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Catherine MathysCitizenfour : les dessous de l’affaire Snowden

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 publié le 13 novembre 2014 à 13 h 20

Parfois, on va voir un film et on n’en ressort pas tout à fait indemne. C’est ce que j’ai ressenti après avoir vu Citizenfour de Laura Poitras. Le film raconte l’histoire incroyable (au sens propre du terme) d’Edward Snowden et de ses révélations de la surveillance généralisée de l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) et d’autres organes étatiques dans le monde. La première québécoise du film aura lieu ce soir dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Le film prend l’affiche demain, le 14 novembre. Pour voir la bande-annonce, c’est ici.

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Une trilogie post-11 septembre

Si Citizenfour était une fiction, elle nous semblerait tirée par les cheveux. Or, tout est vrai. Et cette réalité est troublante. Le film présente, de façon chronologique, les rencontres des journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras avec Edward Snowden à Hong Kong et la façon dont les dossiers secrets prouvant la surveillance de masse de la NSA ont été révélés.

Laura Poitras, journaliste, artiste et documentariste primée, s’intéresse au sujet depuis bien avant l’affaire Snowden. Le film Citizenfour est en fait la troisième partie d’une trilogie sur l’Amérique post 11-Septembre. Le premier film, My country, my country (2006), porte sur la guerre en Irak; le deuxième, intitulé The oath (2010), traite de Guantanamo.

Le travail de Poitras sur la NSA, basé sur les documents mis au jour par Edward Snowden, a contribué à la remise d’un prix Pulitzer aux journaux The Guardian et Washington Post, qui ont publié les articles. Par la suite, la documentariste a cofondé The Intercept, un journal web indépendant avec Glenn Greenwald et Jeremy Scahill, qui ont tous deux participé au documentaire et au dévoilement des documents secrets.

Une histoire renversante

En décembre 2012, Greenwald a été contacté par une source anonyme, mais les échanges ont cessé parce que cette dernière ne parvenait pas à les sécuriser. Elle est revenue à la charge en janvier 2013, mais cette fois, c’est Laura Poitras qui a été contactée. L’interlocuteur se présentait sous le pseudonyme de Citizenfour. C’était Edward Snowden, un analyste de haut niveau à la NSA, qui promettait de fournir toutes les preuves nécessaires pour exposer le système de surveillance massive des Américains par l’organisme.

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C’est à Hong Hong que Poitras et Greenwald ont rejoint Snowden. Le film conduit tout droit dans la chambre d’hôtel où les révélations ont eu lieu. Tout se passe entre le 3 et le 10 juin 2013. On assiste au déroulement des événements où chaque question est soupesée, pour tenter de prévoir les conséquences de telles révélations sur la famille de Snowden, sur sa conjointe, qui ne savait rien les intentions de l’analyste, et sur lui-même, bien sûr.

Avec la publication des premières révélations concernant l’affaire Verizon, la réponse médiatique ne s’est pas fait attendre. Puis, de jour en jour, d’autres articles ont fait grand bruit, notamment ceux portant sur PRISM et sur les directives gouvernementales américaines en matière de cyberattaques.

Un thriller en temps réel

Le film rend bien la tension des moments d’attente avant et pendant les révélations. Bien sûr, les révélations elles-mêmes, le déferlement médiatique qui s’en est suivi et toutes leurs conséquences sur nos vies privées sont au cœur de l’histoire. Snowden démontre comment nos libertés et, en fin de compte, la démocratie, sont touchées par l’écoute de toutes nos communications numériques, analogiques ou radio, quelles qu’elles soient. Il montre aussi notre apathie devant cette surveillance, comme si on s’attendait à être surveillé et qu’on se convainquait que ce n’était pas si grave.

Mais une des choses qui marquent le plus dans le film, c’est l’histoire de l’homme lui-même, c’est-à-dire un Américain de 29 ans qui se sacrifie pour qu’on puisse revenir, selon ses propres mots, à Internet tel qu’il existait avant la surveillance. Greenwald, lors de son récent passage à Montréal, avait dit combien il avait été surpris de voir un si jeune homme prendre de tels risques. Il s’attendait plutôt à ce qu’il s’agisse d’un homme au bord de la retraite ayant bien peu à perdre, sinon sa liberté. Edward Snowden connaissait les risques de son geste. Il n’a jamais tenté de se cacher. Au contraire. Cependant, il a voulu confier la divulgation des faits à des journalistes pour ne pas faire ombrage à la nouvelle elle-même. Il ne voulait pas décider de l’ordre des histoires à publier, ni de la plateforme à utiliser. Rapidement après les premières publications, le 9 juin, une vidéo de lui a été publiée sur le site du Guardian. Son identité était dévoilée.

Les conséquences d’un tel geste

Snowden le répète à plusieurs reprises dans le film : il ne savait pas ce qui lui arriverait, mais il était prêt à subir les conséquences de son geste. Il parle de son rôle comme de celui d’une hydre. Si on lui coupe une tête, un autre est prêt, souhaite-il, à prendre la relève. Le film nous donne quelques indices de sa vie après la révélation. On savait déjà qu’il avait été bloqué40 jours dans l’aéroport de Moscou, puis que la Russie lui avait accordé l’asile temporaire. Or, on a appris que sa conjointe l’avait rejoint en juillet 2014. Le reste de l’histoire s’écrit en ce moment même.

Citizenfour est une ode au courage de Snowden, mais aussi une apologie de l’importance du journalisme. Snowden souhaitait que l’information soit présentée et diffusée par des journalistes qui pouvaient également conférer la crédibilité souhaitée aux documents dévoilés. Bien que le film soit pour le moins déstabilisant, je trouve cette partie-là plutôt rassurante.

Bref, une situation inquiétante a été mise au jour avec l’affaire Snowden. Nous ne pouvons plus faire comme si de rien n’était. Ce tweet envoyé quelques minutes après la fin de la représentation résume bien ma pensée.

 

Catherine MathysMes 5 fabuleuses minutes avec Patrick Watson

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 publié le 17 octobre 2014 à 15 h 26

Il y a de ces expériences qui vous marquent. Après les avoir vécues, vous avez un peu l’impression d’avoir entrevu une partie de l’avenir. C’est ce qui m’est arrivé après avoir essayé le Samsung Gear VR avec le film Strangers with Patrick Watson, réalisé sur mesure pour l’appareil par Félix & Paul studios. Félix Lajeunesse, à l’occasion du Festival du nouveau cinéma, est venu parler des prouesses de la réalité virtuelle filmée en 3D à 360 degrés dans un après-midi de mini-conférences consacrées aux technologies et aux nouvelles écritures.

Samsung Gear VR : un appareil prometteur

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J’étais curieuse de voir le film, bien sûr, mais aussi de faire l’essai des lunettes Samsung Gear VR. Comme il est léger et facile à porter, on oublie vite l’appareil qu’on porte pour se transporter dans un autre lieu, dans une salle de répétition avec Patrick Watson, en l’occurrence. Dans un récent billet, mon collègue Maxime Johnson nous dévoilait les atouts du nouveau Samsung Gear VR.

« Le nouveau casque de Samsung est un appareil assez simple, où le logiciel nécessaire, l’écran et la plupart des autres composantes se retrouvent dans un téléphone intelligent, le Galaxy Note 4, et non dans le casque en tant que tel.

Le casque comporte quand même quelques éléments d’électronique, comme un capteur de mouvements supplémentaire et un pavé tactile sur la tempe de l’utilisateur, mais il s’agit principalement d’un boîtier de plastique simple, avec deux lentilles, qui permettent à l’utilisateur de voir l’écran du Galaxy Note comme s’il s’agissait d’un téléviseur de 175 pouces placé à 2 mètres devant lui. »

On se trouve effectivement entièrement captif de l’écran qu’on a devant les yeux. Si l’image est un peu floue, l’effet est tout de même saisissant au point ou on se sent entièrement intégré à elle plutôt que d’en être un simple spectateur.

La philosophie de Félix & Paul studios

Paul Raphaël et Félix Lajeunesse

Paul Raphaël et Félix Lajeunesse

Félix Lajeunesse, l’un des cofondateurs de Félix & Paul studios, a raconté au micro du FNC Pro, qu’il cherchait depuis longtemps à briser les conventions du cadre auquel on est habitué au cinéma. Il voulait atteindre le même niveau d’émotion que pouvait offrir le visionnement d’un film, mais sans nécessairement raconter une histoire ou passer par le jeu d’un acteur. Pour lui, l’un et l’autre sont des détours qu’il ne souhaitait pas emprunter. Il préférait trouver une manière d’atteindre directement les émotions du spectateur sans passer par un personnage.

Il a donc préféré créer une technologie 3D stéréoscopique qui lui permettait de s’attarder à du contenu contemplatif. C’est ainsi qu’il est allé tourner, par exemple, une ruelle de Shanghai où on pouvait simplement assister au passage du temps. Par la suite, la rencontre avec l’équipe d’Oculus a été déterminante. Le duo de Félix Lajeunesse et de Paul Raphaël a voulu mettre la caméra à la hauteur des yeux, comme si le spectateur regardait l’action directement, comme si la médiation du jeu de l’acteur ou du cadre de l’écran n’existait plus. L’expérience de Strangers with Patrick Watson est un exemple de ce qu’il est possible de faire sans trame narrative, ni décor, ni scénario. Le simple fait de se sentir présent suffit.

Strangers with Patrick Watson

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La liste d’attente est longue. L’activité dure 5 minutes mais il faut laisser refroidir l’appareil. Il a donc fallu s’inscrire pour avoir la chance de faire l’expérience dont on m’avait tant parlé. Enfin, c’est à mon tour. Je m’assois bien droit sur une petite banquette blanche. On place le téléphone Galaxy Note 4 dans l’appareil. On referme le tout avec une plaquette. C’est prêt. On me place les lunettes sur les yeux en prenant soin de guider ma main vers la roulette de la mise au point. C’est fait. On me place les écouteurs sur les oreilles. Vu de l’extérieur, tout cela ne doit pas être d’un grand chic. Tant pis. Je n’y pense plus, j’ai déjà décollé. La banquette blanche, les gens qui m’entourent, tout disparaît. Je me retrouve face à Patrick Watson assis devant son piano. Je suis avec lui dans sa salle de répétition. Il se lève, cherche une cigarette puis se rassoit. Il essaye quelques notes puis recommence. Au début, je n’ose pas regarder ailleurs. Après tout, j’assiste à un moment intime de création. Je suis presque incommodée par l’odeur de sa cigarette. C’est vous dire la puissance de l’engin. On se croit réellement en présence de Patrick Watson, tellement qu’on ne veut pas le froisser en détournant le regard.

Je finis par le faire, pour voir où on se trouve et pour voir aussi à qui il parle, puisqu’il échange des mots avec quelqu’un. Je ne vois personne, enfin presque. Derrière nous, le labrador noir de Patrick écoute tranquillement la musique de son maître. Il bâille même, à l’occasion. La pièce est pêle-mêle, un fouillis comme on se l’imagine dans l’atelier d’un artiste. Je regarde à droite, à gauche, au plafond et au plancher. J’inspecte tout, des lattes de bois franc au système de gicleurs. Je suis bien là. Rien ne m’échappe. Sauf moi-même. Je regarde vers le bas et je ne vois ni mes jambes ni mes mains. J’espionne sans être là. Incroyable sensation de vérité. Pendant 5 minutes, Patrick Watson chante pour moi. Au bout d’un moment, le défilement du générique me rappelle que c’est une fiction et qu’elle n’a jamais eu de réalité.

J’enlève les écouteurs, je remets les lunettes à la gentille personne qui se trouve devant moi. Je retrouve la pièce lumineuse où avait lieu l’essai. Je sens d’ores et déjà qu’il s’agit d’une véritable révolution technologique et que je viens de toucher à l’avenir. J’ai déjà hâte à mon prochain voyage. D’ici là, le Samsung Gear VR sera en vente dans les prochaines semaines, selon Félix Lajeunesse. Devinez ce que je vais demander pour Noël?

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).

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Cette stratégie laisse grande place aux recommandations stratégiques pour le virage numérique de l’industrie culturelle québécoise déposées par la SODEC en 2011. Ces recommandations, que j’ai eu l’honneur de rédiger avec des membres de la SODEC, découlaient des multiples rencontres avec les gens de l’industrie culturelle en 2010 et en 2011.

Un constat inéluctable s’imposait : un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Le retard dans les pratiques numériques réduit la capacité des entreprises culturelles québécoises à faire concurrence à l’offre étrangère omniprésente.

Avec tout le talent qu’il y a ici, comment se fait-il que ce soit des Cyprien de France, des Netflix des États-Unis, des iPlayers de la BBC, des Opéras du Met diffusés en direct dans les cinémas d’ici qui se retrouvent à occuper notre temps de cerveau?

Ce n’est pas un problème de talent, mais de rayonnement. Il s’agit donc de se donner les moyens de conquérir l’espace numérique.

Pour occuper l’espace numérique

Dans la synthèse rédigée avec  la SODEC, nous avions proposé trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover et se tourner vers l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

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De ce cadre de référence, je retiens deux points qui me tiennent à cœur.

La culture doit passer par le numérique

Numériser l’offre culturelle existante, c’est l’ouvrir à sa circulation en ligne. Les trésors culturels du passé et du présent doivent être rendus accessibles sur les nouveaux canaux. Ce qui implique de repenser certaines méthodes et  modèles d’affaires.

Par exemple :

  • Série noire traîne de la patte dans les cotes d’écoute à la télé? Pourquoi ne pas avoir téléchargé toute la série d’un coup sur Tout.tv? Netflix l’a fait pour House of Cards et la série se porte très bien.
  • Une production théâtrale ou une performance artistique pourrait être vue partout au Québec dans les salles de cinéma rajeunies pour l’occasion. Comme disait Monique Savoie de la SAT, c’est le début de la « démontréalisation » de la culture.

Favoriser une culture numérique

Pour favoriser des pratiques émergentes et inédites, il faut encourager la collaboration entre les acteurs de la chaîne et le transfert de connaissance. Il est impératif de réussir à sortir du carcan traditionnel du chacun pour soi.

Je proposais à l’époque l’idée d’un SODEC Lab (l’expression n’a pas été retenue) qui serait un pôle d’innovation pour expérimenter. L’idée, tirée de la culture web, consiste à brasser les savoir-faire et susciter la concertation, de façon à générer des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels (c’est le point 3c du cadre stratégique actuel).

Ce « laboratoire » associait toute subvention ou aide à la condition expresse que les mandataires reviennent impérativement partager leur expérience et leur savoir sous forme de document et de présentation ouverte à tous.

Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère, mais il donne bien le ton : les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.

IRON-MAN-3-JEFF-GOLDMSITH-Le phénomène du héros de bande dessinée, magnifié par des pouvoirs surnaturels ou par une science qui dépasse l’entendement fait rêver. Cette année, l’homme de fer, Iron Man 3, figure parmi les films nommés pour les meilleurs effets spéciaux à la cérémonie des Oscars. Verra-t-on le jour où il suffira d’un costume high-tech pour transformer un humain en réel Iron Man?

Une réalité qui est plus près qu’elle ne le paraît

Ariel Williams, auteur et rêveur, s’est penché sur la question et a rédigé sur Quora (le réseau social des questions et réponses) un texte qui a été repris par les médias en ligne, dont Forbes. Alors, il arrive ce costume de métal flexible qui donnerait à celui qui le revêtirait puissance, protection et armes intégrées? Si on ne parle que de cet aspect, il semble que oui. Ce n’est pas surprenant, quand on pense que Wired mettait l’accent, dans son numéro de début d’année, sur des matériaux comme le caoutchouc qui se régénère et le métal liquide, dit T 1000, en l’honneur du Terminator dont les molécules de métal pouvaient se ressouder.

Mais dès que l’on aborde les pouvoirs surnaturels d’Iron Man, censément redevables au génie scientifique du personnage, comme la capacité de voler, le pouvoir de l’énergie nucléaire propre qui fait battre son cœur ou les faisceaux répulsifs… Non seulement on attendra plus longtemps, mais il est fort possible, observe Williams, que ces inventions ne voient pas le jour au cours de notre ère. Dans son texte, Ariel Williams explique que si on se fie à la version des bandes dessinées plutôt qu’à celle des films, on est encore plus loin des possibilités scientifiques : par exemple, un costume fait de nanoparticules qui se répare lui-même et peu générer n’importe quelle arme en un tournemain.

Mais où en est vraiment la science?

La question du vol en triture plusieurs. Un pareil costume qui permettrait de voler n’est pas concevable. Surtout en raison des micro-fusées qui assureraient la propulsion, tout comme les fameux faisceaux répulsifs qui sortent pratiquement de nulle part. Ariel Williams a trouvé des exemples de recherche scientifique qui montrent bien que sur de nombreux aspects, nous sommes sur le point de défier l’imaginaire des films de science-fiction.

Clark Greg, acteur de Iron Man 2, fait la démonstration d’un exosquelette, ce qui se rapproche le plus en ce moment d’un costume de superhéros.

Lorsqu’il est question de voler, le Jet Pack 5000 est muni des plus petits réacteurs offerts sur le marché. Ceux qui ont la foi, ou qui croient à l’accélération des techno-sciences telle que décrite par Jean-François Lyotard dans La condition postmoderne, peuvent croire que dans quelques années, ce harnais à réacteurs sera encore plus petit.

Que dire de cette vidéo qui oppose Yves Rossy, dit Jetman, au Jet Team de Breitling?

Ariel Williams conclut que oui, il pourrait y avoir un costume d’Iron Man dans quelque 15 ans, si on accepte qu’il ressemblera plus aux prototypes d’exosquelettes présentés ici. Cela dit, on peut imaginer les possibilités militaires de ces équipements… ce qui accélérera certainement leur développement.

Et, à mon humble avis, avec la tendance des drones et les développements de la robotique, Iron Man sera peut-être assis bien confortablement chez lui faisant agir son alter ego superpuissant à distance comme dans un jeu vidéo…

Martin LessardLa technologie 2014 vue d’Hollywood

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 publié le 7 février 2014 à 10 h 49

Hollywood, ça n’aura échappé à personne, fonctionne comme le vecteur principal par lequel sont diffusés des « idéaux » (l’hétérosexualité et la famille, l’amour et la romance, le capitalisme et le libéralisme, l’individualité et l’éthique religieuse, etc.), idéaux auxquels il faut se conformer. Pensez aux histoires de Disney (comme Maleficent, qui sortira cette année).

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En science-fiction, Hollywood prépare les esprits en nous présentant un futur où la technologie est omniprésente. Tous ces Transformers, Iron man et autres superhéros ne sont rien sans l’immense pouvoir que leur procure la technologie, pouvoir qui aurait été, en d’autres temps, ceux de la magie.

Mais quand les scénaristes sont moins fantaisistes, les technologies utilisées dans les histoires à l’écran sont alors des projections dans le futur de leur potentiel aujourd’hui.

À chaque époque son fantasme du futur.

Alors, quelles sont les promesses technologiques qui ont attiré l’attention d’Hollywood en 2014?

Les histoires de nos futurs

En 2002, Rapport minoritaire (Minority report) a présenté des technologies qui sont désormais à portée de main (voiture autonome, interface cinétique, etc.). J’avais écrit en 2011 que le Rapport minoritaire n’était plus une fiction.

En 2014, plusieurs nouveaux longs-métrages vont aborder la technologie, chacun à sa façon.

En ce moment, sur les écrans, il y a Her, de Spike Jonze, qui aborde les conséquences d’une intelligence artificielle qui a réussi allègrement le test de Turing et joue à devenir notre amie (et même plus).

Pour ce billet, je vais m’attarder sur trois films qui vont sortir dans les prochains mois.

1) Téléchargez votre cerveau! (Transcendence, avec Jonny Depp)

Ce film raconte l’histoire d’un scientifique qui, sur le point de mourir, télécharge son esprit dans un ordinateur.

Cette idée de téléchargement de l’esprit (où chaque synapse est convertie en un bit), quoique tout à fait hypothétique, est devenue plausible comme sujet de conversation depuis l’an passé.

L’Europe veut recréer un cerveau humain à l’intérieur d’un supercalculateur, et les États-Unis ont aussi lancé le grand chantier de cartographie du cerveau.

À la mi-janvier, un superordinateur japonais a réussi à parfaitement cartographier 1 seconde de 1 % de l’activité du cerveau humain… en 40 minutes.

Sachant que, grosso modo, la puissance brute de calcul augmente tous les deux ans, il faudra une vingtaine d’années pour s’approcher de la parité entre l’activité cérébrale et sa cartographie en temps réel.

Mais de la cartographie au téléchargement de notre cerveau, il y a encore un gouffre!

2) La conquête spatiale est relancée (Interstellar, de Christopher Nolan)

Ce film raconte l’histoire d’explorateurs spatiaux qui partent dans les étoiles grâce à des trous de vers, ces failles dans l’espace-temps qui permettent de passer d’un lieu à l’autre.

Les trous de vers sont des théories non validées, et les voyages interstellaires vont se buter aux distances incommensurables pour encore très longtemps.

Mais la reconquête spatiale redevient au goût du jour grâce aux nouveaux arrivants — l’Inde, la Chine — ainsi qu’à l’entreprise privée.

Les Chinois ont envoyé un module sur la Lune en janvier. L’Inde aura son satellite en orbite autour de Mars. La Station spatiale internationale est approvisionnée régulièrement par une navette commerciale. Des compagnies cherchent à créer des mines sur des astéroïdes.

Une téléréalité a même proposé d’envoyer quatre humains sur Mars (sans espoir de retour). Deux cent mille personnes se sont proposées pour le poste.

Notre retour dans l’espace est tout à fait réalisable, et même inévitable. Après un hiatus d’une trentaine d’années (après le programme Apollo), l’odyssée de l’espace va pouvoir continuer avec les prochains « coureurs des bois ».

3) Les exosquelettes (Edge of tomorrow, avec Tom Cruise)

Un soldat qui combat des extraterrestres se retrouve dans une boucle temporelle et il en profite pour améliorer ses performances guerrières (notamment grâce à un l’exosquelette).

Si le voyage dans le temps est encore du ressort de la science-fiction, l’exosquelette du soldat n’est, par contre, plus une chimère pour très longtemps. L’armée américaine est sur le coup.

L’exosquelette est cette armature externe qui assiste tout le corps pour amplifier les mouvements d’une personne. L’usage militaire peut faire peur (« Tu n’es pas un soldat, tu es une arme », dit-on au soldat), mais au Japon, pays à la population vieillissante, ces exosquelettes vont plutôt aider les personnes à autonomie réduite à se mouvoir.

2014, cuvée intéressante?

Arthur C. Clarke, l’auteur de 2001, l’odyssée de l’espace, a dit une fois : « Toute technologie très avancée ressemble à s’y méprendre à de la magie. »

En règle générale, Hollywood traite la technologie comme de la magie. C’est le cas des autres films de 2014 comme Divergent (l’immersion dans le monde virtuel) ou Earth to echo et Jupiter ascending (contact avec des extraterrestres).

L’année 2014 ne nous donnera pas un film comme Rapport minoritaire, qui était une véritable carte routière des innovations à venir. Mais certaines des questions abordées cette année par Hollywood sont, assurément, tout à fait dans l’air du temps.