Billets classés sous la catégorie « Société »

Catherine Mathys(Re) Bienvenue chez les Numéricains

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 publié le 4 février 2016 à 13 h 40

En mai dernier, je vous présentais la plateforme interactive Bienvenue chez les Numéricains, sur laquelle on invite les gens à participer en livrant des témoignages, des histoires vécues qui racontent comment le numérique a changé leur quotidien.

Aujourd’hui, on nous présente, en quelque sorte, le résultat de l’enquête sous forme de production multiplateforme sur ICI.Radio-Canada.ca/numericains.

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Après avoir exploré toutes les régions du pays, l’équipe, composée notamment de l’animateur Samuel Chiasson et de sa collaboratrice Mélanie Millette, professeure au département de communications sociale et publique à l’UQAM, propose une série de 10 émissions audio d’une heure.

On y découvre, par exemple, l’histoire de Miss Pixels : « Quand j’ai eu mon téléphone mobile dans les mains en 2009, ça a vraiment été pour moi plus qu’un appareil pour téléphoner à ma mère. Je venais de découvrir un outil de création. »

Et que dire des capsules d’humour! Je pense que la chanson sur Instagram dans l’onglet « Créateurs » va vous rester dans la tête, je préfère vous prévenir.

Quel type de #Numéricains êtes-vous?

En plus des émissions, on y trouve aussi 31 témoignages audio et vidéo de jeunes et moins jeunes de partout au Canada, classés dans 10 catégories : créateurs, rebelles, éducateurs, entrepreneurs, archivistes, sportifs, solidaires, gourmands, intimes, nomades. Parfois intrigants et même touchants, ils nous racontent comment l’univers numérique a contribué à changer leurs vies.

Voici un exemple. Connaissez-vous l’ASMR? L’animateur Samuel Chiasson nous explique sa trouvaille:

« Dans les rencontres les plus intrigantes, il y a certainement cette jeune femme qui s’appelle Jessica et qui est une adepte de ASMR, le Autonomous Sensory Meridian Response, une pratique sur YouTube qui utilise des sons comme le chuchotement, le tapotement de micro pour apporter du réconfort aux auditeurs. C’est une facette du web que j’ignorais complètement. »

Pour d’autres découvertes, rendez-vous sur le site.

La plateforme est en ligne, mais la collecte ne s’arrête pas là pour autant. Vous pouvez encore transmettre votre histoire en photos et en vidéos en tant que #Numéricains sur les divers réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr et Snapchat.

 

Catherine MathysCourriels : une source de stress?

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 publié le 11 janvier 2016 à 12 h 10

Votre boîte de réception est-elle devenue indomptable? Selon une nouvelle étude de la société anglaise Future Work Centre, ce ne serait pas le nombre de courriels, mais bien la gestion de notre boîte de réception qui augmenterait notre niveau de stress.

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La recherche a été menée auprès de 2000 participants œuvrant dans divers secteurs et industries, dans des postes à différents degrés de responsabilité. Essentiellement, on leur demandait de décrire la gestion de leurs courriels et du stress qui en résultait.

La boulimie du courriel

Depuis sa création dans les années 70, le courriel poursuit son ascension en facilitant les communications asynchrones entre individus, en faisant fi des frontières, des fuseaux horaires. Du moins, c’est dans ce but qu’il a été conçu. Maintenant, on envoie des messages à des gens qui peuvent se trouver tout près de nous et parfois même dans la même pièce. Et bien sûr, tous les messages n’ont pas la même importance. Il en résulte donc un nombre exponentiel de courriels.

En 2014, l’étude mentionne qu’il y avait 2,5 milliards d’utilisateurs du courriel dans le monde. Nous sommes plus d’un milliard à écrire ou à consulter nos messages sur des appareils mobiles (on sera plus de deux milliards dans deux ans). Chaque jour, en moyenne, les adultes passent plus d’une heure à consulter, à écrire, à classer des courriels. Des 196,3 milliards de courriels échangés en 2014, 108 milliards étaient reliés au travail.

S’il y a tant de courriels, c’est que les avantages sont évidents : il s’agit d’une forme de communication écrite à laquelle on peut accéder quand bon nous semble. Contrairement à la communication orale, on peut la lire, la relire, l’imprimer, la retransmettre facilement. Un message peut être reçu rapidement, et il est facile de connaître l’heure d’envoi du message et l’adresse de l’expéditeur.

Pourquoi le courriel nous stresse-t-il?

Malgré son utilisation répandue, tant dans nos vies professionnelle que personnelle, il peut devenir une source majeure de frustration, d’anxiété et de perte de productivité, et ce, pour plusieurs raisons clairement expliquées dans le rapport de l’étude.

D’abord, il n’existe pas de normes établies entourant le courriel. Quel niveau de langage utiliser? Quelle forme doit prendre notre réponse? À quelle vitesse faut-il répondre? Cette absence de normes peut mener à des malentendus. Sans indicateurs non verbaux, avouons qu’il est plutôt facile de mal interpréter certains messages. Et la rapidité du mode de communication nous joue parfois des tours (souvent, on devrait réfléchir un peu plus à nos réponses).

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Donc on envoie et on reçoit trop de messages, et on peut se sentir ensevelis sous l’avalanche de courriels. Cette perception de trop-plein mêlée à la constante interruption de notre travail peut résulter en stress.

Quels facteurs influencent notre perception du stress?

La technologie

La pression reliée aux courriels était beaucoup plus élevée chez les utilisateurs de Mac et d’iPhone que chez les utilisateurs de PC ou de téléphones Android, Windows ou BlackBerry. Pourquoi? L’étude ne le dit pas. Attention, ne pas lire que les produits Apple provoquent plus de stress, mais il reste que c’est une donnée intéressante qui mériterait qu’on s’y attarde davantage.

L’autre facteur technologique de stress concerne les notifications. L’étude a trouvé de fortes corrélations entre le nombre de notifications et le sentiment de pression relié aux courriels.

L’utilisation

Les participants qui laissaient leur boîte de réception ouverte toute la journée étaient plus enclins à ressentir de la pression. Et le volume de courriels reçus a joué un rôle dans le stress éprouvé, mais moins qu’on aurait pu le croire. C’est beaucoup plus le ton et le contenu des messages qui augmenteraient le stress que la réelle accumulation du nombre de messages. D’où l’importance du sens que l’on donne à un courriel.

Le moment que l’on choisit pour lire ses courriels pèse aussi dans la balance. Le fait de consulter ses messages au lever ou au coucher a été associé à plus de stress au cours de l’étude. Pourquoi? L’étude ne l’explique pas non plus. Les gens qui consultent souvent leurs messages travaillent-ils trop et sont-ils donc plus stressés que la moyenne? Ou est-ce le fait de les consulter autant qui cause du stress?

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Autres facteurs

Si vous travaillez en marketing, en relations publiques ou dans les médias, vous risquez davantage de ressentir du stress relié aux courriels. Les jeunes en éprouvent également plus que les plus vieux, ce qui signifierait que le stress qui y est associé diminue avec l’âge. Même chose pour ceux qui ont plus de responsabilités. La pression semble accompagner le poste.

Cela dit, une donnée ressort du lot. Plus votre opinion quant aux courriels est positive, plus vous ressentez de stress. Sans doute parce que si vous avez une opinion positive par rapport aux courriels, vous les utilisez plus souvent.

Alors, on fait quoi?

Les résultats de l’étude indiquent qu’il faut changer ses habitudes pour faire baisser le stress relié aux courriels. Parmi les solutions suggérées :

*Ne pas laisser sa boîte de courriel ouverte toute la journée. En d’autres termes, choisissez le moment où vous consultez vos courriels au lieu de le faire chaque fois que vous recevez une notification.

*Déterminez les heures normales d’utilisation du courriel. Est-ce vraiment nécessaire de vérifier vos messages au saut du lit ou juste avant de vous endormir?

*Envoyez moins, envoyez mieux. On envoie habituellement beaucoup trop de messages autour d’un même sujet. Faisons l’effort de rendre nos courriels plus efficaces, et donc moins nombreux.

*Soyez le plus clair possible. Évitez les mauvaises interprétations en faisant des phrases complètes, en respectant le même ton que le message auquel vous répondez.

 

Catherine MathysLa personnalité de l’année : le mot-clic

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 publié le 23 décembre 2015 à 13 h 45

À la fin de chaque année, plusieurs publications nomment une personnalité de l’année, quelqu’un qui a marqué l’actualité et qui, par ses actions, change un peu notre manière de percevoir notre société. Le magazine Time a nommé Angela Merkel, pour la journaliste Barbara Walters, c’est plutôt Caitlyn Jenner, tandis que les médias canadiens ont choisi notre nouveau premier ministre Justin Trudeau.

Pour ma part, ce n’est ni un politicien ni une vedette. Je fais partie de ceux pour qui ce n’est même ni un homme ni une femme. Si pour le dictionnaire Oxford, le mot de l’année n’est pas un mot, alors moi aussi j’ai le droit de nommer ce que je veux. La personnalité de l’année en 2015 selon moi, c’est le mot-clic.

L’année du mot-clic

L’année 2015 m’a donné l’impression d’être une année où les mondes virtuels et réels ont convergé comme jamais auparavant en partageant le langage commun du mot-clic.

Au départ, un mot-clic est un simple mot cliquable précédé du signe #, servant à référencer un contenu sur les médias sociaux. Twitter n’a pas inventé le mot-clic, bien qu’il soit certainement responsable de sa démocratisation. Cependant, il était déjà utilisé dans les discussions relayées par Internet dans les années 80 (Internet Relay Chat). Après le retour en force du symbole # avec Twitter, d’autres réseaux l’ont rapidement adopté comme Facebook, Instagram, Pinterest, Google+ et j’en passe. Voici le tweet par lequel tout a (re)commencé.

Le rôle du mot-clic en 2015

Si le mot-clic occupe une place très particulière en 2015, selon moi, c’est parce que cette année, plusieurs mots-clics ont dépassé les frontières du numérique. Demandez à ceux qui n’ont pas de compte Twitter (et ils sont nombreux – moins de 10 % des Québécois avaient un compte Twitter en juillet dernier) s’ils ont vu passer un mot-clic cette année.

Ils auront probablement aperçu le mot-clic #JesuisCharlie quelque part. Non seulement fait-il partie des cinq mots-clics les plus populaires au Québec en 2015, mais il est aussi entré dans notre quotidien, dans nos conversations, dans des images, des vêtements, sur la rue, etc. Pour une des premières fois, un mot-clic est sorti de nos écrans pour faire partie de notre vocabulaire, chargé d’une valeur symbolique qui ne pouvait être aussi bien rendue par une quelconque expression.

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Les autres mots-clics de l’année

Je pourrais aussi vous raconter une histoire similaire autour d’autres mots-clics qui ont exercé une partie de leur influence en dehors de nos ordinateurs. Le mot-clic #RefugeesWelcome qui souligne l’élan de solidarité envers les réfugiés a lui aussi dépassé le web puisqu’on l’a vu sur des banderoles dans des matchs de foot en Europe ainsi que dans diverses manifestations populaires.

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Il y a aussi #LoveWins pour la légalisation du mariage gai aux États-Unis et qu’on a retrouvé dans plusieurs festivals et défilés gais. Plus récemment, l’Irlande a donné une seconde vie à ce mot-clic, car le pays permet lui aussi le mariage gai depuis le mois dernier. Je parie qu’on le verra lors de chaque nouvelle victoire du mouvement gai, car sa simplicité en fait un slogan fort et efficace.

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Enfin, #PrayforParis est aussi l’un de ces mots-clics qui a suivi le même parcours pour investir d’autres plateformes que celle des réseaux sociaux.

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Bref, pour moi, 2015, c’est l’année où le mot-clic s’est émancipé du web.

Sur ce, passez de belles Fêtes en famille. #JoyeuxNoël

Martin LessardRevue de 2015 en 20 liens et 15 billets

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 publié le 21 décembre 2015 à 11 h 30

Je vous propose de revoir 2015 à travers quelques billets que j’ai publiés sur Triplex.

L’année de la peur de l’intelligence artificielle et des technologies perturbatrices d’emplois

Avec les avancées en intelligence artificielle, notamment grâce aux algorithmes d’apprentissage profonds (deep learning), une certaine crainte s’est installée.

Cet été, Elon Musk, Stephen Hawking, Steve Wozniak et 1000 chercheurs en robotique et en intelligence artificielle ont signé une lettre dénonçant les possibles dérives des nouvelles technologies (en particulier les « robots tueurs »).

Dans un premier temps, la première réaction qui se manifeste est la peur : Le travail c’est la santé (sauf si un robot vous tue).

Puis, dans un deuxième temps, on accepte que la techno définisse une grande partie des tâches de travail : Un « travail augmenté », que vous le vouliez ou non.

Et dans un troisième temps, on accepte tout simplement un fait : certaines entreprises ou industries ont tout simplement intérêt à muter entièrement. « Uberisation » : le grand transfert d’emplois.

Elon Musk a annoncé en fin d’année la mise sur pied de OpenAI, une initiative pour partager les connaissances sur l’intelligence artificielle… « pour rendre les humains meilleurs ».

Vous ne devinerez jamais où se trouve le plus grand groupe de recherche en apprentissage profond du monde concentré en un seul endroit.

Autres nouvelles

Google devient Alphabet. Ce que ça signifie concrètement pour les utilisateurs.

Ce que neuf banques cherchent vraiment à faire avec le bitcoin. Oubliez le bitcoin, c’est le blockchain qu’elles veulent!

#JeSuisCharlie comme mème catalyseur. Le mot-clic est rapidement adopté comme une façon de catalyser une peur et de la transformer en une forme de solidarité.

Culture

Prescripteur zéro : le passeur de culture en ligne. Il est celui dont les recommandations sur le plan des contenus font autorité auprès de son auditoire en ligne. Sa sélection détermine en grande partie ce qui devient un produit culturel qui sera consommé (ou non). Toute stratégie culturelle devrait se préoccuper de la place de ces « prescripteurs zéro » dans la chaîne de valeurs.

Le 11e commandement : « Tu ne t’ennuieras point ». Des chercheurs ont trouvé l’algorithme pour détecter l’ennui et le contrecarrer, ouvrant ainsi la voie à une logique de « distribution programmatique de contenus ».

Techno du futur

Devinez à quoi je pense : télépathie assistée par ordinateur

Brain-to-text : écrire vos pensées, littéralement

Projet Jacquard : ces vêtements qui nous feront entrer dans le numérique

Étrange futur : accepteriez-vous des demandes d’amitié de vos organes?

Anomalies et anecdotes

Le solde de votre compte ne vous permet pas de regarder cette pub. Le solde du compte de votre portefeuille électronique sur votre cellulaire pourrait influencer les publicités qui y sont affichées.

L’illusion de sécurité en ligne. Avec le piratage d’AshleyMadison.com, les données de 37 millions de membres sont dévoilées au grand jour.

Un crime de lèse-connexion. Un professeur se fait suspendre pour avoir bloqué l’accès au réseau cellulaire de ses élèves.

Détecteur de piétons en option. Ne jamais tester la fonction de détection d’obstacles sur une voiture autonome si celle-ci n’est pas équipée d’un détecteur de piétons!

Et terminons en paraphrasant le poète Claude Péloquin : « Vous êtes pas écoeurés de cliquer sur accepter les conditions d’utilisation, bande de caves? » Les conditions d’utilisation d’iTunes illustrées en BD.

Martin LessardCe mystérieux algorithme qui veut pacifier le web

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 publié le 11 décembre 2015 à 16 h 58

Dans un article d’opinion dans le New York Times cette semaine, Eric Schmidt a proposé une façon de pacifier Internet.

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Il y écrit qu’il serait temps de bâtir des outils pour « désamorcer les tensions sur les réseaux sociaux », une sorte de « correcteur orthographique, mais pour les discours haineux et l’intimidation ».

Je me suis mis à rêvasser sur cette phrase.

Un tel outil, qui nous permettrait de pondérer nos écrits en les mettant en contexte, ne serait pas de refus. Nous ne sommes jamais à l’abri d’un excès d’humeur qui nous fait écrire des choses blessantes. De nous faire prendre conscience d’un faux pas social qui ferait « monter la tension sur les réseaux sociaux » semble être une noble idée.

Mais ce n’est pas ce que Schmidt avait en tête. Il m’a arraché à ma rêverie dès la phrase suivante.

Il explique qu’il faudrait « viser les comptes sociaux des groupes terroristes comme le groupe État islamique et retirer leurs vidéos avant qu’elles ne se répandent, ou alors aider les messages des groupes antiterroristes à mieux se disséminer en ligne ».

Ce dont parle Schmidt ici, c’est d’un filtre pour les pourriels, pas d’un « correcteur orthographique pour les discours haineux et l’intimidation ».

Un « correcteur orthographique », c’est un outil qu’on applique soi-même, sur son texte, pour l’améliorer.

Un filtre, lui, est imposé sur les discours des autres a posteriori – et les auteurs ne peuvent rien redire à ça.

Qui peut définir ce qu’est une « mauvaise herbe »?

Catherine Mathys nous apprenait récemment, dans un de ses billets, que, selon une étude du Pew Research Center, ce sont 40 % des utilisateurs d’Internet qui auraient été victimes, à un moment ou à un autre, de harcèlement en ligne.

Un « correcteur orthographique pour les discours haineux et l’intimidation » ferait en sorte que des propos déplacés seraient signalés dès leur rédaction. Si ça peut calmer les ardeurs de certains, pourquoi pas?

Mais Schmidt ne parle pas de ça, il parle de censurer les propos qui n’auraient pas le droit d’exister, malgré la liberté de parole, sur Internet.

Et c’est un algorithme déciderait quels sont ces propos à notre place.

Schmidt se donne le beau rôle en prenant les membres de l’État islamique en exemple. Qui veut les laisser libres sur nos réseaux pour qu’ils répandent la terreur? Personne.

Mais le problème n’est pas ce groupe terroriste en particulier, mais la définition même de ce qu’est le terrorisme.

En déclarant s’attaquer au terrorisme, Schmidt sait très bien qu’il joue sur l’ignorance du bon peuple à propos des algorithmes.

Un algorithme a besoin de clarté pour bien fonctionner. Les termes et les données doivent être bien précisés pour qu’il fonctionne adéquatement.

Or, le mot « terrorisme » est aussi flou que l’expression « mauvaise herbe ».

La seule définition valable de « mauvaise herbe » est une plante que l’on ne veut pas voir dans un endroit précis du terrain. On veut du beau gazon vert, oui, mais pas dans le jardin. Chacun sa place!

Les résistants français durant la Seconde Guerre mondiale étaient des terroristes aux yeux des Allemands.

Le FBI voit certains écologistes comme des terroristes.

En fait, on pourrait penser que quiconque s’attaque aux intérêts des Américains est un terroriste. Snowden en sait quelque chose.

La définition du terrorisme est tout ce qui est de plus politique. C’est une construction sociale, et non une définition scientifique.

Faire entrer de tels algorithmes dans l’espace de la liberté de parole qu’est le web, c’est assurément donner tout le pouvoir à celui qui les conçoit.

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« The Internet could become the vehicle for […] the wrong voices. »

Ce qu’il a écrit ensuite laisse place à beaucoup d’interprétation.

« Wrong voices » peut signifier à la fois « discours erronés », « discours fallacieux » ou « discours inappropriés ». Ou encore des opinions qui n’ont pas le droit de circuler.

Il donne l’exemple d’une jeune fille indonésienne sur sa tablette qui pourrait, grâce à son mystérieux algorithme, avoir accès à « un web libéré des pressions et des contraintes liées à la conformité ».

Entre les lignes, sans le mentionner directement, Schmidt donne l’exact fond de sa pensée : il n’y a pas de place pour toutes les philosophies de la vie en société.

« Un web libéré des pressions et des contraintes liées à la conformité », pour une jeune Indonésienne, représente, selon Schmidt, un lieu où elle peut s’émanciper de sa société et de sa religion.

Nous y voilà, on a découvert le pot aux roses. Il existerait des discours sociaux qui émancipent, et d’autres qui enferment.

Schmidt s’est bien gardé de prendre l’exemple d’une jeune Américaine naviguant sur un web libéré des pressions et des contraintes liées à la conformité, comme la publicité, l’hypersexualisation et la surconsommation.

Le défi, maintenant, concerne l’adoption d’une définition commune de ce qui est un bon discours et un mauvais discours.

Est-ce qu’un algorithme est véritablement capable de le décider à notre place? On dirait bien que c’est celui qui va programmer cet algorithme qui va le décider.

Censurer quelles voix?

Eric Schmidt dit que cet outil est à portée de la main et que cela est une bonne nouvelle. Oui, des algorithmes sont déjà capables de reconnaître les trolls, comme le rappelait Catherine Mathys dans son billet.

Sommes-nous pour autant capables d’éliminer les « discours erronés, fallacieux ou inappropriés »?

Comme premier test pour cet algorithme à venir, je propose d’appliquer le filtre aux Américains en premier.

Nous verrons alors si, oui ou non, le candidat républicain à l’investiture présidentielle de 2016, Donald Trump, réussira à propager ses discours tendancieux dans les médias et sur les réseaux sociaux.

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