Billets classés sous la catégorie « Médias »

Martin LessardSnapchat Discover : ce que les médias peuvent y gagner

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 publié le 28 janvier 2015 à 11 h 43

Snapchat, l’application mobile de messages éphémères, vient tout juste de lancer une nouvelle fonction : Discover.

Discover, c’est un volet dans l’application où 11 médias anglophones (dont CNN, MTV, Vice et National Geographic) offrent chaque jour des extraits de vidéos, de textes ou de photos de sujets d’actualité.

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Il suffit de glisser le doigt vers la gauche pour accéder à cet écran (après avoir pris soin de télécharger la plus récente version de Snapchat).

Les contenus sont accessibles 24 heures et changent chaque jour.

Des extraits courts et éphémères, Snapchat oblige

Que le monde des médias, toujours à la recherche de débouchés pour ses contenus, se tourne vers Snapchat n’est pas bête.

Ça confirme dans un premier temps la nature éphémère des nouvelles elles-mêmes.

Ça confirme aussi le fait que les nouvelles manipulées du bout des doigts se prêtent bien mieux à sa consultation.

En effet, en 2 ou 3 glissements ou pressions de doigt, on accède au contenu, comme on accède à un bol de Smarties : un petit morceau à la fois (la forme du célèbre petit chocolat n’est pas sans rappeler celle des pastilles de nouvelles dans Snapchat.)

Source Wikipedia

Source Wikipedia

La métaphore de la « page web » (qui rappelle la page du magazine, du journal ou du livre) ne convient pas tout à fait pour refléter la façon dont on consulte les contenus en ligne aujourd’hui.

Les articles sont de petits bonbons que l’on gobe ou que l’on partage avec d’autres sans trop d’efforts.

Sur Snapchat, aussitôt consommé, aussitôt disparu!

Si les 100 millions d’abonnés de Snapchat, dont la moitié ont entre 13 et 17 ans, découvrent les nouvelles du monde de cette façon, c’est en soit une bonne nouvelle! Il y a peut-être une association naturelle qui se dessine entre les médias et la culture du temporaire que propose Snapchat.

Facebook partage, Snapchat appâte

Dans une étude récente, on apprenait que près de 82 % des articles publiés en ligne sur les réseaux sociaux passent par Facebook.

Pour les médias, Facebook est donc un élément incontournable de leur stratégie de diffusion sociale.

L’an passé, le trafic de Facebook vers les sites d’information a été multiplié par 4 (merci à l’étonnante performance du nouvel algorithme de tri des contenus du fil des nouvelles).

Mais c’est un piège. Les abonnés de Facebook restent sur Facebook, ils consomment à la pièce les articles, ils commentent sur Facebook : les médias sont un énorme réservoir à contenus qui alimentent et enrichissent la plateforme de réseautage.

Sur Snapchat, c’est différent. Les médias contrôlent ce qui est distribué. Et ce contenu n’est accessible que durant 24 heures.

Si un jeune utilisateur veut en savoir plus, il sait qu’il n’a qu’à se rendre sur le site du journal en question. Snapchat appâte, mais pour assouvir sa soif de connaissances, l’usager devra se tourner vers le site officiel du média en question – et pourquoi pas, en passant, s’y abonner?

Ce qui rend Snapchat unique, c’est que l’application crée une forme de rareté qui oblige les utilisateurs à toujours revenir, afin d’éviter de « manquer quelque chose ». Cette force d’attraction est la même que dans les conversations entre des personnes. Elle tient au fait que l’on souhaite ne rien manquer et être au courant de ce que son réseau publie ou de ce dont il discute. Les nouvelles participent à cette même force.

Avec Discover, Snapchat tente le coup avec de petites pastilles de nouvelles qui se veulent irrésistibles et que vous allez dévorer jusqu’au dernier — en gardant peut-être les rouges pour la fin.

Catherine MathysL’effet Charlie Hebdo sur la presse écrite

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 publié le 23 janvier 2015 à 16 h 09

Le numéro de Charlie Hebdo, paru après les terribles événements du 7 janvier 2015, s’est vendu à 7 millions d’exemplaires. C’est un record dans l’histoire de la presse française. Le 14 janvier, plusieurs quotidiens ont rapporté que de longues files d’attente étaient visibles un peu partout dans la ville devant les kiosques à journaux; les clients espéraient obtenir le fameux numéro de la semaine. Mais les gens sont aussi repartis avec d’autres journaux, si l’on en croit les ruptures de stock de Libération et du Canard enchaîné.

Avec toutes les sources d’information dont on dispose aujourd’hui, pourquoi les Français ont-ils choisi de se tourner vers les journaux papier dans les semaines qui ont suivi l’attentat?

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Des records de ventes pour les journaux français   

Selon Le Figaro, au lendemain de l’attentat, « plus d’un million d’exemplaires de la presse quotidienne nationale ont ainsi été vendus en kiosque et chez les marchands de journaux, contre une moyenne de 600 000 exemplaires, en temps normal. »

Le journal Libération, qui a hébergé les membres survivants de l’équipe de Charlie Hebdo pour la préparation du prochain numéro, a plus que quintuplé ses ventes le 8 janvier, pour atteindre 165 000 exemplaires vendus alors qu’il ne s’en vend en moyenne que 30 000.

Il n’a pas été le seul journal à augmenter ses tirages. C’est l’ensemble de la presse écrite française qui a vu ses ventes faire un bond spectaculaire. Au lendemain de l’attentat, Le Figaro a augmenté ses ventes de 134 %, Le Monde de 175 %, tandis que celles du journal Les Échos ont doublé. Dans l’un de ses articles, Le Figaro mentionne que cette progression s’est aussi fait sentir dans la presse régionale. Par exemple, le journal Ouest-France a augmenté ses ventes de 36 %.

Une lancée qui se poursuit?

Bien que l’engouement pour la presse écrite se soit apaisé, il est demeuré tout de même plus fort qu’à l’habitude au lendemain des événements de Charlie Hebdo. Bien sûr, la teneur de l’actualité y était pour quelque chose : l’attaque contre la policière à Montrouge, la prise d’otages à l’Hyper Cacher et la traque des frères Kouachi, puis le grand rassemblement du 11 janvier. Le lendemain de ce dernier, Le Figaro a connu une hausse de 80 % de ses ventes.

Chez nous, les files étaient aussi très longues pour mettre la main sur l’une des 6500 copies de Charlie Hebdo distribuées au Canada. Les gens en ont-ils profité pour acheter autre chose ici aussi? J’ai contacté La Presse et Le Devoir pour savoir ce qu’il en était. Le journal La Presse, bien qu’il ait noté une fréquentation accrue de ses plateformes numériques, n’était pas en mesure de m’indiquer si ses tirages avaient augmenté et donc s’il avait vendu plus de journaux.

Le journal Le Devoir, quant à lui, a effectivement augmenté son tirage de 2000 exemplaires au lendemain de l’attentat. Le quotidien a aussi observé une augmentation de la fréquentation de son site web ainsi que de sa page Facebook dans les jours qui ont suivi. N’ayant pas encore les rapports de ventes finaux pour cette période, on ne pouvait pas me dire de quelles façons les événements avaient influencé les ventes.

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Pourquoi se tourner vers la presse écrite en temps de crise?

Pour Le Devoir, cet engouement pour la presse écrite se ressent souvent lors d’événements marquants. Les moments rassembleurs font augmenter les ventes de journaux et ce n’est pas forcément lors de catastrophes. Le journal a pu observer ce phénomène au lendemain d’élections provinciales ou fédérales, qui font généralement augmenter ses ventes de 50 %, les jours suivants le 11 septembre ainsi que ceux qui ont suivi l’élection de Barack Obama.

Bien sûr, ces événements nous ont aussi tous rassemblés sur le web, que ce soit sur les sites d’information ou sur les réseaux sociaux, ou encore devant les chaînes télé d’information en continu. Toutefois, je trouve particulièrement intéressant qu’on se tourne aussi vers la presse écrite à la suite d’un événement marquant. Qu’est-ce qui explique ce comportement? Selon le Syndicat de la presse quotidienne nationale, cité dans l’article du Figaro, ce serait pour assouvir un besoin d’analyse en profondeur. Soit, mais ces mêmes analyses se trouvent aussi en ligne.

Quelles seraient les autres raisons? Selon moi, d’abord, cela s’expliquerait par le confort de la lecture et le besoin, en temps de crise, de s’arrêter pour mieux réfléchir, ce que le rythme effréné du web maintes fois évoqué sur ce blogue ne permet pas toujours de faire. Ensuite, le journal papier (ou le magazine d’actualité) demeure le dernier artefact d’information, le dernier refuge physique du contenu. C’est bien la seule façon de conserver une trace de l’actualité. Et si, dans un monde de plus en plus immatériel, on avait davantage besoin de garder des repères du passé?

 

Dévoilé mercredi, le rapport annuel du Fonds des médias du Canada (FMC) met le doigt sur certaines tendances qui prendront de l’ampleur en 2015. Il semble que notre capacité d’attention n’ait jamais été aussi faible, alors, s’il vous en reste encore un peu, je vous invite à lire les faits saillants des prédictions de ce rapport.

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Indigestion d’information

Dans un billet du mois d’août 2014, je parlais d’un ras-le-bol de la frénésie du web. C’est une tendance que le FMC a également remarquée en s’appuyant sur des chiffres très révélateurs. Notre capacité d’attention serait passée de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2013. Et tout indique qu’elle n’ira pas en augmentant dans les prochaines années. C’est la surabondance d’information qui serait responsable de notre épuisement collectif. Le rapport indique que 90 % des données mondiales auraient été générées au cours des deux dernières années. De quoi en faire une indigestion, en effet. D’ailleurs, cette infobésité serait la sixième cause de stress aux États-Unis.

Alors, que fait-on devant autant d’information et avec si peu de capacité d’attention? On trie, on sélectionne, on élimine. Ainsi, les consommateurs ne vont plus autant vers le contenu. Trop fatigués, ils tendent à le laisser venir à eux, notamment par le biais des médias sociaux. Nous voilà dans une ère où les suggestions des autres commencent à prendre le pas sur les moteurs de recherche et leurs algorithmes. Nous le mentionnions dans ce billet à propos de la méthode BuzzFeed, « ce sont ces liens personnels qui sont le mécanisme de distribution de la nouvelle au 21e siècle ». Ça semble être aussi le cas pour d’autres contenus. À l’émission La sphère du 20 décembre dernier, j’ai parlé de la popularité de l’application Nuzzel, qui récupère en un seul endroit les articles recommandés par nos réseaux sociaux. C’est vrai que l’économie de temps de recherche est séduisante quand notre liste d’abonnements est bien construite.

L’hégémonie des grands

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Si la liste de nos sources diminue, les chefs de file semblent en profiter. Google domine les recherches sur ordinateurs et appareils mobiles avec 71 % du marché mondial. Quant à YouTube, on y trouve plus de 73 % des amateurs de vidéos américains et une proportion incroyable des consommateurs canadiens de vidéo en ligne, soit 90 %. D’ailleurs, YouTube et Netflix drainent à eux seuls près de 50 % de la bande passante en soirée en Amérique du Nord. On avait parlé de ce fort déséquilibre dans ce billet. D’ailleurs, les fournisseurs Internet aimeraient bien que certains sites très fréquentés comme ceux-là participent financièrement à cette surcharge de bande passante, au grand dam des pourfendeurs de la neutralité du web.

Bien que l’on concentre nos activités sur certains sites en particulier, le temps passé sur le web augmente sans cesse. Le temps de navigation sur appareils mobiles a augmenté de 66 % entre 2011 et 2013. Cela dit, on se contente souvent de quelques applications. On apprend dans le rapport que 66 % des utilisateurs de téléphones intelligents ne téléchargent aucune application. D’ailleurs, le nombre d’applications installées n’aurait augmenté que de 15 % entre 2011 et 2013.

Cela dit, on aime toujours avoir le dernier appareil en vogue. Le rapport cite les ventes record de l’iPhone 6 la fin de semaine de son lancement. Le rapport Deloitte présenté sur Triplex hier allait aussi dans le même sens. Il nous prédit que près des deux tiers des ventes de téléphones intelligents dans le monde seront faites à des utilisateurs convaincus qui en possèdent déjà un qu’ils ne peuvent plus améliorer.

Le croisement des écrans

Aux États-Unis, l’été dernier, le nombre d’abonnés à Internet a dépassé le nombre d’abonnés au câble. Le rapport du FMC mentionne que le Canada pourrait suivre la même tangente, les dépenses en publicité numérique ayant déjà dépassé celle de la publicité télé. Ce qui est surtout intéressant, c’est de constater un croisement des médias. Sans s’éliminer, c’est comme si l’un échangeait de place avec l’autre, qui sort alors radicalement de son rôle traditionnel.

Le FMC rapporte que la télévision devient de plus en plus un média sur demande. La télé semble s’ajuster aux exigences d’un public de plus en plus habitué à la flexibilité du numérique en lui offrant des services de diffusion en ligne accessibles sans abonnement au câble. La réciproque existe aussi. Le web propose, comme la télévision, des grilles de programmation et des émissions en direct. Le rapport donne les exemples de Vice et de Netflix, qui pourraient fidéliser leur auditoire en leur offrant éventuellement une programmation quotidienne variée et originale. Si la télé se cherche toujours, le web ne s’est pas encore trouvé lui non plus.

La montée des jeux et du sport en ligne

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Aux États-Unis comme au Canada, les revenus de l’industrie des jeux vidéo dépassent ceux de l’industrie de la musique et se rapprochent dangereusement de ceux du cinéma. Et ce qui semble accélérer cette croissance, c’est le nombre grandissant d’amateurs qui regardent les autres jouer en ligne. Le rapport indique même que « le phénomène pourrait concurrencer sérieusement la télé pour ce qui est du temps consacré au visionnement de contenu ». Ce n’est pas rien. Les statistiques en font foi : en 2013, 71 millions de personnes dans le monde ont regardé des jeux vidéo en ligne. Ça fait pas mal de monde. Et Microsoft a voulu sa part du gâteau en rachetant Minecraft, comme Amazon l’a fait avec Twitch.

Mais qui sont ces gens qu’on aime tant regarder jouer? Croyez-le ou non, ils sont essentiellement autodidactes. Ça ne les empêche pas d’être suivis par des millions d’abonnés en ligne. Pourquoi? D’abord parce que leur contenu n’a plus l’air aussi amateur qu’il l’a déjà été. Ensuite, parce qu’ils sont authentiques et que le dialogue avec leurs admirateurs est multiplateforme. Autant s’y faire, parce que la croissance de ce type de vidéo semble exponentielle. On compte 19 fois plus de vidéos de fans sur les jeux vidéo sur YouTube que de vidéos mises en ligne par les éditeurs de jeux. Le rapport du FMC s’attend d’ailleurs à ce que le débat sur la valeur de ce « fan labour » s’intensifie. En effet, qui rapporte quoi à qui? Les fans devraient-ils payer des droits aux jeux qui les ont rendus célèbres? Ou serait-ce les jeux qui devraient les rétribuer pour toute la visibilité acquise?

Plusieurs questions restent entières, mais tout est en place pour 2015!

Les vacances nous permettent parfois de lire de plus longs textes et de se pencher sur certains phénomènes qui nécessitent plus de réflexion. Mon inclination pour les questions liées aux bouleversements médiatiques m’a amenée vers cet article du magazine Wired. On y dresse le portrait de trois entreprises médiatiques, Circa, BuzzFeed et First Look Media, qui innovent dans leurs façons de capter notre attention. Parce que voilà, les médias évoluent, les applications pullulent, l’information est exponentielle, mais pas notre capacité d’absorption.

Capter et retenir l’attention

Les médias ont toujours rivalisé de créativité pour tenter de gagner l’attention des gens, allant de la taille de la typographie jusqu’au crieur public. Au cours des dernières décennies, ils ont également dû investir un nouveau territoire, et la guerre de l’attention est aussi devenue virtuelle. Avec la fulgurante évolution de la mobilité, le champ de bataille est plus grand que jamais. La nouvelle peut vous trouver où que vous soyez. Vous pouvez recevoir des alertes pour vous informer à la moindre nouvelle manchette.

Ce qui complexifie aussi les choses, c’est que les médias n’ont plus le monopole des méthodes de distribution de la nouvelle. Votre petite sœur n’a pas besoin d’investir dans une tour satellite ou dans une imprimerie pour vous acheminer une nouvelle. Cela dit, les médias ne se retrouvent pas véritablement en compétition avec elle pour attirer votre attention. Ils l’utilisent comme courroie de transmission. C’est elle, le nouveau mode de distribution de la nouvelle. On lit rarement une nouvelle directement sur le site d’un grand média. On clique plutôt sur le lien que quelqu’un d’autre a publié sur les médias sociaux. Selon le Pew Research Center, 30 % des Américains s’informent sur Facebook. À l’avenir, l’enjeu ne sera plus celui d’attirer des lecteurs sur le site du média, mais de réussir à implanter la nouvelle dans leurs habitudes de consommation de contenu.

Le cas de BuzzFeed

L’article mentionne plusieurs approches intéressantes, mais ce sont celles de BuzzFeed qui ont attiré mon attention (sans jeu de mots). Dans leurs bureaux de Manhattan, des écrans géants occupent tous les murs. On peut y voir des chiffres, des tableaux, des graphiques sur la durée de vie des histoires publiées sur leur site, mais aussi relayées ailleurs.

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Quand on cherche une source d’information crédible et fiable, on ne pense pas tout de suite à BuzzFeed. Cela dit, c’est peut-être en train de changer, car ils travaillent fort pour gagner notre attention là où elle se trouve. Par exemple, ils ont mis sur pied une division qui ne créera du contenu que pour les applications les plus utilisées par les jeunes, comme Vine, Snapchat et Imgur. L’entreprise serait estimée à 850 millions de dollars. Nous voilà bien loin des 1,9 milliard du New York Times. Cependant, pendant que ce dernier fait des mises à pied pour rester concurrentiel, BuzzFeed ne cesse d’embaucher du personnel. Son but est de devenir la première source d’information pour la génération de lecteurs qui ne s’abonnera jamais à un journal ou qui ne regardera jamais un téléjournal.

BuzzFeed et la science du partage

Pour qu’une histoire vive sur le web, elle doit être retransmise à d’autres. Pour ce faire, il faut comprendre pourquoi et comment une nouvelle devient virale. L’article de Wired dresse le portrait de Dao Nguyen, la jeune éditrice de BuzzFeed qui fait doubler l’affluence sur le site depuis son arrivée il y a deux ans.

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Selon elle, les entreprises médiatiques misent trop souvent sur la promotion de leur marque pour attirer davantage de lecteurs. Nguyen ne pense pas que l’avenir des médias soit dans le marketing. Il s’agirait plutôt de diversifier l’offre technologique en créant de nouveaux outils, de nouveaux produits et en améliorant la plateforme actuelle. Ce sont des changements beaucoup plus durables qu’une campagne marketing.

Et créer de nouveaux outils, c’est ce que BuzzFeed fait. Je vous renvoie à l’article pour l’explication de leur modèle d’affaire qui est, par ailleurs, très intéressant. Cela dit, je voudrais finir avec quelques leçons intéressantes qu’on peut retenir du cas BuzzFeed.

L’efficacité des méthodes de BuzzFeed

Quelles sont les méthodes concrètes appliquées par BuzzFeed? J’en retiens trois. Dans un premier temps, elle utilise un optimisateur de titre. Qu’est-ce que c’est? Il s’agit d’un système ingénieux qui permet de publier une nouvelle avec des titres et une configuration de page différents. Les éditeurs reçoivent en temps réel les données qui permettent de choisir la meilleure présentation. Aussi, quand une histoire est publiée, un algorithme étudie les premières manifestations du partage pour déterminer sa viralité. Selon ce premier rapport, on prolonge sa durée de vie en la publiant sur encore plus de plateformes ou on la laisse mourir.

Aussi, BuzzFeed s’intéresse davantage à la portée sociale qu’au nombre de clics. Voilà qui est rafraîchissant – et extrêmement efficace. La survie de BuzzFeed ou de n’importe quel autre média tient au nombre de nouveaux lecteurs qu’elle réussit à fidéliser. Le système d’étude de la portée sociale permet de voir la popularité d’une histoire auprès de nouveaux lecteurs, et non pas juste auprès des lecteurs habitués. Et le succès d’un article se mesure non pas au nombre absolu de lecteurs réels, mais bien selon l’auditoire potentiel qu’il peut atteindre. Nguyen explique qu’une histoire qui atteint 250 000 pages vues sur un potentiel de 500 000 est un succès, mais que 250 000 pages vues sur un potentiel de 300 millions est un échec lamentable.

La dernière leçon de BuzzFeed, et non la moindre, est de cesser de chercher à séduire tout le monde en même temps. Il ne faut pas avoir peur de la segmentation de son marché. Viser une toute petite partie de la population ne mine pas le succès du partage d’une histoire. Au contraire, les liens serrés d’un petit segment de la population peuvent accélérer et démultiplier le partage d’une nouvelle. Ce sont ces liens personnels qui sont le mécanisme de distribution de la nouvelle au 21e siècle. Et si les médias traditionnels appliquaient certaines de ces idées novatrices?

Martin Lessard#JeSuisCharlie comme mème catalyseur

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 publié le 8 janvier 2015 à 15 h 25

Il est peu probable que je vous apprenne ce que veut dire #JeSuisCharlie.

Ce mot-clic (hashtag) circule depuis 24 heures, après l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts et 11 blessés.

Ce mot-clic a été un des plus viraux qu’on ait vus sur des médias sociaux depuis longtemps.

Un mème est « élément culturel propagé de façon virale ». Les mots-clics servent à contextualiser un message. Les deux font souvent la paire.

Les premiers mots-clics à émerger ont été #parisshooting, #charliehebdo et #attentatcharliehebdo.

Mais c’est #JeSuisCharlie qui s’est rapidement imposé comme mème dominant (source Nexalogy).

Source Nexalogy

Source Nexalogy

#JeSuischarlie a été utilisé 2,4 millions de fois en 24 heures (source Topsy).

Il s’est aussi retrouvé sur les pancartes durant les veillées tenues partout dans le monde et dans les journaux aujourd’hui (mais sans le mot-clic).

Pourquoi?

La raison du mème le plus fort

Certains mèmes, comme #JeSuischarlie, circulent plus que d’autres sur Internet.

L’attentat de Charlie Hebdo a frappé en plein coeur un média, la machine à faire circuler l’information de notre monde moderne.

C’était comme donner un coup de pied dans un guêpier.

Le massacre de la rédaction du journal satirique, c’est la volonté de faire taire des voix discordantes.

Tous ceux qui produisent ou transmettent de l’information savent que, tôt ou tard, une information provoquera une insatisfaction auprès d’une audience.

Dans ce sens, beaucoup d’internautes se sont sentis directement visés par l’attentat.

Que « Je suis Charlie » soit devenu un mème auprès des journalistes est hautement intéressant.

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Choisir le mot-clic #JeSuisCharlie, au lieu de #charliehebdo, c’est orienter complètement le sens de ce qui s’est passé. C’est dire que l’attentat n’a pas eu lieu dans un seul lieu (#charliehebdo), mais partout à la fois (#JeSuisCharlie).

Mais ce sont les internautes qui se sont approprié en premier ce sens. C’est sur les médias sociaux que la décision a été prise d’interpréter l’événement de cette façon. Ce n’est qu’ensuite que les grands médias l’ont relayé.

Autrefois, c’étaient les grands médias qui avaient le monopole de la sélection et de l’interprétation des événements sociétaux.

Cette fois-ci, l’événement a été interprété en premier sur les médias sociaux. Le mot-clic a été rapidement adopté, car cela a été une façon de catalyser une peur et de la transformer en une forme de solidarité.

Si la population se sent visée quand un média se fait attaquer, en solidarité avec les journalistes, c’est parce qu’avec Internet, nous sommes tous des médias.