Billets classés sous la catégorie « Société »

Dans le dernier numéro du magazine Nouveau projet, le rédacteur en chef, Nicolas Langelier, nous a offert une réflexion sur l’état du monde.

Un passage, presque un aparté anecdotique, a retenu mon attention. Le sujet principal de son article porte sur autre chose. Voilà pourquoi j’ai été surpris de lire au milieu de son texte :

« […] déjà 16 années écoulées dans ce 21e siècle qui promettait tant, mais qui a si peu donné (en 1916, le 20e siècle avait déjà inventé la psychanalyse, la physique quantique, le cubisme, le fauvisme, le futurisme, le dadaïsme, la radio, l’impression offset, la génétique, la salle de cinéma, la relativité, le Model T et l’avion) […] »

Dans ce passage, en marge de son idée principale, il dit que les années 1900 auraient tenu leurs promesses, mais pas les années 2000.

Je profite de l’occasion pour explorer cette question  : que nous a apporté les 16 premières années du 21e siècle?

J’ai l’impression que les innovations des dernières années restent trop souvent dans l’angle mort des observateurs d’aujourd’hui. Sinon, pourquoi Nicolas Langelier aurait-il comparé avec autant d’assurance les deux époques sur le plan des avancées scientifiques, technologiques et industrielles?

Côté technologique, je crois que nous pouvons dire que le 21e siècle nous en donne pour notre argent.

L’herbe d’hier est toujours plus verte que celle d’aujourd’hui

Il va sans dire que les innovations de 1900 à 1916 sont impressionnantes.

  • La psychanalyse, la génétique, la physique quantique et la relativité ont changé à tout jamais notre rapport au monde.
  • Le cubisme, le fauvisme, le futurisme, le dadaïsme sont des mouvements qui ont créé une réelle rupture avec l’art classique.
  • L’impression offset, la salle de cinéma et la radio ont provoqué une révolution en communication.
  • La Ford T et l’avion sont des innovations indéniables en transport.

À bien des égards, cette époque a été très féconde. Pourtant, les parallèles avec la nôtre ne manquent pas.

Nous n’avons pas 100 ans de recul pour juger ces parallèles, mais des avancées récentes dans de nombreux domaines semblent tout aussi prometteuses.

Ce qui change

Pour ne citer que quelques avancées, voici cinq pistes explorées de 2000 à 2016 :

- Génétique : CRISPR. Pour une fraction du prix et du temps habituels, il est possible de modifier le patrimoine génétique d’être vivant avec une précision inégalée. Surnommé le copier-coller de l’ADN, l’outil permet d’enrayer les maladies génétiques ou d’altérer un génome pour augmenter une résistance à des virus. Lire La modification de l’ADN à la portée de tous, dans la revue La Recherche.

- Analyse statistique : Big Data. Les mégadonnées permettent dans certains domaines de traiter une quantité massive d’information mieux que le ferait un humain. Déjà à la Bourse, des actions s’échangent en une fraction de seconde. Les grandes plateformes web personnalisent les flux de données en temps réel pour une portion non négligeable de l’humanité en ligne. Lire Nous étudions de nouveaux objets scientifiques, une interview de Luc Blondel dans La Recherche.

- Voiture autonome : Les conducteurs de camions et les taxis feront-ils le poids longtemps devant un parc de véhicules autonomes capables de se rendre à bon port sans  intervention? Lire Les voitures autonomes arrivent au Canada, de Maxime Johnson.

- Intelligence artificielle : Deep Learning. L’apprentissage profond par réseaux neuronaux artificiels a décuplé la capacité de reconnaissance automatique audiovisuelle des capteurs. Cette intelligence viendra équiper nos objets, nos voitures, nos robots de demain. La montée en puissance des ordinateurs a redonné un second souffle aux recherches à un point tel qu’on parle de printemps de l’intelligence artificielle. Lire Comment le « deep learning » révolutionne l’intelligence artificielle, dans Le Monde.

- La réalité virtuelle ou augmentée : le studio Felix & Paul est notre studio Méliès d’aujourd’hui. Au-delà du divertissement (on associe la réalité virtuelle au cinéma et au jeu), les environnements immersifs touchent aussi nos relations de travail, nos relations sociales et même la santé. Lire La réalité virtuelle révolutionne l’expérience client, dans Les Échos.

On pourrait soutenir que ces technologies reposent sur les épaules des géants et qu’elles sont une continuité de ce qui se fait depuis 100 ans. Je laisserai au rédacteur en chef de Nouveau projet dans 100 ans en décider.

Mais regardons, avant de conclure trop vite, cette invention de Microsoft, l’« holoportation ».

Holoportation

Si la physique quantique nous a présenté une réalité physique à laquelle nous ne nous attendions pas du tout – même 100 ans après -, que penser de l’holoportation, qui nous promet de nous entourer d’images de synthèse en temps réel?

Expliquer l’holoportation à quelqu’un aujourd’hui, c’est comme expliquer la radio, le cinéma et l’avion à quelqu’un hier.

Avant d’imaginer ce que ces inventions auront comme répercussions dans l’avenir, nous les voyons simplement comme un passe-temps pour de jeunes passionnés. Il faut voir plus loin.

Comme le disait un animateur de radio récemment, « j’ai entendu la chronique techno de Matthieu Dugal, et c’était assez… technologique ». Avoir le nez collé sur l’antenne wi-fi, c’est perdre de vue la forêt des changements qui s’annoncent. Ajoutez 100 ans de développement technologique. Serons-nous dans le même monde? Voilà la question.

Grâce à la miniaturisation, les éléments du système d’holoportation devraient se fondre dans notre décor. Comme le téléphone ou Skype, l’holoportation comblera potentiellement un besoin social qui reste à définir. Peut-on imaginer, avec la masse de données enregistrées, jumelées à l’intelligence artificielle, que notre double virtuel puisse nous survivre dans l’holoportation?

Dans 100 ans

Ces innovations dépassent toujours la simple prouesse technologique et leurs répercussions changent le cours de l’histoire. Nos relations sociales ne sont plus les mêmes. Les conditions de vie changent, notre compréhension du monde aussi. Pensons seulement à ce que 25 ans de web ont fait à notre société.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas différent de ce qui se passait il y a 100 ans. Il nous manque certes du recul pour juger, mais il ne manque pas de candidats pour affirmer que le futur s’écrit aujourd’hui au présent.

Voilà déjà 16 années d’écoulées dans ce siècle qui promettait si peu, mais qui a pourtant tant donné!

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Dans un livre paru récemment, Le jour où mon robot m’aimera, le psychiatre français Serge Tisseron analyse notre rapport émotionnel avec les objets, et particulièrement avec les objets dits intelligents.

Ce qu’il entrevoit pour le futur, c’est un monde où nous risquons de nous laisser emberlificoter par les robots qui chercheront à nous charmer.

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Ces robots qui nous veulent du bien

En tant que psychanalyste, Serge Tisseron connaît bien les humains. C’est pour cette raison qu’il s’inquiète. Les humains sauront-ils se défendre contre le charme des robots sociaux qui envahiront, demain ou après-demain, notre espace privé?

Un robot social est un robot doté d’une intelligence artificielle qui se présente presque comme un animal de compagnie, mais qui peut agir comme un adjoint. Il pourra lire nos courriels, nous rappeler un rendez-vous et entretenir une conversation avec nous.

Actuellement, la technologie est encore bien embryonnaire, mais il y a déjà des robots sur le marché qui se proposent de devenir notre compagnon de tous les jours : Jibo ou Pepper (lire le billet sur Triplex: Verrons-nous des robots sociaux en 2016 ?).

La promesse de tels robots sociaux est de servir de guide patient, très patient, pour nous prodiguer une attention infaillible à nos états d’âme.

La tristesse, la dépression et la colère se lisent sur notre visage. Des robots dotés d’une intelligence artificielle, spécialisée dans la reconnaissance faciale, n’auront pas de difficulté à décoder ces signes pour essayer de nous réconforter.

Dans son livre, Tisseron raconte qu’il n’a pas nécessairement peur des robots, mais il se méfie des raisons qui nous pousseront à adopter ces robots compagnons. Il veut nous mettre en garde contre certains dangers.

Les mots pour le dire

Tisseron constate qu’en Occident, nous n’avons pas de mots pour parler de notre relation aux objets, et encore moins aux objets intelligents.

Nous avons tendance à prêter des intentions aux objets. Quand notre ordinateur ne répond plus, nous l’engueulons ou nous lui disons des mots doux. Moi, je dis qu’il « est idiot » ou qu’il est « coopératif ». Et vous, en quels termes parlez-vous de Siri, par exemple? Utilisez-vous les mêmes mots que pour vous adresser aux humains?

Ce que Tisseron craint, c’est qu’un jour, lorsque les robots compagnons seront dans nos vies, nous serons portés à faire de la projection sur eux.

C’est le sens du titre du livre Le jour où mon robot m’aimera. Son auteur craint que nous nous dirigions « vers une empathie artificielle », qui est le sous-titre du livre. Nous risquons de finir par croire à l’illusion que le robot exprime de la réelle sympathie envers nous. Le piège est là.

Ce piège vient de notre propre désir et de nos propres projections. C’est nous qui croyons que le robot nous aime. Le robot, lui, ne fait qu’obéir à un programme. Il n’a pas d’état d’âme. Nous prenons les mots que nous connaissons pour décrire ce que nous voyons.  Ces mots génèrent une « empathie artificielle ».

Vers l’empathie artificielle

Dans son livre, Tisseron cerne d’emblée une menace particulière : les humains pourraient préférer la présence sans friction des robots plutôt que les relations conflictuelles avec les autres humains.

C’est sa crainte, en tant que psychanalyste. Les fabricants de robots compagnons feront tout pour que les robots deviennent nos interlocuteurs rêvés.

L’intelligence artificielle sera programmée pour s’adapter à nous : le robot modifiera son niveau de langue, son débit ou son intonation pour gagner notre confiance.

L’intelligence artificielle profite de nos propres biais psychologiques!

Tisseron cite une étude qui montre que le conseil d’un robot en matière de santé est plus crédible s’il est dit avec une voix grave qu’avec une voix plus aiguë. Ces biais humains, trop humains, vont être intégrés dans le programme des robots. Ceux-ci s’adapteront à nos biais pour nous réconforter!

En France, il y a 22 millions de personnes qui vivent seules, écrit-il. Ces robots deviendront des confidents par excellence : patients et aimables comme personne d’autre. Avec les autres humains, nous vivons inévitablement des déceptions. Le robot, lui, est programmé pour toujours nous plaire!

Tisseron craint aussi que ces robots sociaux intelligents modifient en retour notre relation envers nos semblables. Pourra-t-on rester tolérant longtemps envers des humains qui n’ont pas la même écoute que ces gentils robots sociaux auxquels nous nous serons attachés?

L’attachement unique à un objet produit en série

Serge Tisseron donne l’exemple de ces militaires qui s’attachaient à leurs robots démineurs (PackBot) en leur donnant un nom, comme on le fait pour un animal.

Tisseron cite une étude selon laquelle les militaires ont supplié leurs supérieurs de réparer leur vieux robot endommagé par une explosion d’une mine plutôt que de s’en faire donner un nouveau. Ces robots démineurs sont pourtant fabriqués en série et n’ont rien d’unique!

Cet attachement aux objets, Tisseron, en tant que psychiatre, le comprend très bien. Il craint toutefois que la machine profite de ce trait caractéristique du développement normal des humains pour les influencer et s’infiltrer dans leurs décisions.

Le ministère américain de la Défense a ouvert une enquête pour comprendre pourquoi les soldats élargissent l’étendue de leur confiance et de leur solidarité pour inclure les robots. Les soldats sont conditionnés à être solidaires; c’est une question de survie. Le ministère veut éviter que les soldats risquent leur vie pour une machine fabriquée en série.

Si un robot de ce genre suscite une telle émotion, imaginez les robots sociaux!

Quels conséquences demain?

Tisseron conclut qu’il faut réfléchir tout de suite aux conséquences de l’introduction de ces robots dans nos vies, car nous ne sommes pas assez préparés pour en comprendre les enjeux : nos biais psychologiques nous feront tomber dans le panneau.

Il ne dit pas qu’il faut refuser l’utilisation de ces robots, mais qu’il est urgent de réfléchir à leur effet sur notre développement psychique.

Comme toutes les autres technologies, les robots sociaux seront une façon de comprendre le monde qui nous entoure et d’entrer en relation avec ce qui nous entoure (comme le fait Facebook, les textos ou Skype). Ces robots auront donc aussi des répercussions sur notre développement personnel et sur la société en général.

La moindre des choses, dit-il, c’est de savoir comment ces intelligences artificielles seront programmées et surtout dans quels buts! Ces robots seront-ils programmés pour nous infantiliser ou pour nous émanciper?

Il faut décider. Par exemple, soit, le robot nous portera quand nous serons vieux, soit il nous poussera à faire de la gymnastique pour rester en forme.

Le robot anticipera et assouvira-t-il seulement nos désirs ou nous permettra-t-il de mieux nous connaître et de maîtriser notre propre vie?

Catherine MathysTrouver Banksy grâce aux données publiques

par

 publié le 4 mars 2016 à 14 h 46

Qui est le vrai Banksy? C’est l’un des artistes d’art de rue les plus connus, et pourtant son identité nous a longtemps échappé. Les premières spéculations indiquaient que Banksy serait un artiste nommé Robert Banks. Une autre enquête menée en 2008 pointait plutôt vers Robin Gunningham. Mais pour le confirmer, il fallait avoir recours à la technologie. C’est ce qu’une étude de la Queen Mary University of London a fait pour tenter de confirmer les rumeurs.

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Le profilage géographique

Banksy a réussi à semer les curieux jusqu’à maintenant, mais il y a certaines traces qu’il n’a pas pu effacer. Les chercheurs de la Queen Mary University ont utilisé ce qu’on appelle le profilage géographique, une technique souvent utilisée par les criminologues pour déterminer des prochains sites de crime.

D’ailleurs, le criminologue canadien Kim Rossmo, un pionnier de la méthode, a mis son expertise au service de l’étude.

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En gros, il s’agit d’analyser les déplacements d’un individu dans un espace donné pour déterminer les endroits où il a le plus de chance de revenir. On concentre donc ses recherches sur une zone circonscrite qui permet faire ressortir certains coins plus à risque.

Alors, Banksy, c’est Gunningham?

Le profilage géographique de Banksy mené par les chercheurs dans cette étude permet d’établir un lien entre le travail de Banksy et les lieux fréquentés par Gunningham. Toutes les données utilisées pour déterminer les corrélations étaient publiques et les méthodes, toutes légales. Dites-vous que si c’est possible pour lui, ce serait possible pour vous.

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La zone étudiée par les chercheurs comprenait 140 œuvres à Londres et Bristol qu’on sait ou qu’on soupçonne être celles de Banksy. À partir de ces œuvres, ils ont déterminé six points névralgiques : un pub, une résidence dans Bristol, trois autres à Londres et un terrain de sport. Quel lien avec Gunningham? Les six points où l’on retrouvait le plus d’œuvres étaient aussi six lieux appartenant à Gunningham ou fréquentés par lui.

Cela dit, les résultats de la recherche sont les mêmes que l’enquête journalistique de 2008 qui menait déjà vers Gunningham. Si on n’a pas réellement démasqué l’artiste, on a toutefois confirmé ces premiers soupçons et suffisamment piqué les avocats de Banksy pour qu’ils réagissent.

Bien qu’ils ne se soient pas prononcés sur la validité des résultats, ils ont cherché à retarder la publication de l’étude.

D’autres critiques se sont fait entendre pour dire que la méthode est imprécise puisqu’elle se base en partie sur des œuvres attribuées à Banksy sans réellement savoir si c’est le cas. Il faut savoir que Banksy travaille toujours dans l’anonymat, alors il est difficile de savoir avec certitude quelles œuvres sont les siennes.

La technologie finira-t-elle par démasquer Banksy?

 

Martin LessardLe multitâche : mauvais, mais pas tout le temps

par

 publié le 22 février 2016 à 13 h 59

On dit qu’une personne fait du multitâche quand elle fait plusieurs choses en même temps. Comme marcher et mâcher de la gomme. Ou, pour rester dans le sujet qui nous intéresse : lire des courriels, répondre au téléphone et écouter Netflix en même temps.

Dans une étude de 2014, nous rappelle la BBC, des chercheurs ont constaté que la très grande majorité des adultes utilisent en moyenne deux heures par jour deux types de médias simultanément.

La combinaison la plus fréquente étant la télévision et le téléphone. Des recherches montrent que le multitâche est en partie une question de préférence. Certains préfèrent une tâche à la fois, d’autres aiment bien démarrer une série de tâches en parallèle.

Pourtant, le multitâche a une bien mauvaise réputation. Et pas tout à fait à tort.

Monomaniaque du polychronique?

Guanyin assise sur le lotus

(CC) Dalbéra

L’anthropologue Edward T. Hall avait, dès 1959, introduit les termes monochronique et polychronique pour distinguer les différentes cultures.

Dans les cultures occidentales, dit-il, la pensée fonctionne selon un schéma linéaire par lequel un effet entraîne une cause.

Les cultures monochroniques ont une vue linéaire du temps. Elles accordent de l’importance à la ponctualité et gèrent les événements selon un horaire à respecter.

Les cultures polychroniques poursuivent un autre rythme. Les tâches sont réalisées en séquences, et non pas selon l’horloge.

Mais si ce découpage explique certains comportements, nous sommes en droit de nous demander si le multitâche, dans notre ère de surabondance technologique, ne relève pas d’un tout autre phénomène.

Si nous étudions avec deux écrans branchés sur YouTube et sur la télévision en même temps, est-ce vraiment efficace?

Le problème de l’attention résiduelle

Quand nous quittons notre courriel pour lire du coin de l’oeil une notification de Facebook, une petite partie de notre attention est encore concentrée sur la tâche précédente.

À chaque va-et-vient, une partie de cette attention résiduelle reste attachée à la tâche laissée en plan.

L’attention résiduelle est comme une fuite dans notre « réservoir d’attention ». Nos performances cognitives décroissent à mesure que le nombre de tâches en simultané augmente.

En général, dès que nous faisons deux tâches en même temps, nous sommes plus lents et moins précis.

Le multitâche est plus difficile lorsque les tâches se ressemblent (parler au téléphone et écrire un courriel), et moins difficile quand elles sont différentes (parler au téléphone et jouer à Candy Crush).

Mais nous ne sommes pas tous pareils. 2 % d’entre nous semblent être capables de faire du multitâche sans que cela nuise à leur performance cognitive.

Alors, pourquoi autant de gens s’adonnent-ils à cet art étrange du multitâche? (Demandez-vous ce que vous êtes en train de faire en même temps que lire ces lignes).

Au pays des distractions

Une étude montre qu’en fait, nous commençons une nouvelle tâche sans terminer la précédente en grande partie parce que nous n’avons pas la possibilité ou la volonté de bloquer les distractions.

Par réflexe, nous nous mettons à répondre au téléphone, à lire un texto ou à laisser des commentaires sur Facebook. Et hop, nous voilà en train de faire une autre tâche!

Selon une autre étude, plus une personne se pense capable de jongler avec le multitâche, moins elle réussit quand elle est soumise à des tests en laboratoire (mémoriser une liste de mots tout en résolvant des problèmes mathématiques).

Et pourtant, une autre étude montre, au contraire, qu’il existe une corrélation positive entre le multitâche et la capacité d’intégrer rapidement des stimulus audiovisuels.

Il semble que le multitâche développe chez la personne une faculté de traiter plus rapidement les stimulus audiovisuels. Dans certaines occasions, surtout lors de tâches non stressantes et créatives, c’est même plutôt positif.

En fait, comme le résume un article dans Forbes, tant et aussi longtemps que la même partie du cerveau n’est pas utilisée par une tâche, ce n’est pas un problème.

Alors, le multitâche, est-ce bon ou mauvais?

À moins de faire partie de ces 2 %  de chanceux, une tâche unique à faire, surtout dans un environnement stressant, reste la méthode la plus efficace. En conduisant par exemple, ou pour des livrables.

Mais pour les tâches créatives, laissons-nous aller.

Entre les deux, la modération a bien meilleur goût.

Martin LessardContenu original en ligne : voué à la disparition?

par

 publié le 18 février 2016 à 15 h 19

« [La] difficile année 2015 que l’industrie vient de connaître est marquée par la dégringolade du contenu original canadien, et plus particulièrement par la disparition graduelle de celui provenant du Québec. »

Érick Vadeboncoeur, président de Obox Média, spécialisé dans la publicité ciblée sur des contenus originaux en ligne, laisse entendre le pire pour l’avenir du contenu web.

« Le potentiel commercial et la viabilité du contenu web québécois sont bien réels, mais il n’en demeure pas moins que leur survie est loin d’être garantie et que 2016 est l’année où il faut lancer un cri d’alarme en conscientisant l’industrie. »

Cette industrie dont il parle est celle de la publicité en ligne.

Un annonceur peut aujourd’hui atteindre le consommateur souhaité, peu importe où il se trouve. Et s’il se trouve sur un site américain, eh bien, tant pis pour le contenu d’ici! Merci à la précision de la mesure et du traçage numérique.

L’équation qu’Érick Vadeboncoeur fait est celle-ci :

  • Moins de publicité = moins de contenu original

Le drame des médias traditionnels semble toucher les médias numériques.

Les annonceurs doivent s’intéresser, conclut-il, au cheminement de leur publicité sur le web afin de réaliser « qu’ils peuvent faire une différence en s’associant à des sites qui alimentent les créateurs d’ici, tout en atteignant la cible souhaitée ».

L’enjeu, ici, porte sur la possibilité d’un revenu décent pour les créateurs de contenu.

Pourquoi l’industrie du contenu ne paye-t-elle pas bien ses créateurs?

Montage Triplex (d'après Henry Wallis)

Montage Triplex (d’après Henry Wallis)

L’industrie publicitaire ne paye pas le juste prix pour les créateurs de contenu. Pourquoi? Laurent Lasalle, rédacteur en chef de Branchez-vous (et ex-Triplex), est catégorique : « Parce qu’elle le peut! »

Tout le monde peut aujourd’hui créer du contenu en un claquement de doigts. Cela crée une surabondance de contenus, et les annonceurs ont l’embarras du choix pour afficher leur publicité.

La machine publicitaire « profite ainsi de leur ignorance en matière de rentabilité de contenu pour exploiter leur talent en échange d’une rémunération exécrable, voire inexistante ».

« Une fois que la formule a été mise en place, et qu’il a été possible de générer du trafic avec du contenu essentiellement gratuit, la loi de l’offre et de la demande est venue contaminer le salaire des professionnels du métier, à la baisse bien entendu. »

« Branchez-vous lutte contre cette tendance, ajoute Laurent Lasalle en entrevue téléphonique ce matin, en payant décemment ses pigistes. Nous croyons pouvoir tirer notre épingle du jeu en ciblant la francophonie, car, après tout, inutile de rappeler qu’Internet n’a pas de frontières. »

Il ne partage pas la description sombre de l’avenir des contenus d’ici qu’amène Érick Vadeboncoeur dans son billet.

L’Europe francophone offre un beau potentiel d’audience. Branchez-vous, média fondamentalement québécois, cible toute la francophonie. Un peu moins de la moitié de ses visites proviennent de l’extérieur du pays.

Le lecteur absent

La passion de l'égoportrait

Montage Triplex (d’après Matthias Stom)

La montée du mobile depuis le début de la décennie est probablement un facteur décisif dans la perte ou la stagnation de l’audience pour les sites de contenu.

L’époque vénérable où l’on s’installait devant son ordinateur pour « aller sur Internet » est révolue. C’est une image d’Épinal, comme celle du grand-père qui s’assoyait à côté du meuble pour écouter les actualités radiophoniques sur ondes courtes.

Notre téléphone dit intelligent est devenu un kiosque à nouvelles d’un nouveau genre.

Il est mobile, instantané, infini et, surtout, équipé d’un puissant outil de distraction massive : les notifications qui nous rappellent qu’il y a toujours quelque chose de mieux à voir.

Les contenus de ces journalistes qui sculptent quotidiennement la nouvelle font face aujourd’hui à une concurrence inédite.

Jusqu’à tout récemment, le monopole de l’attention tournait autour des contenus (de la presse écrite des années 1800 à la télévision des années 2000) qui intégraient des annonces publicitaires à leurs côtés. Voilà, ce monopole de l’attention leur est maintenant contesté.

Concentrées sur le minuscule écran de téléphone, les notifications arrivent autant des applications de jeux (comme Candy Crush qui vous rappelle qu’il y a encore un niveau à faire) que des statuts Facebook (de vos amis qui publient des photos de ce qu’ils mangent).

Les notifications de contenu ne sont qu’une petite partie de ce qui fait vibrer nos téléphones dans nos poches. La publicité en a pris acte. Les jeux vidéo, les forums, les médias sociaux prennent maintenant une part importante de la tarte publicitaire en ligne.

Mais il y a pire.

Sur ces appareils, ce qu’on consulte est une chose, mais le contexte dans lequel on le fait en est une autre.

Ces appareils sont dégainés dès que l’ennui pointe le bout de son nez. C’est l’outil de nos temps morts.

Ces outils mobiles ont placé l’ennui comme un déclencheur d’action.

Les contenus capables de tromper l’ennui et adaptés à un court temps d’attention sont naturellement plus prisés que les autres. Sur ce terrain, les jeux et les réseaux sociaux leur livrent une chaude lutte, et avec succès.

Et si jamais le téléphone est le seul lien qui relie le lecteur au monde infini des contenus en ligne, la lecture de ceux-ci s’en trouve automatiquement réduite (et la manne publicitaire avec elle).

La question qui doit se poser dorénavant n’est donc pas de savoir comment faire « réaliser aux annonceurs qu’ils peuvent faire une différence en s’associant à des contenus originaux », mais bien de savoir si l’industrie du contenu original en ligne acceptera vraiment que l’ennui soit le seul déclencheur de l’accès à ce contenu.

Et pour y répondre, il faudra bien créer de nouvelles sources de financement (par exemple, en prélevant une redevance sur le gain chez tous ceux qui, dans la chaîne, profitent de ces contenus gratuits en ligne).

Sinon, soyez assuré que la technologie va perfectionner encore davantage cet aspect de l’ennui comme déclencheur, et les contenus qui souhaiteront y participer devront s’y conformer. Ou disparaître.

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Le 11e commandement : « Tu ne t’ennuieras point »

Quelques jeux qui testent vos capacités à ne rien faire ou à attendre…

L’ennui avec le web