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La surveillance de masse sur le web par les États n’est probablement pas une fatalité.

On n’est qu’à un pas du moment où un navigateur comme Firefox intègre en natif les codes du projet Tor.

Le projet Tor est un réseau qui permet de naviguer sur le web de façon anonyme. L’appel vers une page web est chiffré et passe par une série de serveurs successifs, ce qui rend très difficile le traçage de la source de l’appel (c’est-à-dire, vous).

Pour fêter les 10 ans de son navigateur Firefox, la fondation Mozilla a annoncé lundi un partenariat avec deux organisations, le Center for Democracy & Technology et le projet Tor.

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Les collaborations dans le domaine de la protection de la vie privée des utilisateurs en lignes se cumulent.

Récemment, Facebook a créé une adresse sur Tor (https://facebookcorewwwi.onion) pour permettre à des usagers situés dans des États à la morale élastique (ne pensez pas qu’il s’agit seulement de dictatures!) de se connecter au service sans se faire repérer.

Mozilla a aussi annoncé vouloir ajouter des serveurs puissants sur le réseau Tor.

On pourrait donc imaginer que Mozilla envoie ainsi un signal d’une migration prochaine des serveurs web vers Tor ou d’une intégration des codes de Tor à même le code natif des navigateurs.

En effet, c’est au niveau du navigateur que s’amorce un appel anonyme.

Si les grands fabricants de ce monde emboîtent le pas et intègrent par défaut Tor (et placent des serveurs puissants sur ce réseau), on peut imaginer que cela pourrait être la première réplique sensée de la société civile et des entreprises contre la surveillance massive de l’État.

Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

par

 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014″) qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

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Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

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Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
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Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

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Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.

Le 23 octobre dernier, Google dévoilait son annuel Consumer Barometer pour l’année 2014. Dans une interface entièrement revampée, le baromètre offre les résultats de deux sondages menés auprès de 150 000 répondants dans 46 pays par TNS Sofres : le Global Connected Consumer Study 2014 et le Consumer Barometer Study 2014. Le but est de donner aux spécialistes du marketing une meilleure idée du comportement des consommateurs en ligne. Les données sont présentées selon trois grandes catégories : l’utilisation d’Internet selon le nombre d’écrans, les habitudes d’achat en ligne ainsi que la consommation de vidéo en ligne.

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Utilisation d’Internet selon le nombre d’écrans

Chacun des tableaux générés par Google montre les 10 premiers résultats. Dans la catégorie multiécrans, quelques données spécifiques au Canada ont attiré mon attention. Le baromètre Google montre que, chez nous, le consommateur moyen possède trois appareils branchés à Internet. C’est l’un des taux les plus élevés du monde, derrière l’Angleterre, l’Australie et les Pays-Bas, qui trônent tout en haut de la liste. Cela dit, les Canadiens ne figurent pas aussi haut dans la liste des plus grands utilisateurs de téléphone intelligent. Seulement 57 % d’entre eux en possèdent un, ce qui est bien loin de Singapour, le champion de la catégorie avec ses 85 %. Nous sommes tout de même de grands utilisateurs d’Internet, tout juste derrière le Japon et la Corée du Sud, puisque nous sommes 89 % à l’utiliser tous les jours et huitièmes dans notre utilisation des médias sociaux. Dans cette dernière catégorie, la Turquie surprend, puisque 92 % de sa population en ligne consulte les médias sociaux tous les jours.

Habitudes d’achat en ligne

En Corée du Sud, 75 % des répondants ont effectué leur dernier achat en ligne. Au Canada, ils ne sont que 11 %. Quand il leur arrive de magasiner en ligne, c’est presque toujours avec leur ordinateur (88 % des cas). Le téléphone intelligent (7 %) et la tablette (4 %) ne sont pas des outils de choix pour effectuer ce genre de transaction au Canada. La Corée du Sud (43 %), le Vietnam (30 %) et la Chine (29 %) dominent dans le nombre d’achats effectués par téléphone intelligent. Cela dit, au Canada, nous sommes 48 % à consulter Internet avant de faire cet achat, ce qui semble être dans la moyenne mondiale. Ces données sont cohérentes avec cette étude de eMarketer qui indique qu’on préfère encore magasiner sur Internet que de passer à l’action en ligne.

Au Canada, la catégorie d’achats en ligne la plus populaire est le voyage. En effet, 72 % des répondants canadiens ont acheté un billet d’avion en ligne, et 64 % d’entre eux ont effectué une réservation d’hôtel. Ce qu’ils achètent le moins en ligne au Canada? L’épicerie. Ils sont moins de 2 % à le faire. Pour le moment, le baromètre de Google offre 10 catégories d’achats pour générer de nouveaux graphiques: assurances auto, billets de cinéma, vêtements et chaussures, avion et loisirs, épicerie, électroménagers, maquillage, téléphones mobiles et télévision. D’autres pourraient se rajouter selon la demande.

Consommation de vidéo en ligne

En Europe de l’Est et en Amérique du Sud, les consommateurs aiment regarder des vidéos en ligne avant d’acheter un produit. La tendance est beaucoup moins lourde au Canada qui ne s’adonne à cette pratique que dans 9 % des cas. Les Brésiliens et les Argentins regardent des vidéos en ligne à deux, puisque respectivement 30 % et 25 % d’entre eux l’ont fait en compagnie de leur conjoint. Au Canada, seulement 16 % des utilisateurs ont regardé leur dernière vidéo en ligne en couple. Et la course pour capter l’attention est toujours d’actualité. Avec la généralisation du mode multitâche, on pourrait penser que les internautes s’adonnent souvent à d’autres tâches, que ce soit en ligne ou pas, pendant qu’ils regardent une vidéo. Cependant, chez nous, 65 % des répondants disaient se consacrer seulement à la vidéo, ce qui nous place dans une tendance mondiale. L’Allemagne domine cette catégorie avec 73 %, suivie par la Hongrie à 71 %.

Et où se regardent ces vidéos qui captent tant notre attention? Surtout à l’école ou au travail, en ce qui concerne la majorité des répondants aux sondages de Google. Au Canada, c’est un nombre écrasant de 93 % d’internautes qui regardent des vidéos en ligne à la maison. Seulement 24 % des Canadiens le font au travail ou à l’école, comparativement aux 44 % de Chinois.

Un outil modulable

Bien sûr, Google ne présente que quelques résultats sur la page d’accueil du baromètre. Il n’y a que 12 tableaux préconstruits sur l’ensemble des questions des deux questionnaires.

Cela dit, l’outil est très flexible et permet de créer ses propres graphiques, selon les questions et le pays qu’on trouve intéressants dans la section Graph Builder. À l’aide de filtres (le pays, le sexe, l’âge, les revenus et le statut parental), on peut ensuite sélectionner les questions qui nous intéressent le plus dans la section désirée. Très pratique.

 

Martin LessardLe point sur la communication cerveau à cerveau (1/2)

par

 publié le 28 octobre 2014 à 12 h 15

Tout d’un coup, l’expression B2B ne veut plus dire Business to business (« commerce électronique interentreprises »), mais Brain to brain (« cerveau à cerveau »).

Il y a deux participants, un en Inde, et l’autre en France. Ils vont se transmettre de cerveau à cerveau des messages simples, soit « hola » et « ciao ».

C’est l’expérience qui a été réalisée par des chercheurs de la Faculté de médecine de Harvard, de l’Université de Barcelone, de la firme espagnole Starlab et de la société française Axilum Robotics.

Publiée à la mi-août par la revue scientifique américaine PLOS one, l’expérience montrait concrètement comment effectuer une transmission consciente d’information de cerveau à cerveau, en utilisant des technologies non invasives :

  1.  Le sujet en Inde, l’émetteur, portait un casque connecté à des électrodes sur la tête, qui transmettaient ses activités cérébrales.
  2. Un ordinateur a converti ces impulsions en code binaire.
  3. Ce message a été envoyé par courriel à l’équipe de recherche en France.
  4. Un ordinateur a converti sous forme de phosphènes, des flashs lumineux recréés par la rétine, générés par stimulation magnétique transcrânienne.
  5. Le deuxième sujet, le récepteur en France, a reçu et décodé le message

Améliorez chacune des étapes (encodage, transmission, décodage) et vous voyez tout le potentiel que cette expérience offre. La télépathie par Internet, car c’est ce dont il s’agit, n’est plus du domaine de la science-fiction.

Désenclaver le cerveau

Déjà en 2012, une femme tétraplégique avait réussi à contrôler un bras robotisé par la pensée.

Quand on demandait à la femme de 52 ans, Jan Scheuermann, de penser à son membre inactif, les chercheurs voyaient à travers un scanner quelle partie du cerveau s’activait.

Un algorithme interprétait ensuite les décharges neuronales dans son cerveau comme des commandes pour faire bouger le bras mécanique, celui qui était connecté au bout de ces microélectrodes plantées dans son cerveau. (Lire sur Triplex à propos cette expérience)

Puis, en 2013, autre avancée!

Des chercheurs de l’Université de Washington ont réussi à faire connecter deux cerveaux humains.

L’émetteur portait un casque qui analysait son activité cérébrale. Il jouait à un jeu vidéo où il devait tirer sur un objet avec un canon. Il devait penser qu’il bougeait son doigt, mais sans le bouger du tout.

La machine qui enregistrait l’électroencéphalogramme a envoyé le résultat, à l’autre bout du campus, au récepteur qui portait un stimulateur magnétique transcrânien.

Ce stimulateur a donné l’impulsion au récepteur d’appuyer sur le bouton, alors que lui-même ne voyait pas le jeu vidéo.

Le récepteur, lui, a simplement ressenti un tic nerveux, et son doigt a bougé tout seul.

Comment envoyer un message dans un cerveau

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Dans l’expérience annoncée cet été, la télépathie par Internet, l’émetteur et le récepteur, séparés par des milliers de kilomètres, se sont envoyé un message encodé.

Pour encoder le message « hola », l’émetteur avait le choix entre deux pensées distinctes, soit « bouger les pieds » ou « bouger les mains », chacune produisant une onde cérébrale différente.

En utilisant l’électroencéphalogramme du sujet émetteur, l’équipe de recherche située en Inde a d’abord converti les ondes cérébrales en code binaire.

L’onde cérébrale des pieds a été traduite en 0, et celle des mains en 1. Le message ainsi codé a été envoyé par courriel à l’équipe située en France.

Ce message codé en bits a alors été transmis au receveur par une transmission magnétique transcrânienne (TMS) qui générait des phosphènes.

Un phosphène est la sensation bizarre de voir des flashs lumineux quand on ferme très fort les yeux. Aucune lumière ne vient toucher la rétine et, pourtant, on perçoit de la lumière. C’est notre cerveau qui « crée » la lumière. Le TMS génère artificiellement ces phosphènes.

Du point de vue du récepteur, si aucun phosphène n’apparaissait, la valeur était de 0. Si un phosphène apparaissait, la valeur était de 1. Cette lumière apparaissait dans le cerveau du receveur en séquences numériques, ce qui lui permettait de décoder le message à la façon d’un code morse.

Communiquer directement avec le cerveau

Actuellement, côté réception, c’est grâce à un robot conçu par cette société française, Axilum Robotics, qu’on peut d’obtenir une précision dans la transmission du message par stimulation magnétique transcrânienne.

Dans l’état actuel des choses, cette preuve de concept montre la faisabilité de la communication entre deux cerveaux. Mais dans le cas d’Axilum Robotics, ce type de télépathie assistée par ordinateur n’est pas le but.

Selon l’entreprise, un tel moyen de transmission de messages devrait plutôt permettre de communiquer avec des personnes paralysées, par exemple, après un accident vasculaire cérébral (AVC) et qui auraient perdu l’usage de la parole.

Ce qui est plus probable de voir se développer dans un proche avenir, au lieu de la télépathie assistée par ordinateur, c’est davantage les interfaces directes entre un ordinateur et un cerveau humain.

Demain, nous verrons ce qui se profile dans l’application de ces technologies de communication directe avec le cerveau.

Catherine MathysRas-le-bol de la frénésie du web?

par

 publié le 29 août 2014 à 11 h 36

Le 21 août dernier, Ma mère était hipster, un webzine portant sur la culture émergente montréalaise, publiait un statut sur sa page Facebook dont voici un extrait :

« Actuellement, la culture se consomme en mode fast food. (…) C’est pourquoi MMEH entreprendra, dès septembre, un virage slow media. Nous revendiquons la lenteur. Nous revendiquons le droit de nous poser sur les œuvres qui nous sont offertes et de prendre le temps de les comprendre, de les décortiquer, de les apprécier. Pour retrouver le plaisir des mots, de l’écriture, de la découverte. Pour avoir le temps de se laisser séduire. »

Le slow media, ou la volonté de ralentir le rythme de publication et de lecture imposé par la frénésie du web, n’est pas un phénomène nouveau comme en fait état cet article de La Presse datant de 2010. Ces dernières années, des sites comme Longform et Longreads ont popularisé la publication d’articles de plus de 2000 mots en ligne. Bien que ces longues lectures puissent paraître antinomiques au caractère souvent instantané des échanges sur le web, l’idée semble s’inscrire dans une mouvance plus large où la lenteur et la qualité du contenu s’opposent à la course effrénée qui caractérise notre consommation du web. Prenons l’exemple d’un phénomène en croissance qui illustre ce ras-le-bol du déferlement d’information, le retour en force des infolettres.

Le retour des infolettres

Le 29 juin dernier, David Carr, du New York Times y consacrait un article. Des journalistes, mais aussi des médias, semblent mieux trouver l’attention du lecteur à travers des infolettres. Oui, oui, des infolettres envoyées avec un bon vieux courriel. David Carr mentionne une étude qui date de mars 2014 où 940 cadres disent préférer l’infolettre à Internet ou aux applications mobiles quand vient le temps de s’informer.

Pour expliquer le retour des infolettres dans la faveur populaire, David Carr accuse le flux continu d’information qui nous assiège au quotidien. C’est comme si l’infolettre arrivait avec des contours bien définis dans notre boîte de messagerie et mettait un peu d’ordre et de prévisibilité dans la masse de messages et de liens que nous recevons. Et parce que, dans l’ordre habituel des choses, on lit d’abord nos courriels avant d’aller voir nos médias sociaux, l’infolettre devient une source primaire d’information.

David Carr mentionne que le service de MailChimp, qui se spécialise dans l’envoi de courriels commerciaux aux usagers, ajoute près de 10 000 abonnés par jour pour un total de 400 millions de courriels quotidiens. C’est comme si pour se sortir du lot, il fallait revenir aux anciennes méthodes qui s’avèrent désormais plus efficaces pour s’informer directement à la source. L’infolettre propose un résumé de quelques liens qui peuvent nous intéresser et possède une qualité qu’ont bien peu d’informations trouvées sur le web, c’est-à-dire qu’on les reçoit à notre demande. Recevoir une infolettre sous-entend ainsi un intérêt réel pour le sujet ou la thématique en question, ce qui peut économiser à la fois temps et énergie.

Ralentir le rythme permet donc de revenir à d’anciennes technologies qu’on croyait moins pertinentes, mais aussi de repenser le format du réseau social tel qu’on le conçoit habituellement.

Un nouveau réseau social basé sur la qualité et non la quantité 

Dans cette volonté de prendre son temps pour s’informer, un nouveau réseau social est également en train de naître. Son nom comme sa mission sont simples. Le réseau s’appelle This. et permet à ses utilisateurs de ne recommander qu’un seul lien par jour (offert en version bêta pour le moment). Il s’agit en quelque sorte d’un réseau qui cherche à faire ralentir le rythme. En effet, comment réussir à lire tout ce que les membres de notre réseau nous recommandent chaque jour? Y arrivez-vous? Et si on prenait le temps de réfléchir et de ne choisir qu’un seul lien cette journée-là?

Bien sûr, la rareté crée la valeur. Quand on ne peut recommander qu’un seul lien par jour, on le choisit avec soin, et le lecteur le reçoit avec autant d’attention en sachant qu’il a été choisi pour son grand intérêt. D’ailleurs, dans une entrevue accordée au Nieman Journalism Lab de Harvard, l’idéateur du réseau Andrew Golis mentionne qu’il souhaite remplacer le traditionnel « j’aime » par « merci ». Merci d’avoir pris le temps de lire, de réfléchir et de penser que ça pourrait m’intéresser au-delà de tout le reste qui a été diffusé dans la journée.

Golis ne veut pas que son réseau social soit celui qu’on consulte machinalement sur le trottoir en marchant, mais bien celui qu’on prend le temps de consulter tranquillement le soir, une fois les enfants couchés. Il pense même éventuellement, pour revenir à notre sujet précédent, permettre aux usagers de créer des infolettres personnalisées selon leurs centres d’intérêt.

Il ne s’agit sûrement pas du prochain Facebook pour ce qui est du nombre d’abonnés, mais beaucoup y trouveront assurément leur compte pour simplifier leur rapport à l’infobésité. Et ce genre de réseau social s’inscrit tout à fait dans le mouvement du slow media. J’en profite pour souhaiter bonne continuation au webzine Ma mère était hipster dans sa nouvelle formule.

Et puis, avez-vous trouvé mon billet trop long à lire? ;)