Vendredi dernier, j’étais l’invité de l’émission Bande à part afin de parler de l’état des lieux de la baladodiffusion au Québec dans une table ronde avec Benoît Mercier et Laurent Maisonnave. J’ai trouvé les questions de l’animateur Alexandre Courteau si bonnes qu’il m’est venu l’idée d’écrire sur le sujet, afin de compléter mes réponses (tout en relevant les bonnes interventions de mes collègues).
Benoît Mercier, moi-même et Laurent Maisonnave
Il faut dire que le sujet s’inscrit dans l’actualité, puisque l’équipe de l’émission Les mystérieux étonnants ont organisé le Podcast All-Stars, un premier rendez-vous des acteurs de certains des meilleurs balados du Québec sur la terrasse d’Ubisoft Montréal en début de semaine.
Un déséquilibre entre les hommes et les femmes?
D’entrée de jeu, Alexandre nous demande pourquoi aucune femme ne se trouve à la table de discussion. S’il est vrai que la gent féminine n’était à peu près pas représentée à l’événement, il serait faux de croire que ce fut toujours le cas.
En fait, j’ai de la difficulté à ne pas avoir en tête des noms de femmes quand je pense aux premiers balados québécois m’ayant le plus influencé. Il y a d’abord Vu d’ici / Seen from here, une émission musicale animée par Marie-Chantale Turgeon, mise à jour de 2005 à 2007. Ensuite 45 tours, le balado de P45 était une émission également musicale, animée par Julien Cayer, accompagné d’Annie et Catherine Bélanger, mise en ligne de 2006 à 2008. Du côté de la vidéo, on retrouve Casey Mckinnon à la barre de Kitkast, une capsule informative sur le sexe, ayant débuté en 2005 (sans oublier Galacticast lancée en 2006). Finalement, urler.tv, un collage vidéo collectif mensuel, piloté par Véronique Boisjoly et Anne-Marie Bergeron.
Ça fait quand même beaucoup de femmes. Mais où sont-elles aujourd’hui? La question demeure entière. Je dois admettre que je ne connais pas la totalité de l’offre de baladodiffusion québécoise, alors si vous en connaissez, je vous invite à nous les faire découvrir dans la section commentaires ci-bas.
L’avenir de la baladodiffusion
Est-ce une mode passagère ou est-ce que ça va rester? La sacro-sainte question. Selon Benoît, puisque les outils sont maintenant dans les mains du public, il va de soi que cette méthode de transmission est là pour rester. Ce débat me fait beaucoup penser à la mort annoncée de la radio, au moment où la télévision gagnait en popularité dans les foyers (particulièrement en Amérique du Nord). Une hypothèse qui ne sera jamais confirmée à mon humble avis.
Selon Patrick Beauduin, responsable à Radio-Canada de la Première Chaîne et d’Espace musique, la baladodiffusion est une technologie de transition qui cédera bientôt sa place à la diffusion sur le web, un moyen plus simple d’obtenir du contenu. Effectivement, cette façon de s’alimenter est plus efficace, mais ne peut devenir la norme dans un monde où on n’est pas perpétuellement connecté à Internet – lorsqu’on se trouve en avion ou dans le métro par exemple.
Je crois qu’il ne faut pas confondre l’outil et le contenu. La baladodiffusion est une méthode de transmission sur le web de contenu audio ou vidéo par fil RSS. L’auditeur peut s’abonner à une émission (communément appelée podcast, ou balado) en ajoutant l’adresse du fil RSS dans les signets d’un agrégateur de contenu (un logiciel, tel iTunes) d’obtenir le plus récent contenu de façon automatique. Le RSS est une technologie « béton » qui est au centre de tout le web d’aujourd’hui.
Par rapport au contenu, il faut faire une distinction claire entre le contenu des médias traditionnels et le contenu indépendant (qui englobe une importante sous-catégorie : le journalisme citoyen). Les invités à l’événement Podcast All-Stars sont tous des créateurs de contenu indépendant. Si la baladodiffusion disparaît du jour au lendemain, ceux-ci trouveront le moyen de livrer leur contenu autrement.
Le cas CUTV, la télévision communautaire de l’Université de Concordia qui a joué un rôle important avec sa couverture des manifestations du printemps dernier, ferait frémir les médias de masse selon l’animateur de Bande à part. Outre le fait qu’il ne s’agit pas concrètement d’un balado, cette démarche s’inscrit dans le journalisme citoyen, une sorte de retour du balancier face à la crainte que certains médias puissent influencer la manière de rapporter l’information. Ces deux types de journalisme sont complémentaires, selon Laurent Maisonnave.
L’auditeur ne risque-t-il pas de préférer les contenus spécialisés au détriment de ceux proposés par les grands médias? Je crois que l’être humain aime la variété. Sans compter que cette préférence peut varier d’une personne à l’autre.
Le contenu indépendant, tant audio que vidéo, est loin d’être sur le point de disparaître. Heureusement.
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Nous entendons de plus en plus parler de projets de loi visant à moderniser la protection du droit d’auteur à l’ère numérique. En passant du SOPA au PIPA, nous en sommes maintenant à parler de l’ACTA, des projets de loi C-11 et C-30. Chose certaine, le statu quo n’est pas une option aux yeux des ayants droit (les entités possédants des droits d’auteurs) et de nos gouvernements.

