Billets classés sous la catégorie « Innovation »

Catherine MathysLa ville intelligente au 21e siècle (2/2)

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 publié le 21 novembre 2014 à 12 h 23

Quand on pense ville intelligente, on se concentre souvent sur les évidences : Singapour, Hong Kong, New York, et maintenant, Toronto. Selon Louis Zacharilla, cofondateur de l’Intelligent Community Forum (ICF), la véritable révolution se situe dans les villes qui ont eu à se réinventer pour survivre dans une économie post-industrielle.  »Je fais même la prédiction que, d’ici l’an 2050, ce sont les Eindhoven et les Shiojiri City qui vont dicter les règles d’une nouvelle économie numérique. »

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Et le Canada dans tout ça?

Le Canada a été plutôt bien représenté dans la sélection de villes intelligentes du ICF dans le passé. On a même remporté trois fois le titre de champion des communautés intelligentes dans le monde avec Calgary en 2003, Waterloo en 2007 et Toronto cette année. C’est sans compter toutes les villes retenues dans la liste des 21 à chacun des forums. Ces dernières années, le Canada a toujours eu au moins 3 villes représentées dans la sélection annuelle de 21 communautés intelligentes. Certaines sont même des habituées. Quand on jette un œil sur les cinq dernières années, la ville de Québec s’est retrouvée dans la liste en 2011, en 2012 et en 2014; Winnipeg aussi fait bonne figure avec une mention en 2011, en 2012, en 2013 et en 2014.

Pour le concours de 2014, le Canada ne comptait pas moins de six villes en nomination, dont Toronto, qui a remporté la mise. C’était une année faste avec, en plus, deux villes québécoises dans le lot, Québec et Montréal — qui, étonnamment, n’a fait partie d’aucune autre sélection jusqu’à présent.

Le concours de 2015 compte 3 villes canadiennes dans sa sélection de 21 communautés intelligentes dans le monde. En effet, on y trouve Edmonton en Alberta (878 000 habitants), Surrey en Colombie-Britannique (502 000 habitants) et Sherbrooke au Québec (169 000 habitants).

Le cas de Sherbrooke

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Le cas de Sherbrooke est particulièrement intéressant pour Zacharilla. Selon les analystes, voilà une communauté qui en a fait, du chemin, dans les dernières années. « Il y a quelques années, cette communauté était particulièrement hostile à l’entrepreneuriat. Difficile à imaginer au 21e siècle. Je ne crois pas qu’une économie moderne puisse bien s’en tirer sans une forme ou une autre d’entrepreneuriat. Les autorités de Sherbrooke l’ont bien compris. Avec le départ de certaines industries, ils ont eu besoin de se réoutiller et ils l’ont fait assez rapidement. Ils commencent à entrevoir les réalités de l’économie de l’avenir. »

Selon Zacharilla, une ville comme Sherbrooke suit les traces d’Eindhoven aux Pays-Bas. C’est là, raconte-t-il, qu’on pouvait trouver la maison-mère de Philips, le géant des électroménagers. Quand la compagnie a décidé de déménager la fabrication de ses appareils en Chine, elle n’a laissé que la recherche et le développement dans la ville de 214 000 habitants. Cette dernière a voulu bâtir un écosystème d’innovation en fonction de cette nouvelle réalité. Selon lui, elle est même sur le point de dépasser de 1 % le produit intérieur brut du pays. C’est énorme.

Et Montréal dans tout ça?

Avec la création du Bureau de la ville intelligente et numérique et certaines initiatives comme #jevoismtl, on aurait pu penser que Montréal se trouverait plus souvent parmi les 21 villes sélectionnées annuellement.

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Louis Zacharilla n’était pas en mesure de nous confirmer si la ville avait, oui ou non, posé sa candidature pour le concours de 2015. Cela dit, même si c’était le cas, il est toujours possible qu’une candidature ne soit pas retenue si les progrès ne sont pas suffisamment visibles d’une année à l’autre.

Selon le cofondateur de l’ICF, c’est toujours sain quand une ville comme Toronto domine le concours. C’est stimulant pour Montréal. Zacharilla confirme qu’il est venu à Montréal et qu’il a discuté avec le maire Denis Coderre. Il croit que l’administration prend les questions numériques au sérieux. Elle a un plan pour développer une ville intelligente avec l’accent sur les infrastructures de la bande passante. À Montréal, 80 % des adultes ont utilisé Internet au moins une fois par semaine en 2013.  »Ils savent comment entreprendre les cinq étapes que nous recommandons », nous confie Zacharilla.

Il nous mentionne que Montréal a développé son propre programme, un peu comme Stratford, en Ontario. En effet, la banque RBC a implanté un centre de traitement de données de 300 millions de dollars dans cette ville d’un peu plus de 30 000 habitants, en dominant 200 autres communautés qui aspiraient à l’investissement. Il y a de bonnes raisons pour ça, nous confirme Zacharilla. Ils se sont mobilisés et ont développé leurs infrastructures de bande passante bien avant l’arrivée de la RBC.

L’autre facteur important, ce sont les universités. Ce sont elles qui produisent les travailleurs d’une économie du savoir. Avec ses 11 établissements universitaires et ses 170 000 étudiants, le Grand Montréal est la région métropolitaine qui compte le plus d’étudiants universitaires par habitant en Amérique du Nord.

Le défi est de les retenir à Montréal, selon Zacharilla. « Il ne faut pas laisser partir tout ce talent. » Il faudrait les garder pour s’assurer de bâtir un écosystème numérique performant. Il donne l’exemple de l’Université de Waterloo, où deux jeunes hommes ont fait germer une idée qui est devenue plus tard RIM (maintenant appelée BlackBerry). « C’est le genre de talent que vous voulez garder en ville. »

Louis Zacharilla sera de passage à Montréal en décembre pour l’événement Smart City Expo sur les villes intelligentes.

Catherine MathysLa ville intelligente au 21e siècle (1/2)

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 publié le 20 novembre 2014 à 12 h 22

L’Intelligent Community Forum a nommé, le 21 octobre dernier, 21 communautés intelligentes qui se distinguent dans le monde. L’organisme international établi à New York est aussi une fondation qui étudie et promeut les meilleures pratiques des villes intelligentes du monde. Cette liste de 21 communautés mondiales sera réduite à 7 finalistes en janvier prochain, et la ville gagnante sera nommée en juin 2015 à Toronto, qui a remporté les grands honneurs cette année.

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Les critères de sélection d’une ville intelligente

En entrevue avec Triplex, Louis Zacharilla, cofondateur du Forum, a indiqué que son approche était double. D’une part, l’organisme étudie la façon dont la technologie influence les économies locales et la société en général et, d’autre part, il repère les endroits qui fonctionnent bien tout en tentant de comprendre les clés de ce succès.

La sélection des 21 communautés intelligentes est issue d’un processus de candidatures. Les villes doivent envoyer un dossier pour espérer être choisies. C’est une chose de développer un écosystème numérique efficace et c’en est une autre de le faire connaître à travers ce type de concours.

Le Forum a donc développé cinq critères qui permettent d’étudier les candidatures reçues. Le premier critère est physique, il s’agit de la bande passante. La ville en question doit avoir les infrastructures nécessaires pour bâtir une économie du savoir.

Le deuxième critère de sélection est celui de la main-d’œuvre. Les emplois qui se créent utilisent-ils le savoir ou l’information pour développer certaines industries?

Le troisième critère est l’innovation. Zacharilla confirme qu’il s’agit d’un mot à la mode qui est souvent dénué de sens. Cela dit, le Forum définit l’innovation comme l’habileté des autorités locales à être créatives dans l’amélioration de la condition de vie de leurs citoyens.

Le quatrième est l’inclusion numérique. C’est un peu le côté missionnaire du Forum, selon Zacharella. Il faut que la technologie numérique soit accessible à tous. Il faut tenter de connecter tout le monde. Il parle d’un mandat moral, mais aussi d’une préoccupation économique. En branchant le plus d’individus possible, c’est toute l’économie qui s’en trouve bonifiée.

Le dernier critère est celui de la prise de parole, du discours officiel. Comment racontez-vous votre histoire? Les autorités locales informent-elles bien la population de leurs intentions et des programmes en place? « Tout est dans la communication, et souvent, on ne communique pas aussi bien qu’on le pense », souligne Zacharilla.

En plus de ces cinq paramètres, un thème annuel accompagne les critères de sélection du Forum. Cette année, le thème est celui de la communauté révolutionnaire. Si son nom ne dit pas grand-chose, il concerne l’urbanisme et l’art de la planification urbaine et régionale. Le Forum examine donc comment Internet remodèle l’environnement physique d’une ville et la distribution de services, comment ces changements influent sur la vie des citoyens.

2015 : une cuvée bien particulière

Les 21 communautés intelligentes choisies pour le concours de 2015 sont composées de 5 villes américaines, 4 australiennes, 4 taiwanaises, 3 canadiennes et une dans chacun de ces pays : Brésil, Japon, Kazakhstan, Kenya et Nouvelle-Zélande. La grande surprise de cette nouvelle liste est qu’il n’y a aucune ville chinoise ou européenne.

Lou Zacharilla s’en étonne aussi. « Nous avions des candidats et je croyais, par exemple, que Lyon, en France, se hisserait en haut de la liste, mais nos analystes ne l’ont pas vu de cet œil. » En effet, si Zacharilla est cofondateur du Forum, il ne s’implique pas pour autant dans la sélection des villes. C’est un comité de 7 experts qui se consultent pour en arriver à la liste des 21 communautés de l’année.

L’Europe a déjà été bien représentée dans ce concours, tenu pour la première fois en 2006. Stockholm en Suède et Eindhoven aux Pays-Bas ont respectivement été nommées communauté intelligente de l’année en 2009 et 2011.

Des communautés qui aspirent au succès

Ce qui distingue cette liste de 21 communautés, c’est la grande disparité entre les nommées. On trouve autant des villes comme Rio de Janeiro avec ses 6,5 millions d’habitants que Mitchell, une petite ville de 15 000 habitants du Dakota du Sud. « À travers les années, on se rend compte que ce sont les communautés les plus ambitieuses qui remplissent le mieux nos critères de réussite », nous précise Zacharilla.

Quand il parle d’ambition, il parle surtout de la capacité de se réinventer. En effet, les communautés qui ont vécu les affres de l’ère post-industrielle et qui se retroussent les manches sont souvent celles qui se distinguent dans la liste des 21. Les États-Unis ont quelques exemples d’une telle capacité d’adaptation, selon Zacharilla. « Des villes comme Columbus en Ohio étaient données pour mortes. Mais j’étais à Columbus il y a deux semaines et j’ai vu qu’ils avaient créé 29 000 emplois en 48 mois. C’est redevenu une ville dynamique où il fait bon vivre. Voilà un bon exemple d’une ville qui s’est réinventée. »

À venir demain dans un second billet, Louis Zacharilla nous dit ce qu’il pense des candidatures canadiennes de l’année et des efforts déployés par l’administration Coderre à Montréal.

Martin LessardLe syndrome Philea pour les pays du Nord

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 publié le 18 novembre 2014 à 13 h 09

Le dernier « mot » de Philea, la sonde qui a atterri sur la comète « « Tchouri », a été « zzzzz ».

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La sonde est tombée en hibernation, dès que ses batteries se sont épuisées. Elle se réveillera dans quelques mois, quand elle sera près du soleil et fera le plein d’énergie solaire avec ses panneaux.

Peu d’entre nous supporteraient de voir notre cellulaire en faire de même et ne se réveiller qu’au printemps, quand les jours seront plus ensoleillés.

Pourtant, avec le retour du froid dans notre pays, c’est toujours le risque qui attend les voitures électriques. C’est ce que j’appelle le syndrome Philea.

Dans les limbes, le temps d’une recharge

La durée de vie limitée des batteries de voitures électriques est due, entre autres, à la perte d’énergie causée par la production de chaleur.

Selon la seconde loi de la thermodynamique, la chaleur des zones chaudes se déplace vers les zones froides, ce qui crée une perte d’énergie qui épuise la batterie (voilà pourquoi dans le froid extrême, les batteries résistent mal — parlez-en à Philea!).

Des chercheurs du Luxembourg qui ont étudié ce qui se passait au niveau nanoscopique ont trouvé une parade à ces flux d’énergie qui épuisent les batteries.

Disons, si vous me permettez une image, que c’est comme s’ils avaient trouvé une façon de créer au niveau nanoscopique l’équivalent de nos « snowbirds, ces voyageurs hivernaux qui quittent le froid pour aller vers le Sud.

Avec l’avancée de la nanotechnologie, les chercheurs ont expliqué comment il était possible d’évaluer plus adéquatement les fluctuations d’énergie à un niveau nanoscopique, et donc de mieux contrôler la perte d’énergie au niveau macrocosmique en faisant migrer le froid vers le chaud (contrairement au flux naturel).

Représentation d'un circuit permettant de faire transiter les électrons

Sketch d’un circuit permettant de faire des échanges d’énergie au niveau des électrons (source Arxiv.org)

Ces idées doivent d’abord être testées en laboratoire avant de pouvoir être transposées à grande échelle.

Les batteries au pays des flocons de neige

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On pourra trouver futile le fait de vouloir donner à nos gadgets énergivores quelques heures de plus pour envoyer des tweets.

L’enjeu en fait, pour nous, qui vivons dans des pays nordiques, c’est d’arriver à fabriquer une batterie de voiture électrique plus efficace dans nos climats hivernaux.

Nos gouvernements doivent s’en préoccuper et soutenir toutes les recherches qui vont en ce sens, car c’est une question à la fois économique et sociétale : la voiture électrique reste la seule à pouvoir nous offrir un avenir plus durable du côté de la mobilité.

La mobilité est un élément de compétition importante entre les pays.

Or, sans une avancée du côté de l’efficacité des batteries, la voiture électrique nous forcera à nous mettre en hibernation dès que la température baisse, tout comme c’est le cas pour Philea.

Catherine MathysNOD : une application à la recherche du temps perdu

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 publié le 4 novembre 2014 à 12 h 30

Mercredi dernier avait lieu le premier Midi Lab de la saison 2014-2015 à la Maison de Radio-Canada à Montréal. Les Midi Lab sont en fait une série de rencontres qui visent à présenter les innovations numériques les plus intéressantes selon divers champs d’intérêt : l’information, les réseaux sociaux, la radio, la musique en ligne, etc.

Cette première rencontre s’intitulait « Comment informer à l’âge de la distraction massive » et nous présentait la nouvelle application mobile de Marie-Catherine Beuth, journaliste et fondatrice de NOD : News on demand.

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Établie à San Francisco, cette jeune Française a obtenu en 2012 une bourse d’excellence du John S. Knight Journalism fellowship à Stanford, qui soutient les projets innovants dans les médias. C’est ainsi qu’elle a pu développer l’idée de son application News on demand, une application d’information modulable en fonction du temps dont on dispose. En avril 2014, son service a d’ailleurs obtenu le soutien du Knight Prototype Fund.

L’âge de la distraction massive

C’est bien connu, notre temps est compté. Nous courons après chacune des minutes qui s’égrènent pour réussir à tout faire. Au final, il nous reste bien peu de temps pour nous informer. Nous lisons les manchettes çà et là, quand c’est possible, quand nous ne finissont pas par jouer une partie de Candy Crush comme le mentionnait Marie-Catherine Beuth, sans vouloir porter de jugement. Alors comment rester bien informé dans un monde occupé et que nous nous laissons distraire si facilement? C’est là que son application entre en jeu, car elle propose un condensé de nouvelles, selon le temps dont on dispose.

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Exit les algorithmes, vive les humains

News on demand présente les trois actualités les plus importantes de la journée provenant de diverses sources. Et qui choisit ces trois nouvelles? Pas un algorithme comme on pourrait s’y attendre, mais bien Marie-Catherine Beuth elle-même. Un être humain. Oui, je sais, c’est étonnant. Et la longueur des articles proposés varie, selon le temps dont le lecteur dispose, de 10 secondes à 5 minutes. Autre particularité, une fois que les trois histoires du jour ont été lues, il faut attendre au lendemain pour recevoir les trois autres. Et si on n’a pas eu le temps d’ouvrir l’application pendant quelques jours, la fonction catch up permet de rattraper les trois articles quotidiens que vous n’avez pas pu lire.

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L’application se présente en opposition à l’infobésité avec un contenu circonscrit. Contrairement aux agrégateurs populaires, elle ne propose pas un flot constant d’information. L’autre aspect intéressant de News on demand est qu’elle ne propose pas de simples résumés des articles ou de copie de l’article original : elle renvoie tout de suite au site du média concerné.

Toujours plus d’applications, jamais plus de temps

L’application s’est inspirée en partie de Newstapes, la première expérience de Marie-Catherine Beuth créée durant son passage à Stanford autour du concept de concierge de l’information. Il s’agissait essentiellement d’un service d’édition de nouvelles. Elle choisissait un thème parmi six catégories et, avec la nouvelle, proposait des liens selon le temps dont disposait le lecteur. C’était en fait une forme rudimentaire de News on demand, tournant autour du temps et du degré d’attention qu’un lecteur pouvait allouer à la consommation d’actualités.

Marie-Catherine Beuth couvre l’actualité des médias numériques depuis 10 ans pour le journal Le Figaro. Elle est à même de constater l’évolution des médias et des innovations technologiques de toutes sortes. Selon elle, la seule ressource qui reste la même et qui ne peut pas changer, c’est le temps. Ce dernier est en quantité très limitée, et il devient de plus en plus difficile de compartimenter les activités d’une journée.

D’autres ressources pour gagner du temps

Malheureusement, l’application News on demand n’est accessible que sur l’iPhone pour le moment. Cela dit, plusieurs initiatives visant à informer tout en faisant économiser temps et énergie sont peu à peu apparues. En voici quelques exemples. Et vous, lesquelles utilisez-vous?

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Yahoo News Digest

 

 

Martin LessardLe point sur la communication cerveau à cerveau (2/2)

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 publié le 29 octobre 2014 à 15 h 19

Dans la première partie, hier, je recensais les derniers exploits dans le domaine des neurosciences, en particulier sur le plan de la communication cerveau à cerveau.

Si les expériences de télépathie assistée par ordinateur sont encore embryonnaires — et entre vous et moi, on est encore loin d’avoir démontré leur entière pertinence — on peut bien songer à quelques applications d’une telle communication directe avec le cerveau dans un avenir proche.

Libérez ce cerveau

Imaginez que vous êtes Kate Allat, une femme qui a été 10 jours dans le coma en 2010, selon un article publié la semaine dernièreMort cérébrale, avaient diagnostiqué les médecins.

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Pourtant, durant tout ce temps, raconte-t-elle, elle a tout entendu.

Ne pouvant ni bouger ni communiquer avec son entourage, elle a entendu tout ce qui a été dit autour d’elle, y compris quand les médecins discutaient de la possibilité de la débrancher.

Puis elle s’est réveillée de son coma.

Est-ce qu’un outil de communication direct avec son cerveau lui aurait permis de communiquer avec l’extérieur de sa prison cérébrale?

L’interface cerveau machine

Un tel outil, qui n’est plus l’idée malade d’un savant fou, mais bien une réalité, pourrait notamment être utilisé pour entrer en contact avec des patients qui ne peuvent plus communiquer, notamment ceux atteints de paralysie totale ou du syndrome d’enfermement.

Récemment, on a testé une interface cerveau-machine capable de capturer des ondes cérébrales très précises. Cette interface permettre au cerveau d’un patient paralysé de communiquer directement avec une machine.

Devant lui, on a déposé un clavier. On lui a demandé de se concentrer sur une lettre du clavier.

Une série de petits flashs lumineux sont apparus sur les touches du clavier. On a observé un stimulus cérébral précis quand ce flash a touché la lettre sur laquelle le patient se concentrait.

Son cerveau avait réagi automatiquement en générant une onde d’une amplitude plus grande que les autres (le P300, qui survient à 300 ms après l’apparition du stimulus).

En capturant ce signal sur l’encéphalogramme, l’ordinateur comprend que le « doigt mental vient de taper sur le clavier« .

Le patient peut ainsi construire petit à petit un message vers le monde extérieur.

Le langage du cerveau

Les lecteurs de Triplex savent que deux initiatives vont, dans la prochaine décennie, tenter de cartographier le cerveau et de le simuler sous forme d’algorithmes. Une en Europe (Human Brain Project) et une aux États-Unis (BRAIN initiative). C’est un chantier aussi gros que la cartographie de l’ADN, il y a 20 ans,

À la fin du mois de septembre, pour fêter le premier anniversaire du BRAIN initiative, les Américains ont invité un étudiant chercheur de la Duke University à venir expliquer en quoi allaient consister ses recherches dans le cadre du Grand Challenge Scholars Program, un programme destiné à soutenir les ingénieurs qui recherchent des solutions aux grands défis scientifiques (dont la « rétro-ingénierie du cerveau« ).

Il a dit qu’il comptait travailler au développement d’un langage commun entre le cerveau et les machines, afin qu’ils puissent mieux communiquer ensemble

L’étudiant chercheur côtoie le Dr Miguel Nicolelis, qui travaille sur le projet Walk Again.

Walk Again est un exosquelette entièrement contrôlé par le cerveau. Il a permis à un adolescent paralysé de donner le coup d’envoi à un match de soccer au Brésil durant la Coupe du monde au printemps dernier.

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Les projets d’un peu partout convergent, lentement mais sûrement, vers une compréhension de plus en plus grande du cerveau humain.

Tous les exemples à ce jour sont encore anecdotiques ou alors spécifiques à un handicap particulier. Mais ils montrent tous que la communication directe avec le cerveau est possible.

Observez bien ce qui se passe autour de vous. Toutes ces têtes aux cerveaux emprisonnés. Se pourrait-il que ce soit comme ça que les gens du futur nous perçoivent un jour?