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Martin LessardOù finiront vos photos de vacances?

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 publié le 27 juin 2014 à 10 h 11

C’est le début de la saison des photos de vacances. Probablement, comme beaucoup de gens, vous choisirez de prendre vos photos avec votre téléphone portable.

Si vous êtes comme moi, vos photos finiront par traîner un peu partout. Dans mon cas, je suis même en train d’en perdre la trace.

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Bien sûr, j’ai une place sur mon disque dur où je les garde en sécurité, mais  je ne les regarde jamais, et après quelques mois, ces noms de fichiers à numéro ne me disent plus rien.

J’en ai aussi une copie de sécurité (du moins, je crois).

Mais, maintenant que j’y pense, mon cellulaire les pousse aussi automatiquement vers Dropbox. Et aussi vers iCloud (je suis sur iOS). Ah, oui! J’utilise aussi Crashplan, un service de copie de sécurité en ligne. Donc, des copies de mes photos sont quelque part sur un serveur.

Oh! J’en ai quelques-unes aussi que j’ai textées. Celles-là, je ne sais pas où elles sont dans l’univers numérique.

Il y a aussi celles que j’ai déposées sur Facebook ou Twitter. Quant à celles déposées sur Snapchat, on me promet qu’elles ont été effacées.

Et les plus anciennes photos se trouvent sur mon ancien ordi et sur quelques vieux CD-ROM.

Bref, c’est la galère.

Des poses et des flux

Nous publions tellement de photos, car leur coût de production a énormément baissé depuis plusieurs années que nous en produisons plus que ce que nous sommes véritablement capables de gérer.

Le coût de gestion devient, en comparaison, prohibitif. Qui va passer ses soirées à renommer, à identifier et à trier ses photos, sachant que demain, une autre vague de photos va déferler?

Alors, quand des outils comme Facebook (en ligne) ou iPhoto (sur Mac) vous proposent de trier, d’archiver et d’identifier l’origine de vos photos (ah, vous ne le saviez peut-être pas, mais si vous ne désactivez pas la géolocalisation, toutes vos photos se retrouvent localisées à l’endroit où vous les avez prises!), alors quand, dis-je, des outils vous proposent de simplifier la gestion de ces souvenirs, c’est difficile de refuser. À la longue, on tombe tous un jour ou l’autre sous leur emprise…

Quand le coût de production était élevé, la rareté des bonnes photos faisait en sorte que nous les conservions précieusement. La propriété, la possession, était le garant de sa valeur.

Aujourd’hui, dans la surabondance, la valeur d’une photo est dans sa diffusion. À quoi peut bien servir ce beau coucher de soleil sur la plage (en fait, ces 100 beaux couchers de soleil sur la plage) si personne ne le voit?

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On ne prend plus des photos pour les garder, mais pour les envoyer tout de suite à ses amis.

En fait, on a laissé à nos outils le soin de faire la collecte de nos souvenirs pour les présenter eux-mêmes aux autres. Car nous sommes trop occupés à en produire d’autres.

photowall-iosHuit mois après nos voisins américains, nous avons maintenant accès à la clé Chromecast de Google au Canada. À sa sortie initiale, Maxime Johnson déplorait le manque d’applications compatibles avec cet appareil : il n’y avait alors que Netflix, YouTube et Google Play. Mais Google étant Google, depuis, d’autres services, dont Pandora, HBO Go et Vevo se sont ajoutés à l’offre et d’autres façons d’utiliser ce module dans les mois à venir. À preuve, l’application gratuite Photowall, qui vient de voir le jour sur iOS.

Photowall : pour créer une galerie photo collaborative sur son téléviseur

Le concept est fort simple. Un utilisateur lance une galerie Photowall sur une télévision à laquelle d’autres s’inscrivent. Tous peuvent ensuite y envoyer des photos qui seront diffusées sur celle-ci. Photowall permet également d’apporter des ajustements : recadrer, ou dessiner sur la photo. Une fois la session terminée, une vidéo YouTube de la galerie est envoyée sur le compte du créateur de la galerie et peut être publiée sur les réseaux sociaux par tous les participants.

Quelques problèmes techniques nuisent cependant à l’utilisation. Après avoir détecté Chromecast (ce qui fonctionne seulement une fois sur deux), Photowall demande une authentification pour s’assurer qu’on est bien un être humain. Celle-ci passe par une connexion à son compte Google. À ce moment, on sort de l’appli et on est dirigé vers son navigateur (au choix) et doit accepter une série de conditions. Sur une dizaine de tentatives, sept se sont soldées par une erreur interne 500. Avec un peu de patience, on a donc fini par y arriver. Ensuite, les autres participants n’ont qu’à suivre l’URL et à entrer le mot de passe indiqué à l’écran.

Le concept de Photowall laisse présager des possibilités intéressantes pour des événements interactifs, des installations vidéo ou, tout simplement, des fêtes entre amis. Ce serait un excellent moyen de s’assurer que la Chromecast serve à autre chose qu’à encourager des partys YouTube (qui sont en fait à proscrire).

Un nouveau rôle pour le grand écran de la maison

L’aspect social qu’introduit la Chromecast détourne la télévision de son rôle premier et, de ce fait, soulève quelques questions quant à l’avenir de cette dernière. Si la Chromecast ne risque pas de faire disparaître sa fonction première, il faut dire que son rôle de plateforme pour différents éléments évolue lentement. Il y a 30 ans, on y branchait une console de jeu Atari, un lecteur VHS et une antenne. Maintenant, on ne compte plus les modules ajoutés : Illico, Chromecast, AppleTV, nombreuses consoles de jeux, lecteur Blu-ray, etc. La télévision a maintenant un rôle de relais. Bien qu’il y ait quelques initiatives pour des télévisions intelligentes, notamment les téléviseurs WebOS, la plupart des options qui vont au-delà de la transmission d’images et de son sont développées par de tierces parties. Quand la télévision essaie d’être plus qu’un écran, le succès est rarement au rendez-vous.

L’arrivée d’un écran unique qui intégrerait toutes ces fonctionnalités n’est donc pas pour aujourd’hui. Cela exigerait une plus grande implication des compagnies telles que Google et Apple.

Dans le cas de ce dernier, Iwatani Kane rapporte dans son livre très controversé Haunted Empire que Steve Jobs aurait dit ne jamais vouloir lancer une télévision Apple. À cela, deux raisons très simples : la marge de profit est trop mince et il n’y a pas assez de roulement. Beaucoup de doutes et de rumeurs entourent cette affirmation, mais elle met en évidence l’état actuel du petit écran. Chacun l’utilise à sa façon, personnalisant son utilisation avec des modules qu’il ajoute.

Autres utilisations pratiques de la Chromecast

Avec Chromecast, on peut aussi diffuser directement à partir du navigateur web de son ordinateur (cette option n’est malheureusement pas compatible avec un appareil mobile). On met en plein écran la vidéo que l’on désire regarder sur Google Chrome, et le tour est joué. Avec un prix de 39 $ à 44,95 $, selon le vendeur, il s’agit d’une solution abordable de lecture en continu sur votre télévision.

Le test vidéo de l’application Photowall

Google trilogy, ou Trilogie Google, est une oeuvre d’Emilio Vavarella inspirée par le rapport entre les humains, la technologie, le pouvoir et les erreurs inévitables de cette rencontre. Vavarella s’est appliqué à répertorier les images de Google Street View dont la captation a connu quelques ratés. Est-ce que la machine a créé des oeuvres ou est-ce que l’art est dans l’oeil de l’artiste?

La trilogie des erreurs, ou des perceptions revisitées

Dans le premier volet, intitulé Report a problem (« Signalez un problème »), l’artiste a réuni 100 photos numériques qui montrent des paysages tantôt recolorés par les effets du numérique, tantôt déformés par une erreur poétique. On pourrait croire que ces effets sont planifiés et conçus dans un but artistique, mais il n’en est rien.

Reportaproblem

Dans le volet Michele’s story, Vavarella raconte en un panoptique de 100 images le parcours d’un homme paralysé et souffrant de pertes de mémoire après un accident. Grâce aux images d’accidents tirées de Google street view, l’artiste recrée un fragment à la fois de ce qui pourrait être l’histoire de Michele. Il explore donc ici le rapport à la mémoire, ainsi que les archives numériques qui se constituent souvent à l’insu des personnes sur les photos captées.

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Le dernier volet, The driver and the cameras, analyse la subjectivité derrière la caméra, soit le conducteur qui patrouille les rues pour capter les différentes photos qui serviront à Google street view. La série compte 11 impressions sur des plaques en aluminium de forme ronde. Emilio Vavarella explique que pour la mise en ligne, Google exige que les visages des personnes photographiées soient recouverts d’un flou pour éviter qu’on puisse les identifier. Les photographes-patrouilleurs, eux, apparaissent parfois par erreur dans une photo, montrant ainsi l’envers du décor et faisant ressortir l’action humaine qui sous-tend le processus de documentation de Google.

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Au final, le travail de Vavarella fait réfléchir sur l’esthétique de l’erreur, mais aussi sur l’action humaine dans un contexte de contrôle social, alors que nos faits et gestes sont de plus en plus captés et archivés numériquement par ces caméras présentes un peu partout dans l’espace urbain.

Martin LessardAutophoto : je diffuse, donc j’existe

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 publié le 6 décembre 2013 à 15 h 12

En novembre dernier le dictionnaire Oxford a élu selfie mot de l’année 2013 sur son blogue. Ce mot désigne une photo prise par soi-même à bout de bras dans toutes sortes de contextes et publiée ensuite sur les réseaux.

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Bien évidemment, en contractant « self-portrait » en « self », puis en « selfie », la langue anglaise a aussi introduit un potentiel péjoratif. L’une des traductions pour ce mot est « égoportrait », qui induit aussi cette connotation. « Ego », comme dans égoïste et égocentrique, évoque le narcissisme et la vanité.

Pourtant, il ne passerait jamais par la tête de quiconque de traiter les autoportraits de Van Gogh d’égoportraits. Sauf à vouloir ajouter cette connotation négative. Ce que le mot « selfie » autorise.

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L’autre traduction qui me semble plus adéquate est « autophoto ». Ce néologisme permet de signifier à la fois la différence avec autoportrait et est plus neutre que selfie. Je vais vous dire pourquoi.

Je, me, moi, clic?

Cette semaine, l’inénarrable New York Post a fait sa une sur le sujet. Le journal y stigmatise ce qui semble être une dérive sociale, un déclin du savoir-vivre ou le barbarisme numérique. À vous de choisir.

Se prenant en photo devant le pont où un homme menaçait de sauter, une jeune femme se fait condamner en une pour sa volonté de faire un autoportrait dans des conditions dramatiques. « Selfie-ish », titre-t-il en gros caractères (en anglais, selfish signifie « égoïste »).

Et il semble y avoir pire, ajoute le New York Post, qui propose une galerie des « pires  » photos de ce genre, dont celles dans un salon funéraire et une autre dans une chambre à gaz à Auschwitz.

La situation n’autorise qu’une attitude possible, semble-t-il, l’absence de soi. L’autophoto vient briser un tabou. D’où la condamnation en une.

« L’égoïste, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi »

En fait, ce qui nous choque dans l’autophoto, c’est notre propre absence. En se montrant soi-même, l’autoportraitiste déclare qu’il n’a pas besoin du regard des autres pour exister. Et ça, ça fait mal à notre propre ego.

Mais un paradoxe apparaît quand cette autophoto est ensuite envoyée sur les réseaux. Je diffuse, donc j’existe. C’est dans cette diffusion que l’autophoto acquiert sa consistance contradictoire : j’existe sans vous, mais sans vous, je n’existerais pas.

C’est parce qu’elle montre une personne seule qu’en creux il doit y avoir une foule. Voilà la contradiction qui peut en choquer certains.

Car, en fait, une autophoto est un autoportrait qui est un acte de communication.

Ce n’est pas du narcissisme

Fabien Loszach le soulignait dans sa chronique radio à La sphère, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle norme photographique et une nouvelle esthétique.

Il citait André Gunthert, chercheur en culture visuelle ; le selfie est le contraire du narcissisme, c’est la mise en scène de son quotidien pour aller vers l’autre. « Narcisse ne voyait que lui-même, ne s’intéressait qu’à son image. Il n’aurait probablement jamais ouvert un compte Twitter, ni dialogué avec ses fans. »

L’autophoto comme prétexte pour communiquer? Oui. Il n’y a qu’à regarder les conversations que cela génère sur Facebook ou Twitter.

La femme sur la une (si ce n’est pas une mise en scène du New York Post — on ne sait jamais) ne fait qu’appliquer les nouveaux codes narratifs pour crédibiliser sa présence hic et nunc.

Combien de photos avez-vous prises en voyage devant de merveilleux paysages ou de fabuleux monuments qui se révèlent, à peine quelques mois plus tard, aussi froides et anonymes qu’une carte postale générique (et souvent moins bien cadrées)?

Pour cette femme, s’installer dans le portrait démontre qu’elle en était un témoin privilégié. Ce n’était pas un simple retweet de photo. C’est « une image dont l’authenticité est attestée par sa réalisation personnelle, qui doit être de préférence visible dans le cadre », nous dit André Gunthert.

Il n’a pas peur d’associer à l’autophoto une véritable rupture, « car la caméra est issue d’une pensée de l’image qui présuppose un monde coupé en deux – théâtre de la visibilité d’un côté, coulisses de l’opération de l’autre, qui ne sont pas censés se rencontrer ».

Il a raison. En proposant un appareil photo frontal, les téléphones dits intelligents nous ont fait prendre conscience que nous ne sommes pas simplement spectateurs du monde. Nous en sommes aussi les acteurs.

Cette apparente montée de boucliers contre le selfie,  c’est à dire dans un sens péjoratif, et dont le New York Post se fait cette semaine le parangon, n’est qu’une hypocrite pression sociale pour empêcher l’existence d’un individu en dehors du spectacle collectif qu’on se raconte.

Car il y en a qui nous disent : « Chut! Ne dérangez pas le spectacle! »

Nadia SeraioccoSnapchat refuse l’offre de 1 milliard de Facebook!

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 publié le 28 octobre 2013 à 11 h 34

Mise à jour : Facebook devra débourser plus pour acheter Snapchat, car la jeune compagnie refuse cette offre. Tandis que Snapchat, l’application de partage de photos éphémères prisée des jeunes clientèles, est en recherche de fonds, voilà que surgit la rumeur que Facebook pourrait payer 1 milliard pour en faire l’acquisition. Devrait-on en être surpris? Non, après tout Facebook n’en est pas à sa première acquisition coûteuse et que c’est presque une habitude pour le réseau populaire d’intégrer les applications montantes.

Le petit fantôme de Snapchat.

Le petit fantôme de Snapchat.

Snapchat : les photos et vidéos qui se détruisent une fois vues

Créée en 2011, Snapchat déclarait récemment que quelque 350 millions (selon Forbes) de photos étaient échangées chaque jour grâce à elle. En comparaison, cela équivaut aux photos échangées par Facebook (qui compte 1 milliard de membres) et sur Instagram, où 55 millions de photos seraient échangées chaque jour. Mais, au contraire des autres réseaux ou applications qui servent à échanger des photos et des vidéos, celles qui circulent sur Snapchat sont effacées quelques secondes après avoir été vues par le récepteur. Les utilisateurs peuvent aussi créer des « histoires » pour résumer un événement ou une journée, qui disparaîtront 24 heures après la publication.

C’est ce côté privé qu’apprécient les adolescents, quoique Snapchat ne puisse empêcher un utilisateur de faire en vitesse une capture d’écran d’une photo pour la republier ailleurs. De plus, les questions de données privées faisaient jaser un peu plus tôt en octobre (article en anglais).

Regagner du terrain auprès des ados

L’été dernier dernier, la nouvelle a été largement commentée : Facebook n’a plus la cote avec les adolescents. Ces derniers, après avoir souvent dû attendre quelques années pour atteindre les 13 ans requis pour rejoindre le réseau ont pris d’autres habitudes. On les retrouve sur Tumblr, Instagram, Snapchat, privilégiant une communication courte en images et surtout sur un territoire virtuel peu fréquenté par leurs parents. Doit-on rappeler ici qu’Instagram a été acquis par Facebook en 2012 et que Tumblr est maintenant propriété de Yahoo? C’est tout dire.

Absorber la compétition

On ne se surprendra donc pas que Facebook convoite la populaire application et soit prêt à y mettre le prix. Cette stratégie d’acquisition des produits complémentaires ou compétitifs est là depuis les débuts de Facebook, puisque quelque 40 compagnies ou technologies ont été acquises, parfois pour les intégrer aux services du réseau social, dans d’autres cas, pour les dissoudre. Dans ce monde en constante mutation, peu de personnes se souviennent de Gowalla, un service de géolocalisation qui devait faire de la compétition à Foursquare, mais qui a été achetée par Facebook en 2011 et fermé quelques mois plus tard.

Si l’on se fie à ce qui s’en est suivi pour Instagram, qui au départ était un réseau social de partage de photos uniquement mobile, si Snapchat se joint à la liste des acquisitions de Facebook, on peut s’attendre à un volet web et à une intégration sur le réseau.

Cela dit, avec ce refus de Snapchat d’être « instagramisé » (le Wall Street Journal en parle ici), peut-être qu’une nouvelle ère pour l’évaluation des compagnies innovatrices du secteur des médias sociaux vient d’être franchie.

Autres sources d’information :

Sur Triplex, Facebook ouvrirait son site au moins de 13 ans.

Forbes, Is Snapchat raising another round at 3.5 billion valuation?

Le Journal du Geek, Mark Zuckerberg prêt à acheter Snapchat pour 1 milliard de dollars