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Maxime JohnsonLes studios hollywoodiens doivent-ils craindre Netflix?

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 publié le 21 février 2014 à 9 h 00

netflix hq

La 86e cérémonie des Oscars marquera cette année l’arrivée de Netflix grâce à son film The square, en nomination comme meilleur documentaire. Après avoir fait sa place en télé (particulièrement grâce à la série House of cards) et dans le documentaire, est-ce que le service de diffusion de vidéos par abonnement sur Internet pourrait maintenant s’attaquer au cinéma?

Comprendre Netlfix
Comme je l’expliquais l’été dernier dans un billet, Netflix a une attitude particulière quand vient le temps de financer un projet. Alors qu’une chaîne de télé normale cherche simplement à obtenir de bonnes cotes d’écoute, afin de transformer son auditoire en revenus publicitaires, la popularité des projets n’est pas la principale considération de Netflix.

L’entreprise ne tire en effet aucun revenu de la publicité ou de l’écoute à la pièce, mais plutôt des frais d’abonnement de ses utilisateurs, généralement de 7,99 $ par mois.

Lorsque Netflix finance un documentaire ou une série télé, la compagnie le fait donc en espérant qu’elle pourra lui faire augmenter son nombre d’abonnés, et non simplement que la série soit regardée par ses abonnés actuels.

Pour Netflix, une série à succès est donc une série qui lui offre une bonne visibilité, que ce soit par le bouche à oreille, par les médias ou encore par les galas comme les Emmys l’été dernier, alors que sa série House of cards, avec Kevin Spacey, était en nomination dans neuf catégories.

Une bonne série devrait aussi séduire un nouveau public, qui pourrait autrement ne pas être intéressé par le service en ligne, et elle devrait contribuer à augmenter la satisfaction de ses clients existants pour qu’ils conservent leur abonnement.

Selon tous ces critères, House of cards, dont la seconde saison a été mise en ligne la semaine dernière, est évidemment un succès important pour l’entreprise. Mais même des séries moins populaires, comme Arrested development, pourraient donc aussi avoir valu la peine pour Netflix, alors qu’elles auraient probablement été considérées comme des échecs à la télévision traditionnelle.

Le cinéma convient à la stratégie de Netflix
Netflix a beaucoup d’argent à dépenser pour offrir du contenu à ses utilisateurs : plus de 3 milliards de dollars américains en 2014 seulement, selon la compagnie.

Une grande partie de ce budget sera évidemment occupée par des films et des séries produits par d’autres studios, ainsi que par les séries télé originales de Netflix, mais le financement d’un véritable film, qui devrait toutefois respecter certaines conditions, sera certainement considéré par l’entreprise.

Comme la compagnie l’a fait en s’associant à Kevin Spacey et à David Fincher pour House of cards, Netflix pourrait en effet financer un film d’auteur avec une bonne distribution d’acteurs.

Le nouveau film de George Clooney diffusé non pas au cinéma, mais directement chez vous? Pourquoi pas. Surtout qu’à 7,99 $ pour un mois, un abonnement à Netflix est moins cher qu’un billet de cinéma, même sans compter le popcorn.

Combien de personnes essaieraient Netflix pour la première fois, si c’était la seule façon de voir le nouveau film de Kathryn Bigelow ou de Quentin Tarantino? Quelle visibilité pourrait obtenir Netflix en offrant le nouveau film de Steven Spielberg?

Si la chose était inconcevable il n’y a pas si longtemps, elle l’est tout à fait aujourd’hui envisageable. Argo (44,5 millions), The artist (15 millions), Le discours du roi (15 millions), Démineurs (15 millions), Slumdog millionaire (15 millions): les cinq derniers films à avoir remporté le prix du meilleur film aux Oscars ont un budget total (104,5 millions de dollars) à peine plus élevé que ce que Netflix a payé pour mettre la main sur House of cards (100 millions $).

Si Netflix a l’occasion de mettre la main sur un projet de film avec de gros noms associés et un bon potentiel pour gagner des prix, elle serait folle de ne pas sauter sur l’occasion.

Kevin Spacey comme meilleur acteur et David Fincher comme meilleur réalisateur dans un film produit par Netflix aux Oscars en 2015 ou en 2016? Personnellement, je ne serais pas surpris.

Notre vie est désormais numérique. Je ne vous apprends rien avec cette première phrase. Tout le temps que nous passons sur Facebook, Twitter ou Instagram en est la preuve quotidienne. C’est d’autant plus vrai avec le divertissement que nous consommons.

Nous achetons de plus en plus de biens numériques. L’accès à ce contenu de manière légale est aujourd’hui simple, pratique, instantané. Néanmoins, certains craignent l’avènement de l’ère où la seule façon de consommer ces biens sera par téléchargement. Amoureux des vinyles, des vidéocassettes et des livres à couverture rigide, ils regrettent l’époque où l’on n’avait besoin d’aucun mot de passe pour en apprécier le contenu. Ils ont peut-être raison.

Pouvez-vous prêter facilement les biens que vous avez achetés par le biais d’Apple, d’Amazon ou de Google? Qu’adviendra-t-il de votre collection de biens virtuels après votre mort? La question de ce marché encore immature semble loin d’être réglée.

Musique

La musique est le premier type de contenu à avoir été distribué librement sur la toile. D’abord illégalement avec, entre autres, Napster, le service de partage musical introduit en 1999. Ensuite légalement, en 2003, avec la mise en ligne de l’iTunes Music Store, premier service regroupant alors les cinq majors de l’industrie de la musique (EMI, Universal, Warner, Sony et BMG – on en compte que trois aujourd’hui après rachats et fusions).

Ce système d’achat comportait par contre un bémol. Afin d’obtenir l’accord de tous ces ayants droit, Apple avait dû consentir à appliquer le concept de verrou numérique (alias DRM ou gestion des droits numériques) aux produits de son magasin musical. Résultat? Quiconque se procurait de la musique par iTunes ne pouvait l’écouter que sur un nombre limité d’appareils autorisés par le service.

Heureusement pour les consommateurs, ces restrictions furent levées en 2007 après un bras de fer entre Apple et l’industrie de la musique. Amazon a suivi quelques mois plus tard avec un service musical sans restrictions, malheureusement disponible seulement aux États-Unis (même chose pour Google et son service introduit en 2008, toujours inaccessible au Canada). Vous pouvez dorénavant déplacer les fichiers musicaux provenant de ces types de services comme bon vous semble.

Si les fichiers musicaux sont légers et faciles à stocker sur votre ordinateur, votre baladeur numérique ou un disque dur externe, il en est autrement pour les fichiers vidéo.

Films et séries télé

Pour la télé et le cinéma, c’est une autre paire de manches. Ayant observé comment Apple est parvenu à dominer l’industrie musicale, l’industrie cinématographique est beaucoup plus prudente dans sa relation avec les services de distributions numériques. Les verrous numériques, déjà présents sur DVD, ne sont pas près de disparaître des contenus téléchargeables.

Si vous pouvez archiver les films et séries télé que vous achetez sur iTunes ou Google Play, ceux-ci ne pourront être lu que par un appareil autorisé par ces services à la carte.

Vous désirez léguer votre vidéothèque à un proche après votre décès? Il vaut mieux inscrire vos nom d’utilisateur et mot de passe dans votre testament.

Livres

Les restrictions imposées aux livres sont semblables à celles imposées au contenu vidéo. Vous devrez donc utiliser la même approche afin de léguer votre collection de livres à votre descendance. Par contre, Amazon a introduit un concept intéressant avec sa liseuse Kindle : celui du prêt.

En effet, il est possible de prêter certains livres en ventes sur le Kindle Store pour une période de 14 jours. Fait regrettable, seulement environ 10 % des livres achetés sur Amazon peuvent être prêtés. Sans compter que la fonction n’est offerte qu’aux Américains; ceux-ci peuvent vous prêter un livre, mais les Canadiens ne peuvent en faire autant.

Jeux vidéo

De leur côté, les jeux vidéo ne sont pas en reste. La popularité de la vente de jeux d’occasion a monté en flèche en Amérique du Nord vers la fin des années 90, notamment avec l’arrivée des magasins spécialisés comme EB Games et GameStop. Ce marché lucratif est désormais menacé par la vente de jeux par téléchargement.

C’est d’ailleurs le cas aussi des films, des séries télé et des livres. La revente de ces biens numériques, souvent vendus au même prix que leurs versions physiques, est impossible.

Je dois admettre qu’en tant qu’amateur de jeux rétro, la disparition imminente d’un support physique sans restriction m’inquiète. Il faut également tenir compte de la relation privilégiée des joueurs avec leur compte – leur identité face à leurs amis et leurs adversaires. Si l’on en vient à restreindre l’utilisation d’un jeu à une seule console ou un seul compte, je crains que le marché en soit sévèrement touché.

Vous n’êtes pas propriétaire de ce contenu

Vous n’êtes pas propriétaire du contenu que vous achetez, peu importe son support. Vous obtenez un droit de consommation, tout simplement. Certes, il était facile autrefois de prêter, voire de dupliquer ces produits. Il n’en demeurait pas moins que ce dernier geste était illégal.

Difficile de chiffrer ce que les abus de certains ont fait perdre à ces industries, puisque les consommateurs ayant profité de ces pratiques n’auraient pas systématiquement investi d’argent pour consulter ces produits.

Êtes-vous de ceux qui préfèrent les choses tangibles? Croyez-vous qu’elles sont appelées à disparaître?

Dernièrement, j’ai écouté quelques Blu-Ray de la pile « achetés depuis un moment, mais encore dans leur emballage », et j’ai remarqué que la plupart présentaient plusieurs bandes-annonces avant le début du film, même sur ceux provenant de coffrets pour collectionneurs. Sur certains, je ne pouvais même pas les avancer.

Je n’ai rien contre les bandes-annonces. Au cinéma, je m’assure toujours d’arriver à temps pour ne pas les manquer. Ça me permet de choisir les prochains films que j’irai voir au cinéma. Quand je loue un film, ça ne me dérange pas non plus. Habituellement, je loue, car je sais que c’est un film à consommation rapide que je n’aurai pas le goût de garder.

Et d’ailleurs, pourquoi nous met-on des bandes-annonces de superproductions précédant les films à gros budgets et des bandes-annonces de films indépendants ou étrangers uniquement devant ce genre de films? Tant qu’à nous obliger à regarder des bandes-annonces, pourquoi ne pas en profiter pour faire connaître des films qui n’ont pas joui du même tapage publicitaire que les gros films commerciaux?

Pirate contre acheteurs

Quand j’achète un film, c’est que je l’ai aimé (habituellement, je l’ai même déjà vu au cinéma) et que j’ai décidé de l’acheter pour ma collection. Pour le revoir maintenant, dans quelques années ou pour le montrer à mes futurs enfants. Alors, pourquoi me mettre des bandes-annonces? Lorsque je déciderai de le revoir, disons dans 10 ans, ces films ne seront plus d’actualité. Et s’ils sont bons et en valent la peine, je les aurai déjà dans ma collection. En plus, je suis une bonne cliente. J’achète des films au plein prix sans pirater. Alors, pourquoi me mettre non seulement des avertissements contre le piratage (euh, je viens de l’acheter merci), me mettre une publicité sur la qualité des films Blu-Ray (j’en suis consciente, car j’ai justement acheté un film de ce format) et en plus me mettre des bandes-annonces? Je le répète : j’ai acheté ce film pour ma collection. Sinon, pourquoi l’achèterais-je au lieu de le louer?

Si j’achète une version numérique, je n’ai aucune publicité, et c’est souvent moins cher (mais je n’ai habituellement pas les extra). Si j’ai une copie piratée, je n’aurai pas à subir toute cette introduction. Lorsque je me suis exprimée à ce sujet sur Twitter, plusieurs personnes m’ont rappelé cette infographie qui avait fait le tour du web en février 2010.

* Je ne sais pas à qui revient le crédit de cette image qui a fait le tour du web, mais l’originale semble venir d’imgur.com (cliquez ici pour voir ce qui semble l’original en plus grand format).

Je n’ai pas l’intention de commencer à pirater mes films pour autant. Mais je me demande pourquoi c’est l’acheteur – et donc possiblement le collectionneur et celui qui dépense le plus d’argent dans cette industrie –, qui doit se taper toute cette introduction qui ne finit plus. Pourquoi les acheteurs ne sont-ils pas davantage respectés? Pourquoi punit-on uniquement les mauvais comportements au lieu d’encourager et de récompenser les bons?

Je m’imagine une compagnie de disques mettre la publicité de son nouveau poulain avant la première chanson d’un disque. Ce serait complètement ridicule. Alors, pourquoi le fait-on pour les films?

Gina DesjardinsLe transmédia, c’est quoi?

par

 publié le 28 février 2011 à 12 h 55

Je l’avais mentionné la semaine dernière, le mot transmédia devient populaire, mais il est souvent mal utilisé. On le mélange régulièrement avec du marketing multiplateforme.

On parle de plurimédia lorsque la promotion se fait sur plusieurs plateformes. On ne parle pas de transmédia pour une réalisation qui possède un blogue, un compte Twitter, une page Facebook et une chaîne YouTube si ce qu’on y trouve y est directement lié, comme des vidéos de tournage ou des notes de développement. Le transmédia offre du contenu original déployé sur de multiples supports. C’est le point d’entrée dans un univers.

Du transmédia pour Blanche-Neige

Pour donner un exemple simple, prenons une histoire que tout le monde connaît. Disons Blanche-Neige. Pour les besoins de la cause, oublions que c’est au départ un conte et faisons comme si c’était un film en développement. Si l’équipe de promotion de ce film faisait du transmédia avec Blanche-Neige, voici ce qu’on pourrait voir et lire avant la sortie du film en salle :

-       Une bande dessinée sur les sept nains avant qu’ils trouvent Blanche-Neige évanouie. On en apprendrait davantage sur qui ils sont.

-       Un court-métrage sur l’histoire de la mère de Blanche-Neige qui souhaitait ardemment un enfant et qui a laissé quelques gouttes de sang tomber dans la neige après une blessure au doigt.

-       Un roman sur le passé de la future méchante reine à la recherche d’un mari et cette fée qui lui a fait don d’un miroir magique.

-       Un blogue tenu par le miroir magique. Il publierait des billets par rapport à l’obsession de sa propriétaire sur sa beauté et son exaspération de ne servir qu’à répondre à une seule et même question.

-       Un jeu impliquant le prince et ses missions qui l’amènent à parcourir la forêt.

Le transmédia permet de faire connaître l’univers aux gens sans trop dévoiler l’histoire de la réalisation ultime. Chaque média participe à sa façon au récit principal, mais chaque histoire existe indépendamment. C’est le point d’entrée d’un univers narratif adapté à différents publics.

De The Matrix à En terrains connus

La série de films The Matrix, des frères Wachowski, est un bon exemple. Après le premier film, on a continué à mousser l’intérêt pour l’univers avec une bande dessinée, des courts métrages et différents jeux vidéo.

L’industrie du jeu vidéo utilise d’ailleurs beaucoup le transmédia, surtout pour ses grosses franchises. Entre deux titres, les compagnies s’assurent que les adeptes de la série ne quittent pas l’univers trop longtemps. Elles sortent des bandes dessinées et romans sur des personnages secondaires. Ces histoires ne sont pas essentielles pour apprécier les jeux, mais ça plaît aux fans, qui ont quelque chose à se mettre sous la dent en attendant le prochain jeu.

Ubisoft Montréal l’a fait avec Assassin’s Creed. Entre les sorties des différents titres, la compagnie a sorti des romans graphiques, des jeux et des applications Facebook, un roman, des bandes dessinées, Lineage, un court métrage de 36 minutes (sorti en 3 parties sur YouTube), réalisé par Yves Simoneau, et Ascendance, un court métrage d’animation.

En ce moment à la télévision, il y a l’émission 19-2, qui fait dans le transmédia avec ses webépisodes sur des personnages secondaires que l’on peut regarder entre deux épisodes.

Le film En terrains connus, présentement à l’affiche, a aussi fait du transmédia avec des capsules vidéo centrées sur un personnage du film, l’homme du futur.

Malheureusement, l’équipe qui travaille à la réalisation principale n’est pas toujours impliquée dans la production des initiatives transmédias. Si ces dernières ne sont pas intéressantes ou ne représentent pas l’univers du récit principal, elles peuvent nuire. Surtout si elles sont la première entrée du public dans ce monde.

Le transmédia fait donc parti des initiatives multiplateformes, mais celles-ci ne sont pas nécessairement du transmédia.