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Martin LessardComment le multitâche affecte notre attention

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 publié le 6 mai 2013 à 12 h 50

Les nouvelles technologies de la communication ont augmenté le nombre de canaux par lesquels un message peut se rendre à vous. Surveiller Twitter et Facebook en même temps, puis répondre à un texto tout en écrivant un courriel et en épluchant les nouveautés sur Instagram, voilà le lot quotidien de bien des gens branchés.

On appelle « multitâche » cette capacité mythique qu’on attribue aux mutants qui peuvent faire plusieurs choses à la fois.

Je ne sais pas si je suis un mutant, mais je sais que le multitâche affecte mon attention, mais de quelle façon?

Vous avez reçu trois nouveaux messages

Une expérience récente a mesuré l’efficacité perdue par les interruptions de toutes sortes.

Le chercheur a placé 136 personnes dans 3 groupes différents. Tous les participants devaient lire un court texte et répondre à des questions.

Deux des groupes ont été avertis : durant l’expérimentation, ils pourraient recevoir d’autres instructions. Autrement dit, ils allaient être interrompus, un peu comme on l’est de nos jours par des alertes sur nos écrans de cellulaire et d’ordinateur ou par un coup de téléphone.

Le troisième groupe servait de groupe test et n’a jamais été interrompu dans sa tâche.

Dans un premier temps, les deux groupes cobayes ont été interrompus deux fois durant la première partie de l’expérience. On a observé une baisse de 20 % dans l’exactitude de leurs réponses comparativement au groupe test.

Les tenants du monotâche pourraient crier victoire et voir les tenants du multitâche comme étant 20 % moins intelligents qu’eux.

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Mais l’expérience allait plus loin que ça.

La deuxième partie du test consistait cette fois à interrompre les participants seulement dans un seul des deux groupes cobayes. Ceux de l’autre groupe ont attendu une instruction qui n’est finalement jamais venue.

Le premier groupe, qui a été interrompu de nouveau, a eu une performance négative de 14 %, soit un taux de mauvaises réponses moins important que lors de la première partie de l’expérience. Comme si le cerveau apprenait à s’adapter et à pallier l’interruption.

Quant au deuxième groupe, celui dont l’interruption annoncée ne s’est jamais produite, les résultats sont étonnants : on a vu une amélioration de 43 % des résultats, soit mieux que le groupe test!

D’autres expériences seront nécessaires pour affiner les conclusions, mais il est fort possible que le cerveau s’adapte et dédie plus de ressources cognitives pour se préparer à l’interruption. Cette interruption n’est jamais venue pour le dernier groupe, pour qui les ressources cognitives ont finalement pu servir à répondre aux questions du test.

Votre réunion commence dans 30 minutes

Il semble clair que le multitâche généré par l’arrivée des nouvelles technologies pompe des ressources cognitives, mais en même temps il entraîne notre cerveau à utiliser ces menaces de distraction pour nous forcer à porter davantage attention à la tâche qui nous occupe.

Je ne sais pas si ça fait de moi un mutant, mais je sais maintenant que je peux voir toutes ces interruptions à venir comme une motivation à me concentrer davantage à l’instant présent.

Martin LessardLa course au MOOC

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 publié le 14 février 2013 à 16 h 55

Après mon précédent billet sur les MOOC (pour Massive Open Online Course), ces formations ouvertes et à distance, certains m’ont orienté vers quelques exemples francophones et j’en ai trouvé quelques autres par la suite:

HEC Montréal a offert son premier cours l’automne dernier : Introduction au marketing (avec 40000 participants). Et, le 12 mars prochain, débutera Comprendre les états financiers (45000 personnes y sont déjà inscrites).

ITYPA: acronyme pour « Internet : tout y est pour apprendre », le premier cours portant sur le thème Comment fonctionne un MOOC a eu lieu en 2012.

L’École centrale de Lille :  Gestion de projet.

L’École Polytechnique fédérale de Lausanne : Introduction à la programmation orientée objet (en Java), sur Coursera

Ces initiatives sont encore isolées, et l’offre est peu diversifiée, mais c’est un début pour les francophones.

xMOOC et cMOOC

D’ores et déjà, les MOOC sont offertes en deux parfums.

Les cMOOC (c pour connectivisme) proposent des cours reposant sur le partage des savoirs entre les apprenants et où, souvent, les objectifs d’apprentissage sont définis par le participant lui-même. Les professeurs sont là aussi pour apprendre au cours du processus. Le cours ITYPA, cité plus haut, est de ce type.

Les xMOOC sont plus traditionnels et reposent sur un transfert de connaissances classique auquel, je crois, les gens sont plus habitués. Ils représentent la majorité des cours offerts.

Le premier a la particularité de profiter pleinement d’Internet pour offrir une façon différente d’apprendre. Le second l’utilise davantage comme canal. Selon les cours ou les participants, l’un ou l’autre est plus approprié.

Formation gratuite

Je ne connais pas les coûts exacts pour bâtir ces cours,  mais je ne crois pas que ce soit la plateforme qui représente la portion la plus chère. Surtout si on prend des plateformes ouvertes et gratuites :

Il faudra un minimum de personnalisation pour mettre ces plateformes ouvertes à votre main. Mais une fois la plateforme en place, ce sont les cours qui coûtent le plus cher à mon avis : il faut du matériel pour capter la présentation, un minimum de montage vidéo et une gestion des élèves et des notes, etc.

Bâtir un cours n’est pas gratuit. C’est donc un jeu que seules les universités les plus riches peuvent se permettre de jouer à long terme et en s’adressant à un large public. Car sur le plan de la rentabilité, il n’y a pas encore de modèle d’affaires.

Pourquoi se lancer dans l’aventure?

Les cours en ligne représenteront une part non négligeable de la formation dans un monde où on sera obligé d’apprendre en permanence.

Un MOOC en soi ne va pas révolutionner l’université en tant que telle. C’est la façon de fréquenter l’université qui pourrait partiellement changer. Cela va se développer en parallèle des activités existantes. Les cours à distance sont excellents pour la formations continue. Il y a donc de l’avenir.

Mais le véritable enjeu pour les universités, c’est que la popularité de ces formations crée une véritable compétition entre les universités à l’échelle mondiale.

Les bénéfices financiers que les universités peuvent espérer tirer des MOOC sont plutôt minces dans l’état actuel des choses.

Le véritable bénéfice pour les universités se situe davantage sur le plan de leur réputation au niveau national et international. Plus les cours à distance deviendront chose commune, moins la distance géographique sera un critère important dans le choix d’une université.

Les universités qui tentent l’aventure aujourd’hui risquent de se positionner dans le haut du peloton demain.

Le 10 octobre dernier, Jobboom lançait Ça passe ou ça casse!, sa toute première websérie. Produite en collaboration avec la Banque de développement du Canada et FounderFuel, une firme spécialisée en « accélération d’entreprises », elle comprend 12 épisodes portant sur l’entrepreneuriat techno à Montréal. La série a été tournée entre le 27 février et le 23 mai 2012 par le réalisateur Jean-Pierre Roy, qui a filmé les coulisses de jeunes entrepreneurs qui aspirent à épater l’industrie du web, du mobile et des jeux sociaux.

Les Montréalais issus de la scène techno reconnaîtront sans doute certains des mentors : Ian Jeffrey de FounderFuel, Jean-Sébastien Cournoyer de Real Ventures et Montreal Start Up, et John Stokes, qui a, entre autres, contribué à faire de la Maison Notman un véritable quartier général consacré à l’entrepreneuriat technologique. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’une bonne portion de la série a été tournée.

Parmi les 11 équipes participantes de la cohorte du printemps 2012 à FounderFuel, la série se concentre sur les propositions de deux d’entre elles.

Les propositions

Le covoiturage à portée de doigts, c’est ce que propose Live Rides (alias Drivv au début de la série), une application mobile pour iPhone. Les amateurs du populaire service Amigo Express seront familiarisés avec le concept. Par contre, l’interface et la forme mobile de l’application Live Rides diffèrent grandement de son concurrent.

En somme, on propose trois types de voyage. Lifts immédiats est la façon d’offrir ou de trouver du covoiturage de dernière minute. Lifts à venir est réservé pour les départs planifiés, généralement des déplacements de longue distance. Covoiturage régulier permet de trouver des personnes avec un itinéraire quotidien compatible avec le vôtre. L’application vous permet d’économiser en partageant les frais de transport avec d’autres passagers et de choisir les personnes avec qui voyager en consultant leurs profils sociaux.

De son côté, Epilogger est un service permettant de récolter les statuts, les commentaires, les tweets et les photos en lien avec un événement. À partir du site web, créez votre événement en déterminant le début et la fin de celui-ci. Invitez ensuite les participants à se connecter sur Epilogger afin de permettre la cueillette des publications provenant de divers réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Foursquare.

L’idée est de rassembler ce qui est publié sur les réseaux sociaux pendant l’événement afin d’obtenir un compte-rendu, un souvenir, une archive. Je suis plutôt réticent à l’idée d’utiliser un autre service web, mais je dois admettre que j’aime bien cette initiative.

Désirez-vous vous lancer dans de tels projets?

Curieux de savoir si vous avez ce qu’il faut pour démarrer de tels projets? Je vous invite à regarder les 12 épisodes de Ça passe ou sa casse! offerts depuis peu sur YouTube. Si la scène de l’entrepreneuriat techno vous intéresse, mon collègue Martin a écrit un article à propos du Startup Festival, un événement consacré aux entreprises en démarrage, qui se déroule à Montréal en juillet. Vous pouvez également consulter le site de Startup Weekend Montréal, où l’on trouve un compte-rendu de l’événement qui avait lieu la semaine dernière.

Merci à Catherine Gendreau.

Martin LessardÀ quand des MOOC en français?

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 publié le 8 février 2013 à 14 h 32

Quand Mario Asselin, célèbre blogueur québécois qui suit les avancées du numérique dans le monde scolaire, rapporte sur son blogue cette (amicale) provocation du professeur Langer de l’Université de Columbia, ça frise l’électrochoc.

« Ne bougez pas mes amis francophones, nous les anglos sommes prêts à accueillir tous les étudiants qui cherchent à s’instruire sur nos plateformes riches en contenus et propices aux apprentissages. »

Il fait référence ici au MOOC, Massive Online Open Courses, ces cours en ligne gratuits offerts en abondante quantité par des universités américaines de haut niveau.

Les lecteurs de Triplex qui sont aussi auditeurs de l’émission La sphère à la Première Chaîne sont au courant de ce récent concept de téléuniversité numérique ouverte (extrait de l’émission où j’en parle).

La téléuniversité n’est pas une nouveauté en soi. Ce qui est nouveau, c’est la possibilité de suivre gratuitement à distance des cours de grande qualité donnés par des professeurs compétents d’universités prestigieuses. Certains cours sont suivis massivement : jusqu’à 100 000 personnes!

C’est la possibilité d’être des milliers d’étudiants qui suivent le cours en même temps qui frappe l’imagination.

Voici les trois plus grandes plateformes accessibles depuis quelque temps :

EDx, qui offre des cours des universités MIT, Harvard, Berkeley

Coursera, qui offre des cours des universités Standford, Columbia

Udacity, une plateforme construite par des professeurs

Mais de plateforme similaire pour les universités francophones, nenni.

Acculturation par l’appel du savoir

Les universités francophones sont en train de rater le virage numérique, et les conséquences risquent d’être désastreuses, écrit Mario Asselin :

« [Le sujet] absent sur le radar du fameux Sommet sur l’enseignement supérieur et pas plus présent en terme de planification stratégique à l’échelle du gouvernement du Québec, les possibilités d’apprendre autrement que dans le seul lieu classe semblent ne pas préoccuper ceux qui réfléchissent actuellement à l’avenir de l’enseignement supérieur. »

Le questionnement est légitime. Personne ne peut dire où les MOOC nous amènent exactement (et la question de la rentabilité n’est pas résolue). Mais il ne faudrait pas que ça se fasse seulement en anglais.

Les universités américaines sont en train de faire de riches apprentissages sur ce nouveau mode de transmission pédagogique.

Daphne Koller, fondateur de Coursera, a dit : « I underestimated the amount of impact this would have around the world. I really didn’t envision this scale and this impact this quickly. » Oui, ça va vite dans le monde des MOOC, et les répercussions sont loin d’être négligeables pour le monde de l’éducation. Les francophones vont-ils attendre sur le bord de la route?

La puissance douce de l’éducation gratuite

Le concept de soft power (puissance douce) exprime en relations internationales l’idée d’une puissance qui s’affirme par ses contenus culturels aptes à séduire et persuader les autres cultures de sa supériorité.

Les MOOC attirent toutes ces personnes qui veulent vraiment apprendre, mais qui n’ont ni les moyens financiers, ni la possibilité de se déplacer vers un grand centre d’enseignement. Les Américains réussissent à capturer dans leur orbite ces apprenants motivés. Et ils confortent ces universités dans leur prestige mondial.

Bien sûr, les MOOC ne sont pas nécessairement la meilleure façon de tout enseigner (d’ailleurs, ce ne sont pas tous les cours d’une université qui sont en ligne). Mais ils sont bien adaptés pour le transfert de certaines connaissances (en particulier pour des cours de programmation ou d’électronique).

Les universités francophones doivent pouvoir réussir, d’une manière ou d’une autre, à entrer dans la danse pour ajouter des contenus de haut niveau en ligne. Les cours traditionnels en classe ne vont pas disparaître. Mais il est temps de se rendre compte qu’en ligne, on peut aussi apprendre différemment, et peut-être mieux.

Tulio Cardozo chez KickLabs (source : site de la compagnie)

Devant le monde parallèle que dépeint la série Unité 9, avec ses règles de survie cruelles, on peut se demander comment des individus presque coupés de la société peuvent ensuite la réintégrer. Trouver un emploi et gagner la confiance d’un futur employeur quand on sort de prison n’est pas facile. Surtout quand on a perdu contact avec le monde extérieur pendant quelques années…

Reprendre contact avec la réalité

Tulio Cardozo, un Américain qui avait fait six ans de réclusion pour avoir fabriqué du concentré de cannabis, a vécu ce dur retour à la réalité. Malgré son expertise en technologie, sa facilité à communiquer, il a vite compris que le moment le plus difficile était de révéler à un interlocuteur ce qu’il avait fait au cours des six dernières années. Il avait beau avoir travaillé fort pour se garder à jour dans son domaine, avoir lu tous les livres de programmation, il allait devoir reprendre sa formation. Plutôt que de baisser la tête, il a vu là une opportunité d’affaires : celle de créer un réseau professionnel en ligne destiné à la réinsertion des ex-détenus.

Soutenir les initiatives d’affaires d’ex-détenus

Il faut dire que Cardozo a bénéficié du programme de démarrage d’entreprise The Last Mile, un soutien aux projets entrepreneuriaux des ex-détenus. Pour obtenir l’appui du programme, un projet doit être technologique et pencher du côté de l’économie sociale. Un autre critère important pour Chris Redlitz, qui a cofondé le programme, est la passion. Le projet de Cardozo, Collaborative Benefit, correspondait à tous ces critères. L’homme d’affaires est persuadé que Collaborative Benefit offrira un service essentiel et que Cardozo est la meilleure personne pour le faire. Tulio Cadorzo travaille donc maintenant avec le soutien de KickLabs, un laboratoire de soutien et de développement des entreprises fondé par Chris Redlitz et ses partenaires d’affaires.

Un projet de société

Collaborative Benefit permettra de mettre en lien un candidat prêt à réintégrer la société et une entreprise en mettant en valeur ce qu’apporte ce candidat à l’entreprise. On parle ici de la formation, du mentorat et de tous les avantages dont bénéficiera l’ex-détenu (allocation, habitation, etc.) et qui peuvent être des avantages pour un futur employeur. Le site permet donc à un candidat prêt à réintégrer le marché du travail de rejoindre une entreprise qui peut lui offrir un stage d’intégration et, éventuellement, un emploi.

Pour l’instant, Collaborative Benefit a le soutien de quatre partenaires qui peuvent embaucher les participants et lève des fonds par financement collaboratif.

Plutôt que d’aller vers plus de sécurité et de répression, comme on le voit en ce moment, verra-t-on aussi naître ce genre d’initiative au Canada?

Sources complémentaires d’information

Le dossier du site Fast Company : How a former prisoner is creating a LinkedIn for the incarcerated

Sur mon blogue personnel : Facebooker de sa cellule de prison