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Catherine MathysVers la reconnaissance du bitcoin

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 publié le 8 octobre 2014 à 13 h 58

Cette semaine, la Bitcoin Foundation a mis sur pied un groupe de travail dans le but d’accorder au bitcoin la stabilité et la reconnaissance légale qui lui font toujours défaut.

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Les étapes de la standardisation

Le groupe de travail se compose de 20 membres bénévoles et est présidé par une ancienne ingénieure de la NASA, Beth Moses. Plusieurs étapes permettront d’atteindre le statut tant souhaité de monnaie internationale reconnue.

Dans un premier temps, le groupe veut inscrire le bitcoin au tableau des codes ISO-4217, qui désigne les lettres qui représentent toutes les monnaies reconnues du monde, comme CAD pour le dollar canadien. Cette simple accréditation ferait donc entrer le bitcoin dans le même cercle que toutes les autres monnaies du monde reconnues par les institutions financières. Ce n’est pas rien pour une cryptomonnaie qui n’a que 5 ans. D’ailleurs, le code international du bitcoin serait XBT, qui a déjà été adopté par certains services ou outils comme Xe.com, Oanda and Bloomberg.

En plus de ce code, la Fondation Bitcoin souhaite également obtenir un symbole unicode comme $ pour le dollar. De plus, et ce sera peut-être sa démarche la plus concrète, elle reverra les règles de subdivision du bitcoin. La Fondation mentionne qu’une monnaie a toujours une unité de base, comme 1,00 $, ce qui lui permet par la suite de faire des subdivisions à partir de cette première donnée (ce sont les deux zéros à la droite du 1). Avec le bitcoin actuel, il y a 8 subdivisions, alors théoriquement, on pourrait vous payer 0,00000001 bitcoin. C’est bien sûr un peu absurde pour le consommateur, mais surtout, une telle subdivision ne cadre dans aucun système comptable existant.  

À qui le bitcoin profiterait-il?

Le bitcoin, s’il en vient à devenir une monnaie légitime fait miroiter toutes sortes de possibilités pour ceux qui espèrent diversifier leurs sources de revenus en ligne et attendent l’instauration plus généralisée du micropaiement en ligne. C’est le cas pour l’industrie journalistique comme cet article du Time y fait référence. Ce serait par exemple, une façon de se défaire du modèle actuel où le contenu dépend de la publicité. Un système de micropaiement pourrait amener une toute nouvelle économie de l’information, qui permettrait aux créateurs de contenu de vendre certaines parties de leur contenu à la pièce.  

L’idée n’est pas nouvelle en soi comme en fait foi cet article du même auteur datant de 2009. Cela dit, plus que jamais, le bitcoin rend la chose possible. Il existe, pour cette cryptomonnaie, de nombreux services encore plus faciles d’utilisation que ceux qui sont déjà en place, par exemple PayPal. Ils s’appellent ChangeTip, BitWall ou Coinbase et visent à rendre le micropaiement en ligne aussi simple qu’un clic. Walter Isaacson raconte que, alors qu’il était éditeur nouveaux médias pour le Time en 1994, il avait songé à instaurer un modèle de micropaiement pour ses articles. Toutefois, l’engouement des agences de publicité pour les bannières en ligne lui permettait d’offrir son contenu gratuitement. Il parle de son choix comme d’une erreur, pour le web en général et pour le journalisme en particulier. Non seulement le modèle d’affaires n’était-il pas durable, mais, plus encore, il a semé la terrible graine du contenu gratuit sur Internet. Vous la connaissez la suite. Après 20 ans de gratuité, difficile de changer de modèle.

Le principe du micropaiement aux origines du web

Selon Isaacson, le micropaiement lui-même faisait partie des plans des pionniers du web. Dans son livre The innovators, il mentionne que Ted Nelson, qui a inventé le terme hypertexte, souhaitait que le web soit un réseau de liens à double sens qui exigeraient l’approbation de l’auteur de la page vers laquelle le lien nous dirige. Isaacson souligne que, si le web avait véritablement fonctionné de cette façon, l’agrégation de contenu ne serait pas reine comme en ce moment. Il mentionne aussi que Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, avait déjà considéré l’instauration d’une forme de contrôle de droits et de paiements. Cela dit, à cause de la complexité des règles bancaires et par respect pour le principe d’universalité du réseau, il a choisi de rejeter l’idée. Cette dernière est cependant revenue en 2013, bien que ces nouveaux protocoles ne soient toujours pas élaborés. Avec le bitcoin, ils ne seraient peut-être pas nécessaires, pense Isaacson.

Enfin, il mentionne Marc Andreessen, créateur du premier portail web en 1993, Mosaic, qui espérait également implanter un système de micropaiement, mais, même problème, ni la technologie ni le système bancaire ne permettaient de le faire. Aujourd’hui, Andreessen est devenu investisseur pour des entreprises qui se spécialisent dans l’implantation de systèmes de transaction bitcoin. Tiens tiens, tout est dans tout, comme on dit.  

Hier soir, lors de la manifestation nue des étudiants à Montréal (#manifnue sur Twitter), quelques centaines d’entre eux et leurs sympathisants ont eu la bravoure de prendre d’assaut les rues en petite tenue. Les slogans avaient de quoi faire sourire, par exemple : « On se les gèle pour le gel », « En sous-vêtements pour un gouvernement transparent! » ou « Nous sommes à un poil de la solution ». Même les policiers avaient le visage plus épanoui qu’à l’habitude. Il faut dire qu’on ne s’attendait pas à une grande violence de la part de nos « tout nus ». Si quelques incidents ont eu lieu, les gestes les plus remarquables ont été posés par la journaliste Anne Sutherland, déléguée sur place par The Gazette, qui a eu la bonne idée de critiquer l’apparence physique des manifestants. Pas en privé ou à l’oreille d’un ami, mais sur Twitter. En toute discrétion, quoi. Les réponses ne se sont pas fait attendre.

Dès qu’elle a commencé à publier des photos des manifestants avec des commentaires marquant son dédain – comme « Ewww » devant la photo d’un homme au dos velu ou encore « Celle-ci ne posera pas pour Playboy » (traduction de l’auteure) pour commenter les rondeurs d’une jeune femme –, des commentateurs outrés se sont empressés de lui répondre. Les plus gentils lui ont fait remarquer qu’elle n’était pas à un concours de beauté, d’autres n’ont pas hésité à lui dire de se montrer nue, elle aussi, qu’on puisse juger de cette perfection qui lui permettait d’être si critique. Le Conseil de presse du Québec a recueilli quelques commentaires de Mme Sutherland et les réponses qui ont suivi grâce à Storify.

Réputation en ligne 101 et les lendemains qui déchantent

Ce matin, la performance d’Anne Sutherland faisait l’objet de plusieurs billets, dont un sur le blogue de Dominic Arpin et un autre sur la publication web citoyenne Le Globe. Julien Acosta en faisait une nouvelle dans la section Actualités du site du Conseil de presse. Un des manifestants, après s’être reconnu dans les photos légendées de Sutherland, a ouvert une page Facebook pour exiger des excuses de la part de la journaliste. Sur la page Facebook d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB), un organisme qui, dois-je le préciser, lutte contre les problèmes d’images corporelles, on publiait la compilation des propos de Sutherland effectuée par le Conseil de presse.

Ce matin, vous ne trouverez plus le compte d’Anne Sutherland sur Twitter (mais son compte Yfrog est toujours en ligne). Sentant que ses commentaires avaient soulevé une grogne qui allait croissante, elle l’a fermé à la hâte. Twitter existe depuis plus de cinq ans, et cette journaliste n’est pas la première à découvrir que même si vous écrivez « mes opinions n’engagent que moi », votre nom est associé à celui de votre employeur, et cela encore plus si vous travaillez pour un grand média. Le journaliste américain Nir Rosen et, plus près de nous, Jorge Contreras et Maxime Roberge ont appris cette leçon à la dure, perdant, dans le premier cas du prestige, dans le second un client et dans le dernier son emploi.

Autres sources et points de vue sur le web :

La galerie de photo La Presse : Manifestation « toute nue » à Montréal

Sur le blogue de Cécile Gladel : S’attaquer aux résidences privées des personnalités publiques?

L’article d’Anne Sutherland sur la manifesation : Montreal students stage a nearly-nude protest

Un aperçu de l’ambiance sur le compte YouTube de AvivaCam (David LaHaye) :

Philippe MarcouxWikileaks, journalisme, techno et nous tous

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 publié le 30 novembre 2010 à 10 h 47

Deux cent cinquante mille notes diplomatiques américaines portant sur à peu près tout ce qui a eu de l’importance dans l’actualité internationale rendues publiques grâce à un site web et à l’aide de cinq des plus grands journaux dans le monde, ça se souligne.

JOURNALISME ET TECHNOLOGIE

Je sais que ce n’est pas très techno, mais au point de vue purement du journalisme, ce genre de collaboration entre différents médias est tout à fait extraordinaire. On le sait, les journaux ne sont plus les machines à imprimer de l’argent qu’ils ont déjà été (et la cause de ça, elle, est plutôt techno), et aucun des cinq journaux qui ont collaboré avec Wikileaks n’avait les moyens de procéder seul à l’analyse de cette avalanche de documents. La solution : mettre en commun les ressources pour analyser le tout pour ensuite produire cinq séries distinctes de reportages.

J’utilise d’ailleurs volontairement le mot « reportages » et non pas simplement « articles » parce que la technologie a permis à certains de ces journaux de produire tout un éventail de présentations et d’analyses des documents obtenus par Wikileaks. Mon allemand est un peu rouillé, mais Der Spiegel offre une impressionnante carte interactive du monde qui permet de voir le nombre, la classification et surtout la provenance des différentes dépêches. Par exemple, 83 d’entre elles proviennent du consulat américain à Montréal. Le Guardian a aussi sa carte interactive (qui a l’avantage d’être en anglais), mais elle ne porte que sur les dépêches qui ont déjà été publiées en intégrale et deviendra donc beaucoup plus intéressante avec le temps. Un regard sur le journalisme de demain?

ET NOUS TOUS

D’ailleurs, en parlant de journalisme et de technologie, ce Cablegate (puisque c’est comme ça que Twitter a décidé d’appeler cette affaire) devrait, dans les prochains jours, nous donner l’occasion d’assister à un bel exemple de collaboration citoyenne (@ayatollah_src, vous n’auriez pas un bon mot pour « crowdsourcing » en français). Puisque Wikileaks publiera éventuellement sur son site presque toutes les notes diplomatiques, classées par pays, mots clés, dates, évènements, etc., les internautes pourront aller lire et « twitter » sur certains sujets négligés par les grands médias. Attendez quelques jours et faites une recherche avec #cablegate et, je ne sais pas moi, #Quebec ou #Harper et vous devriez y trouver toutes sortes de trucs distrayants, comme dirait mon ami René Homier-Roy!

L’ÉLÉPHANT

Non, je ne fais pas semblant de ne pas voir l’éléphant dans la pièce. Je sais bien que tout ça est très intéressant, mais que la divulgation sur Internet de renseignements diplomatiques secrets n’est pas sans conséquence. Un geste dangereux, illégal et irresponsable, selon certains. Un grand coup pour le droit à l’information, précisément ce pour quoi Internet a été créé, selon d’autres. Et vous, qu’en pensez-vous?