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Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

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 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014″) qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

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Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

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Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
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Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

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Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.

Martin LessardLe point sur la communication cerveau à cerveau (2/2)

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 publié le 29 octobre 2014 à 15 h 19

Dans la première partie, hier, je recensais les derniers exploits dans le domaine des neurosciences, en particulier sur le plan de la communication cerveau à cerveau.

Si les expériences de télépathie assistée par ordinateur sont encore embryonnaires — et entre vous et moi, on est encore loin d’avoir démontré leur entière pertinence — on peut bien songer à quelques applications d’une telle communication directe avec le cerveau dans un avenir proche.

Libérez ce cerveau

Imaginez que vous êtes Kate Allat, une femme qui a été 10 jours dans le coma en 2010, selon un article publié la semaine dernièreMort cérébrale, avaient diagnostiqué les médecins.

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Pourtant, durant tout ce temps, raconte-t-elle, elle a tout entendu.

Ne pouvant ni bouger ni communiquer avec son entourage, elle a entendu tout ce qui a été dit autour d’elle, y compris quand les médecins discutaient de la possibilité de la débrancher.

Puis elle s’est réveillée de son coma.

Est-ce qu’un outil de communication direct avec son cerveau lui aurait permis de communiquer avec l’extérieur de sa prison cérébrale?

L’interface cerveau machine

Un tel outil, qui n’est plus l’idée malade d’un savant fou, mais bien une réalité, pourrait notamment être utilisé pour entrer en contact avec des patients qui ne peuvent plus communiquer, notamment ceux atteints de paralysie totale ou du syndrome d’enfermement.

Récemment, on a testé une interface cerveau-machine capable de capturer des ondes cérébrales très précises. Cette interface permettre au cerveau d’un patient paralysé de communiquer directement avec une machine.

Devant lui, on a déposé un clavier. On lui a demandé de se concentrer sur une lettre du clavier.

Une série de petits flashs lumineux sont apparus sur les touches du clavier. On a observé un stimulus cérébral précis quand ce flash a touché la lettre sur laquelle le patient se concentrait.

Son cerveau avait réagi automatiquement en générant une onde d’une amplitude plus grande que les autres (le P300, qui survient à 300 ms après l’apparition du stimulus).

En capturant ce signal sur l’encéphalogramme, l’ordinateur comprend que le « doigt mental vient de taper sur le clavier« .

Le patient peut ainsi construire petit à petit un message vers le monde extérieur.

Le langage du cerveau

Les lecteurs de Triplex savent que deux initiatives vont, dans la prochaine décennie, tenter de cartographier le cerveau et de le simuler sous forme d’algorithmes. Une en Europe (Human Brain Project) et une aux États-Unis (BRAIN initiative). C’est un chantier aussi gros que la cartographie de l’ADN, il y a 20 ans,

À la fin du mois de septembre, pour fêter le premier anniversaire du BRAIN initiative, les Américains ont invité un étudiant chercheur de la Duke University à venir expliquer en quoi allaient consister ses recherches dans le cadre du Grand Challenge Scholars Program, un programme destiné à soutenir les ingénieurs qui recherchent des solutions aux grands défis scientifiques (dont la « rétro-ingénierie du cerveau« ).

Il a dit qu’il comptait travailler au développement d’un langage commun entre le cerveau et les machines, afin qu’ils puissent mieux communiquer ensemble

L’étudiant chercheur côtoie le Dr Miguel Nicolelis, qui travaille sur le projet Walk Again.

Walk Again est un exosquelette entièrement contrôlé par le cerveau. Il a permis à un adolescent paralysé de donner le coup d’envoi à un match de soccer au Brésil durant la Coupe du monde au printemps dernier.

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Les projets d’un peu partout convergent, lentement mais sûrement, vers une compréhension de plus en plus grande du cerveau humain.

Tous les exemples à ce jour sont encore anecdotiques ou alors spécifiques à un handicap particulier. Mais ils montrent tous que la communication directe avec le cerveau est possible.

Observez bien ce qui se passe autour de vous. Toutes ces têtes aux cerveaux emprisonnés. Se pourrait-il que ce soit comme ça que les gens du futur nous perçoivent un jour?

Martin LessardPlacer sa ville dans le 21e siècle

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 publié le 6 octobre 2014 à 12 h 23

Le concept de « ville intelligente », terme fourre-tout, laisse entendre que la technologie peut améliorer la gestion et la gouvernance des cités tout en augmentant le bien-être et la participation des citoyens.

L’expression (une traduction maladroite de smart city) fait référence, de plus en plus concrètement, à une réalité qui fait réagir bien des gens. Voici deux exemples.

Codesigner les nouveaux territoires numériques

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Hier avait lieu un « atelier de codesign » sur la ville intelligente dans le but de « définir les priorités d’un Montréal du 21e siècle ».

Un atelier de codesign (ou de « coconception« ) est une démarche participative et créative réunissant une diversité d’acteurs autour de diverses thématiques.

Celui d’hier a permis de suggérer des pistes, technologiques ou non, pour rendre la Ville de Montréal capable de répondre à des problèmes, présents ou à venir, comme la mobilité et le transport, la marginalité et la salubrité, ou encore le soutien aux artères commerciales et à l’écosystème des jeunes entreprises web.

Les meilleures idées ont ensuite été proposées aux Entretiens Jacques Cartier, qui ont lieu aujourd’hui même et auquel participe le maire de Montréal, Denis Coderre.

Denis Coderre

Osons une métaphore.

Le champ des possibles numériques qui s’offre à la ville par le biais des technologies émergentes et des algorithmes de plus en plus performants lui permet de s’agrandir, de « s’augmenter », un peu comme les Pays-Bas ont réussi à prendre du terrain sur la mer et à assécher des terres pour les occuper.

La technologie ouvre ainsi de nouveaux territoires pour la ville.

Ce à quoi on assiste en ce moment est un débat pour s’entendre sur la façon d’aménager ces nouveaux territoires.

Domaines d'intervention

Les coureurs des bois numériques

Sur ces territoires ainsi en friche se trouvent aussi les nouveaux coureurs des bois modernes, si vous permettez que je poursuive sur la même métaphore. Ce sont les entrepreneurs de compagnies en démarrage dans le domaine de la technologie.

Or, juste à point, MTL NewTech, un organisme à but non lucratif de promotion des jeunes entreprises web à Montréal, propose demain soir, mardi 7 octobre, une soirée consacrée aux petites entreprises qui offrent des solutions pour rendre la ville un peu plus intelligente.

Domaines d'intervention

Quatre compagnies d’ici y seront présentées : TransitApp, Provender, Navut et PotLoc.

Vous connaissez deux d’entre elles, car j’en ai déjà fait mention sur Triplex :

- Transit, une application qui permet de se repérer dans les transports en commun encore mieux qu’avec les outils de la société de transport locale.

- Provender, un marché en ligne qui optimise l’offre et la demande entre les petits fermiers et les restaurants mieux que ne le ferait la chaîne industrielle actuelle.

Les deux autres entreprises locales en démarrage sont tout aussi intéressantes :

- Navut, un service en ligne pour aider les familles à repérer le meilleur quartier pour eux quand ils emménagent dans une nouvelle ville.

- Potloc, un service de consultation hyperlocal pour permettre de connaître quel type de commerces les citoyens souhaitent voir dans leur quartier.

Ces quatre exemples montrent à quel point les coureurs des bois sont déjà en train, aujourd’hui même, de bâtir cette ville intelligente.

Ils optimisent par technologies interposées des ressources qui ne pouvaient pas être exploitées auparavant de cette façon.

À mon avis, si vous souhaitez voir tout de suite comment les petits blocs de cette ville intelligente se mettent en place, c’est là que ça se passe (il restait des billets gratuits pour l’événement au moment d’écrire ces lignes).

L’histoire nous a appris que les coureurs des bois n’ont jamais attendu une autorisation pour explorer les nouveaux territoires qui s’offraient à eux.

La ville, morceau par morceau, entre dans le 21e siècle.

À lire aussi sur Triplex :

Demain, la ville intelligente (l’exemple de la ville de Québec)

Startup Festival : l’entrepreneuriat technologique qui change le monde

Rester à Montréal, pour innover (le cas de Sébastien Provencher)

Martin LessardLe grand bond du 21e siècle

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 publié le 23 septembre 2014 à 12 h 07

« Si la société industrielle a surtout produit des objets, la société de la connaissance va surtout générer de nouvelles relations entre les acteurs sociaux. »

Michel Cartier, professeur québécois à la retraite et observateur du numérique depuis plusieurs décennies, nous offre dans la nouvelle version de son site web, 21siecle.com, ses plus récentes réflexions à propos de la révolution numérique en cours.

Ces réflexions, il les a approfondies avec Jon Husband, une figure importante sur Internet, à qui on doit le concept de « wirearchy« , un nouveau rapport social basé sur l’information, le savoir, la confiance et la crédibilité.

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Tous deux y décrivent beaucoup de changements en cours, de la nouvelle écriture à la ville intelligente, en passant par le type de réorganisation sociale induit par le numérique.

Il se met en place, disent-ils, un « nouveau mode de circulation de l’information et un nouveau contexte culturel » — lire, sur Triplex, mon billet, Une littératie pour l’Internet des objets?).

Ce qui émerge, ce sont de nouvelles façons de gouverner la société (« Il n’y a pas de ville intelligente si, à la base, il n’y a pas de participation citoyenne intelligente » — lire, sur Triplex, mon billet, Demain la ville intelligente).

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Le numérique a vraiment quitté le « monde virtuel » pour venir métamorphoser le « vrai monde ».

Cette dichotomie entre ces deux « mondes » fait maintenant sourire, tant ce sont les deux faces de la même pièce. Nous ne pourrons plus faire l’impasse sur le potentiel disruptif que le numérique induit à tous les niveaux de la société.

Michel Cartier a d’ailleurs présenté récemment son point de vue dans une conférence où se trouvait le premier ministre du Québec, et au sortir de laquelle ce dernier s’est empressé de reconnaître enfin le besoin de se doter d’un plan numérique.

Comprendre pour mieux anticiper

Michel Cartier et Jon Husband suggèrent que nous avons de la difficulté à anticiper ce que deviendra la société numérique, car nous en avons une vision erronée.

À la base, ils voient principalement trois erreurs.

  • La première erreur concerne notre compréhension d’Internet. Ce n’est pas qu’un grand réseau physique. C’est aussi une culture qui change la façon dont on acquiert nos connaissances et dont nous établissons nos relations sociales.
  • La deuxième erreur est de penser qu’un iPhone ou qu’un Android n’est qu’un téléphone. « À peine 20 % des activités de cet appareil sont d’ordre téléphonique, contre 80 % qui sont d’ordre informatique. »
  • La troisième erreur est la façon dont on laisse l’information devenir une marchandise assujettie aux lois des promoteurs des marchés.

« Comment pouvons-nous faire des choix judicieux en tant que citoyens quand le web nous inonde, d’un côté, d’information plus ou moins validée et, de l’autre, de commentaires hétéroclites de toutes sortes, de rumeurs et de publicités dans un contexte d’immédiateté? »

Ce que Cartier et Husband s’efforcent de nous faire comprendre, c’est que l’information est le matériau principal qu’utilisent les citoyens pour développer leur société. Lorsqu’elles sont contextualisées, les données communiquées deviennent des informations, puis des connaissances et, quelquefois, l’objet de consensus – lire mon billet sur Triplex, OpenGouv : gouvernement ouvert en direct).

« Des opinions créent des solidarités, donc une énergie avec laquelle les différents acteurs politiques, économiques et sociaux peuvent élaborer leur plan de société, sorte de contrat social. »

Ne pas avoir de plan numérique, c’est se lancer tête baissée dans le noir et espérer ne pas heurter un poteau.

Vers une société de la connaissance

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La société industrielle, qui était caractérisée par ses clivages économiques, se métamorphose, selon les deux auteurs, en une société de la connaissance qui sera caractérisée par des clivages beaucoup plus culturels.

Comme nous basculons d’une ère industrielle vers une société de la connaissance, écrivent-ils, nous vivons une rupture, mais les gens refusent d’en parler, ce qui crée des tensions.

« Ces colères se multiplient via les réseaux sociaux. Engoncées dans leur pensée industrielle, les élites politiques et économiques sont incapables de trouver des solutions aux crises postindustrielles qui émergent. »

Cartier et Husband anticipent des changements radicaux. Si nous y faisons face correctement —  ils n’apportent pas de réponse aux questions, ce sera à nous de les trouver —, on devrait pouvoir changer le cours du 21e siècle.

Les deux auteurs souhaitent que leur site web, 21siecle.com, soit le début d’une prise de conscience.

Martin LessardAvis de tempête solaire

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 publié le 11 septembre 2014 à 16 h 52

Une éruption solaire jugée « extrême » a été repérée hier et pourrait affecter le réseau électrique, la communication satellite et les transmissions radio à partir de vendredi et durant le week-end.

Dans cette image, on voit que l’explosion gigantesque sur ​​le Soleil (boule blanche au centre) pointait en plein dans notre direction, et il est très probable qu’une partie du nuage de plasma viendra nous affecter demain et les jours suivants.

Source : NOAA NWS Space Weather Prediction Center

Source : NOAA NWS Space Weather Prediction Center

Une tempête solaire peut perturber la sphère magnétique de la Terre, ce qui conduit parfois à des problèmes temporaires sur les réseaux électriques. En mars 1989, une éruption du Soleil avait réussi à faire tomber tout le réseau électrique d’Hydro-Québec.

Les scientifiques ne s’inquiètent pas outre mesure cette fois-ci. Sur une échelle de cinq, celle-ci est de niveau deux, et il est plus probable que ce soit sous la forme d’aurores boréales que la tempête soit le plus remarquée.

Mais j’ai comme l’impression que ce genre d’« avis de tempête solaire » pourrait à l’avenir être pris au sérieux par l’ampleur de ses conséquences à une époque où tout le monde utilise les télécommunications.

Une tempête solaire à l’ère numérique

Les tempêtes solaires, qui dans un monde anténumérique seraient passées inaperçues, montrent en creux un type de technologie auquel nous sommes devenus accros et duquel nous serons encore plus dépendants demain : le GPS.

Le GPS est ce système de localisation mondial basé sur des signaux transmis par des satellites. Par triangulation de ces signaux, on arrive à se repérer exactement sur Terre. La précision peut aller jusqu’à quelques millimètres près avec un certain matériel. Dans un usage courant, la précision est de quelques mètres.

Lors d’une tempête solaire qui affecterait le GPS (disons une de niveau cinq), une différence de précision d’une dizaine de mètres ou même une perte de signal est tout à fait envisageable.

Celui qui utilise un GPS pour se rendre d’une ville à l’autre ne sera pas très touché.

Par contre, pour l’agriculture moderne, on a besoin d’une plus grande précision pour contrôler des machines automatisées dans les champs.

Je vois aussi deux autres endroits où une tempête solaire pourrait toucher davantage le grand public (outre les pannes de courant) :

La voiture autonome

La voiture autonome, qui devrait arriver dans nos rues d’ici la fin de cette décennie, se basera sur le GPS.

On voit tout d’un coup le potentiel dommageable d’une tempête solaire de type cinq pour un réseau routier qui posséderait plein de ces voitures autonomes. On ne tient pas à ce qu’une imprécision de plusieurs mètres fasse rouler ces voitures sur les trottoirs.

Heureusement, ces voitures autonomes ne se basent pas entièrement sur le GPS et peuvent se diriger aussi grâce à des caméras et des capteurs.

L’internet des objets

Il y a aussi fort à parier que la montée de l’internet des objets nous rendra encore plus accros au géopositionnement.

On peut imaginer que la vie domestique de demain exigera une garantie de précision du GPS en tout temps pour la coordination des robots domestiques ou autres appareils mobiles ou non.

Le GPS, aussi révolutionnaire soit-il, a ses limites. Déjà que les signaux ne peuvent être reçus sous terre ou sous l’eau, si la précision se dégrade ou devient indisponible pendant les tempêtes solaires, il faut commencer à penser à des solutions de rechange.

La DARPA et le post-GPS

Cette semaine, la DARPA a déclaré vouloir explorer de nouvelles technologies de positionnement qui ne seraient pas basées sur le GPS.

Sachant que notre demande en précision de géolocalisation augmentera dans les prochaines années, et en sachant aussi que des tempêtes solaires de niveau 5 arrivent environ 4 fois tous les cycles de 11 ans, on voit qu’il ne s’agit que d’une seule fois, comme aujourd’hui (où la conjoncture place la Terre sur le parcours d’une éruption solaire), pour comprendre qu’un jour, nous serons réellement affectés par une tempête solaire.

Ce jour-là, les tempêtes solaires entreront dans les bulletins météo…