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Maxime JohnsonBuild 2016 : 5 choses à venir pour Microsoft

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 publié le 30 mars 2016 à 16 h 10

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La conférence annuelle pour développeurs Build de Microsoft débute mercredi à San Francisco. Pendant une longue présentation d’ouverture, le directeur général de l’entreprise Satya Nadella a dévoilé plusieurs nouveautés qui attendent les développeurs et les utilisateurs de Windows 10 au cours des prochains mois et des prochaines années. En voici cinq.

Windows 10 Anniversary Update arrive cet été
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Comme prévu, Microsoft lancera cet été une mise à jour de son système d’exploitation Windows 10, surnommée Windows 10 Anniversary Update. Cette mise à jour sera encore une fois gratuite, et promet quelques nouveautés intéressantes.

Les utilisateurs dotés d’une tablette Microsoft Surface ou d’un ordinateur Microsoft Surface Book apprécieront tout particulièrement Microsoft Ink, un espace qui rassemblera des applications compatibles avec les stylets comme le Microsoft Pen, et qui permettra aux développeurs d’ajouter des fonctionnalités à leurs logiciels, comme une règle virtuelle pour aider à dessiner. Des applications comme Sticky Notes intégreront aussi désormais la reconnaissance de l’écriture manuscrite.

Ceux qui possèdent une console Xbox One auront quant à eux finalement accès à une boutique d’applications universelle, qui leur permettra par exemple d’acheter un jeu sur console et d’en profiter sur leur ordinateur également.

Microsoft prévoit aussi améliorer la fonctionnalité Windows Hello, qui permet pour l’instant d’ouvrir le système d’exploitation avec ses empreintes digitales ou une caméra web. Celle-ci pourra notamment être utilisée pour s’identifier dans des applications et sur le web.

Windows 10 Anniversary Update offrira finalement quelques nouveautés pour les développeurs, comme la possibilité d’utiliser les invites de commandes Linux dans Windows directement, et de transformer une console Xbox normale en console pour développeurs.

Plus d’applications modernes à prévoir
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La boutique Windows Store pourrait bientôt offrir beaucoup plus d’applications qu’à l’heure actuelle, grâce au dévoilement mercredi du Desktop App Converter, un outil qui permet de convertir les applications Win32 et .NET traditionnelles en applications Windows modernes.

À la conférence Build, Microsoft a montré son convertisseur en action avec des applications variées, comme Sage 200, Age of Empires II et même le jeu vidéo The Witcher 3.

Voilà qui pourrait avoir un effet intéressant sur l’écosystème d’applications Windows modernes, à condition bien sûr que le convertisseur soit stable et efficace.

Microsoft a aussi dévoilé des outils pour aider les développeurs à programmer des applications compatibles à la fois avec Android, iOS et Windows, ce qui pourrait également avoir de l’influence sur la quantité de logiciels proposés.

Cortana s’intègre dans plus d’applications (et vice-versa)
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L’assistant virtuel Cortana devrait continuer de s’améliorer au cours des prochains mois, grâce à des nouveautés qui seront lancées avec Windows 10 Anniversary Update, et d’autres qui seront déployées par la suite.

Le service de Microsoft s’intégrera notamment avec la messagerie Outlook, ce qui lui permettra par exemple d’avertir l’utilisateur s’il a oublié d’envoyer un fichier à une relation comme prévu dans une conversation précédente.

Cortana pourra aussi mieux interagir avec d’autres applications, afin par exemple de suggérer de commander un repas dans un restaurant, si une réunion est ajoutée à l’agenda pendant l’heure du dîner.

Cortana sera aussi intégrée directement à Skype, où il sera possible d’interagir avec l’assistant pendant que l’on discute avec quelqu’un d’autre, et il sera possible par exemple d’envoyer un message texte provenant de son téléphone Android à partir de Cortana sur son ordinateur Windows.

Microsoft mise sur les robots logiciels et la conversation
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Les conversations naturelles ne seront bientôt plus réservées à Cortana, puisque Microsoft compte permettre aux développeurs de créer des robots logiciels (bots), qui pourront s’intégrer à Cortana ou à des services comme Skype, Slack et la messagerie texte.

Il sera possible de converser avec ces robots, et les développeurs auront accès à des outils d’intelligence artificielle et d’apprentissage en profondeur (deep learning) pour les améliorer par la suite.

Dans une démonstration à la conférence Build, Microsoft a notamment présenté un robot pour aider à réserver une chambre d’hôtel (en fonction de ce qui était discuté dans une conversation Skype) et un autre pour commander de la pizza.

Les outils développés par Microsoft sont simples, et devraient permettre à pratiquement n’importe qui de développer des robots du genre.

Parallèlement aux robots logiciels, Microsoft a aussi annoncé plusieurs « services cognitifs », qui pourront être utilisés par les développeurs pour profiter de la recherche en intelligence artificielle et en apprentissage en profondeur de Microsoft au cours des dernières années.

Un ingénieur de Microsoft a par exemple présenté une application permettant aux non-voyants de se faire expliquer l’environnement qui les entoure à l’aide de lunettes connectées, et une application qui permet facilement de se faire lire des documents composés de texte, comme un menu de restaurant par exemple, par son téléphone intelligent.

Le tout est fait en conversant naturellement avec son appareil mobile, pour lui demander par exemple de lire seulement les grands titres dans le menu, ou encore les types de pizzas offertes.

Les développeurs mettent la main sur les Hololens
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Les lunettes de réalité augmentée Hololens se rapprochent d’un lancement. Après en avoir donné à une quantité restreinte d’entreprises et de développeurs au cours de la dernière année, Microsoft a annoncé aujourd’hui l’arrivée de l’ensemble de développement Hololens.

N’importe quel développeur pourra ainsi créer ses propres applications pour Hololens, et comme ce fut le cas avec les ensembles de développement Oculus Rift pendant les deux dernières années, il faudra s’attendre à voir des installations artistiques, et d’autres choses du genre, utilisant cette technologie être présentées dans des événements pour le grand public au cours des prochains mois.

Catherine MathysPremière PLUS : le mariage de la radio et du web

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 publié le 25 février 2016 à 15 h 59

C’est rare qu’on assiste à des lancements de nouvelles plateformes pour l’audio, mis à part celles consacrées à la musique. Le web nous a habitués à l’innovation dans l’audiovisuel depuis quelques décennies, mais moins à celle de l’écoute plus intime du contenu radiophonique en ligne. La résurgence de la baladodiffusion tente de renverser la vapeur depuis quelques années.

La balado ou l’avenir de l’audio

Dans ce billet de 2014, j’expliquais que si le principe de la balado a une douzaine d’années, le phénomène n’a pas gagné les masses dès le départ. On peut dire que le changement a commencé à s’opérer il y a environ 2 ans. Cette année-là, plusieurs réseaux de baladodiffusion issus de radiodiffuseurs publics américains ont vu le jour : Infinite Guest par American Public Media, SoundWorks par PRI, et Radiotopia par PRX. La chaîne publique WNYC a également ajouté davantage de balados à son offre, qui comprenait déjà Radiolab, qui a eu beaucoup de succès. C’est la même chaîne qui produit Serial, véritable phénomène avec ses 5 millions de téléchargements ou d’écoute en flux continu sur iTunes seulement, elle serait même le plus grand succès que le genre ait connu depuis sa création.

Au Canada, jusqu’à maintenant, le radiodiffuseur public n’offrait pas une telle plateforme. Avec Première PLUS, c’est chose faite.

Alors c’est quoi, Première Plus?

Première Plus, c’est le premier service francophone de radio numérique à la carte. Vous y trouverez de la radio, bien sûr, mais aussi toutes sortes de contenus audio classés par thèmes. Une même liste d’écoute peut regrouper des reportages, des séries documentaires, des archives, des rencontres, etc. qui tournent tous autour du même sujet.

Et, fait intéressant, tous les contenus ont été triés par des artisans d’ICI Radio-Canada. Ce n’est pas un algorithme qui a fouillé dans les archives. « Il y a eu des centaines d’heures d’écoute de notre radio pour aller sélectionner la crème de la crème », a souligné Natacha Mercure, directrice d’ICI Radio-Canada.ca.

Découvrez Première PLUS, la radio autrementNous sommes très heureux de vous proposer le premier service francophone de radio numérique à la carte entièrement gratuit : Première PLUS. http://premiereplus.ca #premiereplus

Posté par ICI Radio-Canada Première le 25 février 2016

Pour décrire la nouvelle plateforme, l’animateur Patrick Masbourian a eu cette réflexion : « Quand je suis arrivé pour la première fois sur la page d’accueil, visuellement, j’ai pris la pleine mesure de tout ce qu’on produit ici en français, du contenu récent, du contenu moins récent, du contenu très vieux. Wow, on a tout ça, et enfin, on vous le propose. »

Alors des archives et du contenu provenant d’ICI Radio-Canada Première, oui, mais aussi du contenu original. Et c’est là que ça devient un terrain de jeu plutôt intéressant pour les amateurs de balados.

Les premiers balados d’ICI Radio-Canada

Première PLUS permet donc l’entrée d’ICI Radio-Canada dans la sphère de la baladodiffusion. Bien sûr, les émissions diffusées sur ses ondes sont, pour la plupart, disponibles pour téléchargement par la suite. Mais ici, on parle de contenus conçus pour le web et qui n’auront pas d’abord vécu en ondes avant d’être publiés.

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Ce matin, quatre nouveaux concepts ont été présentés. D’abord Parce qu’on est en 2016, animée par Pénélope McQuade est une émission où l’animatrice reçoit des femmes chez elle pour discuter, débattre, sur diverses questions sociales. J’ai eu la chance de participer à l’une des 10 émissions, celle sur les superhéroïnes (j’abordais la présence de ce thème dans les jeux vidéo).

L’émission de Patrick Masbourian s’intitule La route des 20 – sur les traces d’une génération et propose des rencontres avec la génération des vingtenaires au sujet de leurs rêves, leurs valeurs, leurs habitudes de vie. L’animateur a été agréablement surpris par des jeunes très lucides face aux grandes questions de leur génération.

L’émission Première partie sera animée par Isabelle Ménard, chroniqueuse culturelle à ICI Radio-Canada Première l’automne dernier. Elle revient à ses premières amours en allant à la rencontre de jeunes humoristes émergents qui font les premières parties d’humoristes plus établis. Une incursion originale dans un milieu qu’on pense déjà connaître et qui sera en ligne un peu plus tard ce printemps.

Enfin, Pierre Brassard proposera un talk-show avec sketches et entrevues, et on nous annonce une bonne dose de potinage. On a bien hâte d’en savoir plus sur ce concept qui promet d’être éclaté mais qui n’a pas encore de nom.

Le mariage de la radio et du web

Matthieu Dugal, que vous connaissez bien, animateur de La sphère, présentait la nouvelle plateforme ce matin. J’en ai profité pour lui demander ce qu’il pensait de cette nouvelle plateforme et de la façon dont elle répondait aux besoins changeants des auditeurs d’ICI Radio-Canada Première.

« Je pense qu’on est en train de vivre avec la radio ce qu’on a vécu avec Netflix. La balado existe depuis longtemps. France Culture fait des chiffres records de téléchargements en balado. Avec ce nouvel espace, je pense que Radio-Canada se donne les moyens de faire exister la radio de manière performante, ailleurs qu’en ondes. Radio-Canada n’avait pas le choix de créer ça aujourd’hui, il faut penser aux nouveaux formats radiophoniques de demain alors là on se donne une boîte où on pourra expérimenter ces choses-là. »

Longue vie à Première PLUS.

L’explosion de l’information publiée en ligne n’est pas un phénomène nouveau. Mais la constante progression amène de nouveaux défis, notamment celui de harnacher cette quantité phénoménale d’information. Chaque seconde, 29 000 gigaoctets d’informations sont publiés dans le monde, soit 2,5 exaoctets par jour, ce qui équivaut à 912,5 exaoctets par an. Si vous aimez faire une indigestion de chiffres (et que vous avez un peu de temps à perdre), vous pouvez vous amuser à regarder les chiffres bouger.

Toute cette information se complexifie et s’accumule de façon désordonnée de telle sorte que certaines entreprises se spécialisent dans le développement d’outils qui permettent de mieux chercher et digérer ce flux continu d’information trouvée sur le web.

C’est le cas de Darwin Ecosystem, une entreprise américaine fondée par Thierry Hubert en 2007, qui vient d’implanter sa division en recherche et développement à Montréal.

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L’entreprise a mis au point une technologie capable de redonner du sens à de grandes quantités de données non organisées.

Un outil de recherche intelligent

D’ailleurs, Thierry Hubert s’est inspiré de la théorie du chaos, particulièrement le postulat de Lorenz, pour mettre au point son algorithme pour faire l’agrégation de l’information. Lorenz est ce scientifique américain qui est derrière la théorie de causalité de l’effet papillon, popularisée par la fameuse métaphore soulignant qu’« un seul battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut déclencher une tempête au Texas ». D’où le logo de l’entreprise Darwin Ecosystem, qui est un papillon.

Le postulat était celui de dire que dans un environnement fermé et dynamique, l’activité des éléments qui interagissent peut montrer des mouvements compréhensibles et prévisibles.

« J’ai pris le même postulat et j’ai dit qu’un autre environnement fermé est le cognitif humain. Les éléments en interaction dans le cognitif humain, c’est l’information. J’ai donc établi un algorithme de corrélation temporelle des flux d’information pour en extraire et en visualiser les mouvements. »

Au départ, l’entreprise aidait ses clients à détecter les anomalies, les mouvements, les modèles en place. D’ailleurs, Hubert s’était attaqué à la plateforme Twitter, en 2012. « Le grand problème de Twitter, c’est qu’ils investissent énormément sur le gain de popularité en première phase et en deuxième phase sur l’acquisition d’information, mais ne maîtrisaient absolument pas le concept de consommation d’information. »

L’évolution de DAO

L’équipe de Darwin a été invitée au Thomas Watson Research Center d’IBM à New York pour travailler avec les technologies SoftLayer et InfoSphere Streams. « C’était incroyable, on a ouvert le système et un de mes ingénieurs m’a dit : ‘Je viens de transposer une partie de l’algorithme et on gagne sur un facteur 1:170′. » Darwin est donc devenu partenaire d’IBM.

Maintenant, c’est un outil qui s’ouvre davantage au grand public que Darwin Ecosystem propose avec DAO (Darwin Awareness Optimizer). La clientèle naturelle de ce genre de technologies provient habituellement du domaine du marketing, ceux qui tentent de suivre l’évolution d’une marque, par exemple. Mais Hubert avait autre chose en tête.

« Plutôt que de cibler les spécialistes et les grosses organisations, on a décidé de créer des solutions à la portée de tout utilisateur pour changer la méthode dont il fait des recherches, dont il consomme l’information. »

En gros, l’algorithme de DAO peut passer en temps réel à travers toutes les données générées par une multitude de sources (des sites de nouvelles, des fils RSS, des réseaux sociaux) dans le but de compiler l’information trouvée par grappes de thèmes émergents, qui gravitent autour d’un mot-clé. Le résultat donne un portrait global d’un sujet, il permet de comprendre son contexte et de suivre son évolution.

Alors qu’une recherche normale dans Google vous donnera les réponses les plus populaires à une question donnée, avec DAO, vous pouvez également suivre la tendance que prend votre sujet de recherche. C’est ce que la plateforme appelle des missions. Vous pouvez en faire l’essai vous-même, les premières recherches sont gratuites pendant quelques semaines. L’outil est accessible depuis toutes les plateformes et l’abonnement de base vous coûtera 20 $ américains. Vous aurez ainsi droit à un total de 10 missions.

Est-ce l’avenir de la recherche en ligne?

 

Maxime JohnsonUbios amasse 100 000 $ pour ses maisons intelligentes

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 publié le 26 janvier 2016 à 15 h 45

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Seulement 20 heures après le lancement de sa campagne dimanche, l’entreprise en démarrage montréalaise Ubios a amassé plus de 100 000 $ sur la plateforme GoTroo pour l’aider à démarrer son projet de maisons intelligentes. Il s’agit d’une campagne de sociofinancement pas comme les autres, où les participants deviennent actionnaires de l’entreprise plutôt que de simplement recevoir un cadeau.

Une première « vraie » campagne de financement participatif en capital
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Ubios atteint ainsi en moins d’une journée son objectif de 100 000 $, ce qui en fait la « première » véritable campagne de financement participatif en capital en Amérique du Nord (deux autres compagnies ont tenté l’expérience auparavant au Canada, mais à plus petite échelle, et cette forme de financement n’est pas encore permise aux États-Unis).

Ubios profite pour l’occasion d’une nouvelle réglementation de l’Autorité des marchés financiers, qui permet depuis l’année dernière d’offrir des parts d’une entreprise au grand public, mais le tout d’une façon très contrôlée. Les placements sont par exemple limités à 1500 $ par personne, afin de réduire les risques pour les investisseurs, et le financement total maximal est limité à 250 000 $.

La nouvelle réglementation allège aussi considérablement la paperasse par rapport aux investissements traditionnels. Considérablement, mais pas autant qu’avec Kickstarter ou Indiegogo, par contre. « On avait sous-estimé la difficulté par rapport au sociofinancement traditionnel », a avoué le PDG de la compagnie, Mathieu Lachaîne, au lancement de la campagne à Montréal lundi soir.

« On a donc rédigé en vitesse un guide pour aider les gens à remplir leur compte », raconte le PDG. La stratégie a visiblement fonctionné, puisqu’une centaine de nouveaux actionnaires ont permis à l’entreprise d’atteindre son objectif en 20 heures seulement.

Qu’adviendra-t-il de l’investissement de ces investisseurs amateurs? Selon les paramètres choisis par Ubios, ceux-ci n’auront aucun droit de vote dans l’entreprise, mais ils devraient fréquemment recevoir de l’information sur celle-ci.

Selon les succès de la compagnie, les montants (de 250 $ à 1500 $) investis pourraient ensuite doubler ou même tripler avec le temps, mais statistiquement, les investisseurs risquent aussi de tout perdre si Ubios ferme ses portes au cours des prochaines années, comme ça arrive pour une majorité des pousses dans les technologies.

Pour ceux qui sont intéressés, notons que la campagne se poursuivra pendant près de deux mois, ou jusqu’à ce que la limite de 250 000 $ en financement soit atteinte.

Dans tous les cas, le montant total obtenu en financement participatif représente une fraction seulement des 1,5 million de dollars qu’Ubios compte obtenir au cours des prochains mois.

« Comme entrepreneur, il est certain que le financement participatif par capital est une occasion intéressante, mais dans notre cas, c’est surtout une question de visibilité », avoue Mathieu Lachaîne.

Outre la visibilité obtenue par la campagne elle-même, l’entrepreneur estime que les nouveaux actionnaires pourront agir comme ambassadeurs pour l’entreprise et pour les maisons intelligentes au cours des prochaines années, ce qui sera autant à leur avantage qu’à celui d’Ubios.

La maison intelligente selon Ubios
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Ceux qui confient une partie de leurs économies à Ubios investissent dans une compagnie qui souhaite démocratiser les maisons intelligentes. Il s’agit d’un marché déjà chargé, mais que l’entreprise souhaite percer d’une façon différente des autres.

« Nous ne voulons pas faire de gadgets, explique Mathieu Lachaîne. Nous voulons faire un produit à long terme, modulable, qui s’adapte aux besoins des consommateurs et qui ne doit pas être changé tous les deux ans. »

Pour lui, les maisons connectées actuelles sont trop complexes pour les consommateurs. « Les gens ne devraient pas avoir à sortir leur téléphone pour allumer une ampoule », explique-t-il.

Les deux premiers produits de l’entreprise, un thermostat qui ajuste intelligemment la température des différentes pièces d’une maison et un système pour détecter les fuites d’eau et fermer automatiquement l’entrée d’eau au besoin, ne demandent d’ailleurs aucune intervention de la part de l’utilisateur.

Ubios compte offrir un service mensuel plutôt que vendre ses appareils. Selon Mathieu Lachaîne, les économies réalisées en chauffage et en assurances (grâce aux détecteurs pour prévenir les dégâts d’eau) devraient être plus grandes que ce que coûtera le service mensuellement.

Le prochain créneau des télécommunications?

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Ubios vend pour l’instant ses produits à de gros édifices seulement, comme des tours de copropriété, mais la compagnie espère lancer une version grand public de ses appareils à compter de septembre 2017.

Les données accumulées d’ici là, afin de différencier une fuite d’eau d’un lave-vaisselle qui fonctionne, par exemple, pourront évidemment être utilisées pour peaufiner les algorithmes de la compagnie avant le lancement d’une version pour le grand public.

Bien des choses peuvent changer en 18 mois, mais pour l’instant, Mathieu Lachaîne ne se voit pas vendre ses appareils aux consommateurs directement, mais par l’entremise d’une autre entreprise, comme Vidéotron, un investisseur dans Ubios.

« C’est un marché particulièrement intéressant pour les entreprises de télécommunications », assure le PDG. Avec les jeunes qui délaissent la télé par câble, la population qui remplace son téléphone filaire par des cellulaires et les connexions LTE qui deviennent suffisantes pour bien des utilisateurs, les maisons intelligentes pourraient, en effet, être une nouvelle porte d’entrée pour les Vidéotron de ce monde.

« Avec le cellulaire, n’importe qui peut aller de l’autre côté de la rue et changer de compagnie, ajoute Mathieu Lachaîne. Notre produit, lui, est vissé dans les murs et placé directement sur la tuyauterie. »

Ceux qui sont convaincus par la vision de l’entrepreneur peuvent investir dans la compagnie en s’enregistrant sur la plateforme GoTroo dès maintenant.

Hier, la Maison du développement durable de Montréal dévoilait sa programmation hiver et printemps 2016 et présentait, du même souffle, la conférence « Les impacts inquiétants de nos outils technologiques » avec les professeurs Fabien Durif, de l’École des sciences de la gestion, Département de marketing de l’Université du Québec à Montréal et directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, ainsi que Cécile Bulle, professeure en immobilier durable au Département de stratégie et responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM.

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Nos pratiques de consommation

Dans un premier temps, Fabien Durif a voulu faire l’analyse de nos pratiques de consommation des objets technologiques. Les équipements qu’on achète sont pratiques, certes, mais ils nous permettent aussi d’afficher notre appartenance à une communauté, au monde connecté. Au-delà de la consommation, ils ont une fonction sociale non négligeable. Selon Fabien Durif, ces produits ont pris la place que la voiture occupait à une autre époque.

Et on en dépense, de l’argent, pour des appareils! Même si les dépenses mondiales en produits électroniques ont baissé de 2 %, il s’en est tout de même vendu pour 969 milliards de dollars l’an dernier. Cela dit, la baisse des ventes devrait se poursuivre en 2016, selon l’Association américaine des technologies grand public (CTA). Cette baisse serait attribuable à la force du dollar américain, au ralentissement de la croissance chinoise et à ses répercussions dans le monde, ainsi qu’à la baisse des prix de produits phares, notamment les téléphones, qui devraient, en 2016, se vendre à un prix moyen de 283 $ (-7 %).

Les téléphones représentaient 40 % des dépenses en 2015. Ce sont d’ailleurs les appareils mobiles qui dominent les achats de produits électroniques (téléphones, tablettes, ordinateurs portables). Ces derniers devraient représenter 58 % des dépenses mondiales en 2016. Les chiffres, à ce chapitre, sont sans équivoque chez nous aussi. La proportion de foyers québécois équipés d’appareils mobiles est encore en croissance. Selon le Cefrio, le téléphone intelligent est présent dans 57,1 % des foyers québécois (contre 53,3 % en 2014), et pour la première fois, plus d’un Québécois sur deux (50,7 %) possédait une tablette à la maison en 2015, soit une hausse de 6 points par rapport à 2014.

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L’empreinte environnementale des produits technologiques

Toute cette consommation d’appareils numériques est reliée à une forte production de déchets. Fabien Durif rappelait, même si ses chiffres dataient un peu, que chaque année, de 20 à 50 millions de tonnes de produits électroniques étaient mises à la décharge dans le monde (PNUE, 2005). Et ces déchets électroniques ont un rythme de croissance de 2,7 % par an.

Or, il n’y a pas de miracle pour se débarrasser de tous ces objets. On les enfouit, on les incinère, on les envoie dans les pays émergents. Eh oui, encore. Même si la Convention de Stockholm sur les polluants organiques interdit l’expédition de déchets électroniques vers des pays en voie de développement depuis 2001, 80 % des appareils électroniques collectés à des fins de recyclage en Amérique du Nord seraient exportés vers l’Asie (Recyc-Québec 2009).

Le problème de l’obsolescence 

L’obsolescence, c’est le fait pour un produit d’être dépassé même s’il est en parfait état de fonctionnement. Comme le mentionnait Fabien Durif, la durée d’utilisation d’un produit est ainsi influencée par l’introduction d’un nouveau produit perçu comme supérieur, bien que ce ne soit pas toujours le cas, bien sûr. Le rythme de l’évolution technologique de plus en plus soutenu modifie les comportements de consommation et peut créer, chez le consommateur, le besoin d’acheter l’appareil le plus récent, même si l’appareil qu’il possède est encore en état de marche.

Récemment, on mentionnait à La sphère ce nouveau recours collectif contre Apple, accusée d’avoir volontairement altéré le fonctionnement de son iPhone 4S, et ce, en passant par la mise à jour de son système d’exploitation, le iOS 9. Je précisais aussi que la France, avec sa Loi sur la transition énergétique, sanctionnait les pratiques d’obsolescence programmée.

Or, comme le mentionnait Cécile Bulle, il n’existe pas d’outil technologique durable. On peut juste espérer augmenter leur efficacité, rendre leur obsolescence moins rapide ou utiliser des matériaux recyclables. La phase d’utilisation de l’appareil représente seulement une faible fraction de son effet sur l’environnement, qui est dominé par la phase de production (incluant l’extraction des ressources). Selon Cécille Bulle, il est impératif de prolonger la durée de vie des appareils. Soulignons l’existence de certaines initiatives comme Fairphone ou encore le Project Ara, de Google, qui visent à prolonger la durée de vie utile des téléphones en misant sur la réparabilité des appareils.

Que faire de nos anciens appareils mobiles?

Selon une étude citée par M. Durif, la majorité des répondants qui changent d’appareil gardent l’ancien produit, le privant donc d’une deuxième vie. Combien de vieux cellulaires dorment chez vous? Or, certaines compagnies encouragent le recyclage des appareils, comme dans le cas d’Orange.

Quels sont les autres avenues de recyclage possible? Notre dépendance à Kijiji pourrait nous être utile ici. Bien que 84 % des Canadiens aient donné une deuxième vie à des objets dans la dernière année, soit 1,824 milliard de produits, l’habitude est nettement moins développée pour les objets technologiques.

Dans cette nébuleuse de la vente d’occasion, le téléphone semble tout de même dominer les transactions. En 2016, près de 120 millions de téléphones d’occasion seront revendus dans le monde, procurant 17 milliards à leurs propriétaires, un marché en hausse de 50 % en un an. Deloitte prévoit que ce marché sera « nettement plus organisé ».

De plus, avec la croissance de l’économie collaborative, M. Durif rappelait que la valeur de l’utilisation avait préséance sur la possession de l’objet, ce qui est une bonne nouvelle pour l’environnement. Reste à voir si les appareils technologiques sauront y trouver leur place.