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Avez-vous une information confidentielle ou un document à transmettre anonymement aux journalistes de Radio-Canada? C’est possible dès aujourd’hui de le faire en ligne.

Radio-Canada vient d’ouvrir Source Anonyme pour transmettre des informations et des documents de façon sécuritaire aux journalistes de Radio-Canada.

C’est dans le cadre de l’accélérateur d’idées de Radio-Canada que notre collègue de Triplex Catherine Mathys a poussé ce projet pour qu’il soit réalisé. Elle a remporté le vote des employés et du jury de ce concours au printemps dernier.

L’accélérateur d’idées permet de placer un projet sur le haut de la pile des priorités. Des ressources sont alors dédiées pour la réalisation de l’idée gagnante. Hamady Cissé, Dominic Marchand, Xavier Kronström Richard et Thomas Le Jouan ont participé au développement du projet.

« Je trouvais qu’en 2016, me racontait hier Catherine, il était important que Radio-Canada ait un tel canal sécurisé et confidentiel. Avant les révélations de Snowden en 2013, on ne connaissait pas l’ampleur de la surveillance en ligne. On en était encore aux courriels et aux clés USB. J’ai donc proposé ce projet pour qu’il devienne prioritaire. »

La solution retenue par Radio-Canada est SecureDrop, une plateforme en code source ouvert développée par le regretté Aaron Swartz et reprise depuis par la fondation Freedom of the Press.

Radio-Canada et CBC deviennent le deuxième grand média au pays (après le Globe and Mail) à offrir ce service sécurisé. Elles rejoignent ainsi d’autres grands médias dans le monde comme The Guardian, le Washington Post et The New Yorker.

Comment s’y prendre pour utiliser le service anonyme

1- Aller sur sourceanonyme.radio-canada.ca

sourceanonyme

Pourquoi passer par là? C’est pour retrouver l’adresse du serveur sécuritaire (qui est w5jfqhep2jbypkek.onion) et les instructions de base.

Vous pouvez mettre en signet l’accès direct au serveur sécuritaire et ne jamais revenir sur cette page de Radio-Canada, si vous le souhaitez.

L’adresse de Radio-Canada sert à l’indexation et à faciliter l’échange quand vous souhaitez faire part du service à d’autres personnes.

2- Utiliser le navigateur Tor pour accéder au service

tor

Le navigateur Tor est un navigateur gratuit spécialisé pour rendre anonyme votre navigation en ligne. (Téléchargez-le ici.)

Un labyrinthe de serveurs empêche dans les faits de retracer votre connexion. Notez que votre connexion directe à votre fournisseur d’accès n’est pas anonyme. Il sait qui vous êtes par définition. Par contre, il ne sait pas à quel serveur vous vous connectez (Tor utilise un algorithme de cryptage sophistiqué).

3- Communiquer avec la messagerie SecureDrop

securedrop

Une fois arrivé sur la page de SecureDrop, vous verrez le logo de Radio-Canada. C’est ce qui vous dit que vous êtes au bon endroit et que les messages se rendront bien à quelqu’un de Radio-Canada.

Vous recevrez alors un code unique qui servira pour toutes vos communications. Gardez ce code en lieu sûr. Idéalement, ne l’écrivez nulle part. C’est comme la clé d’une case postale où vous recevrez vos messages.

Sur le site de SecureDrop, vous avez accès aussi à tous les autres grands médias qui utilisent le service. Avec chacun d’eux, vous aurez une autre clé unique. Ne les mélangez pas.

Notez que le logiciel SecureDrop est développé par Freedom of the Press et qu’il n’est offert qu’en anglais. Radio-Canada travaille avec eux pour le faire traduire.

Est-ce vraiment sécuritaire?

Cette procédure est la plus fiable à ce jour, mais rien ne garantit à 100 % l’efficacité. Ce n’est tout simplement pas possible en ligne. Les réseaux numériques ont montré depuis plusieurs années cette faiblesse du côté de l’anonymat.

Si votre ordinateur contient des virus espion, comme un enregistreur de frappe, qui capture tout ce que vous tapez au clavier, ou s’il est surveillé par le bureau (dans le cas d’un ordinateur au bureau), il est très possible que vous soyez repéré avant même d’accéder à la chaîne sécurisée de Source Anonyme.

Il est conseillé de passer par un ordinateur d’un café Internet.

Catherine MathysOù sont les femmes dans les technologies?

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 publié le 6 mars 2015 à 14 h 41

À la veille de la Journée internationale des femmes, permettez-moi de m’intéresser à la place des femmes dans les technologies. À lire certains articles publiés dans les dernières semaines, on en vient à se demander comment la mentalité d’un milieu qui cultive l’avenir peut être, à l’inverse, aussi rétrograde?

Où sont les femmes?

Le magazine Newsweek s’est penché sur la question ces dernières semaines. Force est de reconnaître que la Silicon Valley n’a jamais produit de Mme Gates ou Zuckerberg. Bien sûr, certaines femmes se sont taillé des places enviables comme Meg Whitman (PDG de Hewlett-Packard), Sheryl Sandberg (numéro 2 de Facebook) ou encore Marissa Mayer (PDG de Yahoo), mais elles sont bien peu nombreuses, et ces femmes ont pris la tête d’entreprises déjà existantes.

We Can Do It

L’article dresse un portrait plus sombre de la situation où la misogynie est érigée en système : menaces de violence, blagues sexistes, recrutement et licenciements fondés sur le genre, procès pour harcèlement sexuel et structures de financement qui privilégient toujours le même modèle de jeunes hommes entrepreneurs.

Des hommes financés par des hommes

Un récent rapport de la Fondation Kauffman décrit les principaux défis auxquels les entrepreneures font face. Parmi les obstacles cités, on retrouvait surtout les difficultés de trouver du financement (près de 80 % des 350 femmes interviewées ont utilisé leur argent pour lancer leur entreprise). C’est que les firmes de capital de risque sont composées à 96 % d’hommes. Il y a 20 ans, c’était 97 %. Les 5 premières ne comptent aucune femme parmi les partenaires principaux.

Résultat? Il semblerait que les projets menés par des femmes soient tout simplement mis de côté. Selon une étude du Collège Babson, citée dans l’article de Newsweek, seulement 2,7 % des 6517 entreprises qui ont reçu du capital de risque entre 2011 et 2013 étaient menées par des femmes. Pourtant, le rapport Kauffman, cité précédemment, mentionne que les entreprises en démarrage dirigées par des femmes ont un retour sur investissement plus élevé de 31 %.

Une culture bien implantée, même chez les femmes

Quand un milieu est créé pour et par de jeunes hommes blancs de classe moyenne, les technologies qu’ils conçoivent reflètent davantage leurs besoins et leurs centres d’intérêt. Newsweek cite l’exemple de Siri, l’assistant vocal d’Apple, qui, jusqu’en 2011, pouvait fournir à ses utilisateurs une prostituée ou du Viagra, mais pas d’adresse de clinique d’avortement. Ceux et celles qui osent dénoncer le déséquilibre des genres sont souvent menacés. Parlez-en à celles, qui comme Anita Sarkeesian, tentent de renverser la vapeur en dénonçant le sexisme inhérent aux jeux vidéo.

Toutefois, n’allez pas penser qu’il n’y a que les hommes qui entretiennent ce système misogyne. Les quelques femmes qui se sont rendues au sommet ne sont pas des exemples de féministes convaincues. Dans une récente entrevue, Marissa Meyer, PDG de Yahoo, mentionnait que, dans l’industrie des technologies, le genre n’était pas important. Bien sûr, son commentaire n’est pas passé inaperçu.

Marissa Mayer

Marissa Mayer, PDG de Yahoo

Dans les jours qui ont suivi, les réponses ont déferlé, dont celle-ci, publiée dans le Huffington Post par la journaliste Jillian Berman. Dans son article, elle énumère les raisons pour lesquelles les questions reliées au genre sont à la fois difficiles à éviter et centrales à bien des aspects de l’industrie, à commencer par le nombre de femmes parmi les employés. Des géants comme Google, Apple et Facebook ne comptent bien souvent pas plus de 30 % de femmes dans leurs effectifs. Yahoo, l’entreprise de Marissa Meyer, en compte 37 %, mais seulement 23 % de ses cadres supérieurs sont des femmes.

Cela dit, il faut le mentionner, certaines entreprises font des efforts, par exemple Intel, qui investit dans le recrutement de femmes et de minorités visibles.

L’exode des femmes

Malgré certains efforts, les femmes qui parviennent à se tailler une place dans le domaine ne semblent pas rester longtemps. Jillian Berman fait référence à une étude du Harvard Business Review qui indique que le nombre de femmes œuvrant dans les technologies qui s’en vont après 10 ans s’élèverait à 41 %, contre 17 % chez les hommes. Parmi les principaux facteurs figure, notamment, l’environnement de travail hostile.

De plus, les disparités salariales n’aident, bien sûr, en rien. Elles sont pourtant moindres dans l’industrie des technologies qu’ailleurs, mais elles augmentent avec l’ancienneté.

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Dans la Silicon Valley, les femmes diplômées gagnent de 40 à 73 % de moins que leurs collègues masculins. Et, comme le conclut Jillian Berman, des commentaires comme ceux de Satya Nadella ne contribuent pas à améliorer cet état de fait. Le PDG de Microsoft, a dit l’an dernier que les femmes ne devraient pas demander d’augmentation de salaire et qu’elles recevraient ce qu’elles méritaient. Bien qu’il se soit rétracté par la suite, on sent bien dans ses propos et ceux de bien des acteurs de la Silicon Valley que la culture misogyne est malheureusement bien incrustée dans les mentalités et le système en place.

 

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Intel a annoncé hier l’acquisition de la jeune entreprise montréalaise PasswordBox, qui offre un service permettant de sauvegarder tous ses mots de passe dans un seul endroit. Tant pour Intel que pour PasswordBox, il s’agit toutefois là d’une solution temporaire, en attendant l’arrivée d’un avenir sans mots de passe.

C’est vêtu d’un chandail de hockey à l’effigie de sa compagnie que le chef de la direction de PasswordBox, Daniel Robichaud, a annoncé officiellement la nouvelle, hier, à la Maison Notman, à Montréal.

« Nous voulons créer un produit qui pourra toucher 1 milliard d’utilisateurs, et c’est ce qu’un partenaire comme Intel pourra nous permettre de réaliser », a annoncé l’entrepreneur en série, qui n’a pas dévoilé le montant de la transaction.

Il a avoué avoir considéré plusieurs options pour l’avenir de son entreprise, mais que ses ambitions pour PasswordBox étaient mieux servies au sein du géant américain des microprocesseurs.

La jeune compagnie qui compte une cinquantaine d’employés en ce moment devrait doubler la superficie de ses bureaux d’ici la fin décembre, et elle espère embaucher de nombreux développeurs et ingénieurs au cours des mois à venir.

Le mot de passe : une solution temporaire
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Même si les mots de passe sont pour l’instant au cœur du service de PasswordBox, ceux-ci représentent un mal nécessaire pour la compagnie, qui se veut un pont entre « le monde actuel avec des mots de passe » et le monde futur, offrant « quelque chose de meilleur », explique Daniel Robichaud.

Une vision d’ailleurs partagée par Intel. « Les mots de passe ne disparaîtront pas tout de suite, mais on espère les remplacer le plus rapidement possible », a ajouté Mark Hocking, vice-président et directeur général d’Intel Security, la division d’Intel qui chapeaute notamment la compagnie de sécurité informatique McAfee.

Les ratés des mots de passe sont nombreux. Difficiles à retenir et relativement faciles à pirater, ceux-ci sont bien souvent le talon d’Achille de la sécurité en ligne. Même si un gestionnaire de mots de passe comme PasswordBox contribue à réduire les risques, les experts en sécurité informatique s’entendent généralement pour dire qu’un autre genre de protection serait préférable.

« Il y a heureusement beaucoup d’avenues prometteuses, comme la biométrie et l’information contextuelle », ajoute le directeur général d’Intel Security.

Selon ce dernier, Intel travaille présentement sur différentes technologies pour remplacer les mots de passe, et la compagnie devrait faire une annonce majeure à ce sujet au cours des prochains mois.

On en saura alors peut-être un peu plus sur l’avenir des mots de passe, mais aussi, par la même occasion, sur celui de PasswordBox.

Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

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 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014 ») qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

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Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

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Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
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Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

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Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.

Catherine MathysLes réseaux sociaux ou le plaisir de parler de soi

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 publié le 14 octobre 2014 à 11 h 46

À l’émission La sphère du samedi 11 octobre, on a parlé de l’identité numérique des enfants forgée à partir des traces laissées en ligne par leurs parents. À partir de cet article du Guardian, on s’est demandé pourquoi cette pratique s’était généralisée et surtout si elle pouvait nuire plus tard aux enfants. La question est dans l’air du temps. En mai dernier, le réseau NPR faisait un reportage sur la question. Nos enfants seront les premiers à avoir une identité numérique avant même d’être nés, souvent avec l’échographie du bébé. Et, comme je le mentionnais à l’émission, les Canadiens sont champions de cette pratique si l’on en croit les données du sondage de la firme de sécurité informatique AVG.

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Le magazine en ligne Planète F soulève aussi la question de l’empreinte numérique des enfants que les parents laissent avec la publication de multiples photos. On peut y lire le professeur André Mondoux, professeur à l’école des médias de l’UQAM et spécialiste en technologies socionumériques : « Être parent n’est plus un rôle social valorisé comme autrefois. Cette reconnaissance passe maintenant par les photos de nos petites frimousses et par le nombre de “like” qu’elles vont chercher. On a besoin de se faire dire qu’ils sont beaux, ça veut dire que l’on existe socialement comme bon parent. Et se le faire dire en temps réel, c’est bon pour l’égo. »

L’importance de la publication en ligne

Dans son plus récent livre Tell everyone: Why we share and why it matters (Dites-le à tout le monde : pourquoi nous publions en ligne et pourquoi c’est important), qui paraît aujourd’hui même, Alfred Hermida, professeur associé à l’Université de Colombie-Britannique en journalisme numérique et médias sociaux, analyse nos propensions à afficher nos expériences, nos opinions et nos émotions en ligne. Cet article du Globe and Mail expose sa démarche à travers une entrevue où il trace les grandes lignes de sa pensée.

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Selon Hermida, la publication de vidéos virales, de nouvelles, de statuts et autres échanges numériques peut s’avérer futile, mais elle contribue, au contraire, à se bâtir du capital social en montrant à notre auditoire ce qui est réellement important pour soi. Si on publie un contenu drôle, par exemple, on le fait d’abord pour rire avec d’autres. Si nous rions ensemble, on se ressemble peut-être un peu. C’est rassurant.

Bien sûr, la nature de la bête structure nos échanges. Comme l’instantanéité de la technologie modélise nos comportements, nous sommes plus souvent dans l’action que dans la contemplation, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la nuance qui se fait plus rare dans nos propos. Cela dit, il y a maintenant 10 ans que nous affichons nos vies sur Facebook. Comme le rappelle Fabien Loszach dans l’émission de samedi, le mouvement ne semble pas près de s’essouffler.

En général, les réseaux sociaux sont faciles à utiliser. On les a intégrés à nos vies. Les Canadiens comptent parmi les plus branchés au monde avec 33 h d’utilisation d’Internet par mois, et nous sommes 19 millions sur une population totale de 35 millions à avoir un compte Facebook.

Hermida soutient qu’on s’attarde beaucoup à la façon dont on se branche, mais peu sur les raisons qui nous poussent à nous brancher. Il soutient que les médias sociaux ne sont qu’un nouvel espace qui nous permet de créer des liens sociaux, ce que nous avons toujours fait en tant qu’espèce, par ailleurs. Bien sûr, le contexte numérique implique que nos échanges les plus anodins puissent être archivés et redéployés par d’autres à n’importe quel moment.

La difficulté des réseaux sociaux comme Facebook, c’est qu’ils homogénéisent nos auditoires autrement segmentés dans notre vie de tous les jours. Habituellement, nous adaptons notre comportement en fonction du caractère public ou privé du contexte. En ligne, tout a le potentiel de devenir à la fois public et privé. Nous modifions nos échanges pour rejoindre l’auditoire que vous pensons atteindre et en fonction de ce que nous souhaitons qu’il pense de nous.

Le plaisir de parler de soi

Dans son livre, Hermida parle du terme anglais « meformer », c’est-à-dire quelqu’un qui parle toujours de lui-même. Selon l’auteur, on ne peut en vouloir aux utilisateurs des réseaux sociaux de ne parler que d’eux-mêmes puisque c’est ce que nous faisons de mieux. Il dit que 30 à 40 % de tous nos échanges quotidiens tournent autour de nous-mêmes. Hermida fait référence à cette étude de l’Université Harvard, qui confirme que de parler de soi est même une activité hautement agréable. En utilisant des électroencéphalogrammes, des chercheurs ont déterminé que notre cerveau émet de la dopamine lorsqu’on parle de soi. Il est donc physiquement valorisant de dévoiler de l’information personnelle.

En effet, bien qu’on sache que les êtres humains parlent beaucoup d’eux-mêmes, on en savait peu sur les mécanismes derrière ce comportement. Avec cette étude, on réalise que de parler de soi déclenche des réactions primaires de récompense au même titre que manger ou faire l’amour. Ce n’est pas rien. Si les réseaux sociaux nous en donnent l’occasion, pourquoi s’en priver? L’étude nous apprend que le simple fait de trouver une occasion de parler de soi est très valorisant.

La recherche de Harvard conclut que la simple communication des croyances et des pensées est importante dans l’adaptation sociale d’une personne. On parle ici de créer de nouvelles alliances et de nouveaux liens sociaux, d’utiliser la rétroaction des autres pour mieux se connaître ou encore de repousser les limites des connaissances qu’on peut accumuler. Ainsi la motivation de vouloir sans cesse se dévoiler est essentielle aux comportements qui assurent notre sociabilité en tant qu’espèce. Bon, voilà qui est dit. Maintenant, vous pouvez retourner sur Facebook en toute quiétude.