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Catherine MathysLe volet numérique des RIDM

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 publié le 19 novembre 2015 à 16 h 57

Les 18es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) sont en cours à Montréal. J’ai eu la chance de visiter la salle UXdoc, aménagée dans la Cinémathèque québécoise, où l’on présente toute une série de productions numériques et interactives.

Il y a des expériences en réalité virtuelle, comme celle du photographe inconnu que j’ai décrite sur ce précédent billet ou encore celle de Polar Sea 360 qui nous fait visiter la route maritime du passage du Nord-Ouest dans l’Arctique canadien. C’est la fonte des glaces qui rend le voyage possible. Le documentaire nous place aux premières loges de la traversée. D’une grande beauté, mais ça implique de se rendre sur place pour enfiler le casque de réalité virtuelle.

Je vais plutôt vous parler de certains webdocs qui sont également accessibles à tous en ligne.

Universe Within

Universe Within, le dernier chapitre de la série multiplateforme Highrise, est  également présenté dans la section UXdoc. Highrise est une série instiguée en 2009 par Katerina Cizek et déclinée depuis en une vingtaine de productions multiplateformes. Ici, on est guidés par trois personnages holographiques en 3D pour découvrir l’univers numérique secret des résidents de tours d’habitation un peu partout dans le monde.

C’est un webdoc qui nous fait faire le tour du monde (Singapour, Italie, Arabie saoudite, etc.) pour nous faire découvrir les moyens que certaines personnes ont trouvés pour entrer en contact avec d’autres, grâce aux outils numériques qu’ils ont à leur disposition.

Parlant d’Arabie saoudite, on fait la rencontre, par exemple, de Hatoon, la première humoriste YouTube du pays. Elle a accumulé 15 millions de visionnements. Elle change les mentalités, une blague à la fois. Elle dit que des hommes lui auraient avoué avoir compris, avec elle, que les femmes peuvent aussi être drôles.

Life on Hold

Né d’une union entre Al-Jazeera et l’agence interactive montréalaise Kngfu, Life on Hold personnalise la crise migratoire en laissant la parole à 10 réfugiés syriens. On se rend donc au Liban pour découvrir le quotidien de ces gens, des hommes, des femmes, des enfants.

On explore certains aspects de leur nouvelle vie en vidéo et en photo, mais on peut aussi publier des mots d’encouragement sur une page consacrée à chaque réfugié. Prenons l’exemple de Mohammed, qui vit en exil depuis 1334 jours. Il n’a que 10 ans. C’est un des plus jeunes réfugiés du webdoc, et pourtant, c’est lui qui est exilé depuis le plus longtemps. Plus de trois ans et demi. Il travaille dans un restaurant avec son père pour aider sa famille. C’est une incursion intimiste dans son quotidien, marqué par l’éloignement, la solitude, le rapport à la mort.

Un tel webdoc met un visage, 10 visages, sur la crise des réfugiés.

Catherine MathysÉtat des lieux du documentaire en ligne

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 publié le 25 juin 2015 à 12 h 45

Bon an, mal an, de nombreuses études tentent d’offrir un portrait des habitudes de consommation des nouveaux médias. Celle dont je vous parle aujourd’hui a attiré mon attention puisqu’elle s’intéresse au documentaire en ligne tant du point de vue de ceux qui le font que de ceux qui le consomment. Vous pouvez la consulter ici.

Ces données sont le résultat d’une étude qualitative fondée sur des témoignages individuels recueillis entre septembre 2014 et janvier 2015 par Red Corner, une boîte de production consacrée aux nouveaux médias, en association avec la Scam, acronyme pour Société civile des auteurs multimédias, qui se trouve en France.

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Un genre qui répond à un besoin

D’une part, plus que jamais, le contenu accessible en ligne s’oppose à l’offre télévisée elle-même. Les consommateurs de documentaires en ligne interviewés pour cette étude reprochent à la télévision conventionnelle la superficialité de son contenu, le rythme effréné de l’information et l’uniformisation des points de vue représentés. Ils vont chercher un type d’information qu’ils ne trouvent pas dans les médias traditionnels. Ainsi, ils ne donnent pas l’impression d’être attachés aux œuvres elles-mêmes, mais davantage aux sujets couverts.

 « Lorsqu’ils mentionnent des exemples, les répondants sont généralement incapables de donner les titres précis des œuvres ou le nom du réalisateur. Le sujet et le support de diffusion sont les seuls éléments d’information qu’ils peuvent citer. »

Les consommateurs de documentaires en ligne semblent se rendre sur le web pour choisir un contenu spécifique. La plupart du temps, ils cherchent un sujet ou même un documentaire bien particulier. D’autres aiment bien se laisser surprendre par des recherches plus aléatoires. Dans un cas comme dans l’autre, la durée des œuvres entre aussi en ligne de compte. Les documentaires sur le web, bien qu’ils soient de 52 minutes en moyenne, sont moins longs que des longs métrages, et cela favorise le choix de ce genre de contenu. Encore faut-il que ce dernier soit facilement accessible sur le site web des diffuseurs. Nous y reviendrons plus tard.

Alors comment le trouve-t-on, ce contenu en ligne? Moins par les réseaux sociaux qu’on pourrait le penser. Les répondants ont eu tendance à privilégier les médias traditionnels (journaux, télé, radio), le bouche-à-oreille et les recommandations directes par courriel ou messagerie en ligne des sites de visionnement. Le documentaire ne jouissant pas d’un star-système à part entière, les internautes ne suivent habituellement pas la carrière d’un réalisateur en particulier, mais sa filmographie peut tout de même avoir un effet prescriptif assez fort.

Les obstacles à la croissance

Cette étude corrobore les résultats de l’étude Hot Docs menée en septembre 2014 et qui mentionne que de nombreux spectateurs regarderaient davantage de documentaires s’ils savaient où les trouver en ligne. En effet, bien qu’ils fassent des recherches spécifiques avec les moteurs de recherche ou sur des sites de visionnement, les répondants semblent avoir bien du mal à trouver ce qu’ils veulent.

Hot-Docs-logo

Parmi les autres irritants, on cite le manque d’information sur les sites des documentaires eux-mêmes, les difficultés techniques rencontrées ainsi que le prix à l’achat. Les internautes sont en effet plus réfractaires à payer un contenu documentaire qu’un long métrage de fiction en ligne.

« Je ne paie jamais de documentaires, je les vois seulement en replay. Je suis davantage prêt à payer pour voir un film, notamment ceux que je n’ai pas pu voir au cinéma. » François

Le point de vue des créateurs

Ce qui ressort de l’étude, c’est que les réalisateurs se sentent un peu écartés de la plupart des aspects de la diffusion de leurs films, de la communication comme de la distribution. Ils profitent des présentations devant public pour dialoguer avec leur auditoire, mais tout dépend du degré d’engagement du réalisateur, qui doit ensuite répondre aux questions du public en personne ou en ligne. Le temps et l’énergie qu’il consacre à ce genre d’échanges dépend de sa disponibilité et de sa bonne volonté.

Bien que les créateurs de documentaires soient bien à l’aise avec les outils du web, ils ont souvent quelques réserves quant à l’usage des réseaux sociaux. Le temps d’apprentissage ou de présence sur ces plateformes représente, en effet, un frein pour plusieurs.

« J’avais fait une page sur le précédent film, mais je l’ai mal gérée. J’avais prévenu tout le monde, mais je n’ai pas su la faire vivre et je crois que le film se suffisait à lui-même, pas besoin de tant d’abondance. » Gilles Cayatte

De nouvelles pratiques

Le documentaire en ligne redéfinit le rôle du réalisateur en imposant un rythme d’échanges beaucoup plus soutenu avec son auditoire. Ces échanges peuvent débuter en amont du projet (par le sociofinancement, par exemple), se poursuivre pendant la phase initiale de diffusion et se prolonger tout au long de la carrière du documentaire en ligne. On peut comprendre qu’un réalisateur manque de souffle pour soutenir cette discussion aussi longtemps.

Ces conversations allongent la durée de vie des projets, en augmentant la visibilité des films eux-mêmes. C’est un peu comme si le réalisateur parlait de son œuvre avant une projection, mais avec un public exponentiel grâce à des outils comme Twitter.

Avec ce nouveau dialogue continu, le réalisateur se trouve aussi un nouveau rôle. Il agit dorénavant comme prescripteur en recommandant les œuvres et les sources qui lui ont servi de recherche pour son documentaire.

Cette phase de dialogue permet d’explorer autrement le processus de conception du film et de diriger le public directement vers la documentation qui a servi de base de réflexion au réalisateur. Cette nouvelle visibilité rejaillit sur l’ensemble de la profession en amenant une plus-value que le long métrage n’offre pas.

L’âge d’or du documentaire appartient-il au web?