Billets classés sous la catégorie « Réseaux sociaux »

Catherine MathysRas-le-bol de la frénésie du web?

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 publié le 29 août 2014 à 11 h 36

Le 21 août dernier, Ma mère était hipster, un webzine portant sur la culture émergente montréalaise, publiait un statut sur sa page Facebook dont voici un extrait :

« Actuellement, la culture se consomme en mode fast food. (…) C’est pourquoi MMEH entreprendra, dès septembre, un virage slow media. Nous revendiquons la lenteur. Nous revendiquons le droit de nous poser sur les œuvres qui nous sont offertes et de prendre le temps de les comprendre, de les décortiquer, de les apprécier. Pour retrouver le plaisir des mots, de l’écriture, de la découverte. Pour avoir le temps de se laisser séduire. »

Le slow media, ou la volonté de ralentir le rythme de publication et de lecture imposé par la frénésie du web, n’est pas un phénomène nouveau comme en fait état cet article de La Presse datant de 2010. Ces dernières années, des sites comme Longform et Longreads ont popularisé la publication d’articles de plus de 2000 mots en ligne. Bien que ces longues lectures puissent paraître antinomiques au caractère souvent instantané des échanges sur le web, l’idée semble s’inscrire dans une mouvance plus large où la lenteur et la qualité du contenu s’opposent à la course effrénée qui caractérise notre consommation du web. Prenons l’exemple d’un phénomène en croissance qui illustre ce ras-le-bol du déferlement d’information, le retour en force des infolettres.

Le retour des infolettres

Le 29 juin dernier, David Carr, du New York Times y consacrait un article. Des journalistes, mais aussi des médias, semblent mieux trouver l’attention du lecteur à travers des infolettres. Oui, oui, des infolettres envoyées avec un bon vieux courriel. David Carr mentionne une étude qui date de mars 2014 où 940 cadres disent préférer l’infolettre à Internet ou aux applications mobiles quand vient le temps de s’informer.

Pour expliquer le retour des infolettres dans la faveur populaire, David Carr accuse le flux continu d’information qui nous assiège au quotidien. C’est comme si l’infolettre arrivait avec des contours bien définis dans notre boîte de messagerie et mettait un peu d’ordre et de prévisibilité dans la masse de messages et de liens que nous recevons. Et parce que, dans l’ordre habituel des choses, on lit d’abord nos courriels avant d’aller voir nos médias sociaux, l’infolettre devient une source primaire d’information.

David Carr mentionne que le service de MailChimp, qui se spécialise dans l’envoi de courriels commerciaux aux usagers, ajoute près de 10 000 abonnés par jour pour un total de 400 millions de courriels quotidiens. C’est comme si pour se sortir du lot, il fallait revenir aux anciennes méthodes qui s’avèrent désormais plus efficaces pour s’informer directement à la source. L’infolettre propose un résumé de quelques liens qui peuvent nous intéresser et possède une qualité qu’ont bien peu d’informations trouvées sur le web, c’est-à-dire qu’on les reçoit à notre demande. Recevoir une infolettre sous-entend ainsi un intérêt réel pour le sujet ou la thématique en question, ce qui peut économiser à la fois temps et énergie.

Ralentir le rythme permet donc de revenir à d’anciennes technologies qu’on croyait moins pertinentes, mais aussi de repenser le format du réseau social tel qu’on le conçoit habituellement.

Un nouveau réseau social basé sur la qualité et non la quantité 

Dans cette volonté de prendre son temps pour s’informer, un nouveau réseau social est également en train de naître. Son nom comme sa mission sont simples. Le réseau s’appelle This. et permet à ses utilisateurs de ne recommander qu’un seul lien par jour (offert en version bêta pour le moment). Il s’agit en quelque sorte d’un réseau qui cherche à faire ralentir le rythme. En effet, comment réussir à lire tout ce que les membres de notre réseau nous recommandent chaque jour? Y arrivez-vous? Et si on prenait le temps de réfléchir et de ne choisir qu’un seul lien cette journée-là?

Bien sûr, la rareté crée la valeur. Quand on ne peut recommander qu’un seul lien par jour, on le choisit avec soin, et le lecteur le reçoit avec autant d’attention en sachant qu’il a été choisi pour son grand intérêt. D’ailleurs, dans une entrevue accordée au Nieman Journalism Lab de Harvard, l’idéateur du réseau Andrew Golis mentionne qu’il souhaite remplacer le traditionnel « j’aime » par « merci ». Merci d’avoir pris le temps de lire, de réfléchir et de penser que ça pourrait m’intéresser au-delà de tout le reste qui a été diffusé dans la journée.

Golis ne veut pas que son réseau social soit celui qu’on consulte machinalement sur le trottoir en marchant, mais bien celui qu’on prend le temps de consulter tranquillement le soir, une fois les enfants couchés. Il pense même éventuellement, pour revenir à notre sujet précédent, permettre aux usagers de créer des infolettres personnalisées selon leurs centres d’intérêt.

Il ne s’agit sûrement pas du prochain Facebook pour ce qui est du nombre d’abonnés, mais beaucoup y trouveront assurément leur compte pour simplifier leur rapport à l’infobésité. Et ce genre de réseau social s’inscrit tout à fait dans le mouvement du slow media. J’en profite pour souhaiter bonne continuation au webzine Ma mère était hipster dans sa nouvelle formule.

Et puis, avez-vous trouvé mon billet trop long à lire? ;)

 

YouTube empruntera-t-il la stratégie de contenus exclusifs de Netflix? C’est du moins ce que rapporte Reuters. La célèbre plateforme de diffusion vidéo serait en période de discussion avec Hollywood et des producteurs indépendants afin de financer du contenu dit «premium», ou exclusif.

Un changement de philosophie

Cette volonté d’obtenir davantage de contenu exclusif de qualité montre que le produit est en pleine transition. Depuis son achat par Google en 2006, YouTube n’a pas été détrôné du segment vidéo des médias sociaux. C’était la plateforme où n’importe qui pouvait mettre en ligne n’importe quoi : vidéos de vacances, d’animaux de compagnie, et tutti quanti. Progressivement, elle est devenue le canal privilégié pour du contenu qui ne trouvait pas sa place à la télévision. Il suffit de penser au succès d’EpicMealTime ou de Jon Lajoie. Leur popularité, entièrement redevable à YouTube (et leur talent jusque-là méconnu), a aussi été récompensée en générant des revenus pour les millions de lectures de leurs vidéos.

C’est très certainement par ce contenu créé par les utilisateurs que Google a découvert la vocation de YouTube. Avec des millions de vues pour certaines vidéos (parfois des futilités absurdes : 33 millions pour 10 heures de Nyan Cat en répétition), une nouvelle ère est apparue. Des publicités ont commencé à être publiées, sur le site et pendant la lecture des vidéos. L’argument de vente était simple : le trafic généré par une quantité infinie de contenus était monstrueux. De plus, avec l’approche TrueView, la pub ne sera facturée qu’après un certain temps de lecture.

La réalité des revenus publicitaires

En réalité, Google souffre de la baisse progressive des coûts publicitaires. Le volume de publicités vendues n’augmente plus de manière aussi exponentielle qu’à l’heure des premiers grands succès de la plateforme. Google doit donc miser sur des produits exclusifs qu’il pourra vendre plus cher. En ce sens, il sera possible de réclamer plus d’argent pour une campagne publicitaire sur YouTube si elle accompagne une série exclusive.

YouTube est en mutation constante, et ces discussions en sont une autre étape. Fin juin, Google annonçait déjà les nouvelles conditions de monétisation pour les vidéoclips : les maisons de disque devront négocier une entente avec eux. Sans dire qu’on ne pourra plus y trouver de vidéos de chiens courant après leur queue, on peut s’attendre à davantage de publicités pour ponctuer nos périodes de procrastination.

Martin LessardLe restaurant de Schrödinger

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 publié le 8 juillet 2014 à 13 h 53

Il est midi. Je suis attablé dans un sympathique bistro de l’Isle-aux-Coudres. Le panini à la dinde est délicieux, la bière d’une microbrasserie du terroir aussi. Le soleil brille de nouveau après une petite averse. Tout va bien.

Que se serait-il passé si je m’étais fié à Facebook ou à Foursquare? J’aurais choisi une autre destination, car ces deux outils en ligne m’indiquaient que ce restaurant était fermé à l’heure du lunch.

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Si j’avais planifié mon déplacement en fonction de mon arrêt ce midi-là, cet établissement n’aurait jamais figuré parmi les possibilités.

Comme le chat de Schrödinger, un exercice de pensée visant à décrire le monde paradoxal de la physique quantique où une particule peut avoir plusieurs états, mon restaurant était paradoxalement à la fois ouvert et fermé.

C’est seulement en allant sur place que j’ai pu régler cette « étrange » superposition d’états, selon la théorie de décohérence — mais je doute fort que les experts en science quantique acceptent mon interprétation, à moins d’avoir trop forcé comme moi ce jour-là sur la bière microbrassée.

Numérique lex, sed lex

Ce qui apparaît sur le web a un impact bien concret dans la réalité.

Demandez aux aubergistes ou aux restaurateurs qui reçoivent de mauvaises critiques sur Yelp ou TripAdvisor. Que les commentaires soient inventés ou non (il y a eu tout un débat là-dessus il y a quelques années), ceux qui les rédigent peuvent faire la pluie et le beau temps de ce côté-ci de l’écran. Et les commerçants n’ont pas toujours le contrôle là-dessus.

Mais pour ce qui est des heures d’ouverture, le fait pour un commerçant de ne pas se préoccuper de ce qui est écrit en ligne – surtout sur sa propre page Facebook – peut se traduire par des pertes réelles de revenus.

Source:  Frédéric Bisson

Source: Frédéric Bisson

Dans un article de Wired publié hier, on nous rappelait que l’an dernier, un restaurant de la région de Washington avait dû fermer ses portes parce que sa clientèle de fin de semaine avait diminué de 75 %.

Le propriétaire n’avait jamais remarqué que Google Places, un service de Google pour les entreprises qui veulent afficher leurs coordonnées et leurs horaires sur les plateformes de Google comme Google Maps, indiquait que son restaurant était « fermé du samedi au lundi ».

Que leurs renseignements aient été sabotés par un concurrent (ce que le propriétaire du restaurant près de Washington prétend) ou qu’ils aient négligé leur compte Facebook (ce qui est le cas du restaurant où je suis allé), les commerçants sont responsables de ce qui est affiché sur eux en ligne et il leur incombe de gérer eux-mêmes leur présence sur la Toile. Mais souvent, ils manquent de temps pour le faire. Google +, Google Maps, Yelp, Foursquare, Tripadvisor… La liste est longue, et il n’y a pas suffisamment d’heures dans une journée pour faire le tour.

En janvier dernier, une fraude à grande échelle a été mise au jour : des milliers d’hôtels sur Google + Local ont vu leur hyperlien être détourné au profit d’une agence de réservations. Autrement dit, au lieu d’être dirigés vers le site web de l’hôtel, les utilisateurs aboutissaient sur celui du fraudeur qui offrait les réservations de façon légale pour les hôtels. Celui-ci empochait ensuite la prime de réservation auprès des établissements hôteliers. Une autre chose de plus à surveiller!

Source: SearchEngineLand

Source: SearchEngineLand

Le numérique n’est jamais en vacances

Depuis que les Pages jaunes ont perdu le monopole de « l’endroit où on trouve un commerce », c’est Internet qui a pris le relais. Pour tout et pour rien, on utilise notre moteur de recherche préféré ou une application spécialisée pour trouver une réponse à sa question ou des recommandations de lieux.

La « découvrabilité », c’est à dire la possibilité de trouver une information à partir d’une autre information — ce qu’on fait souvent avec notre fureteur ou avec des applications comme Foursquare — est le nerf de la guerre dans un monde de surabondance d’information et de choix, que ce soit soit pour trouver un restaurant ou un autre lieu.

En ce moment, dans la nouvelle économie numérique, une maîtrise minimum des outils est nécessaire pour y être visible. Sinon, c’est accepter de disparaître, d’être dépassé par la masse d’information et condamné à rester invisible même si l’on existe au grand jour, au détour d’un chemin, dans un beau coin de pays, comme mon « restaurant de Schrödinger ».

EmojliOn discutait récemment ici de cette application qui n’a pour l’instant que seule fonction d’envoyer des « Yo! » à vos contacts. Ne reculant devant aucune application en apparence simpliste, cette semaine, on vous présente Emojli. Là, pas même une syllabe, seulement des emoji – ces émoticônes nouvelle génération, de petits dessins d’origine japonaise. De prime abord, ce qui semblait un canular a finalement récolté des appuis monétaire et humain.

Faut-il faire un dessin? Oui, semble-t-il…

Les deux créateurs, Matt Gray et Tom Scott, savent pourtant trouver les mots pour justifier la pertinence de leur application. La vidéo promotionnelle s’ouvre avec cette phrase fort évocatrice : « Les médias sociaux sont brisés. » Or, afin de gommer les nombreux irritants des médias sociaux, soit les trolls, les pourriels et plus encore, la solution est simple : il suffit d’éliminer les mots. Il ne peut pas y avoir de pourriels sur Emojli, car « il n’existe pas d’émoticônes signifiant pourriel ». Voilà que la sémiologue en moi tressaille d’impatience à l’idée de créer du sens avec quelques émoticônes.

Le degré zéro d’identification : choisir son émoticône

Il est déjà possible de réserver son surnom sur le site de l’application pour la sortie prochaine sur iOS. Évidemment, le surnom doit être composé d’émoticônes uniquement. Malgré un je-ne-sais-quoi d’ironique dans ce projet, l’arrivée d’Emojli est une autre étape dans une culture de la communication visuelle qui prend de plus en plus d’ampleur. De l’émoticône inventée en 1963 par Harvey Ball à aujourd’hui, ces icônes prennent de plus en plus de place dans la culture populaire et dans nos échanges. Le consortium Unicode a récemment annoncé l’inclusion de 250 nouvelles émoticônes et même le président américain Obama en a parlé lors d’un discours à Pittsburgh le 17 juin. En avril, BlackBerry a intégré une stratégie d’autocollants (stickers), ces émoticônes en gros formats, qui ont rapporté des profits importants sur les marchés asiatique et africain.

Créer du sens en un ou deux clics

Cela dit, ces échanges uniquement composées d’émoticônes seront-ils compréhensibles? Arrivera-t-on à communiquer même de brèves idées avec ces hiéroglyphes rudimentaires que sont les émoticônes? Plusieurs (un exemple ici et ) se demandent si ces petites images ont un effet, positif ou négatif, sur notre maîtrise de la langue.

La communication se résumera-t-elle de plus en plus à des pictogrammes? C’est à voir, mais Emojli prouve que les émoticônes prennent de plus en plus de place dans la communication humaine.

 

Martin LessardOù finiront vos photos de vacances?

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 publié le 27 juin 2014 à 10 h 11

C’est le début de la saison des photos de vacances. Probablement, comme beaucoup de gens, vous choisirez de prendre vos photos avec votre téléphone portable.

Si vous êtes comme moi, vos photos finiront par traîner un peu partout. Dans mon cas, je suis même en train d’en perdre la trace.

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Bien sûr, j’ai une place sur mon disque dur où je les garde en sécurité, mais  je ne les regarde jamais, et après quelques mois, ces noms de fichiers à numéro ne me disent plus rien.

J’en ai aussi une copie de sécurité (du moins, je crois).

Mais, maintenant que j’y pense, mon cellulaire les pousse aussi automatiquement vers Dropbox. Et aussi vers iCloud (je suis sur iOS). Ah, oui! J’utilise aussi Crashplan, un service de copie de sécurité en ligne. Donc, des copies de mes photos sont quelque part sur un serveur.

Oh! J’en ai quelques-unes aussi que j’ai textées. Celles-là, je ne sais pas où elles sont dans l’univers numérique.

Il y a aussi celles que j’ai déposées sur Facebook ou Twitter. Quant à celles déposées sur Snapchat, on me promet qu’elles ont été effacées.

Et les plus anciennes photos se trouvent sur mon ancien ordi et sur quelques vieux CD-ROM.

Bref, c’est la galère.

Des poses et des flux

Nous publions tellement de photos, car leur coût de production a énormément baissé depuis plusieurs années que nous en produisons plus que ce que nous sommes véritablement capables de gérer.

Le coût de gestion devient, en comparaison, prohibitif. Qui va passer ses soirées à renommer, à identifier et à trier ses photos, sachant que demain, une autre vague de photos va déferler?

Alors, quand des outils comme Facebook (en ligne) ou iPhoto (sur Mac) vous proposent de trier, d’archiver et d’identifier l’origine de vos photos (ah, vous ne le saviez peut-être pas, mais si vous ne désactivez pas la géolocalisation, toutes vos photos se retrouvent localisées à l’endroit où vous les avez prises!), alors quand, dis-je, des outils vous proposent de simplifier la gestion de ces souvenirs, c’est difficile de refuser. À la longue, on tombe tous un jour ou l’autre sous leur emprise…

Quand le coût de production était élevé, la rareté des bonnes photos faisait en sorte que nous les conservions précieusement. La propriété, la possession, était le garant de sa valeur.

Aujourd’hui, dans la surabondance, la valeur d’une photo est dans sa diffusion. À quoi peut bien servir ce beau coucher de soleil sur la plage (en fait, ces 100 beaux couchers de soleil sur la plage) si personne ne le voit?

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On ne prend plus des photos pour les garder, mais pour les envoyer tout de suite à ses amis.

En fait, on a laissé à nos outils le soin de faire la collecte de nos souvenirs pour les présenter eux-mêmes aux autres. Car nous sommes trop occupés à en produire d’autres.