Billets classés sous la catégorie « Internet »

Martin LessardCrew, la plateforme des meilleurs développeurs web

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 publié le 11 avril 2014 à 17 h 02

Ooomf, une compagnie en démarrage de Montréal, offre une plateforme qui permet aux développeurs web ou de mobilité de trouver de talentueux professionnels à la pige. Par les temps qui courent, c’est une denrée très rare.

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La compagnie vient de trouver récemment 2,1 millions de dollars supplémentaires pour se financer et en a profité pour changer le nom de son service pour Crew. Un nom un peu plus simple à retenir.

crew

Ce n’est pas la seule plateforme à offrir l’accès à des ressources humaines (il y a ODesk et Freelancer.com), mais ce qui différencie Crew des autres, c’est que les pigistes présents sur la plateforme sont choisis avec soin (environ 1 personne sur 20 est acceptée).

Ça m’a fait prendre conscience, en voyant les portfolios des pigistes sur la plateforme, qu’il y a aussi beaucoup d’autres bonnes compagnies en démarrage qui se trouvent ici, chez nous.

Je vais commencer la semaine prochaine une courte série de billets de découvertes d’applications faites par des gens de ce coin-ci de la planète.

Martin LessardQui veut voter par Internet?

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 publié le 31 mars 2014 à 15 h 06

Pourquoi, en 2014, ne pouvons-nous pas encore voter par Internet? Si je peux faire des check-in sur Foursquare, des j’aime sur Facebook ou des tweets sur Twitter, pourquoi ne puis-je pas voter pour mon député tout en marchant sur un trottoir?

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La technologique ne serait-elle pas justement un bon moyen de renforcer notre processus démocratique? Petit tour d’horizon.

Les possibles bénéfices d’un vote par Internet

La question est légitime. Au Québec, où on va voter dans une semaine, le Directeur général des élections (DGE) avait déclaré l’an passé étudier la possibilité.

Du point de vue de l’électeur, on peut y voir certainement deux avantages :

  1. Voter est simple comme appuyer sur j’aime sous une photo de chat.
  2. On peut le faire en pyjama, sans devoir aller au bureau de vote.

Mais voter en pyjama ne représente pas en soi une avancée pour l’humanité.

C’est surtout l’idée d’éviter des files d’attente au bureau de vote qui est le véritable bénéfice pour les électeurs. Et pour les personnes à mobilité réduite, voter de chez soi constitue aussi une réelle avancée. De plus, on peut penser que des électeurs de régions très éloignées, comme le Grand Nord, ou ceux qui sont à l’étranger seraient bien servis par un tel service.

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Du point de vue sociétal, les partisans du vote par Internet espèrent augmenter le taux de participation chez les jeunes âgés de 18 à 30 ans.

  • Mais si on se fie à l’expérience de l’Estonie, où le vote par Internet a été instauré il y a une décennie, force est d’admettre que la proportion d’électeurs qui préfèrent ce nouveau mode de scrutin reste encore minoritaire.

Du point de vue organisationnel, un système de vote par Internet semble a priori moins coûteux et plus simple à déployer, sans compter le fait de pouvoir connaître les résultats instantanément à la fermeture des bureaux.

  • Malheureusement, parce que ce ne sont pas 100 % des électeurs qui sont branchés sur Internet, il faudrait  garder en parallèle le système des bureaux de vote.

Faciliter notre devoir de citoyen représente donc un coût supplémentaire.

Les possibles risques d’un vote par Internet

Ceux qui s’opposent au vote électronique citent toujours en premier le risque pour la sécurité :

  1. Problème de virus informatique
  2. Attaque en déni de service (DoS), où des requêtes massives aux serveurs viennent l’empêcher de fonctionner correctement

Imaginez, une grande partie de la population qui n’arriverait pas à se brancher aux serveurs pour voter à temps!

Ces problèmes ne sont pas typiques des votes par Internet et sont potentiellement le lot de tous les serveurs sur le réseau.

Il n’est pas impensable qu’une architecture distribuée de serveurs puisse diminuer grandement le risque de telles attaques. Il semble toutefois que ce ne sont pas ces ennuis techniques qui sont au coeur du problème du vote par Internet.

La confidentialité des votes est au coeur du processus démocratique. Internet, on le sait maintenant, est un repaire d’espions. Il faudrait une véritable connexion cryptée impénétrable pour assurer que personne ne puisse capter votre vote quand il passe dans les tuyaux (aussi appelé attaque de l’homme du milieu).

  • Peut-être pourra-t-on réduire éventuellement ce risque, mais depuis les révélations de Snowden sur le noyautage des logiciels de cryptage, il semble que tout ce qui passe sur Internet est aussi peu confidentiel qu’une carte postale.

L’authenticité de l’identité de l’électeur lui-même est aussi au coeur du processus démocratique. Est-il bien la personne qu’il prétend être?

  • Une solution consiste à donner une carte d’électeur à tous. Comme une carte de crédit, cette carte d’électeur contiendrait les informations qui servent à s’identifier. Protégé par votre code de passe, et combiné à un NIP fourni par le DGE, il serait possible de voter avec un lecteur de carte.

Là où la carte de crédit a besoin de garder toutes les traces des transactions, la carte d’électeur devra faire exactement l’inverse et éviter d’associer un vote à un électeur pour préserver la confidentialité.

En ce moment, le DGE ne croit pas qu’on puisse assurer encore le caractère confidentiel du vote et l’identité des électeurs. On trouvera peut-être des solutions technologiques, mais il existe aussi un problème qui n’est pas technologique en soi : la confiance dans tout ce système.

Trouvez le bogue

Fondamentalement, le vote par Internet n’est pas vraiment une question de matériel, mais de logiciel.

Que ce soit un logiciel propriétaire ou un logiciel libre, l’enjeu fondamental est de vérifier qu’aucun code malicieux ne s’est introduit dans le programme.

On pourrait penser que le logiciel libre aurait ici un avantage (tout un chacun a accès au code, et cette transparence permet de retrouver toutes les manipulations), mais ce n’est pas tout à fait le cas.

Si code malicieux il y a, même si le code ouvert est propre, il peut être introduit à l’étape de la compilation en langage machine. C’est l’étape où on traduit le code, qui est lisible (IF X=1), en langage binaire (000100100010010), beaucoup moins facile à lire pour un humain.

Votez pour l'homme du milieu

Votez pour l’homme du milieu

On pourrait se prémunir contre ce type de détournement (en retraduisant ce code machine en langage de programmation), mais il reste que si c’est sur une application mobile que se fait le vote, une fois qu’elle est distribuée dans le grand public, tout le monde n’a pas les capacités de décompiler un programme.

Il faudrait ne pas distribuer ce type d’application, mais faire voter le citoyen sur un site centralisé (mais reviennent alors les craintes d’attaques de DoS).

Les révélations de Snowden sur la NSA ont montré à quel point les systèmes informatiques ne sont pas à l’abri des détournements (comme l’attaque de l’homme du milieu). Un programme malicieux et discret pourrait toujours entrer en action pour détourner les voix dans ce site centralisé à un moment stratégique, mais rester invisible le reste du temps.

Tout compte fait

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L’informatisation du vote par Internet introduit donc des fragilités dans le processus même de l’élection : il peut y avoir une manipulation massive des votes de façon invisible. Une fraude indétectable qui ne permet pas le recomptage, soupape essentielle pour éviter les accusations de « vol d’élection »…

Même en imaginant un hypothétique bunker informatique parfait, il faudra s’assurer en tout temps que personne de l’intérieur ne laisse entrer de tels codes malicieux dans le système.

Même une fois toutes ces menaces levées, il restera toujours un problème purement humain : en l’absence d’isoloirs, une partie plus fragile de la population pourrait subir de la coercition de la part de personnes mal intentionnées qui pourraient les forcer à voter pour leur candidat.

Ou pire, des électeurs désabusés, ceux qui, à l’heure actuelle, ne participent pas aux processus électoraux, pourraient se mettre à vendre massivement leur voix sur des réseaux cachés, hors de tout contrôle.

L’ampleur reste à voir, mais le traitement des plaintes ne sera pas une mince tâche.

Tous ces possibles risques auraient en tout cas l’effet inverse de celui souhaité au départ. La précaution est donc de mise. Je préfère encore pour l’instant me rendre dans l’isoloir pour voter pour mon député.

Dans une recommandation au gouvernement australien, qui a été révélée ce matin par le site TorrentFreak, Google prévient les élus que toutes mesures antipiratage draconiennes pourraient s’avérer contre-productives (document original).

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À la place, propose Google, le gouvernement australien devrait promouvoir de nouveaux modèles d’affaires. Le piratage en ligne existe, dit Google, parce qu’il y a un problème de disponibilité des contenus légaux. Rendez accessibles les contenus légaux, à un coût raisonnable, et le téléchargement illégal devrait se tarir.

Dans ce sens, suggère Google, il est plus profitable pour un gouvernement d’encourager les nouveaux modèles d’affaires que de monter un programme répressif.

Le cas de la France

En France, un tel programme répressif s’est avéré inefficace. Le programme Hadopi (8,5 millions d’euros en 2013) a envoyé un million de courriels d’avertissements aux internautes qui auraient téléchargé illégalement des contenus. Plus de 140 000 lettres recommandées (à 4,19 euros/pièce) ont aussi été envoyées.

De tout ça,  ce sont entre 20 et 30 dossiers qui ont été examinés. Une seule personne a été condamnée (à une peine d’amende de 150 euros).

Hadopi

La voie de la répression n’est pas la moins coûteuse.

Un chantier pour occuper l’espace

Un chantier spécifiquement sur le droit d’auteur, comme prévu dans le plan stratégique culturel québécois déposé la semaine dernière, réfléchira à la façon d’occuper l’espace avec une offre numérique, selon des paramètres à déterminer.

Ce chantier sur le droit d’auteur sert à créer un lieu de concertation pour « proposer des solutions visant au respect du droit d’auteur en matière de diffusion dans l’univers numérique ».

Il est donc intéressant d’être à l’écoute de ce qui se fait ailleurs. Car emprunter une voie qui viserait à occuper l’espace par une surveillance des gens ne me semble pas une façon de se projeter correctement dans l’avenir.

Un chantier pour « occuper l’espace numérique » avec les contenus québécois doit développer les conditions pour qu’ils soient avant tout accessibles et à bon prix.

Maxime JohnsonDes changements majeurs pour ICI Tou.tv

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 publié le 6 mars 2014 à 10 h 41

source

Une refonte importante, un nouveau volet payant et un partenariat avec Rogers et Telus : Radio-Canada a dévoilé aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler la version 2.0 de sa plateforme de visionnement en ligne ICI Tou.tv.

Alors que certains appréhendaient la fin de la gratuité d’ICI Tou.tv, ce n’est finalement qu’un nouveau volet de la plateforme, Extra, qui nécessitera un abonnement mensuel.

Extra devrait, à son lancement d’ici la fin du mois, proposer 400 nouveaux titres HD aux utilisateurs d’ICI Tou.tv, notamment Au bout du lac, la version française de Top of the lake, et Engrenages. Bonne nouvelle, le volet ne changera en rien l’offre habituelle d’ICI Tou.tv, dont les 1200 titres (un épisode de série ou un film) actuellement en ligne continueront d’être accessibles gratuitement.

« Les séries en rattrapage, celles qui sont diffusées à notre antenne, et les webséries originales continueront aussi à l’avenir d’être offertes sur la portion gratuite de Tou.tv », précise Marie-Philippe Bouchard, directrice générale Musique et Services numériques de Radio-Canada. Les séries et les films acquis à l’étranger et ailleurs au Canada seront pour leur part désormais répartis entre la portion gratuite et la portion payante du service.

« La proposition d’aujourd’hui vise à répondre à un besoin des consommateurs », croit Marie-Philippe Bouchard. L’auditoire moderne recherche notamment des moyens variés pour accéder à ses contenus, et une offre francophone qui lui permet d’avoir accès par exemple à l’ensemble des saisons d’une série particulière, ce qui sera possible avec Extra.

Le prix de l’abonnement à Extra n’a pas été annoncé pour le moment.

Gratuit pour les abonnés de Rogers et de Telus
Extra ne sera toutefois pas payant pour tout le monde, puisque les abonnés à un service postpayé de Rogers et de Telus auront accès gratuitement à la nouvelle plateforme, autant avec un appareil mobile qu’avec un ordinateur.

Les utilisateurs d’appareils mobiles devront évidemment faire attention à leur consommation de données. Ceux qui ont un plus petit forfait pourront toutefois écouter ICI Tou.tv par le biais de n’importe quelle connexion Wi-Fi ou filaire, peu importe leur fournisseur d’accès Internet. Dans le cas des abonnés de Telus, ceux-ci auront aussi accès au contenu d’ICI Tou.tv sur la plateforme Télé OPTIK.

Notons que les titres d’Extra continueront d’afficher de la publicité comme ceux du volet standard d’ICI Tou.tv pour les abonnés de Rogers et de Telus, mais que les utilisateurs payants, eux, en seront exemptés, tant dans la portion gratuite que dans la portion payante du service.

Une refonte majeure
ICI Tou.tv aura finalement droit à une refonte majeure, qui devrait être mise en ligne d’ici la fin du mois de mars.

Les utilisateurs du site web et des applications mobiles d’ICI Tou.tv pourront notamment se créer un profil personnel, ce qui leur permettra de trouver leurs séries favorites plus facilement. D’autres nouveautés devraient aussi être annoncées au fur et à mesure de leur arrivée sur la plateforme.

Un nouveau modèle d’affaires
L’arrivée d’Extra et le partenariat avec deux des principaux opérateurs mobiles au Canada devraient permettre à Radio-Canada de diversifier ses revenus, mais aussi d’assurer la croissance d’ICI Tou.tv.

« Le partenariat avec Rogers et Telus devrait aussi nous permettre d’étendre notre portée, puisque nos partenaires vont s’activer à faire valoir à leur clientèle les avantages de l’offre ICI Tou.tv », juge Marie-Philippe Bouchard.

Selon Radio-Canada, ICI Tou.tv compte en moyenne 3,7 millions de branchements chaque mois. Détail intéressant, les branchements provenant des plateformes mobiles (iOS et site mobile) ont augmenté de 44 % entre 2012 et 2013. On dénombre 138 millions de branchements sur ICI Tou.tv depuis le lancement de la plateforme en janvier 2010.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).

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Cette stratégie laisse grande place aux recommandations stratégiques pour le virage numérique de l’industrie culturelle québécoise déposées par la SODEC en 2011. Ces recommandations, que j’ai eu l’honneur de rédiger avec des membres de la SODEC, découlaient des multiples rencontres avec les gens de l’industrie culturelle en 2010 et en 2011.

Un constat inéluctable s’imposait : un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Le retard dans les pratiques numériques réduit la capacité des entreprises culturelles québécoises à faire concurrence à l’offre étrangère omniprésente.

Avec tout le talent qu’il y a ici, comment se fait-il que ce soit des Cyprien de France, des Netflix des États-Unis, des iPlayers de la BBC, des Opéras du Met diffusés en direct dans les cinémas d’ici qui se retrouvent à occuper notre temps de cerveau?

Ce n’est pas un problème de talent, mais de rayonnement. Il s’agit donc de se donner les moyens de conquérir l’espace numérique.

Pour occuper l’espace numérique

Dans la synthèse rédigée avec  la SODEC, nous avions proposé trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover et se tourner vers l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

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De ce cadre de référence, je retiens deux points qui me tiennent à cœur.

La culture doit passer par le numérique

Numériser l’offre culturelle existante, c’est l’ouvrir à sa circulation en ligne. Les trésors culturels du passé et du présent doivent être rendus accessibles sur les nouveaux canaux. Ce qui implique de repenser certaines méthodes et  modèles d’affaires.

Par exemple :

  • Série noire traîne de la patte dans les cotes d’écoute à la télé? Pourquoi ne pas avoir téléchargé toute la série d’un coup sur Tout.tv? Netflix l’a fait pour House of Cards et la série se porte très bien.
  • Une production théâtrale ou une performance artistique pourrait être vue partout au Québec dans les salles de cinéma rajeunies pour l’occasion. Comme disait Monique Savoie de la SAT, c’est le début de la « démontréalisation » de la culture.

Favoriser une culture numérique

Pour favoriser des pratiques émergentes et inédites, il faut encourager la collaboration entre les acteurs de la chaîne et le transfert de connaissance. Il est impératif de réussir à sortir du carcan traditionnel du chacun pour soi.

Je proposais à l’époque l’idée d’un SODEC Lab (l’expression n’a pas été retenue) qui serait un pôle d’innovation pour expérimenter. L’idée, tirée de la culture web, consiste à brasser les savoir-faire et susciter la concertation, de façon à générer des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels (c’est le point 3c du cadre stratégique actuel).

Ce « laboratoire » associait toute subvention ou aide à la condition expresse que les mandataires reviennent impérativement partager leur expérience et leur savoir sous forme de document et de présentation ouverte à tous.

Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère, mais il donne bien le ton : les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.