Billets classés sous ‘creative commons’

Aaron Swartz, cofondateur du site Reddit et militant en faveur de la distribution gratuite du contenu sur Internet, a été trouvé pendu dans son appartement de Brooklyn vendredi dernier. Il avait 26 ans.

Malgré son jeune âge, Swartz a accompli énormément de choses. À 14 ans, il contribue au développement de la norme RSS, une technologie qui permet d’obtenir automatiquement les mises à jour d’un site Internet, aujourd’hui omniprésente sur la toile. Il devient par la suite un des fondateurs de Reddit, un site communautaire invitant les internautes à soumettre des contenus et à voter pour ceux qu’ils jugent les plus pertinents. Le site est vendu à Condé Nast, groupe d’édition propriétaire d’une foule de magazines, dont Wired, avant même que Swartz atteigne sa majorité; il n’a pas encore 20 ans.

Engagé, il rédige en 2008 le Manifeste de la guérilla pour le libre accès, qui fait la promotion du libre accès au patrimoine culturel et scientifique mondial.

En 2011, il est accusé d’avoir téléchargé et mis gratuitement à la disposition des internautes 4,8 millions d’articles, dont une bonne portion provient des archives du Massachusetts Institute of Technology. Faisant face à une peine d’emprisonnement pouvant atteindre 35 ans et à une amende pouvant s’élever à 1 million de dollars, il choisit de s’enlever la vie. Son procès devait commencer le mois prochain.

Il va de soi que ces déboires judiciaires ont pu affecter Swartz. On ne peut néanmoins leur attribuer entièrement son suicide. Lui seul connaît les motifs derrière cette tragédie, et il a emporté son secret avec lui.

JSTOR, la solution moderne aux problèmes de stockage

Fondé en 1995, JSTOR est un système d’archivage de publications universitaires et scientifiques. Au moment où les bibliothèques universitaires font face à une augmentation du nombre de revues académiques, JSTOR offre un service de stockage de ces bibliothèques en numérisant les revues en question. La numérisation garantit non seulement l’accessibilité à long terme de ces contenus, mais aussi leur accès en ligne et la recherche dans le texte.

La plateforme conçue par JSTOR comprend un système de cryptage afin de prémunir les ayant-droits contre le piratage. Outré par les pratiques de JSTOR, dont l’abonnement (payant) est réservé aux institutions académiques, aux bibliothèques, aux centres de recherche, aux musées et aux écoles, Swartz décide de se brancher au réseau du MIT afin de siphonner le contenu de la banque de données de JSTOR. Sitôt l’activité anormale détectée par les administrateurs (quelque part entre le 24 septembre 2010 et le 6 janvier 2011), l’ordinateur de Swartz est déconnecté et banni du réseau sans fil. N’ayant plus rien à perdre, le jeune homme accède, par les conduits de ventilation, à la salle où se trouvent les routeurs principaux, et cherche à se brancher physiquement au réseau du campus.

Une fois démasqué par les administrateurs, Swartz conclut une entente avec JSTOR : le pirate remet les disques durs contenant les articles et promet de ne pas diffuser ces derniers et, en retour, JSTOR décide de ne pas entamer de poursuites judiciaires contre Swartz.

Le MIT et la procureure Carmen Ortiz montrés du doigt

Malheureusement pour Swartz, le bureau du procureur du Massachusetts a vent de l’affaire et décide de porter contre lui des accusations judiciaires pouvant être lourdes de conséquences. L’homme fait d’abord face à 4 chefs d’accusation mais, en septembre 2012, ce nombre augmente à 13.

La peine maximale est si lourde qu’elle surpasse le sort réservé aux coupables d’homicide involontaire, de vol de banque, de vente de pornographie infantile, et j’en passe.

Au lendemain de la mort de Swartz, le MIT annonce l’ouverture d’une enquête interne pour déterminer le rôle joué par l’institution dans le suicide du jeune homme. Quant aux proches de Swartz, ils mettent en ligne un site dédié à sa mémoire, dans lequel ils déclarent notamment :

La mort d’Aaron n’est pas seulement une tragédie personnelle. C’est le résultat d’un système judiciaire où l’intimidation et les poursuites excessives abondent. Les décisions prises par le bureau du procureur du Massachusetts et le MIT ont contribué à sa mort. Le procureur des États-Unis l’a poursuivi en s’appuyant sur des chefs d’accusation pouvant déboucher sur des peines particulièrement sévères, dépassant 30 ans de prison, et ce, pour le punir d’un crime allégué qui n’a pas fait de victime. Au même moment, et contrairement à JSTOR, le MIT a refusé de prendre parti pour Aaron et pour les principes les plus chers à sa communauté.

Épilogue

Deux jours après la mort du jeune homme, le collectif de pirates informatiques Anonymous a détourné la page d’accueil du site du MIT pour mettre en lumière la responsabilité de l’institution dans le suicide de Swartz.

Une autre initiative, le Aaron Swartz Memorial JSTOR Liberator, invite les internautes partageant la vision de Swartz à « libérer » des articles provenant de la banque de données JSTOR. Bien que le script en question ne puisse être exécuté qu’une fois (par mesure préventive), son utilisation constitue un acte criminel répréhensible.

Peu importe où l’on se situe dans le débat, il faut reconnaître qu’un flou persiste toujours au sujet du droit d’auteur sur Internet. Derrière l’histoire du libre accès à l’information, derrière l’histoire des poursuites judiciaires et derrière l’histoire d’argent, il y a des gens. Aaron Swartz était un homme qui a marqué sa génération. Souhaitons que cette lacune législative nous amène à parler de cet homme, et non seulement des tragédies qu’elle provoque.

Nous entendons de plus en plus parler de projets de loi visant à moderniser la protection du droit d’auteur à l’ère numérique. En passant du SOPA au PIPA, nous en sommes maintenant à parler de l’ACTA, des projets de loi C-11 et C-30. Chose certaine, le statu quo n’est pas une option aux yeux des ayants droit (les entités possédants des droits d’auteurs) et de nos gouvernements.

Quels sont les répercussions possibles de l’entérinement de ces lois? Le modèle de protection de la propriété intellectuelle traditionnel est-il compatible avec l’esprit libre d’Internet? La solution est-elle un monde où les œuvres circulent librement? Mes collègues de Triplex et moi nous sommes penchés sur ces questions et davantage lors de l’enregistrement de notre troisième émission Triplex en balado.

C’est d’ailleurs une émission dense en information qui s’apprête à alimenter vos oreilles. Vous entendrez, entre autres, Martin vulgariser l’état actuel de la situation en matière de projets de loi, Gina faire part de ses considérations sur le fait que trop de gens sont désensibilisés en ce qui concerne le concept du vol de contenu sous prétexte que c’est numérique, et moi vous parler de la notion de licence flexible en citant l’exemple de Creative Commons.

Émission 3 : sommaire

L’émission d’environ 40 minutes a été tournée à la librairie Le Port de Tête et est divisée en 8 chapitres :

00:00 – Introduction
06:25 – Législation : y a-t-il risque de censure?
10:30 – Qu’en est-il des lois canadiennes?
13:30 – Comment s’inspirer sans copier
18:20 – Légiférer sans freiner la créativité
23:25 – Creative Commons, une piste de solution
31:45 – Les producteurs de contenus premiers responsables du piratage?
38:10 – Questions en rafale

Vous pouvez vous abonner à la baladodiffusion sur iTunes. Si vous utilisez un autre agrégateur de contenu, copiez / collez l’adresse du fil RSS à l’endroit approprié.

Finalement, vous pouvez aussi télécharger la troisième émission, tout simplement.

Équipe de Triplex en balado :

Participants et blogueurs : Gina Desjardins, Laurent LaSalle et Martin Lessard
Animateur : Philippe Marcoux
Musique : Pierre Crube
Réalisatrice : Marine Fleury
Preneur de son et monteur : Martin Boulanger
Édimestre et photographe : Félix-Antoine Viens
Infographe et intégratrice web : Marie-Anne Seim

Pour en savoir plus

Voici quelques articles sur le sujet à lire à titre de complément d’information :

Laurent LaSalleConnaissez-vous Creative Commons?

par

 publié le 8 juillet 2011 à 16 h 28

Comme je l’écrivais plus tôt cette semaine, la projection du documentaire RIP : A Remix Manifesto m’a inspiré à traiter du sujet des droits d’auteurs à l’ère du numérique. Le film met en scène deux camps opposés : celui du copyright, représenté par l’industrie du divertissement (musique, cinéma et télévision) et celui du copyleft, représenté par les remixeurs puisant leur inspiration dans tout ce qui les entourent, incluant l’omniprésent contenu diffusé par l’industrie du divertissement.

Une solution de rechange au droit d’auteur

En 2001, tandis que le service de partage musical en ligne Napster se voyait refuser son offre de 1 milliard à la Recording Industry Association of America (RIAA) pour l’obtention d’une licence lui permettant de poursuivre ses activités illicites (sa librairie était majoritairement constituée de matériel protégé par droits d’auteurs), une solution de rechange légale au classique copyright voyait le jour par le biais d’un organisme à but non lucratif : Creative Commons.

Les personnes ne souhaitant pas protéger leurs œuvres en utilisant les droits de propriété intellectuelle standards de leur pays peuvent construire une licence Creative Commons moins restrictive et correspondant à leurs besoins. Voici les différentes combinaisons possibles :

  • Paternité, où vous êtes libre de partager (reproduire, distribuer et communiquer), de remixer (modifier) et d’utiliser l’œuvre à des fins commerciales, à condition d’indiquer l’origine de celle-ci.
  • Paternité – Pas de modifications, où vous êtes libre de partager et d’utiliser l’œuvre à des fins commerciales, à condition d’indiquer l’origine de celle-ci et de ne pas modifier, transformer ou adapter l’œuvre originale.
  • Paternité – Partage à l’identique, où vous êtes libre de partager, de remixer et d’utiliser l’œuvre à des fins commerciales, à condition d’indiquer l’origine de celle-ci et de conserver les mêmes conditions de partage (donc la même licence).
  • Paternité – Pas d’utilisation commerciale, où vous êtes libre de partager et de remixer l’œuvre, à condition d’indiquer l’origine de celle-ci et de ne pas utiliser l’œuvre à des fins commerciales.
  • Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage à l’identique, où vous êtes libre de partager et de remixer l’œuvre, à condition d’indiquer l’origine de celle-ci, de ne pas utiliser l’œuvre à des fins commerciales et de conserver les mêmes conditions de partage.
  • Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Pas de modifications, où vous êtes libre de partager et d’utiliser l’œuvre à des fins commerciales, à condition d’indiquer l’origine de celle-ci, de ne pas utiliser l’œuvre à des fins commerciales et de ne pas modifier, transformer ou adapter l’œuvre originale.

Le bonheur dans la flexibilité

Il semble être propre à la nature humaine de s’inspirer du travail de ses pairs dans le contexte d’un processus créatif. L’histoire est remplie d’exemples relatant ce fait, tant en ce qui concerne la musique (voir RIP : A Remix Manifesto à partir de la 14e minute pour des exemples) que le cinéma (lire les exemples sur Disney de mon précédent billet). Les restrictions légales actuelles risquent fort de ralentir l’évolution culturelle si nous n’envisageons pas de changer les règles du jeu.

Les licences Creative Commons accordent aux remixeurs une marge de manœuvre claire quant à la possibilité d’utiliser une œuvre comme matériau de construction et à quelles conditions. Elles sont utilisées dans plusieurs initiatives communautaires tels que Wikipédia, mais aussi à la portée des passionnés de photographies (sur Flickr et Picassa), des musiciens (Nine Inch Nails avec le projet Ghosts I-IV), des enseignants, etc.

Je pense qu’il est grand temps de tuer la perception de l’industrie qui considère qu’un contenu remixé à son insu est un contenu profané. La prochaine fois que vous voudrez partager une de vos créations, pourquoi ne pas lui soumettre une licence Creative Commons plutôt que de restreindre son utilisation?

MÀJ : The Power of Open

Creative Commons vient de publier le livre numérique The Power of Open (version française), relatant des exemples de projets utilisant des licences Creative Commons. À lire pour en apprendre davantage sur cette alternative.

Quand vous partagez vos photos sur Internet, vous demandez-vous ce qu’il advient de vos droits d’auteur? Venez-vous simplement d’autoriser le service qui héberge votre image à l’utiliser dans un contexte précis, ou avez-vous carrément transféré la propriété intellectuelle de celle-ci?

Une caméra concept, la WVIL

Semi hors sujet : la WVIL, une caméra concept

La semaine dernière, World Entertainment News Network (WENN), une agence américaine spécialisée dans la diffusion d’images et de nouvelles concernant les célébrités par le biais de fils de presse, est devenue partenaire officiel de Twitpic, le plus important service de partage de photos sur Twitter. L’agence peut non seulement utiliser les images Twitpic à ses propres fins, mais elle est maintenant disposée à poursuivre en justice quiconque utiliserait dans un contexte commercial les photos publiées sur le service sans son consentement.

Bien que l’agence prétend être seulement intéressée par les photos partagées par des célébrités, Twitpic ne fait aucune distinction entre les droits des célébrités et des utilisateurs réguliers dans ses conditions d’utilisation. Par contre, elle prend soin de vous informer qu’en acceptant d’utiliser son service, vous lui accordez « une licence mondiale, non exclusive, libre de redevances, sous-licenciable et transférable d’utiliser, de reproduire, de distribuer, d’afficher et d’exécuter le contenu en relation avec le service de Twitpic (et celui des successeurs et affiliés) et d’en faire des oeuvres dérivées ».

Cette nouvelle s’inscrit dans le contexte très actuel de la frénésie qui entoure le partage d’information sur les réseaux sociaux. Les utilisateurs s’empressent de trouver un service répondant à leurs besoins sans prendre connaissance des conditions d’utilisation rattachées à celui-ci.

Le site satirique The Onion s’est d’ailleurs amusé à rapporter cette semaine que Facebook était en réalité un programme de surveillance de la CIA. Les déclarations du faux porte-parole de la CIA, bien que loufoques, portent à réfléchir.

After years of secretly monitoring the public, we were astounded so many people would willingly publicize where they live, their religious and political views, an alphabetized list of all their friends, personal email addresses, phone numbers, hundred photos of themselves and even status updates about what they were doing moment to moment. It is truely a dream come true for the CIA.

Christopher Sartinsky, [faux] sous-directeur de la CIA

Comme quoi vous êtes votre meilleur paparazzi.

À qui de droit

Pour l’agence WENN, ses intentions sont nobles : elle souhaite mettre un frein à l’utilisation non autorisée des images Twitpic dans les journaux et autres médias. Par contre, aux yeux des photographes professionnels, l’entente conclue entre WENN et Twitpic a de quoi rendre inquiet, puisqu’elle permet à l’agence d’utiliser n’importe quelle photo du service à des fins commerciales.

Chose certaine, selon les conditions d’utilisation, en aucun cas vous ne cédez la propriété de vos photos à Twitpic. Néanmoins, la prudence est de mise lorsqu’on fait affaire avec les différents services de partage de photos.

Pourquoi ne pas établir à l’avance les conditions d’utilisation de vos photos par le biais d’une licence Creative Commons? Cette option se veut une solution de rechange légale au copyright pour les personnes qui souhaitent partager leurs œuvres selon des balises claires et établies à l’avance (à savoir s’il est possible de partager, de remixer ou de réutiliser l’œuvre dans un contexte commercial). Essentiellement, elle permet d’éliminer l’ambiguïté provoquée par le traitement d’un contenu protégé par droits d’auteur pour les non-initiés.

D’abord popularisées par les blogues, les licences Creative Commons sont très employées sur les portails de partage de photos comme Flickr et Picasa. Malheureusement, il est impossible pour l’instant de jumeler ces services à votre client Twitter, la principale force de Twitpic et ses concurrents. Il vous faudra télécharger votre photo à partir du site (ou d’une application dédiée), une étape supplémentaire qui pourrait rebuter certains utilisateurs.

Un ménage s’impose

Contrairement à celle de Facebook, l’utilisation de Twitter est très axée sur le moment présent. Il n’est pas essentiel, ni même pertinent de conserver un historique des photos prises au cours du dernier mois, encore moins au cours des dernières années. Pourquoi donc ne pas supprimer celles-ci?

Techniquement, une fois ces images supprimées de votre profil, Twitpic et WENN ne seront plus en droit d’utiliser vos photos à leurs fins (après un délai raisonnable).

À lire aussi : Le billet de Gina sur une photo de Noam Galai publiée sur Flickr et volée des centaines de fois.