Billets classés sous la catégorie « Affaire »

Nadia SeraioccoLe wifi partout, même sur les ailes d’Air Canada

par

 publié le 15 avril 2014 à 10 h 58

gogo-inc-logoAir Canada annonçait récemment que le wifi serait offert à partir du mois de mai dans ses vols nord-américains. Le service sera assuré par la société Gogo, qui fournit actuellement le wifi pour environ 80 % des avions américains. L’accès sera évidemment payant, mais Air Canada promet une « tarification concurrentielle ».

Un réseau wifi comme avantage compétitif

Cette nouvelle arrive au même moment qu’un article de Reuters sur la guerre du wifi entre les différentes compagnies aériennes. Que ce soit pour des raisons d’affaires ou simplement pour se divertir, l’accès à un réseau fiable et rapide est désormais une exigence pour tous les voyageurs. Le retrait l’an dernier de l’interdiction d’utiliser ses appareils électroniques au moment du décollage et de l’atterrissage aux États-Unis témoigne de cette nouvelle façon de voyager. Quoique ce ne soit pas encore appliqué à l’international, on peut s’attendre à un assouplissement progressif des règles.

On ne dira pas bravo, mais plutôt enfin!

L’omniprésence des appareils mobiles connectés au web n’est pas une nouvelle réalité. Alors, pourquoi est-ce que les compagnies aériennes ont attendu, et attendent encore, si longtemps? La réalité est que malgré la logique et toute la bonne volonté, elles ne veulent pas courir le risque d’investir dans leur flotte et se retrouver ensuite avec un système désuet. Peter Ingram, chef financier de Hawaiian Airlines, fait ce parallèle éloquent : « Nous ne voulons pas nous retrouver avec du Betamax.« 

Les compagnies aériennes doivent choisir non seulement les équipements à installer, mais aussi le type de bande qui sera offert dans leurs avions, notamment la bande Ka ou la bande Ku. Cette dernière, par exemple, offrirait une plus grande bande passante, mais serait moins fiable que la Ka.

Selon le président de Lufthansa, Christoph Franz, le coût monétaire pour équiper tous ses avions atteindrait les centaines de millions de dollars. Pendant ce temps, certains craignent davantage pour la santé des voyageurs. Il suffit de faire une brève recherche sur Google pour trouver des articles et des guides (parfois farfelus) pour se prémunir contre les radiations émises par les appareils électroniques. Reste que pour Santé Canada, le wifi à faible intensité n’est pas dangereux pour le public.

Autres articles sur le wifi et les transports

Le wifi dans le métro de Toronto, sur Triplex

Cellulaires dans le métro pour bientôt, Journal de Montréal

Pour l’industrie de la musique dans le monde, les ventes de disques représentent environ la moitié des revenus (51,4 %) et la musique numérique (la vente dématérialisée) environ le tiers (39 %), soit une progression de 4,3 % par rapport à 2012 (source).

C’est la musique dite lecture en transit (streaming), comme sur Spotify, Deezer et Songza par exemple, qui représente la plus forte croissance de la musique numérique (27 % des parts de marché) .

Le passage au format numérique entraîne donc un changement dans la consommation de musique. Pourquoi posséder une collection de chansons quand on peut accéder à tout ce qui existe en ligne?

Un long flux tranquille

m

Au moment où ces statistiques étaient dévoilées dans les médias, le Toronto Star nous apprenait que l’industrie musicale récoltait plus d’argent avec des vidéos d’admirateurs qu’avec leur propre vidéo musicale officielle.

Des amateurs s’amusent à télécharger sur YouTube des vidéos qui contiennent la bande sonore ou la musique d’un artiste pour en faire une parodie, un remix, une synchro (lipsync) ou un hommage.

Or, YouTube est capable d’identifier les ayants droit quand une de leurs chansons est utilisée dans une vidéo. Au lieu de demander le retrait pour atteinte au droit d’auteur, les ayants droit peuvent demander de diffuser des publicités sur la vidéo et ainsi récolter de l’argent à chaque écoute.

C’est ce type de possibilités qui permet à Universal Music Group de dire que ce contenu généré par les amateurs est une très bonne source de revenu qui dépasse celle de la vidéo officielle.

C’est ce qui explique aussi que Pharell William ait sorti une vidéo de son tube Happy qui dure une heure! À la suite de sa propre performance dans la vidéo, c’est celle de gens ordinaires que l’on voit en synchro. Un moyen de susciter, de la part de son cercle d’admirateurs, une envie de télécharger leur propre performance.

(Si une heure ce n’est pas suffisant pour vous, une version de 24 heures provenant de partout à travers la planète se trouve ici : 24hoursofhappiness.com)

Une nouvelle chaîne de valeur se met en place dans l’industrie musicale où les admirateurs ne sont plus vus comme une menace, mais comme un élément qui crée de la valeur autour des musiques.

Les ayants droit ont donc tout intérêt à s’entendre avec YouTube pour que leur catalogue soit répertorié dans son outil de détection.

Une chaîne à haute commission

Mais, en fin de compte, ne nous faisons pas trop d’illusions pour la plupart des artistes.

Que ce soit par l’apport de la publicité dans des vidéos générées par des amateurs ou dans la lecture en transit de la musique, il ne reste généralement pas grand-chose dans les poches des artistes en fin de compte.

Car dans cette longue chaîne d’intermédiaires (Annonceurs > YouTube > ayants droit > artiste), beaucoup de commissions sont réclamées avant que l’artiste puisse voir la couleur de l’argent.

Actuellement, ce sont de grands groupes comme Universal Music qui sont les intermédiaires entre la plateforme vidéo et les artistes, mais il n’est pas impensable qu’un plan comme la stratégie culturelle numérique du Québec puisse, à terme, supporter une initiative à but non lucratif qui représenterait toutes les musiques subventionnées à l’échelle de la nation.

Un tel type d’initiative pourrait créer une base de données commune, strictement consacrée au branchement de ces nouveaux acteurs de la chaîne de valeurs (YouTube, Deezer, Songza, etc.) et à la gestion des flux.

Au final, cette position ne demande qu’une compétence en gestion mécanique des flux de contenus, de métadonnées, de catalogues, d’argent, etc., et non une compétence en gestion d’artistes.

Quand il y a automatisation, il y a réduction des intermédiaires qui n’ont pas de réelle valeur ajoutée.

On peut rêver de vouloir faire vivre tout le monde dans l’industrie de la musique, mais s’il y a bien une personne qui ne devrait pas en pâtir, c’est bien l’artiste.

Image tirée du site pro1.net.com

Image tirée du site pro1.net.com

Microsoft publie la suite de son rapport sur les tendances numériques. Cette fois-ci, il est question dans un des volets de vie privée. On a tous des souvenirs qu’on souhaite préserver longtemps et d’autres moins… Mais veut-on traîner avec soi des années encore ou, pire, laisser sur le web à la portée de « fouineux » des moments moins glorieux et des photos floues?

Tout archiver ou pas?

Le rapport de Microsoft, dont la présente partie a été dévoilée cette semaine, fait partie de ses études sur les tendances numériques (j’avais parlé de sa première partie sur Triplex en février). Il est justement sous-titré « Ce message s’autodétruira dans… » Cela ne peut que faire penser à ces nouvelles applications, comme Snapchat, qui permettent de communiquer sans nécessairement archiver par défaut tous les messages et photos. De même, on voit apparaître des services de messagerie dont les courriels s’autodétruisent, ce qui semble marquer que les utilisateurs apprécient de pouvoir communiquer sans tout nécessairement archiver.

C’est une tendance qui s’affirme, parce que plusieurs utilisateurs veulent que leur expérience en ligne reflète leur vie… Et dans la vie, chacun souhaite immortaliser certains moments et en effacer d’autres. En ce moment, on laisse des traces numériques un peu partout qu’on le veuille ou non, et très souvent si le choix était donné à l’utilisateur, il ne garderait pas tout. C’est que trop souvent, dans un réseau par exemple comme Facebook, effacer ses traces est plus compliqué que d’archiver paresseusement la moindre pensée ou photo ratée.

Des renseignements personnels livrés avec une date d’expiration

« Avec le temps, les gens seront aussi avisés en matière de protection de la vie privée qu’ils ne l’ont été pour la gestion de leur situation financière, et ils voudront contrôler leur profil », affirme Dave Coplin, responsable de la planification, Microsoft Royaume-Uni. Il ne faut pas se leurrer si très souvent, si on avait le choix et qu’en plus la chose était facilitée, on opterait pour effacer beaucoup des traces qu’on laisse sur le web par défaut.

Près des trois quarts des répondants (73 %) ont affirmé qu’ils souhaiteraient utiliser un service qui leur permettrait de supprimer leurs renseignements et de définir une longévité pour chaque renseignement qu’ils mettent en ligne. De plus, 45 % des répondants souhaitent que tous les renseignements qu’ils publient soient automatiquement supprimés après un délai prédéterminé.

Si une marque permet aux consommateurs de mettre à jour leurs paramètres de confidentialité, 65 % des répondants seront plus enclins à acheter ses produits.

Préserver la vie privée des consommateurs pour gagner leur confiance

Côté affaires, selon Microsoft, les entreprises du secteur bancaire et de la pharmaceutique, et même les réseaux mobiles auraient intérêt à se démarquer en affirmant leur respect de la vie privée et en offrant des options pour éliminer par défaut les informations qui ne sont pas nécessaires. Pourquoi ne le font-elles pas déjà? L’étude des données marketing qui découle de tout ce qu’on laisse comme traces est bien trop intéressante, voire lucrative pour le moment. La publicité ciblée, les listes de consommateurs, il y a là tout un marché des données de volumes dont ne veulent pas se priver les entreprises.

Les conseils de Microsoft pour ceux qui paveront le chemin du retour de la vie privée :

  • Offrir aux utilisateurs un accès complet aux données qui sont recueillies;
  • Établir avec les utilisateurs un protocole où la permission est demandée de préserver des données et communiquer les dates pendant lesquelles ces données seront conservées;
  • Devenir un promoteur de la protection de la vie privée en alimentant les discussions et les études à ce sujet;

Pour se protéger, les consommateurs commencent à utiliser des profils différents selon le service qu’ils sollicitent, très bientôt, les marketeurs devront gagner leur confiance pour accéder à des données plus précises. Enfin, c’est ce que l’on peut souhaiter.

Pour télécharger le rapport on suit le lien.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).

titre-scnq

Cette stratégie laisse grande place aux recommandations stratégiques pour le virage numérique de l’industrie culturelle québécoise déposées par la SODEC en 2011. Ces recommandations, que j’ai eu l’honneur de rédiger avec des membres de la SODEC, découlaient des multiples rencontres avec les gens de l’industrie culturelle en 2010 et en 2011.

Un constat inéluctable s’imposait : un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Le retard dans les pratiques numériques réduit la capacité des entreprises culturelles québécoises à faire concurrence à l’offre étrangère omniprésente.

Avec tout le talent qu’il y a ici, comment se fait-il que ce soit des Cyprien de France, des Netflix des États-Unis, des iPlayers de la BBC, des Opéras du Met diffusés en direct dans les cinémas d’ici qui se retrouvent à occuper notre temps de cerveau?

Ce n’est pas un problème de talent, mais de rayonnement. Il s’agit donc de se donner les moyens de conquérir l’espace numérique.

Pour occuper l’espace numérique

Dans la synthèse rédigée avec  la SODEC, nous avions proposé trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover et se tourner vers l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

cadreMCC

De ce cadre de référence, je retiens deux points qui me tiennent à cœur.

La culture doit passer par le numérique

Numériser l’offre culturelle existante, c’est l’ouvrir à sa circulation en ligne. Les trésors culturels du passé et du présent doivent être rendus accessibles sur les nouveaux canaux. Ce qui implique de repenser certaines méthodes et  modèles d’affaires.

Par exemple :

  • Série noire traîne de la patte dans les cotes d’écoute à la télé? Pourquoi ne pas avoir téléchargé toute la série d’un coup sur Tout.tv? Netflix l’a fait pour House of Cards et la série se porte très bien.
  • Une production théâtrale ou une performance artistique pourrait être vue partout au Québec dans les salles de cinéma rajeunies pour l’occasion. Comme disait Monique Savoie de la SAT, c’est le début de la « démontréalisation » de la culture.

Favoriser une culture numérique

Pour favoriser des pratiques émergentes et inédites, il faut encourager la collaboration entre les acteurs de la chaîne et le transfert de connaissance. Il est impératif de réussir à sortir du carcan traditionnel du chacun pour soi.

Je proposais à l’époque l’idée d’un SODEC Lab (l’expression n’a pas été retenue) qui serait un pôle d’innovation pour expérimenter. L’idée, tirée de la culture web, consiste à brasser les savoir-faire et susciter la concertation, de façon à générer des projets collaboratifs plutôt que concurrentiels (c’est le point 3c du cadre stratégique actuel).

Ce « laboratoire » associait toute subvention ou aide à la condition expresse que les mandataires reviennent impérativement partager leur expérience et leur savoir sous forme de document et de présentation ouverte à tous.

Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère, mais il donne bien le ton : les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.

Martin LessardAurora, cryptomonnaie en quête de territoire

par

 publié le 26 février 2014 à 13 h 40

Dans un mois, une expérience grandeur nature, hors de l’ordinaire, aura lieu en Islande. Une compagnie lancera une cryptomonnaie (l’auroracoin) dont une partie sera distribuée gratuitement à toute la population d’Islande. Toute? Toute!

L’auroracoin est une cryptomonnaie  basée sur le litecoin, une variante du bitcoin.

C’est une expérience étonnante, car elle suggère de consommer un divorce entre un peuple et sa monnaie officielle. Je m’explique.

Pourquoi l’Islande? Pourquoi maintenant?

Le 25 mars prochain, les 330 000 habitants du pays auront droit à 31,8 auroracoins chacun (une valeur estimée à 200 euros).

Le secteur bancaire de l’Islande ne possède pas une très bonne réputation (il s’est littéralement effondré en 2008). Cela a eu un effet paralysant sur ​​les investissements étrangers, en raison du risque de ne pas être en mesure de convertir des investissements en couronnes islandaises en dollars ou en euros.

En connaissant le sentiment hostile qu’ont les Islandais envers leur élite financière et le haut taux de pénétration d’Internet dans le petit pays, la nouvelle cryptomonnaie compte profiter de ce terreau fertile pour s’imposer comme monnaie de rechange.

Inflation en Islande (en comparaison avec d'autres pays). Source FMI

Inflation en Islande (en comparaison avec d’autres pays). Source FMI

Le « don patrimonial », appelé par la compagnie « parachutage », se fera tout au long de l’année et permettra à l’Auroracoin de démarrer avec une grande base d’utilisateurs au lancement — à condition que les Islandais s’y intéressent! Rien n’est moins sûr.

Est-ce que ça va marcher?

Comme pour toute monnaie, sans confiance, rien ne marche. La technologie ou les algorithmes les plus sophistiqués n’y pourront rien.

Pour l’instant, l’identité du groupe qui est à l’origine de l’auroracoin est plutôt floue, c’est le moins que l’on puisse dire, même si toutes leurs démarches semblent transparentes et accessibles sur le web.

Au fond, que l’auroracoin marche ou non, ce n’est pas ce qui sera le plus étonnant, à mon avis.

Ici, ce qu’il faut noter, c’est qu’il est maintenant tout à fait possible pour tout groupe de proposer une forme apparentée à une « OPA hostile » sur la monnaie d’un petit pays. S’ils réussissent – j’ai de très grandes réserves là-dessus –, on aura un cas où l’entreprise privée prend le contrôle d’un élément essentiel d’un État : établir un moyen de paiement concurrentiel à une monnaie à cours légal sur un territoire.

Rien ne dit que c’est une bonne chose pour les Islandais – mais l’idée d’un pied de nez aux banquiers arrogants pourrait être une sacrée motivation.

« Crypto-sécession »

Pour réellement renverser la couronne islandaise, l’auroracoin aura à démontrer sa stabilité. Pour l’instant, si on se fie à ce qui se passe en ce moment avec le bitcoin, une cryptomonnaie semble beaucoup trop fluctuer pour offrir une véritable valeur à long terme.

Qu’importe. Le fait est que le lancement de l’auroracoin en Islande est comme un test à grande échelle pour provoquer un divorce entre un peuple et sa monnaie nationale.

Ce type d’expérience pourrait en fait être répété partout où un petit pays, une région ou un territoire, suffisamment branchés et autonomes, se prêteraient à une forme de sécession financière plus ou moins complète.

Si, pour une raison ou une autre, à tort ou à raison (et à ses risques et périls), un peuple ne souhaite plus faire confiance à sa monnaie gérée par son élite, il pourrait être séduit par une monnaie de rechange décentralisée, proposée par un groupe suffisamment convaincant pour induire la confiance.

L’auroracoin serait donc une première invitation lancée à un petit peuple pour faire sécession avec sa banque centrale.