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« Je n’ai rien à cacher. »

Dites cela à Edward Snowden, lui qui est obligé de se cacher pour que vous ayez le droit à une vie privée, et il vous répondra :

« C’est inverser les responsabilités, [ça] revient à dire :  »Je me fiche de ce droit. » C’est le gouvernement qui doit se justifier de ne pas respecter vos droits », dit-il dans une vidéo enregistrée la fin de semaine dernière.

C’est vrai. Par défaut, la vie privée devrait être protégée. Mais comme ce n’est plus le cas en ligne, il nous faut faire l’effort de la protéger nous-mêmes.

Edward Snowden suggère de laisser tomber les services comme Google, Facebook et Dropbox. Ils seraient « dangereux » pour la vie privée.

Et nous, mines déconfites, voyons très bien ce que cela veut dire : se couper de tout ce que le web offre de bien (recherche, réseaux sociaux, partage de fichiers).

Ne plus utiliser Google, synonyme de web pour la plupart des gens, est un pas bien trop grand à suggérer.

Heureusement, il existe quelques solutions, et l’une d’entre elles me semble très prometteuse.

Anonabox, le routeur Tor

anonabox

Sur la plateforme de sociofinancement Kickstarter a été lancé Anonabox, un routeur matériel Tor.

Tor est un réseau composé de routeurs organisés en couches, de telle sorte qu’il rend les flux de communication cryptés et anonymes.

L’Anonabox permet de se brancher directement sur ce réseau Tor sans même s’en rendre compte.

Il suffit de le connecter à votre propre routeur (celui qui permet en ce moment pour vous relier à votre fournisseur Internet) et de sélectionner son signal WiFi.

Sur votre ordinateur, vous continuez à utiliser vos logiciels favoris, même ceux qui ne sont pas compatibles avec Tor, disent les promoteurs.

Ils en sont à leur quatrième génération de prototypes, dont la dernière version tient dans la paume d’une main.

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Si tout va bien — il y a toujours un certain risque dans le sociofinancement —, les premiers appareils seront livrés début 2015.

MISE À JOUR : depuis la parution de ce billet, la plateforme Kickstarter a suspendu le projet Anonabox. Le projet avait réussi à amasser plus de 600 000 $ mais des voix se sont élevées, notamment sur Reddit, pour accuser le promoteur de mentir sur les origines et les éléments d’Anonabox. Il n’a pas su prouver que toutes les  pièces de son produit lui appartenaient –il ne peut donc pas affirmer que son produit est 100% Open Source. Une suspension sur Kickstarter signifie en général que le projet ne rouvrira pas. Merci à Clément Côté pour la note. (Même si ce produit particulier ne verra pas le jour, le concept en soi n’est pas pris en défaut).

Se protéger soi-même

Ce type de solution matériel — un bidule intermédiaire entre le réseau et nous — permet de redonner confiance au réseau Internet.

Bien sûr, ça n’empêche pas que ce que vous écrivez dans vos profils Facebook ou Twitter soit surveillé (ce sont des comptes publics, après tout), mais la géolocalisation ou le transfert de votre profil à d’autres marchands ne pourra plus se faire.

Quand vous naviguerez sur Internet avec ce routeur Tor, vous ne serez plus fiché par des corporations qui ont la morale élastique à propos de votre vie privée.

Vous pourrez enfin chercher dans la même journée des grenades (les fruits!) et réserver un billet d’avion sans risquer de voir débarquer des agents prêts à vous extrader vers Guantanamo.

Martin LessardAmpoules intelligentes : toute résistance est vaine

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 publié le 9 octobre 2014 à 13 h 41

Cette semaine a été lancé un « standard de connexion pour ampoules intelligentes« . Ce standard est proposé par Allseen Alliance, un regroupement de 70 grands manufacturiers et d’équipementiers électroniques.

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C’est un protocole d’interconnectivité entre les appareils et les applications pour rendre opérationnel le fameux Internet des objets. Le standard est basé sur AllJoyn, un projet open source porté par Qualcomm.

Ce standard permet d’espérer que les futurs objets dits intelligents seront compatibles entre eux.

Les douilles électriques comme porte d’entrée de l’Internet des objets

Je crois que cette alliance s’est attaquée en priorité aux ampoules dites intelligentes, car elles représentent peut-être la véritable porte pour une déferlante d’objets connectés dans nos maisons.

Une ampoule DEL est déjà équipée de petits circuits pour faire fonctionner ses diodes. Y ajouter quelques composantes électroniques de plus ne demande pas grand-chose et peut faire une grosse différence entre une bête ampoule et une ampoule intelligente.

Par exemple, ajoutez-y une composante WiFi ou Bluetooth et une adresse IP. Hop, voilà l’ampoule connectée au réseau, donc, contrôlable à distance par votre cellulaire.

Il n’y a ensuite qu’un pas pour la transformer en microchaîne stéréo ou en jeu de lumière de toutes les couleurs.

Le standard proposé permet aux ampoules connectées de s’insérer dans un ensemble plus grand et de ne pas être que de simples gadgets incompatibles d’une marque à l’autre.

Ce standard que vous ne pourrez refuser

Si je pense que c’est par l’intermédiaire de nos douilles de lampe qu’entrera le fameux Internet des objets, c’est parce que le standard proposé rendra possible une foule de petits comportements automatisés :

  • Lorsque le détecteur de fumée se déclenche, les ampoules se mettent à clignoter.
  • Lorsqu’on allume la télé, la lumière de la pièce se tamise.
  • Lorsque le téléphone sonne, une ampoule change de couleur pour nous faire signe.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Avec la miniaturisation et la baisse des coûts, plusieurs autres fonctions pourront être intégrées dans les ampoules connectées.

J’écrivais cet été :

Nos lampes, nos plafonniers seront peut-être demain des minicentres offrant divers services : flux Songza, détecteur de mouvement, thermostat, commandes SIRI, relais WiFi, stockage infonuagique domestique, interphone… On rigolera peut-être à l’idée qu’elle ne servait hier qu’à éclairer.

Le standard proposé rend cette réalité possible. Reste à voir s’il sera adopté ou non.

Mais voyons maintenant la façon dont on souhaite que l’Internet des objets entre chez nous : par défaut, sans que nous le voulions.

Les objets que l’on achètera seront déjà programmés pour avoir certains comportements intelligents par défaut (ampoules qui clignotent sur demande du thermostat, par exemple).

L’Alliance travaille très fort pour que l’usager ait le moins possible à programmer ou à ajuster de paramètres.

Si d’une marque à l’autre, nos futures ampoules portent ce sceau de compatibilité, alors, puisque nos ampoules actuelles devront être changées un jour, lentement nos lampes et nos plafonniers vont se retrouver avec ces objets connectés, qu’on le veuille ou non.

Ça, c’est le plan.

Que l’on aime cela ou pas, c’est une tout autre question, à laquelle il faudra bien répondre un jour. En attendant, les grands industriels travaillent pour que la résistance soit la plus vaine possible.

Depuis quelques jours, on entend parler de l’application FireChat qui permet aux manifestants de Hong Kong de communiquer entre eux sans connexion Internet, ni cellulaire. Elle s’appuie sur les principes des réseaux maillés (en anglais, mesh networks). Exploration d’une technologie qui pourrait redonner le contrôle du réseau à la communauté elle-même.

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La faiblesse d’Internet, la force du réseau local

Internet n’est pas doté d’une technologie à toute épreuve. Les catastrophes naturelles, les guerres, les conflits politiques ou même les révélations de surveillance électronique nous le rappellent. Qu’elles soient volontaires ou non, les interruptions d’accès au réseau Internet remettent chaque fois la force du réseau maillé à l’avant-plan. Les coupures d’Internet en Syrie, en Égypte, les manifestations à Taiwan en mars, puis en Thaïlande, en mai, et maintenant à Hong Kong sont des événements qui ont tous vu des réseaux maillés se mettre en place.

Il s’agit d’une technologie aux origines militaires qui permet de déployer un réseau indépendant de toute infrastructure de communication existante et qui relie des appareils directement les uns aux autres en passant par Bluetooth ou le wifi. Ces appareils deviennent alors eux-mêmes des routeurs sans passer par un point central. Sans connexion Internet, le réseau maillé est un réseau clos qui permet aux personnes qui en font partie de communiquer entre elles. Cela dit, si un seul des appareils est connecté à Internet, il sert alors de relais par le wifi pour tous les autres appareils du réseau. Le message peut même contourner un obstacle en empruntant d’autres relais pour atteindre sa cible. La seule façon d’éradiquer un réseau maillé est d’en détruire tous les points de relais. Il permet donc de cesser de se fier aux fournisseurs Internet ou aux autorités pour l’accès à un réseau.

C’est la coupure d’Internet en Égypte par le gouvernement Moubarak en 2011 qui serait à l’origine de l’engouement pour les réseaux maillés. Comme le mentionne cet article du site Atlantico.fr, « depuis, les réseaux maillés sont devenus un nouveau symbole, celui de la liberté de communiquer dans les régimes durs ou les pays surveillés ». L’Iran et l’Irak seraient parmi les plus gros utilisateurs de l’application FireChat après les États-Unis.

Des réseaux utiles en dehors des crises

Effectivement, ce type de réseau est souvent mis sur pied après des catastrophes humaines ou naturelles, mais les réseaux maillés ne servent pas qu’en cas d’urgence. Ils peuvent aussi servir de vecteur de communication important dans certains quartiers défavorisés où les gens ne peuvent se payer de connexion Internet, ou encore où les infrastructures sont déficientes. D’ailleurs, c’est à Détroit, aux États-Unis, en 2011, que l’Open Technology Institute à l’origine du projet de réseau maillé Commotion, a mis en place le premier réseau maillé à plus grande échelle dans les quartiers les plus défavorisés de la ville. En plus des États-Unis, Commotion est également utilisé en Inde et en Tunisie.

FireChat, elle non plus, n’a pas été conçue au départ pour contourner la censure ou pallier les coupures d’Internet. Elle a simplement été pensée pour communiquer dans les situations qui ne le permettent habituellement pas, comme dans les avions, le métro, ou les lieux trop achalandés. Dans de nombreux endroits, on s’en sert en dehors des périodes de crise. C’est le cas de la Slovénie, avec Wlan Slovenja, de l’Allemagne avec FreiFunk, un des premiers réseaux du genre, mis en place en 2003, ou en encore  le réseau Guifi qui relie près de 60 000 personnes dans certaines zones isolées de Catalogne ou du Pays basque.

Selon Dan Staples, de l’Open Technology Institute, ce genre de réseau pourrait « révolutionner la façon dont est gérée l’infrastructure qui transporte et héberge les contenus. »

firechat

L’exemple de FireChat

Lancée le 20 mars dernier, l’application FireChat a vécu son premier véritable succès au cours du même mois lors des manifestations à Taiwan. De conflit en conflit, l’engouement se confirme et se retrouve maintenant à Hong Kong. En moins de 24 h, FireChat a enregistré plus de 100 000 téléchargements, devenant l’application la plus téléchargée devant Twitter ou Whatsapp à Hong Kong. Ce serait le statut Facebook de l’un des leaders de la révolution étudiante, Joshua Wong, recommandant l’application qui serait à l’origine de cette vague de téléchargements.

Micha Benoliel, le créateur de l’application pour l’entreprise Open Garden, mentionne qu’il suffit que 7 ou 8 % de la population télécharge l’application pour qu’elle assure une connexion à un autre membre du réseau dans 93 % des cas. Elle permet à ses utilisateurs de communiquer dans un rayon de 70 mètres. Les manifestants de Hong Kong craignent une saturation des réseaux téléphoniques ou une coupure d’Internet après le blocage d’Instagram et de certains mots-clics sur Weibo en Chine. Il s’agit donc d’une solution entièrement gratuite et simple d’utilisation, qui permet à n’importe qui de communiquer sans dépendre d’un fournisseur ou des autorités.

Reprendre le contrôle des connexions

Ce qui séduit dans les réseaux maillés, c’est cette prise de contrôle qui nous échappe tous les jours quand on navigue sur le web. Selon la chercheuse française Primavera De Filippi, ce qui est révolutionnaire dans ce type de réseau, ce n’est pas la technologie qu’il utilise, mais son mode de fonctionnement. En effet, il s’agit d’un réseau mis sur pied par une communauté, pour une communauté. C’est une façon de réduire sa dépendance aux infrastructures d’un fournisseur Internet en rendant le contrôle à toute une communauté où la participation de chacun forme sa propre infrastructure. Cela dit, il y a un bémol. Les réseaux maillés ne sont pas sécurisés. N’importe quelle personne qui se trouve près d’un utilisateur, si elle possède l’application, peut accéder aux conversations. Impossible donc de savoir si les manifestants de Hong Kong sont espionnés par la police ou d’autres autorités.

Pourquoi les réseaux maillés ne sont-ils pas plus populaires?

Selon De Filippi, il existe plusieurs raisons à la lente adoption de ce type de réseaux. La première est technique. En effet, il peut s’avérer ardu pour un simple citoyen de mettre sur pied, d’entretenir et de gérer un réseau maillé.

Une autre raison est notre perception de cette technologie, qu’on considère d’abord et avant tout comme un mécanisme d’urgence pour des situations extrêmes. Il est vrai que plusieurs réseaux ont été déployés dans de tels cas, comme après les attentats de Boston, où les réseaux cellulaires étaient surchargés.

La troisième raison, et peut-être la plus importante,  a trait aux luttes de pouvoir, entre les États, mais aussi entre les entreprises. Il est difficile de contrôler ou de réglementer les réseaux maillés. Les autorités y voient donc une plateforme idéale pour des activités criminelles. Par ailleurs, les entreprises privées du secteur des télécommunications voient bien sûr ce type de réseau comme un concurrent qui pourrait ébranler leur modèle d’affaires s’il venait à se populariser.

Cela dit, De Filippi souhaite que plus de réseaux spontanés se créent pour redonner un peu de contrôle aux communautés qui souhaitent se fier à leurs propres ressources plutôt qu’à celles qu’on leur impose. Ce serait effectivement tout un changement de philosophie.

 

Catherine MathysGoogle et le malaise du droit à l’oubli

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 publié le 30 septembre 2014 à 13 h 27

Le 25 septembre dernier, Google organisait une grande rencontre à Paris dans le but de réfléchir aux épineuses questions qui entourent le droit à l’oubli. C’est la troisième réunion européenne à avoir lieu après celles de Madrid et de Rome. Google poursuivra sa tournée de consultations ensuite à Varsovie, à Berlin, à Londres et à Bruxelles.

 

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La genèse du droit à l’oubli

Pourquoi tant de rencontres? Parce que le sujet est complexe. Très complexe. En fait, il faut remonter au mois de mai dernier lorsque la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé le cas d’un citoyen espagnol, Mario Costeja Gonzalez. En 1998, le journal espagnol La Vanguardia a publié un avis concernant des enchères décidées par M. Costeja Gonzalez dans le but d’éponger ses dettes. Même si ses difficultés financières étaient derrière lui, celles-ci faisaient toujours surface dans les recherches de Google qui le concernaient. En 2010, M. Costeja Gonzalez a obtenu d’une instance espagnole que Google retire toute mention de cette affaire, même si le site web du journal qui avait rapporté la nouvelle demeurait intact. Ainsi, l’information était encore trouvable, mais n’était plus directement associée au nom de M. Costeja Gonzalez dans les recherches sur le web. C’est ce jugement que la CJUE a confirmé en mai dernier en mentionnant que les moteurs de recherche étaient responsables des données générées par leurs algorithmes, et ce, dans les 28 juridictions européennes.

Le jugement concerne tous les moteurs de recherche, mais vise essentiellement Google qui cumule plus de 80 ­­­% des recherches sur le web en Europe. Il reconnaît donc dans les faits qu’un résultat de recherche sur Google peut avoir des conséquences et peut-être même plus qu’une recherche sur un autre site web. Cela dit, la décision du CJUE reste vague, car elle concerne tout contenu jugé « non pertinent, obsolète ou inapproprié ». Google a dû se mettre au travail pour créer un système permettant de recueillir les plaintes. Ainsi, en allant sur Google.de en Allemagne ou Google.es en Espagne, on trouve un formulaire qu’on peut remplir avec son nom et les liens qu’on souhaite faire retirer. Depuis le jugement, Google aurait reçu 135 000 requêtes concernant plus de 470 000 liens, souvent des casiers judiciaires, des photos embarrassantes ou des articles négatifs. Elle aurait répondu favorablement à plus de la moitié des demandes.

Google se retrouve donc devant un vrai casse-tête. Elle doit déterminer si l’information est d’intérêt public, si la personne concernée est un simple citoyen ou une personnalité publique. Bref, bien des débats et parfois aussi des dérapages en vue. Le New Yorker cite l’exemple d’un article du journaliste Robert Peston, de la BBC, dont le billet de blogue sur le patron de Merrill Lynch a cessé d’être référencé par Google parce qu’une personne ayant commenté le billet ne voulait plus y être associée. Or, en faisant une recherche Google sur l’homme d’affaires, le lien se faisait avec le blogue et donc avec la personne qui avait demandé d’être oubliée. Certains, comme Peston, ont peur que la liberté d’expression et le travail journalistique n’en souffrent.

Les réunions de Google servent essentiellement à consulter des experts locaux qui pourront discuter de leurs points de vue sur le droit à l’oubli. La consultation de Paris est offerte en français sur le web.

Les Américains et la liberté d’expression

Si, en Europe, le droit à la vie privée supplante la liberté d’expression, c’est l’inverse aux États-Unis selon l’article du New Yorker The solace of oblivion. Aux États-Unis, certaines catégories d’information sont protégées : l’information médicale, les registres scolaires et les locations de films (!). Autrement, le droit à l’oubli n’existe pas pour les Américains. Le New Yorker mentionne l’histoire d’un père de famille qui a voulu faire retirer du web les photos de la décapitation de sa fille survenue dans un accident de voiture, mais en vain. Il a dû poursuivre les deux personnes qui avaient pris les photos pour négligence, invasion de vie privée et détresse psychologique. En Europe, il aurait simplement eu à remplir un formulaire. Aux États-Unis, il a dû passer par les tribunaux avec tout ce que cela implique de frais et de temps perdu.

Dans le paradis de la liberté d’expression, il existe cependant quelques solutions dont celle proposée par l’entreprise Reputation.com, qui tente de déjouer l’algorithme de Google en diffusant une grande quantité d’information supplémentaire sur un sujet, de telle sorte que les données qu’on ne veut plus voir se retrouvent bien loin dans les résultats de recherche. C’est tout ce que le père de famille américain a pu faire, en plus de demander le retrait des photos à chacun des milliers de sites qui les diffusaient.

Le droit à l’oubli n’est en effet pas une idée populaire aux États-Unis et beaucoup d’Américains voient d’un bien mauvais œil ce qui se passe en Europe. C’est comme si chaque pays allait pouvoir dicter son règlement sur le fonctionnement d’Internet selon ses propres lois locales. Le New Yorker cite les propos de Jennifer Granick de l’Université Stanford, qui a peur que ce soit la fin d’un Internet global. Elle mentionne la balkanisation d’Internet et pense que les Européens risquent d’avoir accès à une information bien différente de celle des Américains.

Un droit à l’oubli au Canada?

Le cas est essentiellement le même au Canada qu’aux États-Unis.Cet article de la CBC mentionne l’avis de l’avocat David Fraser qui dit que la Charte canadienne des droits et libertés garantit la liberté d’expression, mais que rien ne protège, ni n’encadre le droit à l’oubli. Un autre avocat cité dans l’article, Allen Mendelsohn, compare le jugement de Google à celui d’un libraire qui serait responsable du contenu d’un livre controversé. « The librarian will help you find that book, but the librarian didn’t publish that book. » (Un libraire peut vous aider à trouver un livre mais ce n’est pas lui qui l’a publié.)Les détracteurs de la décision européenne dénoncent aussi le fait que Google doive simplement cesser de référencer le lien, mais sans avoir de pouvoir sur le lien lui-même.

Au Canada, un jugement de la Cour suprême en 2011, mentionne que les sites web n’ont pas la responsabilité légale d’un lien vers du contenu diffamatoire. Dans ce contexte, il serait difficile de faire porter la responsabilité à Google dans un cas comme celui de M. Costeja Gonzalez. D’autres, comme l’avocate Kirsten Thompson, croient au contraire que la Charte prévoit l’équilibre entre la liberté d’expression et le droit à la vie privée. Selon elle, il est difficile de prédire lequel des deux l’emporterait en cour. Tout dépend du rôle qu’on attribue à Google. Le débat n’a donc pas fini de faire rage en Europe, comme en Amérique du Nord qui surveille bien étroitement le dossier.

Catherine MathysSnapchat fête ses 3 ans

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 publié le 25 septembre 2014 à 12 h 37

Demain, le réseau de messagerie éphémère Snapchat aura 3 ans. Retour sur l’ascension fulgurante d’une jeune entreprise qui serait désormais évaluée à 10 milliards de dollars et qui fait des émules un peu partout.

Snapchat_logo

Snap quoi?

Vous ne faites pas partie des 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels de l’application mobile? C’est peut-être parce que vos belles années d’adolescence sont derrière vous. En effet, la moitié des utilisateurs ont de 13 à 17 ans, 31 %, de 18 à 24  ans. C’est la minorité, soit 19 %, qui a plus de 25 ans. L’application est surtout populaire en Amérique du Nord d’où proviennent 55 % de ses utilisateurs, ou devrais-je dire utilisatrices, puisqu’on estime à 70 % sa clientèle féminine.

Ce qui attire tout ce monde vers Snapchat? Sans doute le fait que les messages photos et depuis peu, vidéo, s’autodétruisent en 10 secondes maximum. Rapidement, l’application s’est monté son propre écosystème de célébrités à l’instar de YouTube, de Vine ou d’Instagram, surtout depuis qu’elle permet la publication d’histoires. Ces dernières sont en fait un récapitulatif de toutes les photos et vidéos prises dans les dernières 24 heures et qu’on peut partager avec un groupe d’amis fermé.

Qui est derrière Snapchat?

snapchat

Snapchat est une entreprise en démarrage créée en 2011 par Bobby Murphy et Evan Spiegel. Mais pas, selon Frank Reginald Brown IV, qui revendique la paternité de l’idée qu’il avait d’abord nommée Picaboo. L’histoire fait un peu penser à celle de Facebook avec sa querelle entre Mark Zuckerberg et les jumeaux Winklevoss. Dans le cas de Snapchat, les trois étudiants se sont rencontrés au sein de la fraternité Kappa Sigma de l’Université Stanford. En septembre 2014, une entente a été conclue entre les deux parties. Bien que les détails de celle-ci ne soient pas dévoilés, on sait que Brown voulait toucher un peu de la fortune des deux propriétaires qui détiennent à eux seuls 30 % de l’entreprise multimilliardaire.

L’application que tout le monde s’arrache

Une récente étude mentionne que 70 % des étudiants consultent Snapchat une fois par jour contre seulement 11 % pour Facebook. Il n’est donc pas étonnant que Facebook ait tenté de racheter la jeune entreprise pour 3 milliards de dollars en novembre 2013. Google aurait même tenté de déjouer l’offre de Facebook en offrant 4 milliards.

Contre toute attente, Snapchat a refusé toutes les offres de rachat pour faire grimper son évaluation. Sage décision puisque, en août 2014, l’entreprise a atteint les 10 milliards de dollars en évaluation. C’est l’investisseur Kleiner Perkins Caufield & Byers qui a investi 20 millions de dollars sur la base de cette évaluation. Même le géant chinois Alibaba a failli investir dans Snapchat à partir de cette même évaluation.

Pourquoi Facebook veut-il imiter Snapchat?

Ne pouvant la racheter, Facebook a décidé d’imiter la célèbre application. Dans un premier temps, en juin dernier, l’entreprise de Mark Zuckerberg a créé Slingshot qui permet d’envoyer photos et vidéos qui s’autodétruisent en 15 secondes maximum. Jusqu’ici, c’est familier. La différence de Slingshot se situe surtout dans la mécanique entre utilisateurs, puisqu’il faut absolument envoyer un message avant de pouvoir lire celui qui nous est adressé. C’est la façon qu’a trouvée Facebook de créer une communauté autour de sa nouvelle application.

Cela dit, plusieurs n’y voient qu’une pâle copie de Snapchat, vraisemblablement vouée à l’échec. C’est peut-être pour cette raison que Facebook s’est lancé dans ses propres essais de messagerie éphémère. On pourrait décider de laisser son statut en ligne pour une durée donnée : 1 heure, 3 heures, 6 heures, 12 heures, 24 heures, 2 jours ou même 7 jours. Après cette période tout le contenu du message, du statut aux commentaires, serait effacé, mais les données resteraient stockées sur les serveurs de Facebook pendant 90 jours.

Cette fonctionnalité n’est accessible que pour certains utilisateurs de Facebook en version iOS, dans certains pays. Reste à voir si le champion des réseaux sociaux ira de l’avant en offrant cette nouvelle option à tous. Une chose est certaine, tous ces efforts confirment la popularité de la formule Snapchat. En attendant de savoir quel géant pourra récupérer le réseau, chacun y va de ses propres essais.