Billets classés sous la catégorie « Société »

Mercredi, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, Amnistie internationale présentait une conférence virtuelle d’Edward Snowden. Vous pouvez voir son discours ici. Ce billet fait suite à la première partie du résumé de ses propos.

Une collecte de données « en vrac »

Pour Edward Snowden, le problème des programmes de surveillance de masse, c’est qu’on a inventé et implanté des systèmes qui surveillent des populations entières plutôt que des individus suspects. Ces programmes ne peuvent pas faire de discrimination et cibler seulement certains individus. Ils sont donc tenus de surveiller tout le monde. Snowden dit avoir vu un changement de pratique dans les 10 dernières années.

Auparavant, quand il y avait une surveillance, elle ne visait qu’un seul individu soupçonné d’agissements illégaux. Depuis les attentats du 11 Septembre, ce principe a changé pour devenir une collecte de données « en vrac ». Ces données sont ensuite analysées par des algorithmes qui décident de ce que sont ces individus, de ce qu’ils font et de ce que le gouvernement doit penser d’eux. Snowden cite l’exemple du Huffington Post qui affirmait que l’Agence de sécurité nationale (NSA) surveillait les habitudes de visionnement de pornographie de ceux qu’elle considérait comme ayant des idées politiques radicales sans toutefois que ces individus aient commis d’acte répréhensible. Le but était de les discréditer sur la place publique en raison de leurs affiliations politiques. Quand de telles initiatives secrètes changent la philosophie du gouvernement en place sans qu’on rende des comptes aux citoyens, on est vite sur une pente glissante. Même si on nous assure que les intentions sont nobles et nécessaires, on se rend compte que des individus innocents sont traités injustement.

L’efficacité n’est pas un argument pour défendre un acte criminel

Lorsque l’intervieweur demande à Snowden de décrire sa réaction à la lecture du rapport sur les techniques d’interrogatoire de la CIA, dévoilé la veille par la commission du renseignement du Sénat, celui-ci mentionne qu’il travaillait à la CIA durant les dernières années de mise en place de ce fameux programme de torture. Lui-même n’avait pas de rapport avec ce dernier, mais beaucoup de ses collègues exprimaient des inquiétudes.

Il trouve que le rapport qui vient d’être publié est exceptionnel pour plusieurs raisons. Il se dit attristé et fâché par ce qu’il y a trouvé. Il estime que les principes érigés par le procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale sont bafoués et il craint tant pour l’autorité morale des États-Unis que pour le respect des lois internationales. Si les États-Unis permettent à leurs agents de pratiquer la torture sans autre forme de condamnation, à quoi peut-on s’attendre de la part des pays sous l’emprise d’une dictature? Non seulement ce programme de torture a-t-il causé la mort d’individus sans que personne n’en soit tenu pour responsable, mais les agents impliqués ont même reçu des bonis en argent. Sans le procès des responsables, Snowden ne voit pas comment la société peut aller de l’avant.

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Contrairement aux programmes de surveillance de la NSA mis au jour par un lanceur d’alerte, ce sont des sénateurs qui ont dénoncé le programme de torture. N’est-ce pas là une bonne nouvelle? Edward Snowden ne le croit pas. Dans le rapport, on parle de plusieurs lanceurs d’alertes qui ont tenté de dénoncer la situation, mais qui ont été rabroués. En effet, certains témoins d’actes de torture en sont venus aux larmes et d’autres ont même demandé à être transférés pour ne plus avoir à cautionner ce genre d’actes. Malgré les efforts de certaines de ces personnes, les autorités n’ont pas mis fin au programme. En fait, le directeur de la CIA, José A. Rodriguez Jr. a simplement rétorqué à l’époque que leurs propos n’aidaient pas la cause. Selon Snowden, si de tels actes criminels ont pu continuer à être commis, ce n’est pas parce que personne ne le savait, mais parce que le grand public ne le savait pas. Le programme ne s’est arrêté que lorsque les journaux l’ont informé de ces actes.

La publication du rapport est un bon pas dans le sens où elle amène à reconnaître certains gestes, mais elle ne fait rien pour la responsabilisation de ceux qui les ont commis. Les résultats de ce genre de programmes importent peu. Le fait qu’ils soient ou non efficaces ne peuvent pas en dédouaner les auteurs. Jusqu’où les autorités iront-elles? Si ce genre de crimes peut se justifier dans certaines circonstances, qu’est-ce qui ne pourrait pas l’être? Snowden donne l’exemple du viol. Un gouvernement pourrait revendiquer que le viol est une méthode « efficace » contre la crise démographique et, donc, que cela « aide » la société dans son ensemble. L’efficacité n’est pas un argument en faveur d’une activité criminelle quelle qu’elle soit.

L’Europe : berceau d’une réforme de la collecte de données

Adward Snowden dit qu’il n’est qu’un lanceur d’alerte et qu’il n’a plus accès à aucun dossier secret depuis Hong Kong. Toutefois, ce qu’il peut confirmer (et redire), c’est que les programmes de surveillance de masse sont en vigueur dans tous les pays qui peuvent se permettre d’avoir une agence de renseignement. Snowden souhaite qu’on se pose la question de la moralité des actions des autorités même si celles-ci défendent l’efficacité d’une méthode. Est-il moralement acceptable de violer les droits d’une population entière ou même d’un seul individu pour un gain, quel qu’il soit? Snowden ne croit pas que le débat ait véritablement eu lieu en France, lieu de la conférence.

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Snowden croit que les grandes lignes d’une réforme sur la collecte de données commence en Europe avec des préoccupations autour de la protection de l’information, notamment. Il juge que le plus important est de créer des standards internationaux pour indiquer ce qui est acceptable ou non. Snowden donne l’exemple du Royaume-Uni où le GCHQ (Government Communications Headquarters), l’agence de renseignement, a piraté les communications du câblodistributeur belge Belgacom. Elle a agi en contrevenant à la loi belge, mais aussi aux lois internationales. C’est très dangereux de voir des États membres de l’Union européenne s’adonner à des cyberattaques contre d’autres États de l’UE. En ce moment, comme il n’y a pas de façons de gérer le problème, pas de recours, les autres pays membres pourraient faire la même chose parce qu’ils y verraient aussi un avantage pour eux-mêmes. Quand plusieurs se mettent à attaquer une seule et même infrastructure, celle-ci va finir par tomber. Ce genre de choses est arrivé dans le passé et va continuer de se produire.

Pour une meilleure protection des lanceurs d’alerte

En forçant les tribunaux à scruter ces programmes à loupe, les citoyens vont pouvoir se demander s’il est justifié d’utiliser de telles méthodes, de véritables gestes de guerre faits en temps de paix relative. Snowden voit une occasion pour la société civile de reprendre le contrôle. S’il est possible d’imaginer de quelle façon la surveillance de masse peut être utile, il n’y aucune preuve de cette utilité dans les 10 dernières années. La surveillance de masse n’a pas empêché les attentats du marathon de Boston, ni ceux de Madrid et de Londres malgré les milliards et tout l’effectif humain investis. Ces ressources ne pourraient-elles pas servir à meilleur escient sans pour autant menacer nos droits et libertés?  Snowden croit que oui.

Avec le rapport sur la torture, il voit un gouvernement qui aurait dû reconnaître ses torts. Le peuple ne savait pas ce qui se passait et maintenant qu’il le sait, le système judiciaire ne cherchera pas à punir les coupables. Snowden a terminé l’entrevue sur un vibrant plaidoyer pour la protection des lanceurs d’alerte à l’intérieur d’un pays. Si quelqu’un révèle des preuves d’actes répréhensibles, son pays devrait l’aider à corriger ces problèmes et lui assurer une protection contre d’éventuelles représailles. De toute évidence, à la lumière des réactions des autorités américaines au rapport sur la torture, le souhait de Snowden n’est pas en voie de se réaliser.

 

Catherine MathysEdward Snowden: « nous vaincrons » (1/2)

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 publié le 11 décembre 2014 à 13 h 05

Hier, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, Amnistie internationale présentait une conférence d’Edward Snowden par le truchement de Google Hangouts puisque celui-ci se trouve à Moscou depuis juin 2013, lorsque son passeport américain lui a été révoqué. Vous pouvez voir son discours ici. Voici un résumé des propos qu’il a tenus.

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Snowden, un citoyen comme les autres

Edward Snowden dit qu’il va bien, qu’il mène une vie relativement normale, qu’il utilise le métro moscovite dans ses déplacements quotidiens comme tous les autres citoyens de la ville. La seule grande différence entre la vie qu’il mène actuellement et celle qu’il avait avant la divulgation des renseignements de la NSA, c’est qu’il ne vit pas chez lui, dans sa maison, et qu’il lui est impossible d’y retourner.

Il se dit en sécurité, mais affirme travailler beaucoup plus qu’avant les événements de 2013. Il consacre beaucoup de temps et d’effort à la recherche de solutions globales de sécurité avec l’aide des communautés technique et scientifique. Il cherche à améliorer les normes de sécurité de nos communications en ligne sans égard aux lois qui régissent chaque pays. Il dit également s’impliquer dans des groupes activistes et de défense des droits, ce qui est nouveau pour lui. Comme il travaillait auparavant dans une structure gouvernementale, cette tentative d’implanter des changements sans faire partie du pouvoir en place est bien différente de ce qu’il a toujours connu, mais Snowden se sent tout de même comblé.

Mais au fond, les choses ont-elles changé?      

Selon Snowden, la conscience et l’opinion publiques ont changé de façon considérable partout dans le monde depuis qu’il a fait ses révélations. Pour lui, il s’agit d’un changement significatif puisqu’il ne visait pas à changer le monde ou les politiques du gouvernement américain; il voulait simplement que les élus d’une démocratie représentative soient là justement pour représenter le peuple et non une institution ou une classe en particulier. Mais cela n’est possible qu’à condition que les citoyens votent. Quand des programmes et des institutions du gouvernement se mettent en œuvre de façon secrète, c’est le début d’un divorce entre le peuple et ceux qui le dirigent. Les citoyens étant exclus des décisions et des principes qui régissent la société, comment peuvent-ils voter en toute connaissance de cause?

Snowden explique que le gouvernement lui-même est fondé sur l’idée du consensus. Il tire sa légitimité de la direction que nous, les citoyens, souhaitons lui donner quand nous allons voter. Si nous ne comprenons pas les politiques, pouvoirs ou programmes que le gouvernement revendique et la direction qu’il prend dans ses relations internationales en notre nom, mais sans notre consentement, nous devenons ses sujets. Snowden croit que nous devrions au moins le savoir.

Le progrès se fait attendre

Snowden cite une étude récente réalisée ici, au Canada, qui mesure les connaissances des utilisateurs d’Internet de partout dans le monde quant à leur sécurité en ligne. Les recherches démontrent que 60 % des trois milliards d’utilisateurs ont entendu parler des révélations qu’il a faites l’an dernier. Parmi ces 60 %, 40 % auraient fait des changements pour sécuriser davantage leurs communications en ligne. C’est donc à peu près 7,2 millions de personnes qui ont été interpellées par cet enjeu.

Au plan individuel, ça avance. Mais les gouvernements, eux, ne semblent pas vouloir changer. Snowden demande de faire preuve de patience. «Ce genre de choses ne se fait pas du jour au lendemain », affirme-t-il. Mais il voit des exemples partout en Europe, et même aux États-Unis, où le système judiciaire est mis à profit pour remettre en question des programmes de surveillance. Il fait, par exemple, référence à ce jugement de la cour de paix de l’Union européenne qui déclare les directives de rétention de données invalides. Aux États-Unis, des panels ont été chargés de réviser les programmes de la NSA.

Tout part du citoyen

Chaque révision de programme a permis de constater que les gestes posés n’ont jamais empêché une seule attaque terroriste, mais il s’agit au moins d’un premier pas. Elles nous ont aussi incités à réfléchir de façon plus poussée sur la réelle valeur de ces programmes et sur les coûts qu’ils engendrent. Voulons-nous donc renier une grande partie de nos libertés? Souhaitons-nous que nos activités soient interceptées, enregistrées et analysées en secret et ensuite stockées pour une durée indéterminée? Bien que la surveillance se soit amplifiée dans certaines parties du monde, comme aux États-Unis, en Australie et au Royaume-Uni, on voit aussi qu’elle commence à être remise en question. Snowden croit qu’un jour, les citoyens vaincront, qu’ils n’accepteront plus que leurs actions, bonnes ou mauvaises, soient constamment jugées.

J’ai eu la chance il y a deux semaines de visiter le premier atelier de fabrication numérique en milieu scolaire au pays.

Plus connus sous le nom de Fab Labs, ces centres permettent de créer des objets avec des outils comme des imprimantes 3D.

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L’École Secondaire Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont, de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, en collaboration avec la CRÉ de Montréal, est la première école du Canada a offrir à ses élèves l’accès à ces outils dans un cadre scolaire.

Les élèves du programme de douance en première secondaire ont été les premiers à accéder à une panoplie d’outils qui font rêver.

Il y a les imprimantes 3D comme le MarketBot Replicator, le MarketBot mini, le Ultimaker 2, et le MarkerBot Digitizer (qui scanne les petits objets en 3D).

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Il y a aussi une une machine à découper le vinyle, une découpeuse laser, un fraiseur numérique (un outil rotatif sur trois axes permettant de sculpter un bloc de matériau) et une imprimante sur sphère (la machine contrôle un tour rotatif et un crayon-feutre qui trace des lignes et des points sur un objet sphérique).

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Et il y a aussi un moulin à broder numérique (qui interprète un dessin 2D pour le broder sur un chandail, une casquette, un écusson) et des LittleBits (comme des Lego, mais pour faire des circuits électroniques).

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À l’aide de ces outils, les élèves ont créé des accessoires en plastique, comme des figurines, des bracelets ou des formes géométriques variées.

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Façonner la matière

Bien sûr, la vedette d’un atelier de fabrication numérique reste l’imprimante 3D. La simplicité d’utilisation de cette machine permet plus de laisser l’élève agir seul, de se tromper et de recommencer au besoin.

« Le Fab Lab incite l’élève à mobiliser ses connaissances, suscite et fait durer son intérêt pour les sciences et technologies en favorisant l’apprentissage par la pratique, l’utilisation des TIC et le travail collaboratif. » (source)

De nombreux cours peuvent exploiter une imprimante 3D en classe : mathématiques, sciences, architecture, travaux manuels, arts visuels…

Que ces technologies fassent leur entrée dès le secondaire est une occasion inouïe pour des jeunes de s’initier très tôt à l’ingénierie, au design et à l’architecture.

Tous ne deviendront pas ingénieurs ou designers d’objets, mais cette réalité n’est plus seulement accessible à un stade avancé de leurs études.

Dans le monde, il doit bien exister 400 ateliers de fabrication numérique (voir la carte du MIT à l’origine de ce mouvement).

L’atelier de fabrication numérique de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys est conçu sous une forme mobile. Il était, en fait, installé temporairement à l’École Paul-Gérin-Lajoie jusqu’à tout récemment. Il est maintenant à l’École secondaire Cavalier-De LaSalle.

La commission scolaire aura l’appui de L’île du savoir de la CRÉ de Montréal pour tester la forme de mobilité la plus adaptée, l’intérêt  des élèves et les types d’interactions possibles avec les parents et la communauté.

Plus d’information ici sur l’atelier de fabrication numérique de cette commission scolaire.

Sur Triplex, lire l’installation du premier Fab lab au Québec en 2011.

Catherine MathysAnonymous : une anthropologue parmi les pirates

par

 publié le 8 décembre 2014 à 11 h 24

Il y a deux semaines, le Midi Lab de Radio-Canada présentait les plus récents travaux de Gabriella Coleman, une anthropologue qui enseigne à l’Université McGill et qui est à la tête de la chaire Wolfe en littératie scientifique et technologique. Une sommité sur les questions portant sur Anonymous, elle vient tout juste de publier ce qui est considéré par plusieurs comme la meilleure référence sur le collectif. Son livre s’intitule Hacker, hoaxer, whistleblower, spy : the many faces of Anonymous et est publié aux éditions Verso.

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 Une anthropologue parmi les pirates informatiques

Gabriella Coleman connaît Anonymous comme personne. Sa démarche d’anthropologue est essentiellement traditionnelle. Elle n’est pas du genre à se rendre dans un village ou une tribu pour en comprendre les coutumes. Pour bien saisir Anonymous, elle a passé des heures à suivre les membres en ligne, à interagir avec eux pour tenter de saisir les rouages du collectif.

Chose curieuse, elle a commencé à se pencher sur le sujet un peu par hasard. Alors qu’elle était étudiante à l’Université de Chicago, elle s’intéressait aux guérisseurs spirituels de Guyane. Mais la maladie l’empêchant de voyager ou même de se rendre à ses cours, elle s’est mise à passer beaucoup de temps en ligne. C’est ainsi qu’elle a découvert le monde fascinant des hackers, ou pirates informatiques..

De supertrolls à militants

En passant des heures à les suivre sur Internet, elle s’est attardée à leurs débats, à leurs discussions, à leurs planifications de futures opérations tout en tentant d’en comprendre le jargon et les noms d’usage.

Gabriella Coleman s’intéresse à Anonymous depuis bien avant leurs premiers coups d’éclat médiatiques. En fait, ce qui a piqué sa curiosité, c’est la façon dont une sensibilité militante et politique s’est formée au sein du groupe puisqu’au début, Anonymous avait essentiellement été créé pour plaisanter.

Son livre suit l’évolution d’Anonymous, depuis sa création sur le forum 4Chan et sa volonté de devenir les supertrolls d’Internet jusqu’à aujourd’hui. En bonne anthropologue, l’auteure nous raconte l’histoire de l’archétype du joueur de mauvais tours dans les mythologies grecques et romaines jusqu’aux rôles de vilains dans Shakespeare. Elle nous rappelle que les trolls sur 4Chan ne sont qu’un exemple récent de ce type d’individu qui aime défier les règles et qui cherche à en rire.

Mais qu’est-ce que c’est, Anonymous, finalement?

Dans son livre, Gabriella Coleman parle de diverses actions qui ont contribué à bâtir l’image – ou pas – du collectif que l’on connaît aujourd’hui. Car le portrait que l’on dresse d’Anonymous dans les médias prête plus à la confusion qu’à autre chose.

Elle raconte l’épisode de l’Église de la scientologie en 2008, lorsque Anonymous avait demandé à celle-ci de supprimer la vidéo de Tom Cruise qui faisait l’apologie de la secte. Anonymous avait alors inondé leurs bureaux de télécopies et leur avait fait livrer une tonne de pizzas. C’était avant leurs premiers coups d’éclat avec WikiLeaks, puis avec les gouvernements égyptien et tunisien durant le printemps arabe.

L’ouvrage ne consiste pas seulement en une description externe d’Anonymous. C’est aussi le récit de l’infiltration de l’auteure dans le groupe, comment elle a gagné la confiance de certains, et comment les autorités ont commencé à la surveiller. En bout de piste, ce qu’on y apprend, c’est qu’Anonymous est une idée qui est en constante évolution et qu’il n’existe pas de groupe comme tel.

Plusieurs critiques parlent du meilleur livre sur Anonymous à avoir paru dans les dernières années. De Glenn Greenwald en passant par Julian Assange, tout le monde s’entend pour dire que c’est l’œuvre la plus complète, et surtout celle qui décrit le mieux le mouvement, que l’on peut trouver sur le marché.

 

Martin LessardLa Francophonie doit investir Wikipédia

par

 publié le 1 décembre 2014 à 13 h 40

Je reviens à la charge. La Francophonie a besoin d’investir le monde numérique et la première porte d’entrée toute désignée reste, à mon avis, Wikipédia.

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Une belle occasion se présente et c’est celle de la désignation de la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Michaëlle Jean « incarne le renouveau et la modernité dont a besoin la Francophonie du 21e siècle », pour reprendre les mots du premier ministre du Canada.

La nouvelle secrétaire générale a dit : « On ne remplace pas Abdou Diouf, on lui succède dans la continuité de son action. » La continuité d’action de M. Diouf, c’est l’action politique. Or, M. Diouf lui-même a dit avoir fait face à une résistance.

« Il y a certaines élites, quand vous leur parlez de la promotion du français, qui vous écoutent poliment, mais qui ne vous entendent pas. » Il parle de la « nouvelle trahison des clercs ».

Si le combat à la tête n’est pas de tout repos, il y a moyen de contourner ces « clercs ». C’est ce que l’univers numérique permet.

Tout à la base

Pour profiter de sa popularité et de sa proximité avec les populations francophones, il me semble que Mme Jean devrait favoriser un déploiement sur le terrain pour contourner ces « clercs ».

Et c’est là que l’idée de soutenir massivement Wikipédia prend tout son sens.

Hier, John Perry Barlow, cofondateur de l’Electronic Frontier Foundation tweetait : « Tous les établissements d’enseignement devraient avoir l’obligation morale de donner 1 % de leur budget et de leur temps à Wikipédia. »

Je ne sais pas si les établissements d’enseignement ont du budget en trop pour Wikipédia, mais ils ont sûrement du temps à y consacrer. L’OIF devrait directement aider la base de la francophonie à prendre une part active dans Wikipédia.

Concrètement, il pourrait s’agir d’une aide directe à la fondation de Wikipédia ou envers des joueurs qualifiés du milieu de l’éducation. Ou les deux. À mon avis, les deux.

Imaginez des milliers d’écoles et de bénévoles spécialisés dans des domaines divers qui investissent l’encyclopédie universelle pour décrire le monde. wfrb Actuellement, le français figure au troisième rang sur Wikipédia, derrière l’anglais et l’allemand.

Sachez que le budget de l’OIF s’élève à environ 100 millions de dollars, dont les 2/3 sont consacrés à ses programmes. Une belle marge de manoeuvre pour passer au premier rang.

Ce patrimoine en construction permanente

L’ancien secrétaire Abdou Diouf a eu l’idée en 2006 de soutenir le Réseau francophone numérique (RFN) dans l’intérêt du rayonnement de la langue française.

Mais ce réseau, appelé au départ Réseau francophone des bibliothèques nationales numériques, ne sert qu’à assurer la présence du patrimoine documentaire francophone sur la toile. Il ne sert pas nécessairement à protéger le savoir et le patrimoine qui se construit devant nos yeux, celui qui se développe à la vitesse grand V en ligne.

Or, il y a deux fois plus d’entrées dans la version anglaise de Wikipédia que dans sa version française. L’anglais offre donc une fenêtre sur le monde actuel beaucoup plus grande que le français.

Mais rien ne justifie cela, car notre langue est suffisamment riche pour décrire tous les phénomènes qui existent, à l’instant même où ils apparaissent.

Si j’étais un Africain curieux du monde et conscient que mon continent sera celui de demain, je m’abreuverais de la langue qui m’ouvre le plus sur le monde. Wikipédia est la première source de référence sur le web, un tremplin vers d’autre connaissance en ligne.

Aujourd’hui, le monde numérique constitue le premier accès à la culture. C’est après qu’on se dirige vers le papier et le patrimoine physique.

Si Mme Jean a sérieusement le français à coeur, elle enverrait tout de suite un signe qu’elle veut miser sur ces millions de francophones pour contourner ces « clercs » que décriait M. Diouf. Car la culture et la langue se jouent dorénavant dans l’univers numérique.

À lire aussi sur le blogue Triplex :

Trois actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

Trois défis numériques pour la francophonie

Francophonie: la grande conversion numérique