Billets classés sous la catégorie « Réseaux sociaux »

Martin LessardTransférer l’esprit d’un ver dans un robot?

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 publié le 16 décembre 2014 à 12 h 14

C’est mon coup de coeur 2014 dans les nouvelles technologies émergentes.

Voyez cette expérience comme la première tentative de faire comme dans le film de science-fiction Transcendance. Mais avec un ver et des blocs Lego!

Transcendance d’un ver

Caenorhabditis_elegans

Que se passe-t-il quand on transpose une copie numérique du système nerveux d’un minuscule ver (le C. elegans) dans un robot (le Lego Mindstorms EV3)?

Ça donne cela :

Évidemment, cette vidéo ne fait pas le poids en comparaison d’un film à gros budget comme Transcendance, qui racontait l’histoire d’un professeur dont l’esprit avait été transféré dans une machine.

Ici, dans l’expérience, c’est la copie de 302 neurones d’un ver, qui ont été méticuleusement cartographiés et transposés numériquement dans un robot.

C’est ce connectome (l’ensemble des connexions neuronales de ces 302 neurones) qui contrôle le robot.

Retenez bien ceci : il n’y a pas eu de programmation informatique pour diriger le robot dans la vidéo. C’est le connectome lui-même qui se dirige, comme un ver le ferait dans l’espace environnant.

Les chercheurs ont fait en sorte que les capteurs du Lego deviennent une extension du connectome.
C-ELEGANS-NUMERIQUE
Le Lego Mindstorms EV3 possède des capteurs qui envoient des signaux au connectome numérique, qui réagit comme le connectome du ver le ferait.

À proximité d’un obstacle, l’ensemble du connectome envoie l’ordre de changer de direction, message que le Lego interprète de la même façon.

Et si l’on touche maintenant les capteurs d’un côté du Lego, le connectome fait bouger le robot dans l’autre direction.

Ce connectome numérique reste encore à perfectionner.

Il faudra un jour inclure les autres connexions (chimiques, électriques, peptiques, etc.) pour avoir une représentation plus fidèle.

… et avec votre esprit?

Mais est-ce qu’on peut dire que l’esprit du ver a été transmis? On en doute.

Ce qu’on voit, c’est qu’à un certain niveau, c’est le connectome seul qui donnerait lieu à des phénotypes que l’on observe chez les êtres vivants.

Autrement dit, contrairement au film Transcendance, il n’y a pas d’esprit transféré dans le robot. C’est plutôt l’agencement du connectome qui donne ici les caractères observables du ver.

Mais, à mesure que les chercheurs vont complexifier le modèle, y aura-t-il quelque chose qui va émerger? Une conscience?

Rappelez-vous que c’est exactement le même type de cartographie que le projet européen Human Brain Project cherche à faire pour le cerveau humain, et ce, dans la prochaine décennie.

Les expérience sur le ver C. elegans numérique n’en sont que le prélude…

Martin LessardJe ne chôme pas, je tweete tout le temps

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 publié le 26 novembre 2014 à 11 h 20

En tant qu’outil d’affaires (marché lucratif, s’il en est un), Twitter me semble limité, comme je le disais dans mon billet d’hier.

Toutefois, en tant qu’outil d’analyse, l’une des valeurs de Tweeter réside dans la quantité astronomique de données qui y sont échangées chaque jour.

La montée fulgurante des médias sociaux est devenue un phénomène de société. Grâce à notre utilisation massive des réseaux sociaux, nous avons accès à une facette du comportement humain, à un niveau jusqu’ici sans précédent.

Imaginez ce que l’on peut faire, lorsque l’on connaît le comportement, les goûts, la mobilité et les communications interpersonnelles en tout genre des membres d’une société. Tout ça est ouvert à tous et peut être utilisé pour des études et des croisements de données!

Au-delà des 140 caractères

Ce n’est pas la première fois que le « big data » est abordé sur notre blogue. L’analyse de données en quantité énorme est d’une grande utilité pour la société et sa gouvernance.

En étudiant une quantité phénoménale de tweets échangés en Espagne en 2011 et en 2012, des chercheurs ont démontré récemment que le recoupement d’information révélait des renseignements sur le statut socio-économique de régions géographiques.

espagnetweets2012jpg

Près de 145 millions de messages géolocalisés, répartis entre plus de 340 différentes régions économiques espagnoles, ont permis d’inférer que la quantité et la qualité des tweets, ainsi que la mobilité des twitteurs est un bon indice pour estimer le taux de chômage local.

Je tweete, donc je chôme

Les chercheurs disent être capables de prédire précisément les taux de chômage régionaux à partir de leurs empreintes numériques sur les médias sociaux. Les résultats montrent des différences claires entre les régions à taux de chômage élevé et faible

Par exemple, le nombre de messages publiés entre 9 heures et midi en semaine est significativement plus élevé dans les zones où le taux de chômage est élevé.

Ces tweets sont plus susceptibles de contenir des mots tels qu’emploi ou chômage.

Les messages sont également plus susceptibles de contenir des fautes d’orthographe, ce qui reflète peut-être un niveau d’éducation plus faible parmi les chômeurs.

espagnedata2012

Parce que cette méthode est rapide et peu coûteuse, elle me semble une voie d’avenir pour les médias sociaux et les gouvernements assez avancés pour comprendre que le monde numérique ne se limite pas juste à ouvrir un compte Twitter.

Une analyse des médias sociaux qui se limite aux communications (comme le font les gestionnaires de communauté et les agences de relation publique) oublie que des données sociodémographiques suffisamment fines et utiles pour les tableaux de bord des dirigeants peuvent en émerger.

Un gouvernement peut bien évoquer un virage numérique ou envoyer tous les signes qu’il veut pour montrer qu’il est en train de développer un plan numérique, si ce plan n’assure aucune veille statistique sur les données émanant de la société qu’il souhaite gouverner, on peut craindre qu’il ne soit en train de lâcher la proie pour l’ombre.


Plus d’information sur l’étude : MIT Technology Review (via Hubert Guillaud)
Accès à l’étude complète (PDF) d’où les images dans ce billet ont été tirées.

Martin LessardCachez ce tweet que je ne saurais voir

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 publié le 25 novembre 2014 à 12 h 25

Hier, ce tweet a fait le tour des réseaux sociaux. 

« Je crois toujours qu’on devrait les acheter. Il est prévu à ton agenda pour le 15 ou 16 décembre — nous devons le convaincre. J’ai un plan »

dmfail

Il a été écrit (et rapidement effacé) par Anthony Noto, le nouveau directeur financier de Twitter.

Un « DM fail » gênant

Sur Twitter, DM tient pour « Direct Message », message direct. Le « DM fail » est cette erreur typique qui arrive quand on pense s’adresser à une personne en privé alors que nous sommes en fait en public.

L’équivalent est d’appeler sa douce moitié au téléphone et de se retrouver en fait sur une ligne téléphonique à la radio.

Ce message privé a donc été envoyé de façon publique à un autre employé de l’entreprise concernant une future acquisition.

Un des nombreux abonnés de M. Noto a eu le temps de capturer et de diffuser le message privé.

Pour la discrétion, on repassera.

Le vrai problème

Comme outil professionnel, la messagerie de Twitter est un danger. On peut critiquer l’ergonomie de l’outil, mais fondamentalement, le problème est ailleurs.

Dans le même outil, on trouve à la fois une communication à tous et une communication privée. On peut améliorer l’ergonomie, soit, mais il reste que les deux fonctions sont dans le même outil.

Pour reprendre l’image du téléphone, c’est comme si une touche sur le clavier du combiné permettrait par une simple pression d’envoyer nos confidences privées à toutes les stations de radio du monde.

Assurément, un jour, on va faire une mauvaise manipulation.

Avec un courriel, il est tout simplement impossible de faire un « envoi à la planète entière » par mégarde. Tout au plus, le faux pas est de « répondre à tous » avec un commentaire personnel.

Les outils des médias sociaux, dans un contexte professionnel, ont un potentiel explosif évident.

Que cette erreur soit faite par le directeur financier de Twitter même en dit long.

Annthony Noto

Annthony Noto

L’adoption en toute confiance des médias sociaux auprès des entreprises comme outil de travail a encore un petit bout de chemin cahoteux devant elle.

Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

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 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014″) qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

llfdlm2014

Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

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Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
moocligne

Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

donneesouvertesligne

Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.

Martin LessardDes inconnus sur mon fil Twitter

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 publié le 20 octobre 2014 à 14 h 27

Le fil d’actualité sur Twitter est simple à comprendre : on y trouve absolument tous les messages des comptes auxquels on s’abonne, et ce, dans l’ordre dans lequel ils ont été publiés.

Mais voilà, plus on a d’abonnés, plus le fil devient indigeste. Et moins Twitter devient pertinent.

Twitter_Bird-png

Twitter a annoncé vendredi, sur son blogue, qu’il compte changer ça :

« Il y a des moments, selon nous, où des messages que nous pensons pertinents pour vous vous échapperont. Pour vous aider, nous testons plusieurs moyens d’inclure ces tweets dans votre fil — des tweets que vous trouverez pertinents ou amusants. »

Avec ce nouvel algorithme, qui sera graduellement mis en place sur tous les fils d’actualité, les utilisateurs recevront des tweets de comptes qu’ils ne suivent pas.

Ces tweets seront « sélectionnés sur des critères comme l’activité des comptes suivis, la popularité des tweets et le nombre de membres de leur réseau qui interagissent avec ces comptes ». (Source : L’expansion)

Ceux qui connaissent déjà le compte expérimental de Twitter @MagicRecs savent déjà à quoi s’attendre.

Ce compte vous indique quand ceux que vous suivez republient le même message ou s’abonnent à un même compte. Cette convergence dans votre réseau est le signal algorithmique d’une certaine pertinence.

Le compte MagicRecs vous envoie ensuite un message privé pour vous suggérer ces tweets ou ces comptes jugés pertinents.

Se sauver de l’effet réseau

Les changements annoncés vendredi sont en quelque sorte l’application directe de @MagicRecs sur tous les comptes.

Le fait d’être sur Twitter démontre à la base une certaine volonté d’être à l’affût de tout ce qui se dit à l’instant dans la communauté que l’on suit.

On peut donc penser que le changement annoncé sera une bonne nouvelle, car Twitter a bien besoin d’une bonne bouffée d’air frais.

Il m’a semblé en effet que, dans la dernière année, Twitter commençait à ne plus profiter entièrement de l’effet réseau.

On évalue l’effet réseau en fonction du nombre de connexions :  l’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de noeuds qui la composent.

L’effet réseau, appelé aussi loi de Metcalfe, annonce que le nombre de noeuds (n) d’un réseau augmente la valeur du réseau global de façon exponentielle (qui tend vers n à la 2), car le nombre de liens potentiels augmente plus vite entre les noeuds que le nombre de noeuds lui-même. (Entre 4 noeuds il y a 6  liens possibles. Ajoutez un 5e noeud et c’est 3 liens supplémentaires qui s’ajoutent!)

Dans le cas de Twitter, l’essoufflement que j’ai perçu dans la dernière année au profit de Facebook provient du manque de pertinence du fil d’actualité à mesure que l’on ajoute de nouveaux comptes.

Si l’utilité du réseau, en tant que plateforme, augmente avec le nombre de liens, l’utilité de la communauté diminue assurément après un certain nombre de liens.

Sans algorithme de triage, c’est l’asphyxie qui guette le réseau.

Voilà pourquoi je ne crois pas que Twitter ne va s’en tenir qu’à cela. Attendons-nous à ce que le fil d’actualité se complexifie davantage au cours des prochains mois.