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Martin LessardWatson à notre service (ou serait-ce l’inverse?)

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 publié le 6 février 2015 à 17 h 15

IBM a annoncé cette semaine qu’elle venait d’ajouter cinq nouveaux modules de services pour accéder à la puissance de Watson.

Watson est ce superordinateur qui avait battu les champions du monde à Jeopardy. Il s’était montré supérieur à simuler la connaissance générale, démontrant par là même que des compétences cognitives, que l’on croyait réservées aux humains, peuvent aussi être partagées par la machine.

Watson ne cherche pas à rester un champion de Jeopardy. Il veut devenir le partenaire incontournable des entreprises. Voici ces cinq nouveaux modules offerts en ligne qui permettent de mettre Watson à votre service.

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Deux de ces services ajoutés concernent la transposition automatique de la voix au texte (et vice-versa). Vous proposez des enregistrements (en anglais) et Watson vous retourne des textes, et l’inverse.

Le troisième module concerne la reconnaissance visuelle (analyse du contenu d’une image). Vous proposez un JPEG et Watson va vous en révéler son contenu (sous forme de probabilités).

Les deux derniers modules m’ont particulièrement intéressé. Ils sont révélateurs, à mon avis, du type de défis que pose l’intelligence artificielle sur le marché du travail.

  • Concept Insight: Ce module explore les liens conceptuels cachés dans la masse d’information ingurgitée par Watson, au-delà de la simple comparaison de textes mot à mot.
  • Tradeoff Analytics: Ce module permet de prendre des décisions en temps réel basées sur des paramètres statiques ou évolutifs, afin de définir des solutions de rechange optimales dans la prise de décision.

On parle ici d’aide à la décision.

Comprendre le monde…

Ces cinq modules s’ajoutent aux huit autres déjà offerts, dont deux qui permettaient de modéliser un utilisateur pour en extraire ses préférences et son niveau de langage, afin qu’un message puisse mieux « résonner » auprès de sa cible.

Je ne sais pas pour vous, mais la plupart de ces modules simulent des compétences qui me semblent être celles qu’on accorde généralement à des directeurs, des conseillers ou des analystes, dans des domaines comme le marketing, la publicité ou le service à la clientèle.

Les lecteurs de Triplex sont bien au courant des avancées des technologies qui auront des conséquences sur la société de demain et le marché du travail en particulier.

Je me demande si le monde de l’éducation et les gouvernements, eux, sont au courant.

Il ne s’agit plus ici de simplement dire que « plus d’éducation » permettrait d’éviter l’obsolescence d’une partie de la force de travail (« convertir des cols bleus en cols blancs »). Les modules de Watson montrent que les employés de bureau sont maintenant dans le collimateur de l’intelligence artificielle.

On sait qu’être conducteur de taxis et de camions n’est pas un métier d’avenir avec la montée des véhicules autonomes, mais doit-on dire au jeune étudiant aujourd’hui de ne pas devenir directeur-conseil ou analyste? La question doit être posée.

… mieux que nous?

La valeur réelle de Watson, ainsi accessible en modules, reste à prouver. Nous verrons bien s’il est à la hauteur des attentes.

Mais ne nous contentons pas d’un rire sarcastique, si IBM n’y parvient pas. IBM n’a pas peur de se tromper (les modules sont clairement identifiés comme beta). La compagnie en retirera assurément des bénéfices.

L’approche infonuagique pour les modules permet à IBM de centraliser tous les apprentissages, y compris ceux provenant d’erreurs.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

Plus on utilise Google, plus on utilise Facebook, plus ils deviennent forts, puissants et incontournables. Nous sommes ceux et celles qui avons créé ces géants qui occupent nos vies aujourd’hui.

Ce sera la même chose pour Watson.

Plus il y a aura de gens qui vont l’utiliser, plus il deviendra fort, puissant et incontournable.

Sommes-nous en train d’éduquer un géant capable de comprendre le monde mieux que nous-mêmes?

Catherine MathysPour en finir avec le stress lié aux technologies

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 publié le 20 janvier 2015 à 13 h 07

Les études se suivent et ne se ressemblent pas. Plusieurs d’entre elles nous ont déjà prévenus de l’effet négatif des technologies sur notre niveau de stress. Vous pouvez retourner lire celle de l’Université de Gothenburg, celle de l’Université de Johnson and Wales ou encore celle de l’Université de Cambridge pour ne nommer que celles-là.

Certaines de ces études parlent d’une augmentation de l’anxiété, de l’impatience et d’une chute de la capacité d’apprentissage et de rétention de l’information. D’autres ont aussi abordé les problèmes de confiance et de construction de relations de proximité en lien avec les réseaux sociaux.

Mais voilà que, jeudi dernier, une nouvelle étude est venue nuancer le propos. En effet, l’Université Rutgers et le Pew Reasearch Center brouillent un peu les cartes en affirmant que les utilisateurs réguliers d’Internet et des médias sociaux ne ressentent pas plus de stress que les non-utilisateurs. Voilà qui tente d’abattre un préjugé qui a la vie dure. Ce n’est pas la première étude qui trouve des effets bénéfiques aux médias sociaux comme celle-ci qui mentionnait leurs bienfaits sur la santé mentale et physique des utilisateurs plus âgés. Mais comme on le verra plus loin, cette nouvelle étude apporte une nuance importance.

La technologie qui fait peur

Selon l’étude, la peur de la technologie n’a rien de nouveau. Lorsqu’il a été inventé, le téléphone était perçu comme un perturbateur de la quiétude des chaumières. Les montres et les horloges, quant à elles, ont été vues comme des despotes, car elles mettaient de la pression sur les ouvriers pour qu’ils soient plus productifs. L’introduction d’une nouvelle technologie change les habitudes, pas de doute. Mais selon cette étude, contrairement à ce qu’on entend parfois, l’utilisation des plus récentes technologies ne rendrait pas notre vie plus stressante.

Cette étude est le résultat d’un sondage auprès de 1800 Américains. On y réfute essentiellement l’idée que les utilisateurs des médias sociaux soient toujours en train de rêver à l’herbe du voisin, plus verte que la leur, comme l’indique cet article du New York Times. Ils ne sont donc pas plus stressés à l’idée de voir leurs « amis » partir en voyage dans le Sud ou participer à la soirée du siècle. Par contre, tout n’est pas rose. Ainsi, l’utilisation régulière des médias sociaux a un prix, celui de l’empathie.

Le prix de l’empathie

L’étude apporte une donnée intéressante au débat en parlant du prix de l’empathie (cost of caring). Ceux qui utilisent régulièrement les médias sociaux sont forcément plus conscients des événements stressants que vivent leurs amis. C’est ce qui pousse les chercheurs à penser que le stress pourrait être contagieux. Notre niveau de stress augmenterait par empathie envers nos amis. Les femmes seraient particulièrement vulnérables à cet effet secondaire, lié à l’utilisation des médias sociaux.

The average number of stressful events (out of a total of 12 possible) that people knew occurred in the lives of their friends/acquaintances in the past 12 months

Encore faut-il que les amis en question qui vivent des événements stressants soient des amis proches parce que, quand il s’agit de connaissances ou d’inconnus, le niveau de stress serait beaucoup moins grand, essentiellement parce qu’on est d’abord content de ne pas être touché soi-même. Moins d’empathie équivaut donc à moins de stress. C’est logique.

L’inégalité des sexes sur les réseaux sociaux

Une autre donnée intéressante ressort de l’étude. Facebook est la plateforme où hommes et femmes ont été plus conscients des événements stressants qui touchent leurs amis, mais pas de la même manière. Ainsi, une femme avec un nombre moyen d’amis est consciente de 27 % de situations stressantes de plus que les non-utilisateurs. Les hommes qui aussi un nombre moyen d’amis et qui commentent régulièrement les statuts des autres vivent 14 % de plus de situations stressantes que ceux qui n’utilisent pas les médias sociaux. « L’ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes », disait l’écrivain français Anatole France.

Cependant, pour les femmes, l’utilisation de certains outils s’avère particulièrement positive. Celles qui utilisent Twitter plusieurs fois par jour, qui envoient ou reçoivent des courriels 25 fois par jour et qui publient au moins 2 photos par jour sur leur téléphone ont un niveau de stress de 21 % plus faible que ceux qui ne les utilisent pas. Pourquoi les femmes? Parce qu’elles parlent plus facilement avec d’autres de ce qui se passe dans leur vie quotidienne, que ce soit en ligne ou pas. Le rapport indique que les hommes utilisent moins la technologie comme mécanisme d’adaptation.

En somme, n’ayez plus peur, il paraît que c’est bon pour l’âme d’avoir des échanges en ligne (moins pour la confidentialité de vos données, par contre). Il y a toujours un prix à payer pour tout, semble-t-il.

 

Martin Lessard#JeSuisCharlie comme mème catalyseur

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 publié le 8 janvier 2015 à 15 h 25

Il est peu probable que je vous apprenne ce que veut dire #JeSuisCharlie.

Ce mot-clic (hashtag) circule depuis 24 heures, après l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts et 11 blessés.

Ce mot-clic a été un des plus viraux qu’on ait vus sur des médias sociaux depuis longtemps.

Un mème est « élément culturel propagé de façon virale ». Les mots-clics servent à contextualiser un message. Les deux font souvent la paire.

Les premiers mots-clics à émerger ont été #parisshooting, #charliehebdo et #attentatcharliehebdo.

Mais c’est #JeSuisCharlie qui s’est rapidement imposé comme mème dominant (source Nexalogy).

Source Nexalogy

Source Nexalogy

#JeSuischarlie a été utilisé 2,4 millions de fois en 24 heures (source Topsy).

Il s’est aussi retrouvé sur les pancartes durant les veillées tenues partout dans le monde et dans les journaux aujourd’hui (mais sans le mot-clic).

Pourquoi?

La raison du mème le plus fort

Certains mèmes, comme #JeSuischarlie, circulent plus que d’autres sur Internet.

L’attentat de Charlie Hebdo a frappé en plein coeur un média, la machine à faire circuler l’information de notre monde moderne.

C’était comme donner un coup de pied dans un guêpier.

Le massacre de la rédaction du journal satirique, c’est la volonté de faire taire des voix discordantes.

Tous ceux qui produisent ou transmettent de l’information savent que, tôt ou tard, une information provoquera une insatisfaction auprès d’une audience.

Dans ce sens, beaucoup d’internautes se sont sentis directement visés par l’attentat.

Que « Je suis Charlie » soit devenu un mème auprès des journalistes est hautement intéressant.

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Choisir le mot-clic #JeSuisCharlie, au lieu de #charliehebdo, c’est orienter complètement le sens de ce qui s’est passé. C’est dire que l’attentat n’a pas eu lieu dans un seul lieu (#charliehebdo), mais partout à la fois (#JeSuisCharlie).

Mais ce sont les internautes qui se sont approprié en premier ce sens. C’est sur les médias sociaux que la décision a été prise d’interpréter l’événement de cette façon. Ce n’est qu’ensuite que les grands médias l’ont relayé.

Autrefois, c’étaient les grands médias qui avaient le monopole de la sélection et de l’interprétation des événements sociétaux.

Cette fois-ci, l’événement a été interprété en premier sur les médias sociaux. Le mot-clic a été rapidement adopté, car cela a été une façon de catalyser une peur et de la transformer en une forme de solidarité.

Si la population se sent visée quand un média se fait attaquer, en solidarité avec les journalistes, c’est parce qu’avec Internet, nous sommes tous des médias.

 

Catherine MathysNORAD : l’histoire du colonel qui aimait Noël

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 publié le 24 décembre 2014 à 11 h 08

En cette veille de Noël, les petits se mettent à attendre impatiemment la venue du père Noël. Depuis plus de 50 ans, on peut suivre la progression de ce dernier autour du globe grâce au très sérieux Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), une organisation binationale américaine et canadienne dont la mission est d’assurer la surveillance et le contrôle de l’espace aérospatial de l’Amérique du Nord.

Mais comment le NORAD en est-il venu à s’intéresser à la trajectoire du traîneau du père Noël? Les enfants de celui par qui tout a commencé ont raconté l’histoire à NPR. En voici un résumé.

« Êtes-vous le père Noël? »

Décembre 1955. Une publicité des magasins Sears paraît dans les journaux. Elle invite les enfants à appeler le père Noël.

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Sauf que le numéro de téléphone n’est pas le bon. Il s’agit plutôt d’une ligne militaire secrète. Seul un général du Pentagone peut répondre.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le NORAD est responsable de la mission d’alerte en cas d’attaque aérospatiale, c’est-à-dire qu’il surveille les objets aériens, suit leur trajectoire, puis détecte, valide et signale toute attaque contre l’Amérique du Nord. En ces temps de guerre froide, la ligne devait seulement servir à informer les hauts gradés d’une attaque imminente.

Le téléphone sonne. Le colonel Harry Shoup répond. À l’autre bout du fil, une toute petite voix demande : « Êtes-vous le père Noël? » Agacé par ce qui paraissait être une mauvaise blague, le colonel entend l’enfant fondre en larmes. Prenant sur lui, il joue le jeu en se faisant passer pour le père Noël. Il demande ensuite à parler à la mère, qui lui mentionne la publicité de Sears. Il vérifie. Il s’agit bien du numéro secret.

Ce qui devait arriver arriva. Les enfants se sont mis à appeler les uns après les autres. Le colonel a donc demandé à quelques membres de l’aviation militaire de l’aider à jouer au père Noël au téléphone. À l’époque, l’aviation utilisait un grand tableau vitré pour surveiller les allées et venues des avions au Canada et aux États-Unis. À la blague, les employés y avaient dessiné le traîneau du père Noël avec ses rennes près du pôle Nord.

Redoutant la réaction du colonel, ils ont tout de suite proposé de l’effacer. Mais le colonel a plutôt décidé de faire tout le contraire. Il a appellé la station de radio locale : « Ici le commandant du Centre d’alerte au combat, nous avons repéré un objet volant non identifié sur nos écrans. Ça ressemble à un traîneau. » Par la suite, les stations de radio se sont mises à l’appeler toutes les heures pour savoir où le père Noël se trouvait.

Quand une erreur devient une tradition

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Ce gentil colonel Shoup est décédé en 2009. Mais ses enfants racontent qu’il a continué de recevoir des lettres d’enfants de partout dans le monde pour le remercier de son sens de l’humour. À 90 ans, il gardait précieusement ces lettres dans une mallette verrouillée comme s’il s’agissait d’informations top secrètes.

Quant au NORAD, il poursuit la tradition encore aujourd’hui. Il semble qu’il soit toujours possible d’appeler directement pour parler au père Noël.

Cela dit, si vous préférez vos écrans au téléphone, vous pouvez suivre la progression de l’équipage ici. Le site est offert en huit langues, dont le français. Le NORAD poursuit donc son association avec Microsoft pour présenter un site ludique complet avec des jeux, de la musique de Noël, des vidéos, une bibliothèque et une boutique de cadeaux. Cette année, on trouve même des applications iOS, Android et Windows pour suivre le père Noël partout dans nos déplacements.

Le site du NORAD n’est pas le seul du genre. Vous avez le site de Google qui vous permet, lui aussi, d’observer la trajectoire du père Noël.

En souhaitant que le père Noël vous croise sur sa route, toute l’équipe de Triplex vous souhaite un très joyeux Noël!

 

Mercredi, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, Amnistie internationale présentait une conférence virtuelle d’Edward Snowden. Vous pouvez voir son discours ici. Ce billet fait suite à la première partie du résumé de ses propos.

Une collecte de données « en vrac »

Pour Edward Snowden, le problème des programmes de surveillance de masse, c’est qu’on a inventé et implanté des systèmes qui surveillent des populations entières plutôt que des individus suspects. Ces programmes ne peuvent pas faire de discrimination et cibler seulement certains individus. Ils sont donc tenus de surveiller tout le monde. Snowden dit avoir vu un changement de pratique dans les 10 dernières années.

Auparavant, quand il y avait une surveillance, elle ne visait qu’un seul individu soupçonné d’agissements illégaux. Depuis les attentats du 11 Septembre, ce principe a changé pour devenir une collecte de données « en vrac ». Ces données sont ensuite analysées par des algorithmes qui décident de ce que sont ces individus, de ce qu’ils font et de ce que le gouvernement doit penser d’eux. Snowden cite l’exemple du Huffington Post qui affirmait que l’Agence de sécurité nationale (NSA) surveillait les habitudes de visionnement de pornographie de ceux qu’elle considérait comme ayant des idées politiques radicales sans toutefois que ces individus aient commis d’acte répréhensible. Le but était de les discréditer sur la place publique en raison de leurs affiliations politiques. Quand de telles initiatives secrètes changent la philosophie du gouvernement en place sans qu’on rende des comptes aux citoyens, on est vite sur une pente glissante. Même si on nous assure que les intentions sont nobles et nécessaires, on se rend compte que des individus innocents sont traités injustement.

L’efficacité n’est pas un argument pour défendre un acte criminel

Lorsque l’intervieweur demande à Snowden de décrire sa réaction à la lecture du rapport sur les techniques d’interrogatoire de la CIA, dévoilé la veille par la commission du renseignement du Sénat, celui-ci mentionne qu’il travaillait à la CIA durant les dernières années de mise en place de ce fameux programme de torture. Lui-même n’avait pas de rapport avec ce dernier, mais beaucoup de ses collègues exprimaient des inquiétudes.

Il trouve que le rapport qui vient d’être publié est exceptionnel pour plusieurs raisons. Il se dit attristé et fâché par ce qu’il y a trouvé. Il estime que les principes érigés par le procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale sont bafoués et il craint tant pour l’autorité morale des États-Unis que pour le respect des lois internationales. Si les États-Unis permettent à leurs agents de pratiquer la torture sans autre forme de condamnation, à quoi peut-on s’attendre de la part des pays sous l’emprise d’une dictature? Non seulement ce programme de torture a-t-il causé la mort d’individus sans que personne n’en soit tenu pour responsable, mais les agents impliqués ont même reçu des bonis en argent. Sans le procès des responsables, Snowden ne voit pas comment la société peut aller de l’avant.

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Contrairement aux programmes de surveillance de la NSA mis au jour par un lanceur d’alerte, ce sont des sénateurs qui ont dénoncé le programme de torture. N’est-ce pas là une bonne nouvelle? Edward Snowden ne le croit pas. Dans le rapport, on parle de plusieurs lanceurs d’alertes qui ont tenté de dénoncer la situation, mais qui ont été rabroués. En effet, certains témoins d’actes de torture en sont venus aux larmes et d’autres ont même demandé à être transférés pour ne plus avoir à cautionner ce genre d’actes. Malgré les efforts de certaines de ces personnes, les autorités n’ont pas mis fin au programme. En fait, le directeur de la CIA, José A. Rodriguez Jr. a simplement rétorqué à l’époque que leurs propos n’aidaient pas la cause. Selon Snowden, si de tels actes criminels ont pu continuer à être commis, ce n’est pas parce que personne ne le savait, mais parce que le grand public ne le savait pas. Le programme ne s’est arrêté que lorsque les journaux l’ont informé de ces actes.

La publication du rapport est un bon pas dans le sens où elle amène à reconnaître certains gestes, mais elle ne fait rien pour la responsabilisation de ceux qui les ont commis. Les résultats de ce genre de programmes importent peu. Le fait qu’ils soient ou non efficaces ne peuvent pas en dédouaner les auteurs. Jusqu’où les autorités iront-elles? Si ce genre de crimes peut se justifier dans certaines circonstances, qu’est-ce qui ne pourrait pas l’être? Snowden donne l’exemple du viol. Un gouvernement pourrait revendiquer que le viol est une méthode « efficace » contre la crise démographique et, donc, que cela « aide » la société dans son ensemble. L’efficacité n’est pas un argument en faveur d’une activité criminelle quelle qu’elle soit.

L’Europe : berceau d’une réforme de la collecte de données

Adward Snowden dit qu’il n’est qu’un lanceur d’alerte et qu’il n’a plus accès à aucun dossier secret depuis Hong Kong. Toutefois, ce qu’il peut confirmer (et redire), c’est que les programmes de surveillance de masse sont en vigueur dans tous les pays qui peuvent se permettre d’avoir une agence de renseignement. Snowden souhaite qu’on se pose la question de la moralité des actions des autorités même si celles-ci défendent l’efficacité d’une méthode. Est-il moralement acceptable de violer les droits d’une population entière ou même d’un seul individu pour un gain, quel qu’il soit? Snowden ne croit pas que le débat ait véritablement eu lieu en France, lieu de la conférence.

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Snowden croit que les grandes lignes d’une réforme sur la collecte de données commence en Europe avec des préoccupations autour de la protection de l’information, notamment. Il juge que le plus important est de créer des standards internationaux pour indiquer ce qui est acceptable ou non. Snowden donne l’exemple du Royaume-Uni où le GCHQ (Government Communications Headquarters), l’agence de renseignement, a piraté les communications du câblodistributeur belge Belgacom. Elle a agi en contrevenant à la loi belge, mais aussi aux lois internationales. C’est très dangereux de voir des États membres de l’Union européenne s’adonner à des cyberattaques contre d’autres États de l’UE. En ce moment, comme il n’y a pas de façons de gérer le problème, pas de recours, les autres pays membres pourraient faire la même chose parce qu’ils y verraient aussi un avantage pour eux-mêmes. Quand plusieurs se mettent à attaquer une seule et même infrastructure, celle-ci va finir par tomber. Ce genre de choses est arrivé dans le passé et va continuer de se produire.

Pour une meilleure protection des lanceurs d’alerte

En forçant les tribunaux à scruter ces programmes à loupe, les citoyens vont pouvoir se demander s’il est justifié d’utiliser de telles méthodes, de véritables gestes de guerre faits en temps de paix relative. Snowden voit une occasion pour la société civile de reprendre le contrôle. S’il est possible d’imaginer de quelle façon la surveillance de masse peut être utile, il n’y aucune preuve de cette utilité dans les 10 dernières années. La surveillance de masse n’a pas empêché les attentats du marathon de Boston, ni ceux de Madrid et de Londres malgré les milliards et tout l’effectif humain investis. Ces ressources ne pourraient-elles pas servir à meilleur escient sans pour autant menacer nos droits et libertés?  Snowden croit que oui.

Avec le rapport sur la torture, il voit un gouvernement qui aurait dû reconnaître ses torts. Le peuple ne savait pas ce qui se passait et maintenant qu’il le sait, le système judiciaire ne cherchera pas à punir les coupables. Snowden a terminé l’entrevue sur un vibrant plaidoyer pour la protection des lanceurs d’alerte à l’intérieur d’un pays. Si quelqu’un révèle des preuves d’actes répréhensibles, son pays devrait l’aider à corriger ces problèmes et lui assurer une protection contre d’éventuelles représailles. De toute évidence, à la lumière des réactions des autorités américaines au rapport sur la torture, le souhait de Snowden n’est pas en voie de se réaliser.