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Catherine MathysLe premier hôtel robotisé ouvre ses portes

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 publié le 22 juillet 2015 à 13 h 55

Vous n’avez pas encore fait vos réservations pour vos vacances et vous avez envie d’un peu d’aventure? Rendez-vous au Japon! Le tout premier hôtel géré par des robots a ouvert ses portes vendredi dernier. L’établissement cinq étoiles s’appelle Henn-na Hotel – ce qui veut dire « hôtel étrange » en français, semble-t-il – et se trouve dans le parc thématique Huis Ten Bosch, dans la préfecture de Nagasaki.

Si vous parlez japonais, vous serez accueillis par des robots humanoïdes, mais pour la plupart d’entre nous, qui parlons plutôt anglais, c’est un dinosaure à nœud papillon qui nous souhaitera la bienvenue. Tout d’un coup, l’on comprend mieux la traduction du nom de l’hôtel.

dino robot

D’autres robots se chargeront d’apporter vos bagages à l’une des 72 chambres de l’hôtel. En fait, toute votre expérience, de l’accueil au service aux chambres, jusqu’au ménage, sera prise en charge par des robots. Par contre, il reste certaines tâches que les robots ne savent toujours pas accomplir, comme faire les lits. C’est pour pallier ce genre de manque que l’hôtel maintient 10 % de personnel humain.

La transformation d’une industrie

Bien sûr, c’est la robotisation du personnel qui frappe l’imaginaire, mais elle vise essentiellement à réduire les frais de fonctionnement, surtout liés à la main d’œuvre et à la consommation d’énergie. En effet, l’hôtel fonctionne de façon quasi autonome grâce à ces robots et à l’énergie solaire.

Toujours dans cette optique d’économie d’énergie, vous ne trouverez pas de réfrigérateurs dans les chambres et les climatiseurs sont reliés à des détecteurs de chaleur qui ajusteront la température lorsque vous entrerez dans la pièce. Si vous avez besoin de quelque chose, vous pourrez le demander grâce à une tablette électronique prévue à cet effet.

Aussi, vous n’aurez pas besoin de clé ou de carte pour entrer dans votre chambre. Les portes des chambres sont munies de la technologie de reconnaissance faciale. Ici, on vise ni plus ni moins à devenir l’hôtel futuriste le moins cher dans l’industrie.

Le début d’une nouvelle ère?

L’ouverture de cet hôtel nouveau genre correspond à une première phase de développement. Dans un deuxième temps, 72 autres chambres seront ajoutées en 2016 et les robots deviendront polyglottes en ajoutant le mandarin et le coréen aux langues d’accueil.

Et l’on ne s’arrêtera pas au seul hôtel de Nagasaki. Le président de Huis Ten Bosch, Hideo Sawada, espère construire 1000 hôtels du genre partout à travers le monde.

Ce genre d’expérience « robotique » se trouve aussi ailleurs qu’au Japon. Pensez à Mario, qui parle 19 langues, arrivé à l’hôtel Mariott de Gand, en Belgique, il y a trois semaines. Il y a aussi la chaîne Aloft Hotels en Californie qui emploie des robots depuis l’an dernier ainsi que le Yotel de New York où un robot s’occupe de vos bagages depuis déjà quelques années.

Sommes-nous prêts?

Est-ce une tendance lourde ou une façon de se démarquer? Si l’on en croit certains chiffres, on ne serait pas tout à fait prêts à voir les robots remplacer les humains dans les hôtels. Ce sondage qui date de l’an dernier indique que 62,7 % des jeunes de 18 à 34 ans sont bien excités à l’idée d’être servis par des robots. Toutefois, les participants plus âgés ne partagent pas leur enthousiasme; 69,6 % des répondants réticents avaient plus de 45 ans. Est-ce seulement une question de génération? Cette journaliste de La Presse ne semble pas non plus trépigner d’impatience à l’idée d’être accueillie par un robot dans un hôtel. Et vous?

 

Pour faire suite à mon billet d’hier — Le travail c’est la santé (sauf si le travail vous tue) — sur les signes de la montée de l’automatisation dans notre environnent de travail et de vie, je vous propose un billet pour bien comprendre comment les robots s’imbriqueront dans notre quotidien.

Source : wikipedia

Source : wikipedia

Ces compétences que nous garderons

C’est en lisant ce matin le compte-rendu d’Hubert Guillaud (« Travailler avec les robots ») sur son passage au salon Innorobo 2015 à Lyon, en France, la semaine dernière, qu’on remarque tout le chemin parcouru et la direction que cela prend.

« L’enjeu n’est pas de robotiser [le travail], mais de développer la collaboration. […] La coopération et la complémentarité semblent, dans l’industrie aussi, devenir une nouvelle clef de lecture de l’avenir de la robotique. »

Si les robots, dit-il, évoluaient au salon il y a cinq ans dans des espaces distincts, surtout sur les estrades, ils sont aujourd’hui davantage parmi les visiteurs. Circulant au milieu de la foule (« doucement, mais décidés »), ces robots montrent quelle place ils entendent prendre dans notre monde : ils seront « autour de nous ».

Source: Flickr

Source: Flickr

Ce bras qui ne ferait pas de mal à une mouche

Pour être parmi nous, les machines devront être plus attentives à notre présence.

C’est donc dans cette perspective qu’il faut voir la prouesse de ce bras robotisé, nommé Baxter.

Regardez la vidéo ci-dessous où l’on voit des enfants manipuler le bras en toute sécurité.

Baxter possède le souci de son environnement, souci qui aurait été utile pour sauver la vie de ce travailleur allemand écrasé par un bras robotisé la semaine dernière (voir mon précédent billet).

Sa dextérité en fera une seconde paire de mains, en quelque sorte, pour exécuter une variété de tâches manuelles et répétitives.

Et sa « douceur » fera fondre probablement les craintes de beaucoup de gens en ce qui concerne le danger des machines.

Des robots, des robots partout

Ils prendront en main les tâches répétitives, que nous serons obligés de leur laisser. Nous travaillerons avec la machine, pas contre les machines.

ll n’en faut pas plus pour faire dire à Amazon, dans un article publié aussi ce matin sur le site du MIT, que l’avenir est à la « collaboration avec la machine ».

L’article décrit ces usines où les travailleurs collaborent avec des centaines de robots (des robots Kiva) dans un entrepôt de 1 million de pieds carrés.

Source Kiva Systems

Source Kiva Systems

Des centaines de robots Kiva soulèvent les étagères (jusqu’à 450 kilos) et les apportent au travailleur, qui n’a ensuite qu’à sélectionner la bonne marchandise et la mettre dans une boîte d’expédition.

Il y a assurément des emplois qui seront touchés. Mais ce ne sont pas nécessairement les plus intéressants.

Amazon se défend de dire qu’il cherche à se débarrasser des travailleurs, qui restent très utiles dans la sélection finale.

C’est plutôt une complémentarité entre les humains et les robots. C’est l’argument de l’augmentation du travail humain (« augment job ») par la machine.

Ces tâches qui nous échapperont

Dans les faits, les robots Kiva d’Amazon ne font que du travail ne demandant pas beaucoup d’effort cognitif : aller chercher une étagère contenant un objet.

Si l’on observe la progression des technologies — et si elle se poursuit de façon exponentielle —, il arrivera inévitablement un point où la machine menacera aussi des emplois demandant un effort cognitif.

Dans un article du magazine The Atlantic de ce mois-ci, on mentionne ces recherches qui suggèrent que les patients sont plus sincères en thérapie lors d’une « discussion » avec une machine parce qu’elle n’est pas encline à  faire des remarques d’ordre moral.

Source: Psychology Today

Source : Psychology Today

Évidemment, il faudra attendre la semaine des quatre jeudis pour remplacer tous les psychologues.

Par contre, le fait de savoir qu’une portion, même très étroite, de leur expertise peut être automatisable en dit long sur les capacités de la machine aujourd’hui.

Poussés vers le haut?

À court et moyen terme, les emplois qui demandent un travail cognitif seront bousculés, mais pas remplacés.

C’est dans la portion du travail demandant la répétition ou la mémorisation (basée sur des protocoles, des procédures ou des formules) que l’on verra l’automatisation être plus agressive.

  • Le droit est une matière qui se prête très bien au traitement logique, de l’automatisation de la rédaction d’actes juridiques à la recherche de jurisprudence.
  • La comptabilité, grâce au Blockchain de bitcoins, pourra peut-être voir, un jour, ses grands livres comptables être entièrement automatisés. (Lire sur Triplex Le bitcoin « coloré » : le futur d’un marché financier 2.0?)
  • Les laboratoires de pharmaceutiques verront des robots gérer la plupart des gestes délicats, de la manipulation des produits à la gestion des stocks en passant par les processus de tests.

Il existe même une page web qui peut vous indiquer si votre propre emploi est à risque.

Les compétences vont se déplacer vers des tâches plus créatives, qui nous demandent de saisir des nuances, d’avoir de l’entregent et d’être flexibles.

Ces emplois sont plus stimulants, moins routiniers. C’est donc une chance.

La question qui en émergera concernera les gens qui ne réussiront pas à s’élever à un niveau cognitif suffisant pour répondre à ces nouveaux besoins du marché.

Et c’est une question politique, sociale et bien humaine. Pas nécessairement technologique.

Mais il ne faut pas attendre demain pour y répondre.

Vous avez peut-être vu, la semaine dernière, circuler cette nouvelle : « Un travailleur allemand tué par un robot » (Business Insider)

Avec un tel choix de titre, il n’est pas surprenant que cette nouvelle ait circulé, et ce, pour au moins trois raisons.

Voyons en premier pourquoi, et ensuite nuançons.

1. L’impression qu’une prédiction maléfique se réalise

Le pouvoir évocateur du titre réveille en nous les peurs instillées par tous les films de science-fiction catastrophiques.

Ne prenons que Terminator, série cinématographique qui illustre le futur glauque des humains en combat contre les machines. Terminator est le Frankenstein des temps modernes. Quand on parle d’un robot qui tue, c’est lui qu’on a en tête.

Et on clique aussitôt sur le bouton « partage » parce qu’on est profondément convaincu que la nouvelle confirme la prédiction, ou du moins, donne un indice que les robots ne nous veulent pas que du bien

2. La synchronicité apporte un supplément de sens

La synchronicité est un concept en psychologie analytique développé par Jung qui donne à croire que deux événements non reliés ont en fait un lien secret.

Ici, deux événements, l’un tragique, l’autre cinématographique, se renforcent mutuellement. L’annonce de la mort du pauvre travailleur coïncidait avec la sortie film Terminator Genisys, ce qui représente, par synchronicité, un mauvais augure.

On est prompt à faire un lien de causalité là où il n’y en a pas. Les deux événements ne sont ici reliés que le temps de cliquer sur « partager ».

En d’autres mots, pas de phénomène viral sans moment propice.

3. Le hasard n’est jamais un hasard

Si on cherchait une raison supplémentaire qui expliquerait la circulation de cette nouvelle, la voici :

C’est le tweet de Sarah O’Connor qui a enflammé les réseaux.

sarahoconnor

Il faut savoir que Sarah O’Connor, journaliste au Financial Times à Londres, porte presque le même nom que l’héroïne du film Terminator  Sarah Connor (sans le O’). L’héroïne est censée sauver l’humanité de la machine.

L’ironie, ici, c’est que c’est avec le tweet de Sarah O’Connor, la journaliste, que nombre de gens ont appris la nouvelle qu’un « robot avait tué un travailleur ». Comme si elle était le personnage et annonçait le début des hostilités!

Ce qui montre qu’on peut aussi avoir de l’humour en ces temps sombres. Et que c’est amplement une bonne raison pour propager la nouvelle, question de rigoler.

Monsieur le Juge, je plaide l’automatisation!

Mais voilà! Le robot en question dans la nouvelle de la mort du travailleur était en fait un bras robotisé.

Autrement dit, il s’agissait de machinerie lourde. Ce bras était programmé pour faire des tâches dans une chaîne d’assemblage de voitures. De plus, l’accident malheureux a été attribué à une erreur humaine, et non à la machine.

Et sans cette intention de tuer de la part d’une machine, l’histoire tombe un peu à plat.

Si le titre avait été « Un travailleur meurt à la suite d’un accident de travail », on n’en aurait jamais entendu parler.

Ce n’est peut-être pas la réalité de la nouvelle qui suscite l’intérêt ici, mais la métaphore du robot tueur.

Et si, au fond, le robot représentait l’automatisation, et le travailleur, lui, tous les travailleurs?

Dans un colloque à Aix-en-Provence organisé par le Cercle des économistes la fin de semaine dernière, cette question était en filigrane. Des vidéos sont accessibles pour écouter les reprises.

Cela fait 200 ans que la technologie « détruit » des emplois et en « crée » de nouveaux (la fameuse « destruction créative » de Schumpeter). Mais cette fois-ci, c’est peut-être différent, pense-t-on.

Regardez Uber. Son arrivée a automatisé toute l’industrie du taxi.

C’est le GPS qui guide le chauffeur de taxi, et c’est l’application qui le met en lien avec le client et gère sa facturation.

Et ce, en attendant que les voitures se conduisent toutes seules.

Si on ne parle pas de la mort d’un travailleur, ici, il s’agit quand même de la destruction des perspectives d’emploi de tout un pan de l’industrie du transport!

Il y a un Uber dans le poulailler

Les lecteurs de Triplex savent depuis longtemps que cette douloureuse transition s’en vient.

Certains annoncent, dans les pronostics les plus sombres, évidemment, que jusqu’à 50 % des métiers seront à risque de disparaître au cours des 20 prochaines années.

Le travail répétitif, routinier, dans un environnement stable est assurément dans le collimateur de l’automatisation. Col bleu, col blanc, peu importe : il ne fait pas bon d’être sur le chemin de l’automatisation.

Certes, de nouveaux besoins créeront de nouveaux emplois, mais la grande question est de savoir si cette transition engendrera des pertes ou des gains nets d’emplois.

Au colloque à Aix-en-Provence, la question a été débattue dans une des conférences. On se demandait comment « remettre la finance au service du travail ».

Avec un clin d’oeil, on aurait pu titrer « Comment mettre le renard au service du poulailler ». La nouvelle sur le colloque aurait davantage circulé!

En effet, du point de vue du « renard », pour qu’il y ait un « poulailler », il ne faut pas que les « poules » deviennent obsolètes.

Mais voyez-vous, en fait, c’est une partie des métiers de la finance qui sont aussi menacés d’automatisation.

Exemple :
Automatisation du processus de clôture financière et comptable

Gestion de justification

Dans le fond, le « renard » comme les « poules » cherchent à se prémunir de l’obsolescence.

Le travail, c’est la santé. Mais se faire enlever le premier par un robot, même s’il ne tue personne, a de quoi vous faire perdre le second.

Martin LessardLa machine bat les humains dans des tests de QI

par

 publié le 19 juin 2015 à 15 h 22

La recherche en apprentissage de représentations profondes (deep learning) vient de marquer un point de plus.

Des chercheurs chinois ont annoncé avoir conçu un programme capable de battre les humains au fameux test de quotient intellectuel (QI).

« Notre modélisation rejoint le niveau d’intelligence de quelqu’un entre le bac et la maîtrise. »

Dur, dur pour l’ego.

La nouvelle a eu des échos du côté des médias anglophones (surtout depuis l’écho qui en a été fait par le célèbre MIT), mais moins ou pas du tout du côté francophone.

Expliquons d’abord l’expérience avant de revenir sur ce silence des médias francophones.

Mensa en silicium

Source : document de recherche sur arxiv.org

Source : document de recherche sur arxiv.org

Les tests de QI sont extrêmement formatés.

La structure des questions est identique dans une même catégorie et la réponse se fait toujours selon un choix de réponses multiples.

Exemple :

Isotherme est à la température ce que isobare est ? (i) à l’atmosphère (ii) au vent (iii) à la pression (iv) à la latitude (v) au courant.

Une fois repérée la structure de la question, les chercheurs ont optimisé leurs différents algorithmes pour qu’ils trouvent la bonne réponse selon la catégorie.

L’apprentissage de représentations profondes fonctionne grâce un accès à une quantité massive de données où l’algorithme finit par trouver des relations statistiques sous-jacentes aux mots.

Comme un mot a plusieurs sens, l’ordinateur doit déduire à partir du seul contexte lequel privilégier pour répondre correctement à la question. D’où l’importance de reconnaître dans quelle catégorie se trouve la question. La relation entre les mots est pondérée différemment selon les catégories.

En optimisant d’avance les algorithmes selon les catégories de questions, cela montre toutefois que l’intelligence artificielle (IA) a été grandement aidée. Obtenir la bonne réponse sans cette aide est plus difficile.

En effet, il n’y a pas d’algorithme universel en apprentissage de représentations profondes pour tous les défis. Ce qui marche pour la traduction automatique de la parole ne marche pas pour reconnaître le contenu d’une image ni pour répondre aux questions d’un test de QI.

Autrement dit, question de bien mettre en perspective de cette nouvelle, les chercheurs ont optimisé la machine pour précisément battre les humains aux jeux des tests de QI. Et rien d’autre.

C’est donc une machine spécialisée qui nous a battus. Et je ne suis pas sûr qu’il faille s’en offusquer outre mesure.

Définir l’intelligence?

Ce que les chercheurs ont montré, c’est qu’une fois de plus, l’apprentissage de représentations profondes démontre bien sa force pour automatiser une partie de l’activité intellectuelle que l’on croyait jusqu’alors réservée aux humains.

Évidemment, nous humains, à chaque avancée de la science, nous devons nous retrancher dans une zone de plus en plus étroite pour définir ce qui nous rend intelligents.

En fait, nous semblons définir notre intelligence par la négative en fonction des succès de l’IA.

L’intelligence, ce n’est pas maîtriser les mathématiques (l’ordinateur le fait mieux). Ce n’est pas maîtriser les connaissances générales non plus (Watson est meilleur). Alors, qu’est-ce que c’est?

Les tests de QI se voulaient un outil pour mesurer l’intelligence. Maintenant que les machines nous battent sur ce terrain, je parie que nous allons définitivement les sortir de la liste des mesures efficaces pour mesurer notre intelligence.

Les tests de QI mis KO par l’IA

Que les tests de QI soient définitivement mis au rancart par l’IA ne fera pleurer personne.

Voilà plusieurs décennies que des professeurs contestent la qualité de cet outil comme « mesure de l’intelligence ».

L’idée même qu’on puisse placer l’intelligence humaine sur une échelle linéaire (les points QI) cachait en fait la complexité même de ce qu’on cherchait à mesurer.

Les médias anglophones sont peut-être moins sensibles à l’approche humaniste présente dans la tradition journalistique francophone. Voilà pourquoi les premiers ont peut-être sauté sur l’occasion pour annoncer une nouvelle défaite de l’intelligence humaine, alors que les seconds se sont gardé une petite gêne.

En effet, l’humain étant la mesure de toute chose, une certaine tradition humaniste ne peut accepter que l’humain soit réifié, c’est-à-dire transformé en chose, et comparé banalement au reste.

Une approche plus matérialiste, assez présente dans le monde anglo-saxon, s’en accommode plutôt bien.

Quoi qu’il en soit, si la prouesse du deep learning n’est pas du tout remise en cause, il n’en va pas de même avec les tests de QI.

Ces tests ont longtemps servi à valider des interprétations douteuses en comparant les habiletés intellectuelles entre des groupes, des peuples, des « races », des genres et des classes sociales.

Maintenant qu’on a réussi à nous montrer que nous serions tous des cancres dans les tests de QI face à la montée toute puissante des algorithmes, nous pouvons peut-être passer à autre chose…

Martin LessardDétecteur de piétons en option

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 publié le 27 mai 2015 à 14 h 33

Un blogue de la République dominicaine a rendu publique cette vidéo où l’on voit une voiture autonome (la Volvo XC60) foncer tout à coup sur des personnes.

Rassurez-vous, ces gens ont surtout été blessés dans leur orgueil, car ils s’en sont sortis avec quelques bosses sur le corps seulement et des égratignures sur leurs cellulaires.

Ce qui s’est réellement passé

Évidemment, on pense tout de suite à ces films de science-fiction dans lesquels la machine se révolte contre l’homme.

La voiture, comme animée d’une impulsion folle et tel un animal sauvage, s’attaque aux piétons devant elle. Il n’en faut pas plus pour nous faire dresser les cheveux sur la tête.

Mais ce qui nous fait vraiment peur ici, c’est la véritable raison de l’accident.

Selon un représentant de Volvo, le module de détection des piétons est offert en option sur cette voiture. Et il n’était pas installé sur celle-ci.

Car voyez-vous, il en coûte 3000 $ de plus pour l’équiper de cet élément optionnel.

Si vous vouliez savoir ce que vaut votre vie, piétons, voilà le chiffre!

La révolte des voitures intelligentes n’est pas pour demain

Ce qui est triste à dire, c’est que dans ce cas-ci, ce sont les humains qui ne brillaient pas par leur intelligence. En fait, il faut savoir deux choses :

1- Volvo ne recommande pas de faire un test avec de vrais humains comme obstacle.

2- L’idée de faire un test de détection d’obstacle sans le module de détection des piétons n’est pas très brillante.

Si on s’en tenait à ces deux points, on pourrait (peut-être) se sentir rassurés. Sauf que :

3- Si l’on doit se fier au bon vouloir des consommateurs pour acheter les modules de sécurité proposés en option par les constructeurs automobiles, ce n’est pas demain la veille qu’on adoptera des voitures autonomes sur la route.

Nous, humains, passons des examens de conduite pour nous assurer que nous avons le minimum requis pour prendre la route.

Il semble évident maintenant que les voitures devraient elles aussi passer cet examen, question de nous prouver qu’elles ont le maximum requis pour prendre la route.