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Google Play

La boutique numérique de livres Google Play Books permet depuis cette semaine aux Canadiens de louer des manuels scolaires électroniques, ce qui pourrait permettre à certains étudiants d’alléger à la fois leur imposante facture de la rentrée et leur sac à dos pendant le reste de l’année. Les étudiants devraient toutefois bien y réfléchir avant d’opter pour la location plutôt que l’achat.

Google Play Books est une boutique accessible au Canada depuis quelques années déjà. Le service de Google permet d’acheter (et maintenant de louer, à Google Play Manuels) des livres sur un ordinateur ou un appareil mobile Android ou iOS, d’où il est ensuite possible de consulter ses ouvrages avec ou sans connexion Internet.

Les avantages des livres numériques en général sont souvent amplifiés avec les livres scolaires. Quelques gros manuels de plusieurs kilos peuvent être remplacés par une petite tablette, il est possible d’y souligner et d’en annoter des passages sans les endommager, et de rechercher des mots-clés importants dans ses manuels.

Un livre numérique est aussi souvent moins cher, mais la différence de prix est toutefois assez mineure, même avec les ouvrages scolaires. Contrairement à un livre papier, il est pratiquement impossible de revendre son manuel à la fin de la session ou à la fin de ses études.

Un bon rabais
Google offre généralement ses livres en location avec de bons rabais dans sa boutique scolaire, jusqu’à 80 %, comparativement à la version imprimée. En pratique, le rabais peut varier grandement, mais après vérification, il est rare que celui-ci soit inférieur de 30 % par rapport au prix du livre neuf chez Amazon.ca.

Quelques inconvénients
La location d’un livre n’est certainement pas pour tous, toutefois. Contrairement à un livre acheté, un livre loué n’est bon que pour une durée limitée, soit de 6 mois dans le cas de la boutique Google Play. Si cette durée est suffisante pour terminer un cours, elle ne l’est malheureusement pas pour terminer toutes ses études. Or il n’est pas rare qu’un ouvrage puisse être utile pendant plusieurs années.

Par ailleurs, certains ouvrages sont parfois offerts avec du contenu supplémentaire, permettant d’accéder à un site web protégé, par exemple. On ne pourra pas toujours accéder à ce contenu avec un livre en location.

Malheureusement, l’offre francophone de Google est aussi assez mince, ce qui pourrait grandement réduire son utilité au Québec. De nombreux cours universitaires en français exigeant toutefois l’achat de manuels en anglais, la location pourra donc quand même être intéressante pour certains étudiants.

La location : à considérer, mais…
Louer un manuel scolaire demeure souvent cher. Moins que d’acheter un libre neuf, mais beaucoup plus cher que d’acheter un livre usagé et de le revendre l’année suivante.

Pour ceux qui souhaitent adopter les livres numériques, cela reste une option intéressante, qui pourrait permettre de faire des économies assez substantielles au cours de ses études.

Attention, toutefois, de bien choisir les livres à louer et les livres à acheter. Car un bon ouvrage de référence peut être utile pendant des années, et pas seulement pendant six mois.

Nadia SeraioccoLa valeur des archives en cette ère numérique

par

 publié le 30 avril 2014 à 11 h 51

 

Source Wikicommons, Hannes Grobe.

Source Wikicommons, Hannes Grobe.

TMZ rapportait la semaine dernière qu’un ancien producteur de Jay-Z, Chauncey Mahan, aurait comploté pour extorquer de l’argent au célèbre rappeur. Mahan avait en sa possession des bandes maîtresses enregistrées entre 1998 et 2002 que l’on croyait disparues. Mahan demandait 100 000 $ pour rendre les bandes à l’artiste.

Quelle est la valeur de l’entreposage et de la préservation des archives?

Ces bandes ont une valeur de quelque 15 millions de dollars. Or, le producteur réclamait 100 000 $ pour les frais d’entreposage. Le précieux lot a finalement été récupéré pour 75 000 $ et une enquête est ouverte afin de déterminer s’il s’agissait réellement d’une action criminelle.

Mais comme l’explique Bobby Owsinski sur le site de Forbes, la chose est plus complexe. Si on écarte la question du vol potentiel, il faut tout de même prendre en compte l’effort que demande la préservation de ces archives sonores. Ces enregistrements étaient très probablement sur des bandes analogiques, ce qui implique qu’elles devaient être entreposées dans un lieu adapté aux normes d’archivage du support analogique. Si c’est le cas, le producteur aurait tout à fait raison de vouloir se débarrasser de ces enregistrements et de réclamer une compensation pour les frais encourus.

Que faire de tous ces contenus que l’on produit?

Cette histoire n’est qu’une autre anecdote dans le débat entourant l’archivage de la culture et de la transition de l’analogique au numérique. Il s’agit d’une question très large qui a des implications autant techniques que philosophiques et éthiques. Que faire avec tous ces sons, images et textes produits? Selon YouTube, 100 heures de vidéo seraient téléversées chaque minute et compressées dans un format qui ne conserve pas la qualité intégrale d’origine. Est-ce que cela suffit? Comment choisir ce qui doit être conservé ou non?

Préserver la mémoire et les supports originaux

Ces questions, posées depuis des années et qui n’ont toujours pas de réponse, surviennent également dans un contexte où l’on sabre le budget culturel. Car couper dans la culture ne signifie pas seulement couper les fonds aux artistes : c’est également réduire le budget des organisations dont le mandat est de préserver leurs œuvres. Conserver de la pellicule de film, des bandes audio ou même des livres exige un investissement afin d’assurer des conditions d’archivage idéales. Tous n’ont pas les moyens de Jay-Z pour archiver leurs créations. Les coupures progressives ont un impact direct sur l’histoire artistique.

Lorsque ces questions sont abordées, la réponse simple est que la numérisation est la solution pour faire face au problème d’espace et de température. Ce n’est malheureusement pas le cas. Paolo Cherchi Usai, directeur du National Screen and Sound Archive in Australia, a signé un essai fascinant intitulé « The death of cinema : history, cultural memory and the digital dark age ». En conclusion, il dresse un bilan de tous les problèmes qu’implique la numérisation : perte d’authenticité, impossibilité de tout transférer faute de moyens, mais aussi le fait qu’il n’existe pas de processus ou de normes pour archiver certains contenus comme le jeu vidéo et les œuvres d’art numériques.

La découverte récente d’œuvres de Warhol créées sur un ordinateur Amiga en est un exemple. Personne n’aurait été en mesure d’ouvrir ses fichiers si aucun lecteur de disquette, une technologie considérée vétuste, n’avait été préservé.

La numérisation est une solution, mais de toute évidence ce n’est pas encore la solution à tous les problèmes.

 

histoires

Moitié nouveau média, moitié maison d’édition, la jeune entreprise montréalaise Inouï lance aujourd’hui ses premières « histoires incroyables mais vraies », que les francophones de partout dans le monde pourront lire et regarder sur leurs tablette, ordinateur, téléphone intelligent ou liseuse électronique. Portrait d’une entreprise qui a su profiter judicieusement des outils technologiques mis à la disposition des entrepreneurs en 2014.

De courtes histoires, sur toutes les plateformes
Inouï offre dès aujourd’hui cinq courtes histoires, vendues 2,99 $ l’unité. Même si les trois cofondateurs de l’entreprise sont issus du milieu journalistique, ces histoires sont bien loin des articles que l’on trouve habituellement dans les magazines.

« Ce n‘est pas un produit journalistique », estime Marc-André Sabourin, cofondateur d’Inouï et lui-même auteur de l’une des premières histoires, Le maître de l’intox. « Oui, nos histoires sont vraies, et il y a un gros travail de recherche derrière, mais on a plutôt l’impression de lire un court roman d’une quarantaine de pages », explique-t-il.

Les histoires sont présentement accessibles à partir du web, mais une application mobile iOS devrait aussi être lancée au cours des prochains jours. Il sera également possible de les acheter à partir des librairies numériques Amazon et Kobo.

« Nous voulons rejoindre les lecteurs où ils se trouvent déjà », explique le journaliste indépendant que l’on peut régulièrement lire dans L’actualité.

Multimédia, mais avec modération
Les histoires d’Inouï intègrent différents contenus multimédias, comme des cartes géographiques, des photos et des vidéos.

« Le multimédia n’est jamais imposé au lecteur, précise toutefois Marc-André Sabourin. C’est donc à lui de décider s’il veut le consulter ou non. On doit encore perfectionner l’intégration de ce contenu, mais je crois qu’on a trouvé un bon juste milieu », estime le cofondateur.

Utiliser une plateforme existante
masab

Comment une jeune entreprise composée uniquement de journalistes – Simon Coutu et Hervé Juste sont les autres cofondateurs d’Inouï – est-elle parvenue à lancer une entreprise offrant à la fois une application mobile et un site performant, permettant d’acheter et de lire les histoires sur n’importe quelle plateforme?

En profitant de Creatavist, un outil développé par l’entreprise américaine Atavist pour permettre aux éditeurs de publier leurs propres histoires multimédias.

« Notre produit, ce sont les récits. Nous vendons des histoires, pas une plateforme », explique Marc-André Sabourin. « Si nous avions eu à créer ça de toutes pièces, nous aurions perdu un temps fou que nous n’aurions pas pu investir dans nos histoires. »

« Souvent, les jeunes entreprises veulent développer leurs propres technologies, mais il y a énormément de solutions géniales qui existent déjà, qui sont moins dispendieuses et qui offrent en plus un service après-vente », ajoute-t-il.

L’adaptation de la plateforme d’Atavist n’a pas été facile pour autant, et un programmeur aurait certainement été un atout intéressant dans l’équipe, mais il est difficile à imaginer comment l’entreprise telle qu’on la connaît aurait pu être montée de toutes pièces, avoue le cofondateur.

Un bon financement socioparticipatif
L’utilisation d’une plateforme existante n’est pas le seul outil dont les trois partenaires ont profité avant de fonder Inouï. Ceux-ci ont aussi organisé l’année dernière une campagne de sociofinancement via le site Indiegogo.

« Nous avons obtenu près de 13 000 $ sur un objectif de 10 000 $ », raconte Marc-André Sabourin. Bien plus qu’un outil financier, Indiegogo était également un outil marketing, qui a permis au projet de faire parler de lui, mais aussi de mesurer l’intérêt du public.

« Avant de mettre plus d’argent dans le développement avancé de ton projet, tu peux savoir s’il y a une grosse demande ou non. Pour nous, ça s’est super bien passé, et on le referait sans hésiter », explique-t-il.

Un marché sous-évalué
histoire

Les médias n’ont pas exactement le vent dans les voiles depuis quelques années, mais Marc-André Sabourin est optimiste pour l’avenir d’Inouï.

« Le marché des livres numériques sous les 5 $ est relativement mince, alors je crois que les distributeurs voudront mettre nos produits de l’avant », précise-t-il.

« Je suis aussi convaincu que le marché de la lecture numérique est sous-estimé par les éditeurs. Et dans tous les cas, il est certainement mal desservi », estime le journaliste. Selon ce dernier, les courtes histoires d’Inouï répondent aussi aux besoins des lecteurs modernes.

Pour l’instant, Inouï offre cinq histoires, soit une originale et quatre traductions. L’entreprise compte ensuite lancer une nouvelle histoire aux deux mois, en offrant de plus en plus d’histoires originales.

Dans une recommandation au gouvernement australien, qui a été révélée ce matin par le site TorrentFreak, Google prévient les élus que toutes mesures antipiratage draconiennes pourraient s’avérer contre-productives (document original).

lettregoogleaustralie

À la place, propose Google, le gouvernement australien devrait promouvoir de nouveaux modèles d’affaires. Le piratage en ligne existe, dit Google, parce qu’il y a un problème de disponibilité des contenus légaux. Rendez accessibles les contenus légaux, à un coût raisonnable, et le téléchargement illégal devrait se tarir.

Dans ce sens, suggère Google, il est plus profitable pour un gouvernement d’encourager les nouveaux modèles d’affaires que de monter un programme répressif.

Le cas de la France

En France, un tel programme répressif s’est avéré inefficace. Le programme Hadopi (8,5 millions d’euros en 2013) a envoyé un million de courriels d’avertissements aux internautes qui auraient téléchargé illégalement des contenus. Plus de 140 000 lettres recommandées (à 4,19 euros/pièce) ont aussi été envoyées.

De tout ça,  ce sont entre 20 et 30 dossiers qui ont été examinés. Une seule personne a été condamnée (à une peine d’amende de 150 euros).

Hadopi

La voie de la répression n’est pas la moins coûteuse.

Un chantier pour occuper l’espace

Un chantier spécifiquement sur le droit d’auteur, comme prévu dans le plan stratégique culturel québécois déposé la semaine dernière, réfléchira à la façon d’occuper l’espace avec une offre numérique, selon des paramètres à déterminer.

Ce chantier sur le droit d’auteur sert à créer un lieu de concertation pour « proposer des solutions visant au respect du droit d’auteur en matière de diffusion dans l’univers numérique ».

Il est donc intéressant d’être à l’écoute de ce qui se fait ailleurs. Car emprunter une voie qui viserait à occuper l’espace par une surveillance des gens ne me semble pas une façon de se projeter correctement dans l’avenir.

Un chantier pour « occuper l’espace numérique » avec les contenus québécois doit développer les conditions pour qu’ils soient avant tout accessibles et à bon prix.

Martin LessardLa Presse+, changement de culture

par

 publié le 25 mars 2013 à 12 h 46

Le  journal La Presse va lancer son « projet iPad », La Presse+. Le virage numérique du grand quotidien montréalais table sur le tout-en-ligne, le gratuit et le tactile.

« Ça passe ou ça casse », résumait Stéphane Baillargeon dans Le Devoir de ce matin.

Les lecteurs de Triplex le savent, car on en avait déjà discuté ici il y a deux ans, ramener toute l’info sur un écran de 10 pouces ne se résume pas à un défi de mise en page, ni de programmation.

Le défi est de rester présent à l’esprit du lecteur dans un océan de contenu disponible au bout des doigts.

De ce côté, les gens à La Presse ont montré qu’ils réussissent somme toute assez bien. Leurs chroniques et leurs nouvelles sont régulièrement reprises et citées en ligne.

Le mur de l’écran

L’autre défi qui se pose maintenant devant la mutation de La Presse repose sur la différence de culture entre le papier et l’écran tactile.

Je vous avais fait part récemment de la montée irrésistible et omniprésente des écrans comme accès au monde. La sortie prochaine de La Presse+ n’est qu’une façon de dire que le quotidien en a pris acte.

Mais, sous-jacente aux écrans, une culture de l’image vient se buter à la culture de l’écrit.

Les deux cultures ne s’opposent pas nécessairement. Mais elles ne relatent vraiment pas le monde de la même façon.

Les mots alignés linéairement appellent certaines fonctions cognitives, alors qu’une image animée en appelle d’autres. Les journalistes télé le savent très bien.

Mais ajoutez à cela tout ce qu’on sait des effets cognitifs de l’hypertexte sur la lecture profonde et vous avez une culture aux antipodes de l’écrit linéaire.

Relation non linéaire

La transformation apportée par la culture de l’écran, amorcée avec la télé et perpétuée par Internet, est quelque chose de différent en soi.

« Il faut comprendre, dit Hubert Guillaud sur le blogue Internet Actu, en citant Serge Tisseron, directeur de recherche à l’Université Nanterre-Paris Ouest, que la culture numérique introduit une révolution dans la relation au savoir, dans la relation aux apprentissages, dans le fonctionnement psychique et dans les liens et la sociabilité. »

La culture de l’écrit, poursuit Guillaud, implique une forme d’écoute à sens unique, d’un auteur vers un lecteur. La culture des écrans, c’est le contraire : plusieurs écrans ou fenêtres, plusieurs spectateurs, plusieurs créateurs, plusieurs tâches en parallèle, inachevées et provisoires.

Saturer l’attention

Les médias observeront attentivement l’expérimentation de La Presse comme une mutation du modèle d’affaires de la presse papier vers la tablette tactile.

J’aurais plutôt tendance à y voir une opération à coeur ouvert où on fait passer les journalistes d’une culture de l’écrit à une culture de l’écran.

En passant au tout numérique, il ne s’agit pas de transférer des mots du papier vers des bits (c’est déjà fait avec le site web). Nous assistons en fait à un transfert d’un journalisme qui s’adresse à une intelligence séquentielle vers une narration multiple qui doit saturer l’attention.

Un peu comme le fait le jeu vidéo, une émission de télévision ou une navigation à vue sur le web.

Ce n’est plus simplement une migration de contenu vers une application gratuite.