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Qui aurait pensé qu'on glisserait un jour un téléphone dans sa poche? Image du domaine public, via Wikimedia Commons

Facebook, Apple ou Instagram, des compagnies innovantes, qu’elles aient une poignée ou des milliers d’employés, montrent des traits similaires dans leur gestion. Si on ne fait pas pivoter un paquebot à la même vitesse qu’on revire une chaloupe, avec la bonne approche et une technologie conséquente, on arrive à rester flexible. Hype, une compagnie de logiciels d’affaires, proposait récemment un document de présentation mettant en relief les qualités des entreprises innovantes.

1. Pratiquer l’écoute active : intégrer les connaissances citoyennes ou des clients

Depuis quelques années, on parle de gestion de la connaissance et de la mise en place de systèmes pour assurer la passation des savoirs dans l’entreprise. Certaines entreprises, comme Bombardier, y sont arrivées par des systèmes d’information interne où les idées et méthodes développées pour chaque projet sont consignées et peuvent être consultées, voire réutilisées au début d’un projet similaire. Avec la multiplication des médias dits sociaux, la prochaine étape en gestion des connaissances serait donc de consigner et analyser ce que le citoyen ou client apporte à notre bassin de connaissances. Toutefois, ce contenu externe est sans valeur s’il ne se rend pas à ceux au sein de l’entreprise qui peuvent lui donner un sens. On peut même imaginer que les commentaires en provenance des médias sociaux contiennent souvent – même s’ils paraissent parfois très critiques – une information cruciale pour ceux qui développent une technologie.

2. Choisir des systèmes d’information flexibles et configurables

C’est bien beau de ramasser de l’information, mais où la mettra-t-on? Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec les discussions qui ont cours sur l’utilisation des blogues (ou d’autres outils collaboratifs) en entreprise, voire des logiciels libres. Car un système qui appuie l’innovation doit pouvoir s’adapter aux différents groupes qui vont l’utiliser (on peut imaginer en entreprise que cela va du service client jusqu’aux équipes de conception) et ainsi intégrer les différents processus de gestion de projets et de l’information. Ce qui nous rappelle que trop souvent dans les entreprises, les technologies et les plateformes utilisées varient selon le métier des utilisateurs et il arrive, oui, qu’elles ne soient pas toutes compatibles… Pour rester compétitif, il faut donc avoir une vision globale et choisir des solutions technologiques qui pourront être adaptées.

3. Innover, c’est être flexible et à l’écoute des utilisateurs

Les compagnies qui innovent vraiment ne le font pas uniquement par leurs idées. L’innovation est un processus qui va de l’idée initiale à la mise en marché. Ce qui veut dire qu’une fois une idée développée, l’entreprise sera à l’écoute des clients, gardera l’œil ouvert pour saisir les opportunités d’acquisition des technologies émergentes. En matière d’acquisition, il suffit de penser à Facebook, qui se développe en restant ouvert à ce que les utilisateurs aiment et en faisant l’acquisition du réseau social mobile Instagram. Pour cela, de toute évidence, il faut un leadership créatif et à l’affût du marché, de la flexibilité et une capacité de réponse rapide.

4. La mobilité, ce n’est pas seulement pour vos clients, mais pour vos employés aussi…

Vous servir de la mobilité ne signifie pas seulement créer une application pour mettre en valeur un aspect de votre site web. Dans une mouvance innovatrice, cela signifie aussi utiliser la mobilité pour améliorer les communications entre les employés et encourager le partage d’information. Par exemple, on peut encourager les employés à utiliser un téléphone intelligent pour capter des idées, des images inspirantes ou tout simplement transmettre des photos d’un site à leurs collègues, pour ensuite les publier sur une plateforme interne avec les identifications (tags) pertinentes. Ainsi, l’innovation peut provenir tout autant d’un ouvrier qui a perçu une solution à un problème dans son travail que de l’équipe de développement. Cela demande de la part de l’entreprise une structure qui permette d’accueillir ces propositions.

5. Trouver sa réponse au cycle accéléré de l’innovation

La mobilité et l’infonuagique modifient grandement le cycle de vie d’un produit tel un logiciel. Comment peuvent réagir plus vite des entreprises qui, historiquement, ont toujours eu un cycle plus long? L’étude de Hype donne en exemple le producteur automobile Ford, une entreprise où l’innovation, alors liée essentiellement à l’ingénierie automobile, se faisait dans un cycle de six à huit ans. Depuis l’intégration de la technologie dans la fabrication comme dans le service aux consommateurs et l’ajout d’applications, le fabricant a ramené son cycle d’innovation à six mois. Il faut maintenant lire Wired pour suivre les avancées de Ford

6. Développer une stratégie pour répondre rapidement au marché

Concevoir et imaginer rapidement de nouveaux produits n’est plus suffisant, il faut aussi pouvoir les livrer rapidement. Beaucoup ont réagi fortement à la mise en marché très rapprochée des iPad d’Apple, un produit lancé il y a deux ans et qui en est déjà à sa troisième génération. Pourtant, cette stratégie au départ critiquée a permis à Apple de devancer la compétition. En ce moment, même si Android gagne du terrain dans le marché des tablettes, les ventes d’Apple en terme d’unités continuent de croître. Cette stratégie a donc fonctionné.

7. Créer une structure d’entreprise innovatrice

Après avoir créé des cellules de gestion du changement dans les grandes entreprises, celles-ci seront maintenant confrontées (si ce n’est déjà fait) à penser une structure flexible, avec une communication bidirectionnelle qui permette l’innovation. Cette structure doit aussi se fonder sur la circulation de l’information, sur des processus flexibles auxquels les technologies répondent. En fait, si vous considérez votre mission d’entreprise, cette volonté d’innover est souvent là, mais elle demande d’être cultivée et exposée à tous. Vous remarquerez que les entreprises innovantes montantes communiquent régulièrement et mettent leur pratique de gestion en vedette, et sur les réseaux sociaux leurs employés s’identifient sans gêne.

8. Inclure les employés pour stimuler la collaboration

Ce n’est pas un hasard si les compagnies innovantes ont un média social comme produit ou encore contribuent énormément à la culture de l’engagement et du partage d’information. En effet, les entreprises qui réussissent à garder le pas en matière d’innovation ont le don de garder leurs employés « engagés » et d’inciter à la collaboration. Et cela, elles le font avec une philosophie d’entreprise où la communication est ouverte, mais surtout en intégrant bien les médias et les technologies pour faciliter l’interaction.

Pour consulter le document rédigé par Haydn Shaughnessy pour Hype : The Evolution of Innovation

Philippe MarcouxAOL achète le Huffington Post

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 publié le 9 février 2011 à 11 h 21

Après mon récent billet (avouons-le, quelque peu négatif) sur le nouveau journal iPad de Rupert Murdoch, j’avais bien besoin d’un petit remontant. Je ne pensais pas que ça viendrait si vite, mais voilà que AOL annonce qu’elle achète le Huffington Post pour 315 millions $ US, et même le vieux grincheux que je suis y voit plein de bonnes nouvelles pour le journalisme en général.

C’est vrai qu’AOL a plutôt la réputation d’une compagnie en déclin et qu’elle n’a pas exactement une histoire reluisante en matière de grosses transactions. En fait, AOL a fait partie avec Time-Warner de ce que certains qualifient encore de « pire transaction de l’histoire » toutes catégories confondues. Mais AOL semble avoir complètement changé sa stratégie pour se concentrer sur le contenu. Il n’y a pas très longtemps, la compagnie a fait l’acquisition du respecté TechCrunch et maintenant elle se paye le Huffington Post, un des sites d’information les plus visités aux États-Unis.

Je ne sais pas si ça va fonctionner, rien n’est moins sûr et certains analystes trouvent le prix de vente un peu élevé, mais si j’étais un investisseur, c’est là que je mettrais mon argent. Pourquoi? Parce que contrairement à M. Murdoch, le Huffington Post et apparemment AOL veulent tracer la voie de l’avenir du journalisme en misant sur les forces d’Internet plutôt qu’en essayant de recréer un vieux modèle d’affaire sur une nouvelle plateforme.

Le Huffpost, comme nos voisins du sud l’appellent, est un véritable enfant d’Internet, une société virtuelle qui n’a jamais eu d’existence sur papier. La très riche Arianna Huffington a lancé ce qui était à l’origine un simple blogue pour offrir une réponse de gauche au Drudge Report (dont on parle peu depuis un bout de temps). C’est vrai qu’elle y a mis des sous et que certains de ses puissants amis (Al Gore, ça vous dit quelque chose?) y ont contribué, mais elle a surtout mis l’accent sur les hyperliens vers des articles d’intérêt publiés sur d’autres sites d’information, question d’attirer des lecteurs qui lui rapporteraient des revenus publicitaires qui, eux, lui permettraient d’embaucher des journalistes et de produire du contenu original. C’est Jeff Jarvis, l’auteur de What would Google do, qui écrivait « faites ce que vous faites le mieux et faites des hyperliens vers le reste » (ça fonctionne mieux en anglais : Do what you do best and link to the rest). Madame Huffington l’a bien compris. Le Huffington Post a aussi vite compris la force des communautés sur le web et comment les médias sociaux pouvaient lui amener des lecteurs.

C’est donc un site d’information qui a misé sur l’ouverture totale. Et ça a fonctionné. Moins de six ans après sa création, le Huffpost fait des profits. Environ 10 millions de dollars en 2010, selon certaines sources. Pas mal pour une entreprise qui évolue dans un monde où on a plus tendance à limiter les pertes qu’à engranger les profits. Le Huffpost avait maintenant besoin d’un partenaire aux reins plus solides pour poursuivre dans sa lancée, et c’est là qu’AOL entre en jeu.

On se retrouve donc avec une entreprise qui cherche à innover dans le domaine du journalisme, qui en a désormais les moyens et qui peut compter sur plus de 100 millions de visiteurs uniques par mois (si on combine ceux d’AOL et du Huffpost). J’appelle ça une bonne nouvelle. Il faut probablement ajouter que tant AOL que le Huffington Post semblent vouloir faire des percées dans le domaine de l’information locale (et par conséquent aller chercher de nouveaux revenus publicitaires tout aussi locaux). La rentabilité de telles initiatives reste à démontrer, mais ça aussi, c’est une bonne nouvelle pour le journalisme.

Le monde de l’information en ligne a bien besoin d’innovateurs prêts à risquer temps et argent pour trouver des modes de fonctionnement qui produiraient à la fois du contenu original et des profits. Tant AOL-Huffingtonpost que News Corp de Rupert Murdoch sont de ceux-là et je souhaite sincèrement que leurs efforts donnent des résultats. Mais si tout ça était une course, je sais sur quel cheval je miserais.