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LesfillesSphere

Catherine Mathys et Nadia Seraiocco, à La Sphère en 2012.

En avril 2012, je signais un premier billet sur ce blogue qui avait été lancé avec à sa barre Gina Desjardins, Philippe Marcoux et Laurent LaSalle. Puis Martin Lessard a remplacé Philippe et récemment Maxime Johnson a remplacé Laurent. Gina me laissait d’abord sa place en sous-location puisqu’elle devrait prendre un congé de maternité, mais au final, je suis devenue la colocataire officielle de Triplex. Et, cette fois-ci, c’est moi qui cède mon bail (allons-y pour la métaphore filée) à une journaliste techno appréciée à Radio-Canada et ailleurs : Catherine Mathys.

Mes moments préférés en quelques billets

Pour proposer des billets chaque semaine sur l’actualité techno, il faut multiplier ses sources, s’organiser et lire énormément. Mes sujets de prédilections étaient et demeurent les transformations du monde des affaires, de l’éducation, des arts numériques et de la santé. Parmi ces billets, j’ai particulièrement aimé écrire sur la ludification, comme dans ce billet sur la prochaine génération de travailleurs, celui-ci qui porte sur le service à la clientèle ou encore, bonus, un billet sur le rapport patient-médecin qui se ludifie.

Cela dit, mes billets les plus populaires portaient le plus souvent sur Facebook et Apple et étaient republiés sur Facebook… Je ne peux malheureusement pas proposer de palmarès comme je le fais parfois sur mon blogue personnel, n’ayant pas accès aux statistiques de Triplex. Mais par les outils de partage je déduis que ce billet sur les ados qui préfèrent Instagram au populaire réseau ou encore celui-ci sur la publicité vidéo sur Facebook ont été diffusés, donc lus.

Journaliste ou blogueur?

Même si j’ai été journaliste, il y a fort longtemps, je suis maintenant une blogueuse. Cela dit, la frontière entre ces deux métiers tend à s’amenuiser de plus en plus, à tout le moins dans l’œil du lecteur. Car en réalité, même si les journalistes peuvent aussi bloguer, les obligations du simple blogueur en ce qui a trait à l’éthique de l’information ne sont pas les mêmes. Ainsi, les blogueurs de Triplex font partie de l’équipe des Services numériques de Radio-Canada, donc sont soumis aux mêmes règles que tous les employés du diffuseur public, mais sans toutes les obligations qui régissent le travail des journalistes.

Dans la mesure où un journaliste peut tout à fait bloguer sur un domaine qui l’intéresse et dans le contexte actuel de coupures, il me semble plus qu’approprié que ce poste revienne à une journaliste de carrière.

Pour ma part, outre mes tâches comme responsable des communications pour une centrale syndicale et de chargée de cours, je continuerai à écrire sur mon blogue, cheznadia.com, et ce sera toujours avec plaisir que je commenterai l’actualité techno lorsque des émissions me le proposeront.

Les travailleurs de l’ombre

Des blogues de qualité comme ceux que publie Radio-Canada demandent que dans l’ombre une équipe travaille à unifier le tout. Je tiens donc à offrir mes sincères remerciements à Dominique Gagné, qui gérait les blogues jusqu’à tout récemment, à l’équipe de révision linguistique et à tous ceux avec qui j’ai transigé au cours des deux dernières années.

Salutations à mes collègues Martin, Maxime et Catherine qui continueront de vous faire part de leurs découvertes chaque semaine…

 

 

photo4Les amateurs de jeux mobiles, ceux s’adressant au grand public comme ceux pour joueurs expérimentés, n’ont certainement pas échappé à la publicité du jeu Kim Kardashian : Hollywood. Cette publicité est mitraillée sur toutes les applications ludiques qui fonctionnent sur une formule de revenus publicitaires. Mais tout comme l’inexplicable popularité de Kardashian, il semble que ce jeu, qui propose de créer « sa propre aspirante star sur le chemin de la gloire et de la fortune », connaîtra aussi une inexplicable gloire.

De très gros revenus pour un jeu pas très excitant

En effet, Paul Tassi de Forbes rapporte que Kardashian pourrait obtenir près de 85 millions de dollars seulement avec cette application développée par Glu Mobile. En comparaison, la vedette n’aurait touché que 28 millions en 2013. Le jeu, sorti le 25 juin, aurait déjà rapporté près de 200 millions de dollars en revenus, revenus sur lesquels Kardashian obtient 45 % des profits nets. Les utilisateurs, quant à eux, sont complètement charmés. Des 4572 évaluations de la dernière version, 4044 accordent la note de 5 étoiles avec des adjectifs tels que « addictif », « fun » et même « meilleur jeu auquel j’ai joué ».

Cet engouement est plutôt surréaliste. En testant ce que l’univers ludique de Kardashian avait à offrir, j’ai vite réalisé que la notion de jeu y est assez relative. D’abord, il faut s’armer de patience, car l’application demande un temps de chargement exaspérant, surtout si l’on considère d’autres titres beaucoup plus exigeants quant aux graphiques (par exemple Republique). Puis, l’expérience qui suit n’est finalement qu’une série de dialogues parsemés d’éléments à taper afin de compléter des objectifs du type plier des vêtements ou poser pour un photographe…

Un modèle freemium pour un jeu fondé sur la popularité de Kardashian

 

photo1Le nombre d’actions que l’on peut faire se mesure par des unités d’énergie qui se rechargent au fil des minutes, un peu comme les jeux Facebook. Certaines missions demandent d’attendre une heure, et parfois plus, avant d’être débloquées. Les aspects intéressants (adopter un chat errant, dans mon cas), exigent des étoiles, qui s’accumulent lentement. Les impatients peuvent toujours payer, puisqu’il s’agit d’un modèle freemium (jeu gratuit au départ où il faut payer pour certains éléments), mais le coût peut vite devenir prohibitif, avec des ajouts dont les prix varient entre 3,99 $ et 99,99 $.

Le plus étonnant est que, même si la seule interaction possible est justement de taper sur des éléments à l’écran, Glu Mobile a réussi à rendre les contrôles désagréables. À chaque objectif atteint, il faut taper sur l’argent et autre monnaie d’échange pour les obtenir. Le jeu ne reconnaît pas la plupart des mouvements, ce qui ajoute quelques frustrations à l’expérience.

Est-ce que la seule notoriété de Kardashian suffit pour convaincre les joueurs iOS du côté génial de l’application? C’est la seule explication logique. Pour conclure, il me faut citer la critique Kate Knibbs de Gizmodo, qui accorde un D à cette application en tant que jeu, mais un A en tant que « commentaire dadaïste sur la vacuité de la célébrité ».

Kim Kardashian : Hollywood est offert sur iOS et Google Play.

YouTube empruntera-t-il la stratégie de contenus exclusifs de Netflix? C’est du moins ce que rapporte Reuters. La célèbre plateforme de diffusion vidéo serait en période de discussion avec Hollywood et des producteurs indépendants afin de financer du contenu dit «premium», ou exclusif.

Un changement de philosophie

Cette volonté d’obtenir davantage de contenu exclusif de qualité montre que le produit est en pleine transition. Depuis son achat par Google en 2006, YouTube n’a pas été détrôné du segment vidéo des médias sociaux. C’était la plateforme où n’importe qui pouvait mettre en ligne n’importe quoi : vidéos de vacances, d’animaux de compagnie, et tutti quanti. Progressivement, elle est devenue le canal privilégié pour du contenu qui ne trouvait pas sa place à la télévision. Il suffit de penser au succès d’EpicMealTime ou de Jon Lajoie. Leur popularité, entièrement redevable à YouTube (et leur talent jusque-là méconnu), a aussi été récompensée en générant des revenus pour les millions de lectures de leurs vidéos.

C’est très certainement par ce contenu créé par les utilisateurs que Google a découvert la vocation de YouTube. Avec des millions de vues pour certaines vidéos (parfois des futilités absurdes : 33 millions pour 10 heures de Nyan Cat en répétition), une nouvelle ère est apparue. Des publicités ont commencé à être publiées, sur le site et pendant la lecture des vidéos. L’argument de vente était simple : le trafic généré par une quantité infinie de contenus était monstrueux. De plus, avec l’approche TrueView, la pub ne sera facturée qu’après un certain temps de lecture.

La réalité des revenus publicitaires

En réalité, Google souffre de la baisse progressive des coûts publicitaires. Le volume de publicités vendues n’augmente plus de manière aussi exponentielle qu’à l’heure des premiers grands succès de la plateforme. Google doit donc miser sur des produits exclusifs qu’il pourra vendre plus cher. En ce sens, il sera possible de réclamer plus d’argent pour une campagne publicitaire sur YouTube si elle accompagne une série exclusive.

YouTube est en mutation constante, et ces discussions en sont une autre étape. Fin juin, Google annonçait déjà les nouvelles conditions de monétisation pour les vidéoclips : les maisons de disque devront négocier une entente avec eux. Sans dire qu’on ne pourra plus y trouver de vidéos de chiens courant après leur queue, on peut s’attendre à davantage de publicités pour ponctuer nos périodes de procrastination.

Nadia SeraioccoQuand autoritarisme et sécurité menacent le web

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 publié le 10 juillet 2014 à 8 h 47
Tim Berners-Lee, source : Wikicommons

Sir Tim Berners-Lee, source : Wikicommons

Pour souligner les 25 ans du web, le Pew Research Center publie une série d’études abordant le web tel qu’on imagine qu’il sera en 2025… Le plus récent volet porte sur ce qui menace la démocratie du web. J’en parlais mercredi à l’émission C’est pas trop tôt.

La genèse de cette recherche

Il faut se rappeler qu’en mars 1989, Tim Berners-Lee met par écrit un projet de système de gestion de l’information qui deviendra le WWW (World Wide Web). Il le rend accessible à tous, gratuitement, le jour de Noël 1989.

Le Pew Research Center, un centre de recherche indépendant, a souhaité rendre hommage à la vision de Berners-Lee (on peut lire un mot de sa part à ce sujet) en produisant une série de rapports de recherche, dont plusieurs sont réalisés en collaboration avec l’université américaine d’Elon en Caroline du Nord. Chaque rapport se veut la cartographie d’un sujet d’un point de vue actuel et tel qu’on l’imagine en 2025, comme la vie numérique ou encore l’Internet des objets (présenté ici en mars), apparu depuis le début de 2014.

Que craint-on qu’il arrive au web d’ici 2025?

Le rapport actuel se penche sur quelques peurs des internautes, parmi lesquelles on compte les conséquences des actions des nations ou des États pour maintenir un contrôle politique; le fait est qu’à la lumière des récentes révélations sur la surveillance des entreprises et des gouvernements, la confiance s’est effritée, et cela mènera probablement à encore plus de surveillance. Bien évidemment, les pressions des groupes ayant des intérêts commerciaux pour entraver le flux des informations portent à croire que la structure ouverte de la vie numérique sera irrémédiablement entravée. En ce qui a trait au quotidien des utilisateurs, les efforts constants de certaines autorités pour censurer l’information jugée choquante (le fameux TMI) en viendront à altérer le plaisir de publier sur le web.

Contrôler toujours plus jusqu’à tuer toute utilisation innovatrice du web

Dans le rapport du Pew Research Center, les experts consultés remarquent que devant le rôle important qu’Internet a joué dans certaines révolutions, comme le printemps arabe, plusieurs pays, dont l’Égypte et le Pakistan, tendent à vouloir réglementer encore plus le web. Quant à la Chine, elle est en train d’ériger une muraille pare-feu (Great FireWall) pour isoler ses citoyens. Ailleurs, sous prétexte de réduire la criminalité, on surveille de plus en plus le web.

De plus, les internautes pensent que plus le web sera colonisé par les grandes marques, plus leurs faits gestes y seront restreints.

À ce propos, Danah Boyd de Microsoft remarque que les révélations d’Edward Snowden rendent les États plus méfiants. Il en résulte donc une fragmentation de l’information, qui ne circule plus aussi librement. Dans le rapport du centre Pew, on parle même de balkanisation du web.

Tout devient donc matière à réglementation et à plus de surveillance, même la chaîne de magasins à grande surface Target, qui se fait dérober les données personnelles de ses clients, devient l’exemple qui donne des munitions à ceux qui veulent endiguer le flux des informations qui circulent en ligne.

Et si ces changements menaient le web ailleurs?

Dans le présent rapport, les commentaires des spécialistes dits « optimistes » sont les plus intéressants. Car pour imaginer le pire, il suffit de regarder à deux pouces de son nez, mais pour envisager un monde meilleur, il faut souvent accepter de tout changer. Or, Paul Jones, professeur à l’Université de Caroline du Nord et fondateur de ibiblio.org, arrive à des conclusions différentes devant les faits actuels. Selon lui, les tendances historiques confirment que lorsqu’un moyen de communication atteint sa maturité, le contrôle remplace l’innovation.

Il conclut donc que dans les 10 prochaines années, il nous faudra être encore plus investis dans l’évolution d’Internet, car les technologies tendront à appuyer le contrôle, mais la résistance s’organisera, et ce sera la vraie révolution…

Kevin Carson, un associé du Center for a Stateless Society (Centre pour une société sans États) et collaborateur au blogue P2P Foundation, dévoile qu’il y a en ce moment beaucoup de gens qui travaillent pour développer des versions cryptées, basées sur un code source libre, de réseaux sociaux en réponse à la montée de l’autoritarisme et à la participation de l’État au maintien de médias surveillés.

Oscar Gandy, de l’Université de Pennsylvanie, croit pour sa part qu’en mettant en place un système qui pénalise ceux qui utilisent à mauvais escient l’information en circulation sur les réseaux (avec des amendes, des retraits de licence), on pourrait arriver à un meilleur équilibre, sans entraver complètement le système.

Ces raisons que l’on évoque pour justifier le contrôle de toute information

Jeff Jarvis, professeur de journalisme bien connu, explique que le gouvernement représente la plus grande menace à la liberté en ligne. La Chine et l’Iran ne cachent pas leur désir de contrôler l’information et leurs citoyens. Mais des pays qui ont une réputation de tolérance, comme le Canada et l’Australie, menacent de tout filtrer pour prévenir la pornographie juvénile. Or, une fois que le gouvernement filtre les communications et l’information, peu importe la raison, expose Jarvis, il peut ensuite le faire sans raison précise. Il faut ouvrir encore plus l’architecture d’Internet pour préserver son indépendance.

Il faut croire, comme le disait Andrew Feenberg à l’émission La sphère le 8 mars dernier, à la coconstruction, c’est-à-dire que chaque fois qu’une invention est récupérée par le système et limitée dans ses possibilités, les scientifiques sont déjà à l’œuvre pour repousser les limites et créer un nouveau territoire à découvrir.

Pour télécharger le rapport sur le site du Pew Research Center, cliquez ici.

Pour cette série de rapports, quelque 12 000 spécialistes des communications ou du web ont été contactés, et de ce nombre, 2500 ont répondu. La présente étude se fonde sur les réponses de 1400 spécialistes, et les commentaires sont émis par un comité d’experts (professeurs, penseurs et chercheurs) sur ce qui se dégage des résultats.

L’avenir du service à la clientèle est intimement lié aux médias sociaux. Alors que beaucoup d’entreprises se sont déjà distinguées en développant leur service client sur les réseaux sociaux, d’autres dont la structure est plus rigide peinent encore à emboîter le pas. Pourtant, les réseaux sont reconnus comme de puissants outils de communication au sein des entreprises et ils sont présents dans le quotidien des consommateurs. C’est ce que démontre un rapport de Hootsuite, le célèbre outil de gestion des médias sociaux, quant aux pratiques sociales du service à la clientèle.

Social-Customer-Service

Photo tirée du rapport de Hootsuite

Où sont les consommateurs? Sur les réseaux sociaux

Selon la dernière enquête du Cefrio, 71,7 % des  adultes québécois utilisent les médias sociaux. Et ce sont 69,8 % des internautes québécois qui y suivent au moins un organisme, une entreprise ou une personnalité. Les consommateurs sont donc au rendez-vous et agissent sur ces nouveaux canaux pour se tenir informés et communiquer avec une marque. Mais l’inverse n’est pas nécessairement vrai. Hootsuite cite une étude de Deloitte qui rapporte qu’à l’échelle internationale, seulement 33 % des centres de service à la clientèle intègrent les médias sociaux. Il s’agit d’un problème de taille, puisqu’une absence de réponse de la part d’une marque peut être dommageable pour sa réputation. De plus, quand on ouvre une voie de communication, par exemple un compte Twitter, il faut s’attendre à ce que les utilisateurs s’en servent et posent des questions liées au service client.

Conjuguer enjeux marketing, image publique et service client

La difficulté, selon Hootsuite, est la structure en silo des entreprises. Les médias sociaux font partie, la plupart du temps, des outils du secteur marketing et des communications d’entreprise. Ces secteurs font une utilisation souvent promotionnelle des réseaux sociaux et ne s’engagent pas dans une relation d’aide avec le client. Le service client agit selon un protocole de soutien de la clientèle, mais souvent, n’a pas un accès direct aux réseaux sociaux. Or, une présence efficace sur les médias sociaux exige une flexibilité et une réactivité afin de bien traiter chaque requête. La part du service à la clientèle est importante, mais il y a aussi des enjeux médiatiques et de relations publiques. Hootsuite recommande donc aux entreprises une synergie entre tous leurs départements pour que les médias sociaux soient intégrés dans leurs fonctions quotidiennes.

Un changement en profondeur

Il s’agit d’un défi de taille, sachant la complexité d’instaurer de nouvelles pratiques et manières de faire dans une structure d’entreprise. Les avantages à être sur les réseaux sociaux, et les dangers à n’y être pas, sont cependant manifestes. Hootsuite rapporte que 71 % des plaintes en ligne sont redevables à des échecs de la part du service à la clientèle traditionnel. Inversement, une présence sur les réseaux sociaux permet de développer des relations avec de potentiels ambassadeurs de la marque.

De plus, toujours selon ce rapport, 48 % des internautes qui ont reçu un bon service par les médias sociaux feront ensuite l’éloge de la marque. Le fait est que, dans les médias sociaux, le service à la clientèle, le marketing, les relations publiques et le profit sont tous interreliés.

Étude accessible sur le site de Hootsuite