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Martin LessardUn crime de lèse-connexion

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 publié le 4 juin 2015 à 15 h 05

Quand le professeur de sciences, Dean Liptak, en Floride, décidait qu’il en avait assez des étudiants qui ne portent aucune attention à son cours à cause de leur téléphone, il allumait son outil de brouillage radio pour perturber les ondes cellulaires de sa classe.

Devenus inutiles, les téléphones ne pouvaient plus détourner l’attention de ses élèves.

Par contre, il a attiré aussitôt l’attention de la compagnie de télécommunication qui a noté cette perturbation venant de cette école secondaire.

Source Keoni Cabral

Source Keoni Cabral

Charlemagne et le 911

L’usage d’un brouilleur d’onde est un crime fédéral aux États-Unis.

Même si l’intention du professeur était de remettre les élèves sur le droit chemin, la compagnie ne le voyait pas du même oeil. Le porte-parole de l’école non plus. Le professeur a écopé d’une suspension de 5 jours sans solde, a-t-on annoncé cette semaine.

Car voyez-vous, les étudiants ne pouvaient plus « signaler le 911″, ce numéro d’urgence, lui a-t-on dit.

Je vous laisse le soin de méditer sur ce nouveau droit dont tant de générations d’élèves depuis Charlemagne ont été privé.

Bruits et textos

Dans la tête du professeur, et probablement dans celles de nombreux autres professeurs aujourd’hui, l’entrée des technologies de communication à l’école est synonyme d’une perte d’attention et de distraction absolue.

Voir toutes ces petites têtes plongées dans leur cellulaire ou leur ordinateur est plutôt ingrat, il faut l’avouer, pour ces professionnels de la transmission du savoir.

Cette question de l’attention en classe n’est pourtant pas nouvelle. Les jeunes ont toujours, sans technologie aucune, été capables d’être dans la lune simplement en gribouillant les marges de leur cahier.

Les professeurs vous diront que l’ampleur de la distraction apportée par le numérique est sans précédent.

Et pourtant, on peut se demander si ce n’est pas plutôt un symptôme plutôt que le problème lui-même.

L’attention rebelle

Sans vouloir diminuer la difficulté d’enseigner à une classe d’élèves qui auraient le nez collé sur leur écran, Yves Citton, auteur de Pour une écologie de l’attention propose une autre interprétation au manque d’attention en classe.

L’attention ne s’opposerait pas à la distraction. Il serait plutôt un rapport d’autorité. Le professeur s’attend à avoir 100% de l’attention de ses élèves, mais il en est autrement.

« Le reproche de distraction, par exemple des professeurs vis-à-vis des élèves qui seraient trop dissipés, ne cache pas un défaut de concentration, mais un manque de concentration vis-à-vis de ce à quoi ces enseignants voudraient que les élèves en question soient attentifs. Ce qu’on appelle distraction est souvent une attention rebelle, indisciplinée. Accuser l’autre d’être distrait, c’est une façon d’imposer son pouvoir dès lors que celui-ci est menacé, et donc au final tenter d’imposer une redistribution de l’attention en sa faveur. » (source)

Imaginer le professeur comme étant dans une arène où il doit combattre pour capturer l’attention du public n’est pas une image orthodoxe, il va sans dire.

Mais l’image permet de déplier un rapport au réel que la technologie fait émerger au grand jour. Nous n’avons jamais été totalement attentifs à 100% à quoi que ce soit.

Comme le suggère Yves Citton, il faudrait aujourd’hui éduquer à trier ce qui est « souhaitable, désirable, utile voire indispensable et ce que l’on peut véritablement faire ».

« L’attention rebelle » peut être perçue comme un mal. Il peut aussi être apprivoisé et être utile autrement.

Réprimer cette attention rebelle par un brouillage des ondes dans la classe n’évoque que le rapport autoritaire avec le professeur.

Cette distraction évitable

La distraction venant de la technologie ne sera plus une fatalité quant on en comprendra bien les ressorts.

De la même manière que le professeur peut être distrait par la pensée de l’épicerie qu’il doit faire le soir ou la pelouse qu’il doit tondre, les jeunes peuvent se demander si un ami a répondu à son message Facebook ou qui a aimé son image instagram. Chacun ses sujets d’intérêts!

Une étude d’un professeur de psychologie suggère d’insérer une « pause techno » à intervalles réguliers, question de relâcher la tension d’une attention soutenue et reconnaître que nous avons d’autres sujets d’attention.

D’ailleurs, dit-il, les notifications de notre mobile ne font pas toujours plus de tort à notre concentration que cette petite voix pressante dans notre tête, trépignant d’impatience pour connaître ce que notre réseau social est en train de s’échanger à l’instant même.

C’est peut-être là un début de réponse, même imparfaite, qui prend en compte qu’une attention à 100% n’a jamais existé.

Tous les professeurs que j’ai rencontrés au colloque de Clair 2015 aiment, adorent la technologie (voir mon billet d’hier). Toutefois, aucun ne croit que la technologie passe avant la mission pédagogique.

Des tableaux blancs interactifs (TBI) en classe? Un tel outil utilisé avec le même contexte traditionnel (cours magistral) ne change pas grand-chose.

Et les tablettes? L’outil n’est pas une fin en soi, c’est l’approche pédagogique qui fait la différence.

Mais avec une tablette, déjà, l’élève peut apprendre à son rythme (et ce, souvent de façon agréable). Et le professeur peut suivre plus facilement sa progression ou voir quelles sont ses difficultés.

L’outil permet donc de modifier le contexte d’apprentissage.

Durant le colloque de Clair, j’ai rencontré des élèves qui m’ont expliqué combien ils aimaient tout à coup faire leurs exercices de math ou de français non seulement à l’école, mais aussi à la maison

Tant mieux.

C’est le credo de ceux qui croient à la technologie en classe : mettre l’apprenant au centre de son apprentissage.

La technologie ouvre toute sorte de nouvelles perspectives: ludification, classe inversée, cours massif en ligne (MOOC), école en réseau.

Mais peut-on dire que ces changements apportent réellement quelque chose de positif aux élèves?

Le changement en milieu scolaire

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Sorti en 2014, ce livre écrit par Marc-André Girard, spécialisé en gestion du changement, propose un tour d’horizon pour justifier un changement vers, entre autres, les nouvelles technologies en classe.

Ce livre présuppose en amont que la technologie permet d’arriver à des fins pédagogiques. Ce raccourci fait en sorte que ce livre ne s’adresse réellement qu’aux convertis.

Mais Girard cite plusieurs faits qui motivent ce raccourci, dont ceux-ci :

  • l’information dans la société est maintenant omniprésente;
  • l’école n’a pas plus le monopole de l’instruction;
  • le réseautage scolaire ou extrascolaire devient la nouvelle salle de classe.

Dans un tel contexte, affirme-t-il, non seulement le changement de modèle scolaire est nécessaire, mais il permet de restituer son rôle à l’école et, donc, le leur, aux enseignants.

L’école doit devenir un lieu de socialisation (où on apprend à vivre ensemble) et d’éducation (où on apprend le discernement). Cependant, elle doit accepter d’avoir perdu sa place comme lieu privilégié de l’instruction (soit de la transmission des connaissances).

L’auteur déplore que la formation à l’intégration des technologies en pédagogie dans la formation des enseignants laisse à désirer. À ce constat s’ajoutent des forces réfractrices qui selon lui empêchent le changement plutôt que de le soutenir. Pourtant, écrit-il, « le monde de l’éducation est le monde des possibilités. [Et ce] monde est aspiré par un impératif de changement […] »!

Soit. Mais la question demeure : un tel changement permet-il l’amélioration durable de la réussite des élèves?

Tournons-nous vers un autre livre qui s’attarde à cette question.

Légendes pédagogiques

baillargeon

Ce livre, écrit par Normand Baillargeon, me semble incontournable dans cette réflexion.

Sorti en 2013, et sous-titré « L’autodéfense intellectuelle en éducation », il apporte des arguments contre les « changements pour faire des changements ».

Pour être précis, Baillargeon n’a rien contre les changements ou de nouvelles approches. Il affirme simplement qu’il faut s’appuyer sur des études qui en démontrent ou en infirment l’efficacité.

Pour lui, c’est la science qui doit trancher : l’éducation doit être fondée sur des preuves.

Il passe en revue plus d’une dizaine de mythes pédagogiques, dont la théorie des intelligences multiples« , la gymnastique du cerveau et les NTIC qui révolutionneraient l’éducation.

Il s’appuie sur des études (et des métaétudes) pour décrier certaines approches pédagogiques qui ne sont pas capables d’appuyer leurs promesses sur des chiffres (et ce, parfois, à plusieurs reprises).

Les NTIC révolutionnent l’éducation? Minute, papillon! Tant qu’on ne dispose pas de preuve à grande échelle que les NTIC révolutionnent quoi que ce soit, Baillargeon prône le scepticisme.

Il donne évidemment comme exemple le déploiement des TBI à grande échelle, qui était, selon lui, une mauvaise utilisation des fonds publics.

Les enseignants qui s’intéressent à la technologie en classe, comme ceux que j’ai rencontrés à Clair 2015, ne seraient pas en désaccord avec lui.

Baillargeon ne dit pas qu’il faut tout rejeter en bloc, mais que, avant d’étendre à tous ces nouvelles approches, il faut au moins les tester et les mesurer à petite échelle.

Il s’inquiète surtout des puissantes logiques commerciales qui sont à l’oeuvre dans les propositions technologiques et il lui importe d’éviter de « succomber aux chants des sirènes technophiles ».

Et c’est, selon moi, ce que les participants de Clair 2015 étaient venus faire : voir par eux-mêmes ce que les autres avaient testé de première main dans leurs classes.

S’injecter de la techno dans les veines

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Il faut savoir aussi que les professeurs venus à Clair ont souvent d’abord testé sur eux-mêmes ces technologies. Ils ont bien vu comment la technologie pouvait les aider à parfaire leur propre formation.

Internet, les outils mobiles et les réseaux sociaux mettent ces professeurs en lien les uns avec les autres pour s’échanger des stratégies pédagogiques innovantes.

S’ils voient que cela marche pour eux, il est normal qu’ils tentent de voir comment ces avantages peuvent aussi s’appliquer à leurs élèves.

Alors? Un tel changement permet-il l’amélioration durable de la réussite éducative des élèves? Cela dépend de ce qu’on veut mesurer.

Comme je mentionnais dans mon billet hier, « tout ce qui est mesuré n’est peut-être pas important et tout ce qui est important n’est peut-être pas mesurable ».

Plus qu’un débat sur la technologie en classe ou non, j’ai l’impression que sa seule présence en milieu scolaire provoque cette (sempiternelle?) question : que mesure-t-on réellement?

C’est dans un troisième livre, dont j’aurai peut-être l’occasion de vous parler plus en profondeur une autre fois, qu’on trouve un début de réponse.

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Dans l’être et l’écran, Stéphane Vial dit que le numérique modifie les structures de notre perception. Il ne change pas nécessairement notre être, mais il change assurément la perception que l’on a du monde et de soi-même.

La technologie, dit-il en substance, nous a accompagnés de tout temps. Et cette fois-ci, encore, elle change la perception que nous avons de ce qui nous entoure. Ce changement de perception est réel.

Il est donc normal de se demander si l’école permet de s’ajuster à ce recadrage en cours. Et de quelle façon le mesurer…

Martin LessardClair 2015, épicentre d’une nouvelle pédagogie

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 publié le 11 février 2015 à 15 h 04

Chaque année, un colloque se tient dans le petit village de Clair, au Nouveau-Brunswick, au coeur des monts Notre-Dame, près d’Edmundston.

On peut dire que Clair est la Mecque des technopédagogues francophones au pays. Entre 250 et 300 personnes s’y sont réunis à la fin du mois de janvier dernier pour échanger sur les façons d’utiliser efficacement la technologie en classe.

J’ai eu la chance de m’y rendre.

clair2015

Un laboratoire au centre de l’école

À l’école Clair, il y a un « labo créatif » qui permet aux jeunes du primaire d’apprendre au moyen des nouvelles technologies : imprimante 3D, radio étudiante, studio d’enregistrement, lunettes de réalité virtuelle…

Lors de ma visite, de jeunes élèves expliquaient aux plus vieux comment ils se servaient de leurs outils et ce qu’ils allaient en faire.

Labo

L’un d’eux fabriquait de toutes pièces une lampe de poche avec l’imprimante 3D, d’autres m’annonçaient qu’ils étaient en train de bâtir dans Minecraft une version de leur école qu’ils allaient transférer dans l’Oculus Rift pour qu’on puisse visiter leur école de façon immersive.

C’est bien, mais les résultats des élèves s’améliorent-ils avec tout ça? C’est la question que j’ai posée au directeur Roberto Gauvin, au coeur et à la source de ce programme.

roberto

« Tout ce qui est mesuré n’est peut-être pas important, et tout ce qui est important n’est peut-être pas mesurable », m’a-t-il répondu, citant Albert Einstein.

Les élèves de Clair viennent de milieux défavorisés et plusieurs des élèves éprouvent de grandes difficultés d’apprentissage.

Et pourtant, le pourcentage des élèves ayant réussi l’examen provincial de français de 5e année en 2014 à cette école était similaire à celui des autres écoles de la province (75 %). Et en mathématiques (3e année), ce taux était même supérieur. Mais le travail d’ajustement doit être constant, rappelle M. Gauvin.

« Lorsque l’élève vit des situations authentiques, les apprentissages collent davantage. L’utilisation d’outils technologiques peut aussi renforcer ce concept – plusieurs activités s’y apprêtent. Malgré les résultats positifs de cette évaluation provinciale, l’amélioration a toujours sa place », peut-on lire dans leur bulletin.

Mais l’essentiel est ailleurs. J’y ai vu des élèves heureux, transformés, épanouis par ce que l’école leur offrait. Ils aimaient être à l’école!

Cet indice de bonheur n’est pas mesuré. Dommage.

Un monopole à partager

À mon avis, l’école devrait, en tout temps, être un lieu où les enfants ont le goût d’apprendre. Malheureusement, on ne peut pas dire que c’est toujours le cas pour tous les élèves.

Dans le passé, lorsque le contenu était (relativement) plus rare, l’école était une oasis dans un désert de connaissances.

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Aujourd’hui, l’information est partout. L’accès aux connaissances n’est plus limité. Le problème est plutôt de savoir comment filtrer l’information et sélectionner le bon contenu. À ce jeu, l’école n’est pas dépassée.

Mais on voit bien qu’elle n’a plus le monopole de l’éducation. Je crois que l’usage de la technologie est une voie possible pour « voir l’éducation autrement » (thème de Clair cette année).

Nous verrons dans mon prochain billet certains avantages et risques qui y sont associés.

La technologie représente toujours des défis pour les écoles

Hier, on a accepté (non sans hauts cris) la calculatrice à l’école. Qui s’en offense encore aujourd’hui?

Devrait-on maintenant accepter le correcteur orthographique en classe? Il est déjà le complément naturel de tous les rédacteurs et penseurs sérieux. Pourquoi en priver les jeunes?

Et qu’en est-il de demain? Que fera-t-on avec les modules Watson qu’on nous proposera dans notre cellulaire? On aura peut-être accès à un outil capable de trouver notre réponse à notre place (voir mon précédent billet : Watson à notre service — ou serait-ce l’inverse?).

Dans le monde de demain, il semble qu’il ne sera pas suffisant de connaître la réponse à une question. Il faudra aussi apprendre à poser correctement des questions à nos outils pour obtenir des réponses.

Cette compétence sera impossible à acquérir si on ne familiarise pas nos enfants avec la technologie en classe.

Apprendre à apprendre, c’est ce que l’école a toujours essayé d’enseigner. Et c’est ce qu’elle doit faire plus que jamais.

Le monde change tellement vite… Ainsi, ceux qui apprennent à « prendre en main leur apprentissage », comme les jeunes à Clair, auront une longueur d’avance demain.

Martin LessardVers une neuroscience de l’apprentissage?

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 publié le 29 janvier 2015 à 12 h 20

Dans une société de l’automobile, nous avons vu la montée du jogging pour pallier les effets de l’inactivité.

Dans une société de la connaissance où toutes les réponses seraient à la portée de la main (ou de la voix), nous pourrions voir la montée du « jogging cérébral » comme palliatif à la sous-utilisation de notre cerveau.

D’ailleurs, vous avez sûrement remarqué l’arrivée progressive d’applications comme Lumosity ou Elevate, qui proposent des jeux pour maintenir en forme nos réflexes cognitifs.

Ces applications ont dérivé d’apprentissages en neurosciences au début des années 2000.

Des études démontraient que « l’entraînement cognitif » pouvait réduire les risques d’Alzheimer.

Notez toutefois que cela ne veut pas dire que ces applications en question donnent réellement les effets escomptés — plus d’études doivent être faites pour prouver les affirmations des compagnies.

Mémoire, mémoire, dis-moi qui se souvient le plus

Mais dans le doute, pourrait-on dire, pourquoi ne pas utiliser ces applications quand même? Au moins, nous exerçons notre mémoire!

La mémorisation est cette capacité d’encoder, de stocker et de retrouver une information. Mais avec les avancées technologiques actuelles, il est possible de retrouver des informations en un simple clic, partout où l’on est.

Ne serait-il pas plus utile, pour ceux qui cherchent à apprendre, de mieux savoir manipuler les informations, plutôt que de les encoder et de les stocker?

Voilà pourquoi les neurosciences semblent être une voie intéressante pour envisager l’avenir de l’éducation. Il y a là une possibilité d’entraîner le cerveau à développer mieux les capacités cognitives des gens.

Déjouer le réflexe des neurones

Des découvertes issues des sciences cognitives ont clairement démontré que l’on pouvait mieux enseigner quand on sait comment le cerveau fonctionne. Voici un exemple.

Les mécanismes cérébraux, quand un enfant apprend à lire, à écrire ou à calculer, sont aujourd’hui mieux compris grâce à l’imagerie cérébrale.

C’est ainsi que nous savons qu’il existe des neurones, au niveau du cortex visuel, dans l’hémisphère gauche du cerveau, qui servent à reconnaître les mots écrits. Or, ces neurones servaient originalement à la reconnaissance des visages, mais se sont finalement spécialisés dans celle des mots.

Cette découverte explique une difficulté rencontrée chez certains enfants qui confondent les lettres dites « en miroir » (comme b et d). Nos « neurones de la lecture » étaient d’abord spécialisés dans la reconnaissance des visages. Ils reconnaissent donc les formes par rapport à un axe de symétrie (comme notre visage). Les lettres « en miroir » sont donc facilement confondues.

Les neurosciences suggèrent alors pour ces enfants en difficulté d’apprentissage de toucher des lettres en relief les yeux bandés (apprentissage multisensoriel). Les performances de ces élèves dans la reconnaissance des lettres se sont améliorées, comparées à celles d’autres enfants ayant reçu une formation traditionnelle (juste le sens de la vue).

Dans ce cas-ci, les neurosciences ont permis de comprendre pourquoi il y avait ce type de problèmes chez certains jeunes, car l’apprentissage multisensoriel n’est pas nouveau : la méthode Montessori utilise cette approche depuis longtemps.

La promesse d’un enseignement neuropersonnalisé

Les neurosciences pourraient nous montrer la voie vers une nouvelle pédagogie. Elles permettent d’asseoir certaines méthodes pédagogiques sur des bases scientifiques.

L’avancée des neurosciences fait miroiter cette promesse d’une forme future de personnalisation de l’apprentissage en fonction de nos « défauts ».

Si cela se confirme, alors dans un premier temps, les neurosciences seront surtout utiles pour ceux qui ont des difficultés d’apprentissage. Les professeurs seront alors mieux préparés pour trouver rapidement des méthodes d’apprentissage adaptées pour chacun.

On peut rêver ensuite que les cours à l’école se transforment en une série de thérapies. Nous n’y acquerrions pas des connaissances, on nous donnerait des entraînements neuronaux pour être cognitivement plus alertes et aptes à apprendre par nous-mêmes.

Cette vision prodiguera bonheur ou révulsion, selon nos allégeances. Nous en sommes toutefois loin.

Mais ces questions ont déjà émergé dans le milieu scolaire. Toutes les prochaines découvertes seront scrutées, car il n’y a qu’un pas à faire pour penser que les neurosciences pourront guider l’école vers de meilleurs apprentissages.

Mais ces découvertes doivent encore passer par la double expérience de la validation à grande échelle et de l’intelligibilité pour l’individu.

Le sens du sens

Le sens, en effet, est central en éducation. C’est l’intelligibilité de l’apprentissage.

Une série d’exercices cérébraux peuvent être bons pour moi, mais il faut que le sens de ces exercices soit bien clair dans mon esprit pour que je les fasse. Ce sens doit être inscrit dans quelque chose de plus motivant, un contexte, une raison.

Un exercice cérébral pour un exercice cérébral. Très peu pour moi.

Apprendre le calcul différentiel pour le calcul différentiel? Sans mise en contexte, ça passe mal.

Comme pour le jogging. Sans motivation, rien ne bouge!

Comme pour mes applications de Lumosity et Elevate, elles dorment dans mon cellulaire.

Je préfère attendre une version qui serait (hypothétiquement) intégrée à Grand Theft Auto 6!

Martin Lessard3 actions pour augmenter l’attrait de la francophonie

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 publié le 5 novembre 2014 à 12 h 05

Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de la langue française, avait dit en début d’année que, « sachant qu’en 2010, on recensait 220 millions de francophones dans le monde, […] on peut estimer à 750 millions les parlants français à l’horizon 2050. » (source : Challenge.fr)

Dans Le Devoir de ce matin, Christian Rioux, citant les résultats d’une grande enquête réalisée par l’Observatoire de la langue française (« La langue française dans le monde 2014″) qui sera publiée la semaine prochaine, souligne que (source : Le Devoir):

  • le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet;
  • la troisième plus populaire dans le monde des affaires;
  • la deuxième langue la plus employée pour l’information internationale dans les médias.

En voilà une bonne nouvelle!

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Le français, la quatrième langue sur Internet

Les francophones figurent au quatrième rang parmi les utilisateurs d’Internet. C’est bien, mais ce n’est pas tout!

M. Rioux nous apprend que le français est aussi  :

  • la troisième langue la plus utilisée dans les blogues;
  • la sixième plus populaire, quant au nombre de pages Web publiés dans cette langue;
  • et pratiquement la quatrième langue la plus utilisée pour les contenus, les logiciels de communication et sur les réseaux sociaux.

C’est vraiment une très bonne nouvelle!

(synthèse en PDF disponible ici)

C’est en Afrique que le bassin de francophones est appelé à croître le plus.

Toutefois, prévient M. Rioux, « il faudra recruter 900 000 nouveaux enseignants d’ici 2015. D’ici 2030, c’est plus de 2 millions d’enseignants qu’il faudra trouver afin d’assurer cette progression ».

Oh, oh…

L’Internet à la rescousse du français

Si l’Organisation internationale de la francophonie s’en tenait à ce calcul, donné plus haut, je ne sais pas comment elle ferait pour soutenir la langue française. Autant jeter l’éponge tout de suite.

Non. En fait, encore une fois, Internet pourrait être la solution — toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines.

Le français, pour les Africains, est un atout incroyable pour les études, le travail et l’accès à l’information.

L’un des quatre axes stratégiques d’intervention de la francophonie numérique déterminés en 2012, est celui-ci:

  • Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques francophones.

À mon avis, cela tombe sous le sens que trois actions peuvent être entreprises tout de suite, et à moindre coût :

1. Traduire Wikipédia

wikipedialigne

Aujourd’hui, la première porte d’entrée dans le monde de la connaissance est Wikipédia. Je me retrouve pourtant sans cesse à consulter la version anglaise pour trouver une entrée ou pour obtenir plus de détails.

Il faut que les futurs apprenants de la langue française comprennent qu’ils seront dans un TGV et non dans un train de campagne s’ils apprennent notre langue. Wikipédia est un symbole de succès.

En sautant un Sommet de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de rédacteurs, on pourra rattraper notre retard. Commençons par les termes utilisés en science, en géographie et dans l’actualité.

2. Offrir des formations en ligne ouvertes à tous
moocligne

Internet augmente de façon spectaculaire les capacités autodidactes des personnes curieuses. Ce sont ces leaders de demain qui doivent être aidés aujourd’hui.

Les MOOCs (massive open online course), traduit par CLOM (cours en ligne ouvert et massif) ou FLOT (formation en ligne ouverte à tous), est le moyen le plus élémentaire de soutenir l’apprenant autodidacte.

En sautant une Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de professeurs prêts à monter des cours en ligne, on pourra créer un réseau qui permettrait à quiconque équipé d’un écran et d’un accès Internet d’apprendre notre langue.

3. Rendre ouvertes les données publiques

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Si les données gouvernementales sont ouvertes par défaut (et fermés par nécessité, dans le cas de données privées), nous ouvrons les portes d’un territoire immense pour les développeurs informatiques.

Ces données ouvertes représentent la lumière dans un monde opaque. C’est une façon pour les francophones de voir leur réalité représentée par un assemblage significatif de statistiques croisées, qui permet de réfléchir et d’agir.

En sautant un forum de la Francophonie et en investissant l’argent ainsi économisé dans une armée de programmeurs voulant prêter main-forte aux pays d’Afrique francophones pour ouvrir leurs données, on pourra inculquer la culture de l’ouverture et de la transparence très rapidement.

Faut que les bottines suivent les babines

Cette expression québécoise signifie qu’après avoir vanté sa capacité d’agir, il faut tenir parole. (L’étude de l’Observatoire constate que les régionalismes ont de plus en plus droit de cité dans les grands dictionnaires de la langue française. Je le signale à ma manière).

Je le répète, j’ai toujours cet optimisme débordant qui coule dans mes veines. On me pardonnera, je l’espère, de vouloir réduire le nombre de rencontres au Sommet pour la Francophonie. C’est pour faire réagir.

Car il me semble que lorsqu’on parle d’actions, il n’est plus le temps de parler, mais d’agir.