d’envoyer des CD, de prêter des gadgets technologiques ou d’inviter des journalistes à une conférence de presse est de leur permettre de faire leur job : rapporter la nouvelle. J’ai fait des junkets de jeux vidéo ou de lancement techno et ça n’a pas influencé ce que j’en ai pensé. J’ai souvent fait des commentaires loin d’être positifs. Certaines compagnies m’invitent moins, d’autres sont ouverts aux commentaires négatifs. Il y en a que j’ai critiquées tellement souvent que je suis surprise qu’elles m’invitent encore. Parfois, elles me remercient même de mon honnêteté. Je les respecte beaucoup plus que les autres, et je continue à aller à leur événement ou dévoilement, ce que je ne fais pas avec tous. Mais le plus important est que je me respecte moi.

Lorsque j’ai mis en lien l’article de Nathalie Collard sur ma page Facebook, plusieurs personnes se sont exprimées, dont la blogueuse et chroniqueuse Marie-Julie Gagnon : « Moi je fais partie de l’école « je dis tout ». Même pour une entrée dans un musée, je mentionne que le billet d’entrée m’a été offert. Idem pour un gadget qu’on m’envoie et qui m’emballe. Je suis peut-être too much, mais on ne peut pas m’accuser de manquer de transparence. Par contre, comme pigiste qui écrit de plus en plus sur les voyages, sans invitations, je ne peux pas travailler. Je ne me mettrai quand même pas à payer pour pouvoir bosser! Quand j’écris quelque chose de négatif, je reçois souvent (pour ne pas dire toujours) des courriels de la part des relationnistes (certains me harcèlent pour que je change mes billets – heu, non!). Je ne bitche jamais pour bitcher et je suis consciente qu’une mauvaise expérience ne reflète pas forcément ce que tout le monde vit. Par contre, il est hors de question que je vante les mérites de quelque chose qui ne m’a pas plu. Parfois, je choisis de ne pas en parler. Ou alors, je nuance mon texte en parlant de ma perception à moi. La ligne est fine, mais essentielle à tracer. »

On accuse les blogueurs de beaucoup de choses, et j’en conviens, certains ont des pratiques douteuses. Mais selon moi, les compagnies doivent repenser leur façon de travailler. C’est loin d’être la faute des blogueurs ce qui se passe. Ces derniers sont utilisés. Leur enthousiasme est exploité. On doit réfléchir à l’évolution des médias en incluant le pouvoir des annonceurs et des compagnies dont on parle.

À lire aussi sur le sujet :

De l’éthique des blogueurs de Lynn Faubert, secrétaire du C.A. de l’Association canadienne de la presse gastronomique et hôtelière et blogueuse.

Cadeau alcoolisé (et empoisonné) de Youssef Shoufan, journaliste indépendant.