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Regardez-vous votre téléphone au restaurant? Vérifiez-vous vos textos au cinéma? Répondez-vous à des courriels en pleine réunion d’affaires?

Ce genre de comportement ne serait pas approprié selon une nouvelle recherche du Pew Research Center. Les résultats de cette étude sont basés sur un sondage effectué auprès de 3217 adultes dont 3042 sont des utilisateurs de cellulaire.

L’omniprésence du cellulaire

Il faut dire que les cellulaires sont partout. En 2014, pour la première fois, plus d’un adulte québécois sur deux (52,3 %) possédait un téléphone intelligent. Et parmi les 18-44 ans, c’est plus de 75 % d’entre eux qui disposaient d’un téléphone intelligent. Dans plusieurs cas, ce dernier en vient même à remplacer le téléphone traditionnel. En effet, plus d’un ménage canadien sur cinq utilise uniquement des téléphones cellulaires comme service téléphonique.

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Et bien sûr, ce fameux cellulaire n’est pratiquement jamais éteint. Notre utilisation effrénée de l’appareil entraîne donc toute une série de nouveaux défis, dont celui d’établir de nouvelles règles de bienséance. En gros, il y a des choses qui se font et d’autres qui ne se font pas. Puisque nous sommes toujours branchés, quand est-ce approprié de détourner notre attention de notre environnement immédiat?

Dans la rue, pas au restaurant

Le sondage du Pew Research Center indique que l’étiquette du cellulaire n’est pas la même suivant le contexte. En effet, 77 % des adultes sondés pensent que c’est habituellement acceptable d’utiliser son cellulaire en marchant dans la rue. Une vaste majorité de répondants (75 %) pense aussi qu’il est correct d’utiliser son cellulaire dans les transports en commun.

Par contre, seulement 38 % des Américains sondés pensent que c’est convenable de sortir son téléphone au restaurant. Dans une rencontre d’affaires ou au cinéma, n’y pensez même pas. Seuls 5 % des répondants sont d’accord avec un tel comportement.

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Un mal nécessaire?

De façon générale, les Américains voient l’utilisation sociale du cellulaire d’un mauvais œil. Et pourtant, on le fait tous. On jette un regard sur ses écrans, parfois discret et furtif, parfois pas. Dans l’étude, 89 % des utilisateurs de cellulaires avouent l’avoir consulté dans le plus récent contexte social. C’est souvent pour envoyer ou lire un message, pour faire une photo, tourner une vidéo ou même recevoir un appel (oui, ça se peut encore).

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Nos interactions avec ceux qui se trouvent en face de nous s’en voient modifiées, voire dérangées. Pour 82 % des répondants du sondage, ce type de comportement nuit à la conversation. Mais pour d’autres (33 %), ça peut ajouter un nouvel élément à la discussion.

Les femmes sont plus nombreuses à voir les aspects négatifs de l’utilisation sociale du cellulaire (41 % contre 32 % des hommes). Cette perception varie aussi en fonction de l’âge. Les répondants de plus 50 ans sont plus nombreux à la partager (45 %) que les jeunes (29 %).

Pourquoi on continue de le faire?

Là, ça devient vraiment intéressant. Pourquoi on continue d’utiliser son téléphone dans un contexte social même si on sait pertinemment que certains en seront heurtés? Pour 16 % des sondés, c’est tout simplement parce que l’activité sociale n’est plus intéressante et pour 15 %, c’est l’envie de se connecter avec une personne absente que le reste du groupe ne connaît pas. Les autres 10 % utilisent leur téléphone pour éviter de participer à la discussion. On ne se préoccupe donc pas de la réaction des autres puisqu’on préférerait être ailleurs.

Cela dit, la plupart du temps, c’est pour ajouter à la conversation et au contexte social en cours qu’on utilise son téléphone. En effet, 45 % utilisent leur téléphone pour diffuser une photo ou une vidéo de l’événement; 41 % se servent des médias sociaux ou de messages textes pour faire part d’un moment vécu; 38 % cherchent de l’information qui paraît utile ou intéressante au groupe; et 31 % se connectent à d’autres personnes connues du groupe, mais absentes au moment de la rencontre.

C’est 78 % des répondants qui affirment mettre ce type d’usage social du cellulaire en pratique contre 30 % qui se servent de l’appareil comme moyen d’évasion.

Vous reconnaissez-vous?

 

Connaissez-vous Politwoops? Ce site se consacre à surveiller les messages des politiciens sur Twitter. Ou pour être plus précis, aux messages que les politiciens publient, mais qu’ils effacent ensuite pour une quelconque raison.

L’intention du site est on ne peut plus claire : lisez ce que les politiciens ne veulent pas que vous lisiez.

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Vous comprenez qu’avec cette attitude un tantinet conspirationniste, mais qui intéresse ceux qui veulent tout savoir, Politiwoops a rapidement su attirer l’attention des gens qui cherchent à surveiller leurs politiciens.

Or, lundi, on a appris que le site Politwoops s’est vu retirer tous ses accès à Twitter.

Effacez ce tweet que je ne saurais lire

Pourquoi un politicien effacerait-il un tweet qu’il a écrit? Pour une simple erreur orthographique, ou encore parce qu’il regrette l’excès de rage qui lui a fait écrire un message auquel il ne croit pas réellement. Ou parce qu’il n’est pas autorisé par sa ligne de partie à le dire.

Peu importe la raison, Politwoops conserve sur son site tous ces tweets effacés.

Le site Politwoops était accessible dans une trentaine de pays, dont le Canada, jusqu’à la fin de semaine dernière, quand Twitter lui a tout simplement annoncé qu’elle bloquait l’accès à son service.

Sans son accès automatique à Twitter, Politwoops est évidemment incapable de surveiller tous les tweets effacés.

Twitter affirme que les conditions d’utilisation de son service n’autorisent pas le type d’usage qu’en faisait le site Politwoops. Politwoops, aux États-Unis, avait déjà perdu l’accès aux services de Twitter il y a trois mois. La surprise n’est donc pas totale.

Ce que Politwoops reproche à Twitter , c’est qu’en 2012, cette dernière semblait pourtant d’accord pour lui accorder le droit d’utiliser ses services! Twitter aurait brutalement fait volte-face au printemps dernier et serait revenue sur sa décision : fini le droit pour Politwoops de collectionner les tweets effacés.

La raison? « Imaginez combien il serait stressant – intimidant, même – de tweeter si c’était permanent et irréversible », annonce Twitter en invoquant un « droit à l’oubli pour les politiciens », ces derniers étant considérés ici comme de simples utilisateurs, comme vous et moi.

Politwoops dénonce cet égalitarisme de façade, car « ce que les élus disent en public est un document public. Ça devrait être accessible à tous », croit-il.

Ce « droit à l’oubli numérique » est en fait, si l’on veut être clair sur les mots, un droit de « ne pas être siphonné par un algorithme mille fois plus rapide que notre ombre ».

Dans les faits, un tweet maladroit d’un politicien risque encore d’être copié et conservé, mais pas de façon automatique. Ce devra être une opération manuelle faite par des lecteurs qui sont vites sur la gâchette.

Et ces lecteurs véloces devront avoir la crédibilité nécessaire pour prouver l’authenticité de leur copie-écran. Bonne chance.

L’utilisateur est le nouveau citoyen

Ce qui s’est joué ici, à mon avis, relève de la symbolique.

Twitter, toujours à la recherche de son âme en ces temps de tourmente, resserre la vis et ne veut plus assumer le rôle social que Politwoops et consorts veulent lui faire jouer, c’est-à-dire être le gardien de la « Parole publique ».

Twitter refuse d’avoir un rôle dans l’agora, cette « place de la démocratie virtuelle ». Elle ne veut qu’être une plateforme numérique où des utilisateurs ouvrent et ferment leurs comptes. Ce que ces derniers y font entre les deux leur appartient.

Sa mission n’est pas de devenir la « mémoire du monde », mais d’offrir le meilleur service à ses clients. Elle ne veut pas s’insérer dans une logique journalistique en cautionnant le verbatim automatique de tous les politiciens.

Bref, sur la plateforme de Twitter, un politicien est un utilisateur comme les autres, et si celui-là veut effacer son tweet, il en a bien le droit.

Pour la volonté d’éclairer le débat public, Twitter dit aux journalistes de se débrouiller tout seuls.

Catherine MathysLes nouvelles maladies de l’ère numérique

par

 publié le 25 août 2015 à 13 h 14

Aimeriez-vous vivre dans une ville sans aucune connexion sans fil? C’est la réalité des résidents de Green Bank, en Virginie-Occidentale. Pas de signal cellulaire, pas de routeurs, pas d’antennes de diffusion. Pour nombre d’entre nous, ce serait sûrement un cauchemar, mais pour d’autres, c’est une coupure essentielle pour leur santé.

Un mal que la science peine à reconnaître

Avec l’ère numérique sont apparus de nouveaux maux. Certains souffrent, par exemple, de ce que l’on appelle l’hypersensibilité électromagnétique, une condition que la médecine ne semble pas reconnaître comme une pathologie à part entière. L’Organisation mondiale de la santé constate l’existence d’une série de symptômes comme des rougeurs, des picotements, de la fatigue, des difficultés de concentration, des palpitations cardiaques, des troubles digestifs, etc., mais pas son lien avec une exposition aux ondes électro­magnétiques. Cette position date de 2005, et il n’existe toujours pas de critères diagnostiques clairs malgré l’augmentation de notre utilisation d’appareils mobiles.

Pourtant, le sujet revient périodiquement dans les médias. Chez nous, il en a été abondamment question autour de l’implantation des nouveaux compteurs intelligents d’Hydro-Québec.

En mai dernier, près de 200 scientifiques internationaux ont lancé un appel à l’ONU et à l’OMS afin que soient définies des normes d’exposition aux ondes électromagnétiques. Il faut dire que certains chiffres avancés sont alarmants. Un professeur de neuroscience de l’Institut Karolinska, en Suède, Olle Johansson, mentionne que le nombre de personnes souffrant de cette condition atteindrait 3,5 % de la population américaine (ce qui représente tout de même 11 millions d’individus).

Si vous avez le temps, voici une de ses conférences, où il explique les tenants et aboutissants de la chose.

Un cas de jurisprudence en France?

Un jugement historique vient peut-être de donner un nouvel élan à la cause. En effet, la justice française vient de reconnaître, pour la première fois, l’existence d’un handicap grave dû à l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques.

La plaignante, Marine Richard, est une ancienne journaliste qui souffre de symptômes depuis 2010. Selon le tribunal du contentieux de l’incapacité de Toulouse, il s’agit bien du syndrome d’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques, dont « la description des signes cliniques est irréfutable ».

« Dans ce jugement, il est estimé que sa déficience fonctionnelle est de 85 % ‘avec restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi’. La justice lui accorde, en conséquence, le droit à une allocation pour adulte handicapé pour trois ans, éventuellement renouvelable, sous forme d’aide technique et d’aménagement de son logement. »

Les autres maladies du numérique

Les nouveaux maux reliés à notre mode de vie branché ne s’arrêtent pas là. Cet article répertorie cinq nouvelles conditions qu’il relie directement à l’utilisation qu’on fait de la technologie.

1. Les cervicalgies des textos ou text neck

Notre façon de regarder l’écran de nos téléphones a des conséquences sur notre cou. Plus l’angle de notre cou augmente, plus le poids imposé sur les cervicales augmente. À 15 degrés, le poids équivaut à environ 27 livres; à 30 degrés, c’est 40 livres; à 45 degrés, c’est 49 livres, etc. Ce genre de position peut amener une usure prématurée de la colonne. Une solution simple? Baissez les yeux, pas la tête, quand vous regardez votre téléphone.

2. Diminution de l’ouïe

Les études comme celle-ci, qui mettent en garde les utilisateurs d’iPod, sont nombreuses. Un sondage de 2006 de la American Speech-Language-Hearing Association mentionnait que, parmi les utilisateurs d’appareils mobiles pour écouter de la musique, 35 % des adultes et jusqu’à 59 % des adolescents écoutaient de la musique très forte.

L’article précise que les dommages causés à l’ouïe sont cumulatifs et irréversibles. Baissez donc le volume.

3. Les effets sur le cerveau

Notre constante utilisation d’appareils nous rendrait, contrairement à ce qu’on pourrait penser, moins productifs. C’est ce qu’avance cette récente étude des universités de Floride, du Michigan et de Washington. En passant nos journées devant nos ordinateurs et nos soirées (pour ne pas dire nos nuits) sur nos téléphones à scruter Facebook ou à écrire des textos, nous privons notre corps d’une période de repos bien nécessaire, ce qui a, par ricochet, un effet négatif sur notre productivité le lendemain.

Prenez donc une pause de votre écran. Après la lecture de ce billet.

4. Les rides du numérique

Oui, vous avez bien lu. Il semblerait que l’utilisation accrue de l’ordinateur aurait aussi des conséquences visibles. Cet article de 2010 mentionne qu’en passant nos journées à fixer à un écran d’ordinateur, on creuserait nos rides sur notre front et autour des yeux, en plus de se doter d’un formidable double menton causé par la position de notre cou. Joyeux, n’est-ce pas?

C’est vrai qu’on est nombreux à travailler sur des portables. On baisse donc forcément les yeux plus souvent, puisqu’on privilégie le confort de nos mains et de nos bras sur le clavier.

5.  La fatigue numérique de l’oeil

Ce n’est rien de nouveau. Bien sûr, la vue peut baisser à force de passer tout notre temps à regarder des écrans (ordinateurs, téléphones, télévision, etc.). Mais ce que je ne savais pas, c’est que ça porte un nom, le « Computer Eye Syndrome » ou la fatigue numérique de l’oeil, selon l’Association américaine d’optométrie. Vous aurez tous les conseils nécessaires sur leur page. En attendant, ça peut être une bonne idée de télécharger une application qui réduira la luminosité de votre écran, comme celle-ci ou celle-ci.

Allez, bonne pause!

 

Catherine MathysFrance : la fin de l’obsolescence programmée?

par

 publié le 19 août 2015 à 15 h 30

En France, la loi sur la transition énergétique est entrée en vigueur hier. Les parlementaires en ont profité pour y inclure la sanction de la pratique de l’obsolescence programmée, qui consiste à offrir des produits à la durée de vie limitée. En fait, elle vise essentiellement à encourager le rachat de produits neufs plutôt que la réparation de produits défectueux. L’objectif de cette nouvelle loi est donc de limiter les déchets électroniques et de faire baisser la facture pour le consommateur.

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Comment contrer l’obsolescence programmée? Le gouvernement forcera les entreprises à indiquer la durée de vie de leurs produits à leurs consommateurs. Désormais, les contrevenants encourent jusqu’à deux ans d’emprisonnement et une amende de 300 000 euros. Cette dernière peut même monter à 5 % du chiffre d’affaires annuel.

La nouvelle loi force aussi les entreprises à informer leur clientèle du laps de temps pendant lequel les pièces de rechange seront en vente, sinon elles risqueront de devoir payer une amende pouvant atteindre 15 000 euros.

Et ça ne s’arrêtera pas là. Une autre mesure, dont l’entrée en vigueur est prévue l’année prochaine, obligera les manufacturiers à réparer gratuitement l’objet ou l’appareil dans les deux premières années suivant l’achat.

Les différentes techniques d’obsolescence

Si l’obsolescence programmée est toujours d’actualité, elle revêt diverses formes, expliquées ci-dessous par Le Figaro. Voici quelques-unes des principales catégories.

  • Le défaut fonctionnel

Dans ce cas, le fabricant fait en sorte que si une seule et unique pièce de l’appareil tombe en panne, l’ensemble de l’appareil cesse de fonctionner et doit être remplacé. Le meilleur exemple est sûrement celui d’Apple et de ses premiers iPod.

  • L’incompatibilité

Ici, le but est de rendre inutile un produit par le fait qu’il n’est plus compatible avec des versions ultérieures d’une application ou d’un logiciel. On se trouve donc obligés de racheter un appareil plus performant pour pouvoir continuer à utiliser le logiciel. Par exemple, l’application de La Presse n’est pas compatible avec l’iPad de première génération.

  • L’obsolescence indirecte

Il s’agit d’une méthode qui consiste à rendre les produits obsolètes alors qu’ils sont parfaitement fonctionnels. C’est souvent le cas des chargeurs de téléphone cellulaire. La sortie du iPhone 5 avait fait grand bruit à ce sujet-là. Son chargeur était incompatible avec tous ses prédécesseurs, les iPad et les iPod.

  • La péremption

C’est la technique qu’on retrouve souvent dans le secteur alimentaire où certaines entreprises indiquent des dates plus courtes que la durée de vie réelle de l’aliment.

L’obsolescence programmée existe depuis longtemps

N’allez pas croire que l’obsolescence programmée est un phénomène récent. Cet article du Guardian mentionne que le cartel Phoebus, dans les années 20, avait eu l’idée de créer des ampoules qui briseraient après 1000 heures plutôt que les 1500 ou 2000 heures des précédentes.

Dans le film The Man in the White Suit, produit en 1951, on présentait l’inventeur d’une fibre textile antitache qui ne s’use jamais. Il est vite devenu la cible du courroux des entreprises et des employés de l’industrie textile qui craignaient la fin de leur industrie avec ce produit supposément parfait.

Bref, le sujet est dans l’air depuis fort longtemps bien qu’il se soit vraisemblablement intensifié dans les 30 dernières années.

Une loi difficile à appliquer

Reste à voir comment cette nouvelle loi sera applicable. Cet article de L’Express en fait foi.

« Démontrer qu’un professionnel a réellement fait en sorte que son produit tombe en panne à une date précise sera très compliqué. Hormis avec des preuves internes à l’entreprise, on ne peut pas. Ce n’est pas la mesure qui nous semble la plus importante pour favoriser la durabilité des produits. »

L’autre limite de cette loi consiste à déterminer la durée de vie théorique d’un produit.

« La plupart des marques n’ont pas assez de pouvoir de captation de clientèle pour se permettre d’écourter volontairement la durée de vie de leur produit. Si vous achetez une machine à laver et qu’elle tombe en panne au bout de deux ans, vous n’achèterez tout simplement plus cette marque. Le plus gros risque pour les entreprises, c’est, ça, que les consommateurs aillent voir ailleurs. »

Certains, comme le mentionne L’Express, préfèrent parler d’obsolescence organisée, plutôt que d’obsolescence programmée. On nous pousse à changer de produit, mais ça ne vient pas toujours du produit lui-même. Le consommateur a, lui aussi, des questions à se poser sur sa propre façon de consommer.

Énorme surprise dans le monde d’Internet avec l’annonce, hier, que Google devient Alphabet.

Alphabet est le nouveau nom du conglomérat qui chapeautera l’ensemble des activités du géant de la recherche Internet.

Ce qu’il faut comprendre, dans un premier temps, c’est que le nom Google inc., en tant que compagnie publique cotée en bourse, va avoir un nouveau nom, Alphabet inc.

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Le nom Google ne disparaît pas. Le moteur de recherche continue de s’appeler Google. L’outil ne change donc pas de nom. C’est la maison-mère de l’ensemble des activités du groupe qui change de nom.

Ce qui a été annoncé hier, c’est la création d’une société au-dessus de Google. Google devient une filiale à part entière de cette société appelée Alphabet, qui chapeautera dorénavant l’ensemble des activités du groupe.

Concrètement, ce qui va changer, c’est que toutes les actions de Google inc. deviendront bientôt des actions d’Alphabet inc.

Symboliquement, le changement de nom reflète non seulement une refonte de la structure de Google, mais une affirmation du changement de cap du groupe vers l’innovation tous azimuts.

Ce que cache un nom

On peut dire que Google était à l’étroit avec son nom.

Vous savez, en moins de 20 ans, le nom Google est devenu un synonyme du web pour bien des gens.

Mais le web, en 20 ans, n’est devenu qu’une simple petite portion de la révolution numérique en cours, qui est beaucoup plus grande.

La révolution numérique, en ce moment, c’est l’Internet des objets, ce sont les données massives, les voitures autonomes, la réalité virtuelle, la santé branchée.

Ce changement de nom ne fait que clarifier son rôle : Google est une société de portefeuille de compagnies en haute technologie numérique.

Google était à l’étroit parce que son nom est associé au moteur de recherche. Ça faisait de l’ombre aux autres innovations. En changeant de nom, Google donne de la visibilité aux autres compagnies qu’elle possède.

Google devient une filiale qui reste donc responsable du moteur de recherche et de la publicité en ligne, de la cartographie avec Google Map, de YouTube et du système d’exploitation mobile Android.

Ce qui va être nouveau pour bien des gens, c’est de découvrir toutes les autres compagnies que Google a acquises au fil du temps.

Je vais juste vous rappeler les plus récentes, les lecteurs de Triplex les connaissent bien :

  • Calico, une compagnie fondée il y a un peu plus d’un an axée sur les mégadonnées en recherche de maladies et avec le mandat de découvrir ni plus ni moins comment prolonger la vie.
  • Boston Dynamics, une compagnie achetée, connue pour ses robots utilisés par la DARPA, le bras « recherche et développement » de l’armée américaine.
  • DeepMind, une compagnie britannique spécialisée en intelligence artificielle, et plus précisément en deep learning.
  • Fiber, le fournisseur d’accès Internet ultrarapide de 1 Gig
  • Nest, le thermostat connecté.

En changeant de nom de Google inc. à Alphabet inc., les dirigeants envoient un message clair que le web est devenu trop petit pour eux.

L’innovation numérique, aujourd’hui, dépasse Internet.

Ce qui s’en vient à grande vitesse et qui va changer nos vies, c’est ce que je nommais plus haut : le réseau des objets connectés dans nos maisons, l’automatisation des véhicules, la santé branchée, l’intelligence artificielle et la réalité augmentée.

Sortir de l’ombre de Google

La raison avancée par Google pour cette réorganisation est la mise en place d’une plus grande transparence pour plaire aux investisseurs. Il faut savoir que ces derniers sont souvent méfiants envers les projets de recherche de Google. Quelqu’un qui pense investir dans Google pense investir dans le moteur de recherche et la publicité. Pas dans des lunettes ou des lentilles de contact!

Maintenant que le nom est Alphabet, on sait clairement que c’est une société de portefeuille axée sur l’innovation technologique.

Ça laisse les coudées franches aux dirigeants pour faire d’autres acquisitions.

Un exemple. Il y a une rumeur qui court depuis quelques mois maintenant concernant l’acquisition de Twitter.

Twitter est en bourse depuis presque deux ans, et ça ne va pas très bien. Nombre de gens pensent que Google aurait intérêt à acheter Twitter.

Maintenant, avec Alphabet, cette hypothétique acquisition semble plus logique. Twitter serait juste une compagnie de plus dans le portefeuille d’Alphabet. Google et Twitter resteraient indépendants.

La nouvelle structure permettra de voir plus clairement qui fait quoi et avec quelle marge de manoeuvre.

À court terme, ce qu’on va voir, ce sont les résultats des compagnies parallèles, celles qui étaient dans l’ombre de Google.

On pense à Loon. Loon est un produit fou, ou qui semblait fou il y a quelques années, mais qui semble être la prochaine vache à lait du groupe.

Loon est un service de relais Internet par montgolfières. Ce sont d’immenses ballons qui flottent au-dessus de régions mal connectées à Internet, en Afrique et en Asie par exemple. Il y a un fort potentiel d’affaires pour aller connecter 1 milliard de personnes supplémentaires.

Il y a aussi Wing, un service de livraison par drone.

Ces deux produits, issus des laboratoires de recherche et développement de Google, n’ont plus vraiment rapport avec le moteur de recherche.

Ce laboratoire de recherche s’appelle Google X, et c’est une véritable pépinière d’innovations. C’est aussi de là qu’est sortie la voiture autonome Google Self-driving Car.

Maintenant, Alphabet va pouvoir détailler les avancées de tous ses produits de façon séparée.

Que peut-on espérer à long terme?

Une compagnie qui fonctionne bien est une compagnie qui suit bien sa mission : la mission de Google est de collecter toutes les informations qui existent en ligne.

Mais la technologie évolue tellement rapidement, et le web n’est maintenant plus qu’une partie de l’équation, alors, pour Google, à long terme, rester concentré sur le moteur de recherche est une limite.

En 10 ans, le marché a changé brutalement. Il y a maintenant des cellulaires, des tablettes, des montres connectées. Dans 10 ans, le web ne sera plus reconnaissable.

Google, le moteur de recherche, existera sûrement dans 10 ans, mais peut-être que le web sera moins important dans nos vies.

Avec Alphabet, la société de portefeuille peut voir venir les innovations, les provoquer même.

Alphabet ne sera jamais prisonnière d’un seul modèle d’affaires. Son modèle d’affaires est de faire l’acquisition ou de développer des compagnies innovantes. Certaines vont marcher, d’autres non.

Mais Alphabet ne sera pas contrainte par un seul modèle, celui de la recherche en ligne. Au fond, Google a simplement affiché sa diversité.

Attendez-vous à voir sortir de nouveaux noms de compagnies qui vont innover dans toutes les directions. D’où le nom Alphabet, pour toutes ces compagnies, présentes et à venir.

G, c’est pour Google.