Billets classés sous la catégorie « Événements »

On imagine souvent une entreprise de logiciels comme une usine à code.

Visualisez une chaîne de montage (ou une rangée de cubicules). Placez des prolétaires qui programment inlassablement, du matin jusqu’au soir, des lignes de code. Tenez, tant qu’à y être, ajoutez-y des salopettes bleues et des casquettes flasques dans le style gavroche. Mais alors, vous ne pourrez pas être plus loin de la réalité.

L’acte de coder n’est souvent qu’une petite part d’un projet dans son ensemble, si on y inclut réunions, définition des besoins, assurance-qualité, déploiement, etc.

Produire un logiciel prend beaucoup de temps et coûte cher. Il apparaissait normal que ce code soit programmé et conservé jalousement à l’interne (d’où l’expression logiciel propriétaire) afin d’en capturer toute la valeur marchande. Le code est ainsi considéré comme relevant de la propriété intellectuelle.

Mais voilà, dans la dernière décennie est montée en force le logiciel libre, c’est-à-dire du code en libre accès, sans copyright.

Pourquoi dit-on « logiciel libre »? Libre, comme dans liberté pour :

  • exécuter le programme comme bon nous semble
  • étudier le fonctionnement du code
  • copier le code
  • modifier le code pour l’adapter à nos besoins
  • le distribuer

De plus en plus de compagnies utilisent des logiciels libres. Une étude récente laisse entendre que, maintenant, environ 75 % des compagnies en technologies de l’information utilisent des logiciels libres ou envisagent de le faire pour tout développement futur.

Mais alors, comment les compagnies de logiciels gagneront-elles leur argent avec du code?

Coder, comme je l’ai expliqué plus haut, ne représente plus qu’une partie du travail. La valeur d’un logiciel se situe maintenant dans la façon de bien déterminer les besoins et d’en assurer la livraison au client.

Le logiciel libre, coécrit à plusieurs, propose en fait de déplacer le modèle d’affaires du codage vers le service. En partageant le code avec tout le monde, cela permet de mutualiser les efforts de toute la communauté de codeurs afin d’améliorer la qualité des programmes. Au lieu que chacun réinvente la roue dans son coin, les efforts de tous sont redistribués à tous. C’est la philosophie du logiciel libre : mettre en commun.

C’est ce que la Semaine de l’informatique libre du Québec (SQIL) veut célébrer, pour une deuxième année consécutive, du 19 au 27 septembre (oui, oui, la semaine dure neuf jours, pour inclure les deux fins de semaine).

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Le programme de la semaine est un méli-mélo de diverses activités de toute sorte en rapport, de près ou de loin, avec le logiciel libre et la philosophie des données ouvertes.

Ces activités se tiennent à Québec et à Montréal. Voici ce qui a retenu mon attention.

Pierre-Yves Gosset de Framasoft, l’invité de la SQIL 2015

M. Gosset sera de passage à Montréal et donnera une conférence sur les services libres de Framasoft, le réseau français consacré à la promotion du logiciel libre. Il discutera de la campagne « Dégooglisons Internet », qui sera suivie d’une table ronde sur les « savoirs libres ». Jeudi 24 septembre au soir à l’Université de Montréal.

Deep Web

Ce documentaire nous plonge dans une des grandes sagas judiciaires de l’ère numérique – l’arrestation de Ross William Ulbricht, accusé d’être l’opérateur de Silk Road. Mais était-ce bien lui? La réalité semble bien plus compliquée. Au Cinéma du Parc.

Hackathon des Journées de la culture 

Comment transformer des données ouvertes du municipal, du provincial et du fédéral pour créer de nouvelles façons d’accéder à la culture? Des équipes auront trois jours pour présenter des prototypes. C’est une activité qui se déroule en parallèle à Montréal et à Québec. Ouvert à tous.

Atelier gratuit d’introduction à la programmation

Conçu pour les débutantes et organisé par Ladies Learning Code, il s’agit d’un atelier qui s’adresse spécifiquement aux femmes pour leur apprendre à coder avec Python. À Montréal et à Québec. Dépêchez-vous, les places partent vite!

Initiation à la numérisation 3D

Faites faire votre propre numérisation 3D, que vous pourrez importer par la suite dans votre logiciel libre préféré (Blender, MeshLab, etc.). Vendredi 25 septembre à l’Imprimerie Lezar3D, au 851, rue Ontario Est à Montréal.

Colloque Promesses et mirages de la démocratie au 21e siècle

Rencontre de réflexion sur la démocratie qui aura lieu le samedi 26 septembre 2015 à l’Université de Montréal.

Vous trouverez encore plus d’activités sur le site officiel de la SQIL 2015.

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Personne n’arrive à savoir exactement combien il y a de jeunes entreprises technologiques au pays, pas même Philippe Telio:

« Il y a tellement de projets qui se développent et si peu qui aboutissent, que même si l’on tenait une base de données des startups technos au pays, dans six mois, elle serait à refaire. »

À Montréal, il y a un écosystème de jeunes entreprises informatiques bien dynamique. Très dynamique, même.

Voilà pourquoi Philippe Telio y a démarré, il y a 5 ans, le Festival international du startup (Startupfest), un événement de quatre jours axé sur l’entrepreneuriat et rassemblant plus de 2000 fondateurs, investisseurs et analystes d’ici et d’ailleurs.

« Je me suis beaucoup impliqué sur la scène startup montréalaise. Il ne m’est pas difficile de voir ce qui intéresse localement les gens. »

Philippe aime bien le Vieux-Port de Montréal. « La vue sur le port et sur la ville est magnifique. Ça ajoute un charme à l’événement ».

C’est là qu’il a décidé de tenir son festival, comme les années précédentes, mais cette fois-ci plus à l’ouest, près des vieux silos.

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Pour entrepreneurs de 7 à 77 ans

Le festival, qui en est à sa 5e année, présente de nombreux conférenciers venus transmettre leurs connaissances en mode blitz (de 10 à 20 minutes) et en format long (40 minutes). Il faut s’attendre à une avalanche de contenus. Les entrepreneurs seront ravis.

Le festival offre aussi, pour la première fois, une journée en famille gratuite.

En collaboration avec CBC, Kids Code Jeunesse, Robotique CRC et Mad Science, les jeunes de 10 à 16 ans pourront s’initier à l’entrepreneuriat, à la science, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques. Il y aura même un miniconcours, comme à l’émission Les dragons.

L’esprit du festival est simple: faire des affaires en passant du bon temps.

Il est fort probable que c’est dans les allées, sous les arbres d’un coin plutôt méconnu du Vieux-Port, que les plus belles conversations auront lieu.

L’homme derrière le festival

Philippe Telio est l’un des piliers de l’écosystème techno à Montréal. Son festival contribue à la structuration et à la visibilité du milieu entrepreneurial de la ville et du pays dans le monde.

Philippe a aussi participé à la mise sur pied de la maison Notman, un incubateur d’entreprises web au cœur de Montréal.

Il est aussi à la tête de l’Elevator World Tour, une série d’événements organisés à travers le monde, comme à Tel-Aviv ou à Toronto (dans l’ascenseur de la Tour du CN, justement!). Cela lui permet de prendre le pouls de la planète entrepreneuriale. Il peut ainsi préparer les contenus de son festival (conférences, ateliers, tables rondes) en fonction des attentes du milieu.

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Plan de l’installation du festival au Vieux-port

Scène montante

Si l’on demande à Philippe Telio ce qui manquerait à l’écosystème des jeunes entreprises informatiques à Montréal, Philippe Telio répond tout de suite:

« Toutes les occasions sont là. Développement d’entreprises, développement de technologies qui se démarquent dans le monde, tout est là à Montréal. Alors, il faut maintenant susciter, auprès de la population, ce désir [de devenir entrepreneurs et] de répondre à de vrais problèmes, puis de prendre le risque de se lancer dans quelque chose qui en sera la solution. Le bénéfice profite à tous. »

Ce dont il parle, c’est des jeunes entreprises informatiques capables de propulser l’économie dans le 21e siècle. De plus en plus de gouvernements, d’États ou de villes, particulièrement l’équipe du maire de Montréal, abondent dans ce sens.

L’écosystème des jeunes entreprises technologiques a pris une telle ampleur dans les dernières années que le Bureau de la ville intelligente de Montréal affiche ouvertement sa collaboration avec le milieu et développe lui aussi un accélérateur de projets technos.

La Ville de Montréal compte sur les jeunes entreprises informatiques et sur des idées nouvelles pour provoquer une vague d’innovations capables d’améliorer la vie de ses citoyens.

Le modèle des jeunes entreprises informatiques

Le moindre que l’on puisse dire, c’est que le modèle des jeunes entreprises informatiques ne manque pas de charme ni d’intérêt.

Du point de vue des investisseurs, privés ou publics, plancher sur plusieurs projets de front en même temps est une façon de diminuer les risques.

C’est cette répartition des risques de l’innovation qui rend cette approche intéressante.

Il est su d’avance que plusieurs projets échoueront, mais les chances que l’un d’entre eux réussisse sont plus grandes. La mesure du succès ne se calcule pas au nombre d’échecs (énorme), mais au succès (formidable) de quelques-uns des projets.

Cette approche a fait la fortune de Silicon Valley (et de bien des investisseurs) et a propulsé l’innovation technologique à des sommets inégalés.

Le modèle s’est répandu un peu partout sur la planète et de nombreuses villes le suivent (Toronto et Vancouver se démarquent très bien à l’échelle mondiale), y compris dans les pays émergents.

Tout indique que posséder un écosystème dynamique de jeunes entreprises informatiques deviendra un incontournable pour les villes, comme posséder un parc industriel ou un aéroport.

Personne ne veut manquer le bateau et toutes les villes souhaiteraient être de la fête.

Pour l’instant, cette fête, c’est à Montréal qu’elle se passe.

Festival international du startup, du 15 au 18 juillet 2015 dans le Vieux-Port.

Martin LessardLe Printemps numérique 2015

par

 publié le 20 mars 2015 à 14 h 19

Aujourd’hui, c’est le début officiel du printemps. C’est aussi le retour du Printemps numérique.

Le Printemps numérique souligne un vaste ensemble d’activités artistiques numériques qui se déroulent du 21 mars au 21 juin (et même après).

Sous cette étiquette commune sont réunies plus d’une centaine d’activités diverses organisées par 70 organisations qui mettent en valeur l’effervescence de la créativité numérique d’ici.

Le Printemps numérique regroupe des performances visuelles et sonores, des expériences immersives, des productions 3D, de la musique électronique de pointe, des installations, des vernissages, des conférences, etc.

Ce nom sert à signaler que toute cette mouvance appartient à un même cru (un peu comme lorsqu’on parle des vins de Bordeaux). Proposé par le CRE de Montréal, l’événement en est à sa deuxième année.

Le Printemps numérique, c’est l’emblème du dynamisme numérique d’ici sous toutes ses formes, soutenu par des organisations connues des aficionados, mais moins du grand public.

J’y ai glané quelques activités pour vous donner un aperçu. Je vous ai mis les liens directs aux événements pour plus d’information. On retrouve la liste complète ici.

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Événements

Festival MUTEK : le rendez-vous d’envergure internationale d’espaces sonores porteurs d’innovation, de nouvelles musiques électroniques et de performances audiovisuelles numériques. Du 27 au 30 mai.

IX 2015: le symposium international sur l’immersion et l’expérience propose une série de conférences, de conversations, de rencontres d’artistes, de démonstrations et de présentations. Du 20 au 24 mai.

C2-Montréal : un événement international de trois jours pour explorer la relation entre le commerce et la créativité. Du 26 au 28 mai.

Programmation complète.

Activités

Piknik Électronik : on danse au son de la musique électronique et d’une programmation éclectique au milieu du parc Jean-Drapeau, près de l’oeuvre de Calder. Tous les dimanches à partir du 17 mai.

ÉchoFab : De l’impression 3D aux microcontrôleurs en passant par la découpe laser, cet atelier vous ouvre l’accès à la fabrication numérique de pointe. Portes ouvertes tous les lundi et jeudi, de 14 h 00 à 20 h 30.

Montréal Creative III : Expo-événement pour découvrir des installations vidéo, des installations interactives, de la peinture ou de la photographie. Ouvert du mardi au samedi de 16 h à 20 h.

Programmation complète.

Projets

IGDA Montreal : le point de rencontre de l’une des plus importantes communautés de l’International Game Developers Association. Une occasion unique de voir ce que préparent les studios « Triple-A » et les studios indépendants d’ici. Mardi 21 avril à 18 h 30.

Lab Culturel : cet appel à projets culturels numériques innovants met en valeur des contenus culturels numériques québécois, de l’expérience interactive à des plateformes de participation en ligne.

Dérapage 15 : un événement unique d’exploration audiovisuelle, où des personnes de diverses disciplines sont appelées à créer une production audiovisuelle non narrative présentée à la Cinémathèque québécoise à Montréal. Mardi 5 mai.

Programmation complète.

Spectacles

Électrochoc #6: pour découvrir les différentes facettes de la musique électroacoustique. À ne pas manquer cette année, Herman Kolgen. Le 16 avril au Conservatoire de musique de Montréal.

Phos : à la Place des Arts, durant le Festival Transamérique, on peut découvrir l’illusionniste à la croisée des arts vivants, visuels et numériques, Stéphane Gladyszewski et ses expérimentations « technorganiques ». Du 28 au 31 mai.

Rouge Mékong : cinéma immersif qui réunit performance, poésie et musique en 360°. À la SAT du 2 au 16 avril.

Programmation complète.

Martin LessardFierté geek : se brancher hors du placard

par

 publié le 27 février 2015 à 16 h 41

C’est presque devenu un lieu commun de dire que la technologie a envahi toutes les sphères de notre vie.

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Pourtant, il y a une place où ce tsunami numérique (cette épidémie?) ne semble pas avoir eu beaucoup de prise. C’est dans les représentations artistiques.

Alors qu’on se dépeint (qu’on s’en plaint?) comme étant toujours ensevelis sous les courriels, textos, alertes mobiles, notifications Facebook, niveaux Candie Crush et, bientôt, tous nos objets connectés, je n’en vois pas le reflet dans nos films, nos téléromans, nos pièces de théâtre.

Je ne parle pas de l’usage des technologies en coulisse. Je parle de l’usage de technologies chez les protagonistes de l’histoire sur scène, à l’écran, à la télé.

Rares sont les scénarios, sauf en science-fiction, où une sorte d’intrication de nos vies avec la technologie, à un niveau ou à un autre, est inscrite dans la trame narrative :

  • Le héros suit-il de façon compulsive la vie des autres sur Facebook, ou y expose-t-il la sienne au lieu de la vivre?;
  • Les protagonistes passent-ils du temps à télécharger des égoportraits sur Instagram, Pinterest ou Tumblr comme si leur vie en dépendait?;
  • Les personnages s’arrêtent-ils en pleine conversation pour fouiller Google ou Wikipédia à la recherche de la réponse juste ?
  • Ont-ils même des problèmes de gestion d’espace disque, de mots de passe oubliés ou de tempêtes dans leur fil Twitter?

Non. Trop souvent, les personnages qu’on nous présente n’affichent souvent que détachement et indifférence face à cet assaut du numérique qui nous touche, nous, jusque dans les moindres recoins de la vie.

Les représentations artistiques n’ont pas encore suivi la même courbe d’adoption massive des technologies de communication qui s’observe autour de nous.

Le miroir du geek

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Alors, quand on tombe sur une pièce de théâtre dont le coeur est la technologie et ses effets sur nous, c’est une expérience artistique qu’il ne faut pas manquer.

Dans mon cas, c’était la première fois.

Une première fois similaire, j’imagine, à celle où l’on a entendu parler en joual sur les planches. L’art nous reflétait, l’art parlait comme tout le monde parle.

Ici, cette fois, l’art me montrait ma geekitude.

« Fierté geek » est le thème de Théâtre tout court, un ensemble de 10 courtes pièces présentées en enfilade au théâtre de La Licorne à Montréal, sous la direction artistique de Véronick Raymond et Serge Mandeville, d’Absolu Théâtre (sur la photo ci dessous)

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin

Le thème ratissait plus large que la simple technologie pour mettre en scène des personnages passionnés par les sciences, la technologie et l’informatique ou qui en subissent les conséquences. Certains textes portaient sur les jeux vidéo et les jeux de rôle grandeur nature.

Dans tous les cas, les questions abordaient toujours les relations humaines, parfois tendrement (Sans fil, de Sylvain Coron, Psychologie des planètes, de Rose-Anne Déry) parfois méchamment (L’auberge du dragon courge, de Debbie Lynch-White).

Les auteurs abordaient autant le rapport avec le pouvoir (Le prêt, de Gabriel Morin, où un employé se trouve en position d’autorité grâce à ses accès informatiques) qu’à notre relation avec l’imaginaire (Médiéval-fantastique, de Charles-Louis Thibault, où les protagonistes fuient leur vie réelle pour se réfugier dans un monde de jeux qui leur sert d’exutoire).

Mais F.O.M.O, de et joué par Véronick Raymond, m’a touché le plus par sa démesure de l’omniprésence des écrans dans la vie du personnage principal (et de tous les autres qu’il ne croise finalement jamais).

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin

Réveillée par ses objets connectés qui lui permettent de se quantifier en permanence, la femme qui est le personnage de la pièce nous fait vivre sa journée, cadencée par divers outils numériques, pas différents de ceux que nous avons chez nous.

Ces outils, censés lui donner plus de contrôle sur son temps, lui donnent plutôt l’impression que le temps défile trop vite, hors de son contrôle.

« J’ai lu dans The organized mind de  – shit – j’ai oublié son nom, en tout cas, c’t’un prof de psycho pis de neuroscience à McGill, y’explique dans son livre que plus y’a d’information à traiter, plus l’humain cherche à externaliser - ça doit pas s’dire en français – confier à une source externe à laquelle y va pouvoir se référer plus tard c’qui a dans sa tête. « 

La technologie augmente son potentiel d’action. Elle peut tout faire : Skype, chat, texto, Facebook. Elle est connectée à tous en tout temps.

Mais malgré toute cette puissance acquise, offerte par la technologie, rien ne semble la réconforter.

Debout, tard dans la nuit (« Yé rendu 3 h du matin. Ça m’spinne dans tête pendant que j’fixe mes écrans ») elle cite Kierkegaard, tiré d’un lien transmis par un ami : « l’angoisse est le vertige de la liberté, du possible. »

Tout est dit. La voilà réveillée de nouveau par ses objets connectés, une autre journée commence. Elle est prête, car elle veut « être certaine, par-dessus tout, de ne rien manquer.  »

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin

Courez vite voir Théâtre tout court, si vous le pouvez.

Il reste des places, m’a-t-on dit, pour la supplémentaire de demain, samedi 28 février à 16 h. Le prix d’entrée est de 20 $. Sinon, ce soir et demain soir, si vous êtes à Montréal, vous pouvez prendre le risque de vous présenter à la porte 45 minutes avant le spectacle de 20 h, car des places pourraient se libérer.

Se voir dans le miroir, ça fait tellement de bien.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).

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Cette stratégie laisse grande place aux recommandations stratégiques pour le virage numérique de l’industrie culturelle québécoise déposées par la SODEC en 2011. Ces recommandations, que j’ai eu l’honneur de rédiger avec des membres de la SODEC, découlaient des multiples rencontres avec les gens de l’industrie culturelle en 2010 et en 2011.

Un constat inéluctable s’imposait : un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Le retard dans les pratiques numériques réduit la capacité des entreprises culturelles québécoises à faire concurrence à l’offre étrangère omniprésente.

Avec tout le talent qu’il y a ici, comment se fait-il que ce soit des Cyprien de France, des Netflix des États-Unis, des iPlayers de la BBC, des Opéras du Met diffusés en direct dans les cinémas d’ici qui se retrouvent à occuper notre temps de cerveau?

Ce n’est pas un problème de talent, mais de rayonnement. Il s’agit donc de se donner les moyens de conquérir l’espace numérique.

Pour occuper l’espace numérique

Dans la synthèse rédigée avec  la SODEC, nous avions proposé trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover et se tourner vers l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

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De ce cadre de référence, je retiens deux points qui me tiennent à cœur.

La culture doit passer par le numérique

Numériser l’offre culturelle existante, c’est l’ouvrir à sa circulation en ligne. Les trésors culturels du passé et du présent doivent être rendus accessibles sur les nouveaux canaux. Ce qui implique de repenser certaines méthodes et  modèles d’affaires.

Par exemple :

  • Série noire traîne de la patte dans les cotes d’écoute à la télé? Pourquoi ne pas avoir téléchargé toute la série d’un coup sur Tout.tv? Netflix l’a fait pour House of Cards et la série se porte très bien.
  • Une production théâtrale ou une performance artistique pourrait être vue partout au Québec dans les salles de cinéma rajeunies pour l’occasion. Comme disait Monique Savoie de la SAT, c’est le début de la « démontréalisation » de la culture.

Favoriser une culture numérique

Pour favoriser des pratiques émergentes et inédites, il faut encourager la collaboration entre les acteurs de la chaîne et le transfert de connaissance. Il est impératif de réussir à sortir du carcan traditionnel du chacun pour soi.

Je proposais à l’époque l’idée d’un SODEC Lab (l’expression n’a pas été retenue) qui serait un pôle d’innovation pour expérimenter. L’idée, tirée de la culture web, consiste à brasser les savoir-faire et susciter la concertation, de façon à générer des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels (c’est le point 3c du cadre stratégique actuel).

Ce « laboratoire » associait toute subvention ou aide à la condition expresse que les mandataires reviennent impérativement partager leur expérience et leur savoir sous forme de document et de présentation ouverte à tous.

Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère, mais il donne bien le ton : les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.