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Martin LessardL’illusion de sécurité en ligne

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 publié le 23 juillet 2015 à 15 h 13

Ciel! Les données de mon mari!

Le piratage du site de rencontre AshleyMadison.com, cette semaine, soulève de nouveau la question de la conservation et de la sécurité des données personnelles.

Ce site qui favorise les rencontres extra-conjugales a vu sa base de données de 37 millions de membres se faire pirater.

Pour mettre ce chiffre en perspective, c’est davantage que la population du Canada au complet.

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Le site se vante d’être très pointilleux sur la discrétion et l’anonymat, et maintenant, les pirates menacent de divulguer tous les noms en ligne.

Si un site qui met la vie privée au coeur de ses préoccupations se fait ainsi voler ses précieuses données, le doute s’installe quant à la réelle sécurité des données en ligne.

En tout cas, 37 millions de personnes vont peut-être le découvrir à leurs dépens.

Et vous n’avez rien vu encore

AshleyMadison.com n’est que la dernière d’une longue liste de cas de piratage de données personnelles.

Même le gouvernement américain a vu ses propres serveurs (ceux du Office of Personnel Management) se faire pirater, exposant ainsi 21 millions de dossiers personnels, a-t-on appris récemment.

Ces dossiers sont des enquêtes sur les antécédents des employés de l’État américain. Ils contiennent pratiquement tout sur leur vie en raison de la position critique qu’ils occupent dans l’organisation.

Le doute quant à la réelle sécurité des données en ligne se transforme maintenant en désespoir.

Les données sont-elles en sécurité en réseau? Tout ce qui est connecté est-il voué à être piraté un jour? Il semble que oui, et ce n’est qu’une question de temps.

Est-ce qu’on peut se rassurer avec les développements à venir?

Un journaliste de Wired a expliqué cette semaine comment sa voiture a pu être contrôlée à distance par des (amis) informaticiens.

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Le journaliste a demandé à deux collègues de trouver un moyen de pirater sa voiture connectée. Ils ont réussi à arrêter sa voiture en plein milieu de l’autoroute.

La leçon est claire.

Cette société hyperconnectée dans laquelle nous entrons à toute allure est une passoire où les petits malins du clavier s’amuseront comme des petits fous.

En particulier cet Internet des objets qui se construit tout autour de nous. À moins d’un changement majeur dans sa façon de fonctionner, il ne sera pas plus sécuritaire que l’Internet des humains — et même potentiellement plus dangereux.

C’est ce qui explique pourquoi Symantec et Frost Data Capital ont annoncé, cette semaine, qu’elles allaient inclure dans leur incubateur de jeunes entreprises web ayant comme principale mission de chercher des solutions pour augmenter la sécurité de l’Internet des objets.

À ces menaces de dévoilement massif d’infidélités s’ajoutera, un jour, le sabotage massif d’objets connectés dans notre entourage immédiat. Le premier fait des coeurs brisés, le second brisera peut-être des vies. L’enjeu est aussi simple que ça.

Notre dépendance au réseau nuira peut-être à notre santé. Faudra-t-il coller un avertissement sur les routeurs vendus au pays?

Catherine MathysPeut-on encore sauver le web?

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 publié le 17 juillet 2015 à 13 h 01

Hossein Derakhshan ne reconnaît plus le web. Ce pionnier du web en Iran est le fondateur de l’un des premiers blogues en farsi. Il y a quelques années, il enregistrait près de 20 000 visites par jour sur sa page. Il connaissait le web, et le web le connaissait.

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Celui qu’on surnommait « le parrain du web » écrivait ses critiques du régime iranien à partir du Canada, où il étudiait la sociologie à l’Université de Toronto. Il a immigré ici quand le journal où il travaillait a été fermé par les autorités iraniennes. Il est devenu, par la suite, citoyen canadien. Dès 2001, il incitait les Iraniens à créer leurs propres sites. Une blogosphère iranienne est née, et le mouvement de protestation du pays a développé sa voie en ligne.

Puis, le blogueur a disparu. De la toile et du monde libre. Il a été emprisonné en 2008 pour une longue liste de motifs, dont la propagande contre le régime en place, la promotion de groupes révolutionnaires et des insultes à la religion. Détenu depuis deux ans, c’est en 2010 qu’il reçoit une sentence de 19 ans et demi de prison, qui sera plus tard réduite à 17 ans. Il a finalement été gracié par l’ayatollah Ali Khamenei après six ans de prison en novembre dernier.

Après six ans loin du web, il redécouvre une toile transformée. Et pas pour le mieux. Cette semaine, sur le site Medium, il décrit un web qu’il ne connaît plus et explique comment les changements qu’il constate devraient nous préoccuper. Voici les grandes lignes de ce long texte.

Comment tout a changé, et le web aussi

Bien sûr quand on retrouve la liberté après six ans de prison, tout a changé. Pour Derakhshan, tout est à redécouvrir, les sons, les odeurs, les couleurs de Téhéran, la ville qu’il connaissait pourtant si bien. Deux semaines après sa libération, il se remet à écrire. Et c’est là qu’il constate le plus de changements. Si six ans en prison, c’est une longue période de temps, écrit-il, c’est une ère entière sur le web.

Écrire sur le web n’a pas changé en soi. C’est la lecture, ou plutôt, la tentative d’être lu, qui a complètement changé. Il a vite compris qu’il devait passer par les médias sociaux pour amener les gens à ses textes. Il met un lien sur Facebook. Trois « j’aime ». Trois. Il a réalisé alors que tous ses efforts passés s’étaient évanouis, que son statut privilégié avait disparu. Il n’existait plus sur le web.

Les blogueurs, ces premières rock stars du web

En 2008, les blogueurs étaient les rock stars du web, selon lui. Lui-même au sommet de sa popularité, il se sentait comme un roi. Les gens, dit-il, lisaient ses billets attentivement, les commentaires étaient pertinents, même ceux des gens qui n’étaient pas d’accord.

À l’époque, rappelle-t-il, il n’y avait pas vraiment d’applications au sens où on l’entend aujourd’hui. Pas d’Instagram, pas de SnapChat, pas de Viber, pas de WhatsApp. Mais des blogues, beaucoup de blogues. C’est là que vivaient la pensée des gens, les nouvelles, les analyses.

Ce sont les événements du 11 septembre qui l’ont encouragé à démarrer un blogue, pour tenter de comprendre ce qui se passait. Il a même publié un guide pour aider d’autres internautes à faire comme lui. Il s’est vite forgé une réputation. Il était devenu une référence en Iran. Même à partir du Canada. Les blogues lui permettaient de rester en contact avec la réalité de son pays.

L’hyperlien, une monnaie d’échange

Derakhshan raconte qu’avant son emprisonnement, l’hyperlien était véritablement une monnaie d’échange. Pour lui, l’hyperlien représentait l’esprit ouvert, libre mais interconnecté du web. C’étaient les artères d’un réseau décentralisé. C’était des fenêtres dans la vie de gens qu’on ne connaissait pas, des ponts entre des points de vue divergents. Depuis sa sortie de prison, il constate la quasi-obsolescence de l’hyperlien.

De nos jours, l’hyperlien n’est qu’un autre objet du web, au même titre qu’une photo, qu’un texte ou autre. Selon lui, l’hyperlien n’a plus les pouvoirs qu’il a déjà eus. Il est plutôt relégué à une forme d’objectivation à la recherche de toujours plus de « j’aime ». Selon Derakhshan, les hyperliens sont les yeux du web. Une page sans hyperliens ne peut pas voir ce qui se passe en dehors de son univers fermé. Ce genre de changement a de grandes conséquences sur l’équilibre des pouvoirs en ligne.

Les nouveaux rois du web

Quand des sites comme Google ou Facebook permettent de lier des pages entre elles, ce sont elles qui redistribuent leur pouvoir à travers les liens des autres. Et la plupart du temps, ces réseaux sociaux nous encouragent à rester dans leur univers, ils limitent l’interaction avec le reste du web. Des initiatives comme Instant Articles, qui permet aux médias de publier directement leurs articles sur Facebook, en sont une illustration tangible. La conséquence, écrit-il, est que les pages web qui existent en dehors des médias sociaux se meurent.

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Derakhshan avait déjà remarqué le déclin du pouvoir des hyperliens avant son incarcération. Ils sont victimes, dit-il, du désir de nouveauté et de popularité. C’est la philosophie du flux. C’est comme ça qu’on se nourrit maintenant sur le web, à travers un flux continu d’information colligée par des algorithmes tenus secrets.

Ce que le flux implique, c’est qu’on n’a plus besoin de se rendre sur autant de sites, d’ouvrir autant d’onglets. On aurait même, dit-il, de moins en moins besoin d’un navigateur. Vous ouvrez Facebook ou Twitter et la montagne vient à vous. Les algorithmes ont choisi ce que vous alliez voir, selon votre historique ou celui de vos amis. Plus besoin de perdre son temps à chercher. Et dans un système de votation incarné par les « j’aime », les étoiles, les cœurs, c’est le statut de la personne qui va souvent l’emporter sur la substance de l’écrit.

Le règne de la nouveauté et de la popularité

Dans ce nouvel écosystème, la nouveauté et la popularité sont importantes. Les algorithmes nous servent donc souvent ce que nous avons déjà aimé. Toujours plus du même. Derakhshan s’inquiète de voir les sites de nouvelles organiser leur contenu selon ce même principe. Il ne mâche pas ses mots. Pour lui, cette façon de faire est une trahison profonde de la diversité qui accompagnait la vision originelle du web.

Selon Derakhshan, il ne fait aucun doute qu’il y a moins de diversité de thèmes et d’opinions sur le web aujourd’hui qu’avant son emprisonnement. Et le pouvoir qu’ont les nouveaux rois d’Internet, les réseaux sociaux, l’inquiète. Les blogues nous permettent de conserver les archives de nos écrits. Mais qu’en est-il si Facebook ou Twitter ne sont plus accessibles? Derakhshan pense surtout aux régimes comme celui en place en Iran qui pourraient décider de bloquer l’accès à ces services américains.

La centralisation de l’information à l’ère des réseaux sociaux a aussi une autre conséquence, souligne-t-il. Elle nous rend vulnérables dans notre relation aux gouvernements et aux grosses entreprises. La surveillance de nos activités sur le web est là pour rester. Autant s’y habituer. Et les pays qui ont de bonnes relations avec les Facebook et Twitter de ce monde en savent beaucoup plus long sur leurs citoyens que des pays comme l’Iran, qui pourtant contrôlent beaucoup plus l’accès à Internet. Ironique, n’est-ce pas? Quand Facebook vous connaît mieux que votre conjoint après 300 « j’aime », c’est que vos activités en ligne sont prévisibles. Pour Derakhshan, prévoir, c’est contrôler.

La disparition du texte

Mais Derakhshan termine sa réflexion en se demandant si son inquiétude est véritablement bien dirigée. Le plus grave n’est peut-être pas la mort de l’hyperlien ou même la centralisation de l’information. C’est peut-être la mort du texte. Il remarque à quel point le web est devenu le royaume de la vidéo. Il y a de moins en moins à lire et de plus en plus à visionner.

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Mais qu’est-ce qui est venu en premier? Les gens ont-ils changé leurs habitudes ou est-ce les réseaux sociaux qui ont changé les règles? On ne serait plus tant dans un « Internet-livre » qu’un « Internet-télévision ». Et ce dernier est beaucoup plus linéaire, passif, programmé et centré sur lui-même que le premier, décrie-t-il. Facebook est devenu une télévision personnelle avec une multitude de vidéos qui jouent toutes seules. Et nous restons captifs à l’intérieur du réseau social, qui continue de nous offrir ce qu’on pourrait aimer.

Ce n’est pas pour ce web-là que Derakhshan est allé en prison. Ce n’est pas l’avenir du web, selon lui. Si le web était jadis suffisamment puissant pour l’envoyer derrière les barreaux, il y voit maintenant essentiellement une source de divertissement. L’Iran ne prend même pas la peine de bloquer Instagram. Ce genre de site n’est pas pris au sérieux.

Derakhshan est nostalgique d’un web qui n’a pas peur des opinions divergentes et des longs textes qui ne prenaient pas autant de temps à écrire qu’à relayer sur les réseaux sociaux. Il faut sauver le web, dit-il. Qu’en pensez-vous?

Maxime JohnsonBeats 1 : cinq réflexions sur la radio d’Apple

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 publié le 2 juillet 2015 à 11 h 33

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Apple a lancé mardi Beats 1, sa radio Internet diffusée en direct et en continu à partir de Londres, de New York et de Los Angeles. Cette composante gratuite du service musical par abonnement Apple Music est une aventure particulière, unique dans l’univers de « la Pomme ». Voici cinq réflexions sur cette radio aux ambitions mondiales.

Beats 1 est la radio de l’Internet
Beats 1 n’est peut-être pas la radio du monde, mais elle est certainement, déjà, la radio de l’Internet. Il suffit de quelques heures d’écoute tout en suivant le mot-clic #beats1 sur Twitter pour réaliser à quel point la radio d’Apple pourrait devenir quelque chose de rassembleur sur le web, où des milliers d’internautes discuteront des choix des DJ et où les entrevues auront un effet instantané. Aucune radio en direct du genre ne peut en dire autant jusqu’ici.

Avec Beats 1, l’entreprise semble déterminée à relancer un esprit de communauté autour de sa marque, quelque chose qui s’est un peu estompé depuis la mort de Steve Jobs et, surtout, depuis qu’Apple est un peu passée de David à Goliath dans l’imaginaire collectif.

Le fait qu’il est possible d’y faire des demandes spéciales – un concept pourtant archaïque considérant qu’Apple Music permet d’écouter plus de 30 millions de pièces à la carte – est certainement un bon indicateur de cet esprit communautaire.

Une programmation variée et souvent à point
Côté musique, c’est une programmation variée qu’offre Apple Music, avec un penchant toutefois pour le hip-hop et pour le rock indépendant, mais la musique électronique grand public est aussi au menu. Si on peut sentir certaines tendances au sein des émissions, on doit aussi souligner que les DJ changent drastiquement de genre en passant d’une pièce à l’autre, tout en conservant une bonne cohésion.

Plusieurs émissions sont particulièrement efficaces pour nous faire découvrir de la nouvelle musique (on pense à celle de l’ancien DJ de BBC 1 Zane Lowe), tandis que d’autres ressortent des classiques, ou encore d’anciennes pièces méconnues. Ces deux derniers points rappellent notamment les listes de l’application Songza, un autre service où la musique est choisie par des humains plutôt que par des algorithmes.

Musicalement, Beats 1 ne sera peut-être pas pour tout le monde, mais une chose est certaine, personne ne pourra qualifier la radio d’Apple de « pépère ». Au contraire, sa programmation est des plus branchées.

Une forme archiclassique
Si la proposition musicale de Beats 1 se démarque, on regrette toutefois rapidement sa forme calquée sur les radios commerciales, avec les animateurs qui parlent en même temps que la fin des pièces et qui ressassent des « You’re listening to Beats 1 », « Always on » et autres trucs du genre sur des ambiances sonores hyperactives.

Au moins, la publicité y est minimale, avec seulement le nom des principaux commanditaires qui est rappelé de temps à autre, mais personne n’invente rien ici. Notons que ce n’est pas forcément un reproche, mais plutôt un constat.

Un logiciel correct, qui pourrait être amélioré
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Il est possible d’écouter Beats 1 sur un ordinateur, par iTunes, ou encore avec l’application mobile Apple Music, une exclusivité iOS pour l’instant qui devrait aussi être offerte sur Android à l’automne. À partir d’iTunes, les options sont un peu plus limitées (Beats 1 s’affiche comme la station principale dans le nouvel onglet Radio du logiciel d’Apple), mais à partir de l’application Apple Music, le tout est un peu mieux.

Il est alors possible d’aimer et de créer des stations à partir des chansons qui passent à la radio à un moment précis – plus facilement qu’à partir d’iTunes – et on peut accéder aux dernières émissions de nos animateurs préférés, sous forme de baladodiffusion.

Ce dernier volet est particulièrement intéressant, et bien intégré dans l’application, puisqu’il permet en plus de réécouter les pièces diffusées par l’entremise d’Apple Music. L’interface en général est toutefois un peu confuse, et il est difficile d’obtenir facilement l’horaire de la radio.

Pour une radio conçue par un géant des technologies en 2015, et jouée à partir de téléphones intelligents puissants, on se demande si Apple n’aurait pas pu innover un peu plus. Beats 1 est une radio diffusée sur Internet, qui ne profite pas vraiment de la technologie pour réinventer le média. Est-ce mieux ainsi, ou est-ce une occasion ratée? Je l’ignore, mais la question vaut la peine d’être posée.

Un concept très ethnocentrique
La plus grande faiblesse de Beats 1 est intrinsèque au concept même de la radio d’Apple.

Beats 1 se veut une radio mondiale. Toutefois, c’est une radio mondiale anglophone, avec des racines fermement ancrées dans les cultures britanniques et américaines. Si Beats 1 est la vision que se fait Apple du monde, il s’agit d’une vision hautement ethnocentrique.

La radio d’Apple mélange à merveille la culture américaine noire et la scène musicale britannique, mais personne ne va confondre Beats 1 avec une chaîne de musique du monde. La question linguistique, évidemment, pose aussi problème.

Est-ce qu’un éventuel Beats 2 pourrait un jour répondre à ce besoin, avec une programmation plus internationale, dans laquelle des émissions locales géolocalisées pourraient être intercalées, par exemple (quelque chose qui serait techniquement facile à faire pour Apple)?

Voilà qui irait un peu à l’encontre de l’idée derrière Beats 1, mais qui pourrait certainement permettre de rejoindre ceux qui ne se retrouveront pas dans la nouvelle radio d’Apple.

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Apple a dévoilé hier Apple News, une nouvelle application mobile permettant d’afficher des articles dans un format riche, avec une belle mise en page, une typographie personnalisée et des photos, le tout d’une façon fluide et adaptée aux appareils mobiles d’Apple. L’application, qui rappelle beaucoup Facebook Instant Articles lancé il y a quelques semaines, est prometteuse, mais un constat s’impose : une norme ouverte aurait dû répondre à ce besoin.

Car si News et Instant Articles permettent avant tout à Apple et à Facebook de récolter une part des profits des éditeurs grâce à la publicité vendue avec ces articles par leurs propres agences, les deux services répondent aussi à un besoin.

On parle ici du besoin d’une plateforme native, simple pour les créateurs, fluide, capable de regrouper des articles de différents médias et de présenter le tout d’une façon agréable. Apple News et Facebook Instant Articles en sont encore à leurs premiers balbutiements, mais déjà, les deux plateformes semblent répondre à cette demande – mieux que ce qu’il serait possible de faire avec seulement du web adaptatif, par exemple.

Elles le font toutefois d’une façon qui force les éditeurs et les blogueurs à s’adapter à plusieurs formats, et en s’assurant que les Apple, Facebook et compagnie soient celles qui détiennent ultimement le contrôle des formats, des changements qui y seront apportés, de la monétisation et des règles pour y participer (notons que le format DSP d’Adobe, utilisé par de nombreux magazines sur tablettes, pourrait aussi être ajouté à cette liste).

C’est dommage. Car le web s’étant développé d’une façon ouverte et accessible à tous et permettant ainsi à une multitude d’entreprises de croître, ce web mobile nouveau genre aurait lui aussi dû être ouvert.

RSS 3.0?
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Certains noteront que la norme RSS répond déjà en partie à ce besoin. Chaque site peut offrir son contenu d’une façon simple et accessible, et d’autres outils permettent ensuite de réunir les articles des différents médias et de les consulter sur un appareil mobile d’une façon un peu plus appropriée. D’ici à ce que son Apple News Format soit prêt, Apple utilise d’ailleurs le RSS pour diffuser les articles dans son service.

Le RSS n’offre toutefois pas la richesse de mise en page des News et Instant Articles. Est-ce qu’une version mise à jour du RSS pourrait régler la situation? Peut-être.

Une chose est certaine, ce n’est toutefois pas ce qu’avait en tête Aaron Swartz, l’un des concepteurs de la norme, pour la prochaine mise à jour du RSS. Dans un billet sur son blogue détaillant ce qu’allait être le RSS 3.0, Aaron Swartz décrivait en fait avant sa mort l’exact opposé de ce qu’offrent Apple et Facebook.

« N’importe quel internaute intelligent ne veut que du texte », expliquait Swartz après s’être révolté contre l’utilisation du HTML dans les courriels.

Le RSS 3.0 allait plutôt retourner aux sources du « Really Simple Syndication », le protocole le plus simple possible.

Besoin d’une nouvelle norme
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Peu importe que ce soit le RSS ou non, le web mobile a besoin d’une nouvelle norme ouverte qui pourrait répondre aux mêmes besoins des formats Apple News et Facebook Instant Articles (ou du moins offrir les mêmes avantages, pour ceux qui considèrent le mot « besoin » un peu exagéré).

Un format que d’autres applications mobiles et même les navigateurs web pourraient utiliser, et qu’Apple et Facebook finiraient par adopter à leur tour. Un format qui permettrait autant aux sites web de particuliers qu’aux éditeurs d’offrir une version riche et rapide de leurs articles, sans devoir les convertir individuellement pour Apple, Facebook et tous les autres qui suivront forcément, et sans courir le risque qu’un changement unilatéral d’une entreprise vienne ensuite briser leur modèle d’affaires.

Et tiens, je propose même le nom pour cette nouvelle norme : pourquoi pas RRS, pour « Really Rich Syndication »?

Reste à voir si quelqu’un aura l’audace et les moyens pour le faire et, surtout, pour le promouvoir adéquatement, ce qui n’est certainement pas gagné d’avance.

Maxime JohnsonLes dix nouvelles à retenir du Google I/O 2015

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 publié le 28 mai 2015 à 16 h 00

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La grande conférence annuelle pour développeurs de Google débute aujourd’hui à San Francisco. Comme à l’habitude, le géant de l’Internet a profité de sa présentation d’ouverture pour faire plusieurs annonces, qui devraient intéresser autant les développeurs que les utilisateurs des produits de l’entreprise. Voici les dix plus importantes.

Android M : améliorations en profondeur
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Google a dévoilé, lors de l’événement Google I/O 2015, son futur système d’exploitation mobile Android M. Le système devrait offrir plusieurs améliorations en profondeur selon l’entreprise, plutôt que de se concentrer sur de nouvelles fonctionnalités flamboyantes.

Du lot, on retient notamment qu’il sera désormais possible de choisir spécifiquement quelles permissions seront accordées aux applications Android (pour empêcher un clavier de se connecter à l’Internet, par exemple), qu’Android gérera désormais les lecteurs d’empreintes digitales et qu’un nouveau mécanisme permettra de détecter lorsqu’un appareil n’est pas utilisé afin de le mettre dans un état de veille plus profond et de doubler son autonomie en veille.

Une version d’essai d’Android M est offerte dès maintenant pour les développeurs, mais le système d’exploitation ne sera lancé officiellement qu’en fin d’année.

Android Wear : quelques petites améliorations
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Voilà maintenant un an que Google a dévoilé son système d’exploitation pour montres connectées Android Wear. La prochaine version devrait offrir quelques nouveautés pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Il sera par exemple possible de secouer son poignet pour faire défiler ses notifications, afin de les consulter sans toucher à sa montre.

Google a aussi profité de l’occasion pour fournir quelques statistiques sur son système d’exploitation portable, comme la quantité d’applications disponibles, qui dépasse désormais les 4000.

Brillo : Google et l’Internet des objets
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Comme prévu, Google a dévoilé brièvement Brillo, sa nouvelle plateforme pour l’Internet des objets. Brillo est à la fois un système d’exploitation allégé dérivé d’Android, mais aussi un protocole, Weave, pour permettre aux objets de « parler » entre eux. Brillo devrait être lancé vers la fin 2015.

Google Now : plus facile à personnaliser
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La fonctionnalité Google Now, qui permet à Google d’envoyer des informations pertinentes à ses utilisateurs (comme l’heure à laquelle ils doivent partir pour arriver à temps à un rendez-vous, la météo à la sortie de l’avion, etc.) deviendra plus intelligente cette année, puisqu’elle répondra à nos questions en prenant en considération l’application utilisée à ce moment. Si on écoute une chanson de Skrillex dans Google Play Music, il sera par exemple possible de simplement demander : « Quel est son vrai nom? », pour obtenir une réponse.

Grâce à Now on Tap, il sera aussi possible d’ajouter soi-même des informations à Google Now, simplement en appuyant sur le bouton central de son téléphone Android d’une façon prolongée, ce qui devrait permettre de personnaliser son expérience un peu plus.

Dans un courriel où l’utilisateur discute de restaurants, Now on Tap permettra par exemple d’afficher automatiquement les fiches de tous les établissements mentionnés. La fonctionnalité sera mise en service plus tard cette année, avec Android M.

Google Maps : bientôt hors ligne
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Google permet déjà de sauvegarder certaines cartes hors ligne dans Google Maps, mais le tout est assez limité. Une mise à jour de son application plus tard cette année devrait ajouter plusieurs fonctionnalités importantes au service en mode hors ligne, sans connexion Internet, notamment la possibilité de faire des recherches (ce qui est étonnamment impossible présentement) et d’activer la navigation vocale.

Google Play : des nouveautés pour la famille et les développeurs
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Les développeurs pourront désormais créer leur propre page pour afficher dans la boutique Google Play, ce qui devrait leur permettre de mieux promouvoir leur contenu. Pour les utilisateurs, notons que Google devrait lancer prochainement une version de sa boutique spécialement conçue pour la famille, qui affichera seulement les applications appropriées, et qui permettra de naviguer par personnage, afin, par exemple, de consulter toutes les applications avec Dora, ou avec Caillou.

Google Photos : toutes vos photos en ligne, gratuitement
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Le nouveau produit le plus important dévoilé aujourd’hui est probablement Google Photos, un nouveau service de Google qui permet de sauvegarder toutes ses photos (jusqu’à 16 mégapixels) et ses vidéos (jusqu’à 1080p) en ligne, et ce, gratuitement.

Google Photos se démarque aussi par une interface efficace pour naviguer dans ses archives, et pour consulter ses clichés en fonction des personnes qui s’y retrouvent ou du lieu où ils ont été enregistrés. Le partage de photos (autant avec les autres utilisateurs du service qu’avec ceux qui ne possèdent pas de compte Google) semble aussi particulièrement efficace.

Voilà qui pourrait faire très mal à Flickr, qui venait tout juste d’améliorer son application mobile. Google Photos est offert dès maintenant sur le web, sur Android et sur iOS.

Google Cardboard VR : maintenant sur iOS
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Google a dévoilé une version mise à jour de ses lunettes de réalité virtuelle en carton, Cardboard VR. Celles-ci sont désormais compatibles avec les téléphones de six pouces, et peuvent être assemblées en trois étapes seulement.

Autre nouveauté plus intéressante maintenant, elles sont désormais officiellement compatibles avec les iPhone, ce qui pourrait aider à faire augmenter leur popularité.

Déjà 1 million de lunettes Cardboard VR seraient en circulation dans le monde, selon Google.

Google Expeditions : classes vertes virtuelles
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L’enseignement est un secteur visé par Google avec ses lunettes Cardboard VR. Avec Google Expeditions, l’entreprise permet aux élèves d’effectuer une visite virtuelle de certains des endroits les plus célèbres au monde.

Google Jump : un outil pour créer des vidéos en réalité virtuelle
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Il est pour l’instant assez complexe, et assez dispendieux, de filmer en réalité virtuelle. La chose devrait bientôt être plus facile grâce à Google Jump, un outil qui permettra de relier jusqu’à 16 caméras entre elles, et d’automatiser le processus pour synchroniser les différentes vidéos enregistrées. Ces vidéos pourront ensuite être diffusées par l’entremise de YouTube, tout simplement.

Google devrait publier des informations pour permettre à n’importe qui d’assembler différentes caméras entre elles (probablement avec une imprimante 3D), mais GoPro devrait aussi commercialiser un système Jump, pour ceux qui souhaitent acheter une solution complète sans devoir la monter eux-mêmes.