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Catherine MathysSe priver de Facebook pour le carême

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 publié le 26 février 2015 à 15 h 46

Dans la tradition chrétienne, le carême est une période de jeûne et de privation qu’il faut observer durant 40 jours, du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques. Quand j’étais jeune, il s’agissait essentiellement de se priver de viande le vendredi. Or, dans les dernières années, un nouveau genre d’abstinence a fait son apparition, le sevrage technologique.

 Une tendance populaire

Selon le International Business Times, le tiers des chrétiens aux États-Unis se sont privés de technologie en 2014 à l’occasion du carême. Le sondage cité mentionne que ceux qui abandonnent les technologies pendant cette période de 40 jours se privent des réseaux sociaux (16 %), des téléphones intelligents (13 %), de la télévision (11 %), des jeux vidéo (10 %) et, dans une moindre mesure, d’Internet (9 %). Cette nouvelle pratique serait populaire aussi bien chez les jeunes (37 % des 18-35 ans) que chez les baby-boomers (39 %) pratiquants.

Ne vous étonnez donc pas si vous voyez ce genre d’images sur les profils de vos amis Facebook. Ils vivent un carême 2.0.

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Chaque année, le site OpenBible établit une liste des sacrifices personnels les plus suivis durant le carême. Encore une fois cette année, Twitter arrive en 3e, les réseaux sociaux, en 5e, et Facebook, en 21e position. Cela dit, le site n’applique pas une méthodologie à toute épreuve. J’en tiens pour preuve le fait que l’école arrive en tête des intentions de privation!

Le carême, version 2.0

Sur le site Salon.com, la journaliste Mary Elizabeth Williams explique que l’observation du carême est assez nouvelle dans son cercle social. Cependant, le fait de s’abstenir de publier le moindre commentaire revêt, pour elle, des allures de défi spirituel. Et ce n’est pas parce qu’elle manque de choses à dire, au contraire. Sa vie des prochaines semaines comporte, selon elle, un grand potentiel d’histoires à partager avec ses amis : une opération, un voyage, un demi-marathon.

Malgré tout, Mme Williams a besoin de retrouver un certain calme dans sa vie. Son défi? Résister à l’envie compulsive de décrire son trajet de métro ou de cliquer sur le commentaire mesquin du jour. Et surtout, elle souhaite voir cette période d’abstinence comme un baume et non un sacrifice. « Une version imparfaite d’une religion imparfaite », dit-elle pour la décrire.

Une absence temporaire

Même des membres de l’Église prennent le chemin de l’abstinence numérique. Le site directmatin.fr mentionne la démarche de l’abbé Pierre Amar.

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« Je voulais une résolution simple, dans l’esprit de celle que le pape Jean-Paul II avait un jour proposée en suggérant qu’on fasse un carême sans télévision : un jeûne cathodique! En écartant Facebook de ma vie pendant 40 jours, je ne me prive pas de quelque chose; je veux surtout vérifier si je suis libre par rapport à Facebook. Je pressens aussi que je vais économiser pas mal de temps que je pourrai utiliser pour prier, lire, aller vers les autres… Rendez-vous dans 40 jours pour un bilan! »

Des trucs pour survivre 40 jours

La blogueuse Lauren Bravo fait, elle aussi, partie des abstentionnistes temporaires. Sur son blogue Shiny Shiny, elle a, par exemple, publié une liste de conseils pour survivre à ce carême nouveau genre. En voici quelques-uns.

  • Faites-le pour les bonnes raisons

Il faut le voir comme un exercice de purification, comme pour éliminer le bruit incessant des médias sociaux, qui encombre nos idées. Et attendez-vous, dit la blogueuse, à devoir expliquer votre démarche à tout le monde. C’est pour ça qu’il faut être bien convaincu.

  •  Effacez vos applications

Ne jouez pas avec le feu, effacez toutes les tentations. Même si vous avez décidé de vous abstenir, il se peut que vous soyez si habitué à cliquer sur certains boutons que vous le fassiez machinalement. N’oubliez pas de désactiver également les notifications, sinon, l’exercice ne sera que partiel.

  • Notez les dates importantes

Ah! que Facebook est efficace pour nous rappeler les anniversaires de nos amis! Ce serait dommage d’oublier les événements importants de la vie des autres (naissances, mariages, etc.).

  • Préparez vos amis

Pour éviter les malentendus ou les déceptions, avisez vos amis que vous ne répondrez pas aux messages sur Facebook. Évitez-leur aussi de s’inquiéter inutilement de ce soudain silence radio. Et rappelez-leur votre numéro de téléphone. C’est vintage, mais toujours utile.

  • Utilisez votre temps judicieusement

Si vous ne ressentez que les désagréments du sevrage, l’exercice sera vain. Il faut remplacer toutes les heures libérées par quelque chose d’utile, d’agréable. Trouvez des idées pour vous assurer d’aller au bout des 40 jours. Vous vous souvenez des livres papier?

Quand le FOMO devient FODO

Parmi les judicieux conseils de sevrage de la blogueuse, il y a aussi et surtout l’occasion de changer le rapport avec les technologies. On peut vouloir abandonner les médias sociaux juste pour se prouver quelque chose à soi-même, mais cela peut aussi être l’occasion de régler certains défauts concernant l’utilisation qu’on en fait.

Ainsi, depuis plusieurs années, on parle de la peur qu’ont les utilisateurs des médias sociaux de manquer quelque chose (ce qu’on appelle en anglais FOMO « fear of missing out« , d’où leur compulsion à vérifier leurs comptes le plus souvent possible.

Maintenant, on parle aussi de la peur de décevoir les autres (en anglais, FODO « fear of disappointing others« ). C’est le terme servant à désigner ce pourquoi certains restent dehors à se geler les mains par -30 degrés Celsius pour répondre le plus rapidement possible à un tweet ou à un statut qui les concerne. Il ne faut surtout pas avoir l’air absent ou indifférent.

Si on n’est pas tous chrétiens, ni pratiquants, il faut avouer qu’il y a quand même du bon à remettre ses pratiques en ligne en question une fois de temps en temps. Bon carême!

 

Martin LessardPrescripteur zéro : le passeur de culture en ligne

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 publié le 24 février 2015 à 12 h 00

Comme Catherine nous l’a signalé sur Triplex la semaine dernière, voilà 10 ans que YouTube existe. Je crois que c’est peut-être ce qui a le plus façonné l’imaginaire de la génération Y et Z.

La génération Y a commencé à utiliser YouTube sur un ordinateur au cours de son adolescence. La génération Z est née dedans et l’a exploré à travers une tablette.

Ces deux générations ont été les premières à avoir été alimentées de contenus quasiment infinis en tout temps, en tous lieux et de façon complètement libre.

Parlez-moi d’une expérimentation grandeur nature!

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La télé d’ailleurs des Y et des Z

Si vous parlez à la génération X, soit ceux qui sont nés avant les Y, ils vous raconteront que l’âge d’or de la télévision pour enfants avait culminé avec La boîte à surprise, Sol et Gobelet, les Oraliens, Picolo et Fanfreluche, etc. Une surabondance de contenus déjantés.

Si vous parlez aux générations Y et Z, aujourd’hui, elles vous parleront des Cypriens, des Pew Dee Pie et des chaînes de jeux en direct sur Twitch.tv. Un tsunami absolu de contenu divers, du plus échevelé au plus sérieux.

Ce qui se remarque, en revanche, c’est l’absence de contenu d’ici, noyé dans la surabondance mondiale.

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La surabondance génère le filtrage social

La génération Y et Z, devant l’éventail de choix inouï, a dû concevoir des stratégies de recherche et de découverte en l’absence de prescripteurs institutionnels (le rôle que se donnent Radio-Canada et Télé-Québec dans leur grille de programmation).

L’expérimentation grandeur nature que j’y vois concerne la façon dont le contenu de qualité émerge en l’absence de sélection en amont (plus de 300 heures sont déposées chaque minute sur les serveurs de YouTube).

Dans ce capharnaüm qu’est YouTube, les jeunes ne peuvent connaître a priori la valeur des différents contenus, puisqu’aucune programmation professionnelle n’a fait de sélection à leur place.

Ils ont dû se rabattre, pour une part, sur une sélection presque au hasard pour décider de ce qu’ils allaient regarder. Mais, c’est le filtrage social qui a dû jouer à plein, les jeunes devant se recommander mutuellement des chaînes entre eux.

Ce filtrage social a servi de guide pour repérer ce qui avait une certaine valeur à leurs yeux. Dans cette sélection, malheureusement, il n’y a que très peu de contenu d’ici.

La fracture se situe au niveau des « prescripteurs de goût », ces personnes ou ces groupes ayant une influence sur le choix de produits, de services, ou, en ce qui nous concerne, des contenus.

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Les prescripteurs de goût

Le prescripteur de goût, ce critique, est celui dont les recommandations sur le plan des contenus font autorité auprès de son auditoire. Il peut faire des recommandations à d’autres prescripteurs, et ainsi de suite. Le premier, je l’appelle le prescripteur zéro.

La sélection initiale (le prescripteur zéro) influe grandement sur l’ensemble de ce qui va ensuite être sélectionné dans YouTube.

En effet, si un jeune s’intéresse à Cyprien, la mégavedette française des youtubeurs, il va immanquablement connaître aussi les Norman, Joueur du grenier, Jeremy, La rousse, Natoo, Samantha Oups et autre Rire jaune, etc.

En revanche, s’il s’intéresse à PewDeePie, la star absolue des youtubeurs mondiaux, il se retrouvera du côté, entre autres, des VAT19, Rosanna Pansino (Nerdy Nummies), SevenSuperGirls, Lui Calibre, H2ODelirious, AndreasChoice et autre MyFroggyStuff, etc.

Tous ces youtubeurs ont 1 million et plus d’abonnés.

Ces filons sont infinis, mais comme le temps dans une journée ne l’est pas, l’attention s’agglutine autour d’un ensemble de quelques prescripteurs, plus habiles que les autres, qui nous permettent de filtrer le chaos.

Ce choix de ces prescripteurs oriente d’une certaine façon l’accès aux produits culturels.

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Comment ils attirent l’attention

Les produits culturels sont considérés comme des « biens d’expérience », c’est-à-dire qu’on n’en apprécie la qualité que lorsqu’on en « fait l’expérience ». Comme un nouveau bonbon à la saveur inconnue qui ne se révèle qu’en étant consommé.

Consommer ce type de « biens d’expérience » demande du temps. Ce que les jeunes ont à profusion, mais pas de façon infinie.

Il se développe alors, tôt ou tard, une forme de confiance dans ces prescripteurs qui nous donnent accès à des filons de contenu de qualité (ou perçus comme tel).

Ce prescripteur zéro, celui qui est à la base, détermine en grande partie ce qui devient un produit culturel qui sera consommé (ou non).

Sur YouTube, ces critiques de goût ont donc un rôle significatif pour ce qui est des contenus qui finiront par être regardés.

Ces produits culturels initiaux orientent, à terme, les goûts futurs en matière de consommation culturelle de la génération Y et Z.

Qui sont nos prescripteurs zéro

Il n’y a existe pas un seul, mais des centaines, des milliers de prescripteurs chacun dans leur domaine, avec leurs centres d’intérêt et leur audience.

Bien sûr, en culture,  les plus importants prescripteurs se nomment en fait critiques, chroniqueurs ou journalistes culturels, et on les retrouve dans les grands médias (radio, télévision, journaux).

Mais en ligne sous le radar des gens de l’industrie, bien trop occupés pour faire le tri dans le capharnaüm, se trouvent des « experts » capables de faire une sélection pour les jeunes qui eux ont beaucoup de temps pour tester ces nouveaux « biens d’expérience ».

Toute stratégie culturelle pour les États soucieux de la pérennité de leur langue et de leur industrie culturelle devrait se préoccuper de la place de ces « prescripteurs zéro » dans la chaîne de valeurs. D’une façon ou d’une autre, ils devront trouver un moyen de les soutenir, directement ou indirectement, car ces prescripteurs sont une courroie de transmission de la culture en ligne, libre et sans filtre.

Sans un réseau de prescripteurs d’ici fort, les talents émergents d’ici vont s’épuiser à essayer se faire remarquer, car actuellement, la visibilité en dehors des cercles institutionnels ne joue pas en leur faveur.

Si je regarde mon échantillon (non scientifique) de jeunes Z et de moins jeunes Y, je remarque que le contenu télévisuel fait partie pour eux du capharnaüm de l’offre en abondance. Cela veut dire que les jeunes ne vont s’y intéresser que si leur filtrage social les y conduit, car ils ont appris à trouver des filons seulement à travers leurs prescripteurs de goût.

Malheureusement, aucun de leurs prescripteurs zéro ne vient d’ici.

Est-ce la raison pour laquelle il y aurait des jeunes qui consomment si peu la culture audiovisuelle d’ici?

Martin LessardSnapchat Discover : ce que les médias peuvent y gagner

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 publié le 28 janvier 2015 à 11 h 43

Snapchat, l’application mobile de messages éphémères, vient tout juste de lancer une nouvelle fonction : Discover.

Discover, c’est un volet dans l’application où 11 médias anglophones (dont CNN, MTV, Vice et National Geographic) offrent chaque jour des extraits de vidéos, de textes ou de photos de sujets d’actualité.

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Il suffit de glisser le doigt vers la gauche pour accéder à cet écran (après avoir pris soin de télécharger la plus récente version de Snapchat).

Les contenus sont accessibles 24 heures et changent chaque jour.

Des extraits courts et éphémères, Snapchat oblige

Que le monde des médias, toujours à la recherche de débouchés pour ses contenus, se tourne vers Snapchat n’est pas bête.

Ça confirme dans un premier temps la nature éphémère des nouvelles elles-mêmes.

Ça confirme aussi le fait que les nouvelles manipulées du bout des doigts se prêtent bien mieux à sa consultation.

En effet, en 2 ou 3 glissements ou pressions de doigt, on accède au contenu, comme on accède à un bol de Smarties : un petit morceau à la fois (la forme du célèbre petit chocolat n’est pas sans rappeler celle des pastilles de nouvelles dans Snapchat.)

Source Wikipedia

Source Wikipedia

La métaphore de la « page web » (qui rappelle la page du magazine, du journal ou du livre) ne convient pas tout à fait pour refléter la façon dont on consulte les contenus en ligne aujourd’hui.

Les articles sont de petits bonbons que l’on gobe ou que l’on partage avec d’autres sans trop d’efforts.

Sur Snapchat, aussitôt consommé, aussitôt disparu!

Si les 100 millions d’abonnés de Snapchat, dont la moitié ont entre 13 et 17 ans, découvrent les nouvelles du monde de cette façon, c’est en soit une bonne nouvelle! Il y a peut-être une association naturelle qui se dessine entre les médias et la culture du temporaire que propose Snapchat.

Facebook partage, Snapchat appâte

Dans une étude récente, on apprenait que près de 82 % des articles publiés en ligne sur les réseaux sociaux passent par Facebook.

Pour les médias, Facebook est donc un élément incontournable de leur stratégie de diffusion sociale.

L’an passé, le trafic de Facebook vers les sites d’information a été multiplié par 4 (merci à l’étonnante performance du nouvel algorithme de tri des contenus du fil des nouvelles).

Mais c’est un piège. Les abonnés de Facebook restent sur Facebook, ils consomment à la pièce les articles, ils commentent sur Facebook : les médias sont un énorme réservoir à contenus qui alimentent et enrichissent la plateforme de réseautage.

Sur Snapchat, c’est différent. Les médias contrôlent ce qui est distribué. Et ce contenu n’est accessible que durant 24 heures.

Si un jeune utilisateur veut en savoir plus, il sait qu’il n’a qu’à se rendre sur le site du journal en question. Snapchat appâte, mais pour assouvir sa soif de connaissances, l’usager devra se tourner vers le site officiel du média en question – et pourquoi pas, en passant, s’y abonner?

Ce qui rend Snapchat unique, c’est que l’application crée une forme de rareté qui oblige les utilisateurs à toujours revenir, afin d’éviter de « manquer quelque chose ». Cette force d’attraction est la même que dans les conversations entre des personnes. Elle tient au fait que l’on souhaite ne rien manquer et être au courant de ce que son réseau publie ou de ce dont il discute. Les nouvelles participent à cette même force.

Avec Discover, Snapchat tente le coup avec de petites pastilles de nouvelles qui se veulent irrésistibles et que vous allez dévorer jusqu’au dernier — en gardant peut-être les rouges pour la fin.

Catherine MathysPour en finir avec le stress lié aux technologies

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 publié le 20 janvier 2015 à 13 h 07

Les études se suivent et ne se ressemblent pas. Plusieurs d’entre elles nous ont déjà prévenus de l’effet négatif des technologies sur notre niveau de stress. Vous pouvez retourner lire celle de l’Université de Gothenburg, celle de l’Université de Johnson and Wales ou encore celle de l’Université de Cambridge pour ne nommer que celles-là.

Certaines de ces études parlent d’une augmentation de l’anxiété, de l’impatience et d’une chute de la capacité d’apprentissage et de rétention de l’information. D’autres ont aussi abordé les problèmes de confiance et de construction de relations de proximité en lien avec les réseaux sociaux.

Mais voilà que, jeudi dernier, une nouvelle étude est venue nuancer le propos. En effet, l’Université Rutgers et le Pew Reasearch Center brouillent un peu les cartes en affirmant que les utilisateurs réguliers d’Internet et des médias sociaux ne ressentent pas plus de stress que les non-utilisateurs. Voilà qui tente d’abattre un préjugé qui a la vie dure. Ce n’est pas la première étude qui trouve des effets bénéfiques aux médias sociaux comme celle-ci qui mentionnait leurs bienfaits sur la santé mentale et physique des utilisateurs plus âgés. Mais comme on le verra plus loin, cette nouvelle étude apporte une nuance importance.

La technologie qui fait peur

Selon l’étude, la peur de la technologie n’a rien de nouveau. Lorsqu’il a été inventé, le téléphone était perçu comme un perturbateur de la quiétude des chaumières. Les montres et les horloges, quant à elles, ont été vues comme des despotes, car elles mettaient de la pression sur les ouvriers pour qu’ils soient plus productifs. L’introduction d’une nouvelle technologie change les habitudes, pas de doute. Mais selon cette étude, contrairement à ce qu’on entend parfois, l’utilisation des plus récentes technologies ne rendrait pas notre vie plus stressante.

Cette étude est le résultat d’un sondage auprès de 1800 Américains. On y réfute essentiellement l’idée que les utilisateurs des médias sociaux soient toujours en train de rêver à l’herbe du voisin, plus verte que la leur, comme l’indique cet article du New York Times. Ils ne sont donc pas plus stressés à l’idée de voir leurs « amis » partir en voyage dans le Sud ou participer à la soirée du siècle. Par contre, tout n’est pas rose. Ainsi, l’utilisation régulière des médias sociaux a un prix, celui de l’empathie.

Le prix de l’empathie

L’étude apporte une donnée intéressante au débat en parlant du prix de l’empathie (cost of caring). Ceux qui utilisent régulièrement les médias sociaux sont forcément plus conscients des événements stressants que vivent leurs amis. C’est ce qui pousse les chercheurs à penser que le stress pourrait être contagieux. Notre niveau de stress augmenterait par empathie envers nos amis. Les femmes seraient particulièrement vulnérables à cet effet secondaire, lié à l’utilisation des médias sociaux.

The average number of stressful events (out of a total of 12 possible) that people knew occurred in the lives of their friends/acquaintances in the past 12 months

Encore faut-il que les amis en question qui vivent des événements stressants soient des amis proches parce que, quand il s’agit de connaissances ou d’inconnus, le niveau de stress serait beaucoup moins grand, essentiellement parce qu’on est d’abord content de ne pas être touché soi-même. Moins d’empathie équivaut donc à moins de stress. C’est logique.

L’inégalité des sexes sur les réseaux sociaux

Une autre donnée intéressante ressort de l’étude. Facebook est la plateforme où hommes et femmes ont été plus conscients des événements stressants qui touchent leurs amis, mais pas de la même manière. Ainsi, une femme avec un nombre moyen d’amis est consciente de 27 % de situations stressantes de plus que les non-utilisateurs. Les hommes qui aussi un nombre moyen d’amis et qui commentent régulièrement les statuts des autres vivent 14 % de plus de situations stressantes que ceux qui n’utilisent pas les médias sociaux. « L’ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes », disait l’écrivain français Anatole France.

Cependant, pour les femmes, l’utilisation de certains outils s’avère particulièrement positive. Celles qui utilisent Twitter plusieurs fois par jour, qui envoient ou reçoivent des courriels 25 fois par jour et qui publient au moins 2 photos par jour sur leur téléphone ont un niveau de stress de 21 % plus faible que ceux qui ne les utilisent pas. Pourquoi les femmes? Parce qu’elles parlent plus facilement avec d’autres de ce qui se passe dans leur vie quotidienne, que ce soit en ligne ou pas. Le rapport indique que les hommes utilisent moins la technologie comme mécanisme d’adaptation.

En somme, n’ayez plus peur, il paraît que c’est bon pour l’âme d’avoir des échanges en ligne (moins pour la confidentialité de vos données, par contre). Il y a toujours un prix à payer pour tout, semble-t-il.

 

Les vacances nous permettent parfois de lire de plus longs textes et de se pencher sur certains phénomènes qui nécessitent plus de réflexion. Mon inclination pour les questions liées aux bouleversements médiatiques m’a amenée vers cet article du magazine Wired. On y dresse le portrait de trois entreprises médiatiques, Circa, BuzzFeed et First Look Media, qui innovent dans leurs façons de capter notre attention. Parce que voilà, les médias évoluent, les applications pullulent, l’information est exponentielle, mais pas notre capacité d’absorption.

Capter et retenir l’attention

Les médias ont toujours rivalisé de créativité pour tenter de gagner l’attention des gens, allant de la taille de la typographie jusqu’au crieur public. Au cours des dernières décennies, ils ont également dû investir un nouveau territoire, et la guerre de l’attention est aussi devenue virtuelle. Avec la fulgurante évolution de la mobilité, le champ de bataille est plus grand que jamais. La nouvelle peut vous trouver où que vous soyez. Vous pouvez recevoir des alertes pour vous informer à la moindre nouvelle manchette.

Ce qui complexifie aussi les choses, c’est que les médias n’ont plus le monopole des méthodes de distribution de la nouvelle. Votre petite sœur n’a pas besoin d’investir dans une tour satellite ou dans une imprimerie pour vous acheminer une nouvelle. Cela dit, les médias ne se retrouvent pas véritablement en compétition avec elle pour attirer votre attention. Ils l’utilisent comme courroie de transmission. C’est elle, le nouveau mode de distribution de la nouvelle. On lit rarement une nouvelle directement sur le site d’un grand média. On clique plutôt sur le lien que quelqu’un d’autre a publié sur les médias sociaux. Selon le Pew Research Center, 30 % des Américains s’informent sur Facebook. À l’avenir, l’enjeu ne sera plus celui d’attirer des lecteurs sur le site du média, mais de réussir à implanter la nouvelle dans leurs habitudes de consommation de contenu.

Le cas de BuzzFeed

L’article mentionne plusieurs approches intéressantes, mais ce sont celles de BuzzFeed qui ont attiré mon attention (sans jeu de mots). Dans leurs bureaux de Manhattan, des écrans géants occupent tous les murs. On peut y voir des chiffres, des tableaux, des graphiques sur la durée de vie des histoires publiées sur leur site, mais aussi relayées ailleurs.

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Quand on cherche une source d’information crédible et fiable, on ne pense pas tout de suite à BuzzFeed. Cela dit, c’est peut-être en train de changer, car ils travaillent fort pour gagner notre attention là où elle se trouve. Par exemple, ils ont mis sur pied une division qui ne créera du contenu que pour les applications les plus utilisées par les jeunes, comme Vine, Snapchat et Imgur. L’entreprise serait estimée à 850 millions de dollars. Nous voilà bien loin des 1,9 milliard du New York Times. Cependant, pendant que ce dernier fait des mises à pied pour rester concurrentiel, BuzzFeed ne cesse d’embaucher du personnel. Son but est de devenir la première source d’information pour la génération de lecteurs qui ne s’abonnera jamais à un journal ou qui ne regardera jamais un téléjournal.

BuzzFeed et la science du partage

Pour qu’une histoire vive sur le web, elle doit être retransmise à d’autres. Pour ce faire, il faut comprendre pourquoi et comment une nouvelle devient virale. L’article de Wired dresse le portrait de Dao Nguyen, la jeune éditrice de BuzzFeed qui fait doubler l’affluence sur le site depuis son arrivée il y a deux ans.

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Selon elle, les entreprises médiatiques misent trop souvent sur la promotion de leur marque pour attirer davantage de lecteurs. Nguyen ne pense pas que l’avenir des médias soit dans le marketing. Il s’agirait plutôt de diversifier l’offre technologique en créant de nouveaux outils, de nouveaux produits et en améliorant la plateforme actuelle. Ce sont des changements beaucoup plus durables qu’une campagne marketing.

Et créer de nouveaux outils, c’est ce que BuzzFeed fait. Je vous renvoie à l’article pour l’explication de leur modèle d’affaire qui est, par ailleurs, très intéressant. Cela dit, je voudrais finir avec quelques leçons intéressantes qu’on peut retenir du cas BuzzFeed.

L’efficacité des méthodes de BuzzFeed

Quelles sont les méthodes concrètes appliquées par BuzzFeed? J’en retiens trois. Dans un premier temps, elle utilise un optimisateur de titre. Qu’est-ce que c’est? Il s’agit d’un système ingénieux qui permet de publier une nouvelle avec des titres et une configuration de page différents. Les éditeurs reçoivent en temps réel les données qui permettent de choisir la meilleure présentation. Aussi, quand une histoire est publiée, un algorithme étudie les premières manifestations du partage pour déterminer sa viralité. Selon ce premier rapport, on prolonge sa durée de vie en la publiant sur encore plus de plateformes ou on la laisse mourir.

Aussi, BuzzFeed s’intéresse davantage à la portée sociale qu’au nombre de clics. Voilà qui est rafraîchissant – et extrêmement efficace. La survie de BuzzFeed ou de n’importe quel autre média tient au nombre de nouveaux lecteurs qu’elle réussit à fidéliser. Le système d’étude de la portée sociale permet de voir la popularité d’une histoire auprès de nouveaux lecteurs, et non pas juste auprès des lecteurs habitués. Et le succès d’un article se mesure non pas au nombre absolu de lecteurs réels, mais bien selon l’auditoire potentiel qu’il peut atteindre. Nguyen explique qu’une histoire qui atteint 250 000 pages vues sur un potentiel de 500 000 est un succès, mais que 250 000 pages vues sur un potentiel de 300 millions est un échec lamentable.

La dernière leçon de BuzzFeed, et non la moindre, est de cesser de chercher à séduire tout le monde en même temps. Il ne faut pas avoir peur de la segmentation de son marché. Viser une toute petite partie de la population ne mine pas le succès du partage d’une histoire. Au contraire, les liens serrés d’un petit segment de la population peuvent accélérer et démultiplier le partage d’une nouvelle. Ce sont ces liens personnels qui sont le mécanisme de distribution de la nouvelle au 21e siècle. Et si les médias traditionnels appliquaient certaines de ces idées novatrices?