Billets classés sous la catégorie « Musique »

Maxime JohnsonSpotify est prêt pour le marché canadien

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 publié le 14 juillet 2014 à 11 h 57

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La compagnie suédoise Spotify s’apprête à lancer son service de musique en écoute illimitée au Canada, selon ce qui a été annoncé la semaine dernière. Bonne nouvelle pour les amateurs de musique québécoise, le catalogue de Spotify semble déjà plutôt bien garni en contenu local.

Même si Spotify n’est pas encore officiellement lancé au Canada, l’application mobile de la compagnie est maintenant offerte dans les boutiques App Store d’Apple et Google Play de Google, et l’entreprise permet de s’inscrire à une liste d’attente sur sa page d’accueil canadienne pour essayer le service.

« Nous allons commencer à envoyer des invitations sous peu », a confirmé à Radio-Canada Graham James, responsable des communications pour Spotify aux États-Unis. Ceux qui veulent essayer le service devraient s’ajouter à la liste rapidement, puisque le lancement devrait s’étaler sur plusieurs mois, conseille Graham James.

Spotify propose un service semblable à d’autres déjà implantés au Canada, comme Rdio, Google Play Music, Zik.ca, Sony Music Unlimited, Deezer et Xbox Music, où un abonnement payant d’une dizaine de dollars par mois permet d’écouter des chansons à la pièce et à volonté.

Contrairement à certains autres services du genre, la compagnie se distingue notamment par son catalogue important et son service gratuit quand même convenable, qui demande toutefois d’endurer des publicités (audio et visuelles), des fichiers sonores d’une moins bonne qualité qu’avec la version payante et une application mobile limitée.

Spotify est le service musical illimité le plus populaire du monde, avec 40 millions d’abonnés, dont 10 millions d’abonnés payants.

Et le contenu québécois?
Même si le service n’est pas encore offert au Canada, ceux qui craignaient l’absence de contenu canadien au lancement de Spotify peuvent être en grande partie rassurés.

Après quelques recherches, en accédant à Spotify à l’aide d’un compte ouvert l’année dernière aux États-Unis, on réalise que la plupart des artistes canadiens et québécois sont présents, même ceux qui jouissent d’une popularité limitée à l’extérieur du Canada.

Des artistes récents comme Les Hay Babies, Philippe B et Avec pas d’casque, des vieux classiques comme Félix Leclerc, La Bolduc ou Gaston Mandeville, des groupes plus nichés comme GrimSkunk : la majorité des artistes cherchés étaient présents, même si leur discographie était parfois incomplète.

Évidemment, d’autres artistes manquaient aussi à l’appel. Beau Dommage et François Pérusse sont absents de Spotify, même si leur musique est offerte sur d’autres services du genre, comme Rdio. Il est toutefois bon de noter que l’inverse est aussi vrai : les albums des Cowyboys Fringants sont, par exemple, présents sur Spotify, mais absent de Rdio.

Certaines chansons et certains artistes sont toutefois complètement absents de Spotify et de tous les autres services du genre.

Spotify ne sera peut-être pas le service de musique illimitée le plus complet offert au Canada à son lancement – Rdio semble toujours avoir une certaine longueur d’avance auprès des artistes canadiens –, mais son offre d’artistes canadiens devrait au moins être tout à fait convenable.

Considérant la popularité de Spotify dans le monde et son service gratuit correct, qui sert souvent de porte d’entrée pour le service payant, il faut s’attendre à ce que la compagnie connaisse un succès rapide au Canada, comme c’est le cas dans la cinquantaine d’autres marchés dans le monde où elle est présente actuellement.

Martin LessardPourquoi Google avale Songza

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 publié le 3 juillet 2014 à 11 h 55

Google vient de faire l’acquisition de Songza et ses quelque 5,5 millions d’abonnés pour un montant non dévoilé (la rumeur dit entre 15 et 39 M$).

On peut être surpris que Google, reconnu pour la qualité de ses algorithmes, s’offre Songza, une plateforme numérique de musique en ligne reconnue pour offrir des listes de musique bâties une à une par des spécialistes en chair et os et non à partir d’algorithmes.

Ce que Google a acheté avec Songza, en fait, c’est son « concierge ».

Ce « concierge », selon l’heure ou le jour de la semaine, vous propose des ambiances musicales appropriées pour vous accompagner dans ce que vous faites, que vous soyez en train de préparer le dîner, de marcher, de lire ou de vous apprêter à vous coucher.

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Songza propose aussi des listes selon vos humeurs (angoissé, énergique, introspectif, ou en mode séduction) qui portent des noms plutôt originaux (In the Euro Hotel Lounge, Berlin Calling, 3AM Airport, etc.).

C’est ce qu’on peut appeler de la musique contextuelle : Songza a simplifié l’expérience d’écoute de la musique comme accompagnement à une activité. Vous ne choisissez pas la musique, vous choisissez le contexte d’écoute de la musique.

Alors que les autres plateformes de musique en ligne tablaient sur la grosseur de leur catalogue (Songza est loin derrière quant au nombre de morceaux musicaux offerts), Songza a su comprendre que trop de choix tue le choix.

Son « concierge », qui se présente dès l’accueil, réduit considérablement les choix pour vous présenter non pas des « musiques à écouter », mais des « musiques pour accompagner ».

Songza réduit ainsi considérablement l’effort cognitif inhérent à consulter un catalogue immense, aussi bien classé soit-il.

Google est votre majordome

Google ne se trompe pas. Songza, en ajoutant le contexte pour découvrir de nouvelles musiques, a montré la voie à l’industrie de la musique en ligne en proposant une autre façon de donner accès à un catalogue de musique.

Google compte améliorer Play Music avec Songza, en lui donnant cet élément de contextualisation que les algorithmes auront toujours un peu de mal à bien cerner.

Songza est un excellent service où l’utilisateur doit s’impliquer en indiquant son contexte d’écoute ou son humeur afin d’obtenir un service de meilleure qualité.

De plus, Google, qui sait déjà où vous êtes (GPS sur Android), ce qui vous intéresse (Google Search) et dans quelle pièce vous êtes (Thermostat Nest) saura maintenant dans quel état d’esprit vous êtes (Songza). Soyez assuré que la prochaine pub que vous allez recevoir sur votre tablette sera très bien ciblée.

Google compte ajouter ce type de « concierge » à Google Play et à YouTube. Si la greffe prend, Google réussira ainsi à en apprendre davantage sur nous, hors de l’écran, sur comment nous nous sentons et ce que nous faisons…

Pour l’industrie de la musique dans le monde, les ventes de disques représentent environ la moitié des revenus (51,4 %) et la musique numérique (la vente dématérialisée) environ le tiers (39 %), soit une progression de 4,3 % par rapport à 2012 (source).

C’est la musique dite lecture en transit (streaming), comme sur Spotify, Deezer et Songza par exemple, qui représente la plus forte croissance de la musique numérique (27 % des parts de marché) .

Le passage au format numérique entraîne donc un changement dans la consommation de musique. Pourquoi posséder une collection de chansons quand on peut accéder à tout ce qui existe en ligne?

Un long flux tranquille

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Au moment où ces statistiques étaient dévoilées dans les médias, le Toronto Star nous apprenait que l’industrie musicale récoltait plus d’argent avec des vidéos d’admirateurs qu’avec leur propre vidéo musicale officielle.

Des amateurs s’amusent à télécharger sur YouTube des vidéos qui contiennent la bande sonore ou la musique d’un artiste pour en faire une parodie, un remix, une synchro (lipsync) ou un hommage.

Or, YouTube est capable d’identifier les ayants droit quand une de leurs chansons est utilisée dans une vidéo. Au lieu de demander le retrait pour atteinte au droit d’auteur, les ayants droit peuvent demander de diffuser des publicités sur la vidéo et ainsi récolter de l’argent à chaque écoute.

C’est ce type de possibilités qui permet à Universal Music Group de dire que ce contenu généré par les amateurs est une très bonne source de revenu qui dépasse celle de la vidéo officielle.

C’est ce qui explique aussi que Pharell William ait sorti une vidéo de son tube Happy qui dure une heure! À la suite de sa propre performance dans la vidéo, c’est celle de gens ordinaires que l’on voit en synchro. Un moyen de susciter, de la part de son cercle d’admirateurs, une envie de télécharger leur propre performance.

(Si une heure ce n’est pas suffisant pour vous, une version de 24 heures provenant de partout à travers la planète se trouve ici : 24hoursofhappiness.com)

Une nouvelle chaîne de valeur se met en place dans l’industrie musicale où les admirateurs ne sont plus vus comme une menace, mais comme un élément qui crée de la valeur autour des musiques.

Les ayants droit ont donc tout intérêt à s’entendre avec YouTube pour que leur catalogue soit répertorié dans son outil de détection.

Une chaîne à haute commission

Mais, en fin de compte, ne nous faisons pas trop d’illusions pour la plupart des artistes.

Que ce soit par l’apport de la publicité dans des vidéos générées par des amateurs ou dans la lecture en transit de la musique, il ne reste généralement pas grand-chose dans les poches des artistes en fin de compte.

Car dans cette longue chaîne d’intermédiaires (Annonceurs > YouTube > ayants droit > artiste), beaucoup de commissions sont réclamées avant que l’artiste puisse voir la couleur de l’argent.

Actuellement, ce sont de grands groupes comme Universal Music qui sont les intermédiaires entre la plateforme vidéo et les artistes, mais il n’est pas impensable qu’un plan comme la stratégie culturelle numérique du Québec puisse, à terme, supporter une initiative à but non lucratif qui représenterait toutes les musiques subventionnées à l’échelle de la nation.

Un tel type d’initiative pourrait créer une base de données commune, strictement consacrée au branchement de ces nouveaux acteurs de la chaîne de valeurs (YouTube, Deezer, Songza, etc.) et à la gestion des flux.

Au final, cette position ne demande qu’une compétence en gestion mécanique des flux de contenus, de métadonnées, de catalogues, d’argent, etc., et non une compétence en gestion d’artistes.

Quand il y a automatisation, il y a réduction des intermédiaires qui n’ont pas de réelle valeur ajoutée.

On peut rêver de vouloir faire vivre tout le monde dans l’industrie de la musique, mais s’il y a bien une personne qui ne devrait pas en pâtir, c’est bien l’artiste.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).

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Cette stratégie laisse grande place aux recommandations stratégiques pour le virage numérique de l’industrie culturelle québécoise déposées par la SODEC en 2011. Ces recommandations, que j’ai eu l’honneur de rédiger avec des membres de la SODEC, découlaient des multiples rencontres avec les gens de l’industrie culturelle en 2010 et en 2011.

Un constat inéluctable s’imposait : un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Le retard dans les pratiques numériques réduit la capacité des entreprises culturelles québécoises à faire concurrence à l’offre étrangère omniprésente.

Avec tout le talent qu’il y a ici, comment se fait-il que ce soit des Cyprien de France, des Netflix des États-Unis, des iPlayers de la BBC, des Opéras du Met diffusés en direct dans les cinémas d’ici qui se retrouvent à occuper notre temps de cerveau?

Ce n’est pas un problème de talent, mais de rayonnement. Il s’agit donc de se donner les moyens de conquérir l’espace numérique.

Pour occuper l’espace numérique

Dans la synthèse rédigée avec  la SODEC, nous avions proposé trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover et se tourner vers l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

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De ce cadre de référence, je retiens deux points qui me tiennent à cœur.

La culture doit passer par le numérique

Numériser l’offre culturelle existante, c’est l’ouvrir à sa circulation en ligne. Les trésors culturels du passé et du présent doivent être rendus accessibles sur les nouveaux canaux. Ce qui implique de repenser certaines méthodes et  modèles d’affaires.

Par exemple :

  • Série noire traîne de la patte dans les cotes d’écoute à la télé? Pourquoi ne pas avoir téléchargé toute la série d’un coup sur Tout.tv? Netflix l’a fait pour House of Cards et la série se porte très bien.
  • Une production théâtrale ou une performance artistique pourrait être vue partout au Québec dans les salles de cinéma rajeunies pour l’occasion. Comme disait Monique Savoie de la SAT, c’est le début de la « démontréalisation » de la culture.

Favoriser une culture numérique

Pour favoriser des pratiques émergentes et inédites, il faut encourager la collaboration entre les acteurs de la chaîne et le transfert de connaissance. Il est impératif de réussir à sortir du carcan traditionnel du chacun pour soi.

Je proposais à l’époque l’idée d’un SODEC Lab (l’expression n’a pas été retenue) qui serait un pôle d’innovation pour expérimenter. L’idée, tirée de la culture web, consiste à brasser les savoir-faire et susciter la concertation, de façon à générer des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels (c’est le point 3c du cadre stratégique actuel).

Ce « laboratoire » associait toute subvention ou aide à la condition expresse que les mandataires reviennent impérativement partager leur expérience et leur savoir sous forme de document et de présentation ouverte à tous.

Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère, mais il donne bien le ton : les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.

Maxime JohnsonDes développeurs à la rescousse de Winamp

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 publié le 26 novembre 2013 à 12 h 24

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AOL a annoncé la semaine dernière son intention de mettre fin au développement et à la distribution du logiciel Winamp. Certains enthousiastes espèrent toutefois donner une seconde vie au lecteur multimédia en tant que logiciel ouvert.

C’est avec cet objectif en tête qu’une dizaine de développeurs ont lancé au cours des derniers jours le site savewinamp.com et une pétition en ligne sur change.org, qui a déjà amassé plus de 23 000 signatures.

Un peu d’histoire
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Pour les plus jeunes, Winamp est un lecteur multimédia lancé en 1997 par Justin Frankel et Dmitry Boldyrev, au moment où les fichiers MP3 commençaient à peine à être connus. À l’époque, il était le plus joli et le plus complet des logiciels du genre, loin devant les lecteurs comme WinPlay3.

Winamp a connu une popularité croissante, à mesure que la musique au format numérique s’est démocratisée. L’éditeur de Winamp Nullsoft a d’ailleurs été racheté par AOL en 1999 pour 80 millions de dollars.

Avec le temps, d’autres logiciels, qui notamment géraient mieux les bibliothèques musicales et dont l’utilisation était requise par les lecteurs numériques, tout particulièrement iTunes d’Apple, ont toutefois remplacé le logiciel dans la plupart des foyers.

La promesse d’un développement continu
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Dans le site savewinamp.com, plusieurs développeurs de différents horizons demandent à AOL de ne pas simplement arrêter d’offrir Winamp et ses services web associés, mais plutôt d’ouvrir le code source du logiciel.

« L’histoire de la musique numérique débute avec Winamp », expliquent les développeurs dans leur site web, avant de promettre qu’ils poursuivront le développement du lecteur multimédia si on leur en donne la chance.

Même si des rumeurs laissent entendre que Microsoft pourrait racheter Winamp et la radio Internet Shoutcast, également développée par Nullsoft, force est de reconnaître que le logiciel n’a plus grand valeur commerciale.

En ouvrant le code de Winamp, AOL n’aurait donc probablement rien à perdre, et l’entreprise rendrait du même coup la communauté geek nostalgique heureuse.

Pour l’instant, AOL prévoit de cesser de distribuer Winamp à compter du 20 décembre.