Billets classés sous la catégorie « Musique »

Pour l’industrie de la musique dans le monde, les ventes de disques représentent environ la moitié des revenus (51,4 %) et la musique numérique (la vente dématérialisée) environ le tiers (39 %), soit une progression de 4,3 % par rapport à 2012 (source).

C’est la musique dite lecture en transit (streaming), comme sur Spotify, Deezer et Songza par exemple, qui représente la plus forte croissance de la musique numérique (27 % des parts de marché) .

Le passage au format numérique entraîne donc un changement dans la consommation de musique. Pourquoi posséder une collection de chansons quand on peut accéder à tout ce qui existe en ligne?

Un long flux tranquille

m

Au moment où ces statistiques étaient dévoilées dans les médias, le Toronto Star nous apprenait que l’industrie musicale récoltait plus d’argent avec des vidéos d’admirateurs qu’avec leur propre vidéo musicale officielle.

Des amateurs s’amusent à télécharger sur YouTube des vidéos qui contiennent la bande sonore ou la musique d’un artiste pour en faire une parodie, un remix, une synchro (lipsync) ou un hommage.

Or, YouTube est capable d’identifier les ayants droit quand une de leurs chansons est utilisée dans une vidéo. Au lieu de demander le retrait pour atteinte au droit d’auteur, les ayants droit peuvent demander de diffuser des publicités sur la vidéo et ainsi récolter de l’argent à chaque écoute.

C’est ce type de possibilités qui permet à Universal Music Group de dire que ce contenu généré par les amateurs est une très bonne source de revenu qui dépasse celle de la vidéo officielle.

C’est ce qui explique aussi que Pharell William ait sorti une vidéo de son tube Happy qui dure une heure! À la suite de sa propre performance dans la vidéo, c’est celle de gens ordinaires que l’on voit en synchro. Un moyen de susciter, de la part de son cercle d’admirateurs, une envie de télécharger leur propre performance.

(Si une heure ce n’est pas suffisant pour vous, une version de 24 heures provenant de partout à travers la planète se trouve ici : 24hoursofhappiness.com)

Une nouvelle chaîne de valeur se met en place dans l’industrie musicale où les admirateurs ne sont plus vus comme une menace, mais comme un élément qui crée de la valeur autour des musiques.

Les ayants droit ont donc tout intérêt à s’entendre avec YouTube pour que leur catalogue soit répertorié dans son outil de détection.

Une chaîne à haute commission

Mais, en fin de compte, ne nous faisons pas trop d’illusions pour la plupart des artistes.

Que ce soit par l’apport de la publicité dans des vidéos générées par des amateurs ou dans la lecture en transit de la musique, il ne reste généralement pas grand-chose dans les poches des artistes en fin de compte.

Car dans cette longue chaîne d’intermédiaires (Annonceurs > YouTube > ayants droit > artiste), beaucoup de commissions sont réclamées avant que l’artiste puisse voir la couleur de l’argent.

Actuellement, ce sont de grands groupes comme Universal Music qui sont les intermédiaires entre la plateforme vidéo et les artistes, mais il n’est pas impensable qu’un plan comme la stratégie culturelle numérique du Québec puisse, à terme, supporter une initiative à but non lucratif qui représenterait toutes les musiques subventionnées à l’échelle de la nation.

Un tel type d’initiative pourrait créer une base de données commune, strictement consacrée au branchement de ces nouveaux acteurs de la chaîne de valeurs (YouTube, Deezer, Songza, etc.) et à la gestion des flux.

Au final, cette position ne demande qu’une compétence en gestion mécanique des flux de contenus, de métadonnées, de catalogues, d’argent, etc., et non une compétence en gestion d’artistes.

Quand il y a automatisation, il y a réduction des intermédiaires qui n’ont pas de réelle valeur ajoutée.

On peut rêver de vouloir faire vivre tout le monde dans l’industrie de la musique, mais s’il y a bien une personne qui ne devrait pas en pâtir, c’est bien l’artiste.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).

titre-scnq

Cette stratégie laisse grande place aux recommandations stratégiques pour le virage numérique de l’industrie culturelle québécoise déposées par la SODEC en 2011. Ces recommandations, que j’ai eu l’honneur de rédiger avec des membres de la SODEC, découlaient des multiples rencontres avec les gens de l’industrie culturelle en 2010 et en 2011.

Un constat inéluctable s’imposait : un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Le retard dans les pratiques numériques réduit la capacité des entreprises culturelles québécoises à faire concurrence à l’offre étrangère omniprésente.

Avec tout le talent qu’il y a ici, comment se fait-il que ce soit des Cyprien de France, des Netflix des États-Unis, des iPlayers de la BBC, des Opéras du Met diffusés en direct dans les cinémas d’ici qui se retrouvent à occuper notre temps de cerveau?

Ce n’est pas un problème de talent, mais de rayonnement. Il s’agit donc de se donner les moyens de conquérir l’espace numérique.

Pour occuper l’espace numérique

Dans la synthèse rédigée avec  la SODEC, nous avions proposé trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover et se tourner vers l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

cadreMCC

De ce cadre de référence, je retiens deux points qui me tiennent à cœur.

La culture doit passer par le numérique

Numériser l’offre culturelle existante, c’est l’ouvrir à sa circulation en ligne. Les trésors culturels du passé et du présent doivent être rendus accessibles sur les nouveaux canaux. Ce qui implique de repenser certaines méthodes et  modèles d’affaires.

Par exemple :

  • Série noire traîne de la patte dans les cotes d’écoute à la télé? Pourquoi ne pas avoir téléchargé toute la série d’un coup sur Tout.tv? Netflix l’a fait pour House of Cards et la série se porte très bien.
  • Une production théâtrale ou une performance artistique pourrait être vue partout au Québec dans les salles de cinéma rajeunies pour l’occasion. Comme disait Monique Savoie de la SAT, c’est le début de la « démontréalisation » de la culture.

Favoriser une culture numérique

Pour favoriser des pratiques émergentes et inédites, il faut encourager la collaboration entre les acteurs de la chaîne et le transfert de connaissance. Il est impératif de réussir à sortir du carcan traditionnel du chacun pour soi.

Je proposais à l’époque l’idée d’un SODEC Lab (l’expression n’a pas été retenue) qui serait un pôle d’innovation pour expérimenter. L’idée, tirée de la culture web, consiste à brasser les savoir-faire et susciter la concertation, de façon à générer des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels (c’est le point 3c du cadre stratégique actuel).

Ce « laboratoire » associait toute subvention ou aide à la condition expresse que les mandataires reviennent impérativement partager leur expérience et leur savoir sous forme de document et de présentation ouverte à tous.

Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère, mais il donne bien le ton : les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.

Maxime JohnsonDes développeurs à la rescousse de Winamp

par

 publié le 26 novembre 2013 à 12 h 24

savewinamp

AOL a annoncé la semaine dernière son intention de mettre fin au développement et à la distribution du logiciel Winamp. Certains enthousiastes espèrent toutefois donner une seconde vie au lecteur multimédia en tant que logiciel ouvert.

C’est avec cet objectif en tête qu’une dizaine de développeurs ont lancé au cours des derniers jours le site savewinamp.com et une pétition en ligne sur change.org, qui a déjà amassé plus de 23 000 signatures.

Un peu d’histoire
winamp-classic-1

Pour les plus jeunes, Winamp est un lecteur multimédia lancé en 1997 par Justin Frankel et Dmitry Boldyrev, au moment où les fichiers MP3 commençaient à peine à être connus. À l’époque, il était le plus joli et le plus complet des logiciels du genre, loin devant les lecteurs comme WinPlay3.

Winamp a connu une popularité croissante, à mesure que la musique au format numérique s’est démocratisée. L’éditeur de Winamp Nullsoft a d’ailleurs été racheté par AOL en 1999 pour 80 millions de dollars.

Avec le temps, d’autres logiciels, qui notamment géraient mieux les bibliothèques musicales et dont l’utilisation était requise par les lecteurs numériques, tout particulièrement iTunes d’Apple, ont toutefois remplacé le logiciel dans la plupart des foyers.

La promesse d’un développement continu
developer

Dans le site savewinamp.com, plusieurs développeurs de différents horizons demandent à AOL de ne pas simplement arrêter d’offrir Winamp et ses services web associés, mais plutôt d’ouvrir le code source du logiciel.

« L’histoire de la musique numérique débute avec Winamp », expliquent les développeurs dans leur site web, avant de promettre qu’ils poursuivront le développement du lecteur multimédia si on leur en donne la chance.

Même si des rumeurs laissent entendre que Microsoft pourrait racheter Winamp et la radio Internet Shoutcast, également développée par Nullsoft, force est de reconnaître que le logiciel n’a plus grand valeur commerciale.

En ouvrant le code de Winamp, AOL n’aurait donc probablement rien à perdre, et l’entreprise rendrait du même coup la communauté geek nostalgique heureuse.

Pour l’instant, AOL prévoit de cesser de distribuer Winamp à compter du 20 décembre.

Aujourd’hui 4 juillet, les propriétaires d’un appareil mobile Samsung Galaxy S III, S 4 ou du Galaxy Note II auront accès en primeur à l’album Magna Carta Holy Grail de Jay-Z. Le web bouleverse tout, et l’industrie de la musique est parmi les géants ébranlés. Encore cette semaine, la Recording Industry Association of America (RIAA), qui depuis 55 ans attribue les certifications or, platine et diamant aux albums les plus vendus de l’industrie du disque a dû modifier ses règles sous l’impulsion de la campagne marketing de Magna Carta Holy Grail

Quand tout va plus vite à cause du web

Le célèbre rappeur, de son vrai nom Shawn Carter, a vendu un million d’albums à Samsung, qui les a payés 5$ l’unité dans le but de les redistribuer en primeur aux propriétaires de téléphones intelligents Samsung Galaxy S III, Galaxy S4 et de l’hybride tablette-téléphone Galaxy Note II. Comme on l’apprend dans Forbes, Magna Carta Holy Grail sera automatiquement platine au moment de sa sortie.

Magna Carta… Holy Grail ou le Graal du rap selon Jay-Z…

La RIAA a donc retiré la règle de 30 jours qui servait à évaluer plus précisément les ventes réelles en magasin par la comptabilisation des exemplaires mis sur les rayons, comparativement au retour des invendus. Comme le note Liz Kennedy, directrice des communications du Gold & Platinum Program, les retours ne modifient que de façon très minime les achats en ligne. « Selon la firme qui vérifie les états financiers de l’organisation », explique-t-elle, « les retours d’exemplaires numériques comptent pour moins de 2 % des ventes en ligne déclarées par les étiquettes de disques. » Par ailleurs, les conditions de vente en ligne énoncées par les sites de commerce sont assez strictes à ce chapitre, réduisant d’autant plus les retours.

Quand le créateur monnaye sa création

Que la RIAA (qui, on s’en souviendra, a poursuivi le site d’échange de fichiers musicaux Napster en décembre 1999) change ainsi ses règles après s’y être raccrochée si longtemps ne peut être due qu’à l’influence de Jay-Z. Ce dernier, selon Forbes, est l’entrepreneur et l’artiste hip-hop le plus prospère financièrement des États-Unis, avec une fortune de quelque 450 millions (en plus d’être marié à Beyoncé, ajouteront certains). Mais la contribution de Samsung est un exemple probant de l’importance du partenariat d’affaires dans le succès commercial d’un artiste. Déjà en 2010, la RIAA démontrait que, pour chaque tranche de 1000 albums vendus, 23,40 $ revenaient en moyenne aux artistes. Selon ce modèle, Jay-Z n’aurait touché que 23 400 $ pour ce million d’exemplaires vendus. Sans connaître les frais de production dudit album, on peut aisément présumer que les profits seront très élevés.

Des partenariats pour les types de création

Le partenariat d’affaires, ou commandite d’artistes, par des compagnies est de plus en plus fréquent, au point que même des styles moins largement commercialisés y trouvent leur compte. Red Bull et sa Music Academy organise des événements et diffuse des topos sur Dominick Fernow, un musicien connu d’une frange moins largement diffusée de la musique qui a mené le projet noise Prurient et un autre, black metal, Ash Pool. On l’avait aussi vu pendant quelques tournées dans le groupe Cold Cave. Dans la même veine, Scion Audio Visual, la maison de disque et véhicule promotionnel de la marque Scion de Toyota, produit des clips et des albums pour des rappeurs aussi controversés que A$AP Rocky et Danny Brown, notamment pour le clip Grown Up où il raconte comment il a acquis sa dentition particulière.

Les musiciens sont souvent les porte-parole d’une génération et de ses sous-cultures. Il n’est donc pas étonnant que des marques de voitures, de boisson énergétique et de téléphonie mobile trouvent leur compte en s’appropriant leur personnalité à des fins de marketing.

Dans une industrie que l’on dit minée par le téléchargement illégal, il paraît évident que les artistes doivent explorer d’autres stratégies promotionnelles pour pouvoir vivre de leur art. Charmant paradoxe, en cette ère de la dématérialisation, le vinyle et la cassette audio font un retour marqué auprès des collectionneurs et des puristes, et ce, depuis plusieurs années. Ce qui démontre bien qu’un changement en entraîne toujours un autre…

Autres sources :

Mashable discute de l’histoire de Jay-Z et Magna Carta Holy Grail.

USA Today : Vinyl appreciation at a new high

L’industrie de la musique a été profondément bouleversée par l’arrivée de la musique numérique. Il faut se rappeler le contexte de l’époque.

Avec l’arrivée d’Internet, plusieurs sites web se sont mis à proposer des téléchargements de fichiers mp3. Les ventes de CD commençaient à chuter. Les consommateurs découvraient aussi le plaisir de se constituer des listes de lecture avec de la musique dématérialisée.

C’était l’époque de Napster et de Kazaa, le cauchemar des dirigeants de l’industrie de la musique. Ces services proposaient de la musique téléchargée de façon illégale.

iTunes Music Store : 10 ans déjà

Steve Jobs, qui était à la tête d’Apple, a toujours eu le don d’arriver au bon moment.

L’industrie se savait en chute libre. Apple s’est posé en sauveur en leur proposant une oasis où la musique serait achetée légalement : c’est ainsi que le magasin en ligne iTunes Music Store est né. Dimanche prochain, ça fera 10 ans.

En l’espace d’un peu moins de deux ans, Apple a réussi à vendre environ 300 millions de morceaux!

En réussissant à rendre rentable le téléchargement de musique en ligne, Apple a réussi à montrer aux géants de l’industrie que la horde de pirates tant décriée était en fait constituée de consommateurs qui n’attendaient qu’une chose : une solution simple et efficace pour se procurer de la musique numérique à la pièce.

L’industrie de la musique avait fait fausse route en voulant imposer uniquement l’achat d’albums sur support physique et interdire le téléchargement numérique.

Du morceau au flux

Mais, en quelques années, la tendance s’est encore modifiée. Pourquoi acheter de la musique quand on peut s’abonner gratuitement ou pour une somme modeste au catalogue au complet?

Des services comme Pandora,  Last.fm, Grooveshark ou SoundCloud proposent ni plus ni moins que des flux en continu de musique adaptés à son humeur ou basés sur le choix de sa communauté en ligne.

C’est, cette fois-ci, la radio traditionnelle qui diffuse de la musique qui est directement concurrencée. Au Royaume-Uni, ce mois, les redevances tirées du flux surpassent celle des radios.

Ce sont surtout les jeunes qui adoptent ces nouvelles habitudes de consommation.

C’est dans ce cadre que Twitter a sorti son service Twitter Music dont parlait Laurent sur Triplex cette semaine. Ce service est en fait une couche par-dessus les services existants. Il permet de découvrir ce que votre communauté écoute (notamment par la balise #NowPlaying).

Selon CNN, le Recording Industry Association of America, dans son récent rapport annuel, indiquait que la vente globale de musique avait encore baissé, mais que la vente de musique numérique en 2012 avait bondi de 14 % pour atteindre 4 milliards de dollars.

De ce montant, la grosse part vient de l’écoute en continu.

Préparez votre bande passante à la maison, votre discothèque de demain sera dans l’infonuagique!