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Catherine MathysSe priver de Facebook pour le carême

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 publié le 26 février 2015 à 15 h 46

Dans la tradition chrétienne, le carême est une période de jeûne et de privation qu’il faut observer durant 40 jours, du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques. Quand j’étais jeune, il s’agissait essentiellement de se priver de viande le vendredi. Or, dans les dernières années, un nouveau genre d’abstinence a fait son apparition, le sevrage technologique.

 Une tendance populaire

Selon le International Business Times, le tiers des chrétiens aux États-Unis se sont privés de technologie en 2014 à l’occasion du carême. Le sondage cité mentionne que ceux qui abandonnent les technologies pendant cette période de 40 jours se privent des réseaux sociaux (16 %), des téléphones intelligents (13 %), de la télévision (11 %), des jeux vidéo (10 %) et, dans une moindre mesure, d’Internet (9 %). Cette nouvelle pratique serait populaire aussi bien chez les jeunes (37 % des 18-35 ans) que chez les baby-boomers (39 %) pratiquants.

Ne vous étonnez donc pas si vous voyez ce genre d’images sur les profils de vos amis Facebook. Ils vivent un carême 2.0.

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Chaque année, le site OpenBible établit une liste des sacrifices personnels les plus suivis durant le carême. Encore une fois cette année, Twitter arrive en 3e, les réseaux sociaux, en 5e, et Facebook, en 21e position. Cela dit, le site n’applique pas une méthodologie à toute épreuve. J’en tiens pour preuve le fait que l’école arrive en tête des intentions de privation!

Le carême, version 2.0

Sur le site Salon.com, la journaliste Mary Elizabeth Williams explique que l’observation du carême est assez nouvelle dans son cercle social. Cependant, le fait de s’abstenir de publier le moindre commentaire revêt, pour elle, des allures de défi spirituel. Et ce n’est pas parce qu’elle manque de choses à dire, au contraire. Sa vie des prochaines semaines comporte, selon elle, un grand potentiel d’histoires à partager avec ses amis : une opération, un voyage, un demi-marathon.

Malgré tout, Mme Williams a besoin de retrouver un certain calme dans sa vie. Son défi? Résister à l’envie compulsive de décrire son trajet de métro ou de cliquer sur le commentaire mesquin du jour. Et surtout, elle souhaite voir cette période d’abstinence comme un baume et non un sacrifice. « Une version imparfaite d’une religion imparfaite », dit-elle pour la décrire.

Une absence temporaire

Même des membres de l’Église prennent le chemin de l’abstinence numérique. Le site directmatin.fr mentionne la démarche de l’abbé Pierre Amar.

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« Je voulais une résolution simple, dans l’esprit de celle que le pape Jean-Paul II avait un jour proposée en suggérant qu’on fasse un carême sans télévision : un jeûne cathodique! En écartant Facebook de ma vie pendant 40 jours, je ne me prive pas de quelque chose; je veux surtout vérifier si je suis libre par rapport à Facebook. Je pressens aussi que je vais économiser pas mal de temps que je pourrai utiliser pour prier, lire, aller vers les autres… Rendez-vous dans 40 jours pour un bilan! »

Des trucs pour survivre 40 jours

La blogueuse Lauren Bravo fait, elle aussi, partie des abstentionnistes temporaires. Sur son blogue Shiny Shiny, elle a, par exemple, publié une liste de conseils pour survivre à ce carême nouveau genre. En voici quelques-uns.

  • Faites-le pour les bonnes raisons

Il faut le voir comme un exercice de purification, comme pour éliminer le bruit incessant des médias sociaux, qui encombre nos idées. Et attendez-vous, dit la blogueuse, à devoir expliquer votre démarche à tout le monde. C’est pour ça qu’il faut être bien convaincu.

  •  Effacez vos applications

Ne jouez pas avec le feu, effacez toutes les tentations. Même si vous avez décidé de vous abstenir, il se peut que vous soyez si habitué à cliquer sur certains boutons que vous le fassiez machinalement. N’oubliez pas de désactiver également les notifications, sinon, l’exercice ne sera que partiel.

  • Notez les dates importantes

Ah! que Facebook est efficace pour nous rappeler les anniversaires de nos amis! Ce serait dommage d’oublier les événements importants de la vie des autres (naissances, mariages, etc.).

  • Préparez vos amis

Pour éviter les malentendus ou les déceptions, avisez vos amis que vous ne répondrez pas aux messages sur Facebook. Évitez-leur aussi de s’inquiéter inutilement de ce soudain silence radio. Et rappelez-leur votre numéro de téléphone. C’est vintage, mais toujours utile.

  • Utilisez votre temps judicieusement

Si vous ne ressentez que les désagréments du sevrage, l’exercice sera vain. Il faut remplacer toutes les heures libérées par quelque chose d’utile, d’agréable. Trouvez des idées pour vous assurer d’aller au bout des 40 jours. Vous vous souvenez des livres papier?

Quand le FOMO devient FODO

Parmi les judicieux conseils de sevrage de la blogueuse, il y a aussi et surtout l’occasion de changer le rapport avec les technologies. On peut vouloir abandonner les médias sociaux juste pour se prouver quelque chose à soi-même, mais cela peut aussi être l’occasion de régler certains défauts concernant l’utilisation qu’on en fait.

Ainsi, depuis plusieurs années, on parle de la peur qu’ont les utilisateurs des médias sociaux de manquer quelque chose (ce qu’on appelle en anglais FOMO « fear of missing out« , d’où leur compulsion à vérifier leurs comptes le plus souvent possible.

Maintenant, on parle aussi de la peur de décevoir les autres (en anglais, FODO « fear of disappointing others« ). C’est le terme servant à désigner ce pourquoi certains restent dehors à se geler les mains par -30 degrés Celsius pour répondre le plus rapidement possible à un tweet ou à un statut qui les concerne. Il ne faut surtout pas avoir l’air absent ou indifférent.

Si on n’est pas tous chrétiens, ni pratiquants, il faut avouer qu’il y a quand même du bon à remettre ses pratiques en ligne en question une fois de temps en temps. Bon carême!

 

Aujourd’hui, aux États-Unis seulement pour commencer, Google lance YouTube Kids. Il s’agit d’une application gratuite de vidéo en ligne, séparée du YouTube traditionnel et entièrement pensée pour les enfants tant dans le contenu que dans le contenant. On vise essentiellement deux choses : réduire le risque d’être exposé à du contenu peu recommandable pour les jeunes et contrôler le temps passé à regarder des vidéos en ligne.

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Qui est la cible?

Il semble que les enfants soient le nouveau marché à conquérir. Twitter vient tout juste de lancer Vine Kids. Facebook serait aussi en train de travailler à sa version pour enfants. Mais quand on parle d’enfants, on ne précise pas toujours l’âge ciblé. En règle générale, comme les comptes de médias sociaux pour 13 ans et moins ne sont pas autorisés aux États-Unis, on imagine que c’est le segment recherché. Cela dit, comme le fait si bien remarquer le journaliste Nick Bilton du New York Times, ce genre de restriction est à peu près aussi respecté que les classements 13+ pour les films.

Un sondage datant de l’an dernier nous apprend d’ailleurs que 59 % des enfants de 10 ans ont déjà utilisé un média social. Là où le bât blesse, c’est que seulement 32 % des parents se sentent très à l’aise de les aider à utiliser ces médias sociaux de façon sécuritaire. Les applications comme YouTube Kids sont donc pertinentes. Les enfants naviguent sur Internet de façon sécuritaire, et les parents sont soulagés d’avoir un meilleur contrôle sur le contenu auquel leur progéniture est exposée.

Pourquoi 13 ans et plus?

Pourquoi l’âge minimum autorisé pour l’utilisation des médias sociaux est-il fixé à 13 ans? Il s’agit d’un règlement américain, et comme la plupart des réseaux sociaux populaires sont basés aux États-Unis, ces derniers sont tenus de s’y conformer. En 1998, la FTC (Federal Trade Commission) a instauré le règlement COPPA (Children’s Online Privacy Protection Rule), qui concerne la collecte de données d’enfants en ligne. S’appliquant aux sites commerciaux et aux services en ligne, il les empêche de colliger, d’utiliser ou de dévoiler toute information personnelle reliée à un enfant de moins de 13 ans. Il serait théoriquement possible de contourner le règlement en obtenant l’autorisation préalable de ses parents, mais la plupart des sites américains souhaitent s’éviter toutes ces complications.

Gros plan sur YouTube Kids

Pour commencer, l’application ne sera offerte que pour les appareils Android. Mais avec la popularité des iPad, on imagine bien qu’une version iOS s’en vient.

Tout a été pensé en fonction des enfants. L’interface se veut minimaliste, avec quatre boutons principaux (vidéos, musique, aide et explorer) et, en dessous, un choix de huit chaînes. Les icônes sont grosses et faciles à activer. On a aussi prévu le moins de défilement possible; tout se trouve sur un seul écran. Et bien sûr, il n’y aura pas de zone de commentaires pour éviter toutes les dérives que cela pourrait engendrer.

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L’application proposera une fonction de recherche, qui pourra même se faire par contrôle vocal. C’est de cette façon qu’on pourra trouver tout le contenu approuvé. D’après les premiers indices, il y aura surtout du contenu américain, notamment de National Geographic Kids ou encore de Thomas & Friends. On pourra aussi faire des recherches par sujet, mais pas n’importe lesquels. Il y aura des restrictions. Cet article précise que, si un enfant cherche le mot « sexe », par exemple, l’application lui demandera simplement de « chercher autre chose ».

Une autre forme de contrôle s’exercera dans la durée d’utilisation. En effet, les parents pourront déterminer le laps de temps pendant lequel ils souhaitent que leurs enfants utilisent la plateforme. Après cette durée, l’application se verrouillera et il faudra entrer un mot de passe pour la réactiver.

Alors, laisserez-vous vos jeunes enfants s’abonner à ce genre d’application?

 

Martin LessardWatson à notre service (ou serait-ce l’inverse?)

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 publié le 6 février 2015 à 17 h 15

IBM a annoncé cette semaine qu’elle venait d’ajouter cinq nouveaux modules de services pour accéder à la puissance de Watson.

Watson est ce superordinateur qui avait battu les champions du monde à Jeopardy. Il s’était montré supérieur à simuler la connaissance générale, démontrant par là même que des compétences cognitives, que l’on croyait réservées aux humains, peuvent aussi être partagées par la machine.

Watson ne cherche pas à rester un champion de Jeopardy. Il veut devenir le partenaire incontournable des entreprises. Voici ces cinq nouveaux modules offerts en ligne qui permettent de mettre Watson à votre service.

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Deux de ces services ajoutés concernent la transposition automatique de la voix au texte (et vice-versa). Vous proposez des enregistrements (en anglais) et Watson vous retourne des textes, et l’inverse.

Le troisième module concerne la reconnaissance visuelle (analyse du contenu d’une image). Vous proposez un JPEG et Watson va vous en révéler son contenu (sous forme de probabilités).

Les deux derniers modules m’ont particulièrement intéressé. Ils sont révélateurs, à mon avis, du type de défis que pose l’intelligence artificielle sur le marché du travail.

  • Concept Insight: Ce module explore les liens conceptuels cachés dans la masse d’information ingurgitée par Watson, au-delà de la simple comparaison de textes mot à mot.
  • Tradeoff Analytics: Ce module permet de prendre des décisions en temps réel basées sur des paramètres statiques ou évolutifs, afin de définir des solutions de rechange optimales dans la prise de décision.

On parle ici d’aide à la décision.

Comprendre le monde…

Ces cinq modules s’ajoutent aux huit autres déjà offerts, dont deux qui permettaient de modéliser un utilisateur pour en extraire ses préférences et son niveau de langage, afin qu’un message puisse mieux « résonner » auprès de sa cible.

Je ne sais pas pour vous, mais la plupart de ces modules simulent des compétences qui me semblent être celles qu’on accorde généralement à des directeurs, des conseillers ou des analystes, dans des domaines comme le marketing, la publicité ou le service à la clientèle.

Les lecteurs de Triplex sont bien au courant des avancées des technologies qui auront des conséquences sur la société de demain et le marché du travail en particulier.

Je me demande si le monde de l’éducation et les gouvernements, eux, sont au courant.

Il ne s’agit plus ici de simplement dire que « plus d’éducation » permettrait d’éviter l’obsolescence d’une partie de la force de travail (« convertir des cols bleus en cols blancs »). Les modules de Watson montrent que les employés de bureau sont maintenant dans le collimateur de l’intelligence artificielle.

On sait qu’être conducteur de taxis et de camions n’est pas un métier d’avenir avec la montée des véhicules autonomes, mais doit-on dire au jeune étudiant aujourd’hui de ne pas devenir directeur-conseil ou analyste? La question doit être posée.

… mieux que nous?

La valeur réelle de Watson, ainsi accessible en modules, reste à prouver. Nous verrons bien s’il est à la hauteur des attentes.

Mais ne nous contentons pas d’un rire sarcastique, si IBM n’y parvient pas. IBM n’a pas peur de se tromper (les modules sont clairement identifiés comme beta). La compagnie en retirera assurément des bénéfices.

L’approche infonuagique pour les modules permet à IBM de centraliser tous les apprentissages, y compris ceux provenant d’erreurs.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

Plus on utilise Google, plus on utilise Facebook, plus ils deviennent forts, puissants et incontournables. Nous sommes ceux et celles qui avons créé ces géants qui occupent nos vies aujourd’hui.

Ce sera la même chose pour Watson.

Plus il y a aura de gens qui vont l’utiliser, plus il deviendra fort, puissant et incontournable.

Sommes-nous en train d’éduquer un géant capable de comprendre le monde mieux que nous-mêmes?

Catherine MathysL’avenir des médias selon la BBC

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 publié le 2 février 2015 à 14 h 18

La BBC vient de produire un rapport sur l’avenir de l’information. Pourquoi un tel exercice maintenant? Parce que le radiodiffuseur public anglais est régi par une charte royale qui prévoit ses priorités, son indépendance éditoriale et les responsabilités de sa gouvernance interne. Ce système, établi en 1927 prévoit le renouvellement de la charte tous les 10 ans. Or, l’actuelle charte viendra à échéance le 31 décembre de l’an prochain. Cette première partie de rapport s’inscrit donc dans la préparation de ce renouvellement et recèle plusieurs indices sur la façon dont la BBC entend s’adapter aux transformations médiatiques en cours et à venir.

BBC

Trop d’information, trop d’appareils

L’information est là, partout, toujours plus facile à trouver, toujours plus rapide à nous parvenir dans toutes sortes de formats sur toutes sortes de plateformes, et à toujours plus de monde.

Que ce soit pour s’informer ou pour faire soi-même la nouvelle, les outils sont là, il suffit de les utiliser. Mais n’allez pas croire que ce rapport est nostalgique ou pessimiste. Selon la BBC, Internet a rendu l’information infiniment meilleure. De nos jours, trouver les histoires, les raconter, les transmettre à d’autres, tout est plus facile.

Selon la BBC (et je partage entièrement ce point de vue), nous vivons l’époque la plus excitante pour le journalisme depuis l’avènement de la télévision. Et dire que nous ne sommes encore qu’aux balbutiements des possibilités qu’offre Internet.

Dans le rapport, on estime que, d’ici 2025, la plupart des Britanniques regarderont la télévision sur Internet. D’ici 2030, ce sera probablement le cas de tout le monde. Le téléviseur sera parti rejoindre la machine à écrire au musée des artefacts médiatiques.

Bien sûr, les transformations technologiques ne se font pas de la même manière partout sur la planète. Mais le rythme ne fera que s’accélérer. Il y a 10 ans, il y avait 10 fois plus de personnes que d’appareils connectés à Internet. Or, dans la dernière année, le nombre de téléphones cellulaires a dépassé celui des êtres humains. Et d’ici 2020, l’équilibre sera inversé, il y aura environ 10 appareils connectés pour chacun de nous.

Le grand dérangement

Tous ces changements, bien que prometteurs, sont également dérangeants et souvent difficiles à accepter. L’environnement chaotique des médias cultive moins de nouvelles et plus de bruit.

Internet a bien sûr ébranlé le modèle d’affaires de plusieurs grands médias traditionnels. Selon le rapport, plusieurs aspects de la vie moderne ne sont plus ou ne sont pas assez couverts. Il en tient pour preuve la dégradation mondiale de la presse locale, qui n’a plus les moyens de couvrir les sujets régionaux adéquatement. La BBC cite la fermeture du Rocky Mountain News aux États-Unis, du Reading Post en Angleterre, mais on pourrait aussi rajouter nos propres histoires de coupures en région, ici, au Québec.

En 10 ans, c’est 5000 emplois de journalistes qui ont été supprimés dans la presse régionale et nationale en Angleterre. Mais bien sûr, là aussi, les suppressions de postes ne se font pas de façon égale. Cela dit, la tendance est mondiale, et même si les chiffres américains sont meilleurs que les chiffres anglais, la pente est la même. Le nombre de reporters internationaux travaillant pour des journaux américains a décliné de 24 % entre 2003 et 2010. Ainsi, le temps alloué aux nouvelles internationales dans les bulletins de nouvelles a chuté de plus de moitié depuis la fin des années 1980.

Pendant ce temps-là, d’autres pays, comme la Russie et le Qatar investissent massivement dans les reportages de nouvelles internationales.

Une question de génération

Le changement est aussi générationnel. En Suède, l’âge moyen de l’auditoire du téléjournal de fin de soirée du radiodiffuseur public est de 66 ans. Tout ça pendant qu’un récent sondage montrait que 26 % des enfants de 2 ans allaient en ligne au moins une fois par jour.

L’Angleterre connaît la même situation. L’an dernier, les nouvelles télévisées étaient vues par 92 % des 55 ans et plus en moyenne chaque semaine. Ce genre de chiffre n’a pas tellement changé dans la dernière décennie. Cependant les 16-34 ans, eux, modifient leurs habitudes. Ils ne sont que 52 % à regarder les nouvelles télévisées en moyenne chaque semaine contre 69 % en 2004. L’effet de ce changement d’habitude s’est d’abord fait sentir dans la presse papier, mais dans les 10 prochaines années, ce seront les nouvelles télévisées qui subiront le même traitement.

Et alors? Qu’est-ce que ça change?

Bien des choses, en somme. Il y a une cinquantaine d’années, la télévision a transformé l’information. Elle l’a rendue vivante, en quelque sorte. Mais elle a aussi mis l’accent sur les images dramatiques, les politiciens télégéniques et les histoires accrocheuses.

À son tour, Internet transformera aussi l’information. D’ailleurs, cela a déjà commencé. Le rapport mentionne, par exemple, que 59 % des consommateurs anglais de nouvelles en ligne n’ont aperçu que les manchettes sur Internet dans la dernière semaine, contre 43 % qui ont lu des articles plus longs en ligne.

Et Internet n’est pas nécessairement neutre dans son agrégation de nouvelles, selon Emily Bell du Tow Center for Digital Journalism. L’an dernier, une expérience universitaire avait analysé la façon dont Facebook avait manipulé le fil d’actualité de 700 000 utilisateurs dans une semaine. On voulait voir de quelle façon les différents types de nouvelles les toucheraient. Sans grande surprise, les statuts heureux rendent les gens heureux.

Internet permet de contourner le journaliste. Ainsi, l’ordinateur peut faire tout ce qu’un journaliste professionnel faisait. Pour un journaliste, le plus gros concurrent n’est plus un autre journaliste, mais c’est l’histoire elle-même, qui peut très bien être racontée et diffusée sans lui. Partis politiques, vedettes et entreprises peuvent communiquer désormais directement avec le public. On vit dans une ère de plus en plus branchée, mais de moins en moins imputable.

La distribution inégale de l’information

Des millions de personnes ont accès à Internet, mais ce n’est pas le cas de millions d’autres personnes. Selon la BBC, le monde se divise entre ceux qui cherchent la nouvelle et ceux qui ne font que l’effleurer. Et ce fossé ne fait que se creuser davantage.

C’est en partie dû à l’infobésité. Il y a plus de données, d’opinions, de liberté d’expression que jamais, mais c’est aussi plus difficile de s’informer correctement. Les faits nous semblent souvent confus.

Le rapport de la BBC mentionne une étude renversante sur ce que les gens pensent savoir et ce qu’il en est vraiment. Ainsi, les Britanniques pensent que leur population est composée de 24 % d’immigrants (il n’y en a que 13 %). Ils croient aussi que 24 % de la population ne travaille pas. Il y a plutôt 7 % de chômeurs.

Les inégalités sont partout, et la presse a la responsabilité de les signaler. C’est pour cela, notamment, que la BBC est optimiste. Cette ère d’information, bien qu’elle soit chaotique et inégale, n’en demeure pas moins excitante puisque le besoin d’une information juste, précise, pertinente et indépendante est plus grand que jamais.

Dévoilé mercredi, le rapport annuel du Fonds des médias du Canada (FMC) met le doigt sur certaines tendances qui prendront de l’ampleur en 2015. Il semble que notre capacité d’attention n’ait jamais été aussi faible, alors, s’il vous en reste encore un peu, je vous invite à lire les faits saillants des prédictions de ce rapport.

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Indigestion d’information

Dans un billet du mois d’août 2014, je parlais d’un ras-le-bol de la frénésie du web. C’est une tendance que le FMC a également remarquée en s’appuyant sur des chiffres très révélateurs. Notre capacité d’attention serait passée de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2013. Et tout indique qu’elle n’ira pas en augmentant dans les prochaines années. C’est la surabondance d’information qui serait responsable de notre épuisement collectif. Le rapport indique que 90 % des données mondiales auraient été générées au cours des deux dernières années. De quoi en faire une indigestion, en effet. D’ailleurs, cette infobésité serait la sixième cause de stress aux États-Unis.

Alors, que fait-on devant autant d’information et avec si peu de capacité d’attention? On trie, on sélectionne, on élimine. Ainsi, les consommateurs ne vont plus autant vers le contenu. Trop fatigués, ils tendent à le laisser venir à eux, notamment par le biais des médias sociaux. Nous voilà dans une ère où les suggestions des autres commencent à prendre le pas sur les moteurs de recherche et leurs algorithmes. Nous le mentionnions dans ce billet à propos de la méthode BuzzFeed, « ce sont ces liens personnels qui sont le mécanisme de distribution de la nouvelle au 21e siècle ». Ça semble être aussi le cas pour d’autres contenus. À l’émission La sphère du 20 décembre dernier, j’ai parlé de la popularité de l’application Nuzzel, qui récupère en un seul endroit les articles recommandés par nos réseaux sociaux. C’est vrai que l’économie de temps de recherche est séduisante quand notre liste d’abonnements est bien construite.

L’hégémonie des grands

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Si la liste de nos sources diminue, les chefs de file semblent en profiter. Google domine les recherches sur ordinateurs et appareils mobiles avec 71 % du marché mondial. Quant à YouTube, on y trouve plus de 73 % des amateurs de vidéos américains et une proportion incroyable des consommateurs canadiens de vidéo en ligne, soit 90 %. D’ailleurs, YouTube et Netflix drainent à eux seuls près de 50 % de la bande passante en soirée en Amérique du Nord. On avait parlé de ce fort déséquilibre dans ce billet. D’ailleurs, les fournisseurs Internet aimeraient bien que certains sites très fréquentés comme ceux-là participent financièrement à cette surcharge de bande passante, au grand dam des pourfendeurs de la neutralité du web.

Bien que l’on concentre nos activités sur certains sites en particulier, le temps passé sur le web augmente sans cesse. Le temps de navigation sur appareils mobiles a augmenté de 66 % entre 2011 et 2013. Cela dit, on se contente souvent de quelques applications. On apprend dans le rapport que 66 % des utilisateurs de téléphones intelligents ne téléchargent aucune application. D’ailleurs, le nombre d’applications installées n’aurait augmenté que de 15 % entre 2011 et 2013.

Cela dit, on aime toujours avoir le dernier appareil en vogue. Le rapport cite les ventes record de l’iPhone 6 la fin de semaine de son lancement. Le rapport Deloitte présenté sur Triplex hier allait aussi dans le même sens. Il nous prédit que près des deux tiers des ventes de téléphones intelligents dans le monde seront faites à des utilisateurs convaincus qui en possèdent déjà un qu’ils ne peuvent plus améliorer.

Le croisement des écrans

Aux États-Unis, l’été dernier, le nombre d’abonnés à Internet a dépassé le nombre d’abonnés au câble. Le rapport du FMC mentionne que le Canada pourrait suivre la même tangente, les dépenses en publicité numérique ayant déjà dépassé celle de la publicité télé. Ce qui est surtout intéressant, c’est de constater un croisement des médias. Sans s’éliminer, c’est comme si l’un échangeait de place avec l’autre, qui sort alors radicalement de son rôle traditionnel.

Le FMC rapporte que la télévision devient de plus en plus un média sur demande. La télé semble s’ajuster aux exigences d’un public de plus en plus habitué à la flexibilité du numérique en lui offrant des services de diffusion en ligne accessibles sans abonnement au câble. La réciproque existe aussi. Le web propose, comme la télévision, des grilles de programmation et des émissions en direct. Le rapport donne les exemples de Vice et de Netflix, qui pourraient fidéliser leur auditoire en leur offrant éventuellement une programmation quotidienne variée et originale. Si la télé se cherche toujours, le web ne s’est pas encore trouvé lui non plus.

La montée des jeux et du sport en ligne

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Aux États-Unis comme au Canada, les revenus de l’industrie des jeux vidéo dépassent ceux de l’industrie de la musique et se rapprochent dangereusement de ceux du cinéma. Et ce qui semble accélérer cette croissance, c’est le nombre grandissant d’amateurs qui regardent les autres jouer en ligne. Le rapport indique même que « le phénomène pourrait concurrencer sérieusement la télé pour ce qui est du temps consacré au visionnement de contenu ». Ce n’est pas rien. Les statistiques en font foi : en 2013, 71 millions de personnes dans le monde ont regardé des jeux vidéo en ligne. Ça fait pas mal de monde. Et Microsoft a voulu sa part du gâteau en rachetant Minecraft, comme Amazon l’a fait avec Twitch.

Mais qui sont ces gens qu’on aime tant regarder jouer? Croyez-le ou non, ils sont essentiellement autodidactes. Ça ne les empêche pas d’être suivis par des millions d’abonnés en ligne. Pourquoi? D’abord parce que leur contenu n’a plus l’air aussi amateur qu’il l’a déjà été. Ensuite, parce qu’ils sont authentiques et que le dialogue avec leurs admirateurs est multiplateforme. Autant s’y faire, parce que la croissance de ce type de vidéo semble exponentielle. On compte 19 fois plus de vidéos de fans sur les jeux vidéo sur YouTube que de vidéos mises en ligne par les éditeurs de jeux. Le rapport du FMC s’attend d’ailleurs à ce que le débat sur la valeur de ce « fan labour » s’intensifie. En effet, qui rapporte quoi à qui? Les fans devraient-ils payer des droits aux jeux qui les ont rendus célèbres? Ou serait-ce les jeux qui devraient les rétribuer pour toute la visibilité acquise?

Plusieurs questions restent entières, mais tout est en place pour 2015!