Billets classés sous la catégorie « Médias »

Catherine MathysLe journalisme après Snowden

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 publié le 17 novembre 2014 à 12 h 37

Voir le film Citizenfour de Laura Poitras, c’est aussi assister à une formidable leçon de journalisme. Plusieurs scènes traitent de la correspondance encryptée entre Poitras et sa source Citizenfour, qui s’est plus tard révélée être Edward Snowden. Certains parlent même d’une nouvelle ère journalistique post-Snowden, où la protection des sources par le cryptage des messages est devenue essentielle.

Un rendez-vous presque raté

Glenn Greenwald a été le premier journaliste à être contacté par Citizenfour en décembre 2012. Le choix de Greenwald n’était pas anodin, l’homme s’étant déjà démarqué avec ses positions sur les guerres en Iraq et en Afghanistan ainsi que sur l’érosion des libertés civiles à la suite des attaques du 11 septembre. Snowden savait qu’il aurait une oreille attentive s’il réussissait à communiquer avec lui de façon sécuritaire. Il lui a donc envoyé un guide, puis une vidéo, pour lui montrer comment crypter ses communications, mais sa tentative s’avéra vaine. Greenwald trouvait cette technologie trop compliquée, trop contraignante. N’ayant pu établir de canaux de communication cryptée avec Greenwald, Snowden s’est tourné vers un autre journaliste plus féru en la matière.

ecyptedemail

http://www.digitalprank.org/encrypt-mails-from-gmail-using-firegpg/

En raison de son manque d’intérêt et de compétence dans les communications cryptées, Greenwald a perdu sa source et aurait pu passer à côté de l’histoire qui lui a valu le prix Pulitzer. Snowden s’est donc plutôt tourné vers Laura Poitras en janvier 2013 et lui a demandé sa clé publique pour la technologie GPG. Ils ont ainsi pu s’échanger une série de messages cryptés, lesquels sont retranscris ou lus dans le film.

Des sources mieux protégées

Ce que l’affaire Snowden a mis au jour, en ce qui concerne les pratiques journalistiques à l’ère numérique, c’est la nécessité de mieux protéger les sources. Avec un modèle économique chancelant et un auditoire morcelé sur diverses plateformes, la protection des sources a reculé sur la liste des priorités des médias selon Steve Coll, journaliste et doyen de l’école des études supérieures en journalisme de l’Université Columbia.

Cela dit, l’exemple de Snowden a démontré que dans certaines situations à haut risque, le cryptage des messages permet au moins de laisser le temps au journaliste de réfléchir, de prendre des décisions sur ce qu’il devrait publier et de penser aux raisons pour lesquelles il devrait le faire. En protégeant ses données et ses communications par des messages cryptés, Snowden et les journalistes ont pu déterminer la manière dont les documents seraient publiés. La seule possible faille du système était humaine. Snowden dépendait des journalistes et devait avoir confiance en eux, espérant qu’ils n’allaient pas divulguer l’information aux mauvaises personnes.

Les technologies de base du journaliste moderne

L’élément que Greenwald n’a pas su comprendre ou installer est la technologie GPG. Cette dernière permet d’assurer une transmission sécuritaire de l’information entre deux parties tout en vérifiant l’authenticité de la source. Le système GPG repose sur un modèle d’échange de clés publiques cryptées : il faut une clé pour crypter un message et une autre pour le décrypter. Ainsi, un message peut être créé et crypté à l’aide d’une clé publique, tandis qu’une clé privée, associée à la clé publique, permet de décrypter le message.

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Ce segment de l’émission Listening Post diffusée sur le réseau Al-Jazeera permet d’en savoir un peu plus sur les outils essentiels du journaliste qui veut protéger sa source. En plus du GPG, l’émission mentionne Tor et SecureDrop comme outils de base pour tout journaliste désireux de sécuriser ses échanges.

Dans un récent billet, Martin Lessard nous expliquait l’utilité du réseau Tor.

« Le projet Tor est un réseau qui permet de naviguer sur le web de façon anonyme. L’appel vers une page web est chiffré et passe par une série de serveurs successifs, ce qui rend très difficile le traçage de la source de l’appel (c’est-à-dire, vous). »

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Même Facebook s’invite sur le réseau Tor. C’est dire l’engouement pour ce type de réseau. Tor fonctionne sur le principe de l’oignon. Quand un utilisateur s’y connecte, des couches de cryptage s’ajoutent au message. Ce dernier passe par plusieurs serveurs intermédiaires, comme pour détourner l’attention, avant d’arriver à sa destination finale.

L’autre logiciel dont on parle dans cette vidéo est SecureDrop. C’est le projet sur lequel travaillait le regretté Aaron Swartz, informaticien de grand talent et militant, avant de mourir. Celui-ci souhaitait permettre aux dénonciateurs comme Snowden d’envoyer des documents secrets aux médias en toute sécurité. Le Washington Post, journal qui a mis au jour l’affaire Snowden avec le Guardian, utilise cette plateforme, de même que The Intercept, le nouveau média web de Glenn Greenwald et Laura Poitras.

Avec tout ça, la boîte à outils du journaliste prudent et soucieux de ses sources serait complète. Mais, comme on a pu le voir dans le film, rien ne vaut une rencontre en personne et des mots griffonnés sur un bout de papier pour assurer une sécurité maximale. Quel beau paradoxe, dans cette ère ultranumérisée, de revenir à ces communications d’une autre époque.

 

Catherine MathysEurope : la taxe Google refait surface

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 publié le 7 novembre 2014 à 12 h 07

Le gouvernement espagnol vient tout juste de faire passer une nouvelle loi sur le droit d’auteur qui impose des frais aux agrégateurs de contenu en ligne. C’est ce que certains appellent la taxe Google. Cette loi, qui entrera en vigueur en janvier prochain, vise ultimement à protéger l’industrie de la presse écrite espagnole. Elle impose aux services d’agrégation qui publient des liens ou des extraits d’articles de payer des frais à l’organisation qui représente les journaux espagnols, l’AEDE. Des amendes pouvant s’élever à 600 000 euros sont prévues pour ceux qui ne s’y conformeraient pas.

La réplique ne s’est évidemment pas fait attendre. Google a même menacé de carrément fermer son service Google News en Espagne. Bien qu’elle ne l’ait pas encore fait, l’option n’est pas exclue, et Google cherche une façon de retarder ou d’annuler l’application de cette taxe.

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www.stateofdigital.com

Google et ses déboires européens

Entre Google et les médias européens, d’un pays à l’autre, l’histoire semble se répéter. En 2012, c’est la France que Google menaçait de ne plus référencer. En effet, à l’époque, la France envisageait aussi de taxer les moteurs de recherche pour les liens rattachés aux articles de presse. Finalement, un accord a été conclu entre un groupe d’éditeurs et Google pour mettre en place un fonds de 60 millions d’euros créé pour la presse et entièrement financé par Google. Bien que l’accord vise essentiellement à « faciliter la transition vers le numérique », il n’y a pas de réapprovisionnement prévu pour le fonds, alors soyons assurés que cette histoire n’est pas terminée.

L’Allemagne a elle aussi fait passer sa propre taxe Google en 2013, non sans maintes complications légales par la suite. Par exemple, Google exigeait des éditeurs de presse qu’ils demandent expressément d’être inclus dans les résultats de recherche de Google News pour éviter d’éventuelles représailles. Cela dit, les éditeurs qui choisissaient d’apparaître dans les résultats du moteur de recherche se sentaient obligés de renier leurs droits d’auteur. Ils ont donc porté plainte contre Google. Devant la perspective d’autres démêlés judiciaires, Google a tranché et a décidé de retirer tout extrait de presse en limitant les résultats de recherche aux simples manchettes. Cela dit, pas plus tard que la semaine dernière, les éditeurs allemands ont abdiqué et acceptent désormais la publication d’extraits de leurs nouvelles sans rémunération. Goliath s’est avéré trop fort. Le groupe VG Media, qui représente quelque 200 médias allemands, a mentionné des pertes de revenus causées par une baisse de la fréquentation des sites web de presse membres du groupe.

La Belgique a aussi déjà eu son lot de problèmes similaires avec Google. En 2006, Copiepresse, la société de gestion des droits des éditeurs de presse quotidienne francophone et germanophone belge, a poursuivi Google pour violation de droits d’auteur. Pendant les six ans de bataille devant les tribunaux, Google a exclu les journaux belges du référencement de Google News. En fin de compte, les deux parties en sont arrivées à un accord secret qui inclut le paiement d’une somme forfaitaire non divulguée, mais qui ne prévoit pas de redevance aux éditeurs belges pour l’inclusion de leur contenu sur Google News.

Une lutte impitoyable

Après ses multiples déboires en Europe, il n’est pas étonnant que Google, dans la situation espagnole, ait accueilli la nouvelle froidement. Elle s’est contentée de dire qu’elle était déçue d’apprendre l’existence de cette nouvelle loi parce qu’elle croit qu’un service comme Google News aide les éditeurs de presse à augmenter le trafic sur leurs sites web. Dans ce cas-ci, comme dans la plupart des autres cas mentionnés plus haut, ce que les éditeurs de presse reprochent à Google, c’est plutôt de se bâtir son propre service de presse (et de faire beaucoup d’argent) avec le contenu des autres qu’elle n’a pas payé.

Mais la taxe Google n’est qu’un seul volet de cette nouvelle loi espagnole. En effet, dès janvier 2015, l’Espagne obligera aussi les sites à retirer tout matériel qui enfreint les droits d’auteur, et ce, même si le site ne fait pas d’argent à partir de l’oeuvre. Les ayants droit pourront même exiger le paiement d’amendes et le retrait des liens sans même passer devant un juge. La loi s’applique aussi aux tierces parties, les sites d’hébergement par exemple. À suivre.

 

 

Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

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 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014″) qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

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Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

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Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
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Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

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Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.

Catherine MathysNOD : une application à la recherche du temps perdu

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 publié le 4 novembre 2014 à 12 h 30

Mercredi dernier avait lieu le premier Midi Lab de la saison 2014-2015 à la Maison de Radio-Canada à Montréal. Les Midi Lab sont en fait une série de rencontres qui visent à présenter les innovations numériques les plus intéressantes selon divers champs d’intérêt : l’information, les réseaux sociaux, la radio, la musique en ligne, etc.

Cette première rencontre s’intitulait « Comment informer à l’âge de la distraction massive » et nous présentait la nouvelle application mobile de Marie-Catherine Beuth, journaliste et fondatrice de NOD : News on demand.

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Établie à San Francisco, cette jeune Française a obtenu en 2012 une bourse d’excellence du John S. Knight Journalism fellowship à Stanford, qui soutient les projets innovants dans les médias. C’est ainsi qu’elle a pu développer l’idée de son application News on demand, une application d’information modulable en fonction du temps dont on dispose. En avril 2014, son service a d’ailleurs obtenu le soutien du Knight Prototype Fund.

L’âge de la distraction massive

C’est bien connu, notre temps est compté. Nous courons après chacune des minutes qui s’égrènent pour réussir à tout faire. Au final, il nous reste bien peu de temps pour nous informer. Nous lisons les manchettes çà et là, quand c’est possible, quand nous ne finissont pas par jouer une partie de Candy Crush comme le mentionnait Marie-Catherine Beuth, sans vouloir porter de jugement. Alors comment rester bien informé dans un monde occupé et que nous nous laissons distraire si facilement? C’est là que son application entre en jeu, car elle propose un condensé de nouvelles, selon le temps dont on dispose.

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Exit les algorithmes, vive les humains

News on demand présente les trois actualités les plus importantes de la journée provenant de diverses sources. Et qui choisit ces trois nouvelles? Pas un algorithme comme on pourrait s’y attendre, mais bien Marie-Catherine Beuth elle-même. Un être humain. Oui, je sais, c’est étonnant. Et la longueur des articles proposés varie, selon le temps dont le lecteur dispose, de 10 secondes à 5 minutes. Autre particularité, une fois que les trois histoires du jour ont été lues, il faut attendre au lendemain pour recevoir les trois autres. Et si on n’a pas eu le temps d’ouvrir l’application pendant quelques jours, la fonction catch up permet de rattraper les trois articles quotidiens que vous n’avez pas pu lire.

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L’application se présente en opposition à l’infobésité avec un contenu circonscrit. Contrairement aux agrégateurs populaires, elle ne propose pas un flot constant d’information. L’autre aspect intéressant de News on demand est qu’elle ne propose pas de simples résumés des articles ou de copie de l’article original : elle renvoie tout de suite au site du média concerné.

Toujours plus d’applications, jamais plus de temps

L’application s’est inspirée en partie de Newstapes, la première expérience de Marie-Catherine Beuth créée durant son passage à Stanford autour du concept de concierge de l’information. Il s’agissait essentiellement d’un service d’édition de nouvelles. Elle choisissait un thème parmi six catégories et, avec la nouvelle, proposait des liens selon le temps dont disposait le lecteur. C’était en fait une forme rudimentaire de News on demand, tournant autour du temps et du degré d’attention qu’un lecteur pouvait allouer à la consommation d’actualités.

Marie-Catherine Beuth couvre l’actualité des médias numériques depuis 10 ans pour le journal Le Figaro. Elle est à même de constater l’évolution des médias et des innovations technologiques de toutes sortes. Selon elle, la seule ressource qui reste la même et qui ne peut pas changer, c’est le temps. Ce dernier est en quantité très limitée, et il devient de plus en plus difficile de compartimenter les activités d’une journée.

D’autres ressources pour gagner du temps

Malheureusement, l’application News on demand n’est accessible que sur l’iPhone pour le moment. Cela dit, plusieurs initiatives visant à informer tout en faisant économiser temps et énergie sont peu à peu apparues. En voici quelques exemples. Et vous, lesquelles utilisez-vous?

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Yahoo News Digest

 

 

Catherine MathysVers la reconnaissance du bitcoin

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 publié le 8 octobre 2014 à 13 h 58

Cette semaine, la Bitcoin Foundation a mis sur pied un groupe de travail dans le but d’accorder au bitcoin la stabilité et la reconnaissance légale qui lui font toujours défaut.

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Les étapes de la standardisation

Le groupe de travail se compose de 20 membres bénévoles et est présidé par une ancienne ingénieure de la NASA, Beth Moses. Plusieurs étapes permettront d’atteindre le statut tant souhaité de monnaie internationale reconnue.

Dans un premier temps, le groupe veut inscrire le bitcoin au tableau des codes ISO-4217, qui désigne les lettres qui représentent toutes les monnaies reconnues du monde, comme CAD pour le dollar canadien. Cette simple accréditation ferait donc entrer le bitcoin dans le même cercle que toutes les autres monnaies du monde reconnues par les institutions financières. Ce n’est pas rien pour une cryptomonnaie qui n’a que 5 ans. D’ailleurs, le code international du bitcoin serait XBT, qui a déjà été adopté par certains services ou outils comme Xe.com, Oanda and Bloomberg.

En plus de ce code, la Fondation Bitcoin souhaite également obtenir un symbole unicode comme $ pour le dollar. De plus, et ce sera peut-être sa démarche la plus concrète, elle reverra les règles de subdivision du bitcoin. La Fondation mentionne qu’une monnaie a toujours une unité de base, comme 1,00 $, ce qui lui permet par la suite de faire des subdivisions à partir de cette première donnée (ce sont les deux zéros à la droite du 1). Avec le bitcoin actuel, il y a 8 subdivisions, alors théoriquement, on pourrait vous payer 0,00000001 bitcoin. C’est bien sûr un peu absurde pour le consommateur, mais surtout, une telle subdivision ne cadre dans aucun système comptable existant.  

À qui le bitcoin profiterait-il?

Le bitcoin, s’il en vient à devenir une monnaie légitime fait miroiter toutes sortes de possibilités pour ceux qui espèrent diversifier leurs sources de revenus en ligne et attendent l’instauration plus généralisée du micropaiement en ligne. C’est le cas pour l’industrie journalistique comme cet article du Time y fait référence. Ce serait par exemple, une façon de se défaire du modèle actuel où le contenu dépend de la publicité. Un système de micropaiement pourrait amener une toute nouvelle économie de l’information, qui permettrait aux créateurs de contenu de vendre certaines parties de leur contenu à la pièce.  

L’idée n’est pas nouvelle en soi comme en fait foi cet article du même auteur datant de 2009. Cela dit, plus que jamais, le bitcoin rend la chose possible. Il existe, pour cette cryptomonnaie, de nombreux services encore plus faciles d’utilisation que ceux qui sont déjà en place, par exemple PayPal. Ils s’appellent ChangeTip, BitWall ou Coinbase et visent à rendre le micropaiement en ligne aussi simple qu’un clic. Walter Isaacson raconte que, alors qu’il était éditeur nouveaux médias pour le Time en 1994, il avait songé à instaurer un modèle de micropaiement pour ses articles. Toutefois, l’engouement des agences de publicité pour les bannières en ligne lui permettait d’offrir son contenu gratuitement. Il parle de son choix comme d’une erreur, pour le web en général et pour le journalisme en particulier. Non seulement le modèle d’affaires n’était-il pas durable, mais, plus encore, il a semé la terrible graine du contenu gratuit sur Internet. Vous la connaissez la suite. Après 20 ans de gratuité, difficile de changer de modèle.

Le principe du micropaiement aux origines du web

Selon Isaacson, le micropaiement lui-même faisait partie des plans des pionniers du web. Dans son livre The innovators, il mentionne que Ted Nelson, qui a inventé le terme hypertexte, souhaitait que le web soit un réseau de liens à double sens qui exigeraient l’approbation de l’auteur de la page vers laquelle le lien nous dirige. Isaacson souligne que, si le web avait véritablement fonctionné de cette façon, l’agrégation de contenu ne serait pas reine comme en ce moment. Il mentionne aussi que Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, avait déjà considéré l’instauration d’une forme de contrôle de droits et de paiements. Cela dit, à cause de la complexité des règles bancaires et par respect pour le principe d’universalité du réseau, il a choisi de rejeter l’idée. Cette dernière est cependant revenue en 2013, bien que ces nouveaux protocoles ne soient toujours pas élaborés. Avec le bitcoin, ils ne seraient peut-être pas nécessaires, pense Isaacson.

Enfin, il mentionne Marc Andreessen, créateur du premier portail web en 1993, Mosaic, qui espérait également implanter un système de micropaiement, mais, même problème, ni la technologie ni le système bancaire ne permettaient de le faire. Aujourd’hui, Andreessen est devenu investisseur pour des entreprises qui se spécialisent dans l’implantation de systèmes de transaction bitcoin. Tiens tiens, tout est dans tout, comme on dit.