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Catherine MathysMes 5 fabuleuses minutes avec Patrick Watson

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 publié le 17 octobre 2014 à 15 h 26

Il y a de ces expériences qui vous marquent. Après les avoir vécues, vous avez un peu l’impression d’avoir entrevu une partie de l’avenir. C’est ce qui m’est arrivé après avoir essayé le Samsung Gear VR avec le film Strangers with Patrick Watson, réalisé sur mesure pour l’appareil par Félix & Paul studios. Félix Lajeunesse, à l’occasion du Festival du nouveau cinéma, est venu parler des prouesses de la réalité virtuelle filmée en 3D à 360 degrés dans un après-midi de mini-conférences consacrées aux technologies et aux nouvelles écritures.

Samsung Gear VR : un appareil prometteur

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J’étais curieuse de voir le film, bien sûr, mais aussi de faire l’essai des lunettes Samsung Gear VR. Comme il est léger et facile à porter, on oublie vite l’appareil qu’on porte pour se transporter dans un autre lieu, dans une salle de répétition avec Patrick Watson, en l’occurrence. Dans un récent billet, mon collègue Maxime Johnson nous dévoilait les atouts du nouveau Samsung Gear VR.

« Le nouveau casque de Samsung est un appareil assez simple, où le logiciel nécessaire, l’écran et la plupart des autres composantes se retrouvent dans un téléphone intelligent, le Galaxy Note 4, et non dans le casque en tant que tel.

Le casque comporte quand même quelques éléments d’électronique, comme un capteur de mouvements supplémentaire et un pavé tactile sur la tempe de l’utilisateur, mais il s’agit principalement d’un boîtier de plastique simple, avec deux lentilles, qui permettent à l’utilisateur de voir l’écran du Galaxy Note comme s’il s’agissait d’un téléviseur de 175 pouces placé à 2 mètres devant lui. »

On se trouve effectivement entièrement captif de l’écran qu’on a devant les yeux. Si l’image est un peu floue, l’effet est tout de même saisissant au point ou on se sent entièrement intégré à elle plutôt que d’en être un simple spectateur.

La philosophie de Félix & Paul studios

Paul Raphaël et Félix Lajeunesse

Paul Raphaël et Félix Lajeunesse

Félix Lajeunesse, l’un des cofondateurs de Félix & Paul studios, a raconté au micro du FNC Pro, qu’il cherchait depuis longtemps à briser les conventions du cadre auquel on est habitué au cinéma. Il voulait atteindre le même niveau d’émotion que pouvait offrir le visionnement d’un film, mais sans nécessairement raconter une histoire ou passer par le jeu d’un acteur. Pour lui, l’un et l’autre sont des détours qu’il ne souhaitait pas emprunter. Il préférait trouver une manière d’atteindre directement les émotions du spectateur sans passer par un personnage.

Il a donc préféré créer une technologie 3D stéréoscopique qui lui permettait de s’attarder à du contenu contemplatif. C’est ainsi qu’il est allé tourner, par exemple, une ruelle de Shanghai où on pouvait simplement assister au passage du temps. Par la suite, la rencontre avec l’équipe d’Oculus a été déterminante. Le duo de Félix Lajeunesse et de Paul Raphaël a voulu mettre la caméra à la hauteur des yeux, comme si le spectateur regardait l’action directement, comme si la médiation du jeu de l’acteur ou du cadre de l’écran n’existait plus. L’expérience de Strangers with Patrick Watson est un exemple de ce qu’il est possible de faire sans trame narrative, ni décor, ni scénario. Le simple fait de se sentir présent suffit.

Strangers with Patrick Watson

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La liste d’attente est longue. L’activité dure 5 minutes mais il faut laisser refroidir l’appareil. Il a donc fallu s’inscrire pour avoir la chance de faire l’expérience dont on m’avait tant parlé. Enfin, c’est à mon tour. Je m’assois bien droit sur une petite banquette blanche. On place le téléphone Galaxy Note 4 dans l’appareil. On referme le tout avec une plaquette. C’est prêt. On me place les lunettes sur les yeux en prenant soin de guider ma main vers la roulette de la mise au point. C’est fait. On me place les écouteurs sur les oreilles. Vu de l’extérieur, tout cela ne doit pas être d’un grand chic. Tant pis. Je n’y pense plus, j’ai déjà décollé. La banquette blanche, les gens qui m’entourent, tout disparaît. Je me retrouve face à Patrick Watson assis devant son piano. Je suis avec lui dans sa salle de répétition. Il se lève, cherche une cigarette puis se rassoit. Il essaye quelques notes puis recommence. Au début, je n’ose pas regarder ailleurs. Après tout, j’assiste à un moment intime de création. Je suis presque incommodée par l’odeur de sa cigarette. C’est vous dire la puissance de l’engin. On se croit réellement en présence de Patrick Watson, tellement qu’on ne veut pas le froisser en détournant le regard.

Je finis par le faire, pour voir où on se trouve et pour voir aussi à qui il parle, puisqu’il échange des mots avec quelqu’un. Je ne vois personne, enfin presque. Derrière nous, le labrador noir de Patrick écoute tranquillement la musique de son maître. Il bâille même, à l’occasion. La pièce est pêle-mêle, un fouillis comme on se l’imagine dans l’atelier d’un artiste. Je regarde à droite, à gauche, au plafond et au plancher. J’inspecte tout, des lattes de bois franc au système de gicleurs. Je suis bien là. Rien ne m’échappe. Sauf moi-même. Je regarde vers le bas et je ne vois ni mes jambes ni mes mains. J’espionne sans être là. Incroyable sensation de vérité. Pendant 5 minutes, Patrick Watson chante pour moi. Au bout d’un moment, le défilement du générique me rappelle que c’est une fiction et qu’elle n’a jamais eu de réalité.

J’enlève les écouteurs, je remets les lunettes à la gentille personne qui se trouve devant moi. Je retrouve la pièce lumineuse où avait lieu l’essai. Je sens d’ores et déjà qu’il s’agit d’une véritable révolution technologique et que je viens de toucher à l’avenir. J’ai déjà hâte à mon prochain voyage. D’ici là, le Samsung Gear VR sera en vente dans les prochaines semaines, selon Félix Lajeunesse. Devinez ce que je vais demander pour Noël?

Catherine MathysVers la reconnaissance du bitcoin

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 publié le 8 octobre 2014 à 13 h 58

Cette semaine, la Bitcoin Foundation a mis sur pied un groupe de travail dans le but d’accorder au bitcoin la stabilité et la reconnaissance légale qui lui font toujours défaut.

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Les étapes de la standardisation

Le groupe de travail se compose de 20 membres bénévoles et est présidé par une ancienne ingénieure de la NASA, Beth Moses. Plusieurs étapes permettront d’atteindre le statut tant souhaité de monnaie internationale reconnue.

Dans un premier temps, le groupe veut inscrire le bitcoin au tableau des codes ISO-4217, qui désigne les lettres qui représentent toutes les monnaies reconnues du monde, comme CAD pour le dollar canadien. Cette simple accréditation ferait donc entrer le bitcoin dans le même cercle que toutes les autres monnaies du monde reconnues par les institutions financières. Ce n’est pas rien pour une cryptomonnaie qui n’a que 5 ans. D’ailleurs, le code international du bitcoin serait XBT, qui a déjà été adopté par certains services ou outils comme Xe.com, Oanda and Bloomberg.

En plus de ce code, la Fondation Bitcoin souhaite également obtenir un symbole unicode comme $ pour le dollar. De plus, et ce sera peut-être sa démarche la plus concrète, elle reverra les règles de subdivision du bitcoin. La Fondation mentionne qu’une monnaie a toujours une unité de base, comme 1,00 $, ce qui lui permet par la suite de faire des subdivisions à partir de cette première donnée (ce sont les deux zéros à la droite du 1). Avec le bitcoin actuel, il y a 8 subdivisions, alors théoriquement, on pourrait vous payer 0,00000001 bitcoin. C’est bien sûr un peu absurde pour le consommateur, mais surtout, une telle subdivision ne cadre dans aucun système comptable existant.  

À qui le bitcoin profiterait-il?

Le bitcoin, s’il en vient à devenir une monnaie légitime fait miroiter toutes sortes de possibilités pour ceux qui espèrent diversifier leurs sources de revenus en ligne et attendent l’instauration plus généralisée du micropaiement en ligne. C’est le cas pour l’industrie journalistique comme cet article du Time y fait référence. Ce serait par exemple, une façon de se défaire du modèle actuel où le contenu dépend de la publicité. Un système de micropaiement pourrait amener une toute nouvelle économie de l’information, qui permettrait aux créateurs de contenu de vendre certaines parties de leur contenu à la pièce.  

L’idée n’est pas nouvelle en soi comme en fait foi cet article du même auteur datant de 2009. Cela dit, plus que jamais, le bitcoin rend la chose possible. Il existe, pour cette cryptomonnaie, de nombreux services encore plus faciles d’utilisation que ceux qui sont déjà en place, par exemple PayPal. Ils s’appellent ChangeTip, BitWall ou Coinbase et visent à rendre le micropaiement en ligne aussi simple qu’un clic. Walter Isaacson raconte que, alors qu’il était éditeur nouveaux médias pour le Time en 1994, il avait songé à instaurer un modèle de micropaiement pour ses articles. Toutefois, l’engouement des agences de publicité pour les bannières en ligne lui permettait d’offrir son contenu gratuitement. Il parle de son choix comme d’une erreur, pour le web en général et pour le journalisme en particulier. Non seulement le modèle d’affaires n’était-il pas durable, mais, plus encore, il a semé la terrible graine du contenu gratuit sur Internet. Vous la connaissez la suite. Après 20 ans de gratuité, difficile de changer de modèle.

Le principe du micropaiement aux origines du web

Selon Isaacson, le micropaiement lui-même faisait partie des plans des pionniers du web. Dans son livre The innovators, il mentionne que Ted Nelson, qui a inventé le terme hypertexte, souhaitait que le web soit un réseau de liens à double sens qui exigeraient l’approbation de l’auteur de la page vers laquelle le lien nous dirige. Isaacson souligne que, si le web avait véritablement fonctionné de cette façon, l’agrégation de contenu ne serait pas reine comme en ce moment. Il mentionne aussi que Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, avait déjà considéré l’instauration d’une forme de contrôle de droits et de paiements. Cela dit, à cause de la complexité des règles bancaires et par respect pour le principe d’universalité du réseau, il a choisi de rejeter l’idée. Cette dernière est cependant revenue en 2013, bien que ces nouveaux protocoles ne soient toujours pas élaborés. Avec le bitcoin, ils ne seraient peut-être pas nécessaires, pense Isaacson.

Enfin, il mentionne Marc Andreessen, créateur du premier portail web en 1993, Mosaic, qui espérait également implanter un système de micropaiement, mais, même problème, ni la technologie ni le système bancaire ne permettaient de le faire. Aujourd’hui, Andreessen est devenu investisseur pour des entreprises qui se spécialisent dans l’implantation de systèmes de transaction bitcoin. Tiens tiens, tout est dans tout, comme on dit.  

Martin LessardPlacer sa ville dans le 21e siècle

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 publié le 6 octobre 2014 à 12 h 23

Le concept de « ville intelligente », terme fourre-tout, laisse entendre que la technologie peut améliorer la gestion et la gouvernance des cités tout en augmentant le bien-être et la participation des citoyens.

L’expression (une traduction maladroite de smart city) fait référence, de plus en plus concrètement, à une réalité qui fait réagir bien des gens. Voici deux exemples.

Codesigner les nouveaux territoires numériques

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Hier avait lieu un « atelier de codesign » sur la ville intelligente dans le but de « définir les priorités d’un Montréal du 21e siècle ».

Un atelier de codesign (ou de « coconception« ) est une démarche participative et créative réunissant une diversité d’acteurs autour de diverses thématiques.

Celui d’hier a permis de suggérer des pistes, technologiques ou non, pour rendre la Ville de Montréal capable de répondre à des problèmes, présents ou à venir, comme la mobilité et le transport, la marginalité et la salubrité, ou encore le soutien aux artères commerciales et à l’écosystème des jeunes entreprises web.

Les meilleures idées ont ensuite été proposées aux Entretiens Jacques Cartier, qui ont lieu aujourd’hui même et auquel participe le maire de Montréal, Denis Coderre.

Denis Coderre

Osons une métaphore.

Le champ des possibles numériques qui s’offre à la ville par le biais des technologies émergentes et des algorithmes de plus en plus performants lui permet de s’agrandir, de « s’augmenter », un peu comme les Pays-Bas ont réussi à prendre du terrain sur la mer et à assécher des terres pour les occuper.

La technologie ouvre ainsi de nouveaux territoires pour la ville.

Ce à quoi on assiste en ce moment est un débat pour s’entendre sur la façon d’aménager ces nouveaux territoires.

Domaines d'intervention

Les coureurs des bois numériques

Sur ces territoires ainsi en friche se trouvent aussi les nouveaux coureurs des bois modernes, si vous permettez que je poursuive sur la même métaphore. Ce sont les entrepreneurs de compagnies en démarrage dans le domaine de la technologie.

Or, juste à point, MTL NewTech, un organisme à but non lucratif de promotion des jeunes entreprises web à Montréal, propose demain soir, mardi 7 octobre, une soirée consacrée aux petites entreprises qui offrent des solutions pour rendre la ville un peu plus intelligente.

Domaines d'intervention

Quatre compagnies d’ici y seront présentées : TransitApp, Provender, Navut et PotLoc.

Vous connaissez deux d’entre elles, car j’en ai déjà fait mention sur Triplex :

- Transit, une application qui permet de se repérer dans les transports en commun encore mieux qu’avec les outils de la société de transport locale.

- Provender, un marché en ligne qui optimise l’offre et la demande entre les petits fermiers et les restaurants mieux que ne le ferait la chaîne industrielle actuelle.

Les deux autres entreprises locales en démarrage sont tout aussi intéressantes :

- Navut, un service en ligne pour aider les familles à repérer le meilleur quartier pour eux quand ils emménagent dans une nouvelle ville.

- Potloc, un service de consultation hyperlocal pour permettre de connaître quel type de commerces les citoyens souhaitent voir dans leur quartier.

Ces quatre exemples montrent à quel point les coureurs des bois sont déjà en train, aujourd’hui même, de bâtir cette ville intelligente.

Ils optimisent par technologies interposées des ressources qui ne pouvaient pas être exploitées auparavant de cette façon.

À mon avis, si vous souhaitez voir tout de suite comment les petits blocs de cette ville intelligente se mettent en place, c’est là que ça se passe (il restait des billets gratuits pour l’événement au moment d’écrire ces lignes).

L’histoire nous a appris que les coureurs des bois n’ont jamais attendu une autorisation pour explorer les nouveaux territoires qui s’offraient à eux.

La ville, morceau par morceau, entre dans le 21e siècle.

À lire aussi sur Triplex :

Demain, la ville intelligente (l’exemple de la ville de Québec)

Startup Festival : l’entrepreneuriat technologique qui change le monde

Rester à Montréal, pour innover (le cas de Sébastien Provencher)

Depuis quelques jours, on entend parler de l’application FireChat qui permet aux manifestants de Hong Kong de communiquer entre eux sans connexion Internet, ni cellulaire. Elle s’appuie sur les principes des réseaux maillés (en anglais, mesh networks). Exploration d’une technologie qui pourrait redonner le contrôle du réseau à la communauté elle-même.

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La faiblesse d’Internet, la force du réseau local

Internet n’est pas doté d’une technologie à toute épreuve. Les catastrophes naturelles, les guerres, les conflits politiques ou même les révélations de surveillance électronique nous le rappellent. Qu’elles soient volontaires ou non, les interruptions d’accès au réseau Internet remettent chaque fois la force du réseau maillé à l’avant-plan. Les coupures d’Internet en Syrie, en Égypte, les manifestations à Taiwan en mars, puis en Thaïlande, en mai, et maintenant à Hong Kong sont des événements qui ont tous vu des réseaux maillés se mettre en place.

Il s’agit d’une technologie aux origines militaires qui permet de déployer un réseau indépendant de toute infrastructure de communication existante et qui relie des appareils directement les uns aux autres en passant par Bluetooth ou le wifi. Ces appareils deviennent alors eux-mêmes des routeurs sans passer par un point central. Sans connexion Internet, le réseau maillé est un réseau clos qui permet aux personnes qui en font partie de communiquer entre elles. Cela dit, si un seul des appareils est connecté à Internet, il sert alors de relais par le wifi pour tous les autres appareils du réseau. Le message peut même contourner un obstacle en empruntant d’autres relais pour atteindre sa cible. La seule façon d’éradiquer un réseau maillé est d’en détruire tous les points de relais. Il permet donc de cesser de se fier aux fournisseurs Internet ou aux autorités pour l’accès à un réseau.

C’est la coupure d’Internet en Égypte par le gouvernement Moubarak en 2011 qui serait à l’origine de l’engouement pour les réseaux maillés. Comme le mentionne cet article du site Atlantico.fr, « depuis, les réseaux maillés sont devenus un nouveau symbole, celui de la liberté de communiquer dans les régimes durs ou les pays surveillés ». L’Iran et l’Irak seraient parmi les plus gros utilisateurs de l’application FireChat après les États-Unis.

Des réseaux utiles en dehors des crises

Effectivement, ce type de réseau est souvent mis sur pied après des catastrophes humaines ou naturelles, mais les réseaux maillés ne servent pas qu’en cas d’urgence. Ils peuvent aussi servir de vecteur de communication important dans certains quartiers défavorisés où les gens ne peuvent se payer de connexion Internet, ou encore où les infrastructures sont déficientes. D’ailleurs, c’est à Détroit, aux États-Unis, en 2011, que l’Open Technology Institute à l’origine du projet de réseau maillé Commotion, a mis en place le premier réseau maillé à plus grande échelle dans les quartiers les plus défavorisés de la ville. En plus des États-Unis, Commotion est également utilisé en Inde et en Tunisie.

FireChat, elle non plus, n’a pas été conçue au départ pour contourner la censure ou pallier les coupures d’Internet. Elle a simplement été pensée pour communiquer dans les situations qui ne le permettent habituellement pas, comme dans les avions, le métro, ou les lieux trop achalandés. Dans de nombreux endroits, on s’en sert en dehors des périodes de crise. C’est le cas de la Slovénie, avec Wlan Slovenja, de l’Allemagne avec FreiFunk, un des premiers réseaux du genre, mis en place en 2003, ou en encore  le réseau Guifi qui relie près de 60 000 personnes dans certaines zones isolées de Catalogne ou du Pays basque.

Selon Dan Staples, de l’Open Technology Institute, ce genre de réseau pourrait « révolutionner la façon dont est gérée l’infrastructure qui transporte et héberge les contenus. »

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L’exemple de FireChat

Lancée le 20 mars dernier, l’application FireChat a vécu son premier véritable succès au cours du même mois lors des manifestations à Taiwan. De conflit en conflit, l’engouement se confirme et se retrouve maintenant à Hong Kong. En moins de 24 h, FireChat a enregistré plus de 100 000 téléchargements, devenant l’application la plus téléchargée devant Twitter ou Whatsapp à Hong Kong. Ce serait le statut Facebook de l’un des leaders de la révolution étudiante, Joshua Wong, recommandant l’application qui serait à l’origine de cette vague de téléchargements.

Micha Benoliel, le créateur de l’application pour l’entreprise Open Garden, mentionne qu’il suffit que 7 ou 8 % de la population télécharge l’application pour qu’elle assure une connexion à un autre membre du réseau dans 93 % des cas. Elle permet à ses utilisateurs de communiquer dans un rayon de 70 mètres. Les manifestants de Hong Kong craignent une saturation des réseaux téléphoniques ou une coupure d’Internet après le blocage d’Instagram et de certains mots-clics sur Weibo en Chine. Il s’agit donc d’une solution entièrement gratuite et simple d’utilisation, qui permet à n’importe qui de communiquer sans dépendre d’un fournisseur ou des autorités.

Reprendre le contrôle des connexions

Ce qui séduit dans les réseaux maillés, c’est cette prise de contrôle qui nous échappe tous les jours quand on navigue sur le web. Selon la chercheuse française Primavera De Filippi, ce qui est révolutionnaire dans ce type de réseau, ce n’est pas la technologie qu’il utilise, mais son mode de fonctionnement. En effet, il s’agit d’un réseau mis sur pied par une communauté, pour une communauté. C’est une façon de réduire sa dépendance aux infrastructures d’un fournisseur Internet en rendant le contrôle à toute une communauté où la participation de chacun forme sa propre infrastructure. Cela dit, il y a un bémol. Les réseaux maillés ne sont pas sécurisés. N’importe quelle personne qui se trouve près d’un utilisateur, si elle possède l’application, peut accéder aux conversations. Impossible donc de savoir si les manifestants de Hong Kong sont espionnés par la police ou d’autres autorités.

Pourquoi les réseaux maillés ne sont-ils pas plus populaires?

Selon De Filippi, il existe plusieurs raisons à la lente adoption de ce type de réseaux. La première est technique. En effet, il peut s’avérer ardu pour un simple citoyen de mettre sur pied, d’entretenir et de gérer un réseau maillé.

Une autre raison est notre perception de cette technologie, qu’on considère d’abord et avant tout comme un mécanisme d’urgence pour des situations extrêmes. Il est vrai que plusieurs réseaux ont été déployés dans de tels cas, comme après les attentats de Boston, où les réseaux cellulaires étaient surchargés.

La troisième raison, et peut-être la plus importante,  a trait aux luttes de pouvoir, entre les États, mais aussi entre les entreprises. Il est difficile de contrôler ou de réglementer les réseaux maillés. Les autorités y voient donc une plateforme idéale pour des activités criminelles. Par ailleurs, les entreprises privées du secteur des télécommunications voient bien sûr ce type de réseau comme un concurrent qui pourrait ébranler leur modèle d’affaires s’il venait à se populariser.

Cela dit, De Filippi souhaite que plus de réseaux spontanés se créent pour redonner un peu de contrôle aux communautés qui souhaitent se fier à leurs propres ressources plutôt qu’à celles qu’on leur impose. Ce serait effectivement tout un changement de philosophie.

 

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L’établissement bancaire Tangerine a dévoilé ce matin plusieurs nouveautés qui seront offertes prochainement aux utilisateurs de son application mobile, soit pour augmenter la sécurité des transactions, soit pour effectuer ses opérations à l’aide de la reconnaissance vocale. Présentation de trois nouveautés mobiles à surveiller au cours des prochains mois.

Opérations bancaires vocales
Tangerine devrait offrir dès cet automne une mise à jour de son application iOS dotée d’un assistant vocal, un peu comme Siri d’Apple et les autres assistants que l’on retrouve dans les téléphones intelligents, mais optimisée pour les opérations bancaires seulement. Il s’agit d’une première au Canada.

« Ce n’est pas que de la reconnaissance vocale dans un centre d’appel, c’est beaucoup plus poussé. Le système est conçu pour reconnaître le langage naturel, on peut donc lui parler comme on parlerait normalement à quelqu’un » explique Brett Beranek, directeur principal en solutions marketing pour Nina et biométrie vocale, Division Entreprise, chez Nuance à Montréal, où la technologie a été créée.

À quoi bon parler à son téléphone de la sorte? Certains utilisateurs moins habiles avec la technologie pourraient, par exemple, préférer l’interaction par la voix plutôt qu’avec leur écran tactile, et d’autres pourraient s’en servir lorsqu’ils sont sur la route. « Notre but est d’offrir à nos clients la possibilité de faire leurs opérations comme ils le souhaitent, sur l’appareil avec lequel ils sont le plus à l’aise », précise Charaka Kithulegoda, responsable des technologies de l’information chez Tangerine.

Eh oui, ceux qui préfèrent parler à un être humain par téléphone peuvent aussi encore le faire.

Ceux qui font souvent de mauvaises expériences avec la reconnaissance vocale seront aussi rassurés d’apprendre que l’application reformule et demande de confirmer chaque opération. Pratique, quand on souhaite transférer 10 $ et non 10 000 $ à un ami.

L’assistant vocal de Tangerine sera offert pour les utilisateurs iOS au cours des prochaines semaines. Une version Android sera aussi lancée par la suite.

Tangerine intègre TouchID à son application
L’assistant vocal ne sera pas la seule nouveauté pour les propriétaires d’un iPhone récent, puisque ceux-ci pourront aussi bientôt utiliser leurs empreintes digitales pour activer l’application de Tangerine, grâce au lecteur TouchID des iPhone 5S, 6 et 6 Plus.

Tout cela est évidemment possible depuis l’arrivée d’iOS 8, puisqu’Apple permet maintenant aux développeurs d’utiliser son lecteur d’empreintes digitales TouchID, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Notons que le lecteur d’empreintes digitales ne sera pas utilisé pour remplacer le mot de passe, mais plutôt comme facteur d’authentification supplémentaire.

Ma voix est mon mot de passe
Si les deux précédentes innovations sont offertes dans un premier temps pour les propriétaires d’iPhone seulement, les utilisateurs d’Android ne seront pas en reste, grâce à l’ajout d’une fonction - unique à Android cette fois - d’authentification par la voix.

Contrairement à la reconnaissance vocale, où les algorithmes tentent de reconnaître les mots qui sont prononcés, ce sont ici les caractéristiques uniques à la voix de chaque personne qui sont identifiées par les serveurs de Nuance, qui a également créé cette technologie.

« On recherche des centaines de caractéristiques physiques dans la voix, afin de l’identifier précisément », note Brett Beranek.

La voix humaine est modifiée de différentes façons, en passant dans le larynx, par les dents, etc. En combinant suffisamment de facteurs biométriques, les algorithmes de Nuance parviennent à reconnaître une personne avec précision, un peu comme un être humain finalement. Sans forcément connaître les facteurs en cause, l’homme est après tout capable de différencier les voix de ceux qui l’entourent sans aucun problème.

Dans le cas de l’application mobile de Tangerine, l’utilisateur devra réciter une phrase de passe précise (qui pourrait bien être « Ma voix est mon mot de passe », ou « Avec Tangerine, ma voix est mon mot de passe »), afin de déverrouiller son application. Encore ici, la voix sera utilisée comme second facteur d’authentification, et non pour remplacer le mot de passe.

Ailleurs dans le monde, à la banque Barclays, au Royaume-uni, par exemple, qui utilise la même technologie, la voix est généralement utilisée comme unique facteur d’authentification.

« Il faut dire que c’est extrêmement sécuritaire », précise Brett Beranek. La technologie parvient par exemple à différencier la véritable voix d’un simple enregistrement. La biométrie vocale est aussi plus facile pour l’utilisateur, qui n’a pas besoin de se souvenir de plusieurs mots de passe.

Une vulnérabilité dans les serveurs d’une autre compagnie ne met pas non plus en danger les utilisateurs du service, comme c’est parfois le cas avec les mots de passe (étant donné que les gens réutilisent souvent les mêmes).

L’authentification vocale devrait être offerte aux utilisateurs d’Android au début de 2015.