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Comme Matthieu Dugal, animateur de La sphère, l’expliquait à Céline Galipeau au Téléjournal la semaine dernière, Meerkat est l’application qui est ressortie du lot cette année au festival SXSW.

Puis, coup de théâtre : à peine quelques jours après l’arrivée de Meerkat, Twitter est passé à l’offensive en lançant Periscope, son propre service de diffusion en flux continu. La différence avec Meerkat? Les vidéos peuvent être reprises pendant 24 heures. Maxime Johnson explique tous les tenants et aboutissants de l’application dans ce billet.

Aussitôt lancée, la gloire

Et voilà que cette semaine, Periscope a déjà connu sa première heure de gloire. Lancée officiellement hier matin, l’application a tenu, dans les heures qui ont suivi, un rôle clé dans l’explosion qui a secoué un édifice à New York.

Quelques secondes seulement après la déflagration, les premières images de l’incident sont apparues sur Periscope. Chacune, selon le compte suivi, avait un point de vue différent de la situation : de loin, du pâté de maisons adjacent, ou encore juste en face de l’incendie.

Les images diffusées sur Periscope ont même devancé l’arrivée des secours, c’est dire la vitesse de réaction des premiers utilisateurs.

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Le journaliste Owen Williams affirme qu’une nouvelle couche de pertinence vient d’être rajoutée à Twitter. C’est l’information en temps réel au moment même où l’actualité se déroule. On a rarement eu un tel accès aux événements.

Et on a eu accès non seulement aux images, mais aussi aux témoignages en temps réel. Certains faisaient part de leurs impressions, prenaient les questions des témoins. Selon Owen Williams, une telle authenticité ne peut être égalée par les nouvelles télévisées.

Meerkat vs Periscope

Si Meerkat a pavé la voie, Periscope a plus vite atteint une masse critique d’utilisateurs grâce à Twitter. Et comme le mentionne ce blogue d’actualités journalistiques, si les organisations de presse ont mis des années à adopter Twitter, elles se sont approprié Meerkat et Periscope en seulement quelques jours. Il faut croire que ces applications répondent à un besoin toujours plus grand de vitesse dans la diffusion de la nouvelle.

Owen Williams est formel, il croit qu’une application comme Periscope va tout changer dans la façon de publier les nouvelles. Il n’est pas question de remplacer les nouvelles télévisées, mais disons simplement qu’une autre couche de filtre vient d’être effacée. En souhaitant que le réflexe de filmer ne prenne pas le dessus sur celui de venir en aide aux victimes.

Cela dit, sa conclusion est frappante. L’avenir sera télévisé, mais ce sera sur votre téléphone.

 

Dans cet âge d’or de l’actualité, il n’y a pas que les sources d’information qui se multiplient. Les trajectoires pour parvenir jusqu’à elles se diversifient également. Selon une nouvelle étude, les jeunes Américains trouvent leur principale source d’information dans les médias sociaux, et non dans les journaux, la télévision, ni même leurs sites web.

Facebook : une source importante d’actualité

Jusque-là, rien de terriblement étonnant. On commençait à s’en douter un peu. En septembre dernier, le Pew Research Center affirmait déjà que 30 % des Américains s’informaient sur Facebook.

Comme vous le savez, la force de Facebook n’est pas dans la production de contenu, mais dans la référence d’articles issus des médias. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’on s’informe mieux. En effet, ceux qui ont découvert des nouvelles à travers Facebook passent beaucoup de temps et visitent beaucoup moins de pages sur les sites web des médias que ceux qui s’y rendent directement.

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Et quel genre de nouvelles consomment-ils? Pour environ la moitié des utilisateurs de Facebook, celles-ci figurent dans six catégories de l’actualité, mais les nouvelles liées au divertissement sont celles qui reviennent le plus souvent. Contrairement à Twitter, plateforme vers laquelle on se tourne volontiers pour avoir les dernières nouvelles, Facebook n’est pas une référence en matière d’actualité en temps réel.

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Et les jeunes dans tout ça?

Ce que l’étude citée plus haut fait ressortir, c’est la différence dans l’intention de s’informer. Selon l’étude de l’American Press Institute, près de 90 % des jeunes s’informent régulièrement sur Facebook, mais moins de la moitié d’entre eux s’y rendent avec l’intention de la trouver. En d’autres termes, s’informer sur les médias sociaux est devenu un geste accidentel.

De prime abord, cela peut paraître étonnant. Mais l’est-ce tant que ça? Ne nous arrive-t-il pas souvent d’apprendre des nouvelles grâce au bouche-à-oreille ou en écoutant distraitement la radio? Bien sûr, mais ce qui diffère, c’est la quantité des nouvelles découvertes de cette façon. Les jeunes passent tellement de temps en ligne qu’ils finissent par tomber sur une grande quantité d’information, plus grande que celle que l’écoute passive pourrait le permettre.

Les jeunes d’aujourd’hui deviennent donc des accros à l’actualité accidentels, pour reprendre les termes de cet article de The Atlantic. Ils réussissent à s’informer sans trop le chercher, ni le vouloir. L’actualité fait simplement partie d’un flot continu d’activités en ligne.

D’ailleurs, seule une minorité des 18-35 ans acceptent de payer pour s’informer. Ils sont davantage prêts à le faire pour consommer des films ou des émissions (55 %), des jeux (48 %) ou de la musique (48 %) que pour de l’information (40 %).

Au-delà du divertissement

L’étude tente de nous éloigner du cliché énoncé plus haut selon lequel les nouvelles issues des médias sociaux portent essentiellement sur du divertissement.

L’American Press Institute affirme au contraire que les médias sociaux aident à diversifier la nature des nouvelles auxquelles les jeunes sont exposés. Ainsi, 45 % d’entre eux suivraient régulièrement 5 nouvelles sérieuses ou plus. Fait étonnant, ils seraient plus enclins à suivre des nouvelles reliées à la politique, à la criminalité, à la technologie, à leur région ou à des préoccupations d’ordre social qu’à la culture populaire, aux vedettes ou à la mode.

N’en déplaise à mes amis Facebook, permettez-moi d’en douter. Et je ne suis pas la seule que ces données font sourciller. Le journaliste Derek Thompson, de The Atlantic, est également sceptique. Selon lui, dans ce genre d’étude, les gens veulent bien paraître, mais leur comportement dit tout le contraire.

Pour Thompson, les jeunes valorisent peut-être les nouvelles sérieuses, mais de là à en consommer régulièrement, il y a une marge. Pour appuyer ses dires, il fait référence à une autre étude parue le mois dernier et qui se trouve, en effet, en contradiction avec celle de l’American Press Institute. Le site News Whip mentionnait que les publications qui avaient suscité le plus d’engouement sur Facebook en janvier 2015 comprenaient assez peu de nouvelles sérieuses et pas mal plus de listes et d’histoires insolites. Voici les 15 publications les plus consultées en janvier dernier sur Facebook.

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Qui dit vrai?

 

Martin LessardPrescripteur zéro : le passeur de culture en ligne

par

 publié le 24 février 2015 à 12 h 00

Comme Catherine nous l’a signalé sur Triplex la semaine dernière, voilà 10 ans que YouTube existe. Je crois que c’est peut-être ce qui a le plus façonné l’imaginaire de la génération Y et Z.

La génération Y a commencé à utiliser YouTube sur un ordinateur au cours de son adolescence. La génération Z est née dedans et l’a exploré à travers une tablette.

Ces deux générations ont été les premières à avoir été alimentées de contenus quasiment infinis en tout temps, en tous lieux et de façon complètement libre.

Parlez-moi d’une expérimentation grandeur nature!

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La télé d’ailleurs des Y et des Z

Si vous parlez à la génération X, soit ceux qui sont nés avant les Y, ils vous raconteront que l’âge d’or de la télévision pour enfants avait culminé avec La boîte à surprise, Sol et Gobelet, les Oraliens, Picolo et Fanfreluche, etc. Une surabondance de contenus déjantés.

Si vous parlez aux générations Y et Z, aujourd’hui, elles vous parleront des Cypriens, des Pew Dee Pie et des chaînes de jeux en direct sur Twitch.tv. Un tsunami absolu de contenu divers, du plus échevelé au plus sérieux.

Ce qui se remarque, en revanche, c’est l’absence de contenu d’ici, noyé dans la surabondance mondiale.

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La surabondance génère le filtrage social

La génération Y et Z, devant l’éventail de choix inouï, a dû concevoir des stratégies de recherche et de découverte en l’absence de prescripteurs institutionnels (le rôle que se donnent Radio-Canada et Télé-Québec dans leur grille de programmation).

L’expérimentation grandeur nature que j’y vois concerne la façon dont le contenu de qualité émerge en l’absence de sélection en amont (plus de 300 heures sont déposées chaque minute sur les serveurs de YouTube).

Dans ce capharnaüm qu’est YouTube, les jeunes ne peuvent connaître a priori la valeur des différents contenus, puisqu’aucune programmation professionnelle n’a fait de sélection à leur place.

Ils ont dû se rabattre, pour une part, sur une sélection presque au hasard pour décider de ce qu’ils allaient regarder. Mais, c’est le filtrage social qui a dû jouer à plein, les jeunes devant se recommander mutuellement des chaînes entre eux.

Ce filtrage social a servi de guide pour repérer ce qui avait une certaine valeur à leurs yeux. Dans cette sélection, malheureusement, il n’y a que très peu de contenu d’ici.

La fracture se situe au niveau des « prescripteurs de goût », ces personnes ou ces groupes ayant une influence sur le choix de produits, de services, ou, en ce qui nous concerne, des contenus.

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Les prescripteurs de goût

Le prescripteur de goût, ce critique, est celui dont les recommandations sur le plan des contenus font autorité auprès de son auditoire. Il peut faire des recommandations à d’autres prescripteurs, et ainsi de suite. Le premier, je l’appelle le prescripteur zéro.

La sélection initiale (le prescripteur zéro) influe grandement sur l’ensemble de ce qui va ensuite être sélectionné dans YouTube.

En effet, si un jeune s’intéresse à Cyprien, la mégavedette française des youtubeurs, il va immanquablement connaître aussi les Norman, Joueur du grenier, Jeremy, La rousse, Natoo, Samantha Oups et autre Rire jaune, etc.

En revanche, s’il s’intéresse à PewDeePie, la star absolue des youtubeurs mondiaux, il se retrouvera du côté, entre autres, des VAT19, Rosanna Pansino (Nerdy Nummies), SevenSuperGirls, Lui Calibre, H2ODelirious, AndreasChoice et autre MyFroggyStuff, etc.

Tous ces youtubeurs ont 1 million et plus d’abonnés.

Ces filons sont infinis, mais comme le temps dans une journée ne l’est pas, l’attention s’agglutine autour d’un ensemble de quelques prescripteurs, plus habiles que les autres, qui nous permettent de filtrer le chaos.

Ce choix de ces prescripteurs oriente d’une certaine façon l’accès aux produits culturels.

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Comment ils attirent l’attention

Les produits culturels sont considérés comme des « biens d’expérience », c’est-à-dire qu’on n’en apprécie la qualité que lorsqu’on en « fait l’expérience ». Comme un nouveau bonbon à la saveur inconnue qui ne se révèle qu’en étant consommé.

Consommer ce type de « biens d’expérience » demande du temps. Ce que les jeunes ont à profusion, mais pas de façon infinie.

Il se développe alors, tôt ou tard, une forme de confiance dans ces prescripteurs qui nous donnent accès à des filons de contenu de qualité (ou perçus comme tel).

Ce prescripteur zéro, celui qui est à la base, détermine en grande partie ce qui devient un produit culturel qui sera consommé (ou non).

Sur YouTube, ces critiques de goût ont donc un rôle significatif pour ce qui est des contenus qui finiront par être regardés.

Ces produits culturels initiaux orientent, à terme, les goûts futurs en matière de consommation culturelle de la génération Y et Z.

Qui sont nos prescripteurs zéro

Il n’y a existe pas un seul, mais des centaines, des milliers de prescripteurs chacun dans leur domaine, avec leurs centres d’intérêt et leur audience.

Bien sûr, en culture,  les plus importants prescripteurs se nomment en fait critiques, chroniqueurs ou journalistes culturels, et on les retrouve dans les grands médias (radio, télévision, journaux).

Mais en ligne sous le radar des gens de l’industrie, bien trop occupés pour faire le tri dans le capharnaüm, se trouvent des « experts » capables de faire une sélection pour les jeunes qui eux ont beaucoup de temps pour tester ces nouveaux « biens d’expérience ».

Toute stratégie culturelle pour les États soucieux de la pérennité de leur langue et de leur industrie culturelle devrait se préoccuper de la place de ces « prescripteurs zéro » dans la chaîne de valeurs. D’une façon ou d’une autre, ils devront trouver un moyen de les soutenir, directement ou indirectement, car ces prescripteurs sont une courroie de transmission de la culture en ligne, libre et sans filtre.

Sans un réseau de prescripteurs d’ici fort, les talents émergents d’ici vont s’épuiser à essayer se faire remarquer, car actuellement, la visibilité en dehors des cercles institutionnels ne joue pas en leur faveur.

Si je regarde mon échantillon (non scientifique) de jeunes Z et de moins jeunes Y, je remarque que le contenu télévisuel fait partie pour eux du capharnaüm de l’offre en abondance. Cela veut dire que les jeunes ne vont s’y intéresser que si leur filtrage social les y conduit, car ils ont appris à trouver des filons seulement à travers leurs prescripteurs de goût.

Malheureusement, aucun de leurs prescripteurs zéro ne vient d’ici.

Est-ce la raison pour laquelle il y aurait des jeunes qui consomment si peu la culture audiovisuelle d’ici?

Catherine MathysYouTube a 10 ans

par

 publié le 13 février 2015 à 15 h 10

Demain, YouTube aura 10 ans. Le média social est désormais l’un des sites les plus visités du monde. Et les statistiques sont éloquentes. YouTube compte plus de 1 milliard d’utilisateurs. On y téléverse plus de 300 heures de vidéo chaque minute et, signe des temps, la moitié des visionnements se fait sur mobile. Dire que tout est parti de cette vidéo qui est la première recensée sur le site :

YouTube n’attire pas seulement les artistes, les politiciens ou les grandes marques. Il offre aussi une plateforme de diffusion à tous les usagers jusqu’à en créer un véritable vedettariat parallèle. Cet étonnant sondage de 2014 révélait même que les adolescents américains connaissent mieux les vedettes de YouTube que celles du cinéma, de la télé et de la musique.

 Les vidéos les plus marquantes

Le magazine GQ a recensé les vidéos les plus marquantes de YouTube depuis sa création.

En tête, il faut bien sûr souligner le clip de Gangnam style, de Psy, publiée le 15 juillet 2012. Il s’agit de la première vidéo à dépasser le milliard de visionnements le 21 décembre 2012. Elle trône toujours la liste des vidéos les plus vues avec près de 2,3 milliards de clics.

Vous serez peut-être heureux d’apprendre que la deuxième place revient à un Canadien : Justin Bieber. En effet, sa vidéo de la chanson Baby a été vue plus d’un milliard de fois.

En troisième position, on retrouve le duo américain LMFAO, qui compte plus de 800 millions de vues pour son Party rock anthem, publié le 8 mars 2011.

Pour le reste du palmarès, je vous invite à lire l’article. Notons qu’il s’agit principalement de clips de musique, sauf pour la courte séquence de deux jeunes frères Charlie bit my finger – again.

 YouTube et le partage en ligne

À l’occasion de l’anniversaire de YouTube, le Pew Research Center a dévoilé cinq constats qui en disent long sur l’évolution de nos habitudes de publication de vidéos en ligne.

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 1) Un tiers des adultes américains a publié une vidéo en ligne en 2013

Parmi ceux qui l’ont fait, 35 % espéraient qu’elle devienne, selon une expression nouvelle, virale. C’est que, en plus de changer nos habitudes, YouTube a aussi changé notre vocabulaire.

2) Les animaux, surtout les chats, sont très populaires

Dans le contenu original trouvé sur le web, 45 % concernait des animaux en 2013. En fait, beaucoup de contenu semble improvisé. Très peu d’utilisateurs (23 %) ont scénarisé leur vidéo cette année-là.

3) YouTube est le deuxième média social en importance derrière Facebook

Une étude de 2014 note que 77 % des adultes américains en ligne sont sur Facebook et que 63 % utilisent également YouTube.

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4) YouTube est plus populaire chez les jeunes

Ici, pas de grande surprise puisque 82 % des 18-29 ans ont utilisé YouTube en 2014 contre 35 % des 65 ans et plus. Le Pew Research Center note aussi que le site est plus populaire auprès des Noirs et des hispanophones qu’auprès des Blancs.

5)  YouTube est utilisé de plus en plus pour relayer des vidéos d’actualité

Ce qui est intéressant, c’est que ce ne sont pas forcément des nouvelles de grands médias mais plutôt des vidéos personnelles reliées à un fait d’actualité. Environ 12 % des utilisateurs des médias sociaux disent avoir diffusé de telles vidéos en 2014. Et le phénomène date déjà de quelques années. Une autre étude de 2012, montrait déjà que 40 % des vidéos reliées à des nouvelles sur YouTube provenaient de sources non officielles.

 

Vendredi dernier, une journée de réflexion sur les mutations dans l’univers de l’information a eu lieu à Montréal. Organisée par le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, elle visait à poser les jalons d’une réflexion qui s’inscrit dans le cadre du Plan culturel numérique du Québec. Plusieurs experts, journalistes et gestionnaires de médias se sont succédé tout au long de la journée. Je présenterai ici un résumé des propos de l’éditeur du Toronto Star, M. John Cruickshank, qui illustre bien les défis que doivent relever bien des quotidiens papier dans leur transition, souvent réfractaire, vers les nouveaux médias.

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À qui la faute?

Le Toronto Star a longtemps, pour ne pas dire toujours, été dépendant de son édition papier pour sa survie. Mais voilà, comme d’autres, il se met à chercher un nouvel auditoire. Une seule évidence s’impose : le papier ne sera plus le support principal des nouvelles à l’avenir.

Cela dit, selon M. Cruickshank, il est faux de penser que la révolution numérique est la seule responsable des problèmes éprouvés par les médias traditionnels. En fait, il est d’avis que les journaux vivraient la même crise existentielle, même si Internet n’avait jamais existé.

Avant la télévision, l’hégémonie des journaux comme source d’information était telle qu’elle ne pouvait que finir par s’effriter. C’est l’offre qui est la véritable responsable. Les journaux ont commencé à lutter pour conserver l’attention de leur lectorat quand la télévision est arrivée. Lorsqu’il y a une solution de rechange, l’attention est facilement détournée. Les journaux télévisés ont aussi pâti de l’arrivée du câble parce que ce dernier diversifiait l’offre à l’heure habituelle du téléjournal.

L’argent : le nerf de la guerre

Mais voilà, n’en déplaise aux patrons de presse, Internet est arrivé. Et le premier effet économique s’est fait sentir dans les petites annonces. En perdant l’industrie des annonces classées au profit d’Internet, les journaux sont passés d’entreprises florissantes aux revenus élevés à des entreprises tout juste sur le seuil de la rentabilité.

Depuis plus d’une dizaine d’années, le souci principal des journaux est de retenir les jeunes et de livrer les auditoires recherchés aux publicitaires. En ne trouvant plus la clientèle souhaitée dans les pages des journaux, les publicitaires se sont tournés vers Internet, où ils ont trouvé un outil publicitaire moins cher et plus ciblé.

Et pourquoi les journaux n’ont-ils pas réagi à ce moment-là? Parce qu’ils ne savaient pas trop quoi faire à l’époque, dit M. Cruickshank. L’option de la tablette n’était évidemment pas envisageable pour eux. En réduisant les coûts d’impression et de distribution, ils espéraient renverser la vapeur et conserver leur rentabilité. Mais comme l’éditeur du Toronto Star le dit si bien : « L’espoir n’est pas une stratégie. »

Trois constats du numérique

Selon M. Cruickshank, le numérique n’est pas non plus la panacée. Il en tient pour preuves trois constats : Internet est important, mais la portée réelle de la publicité est moindre, le numérique n’a jamais réussi à soutenir financièrement une salle de nouvelles, et les auditoires ne migrent pas.

Le vieux modèle ne peut plus marcher et, d’ailleurs, il est étonnant qu’il ait fonctionné aussi longtemps. Recevoir un produit qui vaut environ 1 $, livré à sa porte tous les jours? Jamais une entreprise n’a offert à sa clientèle un tel service pour un autre produit.

Bien sûr, chaque journal a son site web. Mais selon M. Cruickshank, les nouvelles de dernière minute ou les manchettes d’actualité qu’on y retrouve servent à attirer un auditoire passager. Le défi est de le retenir. Et personne ne veut payer pour des nouvelles. Les murs payants ne seraient pas une solution viable. Alors, que faire? C’est là tout le défi qui attend le Toronto Star et tant d’autres médias traditionnels.

La tablette : la solution parfaite?

À l’automne 2015, le Toronto Star déploiera sa nouvelle application pour tablette, calquée sur le modèle de La Presse+. Et quel enthousiasme! M. Cruickshank n’a pas manqué de répéter qu’il s’agissait de la meilleure application du monde. C’est dire à quel point les attentes sont élevées.

Pour M. Cruickshank, la tablette présente de nouvelles perspectives commerciales en allant chercher un jeune auditoire, le plus recherché par les publicitaires. De plus, elle est portative, mais pas autant que le téléphone. On peut donc y consulter des contenus plus détaillés.

Selon l’éditeur, le Toronto Star est en voie de devenir une entreprise tant de nouvelles que d’auditoires qui livre son contenu aux lecteurs comme aux publicitaires sur diverses plateformes.

Cela dit, il ne souhaite pas faire une croix sur le journal papier qui demeure le journal le plus lu au Canada. Il veut donc continuer de plaire à sa fidèle clientèle tout en se créant un nouvel auditoire avec son application pour tablette. Et il maintient qu’elle sera gratuite. Reste à voir comment celle-ci permettra au journal de se maintenir en vie. Certains en doutent déjà.