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Apple a dévoilé hier Apple News, une nouvelle application mobile permettant d’afficher des articles dans un format riche, avec une belle mise en page, une typographie personnalisée et des photos, le tout d’une façon fluide et adaptée aux appareils mobiles d’Apple. L’application, qui rappelle beaucoup Facebook Instant Articles lancé il y a quelques semaines, est prometteuse, mais un constat s’impose : une norme ouverte aurait dû répondre à ce besoin.

Car si News et Instant Articles permettent avant tout à Apple et à Facebook de récolter une part des profits des éditeurs grâce à la publicité vendue avec ces articles par leurs propres agences, les deux services répondent aussi à un besoin.

On parle ici du besoin d’une plateforme native, simple pour les créateurs, fluide, capable de regrouper des articles de différents médias et de présenter le tout d’une façon agréable. Apple News et Facebook Instant Articles en sont encore à leurs premiers balbutiements, mais déjà, les deux plateformes semblent répondre à cette demande – mieux que ce qu’il serait possible de faire avec seulement du web adaptatif, par exemple.

Elles le font toutefois d’une façon qui force les éditeurs et les blogueurs à s’adapter à plusieurs formats, et en s’assurant que les Apple, Facebook et compagnie soient celles qui détiennent ultimement le contrôle des formats, des changements qui y seront apportés, de la monétisation et des règles pour y participer (notons que le format DSP d’Adobe, utilisé par de nombreux magazines sur tablettes, pourrait aussi être ajouté à cette liste).

C’est dommage. Car le web s’étant développé d’une façon ouverte et accessible à tous et permettant ainsi à une multitude d’entreprises de croître, ce web mobile nouveau genre aurait lui aussi dû être ouvert.

RSS 3.0?
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Certains noteront que la norme RSS répond déjà en partie à ce besoin. Chaque site peut offrir son contenu d’une façon simple et accessible, et d’autres outils permettent ensuite de réunir les articles des différents médias et de les consulter sur un appareil mobile d’une façon un peu plus appropriée. D’ici à ce que son Apple News Format soit prêt, Apple utilise d’ailleurs le RSS pour diffuser les articles dans son service.

Le RSS n’offre toutefois pas la richesse de mise en page des News et Instant Articles. Est-ce qu’une version mise à jour du RSS pourrait régler la situation? Peut-être.

Une chose est certaine, ce n’est toutefois pas ce qu’avait en tête Aaron Swartz, l’un des concepteurs de la norme, pour la prochaine mise à jour du RSS. Dans un billet sur son blogue détaillant ce qu’allait être le RSS 3.0, Aaron Swartz décrivait en fait avant sa mort l’exact opposé de ce qu’offrent Apple et Facebook.

« N’importe quel internaute intelligent ne veut que du texte », expliquait Swartz après s’être révolté contre l’utilisation du HTML dans les courriels.

Le RSS 3.0 allait plutôt retourner aux sources du « Really Simple Syndication », le protocole le plus simple possible.

Besoin d’une nouvelle norme
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Peu importe que ce soit le RSS ou non, le web mobile a besoin d’une nouvelle norme ouverte qui pourrait répondre aux mêmes besoins des formats Apple News et Facebook Instant Articles (ou du moins offrir les mêmes avantages, pour ceux qui considèrent le mot « besoin » un peu exagéré).

Un format que d’autres applications mobiles et même les navigateurs web pourraient utiliser, et qu’Apple et Facebook finiraient par adopter à leur tour. Un format qui permettrait autant aux sites web de particuliers qu’aux éditeurs d’offrir une version riche et rapide de leurs articles, sans devoir les convertir individuellement pour Apple, Facebook et tous les autres qui suivront forcément, et sans courir le risque qu’un changement unilatéral d’une entreprise vienne ensuite briser leur modèle d’affaires.

Et tiens, je propose même le nom pour cette nouvelle norme : pourquoi pas RRS, pour « Really Rich Syndication »?

Reste à voir si quelqu’un aura l’audace et les moyens pour le faire et, surtout, pour le promouvoir adéquatement, ce qui n’est certainement pas gagné d’avance.

Catherine MathysGoogle : la reine des entreprises médiatiques

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 publié le 12 mai 2015 à 14 h 05

Google domine la liste des 30 groupes médiatiques les plus importants dans le monde, et l’écart avec ses plus proches compétiteurs ne fait que se creuser. En effet, selon un rapport publié par ZenithOptimedia, Google est désormais 136 % plus imposant que le deuxième plus gros propriétaire de médias, Disney. Le précédent rapport chiffrait l’écart à 115 %. En fait, l’avance de Google est plus grande que le deuxième et le troisième plus important média (Comcast) combinés.

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Gagner la guerre du numérique

Ce palmarès des 30 chefs de file de l’industrie des médias est publié chaque année depuis 2007. On y compile les revenus publicitaires, mais aussi d’autres types de revenus tirés, par exemple, des abonnements ou de la vente directe quand il s’agit de journaux ou de magazines.

ZenithOptimedia étant un réseau d’agences de publicité, le but de ces rapports est de dresser le portrait des plus gros médias auxquels les publicitaires auront affaire.

À première vue, il est intéressant de remarquer que, dans ce palmarès, on trouve cinq chefs de file uniquement numériques : Google, Facebook, Baidu, Yahoo et Microsoft. Ces 5 entreprises représentent 71 milliards en revenus publicitaires, ce qui constitue 68 % de toute la publicité numérique.

Facebook : l’entreprise qui monte

C’est assurément l’utilisation accrue des appareils mobiles qui vient gonfler les chiffres de Google. Sa fonction de recherche serait désormais plus utilisée sur les téléphones que sur les ordinateurs. Une plateforme accessible partout et en tout temps. Et sa publicité aussi.

Facebook

Cela dit, chaque année, Facebook accélère le pas. Et ici aussi, la mobilité semble responsable d’un bond de 63 % des revenus publicitaires en un an. Les derniers chiffres le montrent, c’est maintenant 526 millions d’utilisateurs actifs qui n’accèdent à leur compte que sur un appareil mobile. Facebook profite bien de la manne en grimpant au 10e rang du palmarès.

L’entreprise gagne 14 places au classement du rapport de ZenithOptimedia, et devient le média qui connaît la croissance la plus rapide. En combinant le milliard et demi d’utilisateurs de Facebook et la popularité exponentielle des appareils mobiles, ce n’est pas étonnant, me direz-vous. À elle seule, elle draine plus du quart des dépenses publicitaires reliées à des appareils mobiles.

Les autres groupes médias à surveiller

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La deuxième entreprise médiatique qui a eu la croissance la plus rapide est la chinoise Baidu, qui a grossi de 43 % en un an, ce qui la place devant Yahoo (18e) et Microsoft (21e).

La troisième est la brésilienne Grupo Globo, qui a connu une croissance de ses revenus de 15 %.

Cela dit, vous trouverez surtout des entreprises américaines dans la liste ci-dessous, avec quelques entreprises européennes qui ressortent du lot, comme Bertelsmann, JCDecaux, Mediaset, ITV ou encore ProSiebenSat.

Les 30 plus importantes entreprises médiatiques dans le monde en 2015

  1. Google
  2. Walt Disney Company
  3. Comcast
  4. 21st Century Fox
  5. CBS Corporation
  6. Bertelsmann
  7. Viacom
  8. Time Warner
  9. News Corp
  10. Facebook
  11. Advance Publications
  12. iHeartMedia
  13. Discovery
  14. Gannett
  15. Asahi Shimbun Company
  16. Grupo Globo
  17. Yahoo
  18. Fuji Media Holdings
  19. CCTV
  20. Microsoft
  21. Hearst Corporation
  22. JCDecaux
  23. Yomiuri Shimbun Holdings
  24. Mediaset
  25. Axel Springer
  26. ITV plc
  27. ProSiebenSat
  28. Baidu
  29. NTV
  30. Sanoma

Catherine MathysFacebook suit tout le monde

par

 publié le 14 avril 2015 à 15 h 21

Vous l’avez sûrement déjà remarqué, il suffit de faire une recherche Google sur un produit pour retrouver des publicités du même genre de produits sur votre profil Facebook. Ce n’est un secret pour personne, Facebook traque nos clics sur le web pour mieux cibler sa publicité. Ce qu’on ne savait pas, par contre, c’est que le réseau social le plus populaire suit aussi ceux qui n’ont pas de compte Facebook.

Facebook suit tout le monde

C’est ce qui ressort d’une étude de chercheurs belges des universités de Louvain et de Bruxelles qui révèle, en effet, que Facebook suit la trace  de tous ceux qui visitent ses pages, qu’ils soient membres ou non du réseau. Donc, si vous pensiez échapper aux griffes du plus grand réseau social en évitant de vous y abonner, eh bien, c’est peine perdue.

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Le rapport explique donc que, si vous visitez un site avec des modules d’extension sociaux (13 millions de sites en ont), même si vous êtes déconnecté de Facebook, le réseau continue de récolter vos données grâce aux cookies qu’il aura installés sur votre ordinateur. C’est une pratique relativement répandue. Google utiliserait la même façon de faire.

Là où c’est plus inquiétant, c’est quand un non-abonné, donc quelqu’un qui ne soupçonne rien, est traqué. En effet, il suffit qu’un internaute visite une page ou un profil Facebook public pour que le cookie soit installé. Le pire dans tout ça, c’est que c’est détaillé dans leur politique de confidentialité. Vous savez, ce document qu’on ne lit jamais? Eh bien, tout est là. Ce n’est même pas caché.

« Utilisons-nous des cookies si vous n’avez pas de compte ou si vous vous êtes déconnecté(e) ?

Nous utilisons des cookies même si vous n’avez pas de compte ou si vous vous êtes déconnecté(e). (…)

Nous plaçons également des cookies si vous n’avez pas de compte Facebook, mais que vous avez consulté le site facebook.com. Ici aussi, ces cookies nous aident à protéger les Services Facebook et ses utilisateurs de toute activité frauduleuse. Ces cookies nous aident ainsi à détecter et prévenir la création massive de faux comptes et les attaques entraînant un refus de service.

Si des cookies sont stockés sur votre navigateur ou sur votre appareil, nous les lisons lorsque vous consultez un site comportant un module social. »

La loi européenne

Ce n’est pas parce que ce n’est pas caché que c’est légal pour autant. En effet, pour être conforme au droit européen, l’installation de cookies doit se faire avec le consentement préalable de l’utilisateur. Facebook se retrouverait donc en pleine illégalité.

Cet état de fait avait déjà été souligné dans un précédent rapport commandé en février par la Commission de la protection de la vie privée de Belgique à la suite des changements apportés à la politique de confidentialité de Facebook au début de l’année.

La réaction de Facebook

La semaine dernière, Facebook a réagi dans un billet de blogue. Richard Allan, vice-président des politiques de Facebook en Europe, reprend un argument souvent entendu dans ce genre de situations. Selon lui, l’utilisation de cookies améliore l’expérience de l’utilisateur en mémorisant certaines de ses préférences, comme la langue, par exemple. M. Allan rappelle que ces cookies aident aussi Facebook à offrir de la publicité personnalisée aux abonnés.

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D’accord, mais en ce qui concerne la traque des non-abonnés, qu’est-ce que répond Facebook? Allan qualifie la pratique d’involontaire. Elle serait en fait reliée à une faille qui permettait effectivement de déposer des cookies sur les ordinateurs de certains internautes qui n’étaient pas membres de Facebook. Selon lui, il s’agit d’une erreur qui serait en voie d’être corrigée.

Piqué au vif, Allan reprend huit affirmations, pour les débouter une à une, même si elles ne sont pas directement reliées au rapport lui-même. On se dispute essentiellement le sens donné à certains termes. Par exemple, Allan n’aime pas le mot « tracking » pour désigner l’information colligée sur la navigation des internautes.

Pour lui, ça semble être une méthode acceptable pour un site qui, le rappelle-t-il, est gratuit.

Une décision à venir

La Commission de la protection de la vie privée de Belgique doit rendre une décision sur les actions à prendre, faisant suite à ce rapport, le 29 avril prochain.

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La situation est de plus en plus délicate pour Facebook en Europe. D’autres groupes en France, en Espagne et en Italie se penchent actuellement sur les politiques de confidentialité de Facebook pour analyser la façon dont sont utilisées les données des 300 millions d’utilisateurs européens.

Le printemps européen s’annonce déjà chaud pour le réseau. Dossier à suivre!

 

Dans cet âge d’or de l’actualité, il n’y a pas que les sources d’information qui se multiplient. Les trajectoires pour parvenir jusqu’à elles se diversifient également. Selon une nouvelle étude, les jeunes Américains trouvent leur principale source d’information dans les médias sociaux, et non dans les journaux, la télévision, ni même leurs sites web.

Facebook : une source importante d’actualité

Jusque-là, rien de terriblement étonnant. On commençait à s’en douter un peu. En septembre dernier, le Pew Research Center affirmait déjà que 30 % des Américains s’informaient sur Facebook.

Comme vous le savez, la force de Facebook n’est pas dans la production de contenu, mais dans la référence d’articles issus des médias. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’on s’informe mieux. En effet, ceux qui ont découvert des nouvelles à travers Facebook passent beaucoup de temps et visitent beaucoup moins de pages sur les sites web des médias que ceux qui s’y rendent directement.

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Et quel genre de nouvelles consomment-ils? Pour environ la moitié des utilisateurs de Facebook, celles-ci figurent dans six catégories de l’actualité, mais les nouvelles liées au divertissement sont celles qui reviennent le plus souvent. Contrairement à Twitter, plateforme vers laquelle on se tourne volontiers pour avoir les dernières nouvelles, Facebook n’est pas une référence en matière d’actualité en temps réel.

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Et les jeunes dans tout ça?

Ce que l’étude citée plus haut fait ressortir, c’est la différence dans l’intention de s’informer. Selon l’étude de l’American Press Institute, près de 90 % des jeunes s’informent régulièrement sur Facebook, mais moins de la moitié d’entre eux s’y rendent avec l’intention de la trouver. En d’autres termes, s’informer sur les médias sociaux est devenu un geste accidentel.

De prime abord, cela peut paraître étonnant. Mais l’est-ce tant que ça? Ne nous arrive-t-il pas souvent d’apprendre des nouvelles grâce au bouche-à-oreille ou en écoutant distraitement la radio? Bien sûr, mais ce qui diffère, c’est la quantité des nouvelles découvertes de cette façon. Les jeunes passent tellement de temps en ligne qu’ils finissent par tomber sur une grande quantité d’information, plus grande que celle que l’écoute passive pourrait le permettre.

Les jeunes d’aujourd’hui deviennent donc des accros à l’actualité accidentels, pour reprendre les termes de cet article de The Atlantic. Ils réussissent à s’informer sans trop le chercher, ni le vouloir. L’actualité fait simplement partie d’un flot continu d’activités en ligne.

D’ailleurs, seule une minorité des 18-35 ans acceptent de payer pour s’informer. Ils sont davantage prêts à le faire pour consommer des films ou des émissions (55 %), des jeux (48 %) ou de la musique (48 %) que pour de l’information (40 %).

Au-delà du divertissement

L’étude tente de nous éloigner du cliché énoncé plus haut selon lequel les nouvelles issues des médias sociaux portent essentiellement sur du divertissement.

L’American Press Institute affirme au contraire que les médias sociaux aident à diversifier la nature des nouvelles auxquelles les jeunes sont exposés. Ainsi, 45 % d’entre eux suivraient régulièrement 5 nouvelles sérieuses ou plus. Fait étonnant, ils seraient plus enclins à suivre des nouvelles reliées à la politique, à la criminalité, à la technologie, à leur région ou à des préoccupations d’ordre social qu’à la culture populaire, aux vedettes ou à la mode.

N’en déplaise à mes amis Facebook, permettez-moi d’en douter. Et je ne suis pas la seule que ces données font sourciller. Le journaliste Derek Thompson, de The Atlantic, est également sceptique. Selon lui, dans ce genre d’étude, les gens veulent bien paraître, mais leur comportement dit tout le contraire.

Pour Thompson, les jeunes valorisent peut-être les nouvelles sérieuses, mais de là à en consommer régulièrement, il y a une marge. Pour appuyer ses dires, il fait référence à une autre étude parue le mois dernier et qui se trouve, en effet, en contradiction avec celle de l’American Press Institute. Le site News Whip mentionnait que les publications qui avaient suscité le plus d’engouement sur Facebook en janvier 2015 comprenaient assez peu de nouvelles sérieuses et pas mal plus de listes et d’histoires insolites. Voici les 15 publications les plus consultées en janvier dernier sur Facebook.

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Qui dit vrai?

 

Catherine MathysSe priver de Facebook pour le carême

par

 publié le 26 février 2015 à 15 h 46

Dans la tradition chrétienne, le carême est une période de jeûne et de privation qu’il faut observer durant 40 jours, du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques. Quand j’étais jeune, il s’agissait essentiellement de se priver de viande le vendredi. Or, dans les dernières années, un nouveau genre d’abstinence a fait son apparition, le sevrage technologique.

 Une tendance populaire

Selon le International Business Times, le tiers des chrétiens aux États-Unis se sont privés de technologie en 2014 à l’occasion du carême. Le sondage cité mentionne que ceux qui abandonnent les technologies pendant cette période de 40 jours se privent des réseaux sociaux (16 %), des téléphones intelligents (13 %), de la télévision (11 %), des jeux vidéo (10 %) et, dans une moindre mesure, d’Internet (9 %). Cette nouvelle pratique serait populaire aussi bien chez les jeunes (37 % des 18-35 ans) que chez les baby-boomers (39 %) pratiquants.

Ne vous étonnez donc pas si vous voyez ce genre d’images sur les profils de vos amis Facebook. Ils vivent un carême 2.0.

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Chaque année, le site OpenBible établit une liste des sacrifices personnels les plus suivis durant le carême. Encore une fois cette année, Twitter arrive en 3e, les réseaux sociaux, en 5e, et Facebook, en 21e position. Cela dit, le site n’applique pas une méthodologie à toute épreuve. J’en tiens pour preuve le fait que l’école arrive en tête des intentions de privation!

Le carême, version 2.0

Sur le site Salon.com, la journaliste Mary Elizabeth Williams explique que l’observation du carême est assez nouvelle dans son cercle social. Cependant, le fait de s’abstenir de publier le moindre commentaire revêt, pour elle, des allures de défi spirituel. Et ce n’est pas parce qu’elle manque de choses à dire, au contraire. Sa vie des prochaines semaines comporte, selon elle, un grand potentiel d’histoires à partager avec ses amis : une opération, un voyage, un demi-marathon.

Malgré tout, Mme Williams a besoin de retrouver un certain calme dans sa vie. Son défi? Résister à l’envie compulsive de décrire son trajet de métro ou de cliquer sur le commentaire mesquin du jour. Et surtout, elle souhaite voir cette période d’abstinence comme un baume et non un sacrifice. « Une version imparfaite d’une religion imparfaite », dit-elle pour la décrire.

Une absence temporaire

Même des membres de l’Église prennent le chemin de l’abstinence numérique. Le site directmatin.fr mentionne la démarche de l’abbé Pierre Amar.

Abbé

« Je voulais une résolution simple, dans l’esprit de celle que le pape Jean-Paul II avait un jour proposée en suggérant qu’on fasse un carême sans télévision : un jeûne cathodique! En écartant Facebook de ma vie pendant 40 jours, je ne me prive pas de quelque chose; je veux surtout vérifier si je suis libre par rapport à Facebook. Je pressens aussi que je vais économiser pas mal de temps que je pourrai utiliser pour prier, lire, aller vers les autres… Rendez-vous dans 40 jours pour un bilan! »

Des trucs pour survivre 40 jours

La blogueuse Lauren Bravo fait, elle aussi, partie des abstentionnistes temporaires. Sur son blogue Shiny Shiny, elle a, par exemple, publié une liste de conseils pour survivre à ce carême nouveau genre. En voici quelques-uns.

  • Faites-le pour les bonnes raisons

Il faut le voir comme un exercice de purification, comme pour éliminer le bruit incessant des médias sociaux, qui encombre nos idées. Et attendez-vous, dit la blogueuse, à devoir expliquer votre démarche à tout le monde. C’est pour ça qu’il faut être bien convaincu.

  •  Effacez vos applications

Ne jouez pas avec le feu, effacez toutes les tentations. Même si vous avez décidé de vous abstenir, il se peut que vous soyez si habitué à cliquer sur certains boutons que vous le fassiez machinalement. N’oubliez pas de désactiver également les notifications, sinon, l’exercice ne sera que partiel.

  • Notez les dates importantes

Ah! que Facebook est efficace pour nous rappeler les anniversaires de nos amis! Ce serait dommage d’oublier les événements importants de la vie des autres (naissances, mariages, etc.).

  • Préparez vos amis

Pour éviter les malentendus ou les déceptions, avisez vos amis que vous ne répondrez pas aux messages sur Facebook. Évitez-leur aussi de s’inquiéter inutilement de ce soudain silence radio. Et rappelez-leur votre numéro de téléphone. C’est vintage, mais toujours utile.

  • Utilisez votre temps judicieusement

Si vous ne ressentez que les désagréments du sevrage, l’exercice sera vain. Il faut remplacer toutes les heures libérées par quelque chose d’utile, d’agréable. Trouvez des idées pour vous assurer d’aller au bout des 40 jours. Vous vous souvenez des livres papier?

Quand le FOMO devient FODO

Parmi les judicieux conseils de sevrage de la blogueuse, il y a aussi et surtout l’occasion de changer le rapport avec les technologies. On peut vouloir abandonner les médias sociaux juste pour se prouver quelque chose à soi-même, mais cela peut aussi être l’occasion de régler certains défauts concernant l’utilisation qu’on en fait.

Ainsi, depuis plusieurs années, on parle de la peur qu’ont les utilisateurs des médias sociaux de manquer quelque chose (ce qu’on appelle en anglais FOMO « fear of missing out« , d’où leur compulsion à vérifier leurs comptes le plus souvent possible.

Maintenant, on parle aussi de la peur de décevoir les autres (en anglais, FODO « fear of disappointing others« ). C’est le terme servant à désigner ce pourquoi certains restent dehors à se geler les mains par -30 degrés Celsius pour répondre le plus rapidement possible à un tweet ou à un statut qui les concerne. Il ne faut surtout pas avoir l’air absent ou indifférent.

Si on n’est pas tous chrétiens, ni pratiquants, il faut avouer qu’il y a quand même du bon à remettre ses pratiques en ligne en question une fois de temps en temps. Bon carême!