Maxime JohnsonMise à l’essai du Sony Xperia Z3

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 publié le 14 novembre 2014 à 11 h 22

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Après avoir accusé un certain retard par rapport aux autres fabricants de téléphones intelligents, Sony remonte tranquillement la pente depuis l’arrivée de sa gamme Xperia Z. Son dernier essai, le Xperia Z3, est sans aucun doute son téléphone le mieux réussi à ce jour.

Design
Visuellement, le téléphone de Sony demeure dans la même lignée que les Z1 et Z2 avant lui, mais les modifications apportées par l’entreprise japonaise sont certainement appréciées.

Tout d’abord, le format du Sony Xperia Z3 est un peu plus petit que celui du Xperia Z2. Son écran conserve la même taille, soit de 5,2 pouces de diagonale, mais celui-ci est plus mince et plus étroit. Si l’on considère aussi ses coins plus arrondis, l’appareil est beaucoup plus agréable à tenir.

Son boîtier de métal et de verre est réussi, et ceux qui sont du genre à avoir des accidents apprécieront encore une fois sa conception imperméable.

Caractéristiques
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Côté caractéristiques, il ne faut pas s’attendre à beaucoup de changements, surtout considérant que le Xperia Z2 a été lancé pas plus tard qu’au printemps.

Son processeur à quatre cœurs est légèrement plus puissant que celui des anciens modèles, mais celui-ci est toujours équipé de 3 Go de mémoire vive, d’une capacité interne de 16 Go (avec fente pour carte microSD) et d’un écran IPS avec une résolution 1080p, qui est toutefois un peu plus lumineux.

Sa caméra arrière de 20 mégapixels a été très légèrement améliorée, mais sa caméra frontale de 2,2 mégapixels demeure la même.

Performances
Le Sony Xperia Z3 est un téléphone haut de gamme, qui sera amplement puissant pour faire fonctionner les applications les plus lourdes sur le marché, même pendant encore quelques années. Celui-ci ne bat aucun record lorsqu’on le soumet à des tests plus poussés, mais les utilisateurs ne devraient pas vraiment le constater.

C’est toutefois surtout par rapport à sa pile que le Sony Xperia Z3 brille particulièrement. On passe une journée complète sans problème, et en activant les modes d’économie de la pile, il est assez facile d’utiliser le téléphone pendant deux jours en l’ayant chargé qu’une seule fois.

Finalement, son appareil photo est aussi très correct, mais il ne faudrait pas faire l’erreur de croire qu’un capteur de 20 mégapixels est forcément meilleur qu’un capteur de 13 ou de 8 mégapixels.

Android KitKat… et PS4
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Le Sony Xperia Z3 est doté d’une version modifiée d’Android 4.4 KitKat. On aurait préféré qu’il ait une interface plus près de celle proposée par Google, surtout que les nombreuses applications ajoutées par Sony sont plus ou moins utiles.

Du lot, il y en a toutefois une qui se démarque un peu plus, soit PlayStation Remote Play.

Avec le Sony Xperia Z3, il est possible d’accéder à distance à sa console PS4 (à condition d’être relié au même réseau) et de jouer avec une manette PlayStation en utilisant son téléphone comme écran.

Malheureusement, le tout fonctionne assez mal. La plupart des jeux ne s’affichent pas très bien sur un petit écran, il est par exemple impossible de lire le texte, et la connexion s’interrompt constamment. Bref, il faudra se limiter à certains jeux et il faudra s’attendre à recommencer souvent le processus de connexion (qui n’est toutefois pas bien compliqué).

Peut-être qu’une mise à jour corrigera éventuellement la situation, mais pour l’instant, il faut considérer Remote Play davantage comme une curiosité que comme une véritable raison d’acheter le Xperia Z3.

Conclusion
Le Sony Xperia Z3 est un bon téléphone intelligent, qui ne se démarque peut-être pas vraiment des autres téléphones Android du moment, mais qui ne se laisse pas distancer non plus. S’il s’agit d’un format qui vous intéresse et si ses caractéristiques vous attirent, comme son design imperméable, vous pourrez le choisir sans crainte.

Le Sony Xperia Z3 est vendu chez Bell, Rogers et Telus pour 179 $ avec une entente de 2 ans, ou de 599 $ à 699 $ sans entente.

Catégories : Mobile

Catherine MathysCitizenfour : les dessous de l’affaire Snowden

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 publié le 13 novembre 2014 à 13 h 20

Parfois, on va voir un film et on n’en ressort pas tout à fait indemne. C’est ce que j’ai ressenti après avoir vu Citizenfour de Laura Poitras. Le film raconte l’histoire incroyable (au sens propre du terme) d’Edward Snowden et de ses révélations de la surveillance généralisée de l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) et d’autres organes étatiques dans le monde. La première québécoise du film aura lieu ce soir dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Le film prend l’affiche demain, le 14 novembre. Pour voir la bande-annonce, c’est ici.

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Une trilogie post-11 septembre

Si Citizenfour était une fiction, elle nous semblerait tirée par les cheveux. Or, tout est vrai. Et cette réalité est troublante. Le film présente, de façon chronologique, les rencontres des journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras avec Edward Snowden à Hong Kong et la façon dont les dossiers secrets prouvant la surveillance de masse de la NSA ont été révélés.

Laura Poitras, journaliste, artiste et documentariste primée, s’intéresse au sujet depuis bien avant l’affaire Snowden. Le film Citizenfour est en fait la troisième partie d’une trilogie sur l’Amérique post 11-Septembre. Le premier film, My country, my country (2006), porte sur la guerre en Irak; le deuxième, intitulé The oath (2010), traite de Guantanamo.

Le travail de Poitras sur la NSA, basé sur les documents mis au jour par Edward Snowden, a contribué à la remise d’un prix Pulitzer aux journaux The Guardian et Washington Post, qui ont publié les articles. Par la suite, la documentariste a cofondé The Intercept, un journal web indépendant avec Glenn Greenwald et Jeremy Scahill, qui ont tous deux participé au documentaire et au dévoilement des documents secrets.

Une histoire renversante

En décembre 2012, Greenwald a été contacté par une source anonyme, mais les échanges ont cessé parce que cette dernière ne parvenait pas à les sécuriser. Elle est revenue à la charge en janvier 2013, mais cette fois, c’est Laura Poitras qui a été contactée. L’interlocuteur se présentait sous le pseudonyme de Citizenfour. C’était Edward Snowden, un analyste de haut niveau à la NSA, qui promettait de fournir toutes les preuves nécessaires pour exposer le système de surveillance massive des Américains par l’organisme.

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C’est à Hong Hong que Poitras et Greenwald ont rejoint Snowden. Le film conduit tout droit dans la chambre d’hôtel où les révélations ont eu lieu. Tout se passe entre le 3 et le 10 juin 2013. On assiste au déroulement des événements où chaque question est soupesée, pour tenter de prévoir les conséquences de telles révélations sur la famille de Snowden, sur sa conjointe, qui ne savait rien les intentions de l’analyste, et sur lui-même, bien sûr.

Avec la publication des premières révélations concernant l’affaire Verizon, la réponse médiatique ne s’est pas fait attendre. Puis, de jour en jour, d’autres articles ont fait grand bruit, notamment ceux portant sur PRISM et sur les directives gouvernementales américaines en matière de cyberattaques.

Un thriller en temps réel

Le film rend bien la tension des moments d’attente avant et pendant les révélations. Bien sûr, les révélations elles-mêmes, le déferlement médiatique qui s’en est suivi et toutes leurs conséquences sur nos vies privées sont au cœur de l’histoire. Snowden démontre comment nos libertés et, en fin de compte, la démocratie, sont touchées par l’écoute de toutes nos communications numériques, analogiques ou radio, quelles qu’elles soient. Il montre aussi notre apathie devant cette surveillance, comme si on s’attendait à être surveillé et qu’on se convainquait que ce n’était pas si grave.

Mais une des choses qui marquent le plus dans le film, c’est l’histoire de l’homme lui-même, c’est-à-dire un Américain de 29 ans qui se sacrifie pour qu’on puisse revenir, selon ses propres mots, à Internet tel qu’il existait avant la surveillance. Greenwald, lors de son récent passage à Montréal, avait dit combien il avait été surpris de voir un si jeune homme prendre de tels risques. Il s’attendait plutôt à ce qu’il s’agisse d’un homme au bord de la retraite ayant bien peu à perdre, sinon sa liberté. Edward Snowden connaissait les risques de son geste. Il n’a jamais tenté de se cacher. Au contraire. Cependant, il a voulu confier la divulgation des faits à des journalistes pour ne pas faire ombrage à la nouvelle elle-même. Il ne voulait pas décider de l’ordre des histoires à publier, ni de la plateforme à utiliser. Rapidement après les premières publications, le 9 juin, une vidéo de lui a été publiée sur le site du Guardian. Son identité était dévoilée.

Les conséquences d’un tel geste

Snowden le répète à plusieurs reprises dans le film : il ne savait pas ce qui lui arriverait, mais il était prêt à subir les conséquences de son geste. Il parle de son rôle comme de celui d’une hydre. Si on lui coupe une tête, un autre est prêt, souhaite-il, à prendre la relève. Le film nous donne quelques indices de sa vie après la révélation. On savait déjà qu’il avait été bloqué40 jours dans l’aéroport de Moscou, puis que la Russie lui avait accordé l’asile temporaire. Or, on a appris que sa conjointe l’avait rejoint en juillet 2014. Le reste de l’histoire s’écrit en ce moment même.

Citizenfour est une ode au courage de Snowden, mais aussi une apologie de l’importance du journalisme. Snowden souhaitait que l’information soit présentée et diffusée par des journalistes qui pouvaient également conférer la crédibilité souhaitée aux documents dévoilés. Bien que le film soit pour le moins déstabilisant, je trouve cette partie-là plutôt rassurante.

Bref, une situation inquiétante a été mise au jour avec l’affaire Snowden. Nous ne pouvons plus faire comme si de rien n’était. Ce tweet envoyé quelques minutes après la fin de la représentation résume bien ma pensée.

 

Catégories : Cinéma, Sécurité

La surveillance de masse sur le web par les États n’est probablement pas une fatalité.

On n’est qu’à un pas du moment où un navigateur comme Firefox intègre en natif les codes du projet Tor.

Le projet Tor est un réseau qui permet de naviguer sur le web de façon anonyme. L’appel vers une page web est chiffré et passe par une série de serveurs successifs, ce qui rend très difficile le traçage de la source de l’appel (c’est-à-dire, vous).

Pour fêter les 10 ans de son navigateur Firefox, la fondation Mozilla a annoncé lundi un partenariat avec deux organisations, le Center for Democracy & Technology et le projet Tor.

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Les collaborations dans le domaine de la protection de la vie privée des utilisateurs en lignes se cumulent.

Récemment, Facebook a créé une adresse sur Tor (https://facebookcorewwwi.onion) pour permettre à des usagers situés dans des États à la morale élastique (ne pensez pas qu’il s’agit seulement de dictatures!) de se connecter au service sans se faire repérer.

Mozilla a aussi annoncé vouloir ajouter des serveurs puissants sur le réseau Tor.

On pourrait donc imaginer que Mozilla envoie ainsi un signal d’une migration prochaine des serveurs web vers Tor ou d’une intégration des codes de Tor à même le code natif des navigateurs.

En effet, c’est au niveau du navigateur que s’amorce un appel anonyme.

Si les grands fabricants de ce monde emboîtent le pas et intègrent par défaut Tor (et placent des serveurs puissants sur ce réseau), on peut imaginer que cela pourrait être la première réplique sensée de la société civile et des entreprises contre la surveillance massive de l’État.

Catégories : Tendance

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Se pourrait-il que l’on enseigne mal les mathématiques à nos jeunes? C’est le constat de Conrad Wolfram, un mathématicien qui tente depuis quelques années de convaincre les gouvernements d’un peu partout de moderniser leur cursus scolaire, afin notamment de mieux y intégrer l’informatique.

Un enseignement inutile
Conrad Wolfram, le frère de Stephen Wolfram, créateur du logiciel Mathematica et de l’outil de calcul en langage naturel Wolfram Alpha, ne mâche pas ses mots quand vient le temps d’analyser les méthodes employées un peu partout à travers le monde pour enseigner les mathématiques.

« On demande aux jeunes d’apprendre à faire à la main des calculs complexes, même si cela ne sert à rien », critique Conrad Wolfram, un peu comme l’ont probablement fait des millions d’étudiants sur les bancs d’école avant lui.

Selon ses calculs, c’est comme si l’humanité perdait annuellement l’équivalent de 21 000 vies complètes à l’apprentissage des mathématiques, même si les étudiants n’en retirent pas grand-chose depuis l’arrivée des calculatrices et des ordinateurs.

Il croit que l’enseignement actuel des mathématiques est complètement décontextualisé, et que celui-ci devrait plutôt se faire d’une façon plus pratique, notamment en intégrant des notions de programmation dans les cours, ce qui est la véritable façon moderne d’utiliser les mathématiques de toute façon.

Actuellement, 80 % du temps passé à enseigner les mathématiques seraient consacrés à l’apprentissage du calcul et des manipulations algébriques, ce que les ordinateurs peuvent gérer facilement et rapidement. Le calcul mental demeure important, et certaines personnes ont encore besoin d’apprendre le calcul à la main, mais celles-ci sont très rares.

Ce sont plutôt d’autres notions mathématiques qui devraient être inculqués : poser les bonnes questions, transposer un problème de la vraie vie en formules mathématiques et appliquer les réponses mathématiques de ces formules dans la vie de tous les jours.

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« Présentement, on perd notre temps en étudiant la partie des mathématiques qui n’est pas importante et en négligeant les parties qui le sont vraiment », estime Conrad Wolfram.

« Comment crée-t-on une monnaie? Devrais-je assurer mon ordinateur portatif? À quel point puis-je comprimer une photo sans nuire à sa qualité? Quelle est la meilleure stratégie pour répondre à des choix multiples, si l’on ignore la réponse? Voilà le genre de problèmes auxquels il faudrait que les jeunes puissent répondre », précise-t-il.

Pour le mathématicien britannique, l’enseignement moderne des mathématiques assisté par ordinateur permettrait aux jeunes de mieux utiliser et de mieux comprendre les mathématiques tout au long de leur vie, plutôt que de gaspiller leur temps à apprendre uniquement les procédés pour résoudre les calculs, comme c’est le cas actuellement. « Les mathématiques ne sont pas que du calcul. Les mathématiques sont en fait beaucoup plus que le calcul. »

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, un enseignement plus pratique des mathématiques ne serait pas un enseignement plus paresseux. Ce serait au contraire un enseignement plus intellectuel, qui permettrait aux jeunes de mieux comprendre les maths, de mieux pouvoir les utiliser et de mieux les apprécier.

Un message difficile à faire passer
J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec Conrad Wolfram la semaine dernière, après avoir assisté à sa présentation sur le sujet au Ericsson Business Forum Initiative 2014. Cette présentation, je l’ai appris par la suite, s’inspirait grandement de celle qu’il avait faite en 2010 à la Conférence TED, qu’il est possible de voir en ligne ici.

Depuis cette conférence, Conrad Wolfram a lancé l’organisme computerbasedmath.org, qui vise justement à promouvoir un enseignement moderne des mathématiques. Sur son site, l’organisme propose un cursus scolaire, mais aussi des outils pour aider les gouvernements, les enseignants, les parents et les étudiants à mettre en place un système du genre.

Mais n’est-ce pas difficile de faire bouger les choses de la sorte, surtout considérant l’importance des mathématiques dans la société? En un mot, oui, mais pas toujours pour les raisons que l’on pourrait croire.

« Au début, je trouvais que les gens du milieu étaient carrément frustrés contre la proposition, mais je me trompais. Ce n’était pas de la frustration, mais de la confusion », m’a confié Conrad Wolfram.

Le regard allumé et l’esprit particulièrement vif, il énumère ensuite toutes les étapes à franchir et les problèmes à surmonter pour offrir un enseignement moderne des mathématiques : revoir l’évaluation des enfants, former les professeurs en conséquence, fournir les bons outils, etc.

En l’écoutant parler, on sent que cela fait plusieurs années que le problème lui trotte dans la tête, et qu’il ne cesse jamais véritablement d’y réfléchir. La complexité d’un tel changement devient rapidement suffocante. Conrad Wolfram a une idée, une bonne idée, mais celui-ci ne prétend pas non plus avoir découvert la formule parfaite pour l’implanter dès maintenant.

Les projets pilotes commencent
Heureusement, quelques projets pilotes sur l’enseignement des mathématiques basé sur l’informatique débutent présentement, notamment en Estonie, où le gouvernement s’est montré très enthousiasmé par l’idée, explique Conrad Wolfram

Un programme d’enseignement élaboré en collaboration entre le ministère de l’éducation estonien et computerbasedmath.org devrait d’ailleurs être mis en application prochainement. Un autre essai, à plus petite échelle cette fois, sera aussi lancé bientôt en Suède.

Si tout va bien, ces tests pourraient convaincre d’autres gouvernements plus récalcitrants à tenter l’expérience, et les jeunes pourraient éventuellement recevoir un apprentissage des mathématiques bien meilleur que celui de leurs parents avant eux.

Catégories : Informatique, Société

Martin LessardMuseomix 2014 : les invasions numériques

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 publié le 10 novembre 2014 à 16 h 30

Museomix? C’est ce sprint créatif et technologique qui a lieu annuellement au coeur d’un musée, le temps de le remixer, de prendre ce qui existe déjà et le transformer.

Je ne sais pas pour vous, mais ça sonne comme un beau défi!

Lancé à Paris en 2011, Museomix s’étend aujourd’hui à plusieurs musées (en France,  en Angleterre, en Suisse et au Québec). L’événement a eu lieu la fin de semaine dernière.

Ce qui m’a frappé en y faisant un tour, c’est de sentir toute cette folle énergie qui contraste avec le calme habituel de ces lieux. C’est un peu comme si on faisait une course à relais au milieu d’une bibliothèque.

On y sentait une frénésie, une envie intense de collaborer, le temps d’un week-end, pour réinventer le musée.

Dans le ventre du MBAM

Au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), qui a accepté de participer cette année, 12 équipes de 6 ont eu à peine 3 jours pour sortir chacun un « prototype fonctionnel » pour le public.

Du lever du soleil jusqu’à bien tard dans la nuit, le musée s’est transformé en laboratoire d’innovation ouvert et participatif où les nouvelles technologies permettent d’offrir une tout autre perspective sur les collections du musée.

Dans le ventre du Musée, des découpeuses laser, des imprimantes 3D, des cartes Arduino et Rasberry Pi, des Occulus Rift, des picoprojecteurs, des écrans tactiles, des scanneurs 3D, etc.

« Lors des années précédentes, l’exercice de Museomix en était surtout un de médiation. Cette année, les organisateurs ont décidé d’innover dans la formule elle-même et de proposer de nouveaux défis, dont celui de faire du développement des affaires et de s’intéresser à la propriété intellectuelle », écrit Valérie Sirard sur le blogue de Museomix Montréal.

Les équipes sont composées de divers spécialistes (un artisan, un codeur, un graphiste, etc.), dont un expert du musée qui permet de recadrer de façon réaliste les projets.

Une des équipes, par exemple, devait créer une expérience immersive qui propose un contenu riche aux visiteurs, mais capable aussi d’intéresser un commanditaire.

Une autre devait réfléchir à la façon de faire prendre conscience aux visiteurs que le droit d’auteur, dans un musée, est important. Cette équipe a d’ailleurs proposé une application mobile qui calcule le coût des droits d’auteur : pas le coût de l’oeuvre, le coût des droits d’auteur pour prendre une photo de l’oeuvre!

Le musée de demain?

Lors de la présentation des prototypes finaux au public hier après-midi, la ministre de la Culture, Mme Hélène David, qui a déposé récemment le premier, et tant attendu, plan culturel numérique du Québec, a déclaré que ce type de laboratoire qu’est le Museomix permettait de voir « comment le numérique allait servir à améliorer l’expérience muséale ».

C’est le « musée de demain », dit-elle :

Je ne sais pas si c’est le musée de demain, mais le temps d’un week-end, c’était le musée des geeks.

Un tel « remixage du musée » me fait penser à ces mélanges entre le rap ou la techno avec l’opéra ou le classique.

Est-ce encore de l’opéra et du classique? En tout cas, c’est surtout de la musique rap ou techno.

Museomix est davantage un concentré de ce que pourrait être un musée porté par des bénévoles passionnés. Ils veulent s’impliquer et changer la façon de faire les choses (il y avait autant de bénévoles qui travaillaient pour Museomix que de participants dans les équipes de création).

C’est peut-être moins la continuité du musée tel qu’il existe actuellement qu’une simulation d’un musée après une invasion numérique.

Si c’est le musée de demain, il s’agit d’un génial party d’artisans, de geeks et d’amants de l’art qui souhaitent détourner le musée de sa mission de montrer l’art pour en faire un lieu branché qui utilise comme prétexte le lieu pour « jammer l’art » en compagnie de passionnés comme eux.

L’art de faire une vinaigrette


Le Museomix est un événement qui mélange l’huile et l’eau, si vous permettez l’image, deux liquides qui ne restent jamais bien longtemps ensemble.

En effet, peut-on réellement mélanger des professionnels des musées qui ne connaissent peut-être rien à la culture du numérique et du DIY (faites-le vous-même) avec des geeks qui ne connaissent peut-être rien à l’exigeante réalité de la conservation muséale? Le musée et la technologie peuvent-ils se mélanger sans se séparer après le brassage?

Pourtant, on sent que la sauce commence à prendre, année après année. Le défi consiste à garder cet équilibre fragile entre les idées iconoclastes et la réalité orthodoxe des musées.

La technologie change beaucoup de chose. Elle changera assurément aussi les musées dans le futur.

D’ici là, le Museomix connecte, le temps d’un week-end, ce futur imaginaire avec la réalité d’aujourd’hui, question de se prendre non pas pour un conservateur de musée, mais pour un « révolutionnaire de musée ».

Catégories : Société