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La promesse des avancées en intelligence artificielle a poussé récemment certaines personnalités comme Stephen Hawking, Elon Musk et Bill Gates à tirer le signal d’alarme quant aux dangers pour l’avenir de l’humanité (rien de moins!).

Peu de gens le savent, mais Montréal est une des plaques tournantes de la recherche en intelligence artificielle, en apprentissage de représentations profondes (deep learning) en particulier.

Montréal se trouve donc à l’épicentre de cette catastrophe mondiale annoncée. Et heureusement, nos experts d’ici peuvent dédramatiser un peu tout ça.

L’ordinateur qui voulait être plus gros que la grenouille

L’Université de Montréal a le plus grand groupe de recherche en apprentissage profond du monde concentré en un seul endroit. C’est le MILA, l’Institut de Montréal des algorithmes d’apprentissage, qui compte plus de 50 chercheurs.

À la tête du MILA se trouve un des trois principaux fondateurs de la recherche en apprentissage de représentations profondes, Yoshua Bengio.

À une rencontre de l’Association des communicateurs scientifiques mardi dernier, M. Bengio est venu remettre les pendules à l’heure à propos de cette « menace » de l’intelligence artificielle de « nous dépasser »!

Si, par intelligence artificielle, on entend une intelligence comparable à celle de l’humain, nous en sommes encore (vraiment) très loin.

« S’inquiéter maintenant de ça, c’est comme si l’Égypte ancienne s’était inquiétée à l’époque de la future pollution des astronautes sur Mars », dit M. Bengio.

Dans le meilleur des cas, on estime que certains systèmes d’intelligence artificielle s’approchent de l’intelligence d’une grenouille (et encore, avec beaucoup de limitations).

Même si on multipliait par 10 000 fois la puissance des systèmes actuels, M. Bengio croit que dépasser significativement le cerveau humain demanderait de résoudre des calculs immensément lourds et possiblement insolubles.

Contrôle du monde : pas pour demain

Malheureusement, pourrait-on rétorquer, donner à une intelligence artificielle du niveau d’une grenouille une mitraillette, cela n’a rien de rassurant.

Vrai. Mais c’est davantage une question politique qu’une question d’intelligence artificielle. Déjà n’importe quel demeuré avec une mitraillette devient de toute façon un danger public. Pas besoin d’être intelligent pour tirer dans le tas.

C’est une question politique, car c’est l’industrie de l’armement qu’il faut chercher à encadrer, si nous ne souhaitons pas de ces armes intelligentes qui tirent toutes seules ou de ces drones létaux.

Verra-t-on l’intelligence artificielle prendre un jour contrôle de la Terre? La science-fiction reste de la science-fiction. L’intelligence artificielle, en ce moment et dans un avenir prévisible, n’est pas un danger en soi.

La crainte exprimée par Hawking, Musk et Gates reste pourtant légitime. Tout comme pour le nucléaire, on peut l’utiliser soit pour chauffer des maisons, soit pour anéantir une ville.

En médecine, l’intelligence artificielle peut aider les médecins dans leur diagnostic. Sur la route, elle pourra un jour nous éviter des accidents. En datajournalisme, elle pourrait indiquer les secteurs sur lesquels il faut mettre de la lumière.

Toutefois, mal utilisée, elle pourrait nous rendre la vie difficile : surveillance de masse, perte de la vie privée, destruction d’emplois en raison de l’automatisation…

Un enjeu politique

S’il devait y avoir un écho aux craintes mentionnées plus haut, c’est bien sur le plan politique qu’il doit se traduire. Nous nous trouverons bien un jour à la croisée des chemins. La réflexion doit donc être engagée maintenant.

Nous allons devoir résoudre, dans les années à venir, non pas un problème de développement de territoire pour accéder à des ressources naturelles, mais un problème d’aménagement du territoire numérique pour accéder à des ressources cognitives.

En ce moment, un des pôles importants de l’intelligence artificielle est à Montréal. À nous d’assumer le leadership dans ce domaine et de le maintenir.

Catherine MathysGoogle, Woody Allen et vous

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 publié le 8 avril 2015 à 13 h 41

Si les robots ne sont pas encore parmi nous, c’est à prévoir dans un avenir rapproché. D’ailleurs, Google semble s’y préparer de plus en plus sérieusement. La semaine dernière, l’entreprise a déposé un nouveau brevet qui a pour but d’attribuer une personnalité à un robot ou à un ordinateur. Oui, vous avez bien lu. Google veut aider les machines qui vous entourent à mieux s’entendre avec vous en téléchargeant une personnalité comme on télécharge une application.

Un robot qui vous comprend

Un robot (ou un ordinateur) pourrait donc avoir des personnalités multiples pour mieux s’adapter à ses divers utilisateurs.

Chaque personnalité robotique serait évolutive. Les événements du quotidien seraient compilés dans la mémoire du robot, et sa personnalité pourrait donc être modifiée selon ces derniers.

Il serait même possible de créer une banque de personnalités et de les télécharger sur un ou plusieurs robots à la fois. En d’autres termes, on pourrait cloner la personnalité de ce robot pour ne pas perdre toutes les données accumulées. C’est un peu comme quand on garde une carte SIM en changeant de téléphone, sauf qu’ici tout serait accessible dans le nuage de Google.

woody

Là où ça commence à faire un peu peur, c’est ici : le brevet mentionne que la personnalité en question pourrait reproduire celle du propriétaire de l’appareil, ou encore celle d’un proche mort ou d’une vedette. Le robot pourrait donc devenir névrotique comme Woody Allen, si on le souhaite. Ce n’est pas mon exemple, c’est le document de Google qui le dit!

Ce n’est qu’un début

C’était probablement la suite logique des choses. On sait que les robots feront partie de notre quotidien un jour, alors autant raffiner leurs interactions avec nous.

Google s’intéresse à la robotique depuis plusieurs années. Elle a d’ailleurs acheté plusieurs entreprises récemment, dont Boston Dynamics ou encore Bot & Dolly. Cela dit, en ce qui concerne la personnalité des robots, il ne s’agit que d’un brevet pour le moment. Il n’y a donc aucune garantie que Google vise la commercialisation d’un produit avec le processus qu’il y détaille.

Pour l’instant, on semble plus proche de faire notre jogging avec le chien robotisé Spot que de jaser avec Woody Allen dans notre salon.

 

Martin LessardBiomimétique : des papillons-robots à Hanovre

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 publié le 30 mars 2015 à 16 h 48

Ça vole comme un papillon, mais ce n’est pas un papillon.

C’est le robot eMotionButterflies volant librement dans un espace fermé.

Fabriqués par Festo, une firme allemande, ces robots seront présentés à la grande foire technologique de Hanovre, en Allemagne, dans environ deux semaines.

À les voir voler, on a l’impression que ces papillons relancent l’utopie qu’un jour des animaux et des insectes artificiels peupleront notre environnement.

Ces bestioles artificielles

La biomimétique est une branche de la robotique qui cherche à imiter le vivant. Cette approche cherche à reproduire artificiellement des propriétés essentielles d’un ou plusieurs systèmes biologiques qui existent dans la nature (et qui ont fait leurs preuves).

Festo présentera aussi ses fourmis collaboratives artificielles :

On remarquera dans les deux vidéos tout le travail effectué par la firme pour que ses insectes ressemblent le plus possible à leur modèle. C’est peut-être ce qui est le plus fascinant et le plus effrayant à la fois.

On est fasciné parce que cette ressemblance, cette familiarité, rend le robot tout de suite acceptable, sympathique, mignon.

On est aussi effrayé par la ressemblance, car elle donne l’impression que les chercheurs sont en train de recréer l’arche de Noé en format synthétique.

Femto est aussi la compagnie qui a créé des kangourous synthétiques présentés en 2014.

Darwinisme électronique

Regardez les dauphins de Festo évoluer dans cette piscine.

Et maintenant, regardez-les évoluer dans les airs (oui, oui, pourquoi pas?).

Ces deux robots biomimétiques datent de 2009.

Les papillons de 2015, sont d’une certaine façon, les descendants de ces dauphins, mais en plus petits.

La miniaturisation rapide laisse croire à une évolution accélérée des capacités de la robotique. Cela donne l’impression que ces papillons sont réellement autonomes, intelligents, comme des êtres vivants.

En fait, c’est un système centralisé (avec 12 caméras installées dans un hall) qui gère les papillons suivis à la trace par des lasers infrarouges.

Il serait trop lourd d’y ajouter des caméras ou des capteurs. Les papillons sont donc téléguidés par un système intelligent central.

Ces papillons ne sont pas près de s’envoler de leurs propres ailes dans la nature.

Même si on souhaite réellement avoir des robots autonomes, surtout de petite taille, il reste encore le terrible défaut de tous nos gadgets connectés : l’autonomie des batteries.

Ces papillons volent pendant 3 à 4 minutes, après une recharge complète de 15 minutes. Ils sont donc loin d’être autonomes.

Et si on souhaite pouvoir installer à bord une partie de l’intelligence du système, cela ajouterait trop de poids et demanderait encore plus d’énergie, plombant d’autant leur autonomie.

C’est une belle preuve que le concept est viable et une belle prouesse technologique. Mais les insectes 100 % synthétiques ne sont pas encore prêts à sortir du laboratoire.

La révolution biomimétique

La vraie innovation ne vient pas de ces copies parfaites d’insectes ou d’animaux, mais de copies de certaines parties d’entre eux.

Par exemple cette « langue ». Regardez comment elle manipule de façon incroyable les objets.

Gardez-la à l’oeil, celle-là. C’est le FlexShapeGripper de Fiesta qui sera aussi présenté à Hanovre.

C’est par ce type d’innovation que passera la vraie révolution biomimétique.

Préparons-nous donc à devoir ravaler notre fierté : nous serons un jour renvoyés des usines de manutention pour être remplacés par ces « langues ».

Martin LessardDes lentilles cornéennes télescopiques

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 publié le 19 février 2015 à 13 h 59

La technologie portable (les montres, bracelets et lunettes connectés) comprendra, à plus ou moins long terme, inévitablement, les lentilles cornéennes.

Dévoilée lors de la conférence annuelle du AAAS (American Association for the Advancement of Science) la semaine dernière, l’École polytechnique de Lausanne, en Suisse, propose une lentille capable de zoomer.

Juste en clignant des yeux, il serait possible de passer d’une vision normale à un affichage agrandi (2.8x).

Source EPFL

Source EPFL

Zoome-moi ça!

Environ 285 millions de personnes dans le monde sont atteintes de déficience visuelle, sans parler des personnes âgées qui souffrent de dégénérescence maculaire.

Un tel type de lentilles permettrait à certains d’entre elles de mieux voir en agrandissant ce qu’elles regardent. Au lieu de se rapprocher du texte, par exemple, la personne pourrait basculer en mode zoom.

L’affichage agrandi s’affiche sur la lentille quand on active une des polarisations, et disparaît lorsqu’on choisit l’autre.

L’affichage bascule de l’un à l’autre grâce à un simple clin d’oeil. Cette fonctionnalité nécessite le port de lunettes spéciales en supplément des lentilles.

La promesse d’une meilleure vision est certainement bienvenue. Les recherches doivent évidemment continuer pour rendre le produit commercialisable à grande échelle.

Télescope portable

Comme souvent, ce qui est développé dans les laboratoires dans une optique de soins palliatifs finit par un détournement à l’usage des personnes en bonne santé.

Ainsi, la chirurgie faciale, conçue au départ pour les grands blessés de la Première Guerre mondiale, s’est transformée en industrie de la chirurgie plastique pour gens riches et soucieux de modifier leur apparence.

On peut imaginer aussi pour ces lentilles télescopiques des applications qui dépassent le simple cas médical.

  • Les touristes en croisière sur le bord des côtes pourraient se procurer ce type de lentilles pour se promener sur le pont tout en observant de près le paysage.
  • Les agents de sécurité sur un chantier pourraient en être équipés pour étendre la portée de leur ronde de sécurité.
  • Les personnes assistant à un opéra (ou à un autre spectacle) pourraient avoir sur la scène une vue digne des premières rangées.

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais la possibilité de l’arrivée prochaine de cyborgs légers dans l’espace public me paraît chaque jour plus probable.

Il reste une chose à corriger : l’effrayant regard de robot que ces lentilles confèrent à leur utilisateur.

Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

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 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014″) qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

llfdlm2014

Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

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Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
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Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

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Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.