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Notre vie est désormais numérique. Je ne vous apprends rien avec cette première phrase. Tout le temps que nous passons sur Facebook, Twitter ou Instagram en est la preuve quotidienne. C’est d’autant plus vrai avec le divertissement que nous consommons.

Nous achetons de plus en plus de biens numériques. L’accès à ce contenu de manière légale est aujourd’hui simple, pratique, instantané. Néanmoins, certains craignent l’avènement de l’ère où la seule façon de consommer ces biens sera par téléchargement. Amoureux des vinyles, des vidéocassettes et des livres à couverture rigide, ils regrettent l’époque où l’on n’avait besoin d’aucun mot de passe pour en apprécier le contenu. Ils ont peut-être raison.

Pouvez-vous prêter facilement les biens que vous avez achetés par le biais d’Apple, d’Amazon ou de Google? Qu’adviendra-t-il de votre collection de biens virtuels après votre mort? La question de ce marché encore immature semble loin d’être réglée.

Musique

La musique est le premier type de contenu à avoir été distribué librement sur la toile. D’abord illégalement avec, entre autres, Napster, le service de partage musical introduit en 1999. Ensuite légalement, en 2003, avec la mise en ligne de l’iTunes Music Store, premier service regroupant alors les cinq majors de l’industrie de la musique (EMI, Universal, Warner, Sony et BMG – on en compte que trois aujourd’hui après rachats et fusions).

Ce système d’achat comportait par contre un bémol. Afin d’obtenir l’accord de tous ces ayants droit, Apple avait dû consentir à appliquer le concept de verrou numérique (alias DRM ou gestion des droits numériques) aux produits de son magasin musical. Résultat? Quiconque se procurait de la musique par iTunes ne pouvait l’écouter que sur un nombre limité d’appareils autorisés par le service.

Heureusement pour les consommateurs, ces restrictions furent levées en 2007 après un bras de fer entre Apple et l’industrie de la musique. Amazon a suivi quelques mois plus tard avec un service musical sans restrictions, malheureusement disponible seulement aux États-Unis (même chose pour Google et son service introduit en 2008, toujours inaccessible au Canada). Vous pouvez dorénavant déplacer les fichiers musicaux provenant de ces types de services comme bon vous semble.

Si les fichiers musicaux sont légers et faciles à stocker sur votre ordinateur, votre baladeur numérique ou un disque dur externe, il en est autrement pour les fichiers vidéo.

Films et séries télé

Pour la télé et le cinéma, c’est une autre paire de manches. Ayant observé comment Apple est parvenu à dominer l’industrie musicale, l’industrie cinématographique est beaucoup plus prudente dans sa relation avec les services de distributions numériques. Les verrous numériques, déjà présents sur DVD, ne sont pas près de disparaître des contenus téléchargeables.

Si vous pouvez archiver les films et séries télé que vous achetez sur iTunes ou Google Play, ceux-ci ne pourront être lu que par un appareil autorisé par ces services à la carte.

Vous désirez léguer votre vidéothèque à un proche après votre décès? Il vaut mieux inscrire vos nom d’utilisateur et mot de passe dans votre testament.

Livres

Les restrictions imposées aux livres sont semblables à celles imposées au contenu vidéo. Vous devrez donc utiliser la même approche afin de léguer votre collection de livres à votre descendance. Par contre, Amazon a introduit un concept intéressant avec sa liseuse Kindle : celui du prêt.

En effet, il est possible de prêter certains livres en ventes sur le Kindle Store pour une période de 14 jours. Fait regrettable, seulement environ 10 % des livres achetés sur Amazon peuvent être prêtés. Sans compter que la fonction n’est offerte qu’aux Américains; ceux-ci peuvent vous prêter un livre, mais les Canadiens ne peuvent en faire autant.

Jeux vidéo

De leur côté, les jeux vidéo ne sont pas en reste. La popularité de la vente de jeux d’occasion a monté en flèche en Amérique du Nord vers la fin des années 90, notamment avec l’arrivée des magasins spécialisés comme EB Games et GameStop. Ce marché lucratif est désormais menacé par la vente de jeux par téléchargement.

C’est d’ailleurs le cas aussi des films, des séries télé et des livres. La revente de ces biens numériques, souvent vendus au même prix que leurs versions physiques, est impossible.

Je dois admettre qu’en tant qu’amateur de jeux rétro, la disparition imminente d’un support physique sans restriction m’inquiète. Il faut également tenir compte de la relation privilégiée des joueurs avec leur compte – leur identité face à leurs amis et leurs adversaires. Si l’on en vient à restreindre l’utilisation d’un jeu à une seule console ou un seul compte, je crains que le marché en soit sévèrement touché.

Vous n’êtes pas propriétaire de ce contenu

Vous n’êtes pas propriétaire du contenu que vous achetez, peu importe son support. Vous obtenez un droit de consommation, tout simplement. Certes, il était facile autrefois de prêter, voire de dupliquer ces produits. Il n’en demeurait pas moins que ce dernier geste était illégal.

Difficile de chiffrer ce que les abus de certains ont fait perdre à ces industries, puisque les consommateurs ayant profité de ces pratiques n’auraient pas systématiquement investi d’argent pour consulter ces produits.

Êtes-vous de ceux qui préfèrent les choses tangibles? Croyez-vous qu’elles sont appelées à disparaître?

C’était devenu presque un rituel. Chaque semaine, mon père nous emmenait, mon frère et moi, au club vidéo du centre-ville de notre municipalité pour y louer notre divertissement du vendredi soir. Il connaissait bien les commis du commerce, de qui il obtenait des recommandations sur les films à voir, et sur ceux à éviter à tout prix. Du cinéma, nous en consommions énormément.

Avec le temps, nos habitudes ont changé. Nous sommes devenus membres d’un nouveau club vidéo venu s’installer plus près de notre domicile, offrant un service plutôt clinique, mais plus économique. Par la suite, mes parents se sont abonnés à la télé payante, délaissant ainsi le club vidéo. D’ailleurs, maintenant que je suis déménagé depuis une quinzaine d’années, je ne sais plus trop où ils en sont rendus de ce côté.

Inutile de vous dire que le club vidéo de mon enfance a fermé ses portes il y a longtemps. Je soupçonne même que celui qui se trouve à proximité de chez mes parents est également sur le point de disparaître. Bref, cette histoire, c’est la même pour tous ces commerces.

Les clubs de location vidéo se trouvent aujourd’hui remplacés par divers services de transmission vidéo sur demande. La toile nous offre désormais une énorme vidéothèque accessible en quelques clics.

Mise au point

Avant de vous lancer dans une frénésie de location de films en ligne, assurez-vous de bien connaître les limites (et la situation) de votre consommation Internet. La vidéo est un type de document qui consomme énormément de bande passante. Soyez-en avertis.

Services de type buffet

Netflix est sans contredit le joueur le plus important quand vient le moment d’aborder le sujet de la vidéo sur demande. Offert au Canada depuis 2010, il permet un accès illimité à sa collection de films (la plupart en haute définition) et de séries télé avec un abonnement mensuel de 7,99 $. Il s’agit d’un excellent rapport qualité / prix pour les cinéphiles qui préfèrent regarder leurs films en version originale : on y trouve beaucoup de nouveautés hollywoodiennes, en plus d’un important choix de documentaires et de films étrangers. Sans compter que le service est accessible sur les trois principales consoles de jeu, sur tablettes et téléphones, ainsi que quelques modèles de téléviseurs intelligents.

Quelques films de la collection francophone de Netflix

Par contre, le service n’offre qu’une poignée de films en français, provenant surtout de France (comme De vrais mensonges et Un prophète) et quelques productions québécoises (C’est pas moi, je le jure! et Contre toute espérance). Netflix avait pourtant promis de développer son offre en français lors de son arrivée au pays. Peut-on encore espérer de l’amélioration sur ce plan?

De son côté, Crackle est un drôle de moineau. Propriété de Sony Pictures, le service propose gratuitement l’accès illimité à une portion de son catalogue (comprenant des classiques de Columbia Pictures tels que Ghostbusters). La majorité des films étrangers distribués par le groupe sont d’origine asiatique, la langue de Molière est par conséquent absente du service.

YouTube propose également la location de films depuis peu au Canada. Cependant, son catalogue est plutôt mince (et avec peu de contenus francophones).

Du côté canadien, il y a évidemment le portail de l’ONF, qui nous offre de regarder des documentaires, des productions interactives, des films d’animation et de fiction. Sa collection de courts-métrages est impressionnante, comprend une panoplie de contenus francophones, et la qualité de sa diffusion est remarquable. Le service est gratuit.

Services à la carte

Si vous n’êtes pas le genre à consommer énormément de films, un service à la carte vous serait probablement plus avantageux. Pour ce type de location,iTunes demeure le choix le plus populaire. Idéal pour les nouveautés, le prix de location varie entre 4,99 $ pour la version standard (moins lourde) et 5,99 $ pour la version HD. Une fois la transaction terminée, vous avez jusqu’à 30 jours pour regarder le film en question.

La section francophone de l’iTunes Store

Le plus beau pour les francophiles : la quasi-totalité de sa collection est offerte en français. On parle ici de films américains, de films français (évidemment) et de films québécois. Cependant, les films un peu plus vieux ne sont généralement pas offerts en location. Leurs prix de vente varient entre 9,99 $ et 24,99 $.

Du côté des consoles de salon, le PlayStation Store de Sony partage plusieurs caractéristiques avec le service d’Apple. Sa collection américaine est très large, et ses films sont offerts tant en version originale qu’en version française, et aux mêmes tarifs (tant à l’achat qu’à la location). Pour avoir accès aux titres francophones, il est important de configurer son compte PSN en français; la page descriptive des films ne présente aucune option de choix de langue. Malheureusement, on ne propose pratiquement aucun contenu québécois. Le seul titre que j’ai pu croiser dans le catalogue : Monsieur Lazhar.

Sur Xbox Live Marketplace, Microsoft propose également que la vente et la location de films américains, généralement offerts dans les deux langues, et dont le prix oscille aux alentours d’une trentaine de dollars.

D’autres joueurs à l’horizon?

Il existe d’autres services du genre aux États-Unis, tels que Amazon Instant Video et Hulu. Ces derniers sont inaccessibles à l’extérieur du territoire américain, sauf si on utilise un serveur mandataire (proxy server), un intermédiaire qui peut donner l’illusion qu’on se trouve au pays de l’oncle Sam. Cette solution est risquée (puisque cet intermédiaire peut filtrer l’information transmise par votre ordinateur), sans compter qu’il s’agit d’une utilisation illégale du service vidéo.

Ces joueurs n’ont pas affirmé pour l’instant avoir l’intention de migrer au Canada. Par contre, avec la sérieuse lacune dans l’offre de contenu francophone en location, il ne serait pas étonnant de voir arriver un nouveau joueur à moyen terme afin de combler ce manque.

Dernièrement, j’ai écouté quelques Blu-Ray de la pile « achetés depuis un moment, mais encore dans leur emballage », et j’ai remarqué que la plupart présentaient plusieurs bandes-annonces avant le début du film, même sur ceux provenant de coffrets pour collectionneurs. Sur certains, je ne pouvais même pas les avancer.

Je n’ai rien contre les bandes-annonces. Au cinéma, je m’assure toujours d’arriver à temps pour ne pas les manquer. Ça me permet de choisir les prochains films que j’irai voir au cinéma. Quand je loue un film, ça ne me dérange pas non plus. Habituellement, je loue, car je sais que c’est un film à consommation rapide que je n’aurai pas le goût de garder.

Et d’ailleurs, pourquoi nous met-on des bandes-annonces de superproductions précédant les films à gros budgets et des bandes-annonces de films indépendants ou étrangers uniquement devant ce genre de films? Tant qu’à nous obliger à regarder des bandes-annonces, pourquoi ne pas en profiter pour faire connaître des films qui n’ont pas joui du même tapage publicitaire que les gros films commerciaux?

Pirate contre acheteurs

Quand j’achète un film, c’est que je l’ai aimé (habituellement, je l’ai même déjà vu au cinéma) et que j’ai décidé de l’acheter pour ma collection. Pour le revoir maintenant, dans quelques années ou pour le montrer à mes futurs enfants. Alors, pourquoi me mettre des bandes-annonces? Lorsque je déciderai de le revoir, disons dans 10 ans, ces films ne seront plus d’actualité. Et s’ils sont bons et en valent la peine, je les aurai déjà dans ma collection. En plus, je suis une bonne cliente. J’achète des films au plein prix sans pirater. Alors, pourquoi me mettre non seulement des avertissements contre le piratage (euh, je viens de l’acheter merci), me mettre une publicité sur la qualité des films Blu-Ray (j’en suis consciente, car j’ai justement acheté un film de ce format) et en plus me mettre des bandes-annonces? Je le répète : j’ai acheté ce film pour ma collection. Sinon, pourquoi l’achèterais-je au lieu de le louer?

Si j’achète une version numérique, je n’ai aucune publicité, et c’est souvent moins cher (mais je n’ai habituellement pas les extra). Si j’ai une copie piratée, je n’aurai pas à subir toute cette introduction. Lorsque je me suis exprimée à ce sujet sur Twitter, plusieurs personnes m’ont rappelé cette infographie qui avait fait le tour du web en février 2010.

* Je ne sais pas à qui revient le crédit de cette image qui a fait le tour du web, mais l’originale semble venir d’imgur.com (cliquez ici pour voir ce qui semble l’original en plus grand format).

Je n’ai pas l’intention de commencer à pirater mes films pour autant. Mais je me demande pourquoi c’est l’acheteur – et donc possiblement le collectionneur et celui qui dépense le plus d’argent dans cette industrie –, qui doit se taper toute cette introduction qui ne finit plus. Pourquoi les acheteurs ne sont-ils pas davantage respectés? Pourquoi punit-on uniquement les mauvais comportements au lieu d’encourager et de récompenser les bons?

Je m’imagine une compagnie de disques mettre la publicité de son nouveau poulain avant la première chanson d’un disque. Ce serait complètement ridicule. Alors, pourquoi le fait-on pour les films?