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Nadia SeraioccoQuand autoritarisme et sécurité menacent le web

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 publié le 10 juillet 2014 à 8 h 47
Tim Berners-Lee, source : Wikicommons

Sir Tim Berners-Lee, source : Wikicommons

Pour souligner les 25 ans du web, le Pew Research Center publie une série d’études abordant le web tel qu’on imagine qu’il sera en 2025… Le plus récent volet porte sur ce qui menace la démocratie du web. J’en parlais mercredi à l’émission C’est pas trop tôt.

La genèse de cette recherche

Il faut se rappeler qu’en mars 1989, Tim Berners-Lee met par écrit un projet de système de gestion de l’information qui deviendra le WWW (World Wide Web). Il le rend accessible à tous, gratuitement, le jour de Noël 1989.

Le Pew Research Center, un centre de recherche indépendant, a souhaité rendre hommage à la vision de Berners-Lee (on peut lire un mot de sa part à ce sujet) en produisant une série de rapports de recherche, dont plusieurs sont réalisés en collaboration avec l’université américaine d’Elon en Caroline du Nord. Chaque rapport se veut la cartographie d’un sujet d’un point de vue actuel et tel qu’on l’imagine en 2025, comme la vie numérique ou encore l’Internet des objets (présenté ici en mars), apparu depuis le début de 2014.

Que craint-on qu’il arrive au web d’ici 2025?

Le rapport actuel se penche sur quelques peurs des internautes, parmi lesquelles on compte les conséquences des actions des nations ou des États pour maintenir un contrôle politique; le fait est qu’à la lumière des récentes révélations sur la surveillance des entreprises et des gouvernements, la confiance s’est effritée, et cela mènera probablement à encore plus de surveillance. Bien évidemment, les pressions des groupes ayant des intérêts commerciaux pour entraver le flux des informations portent à croire que la structure ouverte de la vie numérique sera irrémédiablement entravée. En ce qui a trait au quotidien des utilisateurs, les efforts constants de certaines autorités pour censurer l’information jugée choquante (le fameux TMI) en viendront à altérer le plaisir de publier sur le web.

Contrôler toujours plus jusqu’à tuer toute utilisation innovatrice du web

Dans le rapport du Pew Research Center, les experts consultés remarquent que devant le rôle important qu’Internet a joué dans certaines révolutions, comme le printemps arabe, plusieurs pays, dont l’Égypte et le Pakistan, tendent à vouloir réglementer encore plus le web. Quant à la Chine, elle est en train d’ériger une muraille pare-feu (Great FireWall) pour isoler ses citoyens. Ailleurs, sous prétexte de réduire la criminalité, on surveille de plus en plus le web.

De plus, les internautes pensent que plus le web sera colonisé par les grandes marques, plus leurs faits gestes y seront restreints.

À ce propos, Danah Boyd de Microsoft remarque que les révélations d’Edward Snowden rendent les États plus méfiants. Il en résulte donc une fragmentation de l’information, qui ne circule plus aussi librement. Dans le rapport du centre Pew, on parle même de balkanisation du web.

Tout devient donc matière à réglementation et à plus de surveillance, même la chaîne de magasins à grande surface Target, qui se fait dérober les données personnelles de ses clients, devient l’exemple qui donne des munitions à ceux qui veulent endiguer le flux des informations qui circulent en ligne.

Et si ces changements menaient le web ailleurs?

Dans le présent rapport, les commentaires des spécialistes dits « optimistes » sont les plus intéressants. Car pour imaginer le pire, il suffit de regarder à deux pouces de son nez, mais pour envisager un monde meilleur, il faut souvent accepter de tout changer. Or, Paul Jones, professeur à l’Université de Caroline du Nord et fondateur de ibiblio.org, arrive à des conclusions différentes devant les faits actuels. Selon lui, les tendances historiques confirment que lorsqu’un moyen de communication atteint sa maturité, le contrôle remplace l’innovation.

Il conclut donc que dans les 10 prochaines années, il nous faudra être encore plus investis dans l’évolution d’Internet, car les technologies tendront à appuyer le contrôle, mais la résistance s’organisera, et ce sera la vraie révolution…

Kevin Carson, un associé du Center for a Stateless Society (Centre pour une société sans États) et collaborateur au blogue P2P Foundation, dévoile qu’il y a en ce moment beaucoup de gens qui travaillent pour développer des versions cryptées, basées sur un code source libre, de réseaux sociaux en réponse à la montée de l’autoritarisme et à la participation de l’État au maintien de médias surveillés.

Oscar Gandy, de l’Université de Pennsylvanie, croit pour sa part qu’en mettant en place un système qui pénalise ceux qui utilisent à mauvais escient l’information en circulation sur les réseaux (avec des amendes, des retraits de licence), on pourrait arriver à un meilleur équilibre, sans entraver complètement le système.

Ces raisons que l’on évoque pour justifier le contrôle de toute information

Jeff Jarvis, professeur de journalisme bien connu, explique que le gouvernement représente la plus grande menace à la liberté en ligne. La Chine et l’Iran ne cachent pas leur désir de contrôler l’information et leurs citoyens. Mais des pays qui ont une réputation de tolérance, comme le Canada et l’Australie, menacent de tout filtrer pour prévenir la pornographie juvénile. Or, une fois que le gouvernement filtre les communications et l’information, peu importe la raison, expose Jarvis, il peut ensuite le faire sans raison précise. Il faut ouvrir encore plus l’architecture d’Internet pour préserver son indépendance.

Il faut croire, comme le disait Andrew Feenberg à l’émission La sphère le 8 mars dernier, à la coconstruction, c’est-à-dire que chaque fois qu’une invention est récupérée par le système et limitée dans ses possibilités, les scientifiques sont déjà à l’œuvre pour repousser les limites et créer un nouveau territoire à découvrir.

Pour télécharger le rapport sur le site du Pew Research Center, cliquez ici.

Pour cette série de rapports, quelque 12 000 spécialistes des communications ou du web ont été contactés, et de ce nombre, 2500 ont répondu. La présente étude se fonde sur les réponses de 1400 spécialistes, et les commentaires sont émis par un comité d’experts (professeurs, penseurs et chercheurs) sur ce qui se dégage des résultats.

Martin LessardOù finiront vos photos de vacances?

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 publié le 27 juin 2014 à 10 h 11

C’est le début de la saison des photos de vacances. Probablement, comme beaucoup de gens, vous choisirez de prendre vos photos avec votre téléphone portable.

Si vous êtes comme moi, vos photos finiront par traîner un peu partout. Dans mon cas, je suis même en train d’en perdre la trace.

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Bien sûr, j’ai une place sur mon disque dur où je les garde en sécurité, mais  je ne les regarde jamais, et après quelques mois, ces noms de fichiers à numéro ne me disent plus rien.

J’en ai aussi une copie de sécurité (du moins, je crois).

Mais, maintenant que j’y pense, mon cellulaire les pousse aussi automatiquement vers Dropbox. Et aussi vers iCloud (je suis sur iOS). Ah, oui! J’utilise aussi Crashplan, un service de copie de sécurité en ligne. Donc, des copies de mes photos sont quelque part sur un serveur.

Oh! J’en ai quelques-unes aussi que j’ai textées. Celles-là, je ne sais pas où elles sont dans l’univers numérique.

Il y a aussi celles que j’ai déposées sur Facebook ou Twitter. Quant à celles déposées sur Snapchat, on me promet qu’elles ont été effacées.

Et les plus anciennes photos se trouvent sur mon ancien ordi et sur quelques vieux CD-ROM.

Bref, c’est la galère.

Des poses et des flux

Nous publions tellement de photos, car leur coût de production a énormément baissé depuis plusieurs années que nous en produisons plus que ce que nous sommes véritablement capables de gérer.

Le coût de gestion devient, en comparaison, prohibitif. Qui va passer ses soirées à renommer, à identifier et à trier ses photos, sachant que demain, une autre vague de photos va déferler?

Alors, quand des outils comme Facebook (en ligne) ou iPhoto (sur Mac) vous proposent de trier, d’archiver et d’identifier l’origine de vos photos (ah, vous ne le saviez peut-être pas, mais si vous ne désactivez pas la géolocalisation, toutes vos photos se retrouvent localisées à l’endroit où vous les avez prises!), alors quand, dis-je, des outils vous proposent de simplifier la gestion de ces souvenirs, c’est difficile de refuser. À la longue, on tombe tous un jour ou l’autre sous leur emprise…

Quand le coût de production était élevé, la rareté des bonnes photos faisait en sorte que nous les conservions précieusement. La propriété, la possession, était le garant de sa valeur.

Aujourd’hui, dans la surabondance, la valeur d’une photo est dans sa diffusion. À quoi peut bien servir ce beau coucher de soleil sur la plage (en fait, ces 100 beaux couchers de soleil sur la plage) si personne ne le voit?

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On ne prend plus des photos pour les garder, mais pour les envoyer tout de suite à ses amis.

En fait, on a laissé à nos outils le soin de faire la collecte de nos souvenirs pour les présenter eux-mêmes aux autres. Car nous sommes trop occupés à en produire d’autres.

Martin LessardE-180 : pour le compagnonnage numérique

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 publié le 18 juin 2014 à 11 h 01

Parmi les entreprises en démarrage, toutes n’existent pas que pour le gain. Certaines cherchent plus à maximiser l’impact social de leurs actions que le taux de profits des investisseurs.

L’entrepreneuriat social existe depuis une bonne vingtaine d’années, avec des approches différentes selon les pays et les cultures. Il est présent ici aussi dans notre écosystème des entreprises en démarrage.

E-180 est une de ces entreprises sociales qui génèrent des revenus dans le but de les réinvestir dans leur mission. Et leur mission? Relier les gens par le web pour qu’ils s’échangent leurs connaissances en face à face.

Cette initiative québécoise de microtutorat a débuté à Montréal il y a quelques années et offre son service de jumelage gratuitement aux milliers d’usagers de son site.

E-180 se spécialise dans la création d’outils pour jumelage de gens ayant des centres d’intérêt similaires et désireux d’apprendre des choses les uns des autres, en personne et un à un, ce qu’ils appellent du joli nom, le « compagnonnage numérique ».

J’ai rencontré une des cofondatrices, Christine Renaud, au moment où E-180 s’apprête à lancer la version 2.5 de sa plateforme.

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Des trésors en partage

Christine Renaud, détentrice d’une maîtrise en éducation de l’Université Harvard, est  passionnée par le processus d’apprentissage (elle donne cette semaine une conférence sur les possibilités technologiques en éducation).

E-180 a fait récemment des événements au Qatar, au Gabon et au C2-Montréal.

« Dans des événements, comme C2-MTL, c’est nous qui connectons les gens. Et au coeur de la connexion se trouve l’apprentissage par les pairs. On change les processus habituels pour faire émerger une communauté d’apprentissage. »

Les événements, comme les colloques, sont des endroits parfaits pour E-180, car il y a beaucoup de personnes rassemblées dans un même lieu et leur plateforme permet aux gens qui ont des centres d’intérêt similaires de se rencontrer.

« On est sur place, on joue les entremetteurs, on connecte les gens. On apprend à connaître les participants et on développe un sentiment de communauté, dans une perspective d’apprentissage. »

Ce sont ces activités de jumelage dans de grands événements qui permettent de garder le site E-180 gratuit et ouvert à tous.

Renouer le lien par l’apprentissage

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Alexandre Spaeth, l’autre cofondateur, celui qui conçoit l’algorithme de jumelage, et Christine Renaud voient grand.

« Notre but ultime est de connecter tous les humains du monde et de faire en sorte qu’ils apprennent des choses les uns des autres. »

Tous les savoirs sont bons à partager : photographie, démarrage d’entreprise, tricot…

E-180 semble viser surtout un segment de la population qui souhaite transmettre ses connaissances pour le simple plaisir.

Leur approche est visiblement inspirée des pratiques éducatives dans lesquelles les apprenants interagissent entre eux dans un cadre plus ou moins formel. Ce contexte d’apprentissage favorise certaines résolutions de problème qui ne sont pas nécessairement possibles dans un cadre didactique habituel (pour des raisons de temps, d’argent ou de ressource).

Centré sur l’accompagnement et le partage direct, le compagnonnage numérique proposé par E-180 est une relation similaire à celle d’un maître avec son apprenti, mais bâtie sur la proximité géographique et soutenue par une plateforme qui les met tous deux en relation.

Moi, j’y vois surtout une façon de réparer le tissu social d’une communauté locale. Grâce à la technologie, les connexions se refont entre les personnes habitant dans le même coin. Et alors se révèlent des ressources insoupçonnées dans leur entourage.

Dans un monde qu’on dit égocentrique, isolé, solitaire, les réseaux sociaux permettent pourtant de renouer les liens. Cette fois-ci, c’est sur l’incompressible besoin de partager ses connaissances que nous ressentons tous que cette entreprise sociale table pour pousser, petit à petit, un à un, tout le monde dans ce sens.

Cet article fait partie d’une série de billets consacrés à la découverte d’entreprises naissantes du domaine de la technologie de chez nous :

Provender : de la ferme à la fourchette

Busbud : conquérir le monde en autobus

VarageSale : générateur de communautés hyperlocales

Breather : un espace au bout des doigts

Transit : l’expert en transport en commun

Crew : la plateforme des meilleurs développeurs web

Snoobe : le Robin des forfaits mobiles

Sale-AccentureSelon une étude de l’entreprise internationale Accenture, 80 % des consommateurs ne croient plus que la confidentialité complète des données privées soit encore possible. On a sondé 2012 personnes âgées de 20 à 40 ans, aux États-Unis et au Royaume-Uni pendant les mois de mars et d’avril derniers. Si cette statistique peut sembler pessimiste (ou réaliste), les autres résultats de l’enquête témoignent d’un changement perpétuel de nos habitudes de consommation.

Pourvu qu’on en bénéficie…

La dernière étude de ce type a été réalisée en 2012, alors que Accenture constatait que 85 % des répondants s’inquiétaient du fait que les sites mesurent leurs habitudes d’achat. Ce nombre a baissé à 64 % en 2014, 49 % se montrant d’accord, si cela signifie qu’ils recevront des offres intéressantes de la part des fournisseurs. En ce qui a trait aux préférences de communication promotionnelle, le courriel demeure en tête de liste pour 93 % des répondants, 57 % préfèrent les médias sociaux et 44 % aimeraient des SMS. En 2014, chez les 20 à 40 ans, seuls 25 % des répondants apprécient encore les communications par téléphone. Qui plus est, 64 % sont contents recevoir des SMS promotionnels lorsqu’ils entrent dans un commerce qui a pignon sur rue, ce qui implique donc qu’ils soient « géolocalisés » à l’aide de leur appareil mobile.

Encore quelques préoccupations pour la sécurité

Il demeure quand même quelques zones d’ombre dans ce portrait idyllique. Ainsi, 87 % des répondants considèrent que les mesures de sécurité sont insuffisantes et 70 % croient qu’il y a un manque de transparence quant à l’utilisation de leurs données par les compagnies privées. De plus, 39 % sont convaincus que leurs données personnelles sont vendues à de tierces parties. Pour Glen Hartman, directeur général de Accenture, il s’agit d’une occasion pour les compagnies de se démarquer. Le mot d’ordre, en plus d’un service à la clientèle de qualité supérieure, est la transparence et la confiance. En entrevue au Wall Street Journal Live, il fait remarquer que la clientèle est prête à partager ses informations si cela lui permet d’obtenir des avantages.

À ce titre, l’interviewer Paul Vigna fait un commentaire sur le partage des données qui mérite réflexion. Les utilisateurs seraient plus enclins à faire confiance à une compagnie privée qu’au gouvernement. Facebook serait très certainement moins populaire, si elle agissait au nom du gouvernement (et ce, même si les Canadiens sont les utilisateurs les plus actifs sur Facebook).

Et la surveillance gouvernementale dans tout ça?

Par ailleurs le projet de loi S-4 des conservateurs contre la cyberintimidation, dont nous avons parlé la semaine dernière, a été rejeté par la Cour suprême, principalement parce que l’accès tous azimuts aux informations personnelles des Canadiens, sans même avoir à en justifier l’accès, ne semble pas acceptable.

Faut-il le dire, il semble que la sécurité publique n’a pas encore à nos yeux la même importance qu’un bon rabais dans un commerce que nous apprécions.

Lien direct vers l’infographie (PDF en anglais)

vers-une-surveillance-renforcee-d-internet-au-canada_42535_w250Qu’un gouvernement instaure des mesures qui briment les libertés individuelles dans le but de préserver la sécurité n’a rien de nouveau. Comme l’affirme le désormais célèbre Edward Snowden, « le 11 septembre 2001 a été un cadeau pour la NSA », l’Agence de sécurité nationale américaine, dont nous connaissons maintenant les incursions dans la vie privée de la population. Mais il s’agissait dans ce cas de terrorisme international. Au Canada, où nous avons déjà eu quelques scandales de cet acabit après la surveillance dans des aéroports, le projet de loi S-4 contre la cyberintimidation pourrait être un grave recul, selon le commissaire à la vie privée du Canada, Daniel Therrien.

 D’abord, protéger les victimes de harcèlement

D’un côté, ce projet de loi a du bon. On y retrouve notamment une mesure qui rendrait illégale la publication de photos intimes sans consentement explicite et des mesures facilitant le retrait de ces images du web. Il suffit de penser au cas d’Amanda Todd, 15 ans, qui s’est suicidée, à la suit du harcèlement qu’avait engendré la diffusion d’une photo d’elle dénudée. Cette forme d’intimidation est un phénomène nouveau, désigné par le terme revenge porn. On dévoile donc des photos privées qui font de la victime un objet sexuel offert à tous. Dans la plupart des cas, ces situations dégénèrent au point de mener à du harcèlement généralisé et à des agressions physiques. L’histoire de l’Américaine Charlotte Laws, qui s’est battue pour faire retirer des photos de sa fille nue obtenues par piratage, est un autre exemple terrifiant de la vulnérabilité des victimes de cyberharcèlement. De ce point de vue, on ne peut qu’applaudir cette initiative.

Penser aussi au droit à la vie privée des personnes soupçonnées de cybercrime

Mais derrière le projet de loi S-4 se profilent plusieurs problèmes pour la vie privée. Il sera désormais possible pour des organisations de colliger et partager les données confidentielles ou les publications sur les réseaux sociaux d’une personne, sans avoir l’autorisation de cette dernière ou même de mandat précis pour mener une telle recherche. Si deux compagnies sont prêtes à coopérer, elles pourront donc enquêter ensemble sur des cas de viol de droits d’auteur et de piratage d’œuvres, pour ne nommer que ceux-là. Cela ferait bien plaisir à des tierces compagnies dont les profits sont rattachés à la capture des « pirates », telles Canipre, une société canadienne dont nous avons déjà parlé et qui tire ses profits de cette chasse aux pirates. Les mandats de perquisition ne seraient plus nécessaires pour obtenir des informations, l’immunité serait accordée par les enquêteurs à quiconque fournit des informations, et ainsi de suite.

Pour Daniel Therrien, ce projet de loi soulève des questions, car on n’y retrouve aucun détail sur la façon dont ces mesures seraient appliquées. Il permet une trop grande latitude à ceux qui souhaitent obtenir des renseignements et n’encadre pas suffisamment cette pratique. Bien que le gouvernement conservateur prétende que cette loi est nécessaire pour permettre au Canada d’être à jour et d’obtenir l’arrestation de cybercriminels, il y a effectivement des raisons de s’inquiéter.

Des phénomènes tels que la cyberpédophilie et la cyberintimidation suscitent nos pires craintes. Mais comme l’histoire nous l’a démontré, il y a un prix individuel à payer pour cette « sécurité », qui peut facilement devenir abusive.