Billets classés sous la catégorie « Tendance »

Je ne suis pas un amateur de boxe. La vue de deux hommes qui se taquinent le museau avec des gants rembourrés ne m’enchante guère.

Pourtant, cette fin de semaine, ne me demandez pas quelle équipe jouait au hockey, j’étais en train de regarder le combat de boxe Mayweather-Pacquiao.

Oh, n’allez pas imaginer que je m’intéresse maintenant à ce sport de combat! D’ailleurs, je ne sais pas qui a gagné. Je m’intéressais plutôt à la façon dont ce match a été diffusé sur Twitter grâce à Meerkat et à Periscope.

En direct de votre salon

Meerkat et Periscope, les habitués de Triplex le savent, n’ont pas inventé le direct sur Internet, mais elles ont réussi à le démocratiser. Un clic et le tour est joué.

Cette fin de semaine, de nombreux amateurs de boxe, qui ont payé chacun 100 $ pour regarder le combat Mayweather-Pacquiao en direct à la télévision, ont utilisé Meerkat ou Periscope pour diffuser le combat en ligne.

Pour la qualité de l’image, on repassera. Toutefois, se retrouver chez les gens dans leur salon avec l’ambiance des amis qui commentent le match a été une expérience totalement nouvelle.

C’est comme assister à un match sportif dans un bar. Sauf que ce n’est pas toi qui décides quand ni comment tu regardes la télévision – et tes commentaires ne se font que par écrit. Pas content? Il y a une autre chaîne Meerkat ou Periscope.

On le sait bien, on ne va pas dans un bar pour écouter un match, on y va pour l’ambiance. Cette fin de semaine, cette atmosphère était sur Twitter avec Meerkat et Periscope.

Quand le second écran se prend pour le premier

Ce qui est appelé le « second écran » par l’industrie de la télévision, ce cellulaire ou cette tablette que l’on tient dans les mains lorsque l’on regarde le téléviseur, a pris le contrôle cette fin de semaine.

Ce n’était plus un direct du match de boxe, c’était un direct des gens dans leur salon qui sont en train d’écouter le match de boxe.

Avec Meerkat ou Periscope, tout sportif de salon, cellulaire à la main, devient le commentateur principal pour son auditoire.

Il est clair que ce type d’expérience ne plaira pas à tous – surtout pas aux ayants droit de la diffusion du match. Toutefois, cela illustre un usage émergent pour ces deux nouvelles applications : capturer l’ambiance de l’écoute en groupe.

Jusqu’à présent, les deux applications n’étaient offertes que sur iOS et leur taux d’adoption restait faible hors des États-Unis. Tout ça devrait changer bientôt puisque Meerkat est maintenant offerte en version bêta sur Android.

Depuis cette fin de semaine, la nouvelle mise à jour de Meerkat permet de publier des vidéos en direct sur des pages Facebook, afin de rejoindre un plus grand auditoire (s’éloignant ainsi de Twitter, qui devient de plus en plus le territoire de Periscope).

Ainsi, on a potentiellement les ingrédients pour une contre-attaque du second écran. Alors que les chaînes de télévision se sont enfin mises à développer des plans stratégiques pour animer l’auditoire autour du premier écran, voilà que cet auditoire vole la vedette et se met lui-même en scène. Du moins lors d’événements en direct.

Puisque nous approchons de la finale des éliminatoires de la LNH, je m’attends à ce que beaucoup d’amateurs sportifs se servent pour la première fois de Meerkat ou de Periscope afin de faire partager l’ambiance électrisante de leur salon à une foule de personnes, isolées devant leur cellulaire, qui ne demandent qu’à être, elles aussi, en groupe.

Autres billets Triplex sur le sujet :

L’esthétique de Meerkat et de Periscope

Periscope : ce que les médias peuvent y gagner

Periscope à Baltimore

Martin LessardSXSW : ces mutations annoncées

par

 publié le 18 mars 2015 à 11 h 20

On dit habituellement qu’à SXSW, à Austin, on trouve aujourd’hui ce qui sera partout dans cinq ans.

Si c’est le cas, nous avons intérêt à attacher notre tuque avec de la broche.

À lire les billets de notre blogueur invité en résidence sur Triplex, Matthieu Dugal, qui était à Austin, nous pourrons :

  • Faire de la musique avec tout ce qui nous passe par la main (Mogeens);
  • Virer son médecin pour s’acheter des vêtements connectés, qui vont faire un suivi médical en permanence (McLaren Applied Technologies);
  • Et même quitter notre douce moitié pour nous adonner complètement à la pornographie en réalité virtuelle (Red Light Center).

Dans la ville d’Austin, dont la devise est Keep Austin weird (que l’on pourrait traduire par « Préservons le côté bizarre d’Austin ») , la frénésie était à son comble. Les gens ont vu de quoi demain sera fait. Vous n’avez qu’à bien vous tenir, nous disent-ils.

« Nous sommes déjà dans le numérique »

Ici, au pays, où on a la tête froide, ne serait-ce qu’à cause du climat, on se demande, dubitatif, si on sera réellement obligé d’ici cinq ans d’adopter toutes ces nouvelles technologies.

Dans une interview la semaine dernière, le philosophe français Michel Serres disait ceci :

« L’innovation est invisible, mais les gens redoutent le changement. Aujourd’hui, nous sommes déjà dans le numérique. C’est fini. Il n’y a pas de doute là-dessus. En revanche, je ne sais pas quelle dimension cela va prendre. Il est impossible de le savoir. »

La technologie évolue, certes, mais ce sont les usages qui déterminent ce qui est adopté, détourné ou rejeté. Michel Serres donne l’exemple du téléphone, utilisé pour écouter l’opéra à distance. On l’appelait même théâtrophone. « Comme vous le voyez, son usage a beaucoup changé depuis. »

Les innovations vues à SXSW seront autour de nous dans un avenir rapproché, mais il n’y a rien qui dit qu’il faudra les adopter en bloc. Toutefois, la tentation sera grande.

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Devenir accro?

À un colloque à l’Université Standford (Habbit Summit), des formations sur la persuasion, le changement de comportement et le neuromarketing par le design de produit sont à l’ordre du jour.

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Avec des titres aussi éloquents que Building a Habit-forcing product for the enterprise (« Comment créer des produits qui font forcer les consommateurs à adopter de nouvelles habitudes »), on comprend qu’il ne faut pas rejeter toute la faute sur l’individu pour expliquer sa fascination pour les nouvelles technologies. Elle est inscrite dans le design du produit. Est-ce la raison d’une forme de dépendance aux nouvelles technologies?

Dans un récent billet sur le design de la dépendance, Hubert Guillaud, en fin limier des tendances émergentes, rappelle que les applications ludiques (comme Candy Crush) sont addictives parce qu’elles créent une boucle de stimulus et de réponses en nous faisant entrer dans ce qu’on appelle la zone de la machine.

« La zone de la machine, c’est quand l’esprit en arrive à oublier le corps dans la tâche à réaliser. »

On entre dans la zone de la machine, une expression de Natasha Shüll, auteure d’Addiction by design, quand on en adopte le rythme, le caractère hypnotique, la puissance de distorsion spatiotemporelle.

“Ce que Facebook et les machines à sous partagent, c’est la capacité à fournir une rétroaction rapide à des actions simples” dit Hubert Guillaud en citant un article de The Atlantic.

On commence par regarder une photo sur Instagram, puis une autre et encore une autre. Hypnotisé.

Les nouvelles technologies nous attirent si facilement dans la « zone de la machine » que nous nous sentons comme les personnes dépendantes aux machines à sous. Austin est comme un énorme casino à ciel ouvert.

Austin comme épicentre

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Pendant quelques jours, Austin nous fait entrer dans la zone de la machine, où on se grise de nos futures dépendances. Ce qu’on y présente sera, d’une façon ou d’une autre, dans nos vies demain.

Voilà pourquoi Matthieu nous écrivait de l’intérieur de cette zone : « À l’extérieur de SXSW, la vie n’est peut-être pas encore complètement gobée par l’Internet. Mais ici, elle l’embrasse goulûment avec la langue. »

Michel Serres résume pourquoi il ne faut pas avoir peur de ce qui s’annonce:

« La technique servait déjà à suppléer une déficience, comme le font ces nouveaux objets. On a ensuite inventé les lunettes pour le regard, ou encore les pacemakers. Pour autant, le fait que j’ai une canne, des lunettes ou un pacemaker n’a pas bouleversé l’humanité au point de considérer que l’on était tous obligé d’en utiliser. »

Mais ce que nous avons à nous demander, par contre, c’est quelles « déficiences » viennent combler ces nouveaux outils venus d’Austin. Et à quel point ces « déficiences » ne sont pas induites par le design même de ces outils.

Nous construisons (ou déconstruisons) nos représentations collectives de ce qui constitue notre humanité à coups des boutoirs que sont ces nouvelles applications, objets connectés ou autres plateformes numériques.

Là où Serres se trompe, c’est que les nouvelles technologies ne comblent plus seulement les déficiences humaines. Elles augmentent aussi notre potentiel.

Et c’est ça, la promesse de ce qui est appelé « l’humain augmenté, une promesse suggestive d’une fusion avec la machine-outil pour accéder à une autre dimension (jouer de la musique avec tout; des vêtements-médecins; du sexe virtuel). On jugera à l’arrivée.

Quoi qu’il en soit, il n’y a absolument rien, en ce moment, qui nous empêche d’aller au bout de cette attirance vers cette promesse d’augmentation.

L’humain est un explorateur-né et il se perçoit lui-même, maintenant, comme la « nouvelle frontière« .

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SXSW ambiance : j’écris ce blogue dans un café situé juste à côté de mon appartement-roulotte (ou serait-ce plutôt l’inverse) dans un quartier excentré d’Austin (le centre-ville est hors de prix durant le festival, et j’ai découvert un des meilleurs cafés d’Austin j’en suis certain). Ouvert il y a à peine six mois par deux jeunes gars, c’est la quintessence du café de troisième vague. Éco-rétro minimaliste, murs blancs, un comptoir à pâtisseries aussi spartiate que les pâtisseries en question sont excellentes. Ah oui! Ici, on ne fait pas que jouer des listes de lecture insignifiantes, on met des albums complets. Ce matin, huit heures, pendant que j’écris, c’est Giants steps de Coltrane.

Bruno Zamborlin est un geek heureux. Docteur en musique, il se passionne depuis longtemps à propos du concept de subversion et d’appropriation des instruments de musique.

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Si vous trouvez ça abstrait, pensez à la distorsion des guitares électriques. Ce qui a commencé comme un problème technique a été récupéré depuis par des millions de musiciens pour l’intégrer dans un des mouvements culturels les plus forts de la modernité : le rock.

C’est aussi en quelque sorte le cas du tourne-disque. En Jamaïque, puis dans le Bronx, au début des années 70, des jeunes hommes désoeuvrés se sont mis à détourner l’usage de la platine pour en faire un instrument à part entière. Le scratching était né, et avec lui le mouvement hip-hop (qui comporte aussi, on le sait, le rap, le breakdance et l’art du graffiti).

On pourrait également parler du grand compositeur américain John Cage, qui « piratait » des pianos en plaçant toutes sortes de pièces métalliques sur les cordes de l’instrument pour en changer le son.

(Et on pense même à Pete Townshend qui fracassait régulièrement ses guitares après ses spectacles, mais c’était davantage pour exprimer sa rage par rapport aux rénovations de sa maison qui n’avançaient pas et aussi (pourrait-on dire surtout) parce que ses guitares étaient toujours sous garantie lorsqu’il se permettait d’agir de la sorte. Enfin, c’est très compliqué cette histoire, ne nous égarons pas.)

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Bruno Zamborlin est donc un gentil geek comme on en rencontre par téra-octets à SXSW, qui se passionne pour l’appropriation d’instruments qui jalonnent l’histoire de la musique, et plus particulièrement pour les objets de tous les jours qu’il veut transformer en instruments de musique. On parle ici de n’importe quel objet. C’est l’idée derrière « Mogeens », une application pour téléphone cellulaire qui transforme littéralement l’environnement au complet en instrument de musique.

Comment? À l’aide d’un petit appareil semblable au micro de fréquences (ou pick-up) d’une guitare, que l’on peut brancher littéralement partout : à un arbre, à une auto, à un four, à une table à café et même… à un instrument lui-même.

Le petit objet, un transducteur, permet de capter les vibrations qu’un objet émet quand on tapote dessus. Le signal est transmis au cellulaire qui « joue » des notes à partir d’une banque de sons qu’on lui attribue. Le résultat est vraiment impressionnant. Dans la foulée de ce grand mouvement de ludification d’à peu près tout ce qui nous entoure, c’est un joueur important qui vient d’arriver.

Bien sûr, pour le monde de la musique concrète, ce n’est rien de nouveau. Des artistes contemporains planchent depuis longtemps sur ces concepts. Je me suis souvenu d’avoir vu une mise en scène complètement déjantée au Mois Multi à Québec, il y a des années, et où des étudiants de Robert Faguy du LANTISS (le Laboratoire des nouvelles technologies de l’image, du son et de la scène) de l’Université Laval avaient mis en scène des textes de Robert Gaudreau (en langue exploréenne). Leur travail consistait en partie à tirer des interactions des mouvements de comédiens muets avec des pistes de son déclenchées justement par la gestuelle.

Avec Mogeens, cependant, comme dans le cas de presque toutes les applications qu’on nous présente à SXSW, c’est la technique qui s’efface derrière l’intuition et la prise en main facile. Pas étonnant que le bidule ait été un succès sur la plateforme de sociofinancement Kickstarter et que l’entreprise emploie maintenant 10 personnes. Et après une présentation comme ça, on a vraiment le goût de sortir dehors et d’aller jouer dans notre environnement. Pas pire quand même pour un intellectuel, n’est-ce pas?

Le sexe est mort, vive la porn!

La phrase n’est pas de moi, mais d’un certain Brian Shuster. Plein de gens ont sûrement de très bonnes raisons de détester Brian Shuster. Premièrement parce que c’est l’inventeur des fameuses fenêtres publicitaires (ou pop-ups) qui polluent nos cybervies sur l’autoroute de l’information. Et deuxièmement, parce qu’il aurait injustement facturé des sommes supplémentaires à des abonnés à ses nombreux sites pornographiques (il est d’ailleurs poursuivi en justice pour cette raison).

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Aujourd’hui, Shuster est un évangéliste, et sa bible s’appelle le « VR PORN » : la réalité virtuelle pornographique. Attachez vos jarretelles avec de la broche, ça brasse fort.

Sa thèse très « houellebecquienne » s’énonce comme suit:  lorsque l’industrie de la pornographie commencera à distribuer ses applications fonctionnant avec des lunettes de réalité virtuelle, ce sera la fin de la sexualité telle que nous la connaissons.

La possibilité de vivre des expériences virtuelles intimes à la première personne avec n’importe quel fantasme qui nous traverse l’esprit rendra tout simplement la « vieille sexualité » caduque.

Amour et proximité qui s’effritent, partenaires multiples dans des histoires qui ne fonctionnent pas, danger de contracter des MTS, tout ça est balayé du revers de la cravache avec ce nouveau monde qui nous rentrera dedans à Noël 2015, selon le principal intéressé.

La pornographie virtuelle, c’est selon Shuster la possibilité d’avoir accès au meilleur sexe possible jusqu’à la fin de nos jours.

Un genre de monde parallèle où les gens se rencontreront en ligne par le truchement d’avatars, qui auront leurs parties intimes bardées de capteurs et d’appareils reproduisant « en mieux » (ce sont ses mots) les parties intimes de notre choix, le tout dans le confort de notre salon.

Il a, dit-il, déjà dévoilé sur sa plateforme Red Light Center des prototypes des services qu’il va offrir à des cobayes, et ce qu’il constate le rassure sur le fait que l’industrie de la pornographie virtuelle est sur le point de faire paraître l’industrie pornographique actuelle comme une relique du passé, un peu comme lorsqu’on regarde un vieux numéro jauni d’un Playboy.

Tout cela avec le ton posé et pas vraiment exultant d’un gars qui a l’air pas mal sûr de son affaire.

Les répercussions de ce nouveau type de sexualité, si elle voit le jour, sont, bien sûr, cataclysmiques.

On se rappellera d’ailleurs du très bon film belge Thomas est amoureux, réalisé en 2001 (quand même), et qui raconte en caméra subjective la vie d’un agoraphobe qui passe sa vie à avoir du sexe en ligne. Un film bien en avance sur son temps. ALERTE DIVUGÂCHAGE : à la fin du film, Thomas décide de quitter son appartement et on le voit ouvrir la porte pour sortir dans une lumière aveuglante.

À la fin de la conférence, je me suis dit que si Brian Shuster avait scénarisé le film, il n’y aurait peut-être pas eu de lumière. J’aurais aussi voulu demander à Shuster s’il avait une conjointe. Pas eu le temps, je devais partir avant la fin de la période de questions.

Croisé : Avant la conférence du VR PORN, une manif d’étudiants en informatique qui protestaient contre la présence de plus en plus grande – un envahissement, comme ils la qualifient – de robots dotés d’une intelligence artificielle dans notre monde. En plein épicentre technologique, la manifestation avait des allures luddites, mais au-delà de la curiosité et du pittoresque de la chose, le message de ces jeunes était plus nuancé qu’il pourrait le paraître. Je vous en reparle bientôt. Maintenant, je cours regarder le film Gravity en réalité virtuelle. J’apporte aussi mes Gravol.

 

En entrevue lors de la préparation de l’émission hier soir – par 20 degrés sur la rue alors que nous arborions t-shirt et chemise d’été (pardon) -, un invité me disait à la blague que SXSW, c’était la pire chose pour la génération FOMO (l’acronyme pour «Fear of missing out», ou si vous préférez, la peur de manquer quelque chose). C’est drôle quand même, parce que SXSW, quand on s’arrête 1/1000e de seconde pour y penser (c’est le plus longtemps qu’on peut s’arrêter là-bas de toute façon), c’est l’endroit qui fait mentir la grande sagesse populaire voulant qu’Internet, ce ne soit pas la vraie vie. Parce que pendant quelques jours dans la capitale du Texas, la « vraie vie », c’est Internet, et vice-versa. Tout le monde se ressemble, est habillé pareil, a les mêmes références (un genre de centre commercial trempé dans la sauce Brooklyn). C’est aussi un endroit où les photos Instagram pullulent – le mot est faible -, et où le public est trop heureux de dire qu’il est au centre presque physique de ce qu’on appelle désormais « l’Internet ».

SXSW, c’est notre vie moderne, en concentré. Ce festival ne se dit pas « interactif » pour rien.

J’y ai rencontré Jean Bélanger, un franco-ontarien plus texan qu’un Texan, après une conférence portant sur la nature de la potion magique d’Austin, une des grandes réussites urbaines des 20 dernières années aux États-Unis (100 % d’augmentation de la population en… 20 ans). C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de ce succès. Arrivé en 1994 après 12 ans passés à Montréal, ce passionné de techno s’est spécialisé dans le démarrage d’entreprises. Il en a créé plusieurs depuis, mais il a aussi inspiré plusieurs jeunes à se lancer dans l’aventure. Il faut avoir du cran pour ce faire, lorsqu’on est loin des grands centres financiers comme New York ou San Francisco. Très engagé dans la vie économique de ce qui est devenu sa ville, il est un fier défenseur de la libre entreprise, avec néanmoins une grande sensibilité pour les investissements publics en éducation. Pour lui, la recette texane qui consiste à mettre de côté l’argent tiré des ressources naturelles pour le mettre dans un « bas de laine » en éducation, comme l’État texan le fait depuis longtemps, est un gage de développement économique. Il prêche par l’exemple, lui qui planche encore, la soixantaine bien sonnée, à des projets qui touchent le bitcoin. C’est un homme qui a de la gueule. Et il est aussi férocement contre toute forme de neutralité du net : c’est selon lui du gaspillage d’énergie. Il ne faut pas oublier qu’Austin, même si on la considère un peu comme un village gaulois, est tout de même au cœur du Texas.

Ça, c’était une heure dans ma journée. Alors que j’avais de la difficulté à me rappeler de mon déjeuner, j’étais tout de même content d’avoir manqué quelques dizaines de milliers d’ateliers et de ne pas avoir ramassé 267 dépliants annonçant chacun le grand soir techno en version olfactive 3D.

J’ai ensuite assisté à un atelier du géant de la Formule 1 McLaren qui démontrait, devant une salle bondée, toute l’ampleur d’un grand virage que la compagnie négocie à l’extérieur des circuits : celui de la santé. Dans un énoncé fleurant bon les discours techno-utopistes des grandes franchises hollywoodiennes, Geoff McGrath, le vice-président de la division McLaren Applied Technologies, a rappelé fort à propos que l’expertise développée par la société dans l’étude des interfaces homme-machine la prédispose tout naturellement à faire le pas vers le monde de la santé. Et pas avec n’importe qui : avec Glaxo Smith Kline, la plus grande entreprise pharmaceutique au monde. Au programme? Des capteurs pour faire des suivis dynamiques de patients lors d’études cliniques, des vêtements connectés qui génèrent des océans de données pour étudier des malades, données que la compagnie a appris à traiter en élaborant parmi les meilleurs systèmes de télémétrie de course au monde. On aura aussi compris que ce ne sont pas nécessairement les notions de médecine à deux vitesses qui empêchent les collectionneurs de records de dormir la nuit. Mais bon, ce n’est pas ce qu’on leur demande non plus.

Sinon, entre 35 entrevues sur des gens venus tout simplement s’inspirer sous le soleil, j’ai aussi assisté à des ateliers à la bizarrerie « tripative » , comme celui d’un DJ et d’un chercheur en neurosciences qui s’allient pour trouver les racines biologiques de la transe qui agite les gens qu’on voit se perdre sur les planchers de danse, en communion parfaite avec une musique partagée par des corps qui exultent. Comment? En « ploguant » les danseurs à des téléphones.

À l’extérieur de SXSW, la vie n’est peut-être pas encore complètement gobée par « l’Internet ». Mais ici, elle l’embrasse goulûment avec la langue.

 

Matthieu DugalSXSW : ça commence!

par

 publié le 13 mars 2015 à 8 h 26

Je profite de cette première publication en vue du festival SXSW pour remercier mes augustes collègues de Triplex de m’héberger sur leur prestigieux site. Pendant une semaine, nous serons donc quatre colocs ici. Pas besoin de vous dire que la domination du monde fait partie de notre programme.

Deuxième chose : même si La sphère couvre bien évidemment SXSW depuis le début de l’émission, en 2011, j’en serai à ma première participation à l’événement. Pas besoin de vous dire que je viens de passer les dernières semaines à pratiquer mon anglais.

Se préparer pour SXSW, dans un premier temps, consiste à paniquerBeaucoup. Il y aura 30 000 personnes sur place durant cinq jours. Nous avons une heure d’émission samedi. Ça va très bien.

Nous essaierons donc d’y voir clair avec des résumés de choses à voir. Ici, et .

Nous préparons des entrevues avec des Québécois de marque qui seront présents, parmi lesquels Sylvain Carle, directeur général de Founder Fuel, et ma collègue Sophie Bégin, chef de contenu des nouvelles écritures à Radio-Canada.

SXSW, une histoire impressionnante

En 21 ans d’existence, la série d’entrepreneurs ou de technologies qui ont fait leur apparition à SXSW est vraiment incroyable.

En 2012, par exemple, un jeune homme a été rajouté à la dernière minute à la liste des invités. Son nom? Kevin Systrom. Il venait parler d’une application qui, déjà à l’époque, devenait de plus en plus populaire : Instagram. Quelques semaines plus tard, Facebook déboursait 1 milliard de dollars pour acquérir cette dernière.

Si on retourne dans le temps, en 1996, la vague du moment s’appelait… le cédérom. Rappelons que cette année-là, Vincent Damphousse dominait sur le plan du nombre de points au Canadien de Montréal.

En 2001, c’est un certain Evan Williams qui était présent pour parler de sa nouvelle plateforme de blogue, Blogger. En 2006, le même Williams allait créer avec trois autres partenaires Twitter. Plus récemment, Evan Williams a créé une des plateformes les plus intéressantes du moment, Medium.

Il y a aussi des entrepreneurs de la trempe d’Elon Musk (PayPal, Tesla, SpaceX, Solarcity, Hyperloop) qui sont passés par Austin. On doit d’ailleurs cette citation à Austin : « Je veux mourir sur Mars, mais pas à l’atterrissage. »

Des technologies présentées à SXSW qui ont été des échecs

Oui, l’an dernier, le mot qui était sur toutes les lèvres, c’était Google Glass, les fameuses lunettes de Google. On avait d’ailleurs gentiment surnommé ceux qui les portaient glassholes (pas de traduction libre ici). Un an plus tard, dans un mélange d’indifférence et de controverse (les lunettes de Google avaient généré beaucoup de haine envers ceux qui les portaient), Google a abandonné ses lunettes.

L’an dernier, on a beaucoup parlé, à SXSW, de Félix et Paul, le duo montréalais qui a présenté le premier « film » réalisé pour les lunettes de réalité virtuelle Oculus Rift, Strangers with Patrick Watson. Depuis, les deux jeunes entrepreneurs ont réalisé des expériences de VR pour le film Wild (qui a pour vedette Reese Witherspoon) et travaillé avec le plus gros fabricant de produits électroniques du monde, Samsung, en collaboration avec le Cirque du Soleil, pour créer le film de présentation des nouvelles lunettes de réalité virtuelle du fabricant, les GEAR VR.

 Les tendances à surveiller à SXSW cette année

  • La réalité virtuelle et la réalité augmentée, évidemment.
  • L’auto connectée, l’auto sans conducteur, l’auto électrique. Alors qu’Apple et Android s’apprêtent à lancer les versions « auto » de leurs systèmes d’exploitation (Car Play, Android Auto), celles-ci suscitent déjà beaucoup de discussions.
  • L’avenir du jeu vidéo (près de 10 000 emplois au Québec seulement dans le domaine).
  • Les mégadonnées (big data) et la recherche médicale. À quelques jours du lancement de la nouvelle saison de formule 1, il faut souligner que le constructeur McLaren se dirige de plus en plus vers le monde de la santé avec des vêtements connectés au sein de sa (vaste) division McLaren Applied Technologies (MAT).

Et tout cela, ce n’est que la pointe du disque dur. Ça commence ce matin!