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Catherine MathysNOD : une application à la recherche du temps perdu

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 publié le 4 novembre 2014 à 12 h 30

Mercredi dernier avait lieu le premier Midi Lab de la saison 2014-2015 à la Maison de Radio-Canada à Montréal. Les Midi Lab sont en fait une série de rencontres qui visent à présenter les innovations numériques les plus intéressantes selon divers champs d’intérêt : l’information, les réseaux sociaux, la radio, la musique en ligne, etc.

Cette première rencontre s’intitulait « Comment informer à l’âge de la distraction massive » et nous présentait la nouvelle application mobile de Marie-Catherine Beuth, journaliste et fondatrice de NOD : News on demand.

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Établie à San Francisco, cette jeune Française a obtenu en 2012 une bourse d’excellence du John S. Knight Journalism fellowship à Stanford, qui soutient les projets innovants dans les médias. C’est ainsi qu’elle a pu développer l’idée de son application News on demand, une application d’information modulable en fonction du temps dont on dispose. En avril 2014, son service a d’ailleurs obtenu le soutien du Knight Prototype Fund.

L’âge de la distraction massive

C’est bien connu, notre temps est compté. Nous courons après chacune des minutes qui s’égrènent pour réussir à tout faire. Au final, il nous reste bien peu de temps pour nous informer. Nous lisons les manchettes çà et là, quand c’est possible, quand nous ne finissont pas par jouer une partie de Candy Crush comme le mentionnait Marie-Catherine Beuth, sans vouloir porter de jugement. Alors comment rester bien informé dans un monde occupé et que nous nous laissons distraire si facilement? C’est là que son application entre en jeu, car elle propose un condensé de nouvelles, selon le temps dont on dispose.

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Exit les algorithmes, vive les humains

News on demand présente les trois actualités les plus importantes de la journée provenant de diverses sources. Et qui choisit ces trois nouvelles? Pas un algorithme comme on pourrait s’y attendre, mais bien Marie-Catherine Beuth elle-même. Un être humain. Oui, je sais, c’est étonnant. Et la longueur des articles proposés varie, selon le temps dont le lecteur dispose, de 10 secondes à 5 minutes. Autre particularité, une fois que les trois histoires du jour ont été lues, il faut attendre au lendemain pour recevoir les trois autres. Et si on n’a pas eu le temps d’ouvrir l’application pendant quelques jours, la fonction catch up permet de rattraper les trois articles quotidiens que vous n’avez pas pu lire.

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L’application se présente en opposition à l’infobésité avec un contenu circonscrit. Contrairement aux agrégateurs populaires, elle ne propose pas un flot constant d’information. L’autre aspect intéressant de News on demand est qu’elle ne propose pas de simples résumés des articles ou de copie de l’article original : elle renvoie tout de suite au site du média concerné.

Toujours plus d’applications, jamais plus de temps

L’application s’est inspirée en partie de Newstapes, la première expérience de Marie-Catherine Beuth créée durant son passage à Stanford autour du concept de concierge de l’information. Il s’agissait essentiellement d’un service d’édition de nouvelles. Elle choisissait un thème parmi six catégories et, avec la nouvelle, proposait des liens selon le temps dont disposait le lecteur. C’était en fait une forme rudimentaire de News on demand, tournant autour du temps et du degré d’attention qu’un lecteur pouvait allouer à la consommation d’actualités.

Marie-Catherine Beuth couvre l’actualité des médias numériques depuis 10 ans pour le journal Le Figaro. Elle est à même de constater l’évolution des médias et des innovations technologiques de toutes sortes. Selon elle, la seule ressource qui reste la même et qui ne peut pas changer, c’est le temps. Ce dernier est en quantité très limitée, et il devient de plus en plus difficile de compartimenter les activités d’une journée.

D’autres ressources pour gagner du temps

Malheureusement, l’application News on demand n’est accessible que sur l’iPhone pour le moment. Cela dit, plusieurs initiatives visant à informer tout en faisant économiser temps et énergie sont peu à peu apparues. En voici quelques exemples. Et vous, lesquelles utilisez-vous?

Circa

The skimm

Yahoo News Digest

 

 

EmojliOn discutait récemment ici de cette application qui n’a pour l’instant que seule fonction d’envoyer des « Yo! » à vos contacts. Ne reculant devant aucune application en apparence simpliste, cette semaine, on vous présente Emojli. Là, pas même une syllabe, seulement des emoji – ces émoticônes nouvelle génération, de petits dessins d’origine japonaise. De prime abord, ce qui semblait un canular a finalement récolté des appuis monétaire et humain.

Faut-il faire un dessin? Oui, semble-t-il…

Les deux créateurs, Matt Gray et Tom Scott, savent pourtant trouver les mots pour justifier la pertinence de leur application. La vidéo promotionnelle s’ouvre avec cette phrase fort évocatrice : « Les médias sociaux sont brisés. » Or, afin de gommer les nombreux irritants des médias sociaux, soit les trolls, les pourriels et plus encore, la solution est simple : il suffit d’éliminer les mots. Il ne peut pas y avoir de pourriels sur Emojli, car « il n’existe pas d’émoticônes signifiant pourriel ». Voilà que la sémiologue en moi tressaille d’impatience à l’idée de créer du sens avec quelques émoticônes.

Le degré zéro d’identification : choisir son émoticône

Il est déjà possible de réserver son surnom sur le site de l’application pour la sortie prochaine sur iOS. Évidemment, le surnom doit être composé d’émoticônes uniquement. Malgré un je-ne-sais-quoi d’ironique dans ce projet, l’arrivée d’Emojli est une autre étape dans une culture de la communication visuelle qui prend de plus en plus d’ampleur. De l’émoticône inventée en 1963 par Harvey Ball à aujourd’hui, ces icônes prennent de plus en plus de place dans la culture populaire et dans nos échanges. Le consortium Unicode a récemment annoncé l’inclusion de 250 nouvelles émoticônes et même le président américain Obama en a parlé lors d’un discours à Pittsburgh le 17 juin. En avril, BlackBerry a intégré une stratégie d’autocollants (stickers), ces émoticônes en gros formats, qui ont rapporté des profits importants sur les marchés asiatique et africain.

Créer du sens en un ou deux clics

Cela dit, ces échanges uniquement composées d’émoticônes seront-ils compréhensibles? Arrivera-t-on à communiquer même de brèves idées avec ces hiéroglyphes rudimentaires que sont les émoticônes? Plusieurs (un exemple ici et ) se demandent si ces petites images ont un effet, positif ou négatif, sur notre maîtrise de la langue.

La communication se résumera-t-elle de plus en plus à des pictogrammes? C’est à voir, mais Emojli prouve que les émoticônes prennent de plus en plus de place dans la communication humaine.

 

Nadia SeraioccoMonument Valley, pour la beauté du jeu

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 publié le 7 avril 2014 à 12 h 56

En ce qui a trait au jeu mobile, l’App Store est la plateforme idéale pour découvrir des jeux qui sont d’avant-garde tant par leur esthétique que leurs mécaniques. À  l’Halloween, je vous présentais trois jeux d’horreur offrant des expériences uniques. Avec le printemps enfin à nos portes, en voici un autre, nettement plus lumineux : Monument Valley. Un jeu sans doute un peu trop court, mais dont le visuel est à couper le souffle.

Une architecture inspirée d’Escher

De quoi évoquer Esher dans ce design...

De quoi évoquer Escher dans ce design…

Le concept est simple : le joueur doit guider la princesse Ida dans divers monuments. Il suffit de manipuler les différents leviers et manivelles pour créer un chemin, puis toucher la destination du doigt pour qu’Ida se déplace automatiquement vers l’objectif. La complexité vient du fait qu’il s’agit d’une architecture non euclidienne, c’est-à-dire qui ne respecte pas les règles de géométrie. Les lieux deviennent ainsi des casse-têtes spatiaux dignes des œuvres de M.C. Escher, où il est nécessaire d’adapter notre perception pour réussir. Il faut penser au triangle de Penrose et au cube de Necker plutôt qu’à un trajet linéaire.

Cela dit, on s’habitue rapidement à percevoir le jeu selon ses propres règles. Monument Valley n’est jamais trop difficile, même pour quelqu’un qui n’est pas amateur de jeux de logique. Outre le dernier niveau, qui est beaucoup plus complexe que les autres, il n’y a aucun risque d’être frustré. C’est avant tout une expérience esthétique et contemplative. Ce jeu est beau, très beau. La conception des monuments est tout à fait éblouissante, et l’on regrette, une fois les niveaux terminés, que le tout soit passé si rapidement. La musique et les effets sonores, même s’ils sont secondaires, accompagnent avec brio les déambulations de la princesse.

Une expérience un peu brève

photo 2Le grand défaut de ce jeu est, justement, qu’il est trop court. Avec seulement 10 niveaux qui peuvent prendre un maximum de 10 minutes à compléter chacun, il faudra au joueur appliqué un trajet de métro ou une grasse matinée pour en faire le tour. Le féru de jeux sera surpris par le prix de 3,99 $ (en vente dans l’App Store) en raison de la durée du jeu, ce qui ne sera pas un problème pour le joueur contemplatif, dont je suis, qui aura investi dans une oeuvre.

Ustwo, la boîte derrière ce jeu, se spécialise avant tout en interfaces d’utilisateurs pour des clients allant de Google à J.P. Morgan. Leurs autres jeux, Whale Trail (qui est gratuit) et Blip Blup, démontrent le même souci esthétique avec une jouabilité plus près des jeux d’arcade, au sens classique.

 

KNOCK568x568La gestion de nos mots de passe peut vite tourner au cauchemar. Wifi, accès aux réseaux sociaux et aux différents comptes personnels ou professionnels, on passe de plus en plus de temps à s’identifier. L’application Knock  propose une nouvelle façon d’accéder à un ordinateur et ses créateurs croient qu’elle annonce une tendance qui ira encore plus loin.

Plutôt qu’un mot de passe, on cogne pour entrer

Le concept de cette application, offerte depuis le 5 novembre au coût de 3,99 $, ne saurait être plus simple. Il suffit de synchroniser Knock sur un iPhone et un portable. Ensuite, on peut « cogner » sur son téléphone pour s’identifier. L’application utilise la technologie Bluetooth Low Energy, ce qui implique qu’elle fonctionnera pour les iPhone 4S, jusqu’aux plus nouveaux, et pour les ordinateurs Mac récents.

On pourrait croire que cette application n’est qu’un gadget, surtout avec la quantité de gestionnaires de mots de passe tels que LastPass qui sont sur le marché. Cependant, l’arrivée de Knock souligne une tendance de la technologie à se diriger vers des processus d’authentification qui requièrent des gestes de la part de l’utilisateur.

Se débarrasser des mots de passe

Le Touch ID d’iOS 7 en est déjà une bonne illustration, ainsi que le mot de passe graphique d’Android. Le fondateur de la compagnie (Knock Software inc.) derrière ce projet, William Henderson, ne cache pas ses intentions : « Personne n’aime les mots de passe, et nous voulons nous en débarrasser. »  Selon lui, le téléphone est en train de devenir un outil d’authentification universel. Bien que l’application actuelle ne permette qu’une communication de machine à machine qu’entre iPhone et Mac, son objectif est d’universaliser l’authentification, que ce soit sur d’autres appareils ou même, s’il va au bout de leur utopie, pour déverrouiller sa propre maison.

Évidemment, on peut douter de la sécurité de l’application. Qu’advient-il, par exemple, si notre appareil est volé? Il suffirait de se connecter à son portable avec le mot de passe (ce qui, certes, va à l’encontre de l’intention initiale) et de désactiver l’application. Knock crypte le mot de passe avec une certification RSA 2048-bit. Une attaque par force brute décrypterait statistiquement un code une fois tous les millions d’années. Un acte que même la NSA aurait de la difficulté à effectuer. Qui plus est, comme Knock ne fonctionne que par Bluetooth, il faut que l’utilisateur soit à proximité du portable pour s’en servir.

Knock demeure une application très pratique, même si son coût de 3,99 $ est élevé. La preuve en est qu’en seulement quelques jours de mise en marché elle a déjà atteint 223 votes sur l’App Store pour une moyenne de 3,5 sur 4. L’histoire nous dira si c’est un véritable besoin du marché!

Apple iOS7Plusieurs utilisateurs des produits Apple choisissent ces appareils pour le sentiment de sécurité qu’ils procurent. Pourtant, ils utilisent leurs appareils sur des réseaux WiFi publics non sécurisés, convaincus de leur invulnérabilité, alors dans ces conditions, plusieurs failles ont été constatées.

iOS7 touché, et les autres possiblement touchés

En septembre, des pirates ont signalé que iOS 7 comportait une faille permettant d’accéder à des données privées. Cette semaine, la compagnie spécialisée en sécurité mobile Skycure rapporte sur son blogue que plusieurs applications sur iOS ne seraient pas sécuritaires pour les utilisateurs, billet repris d’ailleurs par le New York Times. Soyons de bonne foi : Skycure conclut que ce problème pourrait également toucher les applications d’autres systèmes d’exploitation, sans les nommer.

Cette faille que Skycure a baptisée HTTP Request Highjacking (qui pourrait être traduit par détournement de requête HTTP) est expliquée dans une courte vidéo. Bon nombre d’applications accèdent à un serveur afin de récolter des données pour l’utilisateur, notamment pour les actualités ou le cours boursier. Selon Skycure, la plupart le feraient par des redirections permanentes (ou 301). Une redirection 301 est une procédure courante lorsqu’un site, par exemple, change d’URL et doit rediriger le trafic vers un nouveau site.

Dans le cas d’une application, elle peut cependant être détournée par un tiers malicieux qui redirigerait l’utilisateur vers son propre serveur sans qu’il soit possible de le détecter. Alors qu’un navigateur web affiche généralement une barre d’adresse, ce n’est pas le cas pour une application. Comme la direction 301 est conservée dans la cache de celle-ci, un pirate pourrait envoyer de fausses informations à l’utilisateur qui consulte innocemment ses nouvelles de n’importe où dans le monde.

Un exploit ou une occasion saisie?

Bien sûr, si l’utilisateur vide fréquemment la cache de ses applications, il n’y a pas de problème. Mais qui prend vraiment le temps de faire ça? Comme Skycure le mentionne, ainsi que plusieurs utilisateurs dans les commentaires, il ne s’agit pas d’un principe nouveau. C’est en fait une « attaque de l’homme du milieu » où un attaquant se positionne entre deux parties (ici l’utilisateur qui utilise une application et le serveur de cette dernière) pour intercepter les communications. Picasticks commente également dans l’article du New York Times qu’il n’est pas question là d’un exploit révolutionnaire. C’est une forme d’attaque assez simple pour qui s’y connaît un peu et prouve que ces applications ne sont pas sécuritaires.

Aucune liste n’est offerte par Skycure, qui affirme que cette faille toucherait un nombre ahurissant d’applications sur iOS, trop d’applications en tout cas pour en faire part à chaque producteur.

Le risque réel

Une attaque serait cependant complexe à coordonner : il faut être physiquement à proximité pour la première étape de la contamination. L’attaque ne permettrait que de modifier les informations que recevrait la victime à partir de l’application. Par contre, on peut facilement imaginer un scénario où un politicien ou un investisseur trop confiant des renseignements reçus par son appareil serait la cible d’une telle attaque.

Or, la réalité est qu’aucun système ou interface n’est entièrement sécuritaire, que ce soit en raison des programmeurs qui tournent les coins ronds ou de la persévérance d’une communauté de pirates. La naïveté, l’ignorance et un faux sentiment de sécurité seront toujours la porte empruntée par ceux qui désirent acquérir, ou manipuler, vos informations.