Billets classés sous la catégorie « Société »

Martin LessardLe point sur la communication cerveau à cerveau (2/2)

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 publié le 29 octobre 2014 à 15 h 19

Dans la première partie, hier, je recensais les derniers exploits dans le domaine des neurosciences, en particulier sur le plan de la communication cerveau à cerveau.

Si les expériences de télépathie assistée par ordinateur sont encore embryonnaires — et entre vous et moi, on est encore loin d’avoir démontré leur entière pertinence — on peut bien songer à quelques applications d’une telle communication directe avec le cerveau dans un avenir proche.

Libérez ce cerveau

Imaginez que vous êtes Kate Allat, une femme qui a été 10 jours dans le coma en 2010, selon un article publié la semaine dernièreMort cérébrale, avaient diagnostiqué les médecins.

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Pourtant, durant tout ce temps, raconte-t-elle, elle a tout entendu.

Ne pouvant ni bouger ni communiquer avec son entourage, elle a entendu tout ce qui a été dit autour d’elle, y compris quand les médecins discutaient de la possibilité de la débrancher.

Puis elle s’est réveillée de son coma.

Est-ce qu’un outil de communication direct avec son cerveau lui aurait permis de communiquer avec l’extérieur de sa prison cérébrale?

L’interface cerveau machine

Un tel outil, qui n’est plus l’idée malade d’un savant fou, mais bien une réalité, pourrait notamment être utilisé pour entrer en contact avec des patients qui ne peuvent plus communiquer, notamment ceux atteints de paralysie totale ou du syndrome d’enfermement.

Récemment, on a testé une interface cerveau-machine capable de capturer des ondes cérébrales très précises. Cette interface permettre au cerveau d’un patient paralysé de communiquer directement avec une machine.

Devant lui, on a déposé un clavier. On lui a demandé de se concentrer sur une lettre du clavier.

Une série de petits flashs lumineux sont apparus sur les touches du clavier. On a observé un stimulus cérébral précis quand ce flash a touché la lettre sur laquelle le patient se concentrait.

Son cerveau avait réagi automatiquement en générant une onde d’une amplitude plus grande que les autres (le P300, qui survient à 300 ms après l’apparition du stimulus).

En capturant ce signal sur l’encéphalogramme, l’ordinateur comprend que le « doigt mental vient de taper sur le clavier« .

Le patient peut ainsi construire petit à petit un message vers le monde extérieur.

Le langage du cerveau

Les lecteurs de Triplex savent que deux initiatives vont, dans la prochaine décennie, tenter de cartographier le cerveau et de le simuler sous forme d’algorithmes. Une en Europe (Human Brain Project) et une aux États-Unis (BRAIN initiative). C’est un chantier aussi gros que la cartographie de l’ADN, il y a 20 ans,

À la fin du mois de septembre, pour fêter le premier anniversaire du BRAIN initiative, les Américains ont invité un étudiant chercheur de la Duke University à venir expliquer en quoi allaient consister ses recherches dans le cadre du Grand Challenge Scholars Program, un programme destiné à soutenir les ingénieurs qui recherchent des solutions aux grands défis scientifiques (dont la « rétro-ingénierie du cerveau« ).

Il a dit qu’il comptait travailler au développement d’un langage commun entre le cerveau et les machines, afin qu’ils puissent mieux communiquer ensemble

L’étudiant chercheur côtoie le Dr Miguel Nicolelis, qui travaille sur le projet Walk Again.

Walk Again est un exosquelette entièrement contrôlé par le cerveau. Il a permis à un adolescent paralysé de donner le coup d’envoi à un match de soccer au Brésil durant la Coupe du monde au printemps dernier.

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Les projets d’un peu partout convergent, lentement mais sûrement, vers une compréhension de plus en plus grande du cerveau humain.

Tous les exemples à ce jour sont encore anecdotiques ou alors spécifiques à un handicap particulier. Mais ils montrent tous que la communication directe avec le cerveau est possible.

Observez bien ce qui se passe autour de vous. Toutes ces têtes aux cerveaux emprisonnés. Se pourrait-il que ce soit comme ça que les gens du futur nous perçoivent un jour?

Martin LessardLe point sur la communication cerveau à cerveau (1/2)

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 publié le 28 octobre 2014 à 12 h 15

Tout d’un coup, l’expression B2B ne veut plus dire Business to business (« commerce électronique interentreprises »), mais Brain to brain (« cerveau à cerveau »).

Il y a deux participants, un en Inde, et l’autre en France. Ils vont se transmettre de cerveau à cerveau des messages simples, soit « hola » et « ciao ».

C’est l’expérience qui a été réalisée par des chercheurs de la Faculté de médecine de Harvard, de l’Université de Barcelone, de la firme espagnole Starlab et de la société française Axilum Robotics.

Publiée à la mi-août par la revue scientifique américaine PLOS one, l’expérience montrait concrètement comment effectuer une transmission consciente d’information de cerveau à cerveau, en utilisant des technologies non invasives :

  1.  Le sujet en Inde, l’émetteur, portait un casque connecté à des électrodes sur la tête, qui transmettaient ses activités cérébrales.
  2. Un ordinateur a converti ces impulsions en code binaire.
  3. Ce message a été envoyé par courriel à l’équipe de recherche en France.
  4. Un ordinateur a converti sous forme de phosphènes, des flashs lumineux recréés par la rétine, générés par stimulation magnétique transcrânienne.
  5. Le deuxième sujet, le récepteur en France, a reçu et décodé le message

Améliorez chacune des étapes (encodage, transmission, décodage) et vous voyez tout le potentiel que cette expérience offre. La télépathie par Internet, car c’est ce dont il s’agit, n’est plus du domaine de la science-fiction.

Désenclaver le cerveau

Déjà en 2012, une femme tétraplégique avait réussi à contrôler un bras robotisé par la pensée.

Quand on demandait à la femme de 52 ans, Jan Scheuermann, de penser à son membre inactif, les chercheurs voyaient à travers un scanner quelle partie du cerveau s’activait.

Un algorithme interprétait ensuite les décharges neuronales dans son cerveau comme des commandes pour faire bouger le bras mécanique, celui qui était connecté au bout de ces microélectrodes plantées dans son cerveau. (Lire sur Triplex à propos cette expérience)

Puis, en 2013, autre avancée!

Des chercheurs de l’Université de Washington ont réussi à faire connecter deux cerveaux humains.

L’émetteur portait un casque qui analysait son activité cérébrale. Il jouait à un jeu vidéo où il devait tirer sur un objet avec un canon. Il devait penser qu’il bougeait son doigt, mais sans le bouger du tout.

La machine qui enregistrait l’électroencéphalogramme a envoyé le résultat, à l’autre bout du campus, au récepteur qui portait un stimulateur magnétique transcrânien.

Ce stimulateur a donné l’impulsion au récepteur d’appuyer sur le bouton, alors que lui-même ne voyait pas le jeu vidéo.

Le récepteur, lui, a simplement ressenti un tic nerveux, et son doigt a bougé tout seul.

Comment envoyer un message dans un cerveau

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Dans l’expérience annoncée cet été, la télépathie par Internet, l’émetteur et le récepteur, séparés par des milliers de kilomètres, se sont envoyé un message encodé.

Pour encoder le message « hola », l’émetteur avait le choix entre deux pensées distinctes, soit « bouger les pieds » ou « bouger les mains », chacune produisant une onde cérébrale différente.

En utilisant l’électroencéphalogramme du sujet émetteur, l’équipe de recherche située en Inde a d’abord converti les ondes cérébrales en code binaire.

L’onde cérébrale des pieds a été traduite en 0, et celle des mains en 1. Le message ainsi codé a été envoyé par courriel à l’équipe située en France.

Ce message codé en bits a alors été transmis au receveur par une transmission magnétique transcrânienne (TMS) qui générait des phosphènes.

Un phosphène est la sensation bizarre de voir des flashs lumineux quand on ferme très fort les yeux. Aucune lumière ne vient toucher la rétine et, pourtant, on perçoit de la lumière. C’est notre cerveau qui « crée » la lumière. Le TMS génère artificiellement ces phosphènes.

Du point de vue du récepteur, si aucun phosphène n’apparaissait, la valeur était de 0. Si un phosphène apparaissait, la valeur était de 1. Cette lumière apparaissait dans le cerveau du receveur en séquences numériques, ce qui lui permettait de décoder le message à la façon d’un code morse.

Communiquer directement avec le cerveau

Actuellement, côté réception, c’est grâce à un robot conçu par cette société française, Axilum Robotics, qu’on peut d’obtenir une précision dans la transmission du message par stimulation magnétique transcrânienne.

Dans l’état actuel des choses, cette preuve de concept montre la faisabilité de la communication entre deux cerveaux. Mais dans le cas d’Axilum Robotics, ce type de télépathie assistée par ordinateur n’est pas le but.

Selon l’entreprise, un tel moyen de transmission de messages devrait plutôt permettre de communiquer avec des personnes paralysées, par exemple, après un accident vasculaire cérébral (AVC) et qui auraient perdu l’usage de la parole.

Ce qui est plus probable de voir se développer dans un proche avenir, au lieu de la télépathie assistée par ordinateur, c’est davantage les interfaces directes entre un ordinateur et un cerveau humain.

Demain, nous verrons ce qui se profile dans l’application de ces technologies de communication directe avec le cerveau.

Catherine MathysGlenn Greenwald: celui qui suscite la controverse

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 publié le 27 octobre 2014 à 17 h 56

Dans une salle comble, on attendait avec impatience l’arrivée de Glenn Greenwald, avocat de droit constitutionnel, auteur, mais surtout journaliste émérite, qui a publié les désormais célèbres révélations d’Edward Snowden sur les programmes de surveillance de masse de la National Security Agency (NSA). Il était l’invité de la Conférence annuelle Beaverbrook 2014 de l’Université McGill. Heureusement, l’événement était aussi diffusé en direct et une vidéo de la présentation est désormais sur le site Internet de l’institution.

Greenwald : un personnage controversé

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Glenn Greenwald ne laisse habituellement personne indifférent. De son propre aveu, partout où il passe, il se retrouve au centre d’une controverse. C’était le cas le mois dernier, lors de son passage en Nouvelle-Zélande, alors qu’il affirmait que le premier ministre John Key avait approuvé la surveillance massive de ses citoyens. C’était encore le cas la semaine dernière, quand il a publié 40 minutes avant la fusillade d’Ottawa un article sur les événements de Saint-Jean-sur-Richelieu, dans lequel il mentionnait que le Canada ne pouvait pas s’étonner de ce genre d’attaques après 12 années très actives sur le plan militaire.

Notre peur collective

Avec les deux incidents des derniers jours, la table était mise pour les questions que Glenn Greenwald souhaitait aborder. Il a commencé sa conférence en mentionnant qu’il comprenait notre peur collective, mais que nous réagissions comme tous les autres pays à qui ce type d’incidents était déjà arrivé : comment une telle chose pouvait-elle se produire chez nous? Selon lui, la réponse est simple. Notre façon de nous percevoir comme peuple ne correspond pas à la réalité et c’est à cette réalité, opérationnalisée par le gouvernement, que les incidents répondent.

En guise d’exemple, il a parlé d’un article qui avait fait grand bruit au Brésil il y a quelques années et dans lequel il affirmait que le Canada menait une campagne de cyberespionnage contre le ministère des Mines et de l’Énergie du Brésil. Il savait que l’article ferait grand bruit au Brésil, puisque les Brésiliens sont les victimes de cet espionnage, mais il a été surpris de la grande couverture médiatique que ses propos ont suscitée au Canada. Après en avoir discuté avec des collègues canadiens, il a donné deux explications. La première, c’est que la révélation de ce cyberespionnage a aussi révélé l’existence du Centre de la sécurité des télécommunications (CSTC) aux Canadiens, l’équivalent canadien de la NSA. L’autre raison, et peut-être la plus grave, selon lui, c’est que cette nouvelle entrait en parfaite contradiction avec la perception qu’avaient les Canadiens d’eux-mêmes.

Le cyberespionnage: une menace pour la démocratie

Selon Greenwald, le cyberespionnage n’est pas qu’un enjeu de surveillance électronique. C’est aussi et surtout un enjeu de démocratie. En effet, si la population n’est pas au courant des outils dont dispose le gouvernement pour faire certains gestes, comment peut-elle réagir? Selon lui, quand un gouvernement réussit à faire adhérer une population à une perception d’elle-même qui n’est pas conforme à la réalité, il s’agit de propagande.

Le journaliste américain dit que la même chose est arrivée aux États-Unis en 2001, après les attentats du World Trade Center. La première question que les Américains se sont posée était : « Mais pourquoi nous détestent-ils? » Puisque le gouvernement ne pouvait pas dire la vérité, il en a inventé une, soit la haine de notre liberté, telle que mentionnée dans ce discours du président Bush à la suite des événements du 11 septembre.

Selon Greenwald, les gouvernements embellissent la vérité pour faire croire à leurs citoyens qu’ils sont libres et qu’ils n’ont rien fait de mal. Les Occidentaux font par exemple grand bruit des emprisonnements de leurs journalistes, sans parler de leurs propres actions. Il mentionne le cas de Roxana Sabari, emprisonnée 100 jours en Iran en 2009, et des quelque 8000 mentions médiatiques de son cas. Il dit que personne ou presque ne s’est intéressé au sort du journaliste Sami al-Haj, emprisonné à Guantanamo pendant 7 ans. Greenwald prétend qu’une centaine d’articles l’auraient mentionné tout au plus. Selon lui, on porte peu d’attention aux victimes de nos actions militaires. Ces 12 années de violence finissent par nourrir un désir de vengeance.

Notre rapport à la vie privée

Ce que Greenwald a le plus appris des révélations de Snowden, c’est la portée de la surveillance qu’il cherchait à dénoncer. En effet, tout à propos de tout le monde semble intéresser les agences de surveillance. Nous finissons par nous convaincre que nous sommes de bonnes personnes, que ce qu’on dit en ligne n’est pas si intéressant que cela et qu’en bout de piste, ce n’est pas si grave si le gouvernement s’y intéresse.

Cela dit, Greenwald pense que ce n’est pas vrai, que même ceux qui semblent ne pas s’en faire avec la vie privée s’en préoccupent tout de même. Il tient pour preuve le test du courriel. Quand il rencontre quelqu’un qui l’assure que son intimité en ligne ne l’inquiète pas, il lui donne son adresse courriel et lui demande de lui envoyer tous les mots de passe qu’il détient, ceux des médias sociaux, des courriels, des comptes de banque, etc. Bien sûr, personne ne l’a encore fait. C’est ce qui fait dire à Greenwald que tout le monde tient à une forme de sécurité en ligne et que cette surveillance omnipotente des gouvernements ne devrait laisser personne indifférent.

Quand une société se sent continuellement observée, elle devient soumise et ses comportements changent. Les émotions dont il a été témoin la semaine dernière au Canada sont un terreau fertile pour ce qu’il appelle la propagande du gouvernement. Quand on a peur, on perd son libre arbitre et c’est ça qui est dangereux. Selon Greenwald, la conviction et la volonté des gens peuvent faire changer n’importe quoi. Snowden en est un bon exemple.

Catherine MathysLes réseaux sociaux ou le plaisir de parler de soi

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 publié le 14 octobre 2014 à 11 h 46

À l’émission La sphère du samedi 11 octobre, on a parlé de l’identité numérique des enfants forgée à partir des traces laissées en ligne par leurs parents. À partir de cet article du Guardian, on s’est demandé pourquoi cette pratique s’était généralisée et surtout si elle pouvait nuire plus tard aux enfants. La question est dans l’air du temps. En mai dernier, le réseau NPR faisait un reportage sur la question. Nos enfants seront les premiers à avoir une identité numérique avant même d’être nés, souvent avec l’échographie du bébé. Et, comme je le mentionnais à l’émission, les Canadiens sont champions de cette pratique si l’on en croit les données du sondage de la firme de sécurité informatique AVG.

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Le magazine en ligne Planète F soulève aussi la question de l’empreinte numérique des enfants que les parents laissent avec la publication de multiples photos. On peut y lire le professeur André Mondoux, professeur à l’école des médias de l’UQAM et spécialiste en technologies socionumériques : « Être parent n’est plus un rôle social valorisé comme autrefois. Cette reconnaissance passe maintenant par les photos de nos petites frimousses et par le nombre de “like” qu’elles vont chercher. On a besoin de se faire dire qu’ils sont beaux, ça veut dire que l’on existe socialement comme bon parent. Et se le faire dire en temps réel, c’est bon pour l’égo. »

L’importance de la publication en ligne

Dans son plus récent livre Tell everyone: Why we share and why it matters (Dites-le à tout le monde : pourquoi nous publions en ligne et pourquoi c’est important), qui paraît aujourd’hui même, Alfred Hermida, professeur associé à l’Université de Colombie-Britannique en journalisme numérique et médias sociaux, analyse nos propensions à afficher nos expériences, nos opinions et nos émotions en ligne. Cet article du Globe and Mail expose sa démarche à travers une entrevue où il trace les grandes lignes de sa pensée.

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Selon Hermida, la publication de vidéos virales, de nouvelles, de statuts et autres échanges numériques peut s’avérer futile, mais elle contribue, au contraire, à se bâtir du capital social en montrant à notre auditoire ce qui est réellement important pour soi. Si on publie un contenu drôle, par exemple, on le fait d’abord pour rire avec d’autres. Si nous rions ensemble, on se ressemble peut-être un peu. C’est rassurant.

Bien sûr, la nature de la bête structure nos échanges. Comme l’instantanéité de la technologie modélise nos comportements, nous sommes plus souvent dans l’action que dans la contemplation, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la nuance qui se fait plus rare dans nos propos. Cela dit, il y a maintenant 10 ans que nous affichons nos vies sur Facebook. Comme le rappelle Fabien Loszach dans l’émission de samedi, le mouvement ne semble pas près de s’essouffler.

En général, les réseaux sociaux sont faciles à utiliser. On les a intégrés à nos vies. Les Canadiens comptent parmi les plus branchés au monde avec 33 h d’utilisation d’Internet par mois, et nous sommes 19 millions sur une population totale de 35 millions à avoir un compte Facebook.

Hermida soutient qu’on s’attarde beaucoup à la façon dont on se branche, mais peu sur les raisons qui nous poussent à nous brancher. Il soutient que les médias sociaux ne sont qu’un nouvel espace qui nous permet de créer des liens sociaux, ce que nous avons toujours fait en tant qu’espèce, par ailleurs. Bien sûr, le contexte numérique implique que nos échanges les plus anodins puissent être archivés et redéployés par d’autres à n’importe quel moment.

La difficulté des réseaux sociaux comme Facebook, c’est qu’ils homogénéisent nos auditoires autrement segmentés dans notre vie de tous les jours. Habituellement, nous adaptons notre comportement en fonction du caractère public ou privé du contexte. En ligne, tout a le potentiel de devenir à la fois public et privé. Nous modifions nos échanges pour rejoindre l’auditoire que vous pensons atteindre et en fonction de ce que nous souhaitons qu’il pense de nous.

Le plaisir de parler de soi

Dans son livre, Hermida parle du terme anglais « meformer », c’est-à-dire quelqu’un qui parle toujours de lui-même. Selon l’auteur, on ne peut en vouloir aux utilisateurs des réseaux sociaux de ne parler que d’eux-mêmes puisque c’est ce que nous faisons de mieux. Il dit que 30 à 40 % de tous nos échanges quotidiens tournent autour de nous-mêmes. Hermida fait référence à cette étude de l’Université Harvard, qui confirme que de parler de soi est même une activité hautement agréable. En utilisant des électroencéphalogrammes, des chercheurs ont déterminé que notre cerveau émet de la dopamine lorsqu’on parle de soi. Il est donc physiquement valorisant de dévoiler de l’information personnelle.

En effet, bien qu’on sache que les êtres humains parlent beaucoup d’eux-mêmes, on en savait peu sur les mécanismes derrière ce comportement. Avec cette étude, on réalise que de parler de soi déclenche des réactions primaires de récompense au même titre que manger ou faire l’amour. Ce n’est pas rien. Si les réseaux sociaux nous en donnent l’occasion, pourquoi s’en priver? L’étude nous apprend que le simple fait de trouver une occasion de parler de soi est très valorisant.

La recherche de Harvard conclut que la simple communication des croyances et des pensées est importante dans l’adaptation sociale d’une personne. On parle ici de créer de nouvelles alliances et de nouveaux liens sociaux, d’utiliser la rétroaction des autres pour mieux se connaître ou encore de repousser les limites des connaissances qu’on peut accumuler. Ainsi la motivation de vouloir sans cesse se dévoiler est essentielle aux comportements qui assurent notre sociabilité en tant qu’espèce. Bon, voilà qui est dit. Maintenant, vous pouvez retourner sur Facebook en toute quiétude.

 

 

 

Martin LessardPlacer sa ville dans le 21e siècle

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 publié le 6 octobre 2014 à 12 h 23

Le concept de « ville intelligente », terme fourre-tout, laisse entendre que la technologie peut améliorer la gestion et la gouvernance des cités tout en augmentant le bien-être et la participation des citoyens.

L’expression (une traduction maladroite de smart city) fait référence, de plus en plus concrètement, à une réalité qui fait réagir bien des gens. Voici deux exemples.

Codesigner les nouveaux territoires numériques

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Hier avait lieu un « atelier de codesign » sur la ville intelligente dans le but de « définir les priorités d’un Montréal du 21e siècle ».

Un atelier de codesign (ou de « coconception« ) est une démarche participative et créative réunissant une diversité d’acteurs autour de diverses thématiques.

Celui d’hier a permis de suggérer des pistes, technologiques ou non, pour rendre la Ville de Montréal capable de répondre à des problèmes, présents ou à venir, comme la mobilité et le transport, la marginalité et la salubrité, ou encore le soutien aux artères commerciales et à l’écosystème des jeunes entreprises web.

Les meilleures idées ont ensuite été proposées aux Entretiens Jacques Cartier, qui ont lieu aujourd’hui même et auquel participe le maire de Montréal, Denis Coderre.

Denis Coderre

Osons une métaphore.

Le champ des possibles numériques qui s’offre à la ville par le biais des technologies émergentes et des algorithmes de plus en plus performants lui permet de s’agrandir, de « s’augmenter », un peu comme les Pays-Bas ont réussi à prendre du terrain sur la mer et à assécher des terres pour les occuper.

La technologie ouvre ainsi de nouveaux territoires pour la ville.

Ce à quoi on assiste en ce moment est un débat pour s’entendre sur la façon d’aménager ces nouveaux territoires.

Domaines d'intervention

Les coureurs des bois numériques

Sur ces territoires ainsi en friche se trouvent aussi les nouveaux coureurs des bois modernes, si vous permettez que je poursuive sur la même métaphore. Ce sont les entrepreneurs de compagnies en démarrage dans le domaine de la technologie.

Or, juste à point, MTL NewTech, un organisme à but non lucratif de promotion des jeunes entreprises web à Montréal, propose demain soir, mardi 7 octobre, une soirée consacrée aux petites entreprises qui offrent des solutions pour rendre la ville un peu plus intelligente.

Domaines d'intervention

Quatre compagnies d’ici y seront présentées : TransitApp, Provender, Navut et PotLoc.

Vous connaissez deux d’entre elles, car j’en ai déjà fait mention sur Triplex :

- Transit, une application qui permet de se repérer dans les transports en commun encore mieux qu’avec les outils de la société de transport locale.

- Provender, un marché en ligne qui optimise l’offre et la demande entre les petits fermiers et les restaurants mieux que ne le ferait la chaîne industrielle actuelle.

Les deux autres entreprises locales en démarrage sont tout aussi intéressantes :

- Navut, un service en ligne pour aider les familles à repérer le meilleur quartier pour eux quand ils emménagent dans une nouvelle ville.

- Potloc, un service de consultation hyperlocal pour permettre de connaître quel type de commerces les citoyens souhaitent voir dans leur quartier.

Ces quatre exemples montrent à quel point les coureurs des bois sont déjà en train, aujourd’hui même, de bâtir cette ville intelligente.

Ils optimisent par technologies interposées des ressources qui ne pouvaient pas être exploitées auparavant de cette façon.

À mon avis, si vous souhaitez voir tout de suite comment les petits blocs de cette ville intelligente se mettent en place, c’est là que ça se passe (il restait des billets gratuits pour l’événement au moment d’écrire ces lignes).

L’histoire nous a appris que les coureurs des bois n’ont jamais attendu une autorisation pour explorer les nouveaux territoires qui s’offraient à eux.

La ville, morceau par morceau, entre dans le 21e siècle.

À lire aussi sur Triplex :

Demain, la ville intelligente (l’exemple de la ville de Québec)

Startup Festival : l’entrepreneuriat technologique qui change le monde

Rester à Montréal, pour innover (le cas de Sébastien Provencher)