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Les meilleurs disques durs actuels, archivés dans les meilleures conditions, peuvent conserver quelques téraoctets de données pendant 50 ans.

L’ADN peut conserver des centaines de milliers de téraoctets d’information pendant plus de 2000 ans.

L’ADN serait-il une façon économique et écologique d’archiver nos données numériques dans le futur?

Tu me racontes des salades!

Une chercheuse slovène a démontré récemment qu’il était possible de stocker l’information dans l’ADN d’une plante de tabac (Nicotiana benthamiana).

On pourrait remplacer des centres de données énergivores par des jardins verdoyants! L’image fait rêver. Imaginez! Vous décrochez une feuille de la plante et un simple fragment suffit pour accéder à l’encyclopédie Wikipédia ou à toutes les sonates de Beethoven.

Dans une vidéo publiée récemment, elle explique la percée dans ce domaine :

Stocker des données dans l’ADN n’est plus de la science-fiction. Mais ce qui est encore de la science-fiction, c’est bien d’avoir un tel centre de données végétal dans sa propre cour.

Il reste encore bien des embûches avant de réaliser ce rêve à grande échelle. Mais dans les laboratoires, c’est déjà possible.

De génération en génération

L’expérience faite par cette chercheuse slovène montre que tous les descendants de la plante possèdent le message qui a été introduit dans l’ADN de celle-ci. Le message a été correctement décodé chez tous les descendants.

Pour être plus précis, le message a été cloné dans le plasmide d’une cellule de tabac. Le plasmide est une molécule d’ADN distincte de l’ADN chromosomique et capable de réplication autonome. Le plasmide joue ici le rôle d’une clé USB que la cellule trimbale dans ses poches et qu’elle copie d’une génération à l’autre.

La preuve de concept est donc faite : coder l’ADN d’une plante est aussi fiable que d’enregistrer des données sur les disques durs actuels et offre une bien meilleure protection naturelle.

Et c’est beaucoup plus durable! Il est question ici d’une durabilité de plusieurs centaines d’années sans aucune maintenance particulière.

Ces archives que l’on se doit de conserver

Pour comprendre l’intérêt de son approche, il faut savoir que les précédents essais en laboratoire des autres chercheurs portaient principalement sur de l’ADN synthétique.

Produire de multiples copies de cet ADN synthétique coûte encore cher.

On estime le coût à environ 12 000 $ le Mo pour encoder l’information, et à 200-500 $ le Mo pour le décoder.

Par contre, l’ADN d’une plante est en mode lecture seulement.

Encoder des données dans l’ADN d’une plante sera surtout une solution pour l’archivage des données à long terme en lecture seulement.

Par exemple :

  • Archives légales des gouvernements;
  • Données ouvertes ou du domaine public;
  • Données scientifiques ou statistiques;

Stocker de volumineuses données sur autre chose qu’un nuage informatique polluant est déjà, en soi, une promesse intéressante qui justifie qu’on explore la voie de l’encodage dans l’ADN.

Semer la connaissance à tout vent

Qui serait intéressé par une telle technologie sur des graines de semence? Il me semble que les bibliothèques ont tout intérêt à utiliser cette technologie en premier.

Une bibliothèque pourrait numériser sa collection complète une bonne fois pour toutes et ne plus être obligée de changer de technologie tous les 25 ans.

Les archives pourraient être numérisées et déposées dans l’ADN d’une semence d’une plante. De telles plantes pourraient être cultivées dans plusieurs plantes qui supporteraient divers climats.

Les bibliothèques du futur ne seraient pas plus grosses que des cafés et il pourrait en avoir à tous les coins de rue.

On y trouverait des postes de consultation, un peu comme les postes de microfiches actuellement, mais ces postes feraient du séquençage en temps réel de l’ADN.

Ces postes serviraient d’accès aux archives de l’humanité. Et ça, ça fait rêver.

Hier, la Maison du développement durable de Montréal dévoilait sa programmation hiver et printemps 2016 et présentait, du même souffle, la conférence « Les impacts inquiétants de nos outils technologiques » avec les professeurs Fabien Durif, de l’École des sciences de la gestion, Département de marketing de l’Université du Québec à Montréal et directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, ainsi que Cécile Bulle, professeure en immobilier durable au Département de stratégie et responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM.

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Nos pratiques de consommation

Dans un premier temps, Fabien Durif a voulu faire l’analyse de nos pratiques de consommation des objets technologiques. Les équipements qu’on achète sont pratiques, certes, mais ils nous permettent aussi d’afficher notre appartenance à une communauté, au monde connecté. Au-delà de la consommation, ils ont une fonction sociale non négligeable. Selon Fabien Durif, ces produits ont pris la place que la voiture occupait à une autre époque.

Et on en dépense, de l’argent, pour des appareils! Même si les dépenses mondiales en produits électroniques ont baissé de 2 %, il s’en est tout de même vendu pour 969 milliards de dollars l’an dernier. Cela dit, la baisse des ventes devrait se poursuivre en 2016, selon l’Association américaine des technologies grand public (CTA). Cette baisse serait attribuable à la force du dollar américain, au ralentissement de la croissance chinoise et à ses répercussions dans le monde, ainsi qu’à la baisse des prix de produits phares, notamment les téléphones, qui devraient, en 2016, se vendre à un prix moyen de 283 $ (-7 %).

Les téléphones représentaient 40 % des dépenses en 2015. Ce sont d’ailleurs les appareils mobiles qui dominent les achats de produits électroniques (téléphones, tablettes, ordinateurs portables). Ces derniers devraient représenter 58 % des dépenses mondiales en 2016. Les chiffres, à ce chapitre, sont sans équivoque chez nous aussi. La proportion de foyers québécois équipés d’appareils mobiles est encore en croissance. Selon le Cefrio, le téléphone intelligent est présent dans 57,1 % des foyers québécois (contre 53,3 % en 2014), et pour la première fois, plus d’un Québécois sur deux (50,7 %) possédait une tablette à la maison en 2015, soit une hausse de 6 points par rapport à 2014.

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L’empreinte environnementale des produits technologiques

Toute cette consommation d’appareils numériques est reliée à une forte production de déchets. Fabien Durif rappelait, même si ses chiffres dataient un peu, que chaque année, de 20 à 50 millions de tonnes de produits électroniques étaient mises à la décharge dans le monde (PNUE, 2005). Et ces déchets électroniques ont un rythme de croissance de 2,7 % par an.

Or, il n’y a pas de miracle pour se débarrasser de tous ces objets. On les enfouit, on les incinère, on les envoie dans les pays émergents. Eh oui, encore. Même si la Convention de Stockholm sur les polluants organiques interdit l’expédition de déchets électroniques vers des pays en voie de développement depuis 2001, 80 % des appareils électroniques collectés à des fins de recyclage en Amérique du Nord seraient exportés vers l’Asie (Recyc-Québec 2009).

Le problème de l’obsolescence 

L’obsolescence, c’est le fait pour un produit d’être dépassé même s’il est en parfait état de fonctionnement. Comme le mentionnait Fabien Durif, la durée d’utilisation d’un produit est ainsi influencée par l’introduction d’un nouveau produit perçu comme supérieur, bien que ce ne soit pas toujours le cas, bien sûr. Le rythme de l’évolution technologique de plus en plus soutenu modifie les comportements de consommation et peut créer, chez le consommateur, le besoin d’acheter l’appareil le plus récent, même si l’appareil qu’il possède est encore en état de marche.

Récemment, on mentionnait à La sphère ce nouveau recours collectif contre Apple, accusée d’avoir volontairement altéré le fonctionnement de son iPhone 4S, et ce, en passant par la mise à jour de son système d’exploitation, le iOS 9. Je précisais aussi que la France, avec sa Loi sur la transition énergétique, sanctionnait les pratiques d’obsolescence programmée.

Or, comme le mentionnait Cécile Bulle, il n’existe pas d’outil technologique durable. On peut juste espérer augmenter leur efficacité, rendre leur obsolescence moins rapide ou utiliser des matériaux recyclables. La phase d’utilisation de l’appareil représente seulement une faible fraction de son effet sur l’environnement, qui est dominé par la phase de production (incluant l’extraction des ressources). Selon Cécille Bulle, il est impératif de prolonger la durée de vie des appareils. Soulignons l’existence de certaines initiatives comme Fairphone ou encore le Project Ara, de Google, qui visent à prolonger la durée de vie utile des téléphones en misant sur la réparabilité des appareils.

Que faire de nos anciens appareils mobiles?

Selon une étude citée par M. Durif, la majorité des répondants qui changent d’appareil gardent l’ancien produit, le privant donc d’une deuxième vie. Combien de vieux cellulaires dorment chez vous? Or, certaines compagnies encouragent le recyclage des appareils, comme dans le cas d’Orange.

Quels sont les autres avenues de recyclage possible? Notre dépendance à Kijiji pourrait nous être utile ici. Bien que 84 % des Canadiens aient donné une deuxième vie à des objets dans la dernière année, soit 1,824 milliard de produits, l’habitude est nettement moins développée pour les objets technologiques.

Dans cette nébuleuse de la vente d’occasion, le téléphone semble tout de même dominer les transactions. En 2016, près de 120 millions de téléphones d’occasion seront revendus dans le monde, procurant 17 milliards à leurs propriétaires, un marché en hausse de 50 % en un an. Deloitte prévoit que ce marché sera « nettement plus organisé ».

De plus, avec la croissance de l’économie collaborative, M. Durif rappelait que la valeur de l’utilisation avait préséance sur la possession de l’objet, ce qui est une bonne nouvelle pour l’environnement. Reste à voir si les appareils technologiques sauront y trouver leur place.