Billets classés sous ‘Journalisme’

Hier soir, lors de la manifestation nue des étudiants à Montréal (#manifnue sur Twitter), quelques centaines d’entre eux et leurs sympathisants ont eu la bravoure de prendre d’assaut les rues en petite tenue. Les slogans avaient de quoi faire sourire, par exemple : « On se les gèle pour le gel », « En sous-vêtements pour un gouvernement transparent! » ou « Nous sommes à un poil de la solution ». Même les policiers avaient le visage plus épanoui qu’à l’habitude. Il faut dire qu’on ne s’attendait pas à une grande violence de la part de nos « tout nus ». Si quelques incidents ont eu lieu, les gestes les plus remarquables ont été posés par la journaliste Anne Sutherland, déléguée sur place par The Gazette, qui a eu la bonne idée de critiquer l’apparence physique des manifestants. Pas en privé ou à l’oreille d’un ami, mais sur Twitter. En toute discrétion, quoi. Les réponses ne se sont pas fait attendre.

Dès qu’elle a commencé à publier des photos des manifestants avec des commentaires marquant son dédain – comme « Ewww » devant la photo d’un homme au dos velu ou encore « Celle-ci ne posera pas pour Playboy » (traduction de l’auteure) pour commenter les rondeurs d’une jeune femme –, des commentateurs outrés se sont empressés de lui répondre. Les plus gentils lui ont fait remarquer qu’elle n’était pas à un concours de beauté, d’autres n’ont pas hésité à lui dire de se montrer nue, elle aussi, qu’on puisse juger de cette perfection qui lui permettait d’être si critique. Le Conseil de presse du Québec a recueilli quelques commentaires de Mme Sutherland et les réponses qui ont suivi grâce à Storify.

Réputation en ligne 101 et les lendemains qui déchantent

Ce matin, la performance d’Anne Sutherland faisait l’objet de plusieurs billets, dont un sur le blogue de Dominic Arpin et un autre sur la publication web citoyenne Le Globe. Julien Acosta en faisait une nouvelle dans la section Actualités du site du Conseil de presse. Un des manifestants, après s’être reconnu dans les photos légendées de Sutherland, a ouvert une page Facebook pour exiger des excuses de la part de la journaliste. Sur la page Facebook d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB), un organisme qui, dois-je le préciser, lutte contre les problèmes d’images corporelles, on publiait la compilation des propos de Sutherland effectuée par le Conseil de presse.

Ce matin, vous ne trouverez plus le compte d’Anne Sutherland sur Twitter (mais son compte Yfrog est toujours en ligne). Sentant que ses commentaires avaient soulevé une grogne qui allait croissante, elle l’a fermé à la hâte. Twitter existe depuis plus de cinq ans, et cette journaliste n’est pas la première à découvrir que même si vous écrivez « mes opinions n’engagent que moi », votre nom est associé à celui de votre employeur, et cela encore plus si vous travaillez pour un grand média. Le journaliste américain Nir Rosen et, plus près de nous, Jorge Contreras et Maxime Roberge ont appris cette leçon à la dure, perdant, dans le premier cas du prestige, dans le second un client et dans le dernier son emploi.

Autres sources et points de vue sur le web :

La galerie de photo La Presse : Manifestation « toute nue » à Montréal

Sur le blogue de Cécile Gladel : S’attaquer aux résidences privées des personnalités publiques?

L’article d’Anne Sutherland sur la manifesation : Montreal students stage a nearly-nude protest

Un aperçu de l’ambiance sur le compte YouTube de AvivaCam (David LaHaye) :

Philippe MarcouxWikileaks, journalisme, techno et nous tous

par

 publié le 30 novembre 2010 à 10 h 47

Deux cent cinquante mille notes diplomatiques américaines portant sur à peu près tout ce qui a eu de l’importance dans l’actualité internationale rendues publiques grâce à un site web et à l’aide de cinq des plus grands journaux dans le monde, ça se souligne.

JOURNALISME ET TECHNOLOGIE

Je sais que ce n’est pas très techno, mais au point de vue purement du journalisme, ce genre de collaboration entre différents médias est tout à fait extraordinaire. On le sait, les journaux ne sont plus les machines à imprimer de l’argent qu’ils ont déjà été (et la cause de ça, elle, est plutôt techno), et aucun des cinq journaux qui ont collaboré avec Wikileaks n’avait les moyens de procéder seul à l’analyse de cette avalanche de documents. La solution : mettre en commun les ressources pour analyser le tout pour ensuite produire cinq séries distinctes de reportages.

J’utilise d’ailleurs volontairement le mot « reportages » et non pas simplement « articles » parce que la technologie a permis à certains de ces journaux de produire tout un éventail de présentations et d’analyses des documents obtenus par Wikileaks. Mon allemand est un peu rouillé, mais Der Spiegel offre une impressionnante carte interactive du monde qui permet de voir le nombre, la classification et surtout la provenance des différentes dépêches. Par exemple, 83 d’entre elles proviennent du consulat américain à Montréal. Le Guardian a aussi sa carte interactive (qui a l’avantage d’être en anglais), mais elle ne porte que sur les dépêches qui ont déjà été publiées en intégrale et deviendra donc beaucoup plus intéressante avec le temps. Un regard sur le journalisme de demain?

ET NOUS TOUS

D’ailleurs, en parlant de journalisme et de technologie, ce Cablegate (puisque c’est comme ça que Twitter a décidé d’appeler cette affaire) devrait, dans les prochains jours, nous donner l’occasion d’assister à un bel exemple de collaboration citoyenne (@ayatollah_src, vous n’auriez pas un bon mot pour « crowdsourcing » en français). Puisque Wikileaks publiera éventuellement sur son site presque toutes les notes diplomatiques, classées par pays, mots clés, dates, évènements, etc., les internautes pourront aller lire et « twitter » sur certains sujets négligés par les grands médias. Attendez quelques jours et faites une recherche avec #cablegate et, je ne sais pas moi, #Quebec ou #Harper et vous devriez y trouver toutes sortes de trucs distrayants, comme dirait mon ami René Homier-Roy!

L’ÉLÉPHANT

Non, je ne fais pas semblant de ne pas voir l’éléphant dans la pièce. Je sais bien que tout ça est très intéressant, mais que la divulgation sur Internet de renseignements diplomatiques secrets n’est pas sans conséquence. Un geste dangereux, illégal et irresponsable, selon certains. Un grand coup pour le droit à l’information, précisément ce pour quoi Internet a été créé, selon d’autres. Et vous, qu’en pensez-vous?